Ebola, la fièvre hémorragique qui fait trembler l’Europe
L’épidémie d’Ebola qui frappe l’Afrique de l’Ouest depuis février 2014 constitue la plus grave crise sanitaire de ce type jamais observée. Avec plus de 100 soignants déjà infectés malgré les équipements de protection, un taux de mortalité proche de 90% et l’absence de traitement curatif, cette fièvre hémorragique virale menace désormais de franchir les frontières africaines.

Pendant que nous débattons de sujets politiques ou économiques, un ennemi invisible progresse inexorablement en Afrique de l’Ouest. Depuis février 2014, la fièvre hémorragique virale Ebola dessine une carte de la terreur qui s’étend jour après jour, défiant tous les modèles épidémiologiques connus.

Je ne vais pas vous mentir : ce que nous observons aujourd’hui n’a rien à voir avec les précédentes épidémies. Les spécialistes réunis à Londres le résument crûment : « This is the worst Ebola outbreak the world has ever seen. » Et ils ont raison d’être inquiets.

Une épidémie sans précédent qui échappe à tout contrôle

Commençons par les faits. Cette souche d’Ebola, apparue en février 2014, se révèle être la plus puissante et résistante jamais observée. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : un taux de létalité avoisinant les 90%, soit neuf personnes sur dix qui meurent dans d’atroces souffrances.

La mort par Ebola n’est pas une fin paisible. Le virus provoque des diarrhées massives, une insuffisance rénale et hépatique aiguë, des hémorragies internes et externes. Les victimes se vident littéralement de leur sang par tous les orifices. C’est une agonie que même les médecins les plus expérimentés peinent à décrire.

Plus inquiétant encore : les épidémiologistes avouent ne plus voir la « chaîne de transmission » dans de nombreux cas. Autrement dit, le virus se propage désormais dans les zones urbaines sans que l’on puisse identifier comment les victimes ont été contaminées. C’est le signe d’une épidémie qui échappe totalement au contrôle sanitaire.

L’hécatombe du personnel soignant

Le plus dramatique dans cette crise, c’est l’effondrement du système de santé africain. Plus de 100 soignants, pourtant équipés de matériel de protection moderne, ont déjà été infectés. Parmi eux, le Dr Sheik Umar Khan, seul spécialiste des fièvres hémorragiques de Sierra Leone et responsable de la lutte contre l’épidémie. Il vient de mourir du virus qu’il combattait.

Quand les médecins meurent, qui soigne les malades ? Au Libéria, par peur de contracter le virus et faute de moyens, des corps sont abandonnés dans les rues. L’effondrement sanitaire entraîne un effondrement social.

L’impuissance thérapeutique face au virus

Soyons clairs : à ce jour, il n’existe absolument aucun antidote ni traitement curatif contre Ebola. Aucun. Les équipes médicales ne peuvent que tenter de maintenir les fonctions vitales – hydratation, dialyse, transfusion – en espérant que l’organisme survive assez longtemps pour développer des anticorps.

Cette impuissance thérapeutique contraste étrangement avec l’annonce récente qu’un vaccin expérimental va être testé sur un patient américain rapatrié. Que les États-Unis disposent soudainement d’un antidote à Ebola, alors qu’aucun traitement efficace n’existe contre le SIDA depuis son apparition, constituerait une « sublime coïncidence » pour reprendre mes propres termes.

D’ailleurs, certains experts s’interrogent : tester des vaccins expérimentaux sur l’humain pourrait avoir l’effet inverse et aggraver la pandémie. Le risque de manipulation génétique – comme l’hypothèse d’un virus de la grippe modifié pour transporter le matériel génétique d’Ebola – n’est pas à écarter.

Des modèles mathématiques terrifiants

Les projections sont glaçantes. Des modèles mathématiques simples donnent le seuil de 1000 morts dans les 12 jours, 10000 morts dans les 72 jours. Ces chiffres, aussi abstraits soient-ils, reflètent une progression exponentielle qui dépasse tout ce que nous avons connu.

Mais le plus inquiétant n’est pas le nombre de morts en Afrique. C’est la probabilité croissante qu’un porteur du virus franchisse les frontières européennes.

L’Europe dans la ligne de mire

Je l’ai écrit et je le maintiens : la probabilité pour qu’un porteur du virus Ebola entre en Europe est à son maximum sur toutes les modélisations prédictives. Et elle ne cesse d’augmenter.

Chaque jour, j’estime qu’il y a entre 40 et 80 vols au départ des pays touchés par Ebola, transportant potentiellement 10 à 20000 passagers. Parmi eux, combien sont des porteurs sains ? Combien développeront les symptômes en vol ou à l’arrivée ?

Le scénario cauchemardesque, c’est un passager contaminé dans un avion avec 250 autres personnes confinées dans le même espace pendant des heures. Une fois l’appareil à destination, ces 250 passagers se dispersent dans la nature avant même que les premiers symptômes n’apparaissent.

L’impossible quarantaine continentale

Pour garantir zéro contamination Ebola en dehors de l’Afrique, il faudrait mettre le continent en quarantaine. Cela n’arrivera évidemment pas. Le compartimentage sécurisé des pays touchés est absolument impossible en pratique.

L’Organisation Internationale de l’Aviation Civile envisage certes des restrictions de vols commerciaux, mais ces mesures arrivent tard et restent insuffisantes. Au Nigeria, 30000 personnes ayant transité par l’un des quatre aéroports du pays vont être analysées. Une opération titanesque qui illustre l’ampleur du défi.

À Hong Kong, une femme en provenance d’Afrique est en quarantaine depuis plusieurs jours, présentant tous les symptômes d’Ebola. À New York, un patient s’est présenté spontanément aux urgences du Mount Sinai Hospital avec une forte fièvre et des troubles gastro-intestinaux après un voyage en Afrique de l’Ouest. Un avion en provenance de Sierra Leone a été placé en quarantaine à Gatwick après la mort subite d’une passagère.

Ces alertes se multiplient. Certaines sont de fausses alarmes. D’autres pas.

Le double défi : pandémie et bioterrorisme

Cette crise soulève deux problématiques distinctes mais liées. D’une part, contenir la pandémie naturelle. D’autre part, prévenir les risques de bioterrorisme que cette situation génère.

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, le risque de contamination naturelle pourrait être plus faible que le risque bioterroriste qu’il induit. Un virus aussi létal qu’Ebola représente une arme biologique potentielle d’une efficacité redoutable.

D’ailleurs, New York vient de réaliser la plus importante simulation de risque bioterroriste de son histoire. Une simulation « non programmée » impliquant tous les services d’urgence de la ville. On ne mobilise pas autant de moyens de façon inopinée s’il n’y a pas quelque chose de concret à craindre.

La sécurisation des laboratoires, enjeu critique

Les gouvernements doivent absolument maîtriser la sécurisation des laboratoires, sites de décontamination et centres de soins intensifs. Un rapport confidentiel du CBP (Customs and Border Protection) américain montre déjà la porosité des frontières et les risques que cela représente dans le contexte actuel.

La manipulation d’échantillons d’Ebola à des fins d’étude ou de développement de vaccins multiplie les points de vulnérabilité. Chaque laboratoire devient un risque potentiel de fuite accidentelle ou de détournement malveillant.

Parallèles troublants avec l’émergence du SIDA

Une coïncidence me frappe : Ebola est officiellement apparu le 1er septembre 1976 au Zaïre. L’émergence du SIDA est survenue dans les cinq années qui ont suivi. Deux virus mortels, apparus à quelques années d’intervalle sur le même continent.

Si Ebola devait se comporter à l’avenir comme le SIDA – c’est-à-dire se propager tranquillement dans le monde entier en devenant endémique – nous aurions alors une maladie virale planétaire sans traitement curatif et avec un taux de mortalité de 90%. Le SIDA tue à terme, Ebola tue en quelques jours.

Officiellement, Ebola n’est pas un virus élaboré par l’homme dans un laboratoire africain et inoculé accidentellement à des chauves-souris. Officiellement. Mais les zones d’ombre persistent sur l’origine exacte de cette souche particulièrement virulente.

L’Europe face à ses responsabilités

La première victime de la fièvre hémorragique Ebola, c’est l’Afrique. Dans la foulée, juste derrière, ce sera l’Europe. Cette affirmation n’est pas du catastrophisme, c’est de l’analyse factuelle basée sur les données de propagation disponibles.

Si Ebola contamine les pays urbanisés d’Europe, nous serons confrontés à des semaines, voire des mois de paralysie profonde. Les systèmes de santé, même les plus développés, ne sont pas dimensionnés pour gérer une épidémie de cette ampleur avec ce niveau de létalité.

Je préfère personnellement l’application de mesures de précaution très rigoureuses et contraignantes pendant quelques mois, plutôt qu’un carnage. Avec une pandémie au virus Ebola, nous n’avons pas le droit à l’erreur. Le moindre écart sera fatal dans nos sociétés urbanisées et interconnectées.

Peut-être que nos gouvernements ont raison. Peut-être que la France et l’Europe ont les moyens de faire face une fois que le virus sera là. Mais je préfère ne pas avoir à le vérifier.

Les gouvernements doivent prendre des mesures immédiates pour aider les héros qui luttent contre Ebola en Afrique. Il faut des moyens, beaucoup de moyens. Car c’est là-bas, maintenant, que se joue notre avenir sanitaire à tous.

À ce stade, il n’y a officiellement aucun cas de contamination au virus Ebola en Europe. Tout va bien jusqu’à présent. Mais pour combien de temps encore ?

Sources et références

Pour aller plus loin

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