• La France de 2013 : entre chaos politique et surveillance généralisée
    La France de 2013 : entre chaos politique et surveillance généralisée
    La France de 2013 vit une crise politique et sociétale majeure, marquée par des scandales à répétition, des divisions profondes sur le mariage pour tous et la montée d’une défiance généralisée envers nos institutions. Cette période révèle l’ampleur du fossé entre les élites et le peuple, dans un contexte de surveillance globalisée qui remet en question notre souveraineté même.

    Nous sommes fin mai 2013, et je regarde la France se déchirer comme rarement. Entre les scandales politiques qui s’accumulent, les manifestations massives qui divisent le pays et les révélations sur la surveillance généralisée, j’ai le sentiment que nous vivons un tournant historique. Ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement les clivages traditionnels gauche-droite. C’est l’âme même de notre République qui vacille.

    L’effondrement de la confiance politique

    L’affaire Cahuzac a été le détonateur. Un ministre du Budget fraudeur fiscal, c’est le symbole parfait de la déconnexion totale entre nos élites et la réalité du pays. Mais au-delà du cas personnel de Jérôme Cahuzac, c’est tout un système qui est mis à nu. Comment peut-on demander des efforts aux Français quand ceux qui sont censés donner l’exemple trichent avec le fisc ?

    François Hollande, élu il y a un an sur la promesse d’être un « président normal », voit sa cote de popularité s’effondrer. Les sondages le donnent entre 26 et 29% d’opinions favorables. Du jamais vu pour un président si tôt dans son mandat. La gauche au pouvoir semble tétanisée, incapable de proposer une vision claire pour sortir le pays de la crise.

    Face à cette débâcle, l’opposition UMP reste étrangement silencieuse. Nicolas Sarkozy cultive un mutisme que je trouve « absurde et irresponsable ». Le pays a besoin de débat, d’alternatives, pas de calculs politiciens. Pendant ce temps, Marine Le Pen et le Front National se frottent les mains. Chaque scandale, chaque renoncement, chaque lâcheté politique fait le lit de l’extrême droite.

    La nécessité d’une refonte démocratique

    Ce qui me frappe, c’est l’obsolescence de nos outils démocratiques. Nous sommes en 2013, à l’ère numérique, et nous fonctionnons encore avec des mécanismes du XIXe siècle. Je milite pour la mise en place d’un vote électronique sécurisé, avec identifiant unique délivré par l’institution publique. Les démocraties modernes nécessitent que les individus puissent massivement voter, créons enfin l’outil !

    Même Barack Obama aux États-Unis est obligé d’admettre que le système américain n’est « peut-être pas vraiment une véritable démocratie ». Si la première puissance mondiale reconnaît ses limites démocratiques, qu’en est-il de nous ?

    Le mariage pour tous : une fracture civilisationnelle

    La loi sur le mariage pour tous cristallise toutes les tensions. Les manifestations se succèdent, rassemblant des centaines de milliers de personnes. Certains parlent même d’un à deux millions de manifestants pour la prochaine mobilisation. Au-delà des chiffres, c’est l’intensité de la mobilisation qui frappe.

    J’ai le sentiment que ces manifestations vont « faire la vie dure aux homos comme jamais ». On a divisé la France pour longtemps ! Ce qui devait être une avancée sociétale se transforme en guerre culturelle. Les positions se radicalisent de part et d’autre, rendant tout dialogue impossible.

    Plus grave encore, cette loi va créer « un écart civilisationnel sans précédent et insurmontable entre l’Occident et le monde arabe ». Dans un contexte géopolitique déjà tendu, nous creusons des fossés là où nous devrions construire des ponts. Cette fracture aura des conséquences durables sur nos relations internationales et notre capacité à dialoguer avec une partie du monde.

    La montée des violences urbaines

    Le 13 mai, les « célébrations » du titre du PSG au Trocadéro ont tourné au chaos. Ce ne sont « absolument PAS que des hooligans » qui ont mis Paris à feu et à sang, mais bien ce que Sarkozy appelait des « racailles ». Des dizaines de milliers de « jeunes excités » de banlieue ont déferlé sur la capitale.

    Le silence assourdissant de la gauche face à ces violences est révélateur. Paralysée par ses contradictions idéologiques, elle refuse de nommer les choses. Pendant ce temps, le Qatar, nouveau propriétaire du PSG, découvre peut-être « ce qu’est la France de 2013″…

    La surveillance généralisée : notre souveraineté en question

    Les révélations d’Edward Snowden confirment « ce que nous savons en Europe depuis plus de 10 ans » : la surveillance automatique par les USA est systématique. Mais les technologies actuelles sont « autrement plus incroyables que celles dévoilées » ! Nous ne mesurons pas encore l’ampleur de cette surveillance.

    Nos journalistes font preuve d’une naïveté confondante. Quand j’évoque des technologies comme HAARP, on me regarde avec des yeux ronds. Cette méconnaissance des enjeux technologiques est dramatique à l’heure où notre souveraineté numérique est en jeu.

    La NSA intercepte nos communications, analyse nos données, profile nos citoyens. Et nous ? Nous débattons du mariage pour tous pendant que les Américains pillent nos secrets industriels et politiques. Cette asymétrie dans la maîtrise des technologies de surveillance pose une question fondamentale : sommes-nous encore un pays souverain ?Le protectionnisme comme solution ?

    Dans ce contexte, la position d’Arnaud Montebourg sur le rachat de Dailymotion est « très intéressante, stratégique et protectionniste ». Enfin quelqu’un qui ose défendre nos intérêts ! Même Hortefeux à l’UMP demande davantage de « protection européenne », même s’il n’ose pas encore prononcer le mot « protectionnisme ».

    Nous devons protéger nos champions numériques, développer nos propres technologies de pointe. Regardez Dubaï qui s’intéresse à nos Renault Twizy ! Nous avons des atouts, des innovations, mais nous les bradons au premier venu par idéologie libre-échangiste.

    Un pays au bord de l’explosion

    La France de mai 2013 est un pays sous tension maximale. Les affaires politiques minent la confiance, les débats sociétaux fracturent la société, les violences urbaines révèlent les failles de notre modèle d’intégration, et la surveillance américaine questionne notre indépendance.

    Valérie Pécresse réclame un budget rectificatif pour 2013. Oui, c’est indispensable ! Mais au-delà des ajustements budgétaires, c’est tout notre modèle qu’il faut repenser. Nous ne pouvons plus continuer avec des recettes du passé face aux défis du présent.

    Les attentats de Boston en avril nous rappellent la fragilité de nos sociétés ouvertes. La piste tchétchène évoquée montre que les menaces sont globales et complexes. Nous devons être vigilants sans tomber dans la paranoïa, fermes sans renoncer à nos valeurs.

    Demain matin, nous saurons si Bernard Tapie sort libre de sa garde à vue ou s’il « termine une partie de sa vie en prison ». Son cas illustre parfaitement l’ambiguïté de notre époque : entre business et politique, entre réussite et corruption, entre admiration et répulsion.

    La France est à la croisée des chemins. Soit nous trouvons la force de nous réinventer, de moderniser notre démocratie, de protéger nos intérêts tout en restant ouverts au monde. Soit nous continuons à nous déchirer sur des sujets secondaires pendant que d’autres décident de notre avenir à notre place.

    Le choix nous appartient encore. Pour combien de temps ?

    Pour aller plus loin

    • « La République des copains » – Enquête sur les réseaux de pouvoir en France (La Découverte, 2012)
    • « La surveillance électronique planétaire » – Rapport du réseau Echelon (Documentation française, 2001)
    • « Le protectionnisme et ses ennemis » – Les Économistes atterrés (Les liens qui libèrent, 2012)
    • « La France périphérique » – Christophe Guilluy (Flammarion, 2010)
    • « Démocratie et technologies numériques » – Dominique Cardon (Seuil, 2010)

    Sources et références

    • Sondages Ifop sur la popularité de François Hollande (avril-mai 2013)
    • Rapports parlementaires sur l’affaire Cahuzac (Commission des finances, 2013)
    • Données du ministère de l’Intérieur sur les manifestations (2013)
    • Documents WikiLeaks sur la surveillance NSA en Europe (2010-2013)
    • Études sociologiques sur les émeutes urbaines en France (INSEE, 2005-2013)

    Photo : Marco Oriolesi / Unsplash

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  • La France en ébullition : entre scandales politiques et montée des tensions
    La France en ébullition : entre scandales politiques et montée des tensions
    Entre scandales politiques, violences urbaines et menaces terroristes, la France de 2013 semble au bord de l’implosion. Une analyse sans concession d’une société fracturée où les élites perdent pied face à un peuple de plus en plus méfiant et des tensions communautaires exacerbées.

    Le dossier Cahuzac vient de faire l’effet d’une bombe. Un ministre du Budget fraudeur, c’est le symbole même de l’hypocrisie d’un système qui demande des efforts aux Français tout en s’exonérant de ses propres règles. Cette affaire n’est que la partie émergée de l’iceberg d’une crise de confiance généralisée qui secoue notre pays.

    L’effondrement de la crédibilité politique

    L’affaire Cahuzac révèle quelque chose de bien plus profond qu’un simple cas de fraude fiscale. C’est tout l’édifice de la Ve République qui vacille. Comment demander aux citoyens de payer leurs impôts quand le ministre censé les collecter planque son argent en Suisse ? Cette trahison symbolique marque un tournant.

    Le Parti socialiste, déjà fragilisé par des sondages catastrophiques, se retrouve pris dans une spirale infernale. François Hollande plafonne autour de 26% d’opinions favorables. Du jamais vu pour un président élu il y a à peine un an. La seule solution pour éviter l’implosion totale ? De nouvelles législatives, très vite. Mais qui osera appuyer sur le bouton ?

    Face à cette déliquescence, l’UMP n’est guère mieux lotie. L’absence assourdissante de Nicolas Sarkozy crée un vide sidéral. Le parti a besoin d’un leader charismatique, presque chamanique. Or aucune tête d’affiche actuelle n’incarne ce leadership. Ni dans l’ancienne génération, ni dans la nouvelle. C’est le paradoxe : la droite traditionnelle s’effondre au moment même où la gauche implose.

    Le peuple, désormais très bien informé grâce à Internet, ne veut plus ni du PS ni de l’UMP. C’est factuel. Les citoyens ont compris que ces deux partis leur servaient la même soupe tiède depuis des décennies. La défiance n’est plus conjoncturelle, elle est structurelle.

    Le mirage du vote électronique

    Certains voient dans le vote électronique la solution miracle pour redonner vie à notre démocratie moribonde. L’idée est séduisante : permettre aux citoyens de voter massivement, facilement, depuis chez eux. Mais attention aux fausses bonnes idées. Un vote électronique mal encadré, c’est la porte ouverte à toutes les manipulations.

    Si on doit aller dans cette direction, il faudra un identifiant unique délivré par l’institution publique et des contrôles draconiens. Les démocraties modernes nécessiteront effectivement que les individus puissent voter plus souvent, mais créons d’abord l’outil adéquat avant de se précipiter.

    La poudrière des banlieues

    Le 13 mai dernier, les « festivités » du PSG au Trocadéro ont tourné au chaos. Des dizaines de milliers de jeunes des banlieues ont convergé vers Paris. Ce n’étaient pas que des hooligans, mais ce que Sarkozy appelait pudiquement des « racailles ». Le risque était réel : si ces jeunes excités avaient décidé de vraiment « descendre » en ville, Paris aurait pu brûler.

    Le plus révélateur dans cette affaire ? Le silence assourdissant de la gauche. Pas un mot, pas une condamnation. Comme si reconnaître la réalité de ces violences urbaines revenait à trahir son camp. Cette omerta intellectuelle est criminelle. Elle empêche tout diagnostic sérieux et donc toute solution.

    Daniel Riolo, dans son livre « Racaille Football Club », décrit parfaitement cette dérive. Le football, miroir de notre société, révèle les fractures béantes qui la traversent. Entre communautarisme exacerbé et perte des valeurs républicaines, le sport roi est devenu le théâtre de toutes les dérives.

    La menace de la guerre civile

    Certains évoquent même le spectre de la guerre civile. Les Hommen, dans le contexte des manifestations contre le mariage homosexuel, n’hésitent pas à prédire « une guerre civile ». Exagération ? Peut-être. Mais on devrait prendre au sérieux le risque de guérilla urbaine, de déstabilisation sociale, de chaos.

    Les ingrédients sont réunis : une défiance généralisée envers les institutions, des communautés qui ne se parlent plus, une jeunesse désœuvrée et en colère, des élites déconnectées. Il ne manque qu’une étincelle pour que tout s’embrase.

    Le terrorisme, nouvelle normalité

    Les attentats de Boston du 15 avril ont rappelé à l’Occident sa vulnérabilité. Deux frangins tchétchènes ont réussi à terroriser les États-Unis avant de se faire prendre… en train de piquer des trucs dans un 7-Eleven. No comment ! Cette fin pathétique ne doit pas faire oublier l’essentiel : des individus isolés et motivés peuvent désormais terroriser de l’intérieur.

    Il y en a des tas, dans tous les pays occidentaux. Des jeunes radicalisés, souvent décrits comme des « anges » par leurs proches. Le père du suspect de Boston assurait que son fils était un étudiant en médecine accompli. Cette schizophrénie est terrifiante : comment détecter la menace quand elle se cache derrière le masque de la normalité ?

    L’assassinat du soldat britannique Lee Rigby à Woolwich le 22 mai s’inscrit dans cette logique. Merah à Toulouse, les Tsarnaev à Boston, les tueurs de Londres : tous sont fondamentalement connectés. Ce n’est pas du terrorisme organisé façon Al-Qaïda, mais quelque chose de plus insidieux : le terrorisme individuel, imprévisible, frappant au hasard.

    L’échec du renseignement

    Face à cette menace diffuse, nos services de renseignement semblent dépassés. Ils cherchent encore des réseaux structurés là où il n’y a que des loups solitaires. Cette inadaptation est mortelle. Il faut repenser complètement notre approche de la sécurité intérieure.

    Les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance généralisée pratiquée par la NSA ajoutent une couche d’ironie amère. Nous savions déjà en Europe que la surveillance automatique par les USA était massive. Mais l’ampleur révélée dépasse l’entendement. Et le pire ? Les technologies actuelles sont autrement plus incroyables que celles dévoilées !

    La fuite en avant économique

    Face à cette crise multiforme, que font nos dirigeants ? Ils taxent ! Toujours plus de taxes, toujours plus de prélèvements. C’est leur seule réponse à tout : taxer. Cette fuite en avant fiscale est suicidaire. Elle étouffe l’économie et exaspère les citoyens.

    Je le répète jamais assez : ceux qui peuvent et pour qui c’est justifié, videz vos comptes bancaires, achetez un coffre, et remplissez-le d’or ! La crise chypriote nous a montré que les États n’hésitent plus à ponctionner directement les comptes bancaires. La propriété privée n’est plus sacrée quand les caisses sont vides.

    Arnaud Montebourg, avec sa position sur Dailymotion, montre au moins qu’une autre voie est possible. Son approche, bien que critiquée, est intéressante, stratégique et protectionniste. Enfin quelqu’un qui ose parler de protéger nos intérêts ! Même Hortefeux à l’UMP demande davantage de « protection » européenne, même s’il n’ose pas encore prononcer le mot « protectionnisme ».

    L’Europe, bouc émissaire idéal

    L’Europe devient le bouc émissaire de tous nos maux. Les dirigeants des USA et de l’Europe nous expliquent que c’est la Russie qui provoque les tensions, notamment en Ukraine. Mais qui croit encore à ces fables ? L’Union européenne, censée nous protéger, nous affaiblit. Elle impose des règles absurdes tout en étant incapable de défendre nos intérêts face aux géants américains ou chinois.

    Barack Obama lui-même est obligé d’admettre qu’aux USA le système n’est peut-être pas vraiment une véritable démocratie. Si même le président américain doute de son propre système, où allons-nous ?

    Vers l’effondrement ?

    Tous les signaux sont au rouge. Crise politique, crise économique, crise sociale, crise sécuritaire : nous cumulons toutes les crises possibles. Le système craque de toutes parts. Les élites sont discréditées, le peuple est en colère, les communautés se déchirent, les terroristes frappent au hasard.

    La France de 2013 ressemble à un bateau ivre fonçant droit sur les récifs. Le capitaine est aux abonnés absents, l’équipage se mutine, et les passagers commencent à sauter par-dessus bord. Combien de temps avant le naufrage ?

    Face à ce tableau apocalyptique, deux attitudes sont possibles. Se voiler la face et continuer comme si de rien n’était. Ou regarder la réalité en face et agir. Pour ma part, le choix est fait. Il faut alerter, dénoncer, proposer. Même si c’est désagréable, même si ça dérange.

    Car au final, c’est notre survie collective qui est en jeu. Si nous ne réagissons pas maintenant, si nous continuons à nous bercer d’illusions, le réveil sera terrible. La France mérite mieux que cette descente aux enfers programmée. Mais pour inverser la tendance, il faudra du courage. Beaucoup de courage.

    Pour aller plus loin

    • « Racaille Football Club » de Daniel Riolo – Une plongée sans concession dans les dérives du football français
    • Les révélations d’Edward Snowden sur PRISM – Pour comprendre l’ampleur de la surveillance de masse
    • « Le Suicide français » d’Éric Zemmour (à paraître) – Une analyse de la décomposition nationale
    • Les archives du Canard Enchaîné sur l’affaire Cahuzac – Pour suivre le scandale depuis le début
    • « La France Orange Mécanique » de Laurent Obertone – Un état des lieux de l’insécurité en France

    Sources et références

    • Sondages IFOP et BVA sur la popularité de François Hollande (avril-mai 2013)
    • Rapports de police sur les incidents du Trocadéro du 13 mai 2013
    • Déclarations officielles du FBI sur les attentats de Boston (avril 2013)
    • Communiqués de Scotland Yard sur l’assassinat de Lee Rigby (mai 2013)
    • Documents révélés par Edward Snowden au Guardian et au Washington Post (juin 2013)

    Photo : Sébastien Ramage / Unsplash

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  • Démocratie en crise : quand le vote ne suffit plus
    Démocratie en crise : quand le vote ne suffit plus
    Les démocraties occidentales traversent une crise de légitimité sans précédent. De l’aveu d’impuissance d’Obama aux calculs politiciens français, en passant par les mirages du vote électronique, notre système représentatif montre ses limites.

    Quand Barack Obama lui-même admet que le système américain n’est « peut-être pas vraiment une véritable démocratie », on touche au cœur du malaise contemporain. Cette confession, impensable il y a encore dix ans, révèle l’ampleur de la crise qui traverse nos sociétés occidentales.

    Je ne peux m’empêcher de penser que nous assistons à un basculement historique. Les masques tombent. Les illusions se dissipent. Et ce qui reste n’est pas joli à voir.

    L’aveu d’impuissance américain

    Le système politique américain, longtemps présenté comme le modèle démocratique par excellence, craque de toutes parts. Les lobbies contrôlent le Congrès. Wall Street dicte sa loi. Les citoyens ordinaires n’ont plus voix au chapitre.

    Cette réalité, Obama la connaît depuis son arrivée à la Maison Blanche en 2009. Mais il aura fallu quatre ans pour qu’il commence à lever le voile. Pourquoi maintenant ? Parce que son second mandat lui donne une liberté de parole qu’il n’avait pas auparavant ? Ou parce que la situation est devenue si évidente qu’il ne peut plus faire semblant ?

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon une étude de Princeton de 2012, les préférences de l’Américain moyen n’ont qu’un impact « minuscule, proche de zéro » sur les politiques publiques. En revanche, les élites économiques et les groupes d’intérêts organisés obtiennent régulièrement ce qu’ils veulent.

    Bref. La démocratie américaine est devenue une oligarchie qui ne dit pas son nom.

    La France dans la spirale du cynisme

    Pendant ce temps, en France, François Hollande plonge dans les abysses de l’impopularité. Avec 26% d’opinions favorables, il bat tous les records. Et face à la mobilisation massive contre le mariage pour tous, certains imaginent déjà les pires scénarios.

    Reporter le vote à l’Assemblée nationale pour remonter dans les sondages ? L’idée peut paraître folle. Mais dans le contexte actuel, plus rien ne surprend. La politique est devenue un jeu de dupes où tous les coups sont permis.

    Ce qui frappe, c’est l’instrumentalisation permanente du processus démocratique. Le vote n’est plus l’expression de la volonté populaire. C’est devenu un outil de manipulation, un levier pour les calculs politiciens.

    Les manifestations se succèdent. Les Français descendent dans la rue par centaines de milliers. Mais le pouvoir reste sourd. Pire, il envisage de contourner l’obstacle par des manœuvres dilatoires.

    Les symptômes d’une déconnexion profonde

    Cette déconnexion entre les élites et le peuple n’est pas nouvelle. Mais elle atteint aujourd’hui des sommets inégalés :

    • Les promesses électorales sont systématiquement trahies
    • Les consultations populaires sont ignorées (référendum de 2005)
    • Les alternances politiques ne changent rien aux politiques menées
    • Les médias mainstream relaient la pensée unique

    Face à ce constat, la défiance s’installe. Et avec elle, la tentation du repli, de l’abstention, voire de la violence.

    Le mirage technologique du vote électronique

    Dans ce contexte de crise démocratique, certains voient dans la technologie une planche de salut. Le vote électronique serait la solution miracle pour restaurer la confiance et moderniser nos institutions.

    J’entends déjà les arguments : transparence accrue, résultats instantanés, économies budgétaires, participation facilitée… Sur le papier, c’est séduisant. Dans la réalité, c’est une autre histoire.

    Le vote électronique soulève des questions fondamentales que ses promoteurs préfèrent éluder. Comment garantir le secret du vote ? Comment s’assurer de l’intégrité du processus ? Comment empêcher les manipulations ?

    Les conditions d’un vote électronique acceptable

    Si l’on devait envisager sérieusement cette option, il faudrait au minimum :

    • Un identifiant unique délivré par l’institution publique
    • Un système de contrôle transparent et vérifiable
    • Un code source ouvert et auditable
    • Des garanties constitutionnelles sur la protection des données
    • Une autorité indépendante de supervision

    Mais même avec toutes ces précautions, le risque zéro n’existe pas. Les exemples étrangers sont édifiants. Aux Pays-Bas, le vote électronique a été abandonné en 2008 après avoir constaté des failles béantes. En Allemagne, la Cour constitutionnelle l’a jugé anticonstitutionnel en 2009.

    Le problème fondamental reste le même : dans un système électronique, le citoyen perd tout contrôle sur le processus. Il doit faire confiance aveuglément à la machine et à ceux qui la contrôlent.

    Repenser la démocratie au-delà du vote

    La vraie question n’est peut-être pas de savoir comment voter, mais pourquoi voter. Si le système est verrouillé, si les dés sont pipés, à quoi bon participer à la mascarade ?

    Cette interrogation, de plus en plus de citoyens se la posent. Et l’abstention progresse élection après élection. Non pas par désintérêt, mais par lucidité.

    Il est temps de repenser notre conception de la démocratie. Le vote tous les cinq ans ne suffit plus. Il faut imaginer de nouvelles formes de participation citoyenne :

    • Référendums d’initiative populaire
    • Jurys citoyens tirés au sort
    • Budgets participatifs locaux
    • Droit de révocation des élus
    • Transparence totale des décisions publiques

    Ces pistes existent. Certaines sont expérimentées ici ou là. Mais elles se heurtent à la résistance farouche de ceux qui profitent du système actuel.

    La bataille pour le contrôle démocratique

    Car ne nous y trompons pas. Derrière les débats techniques sur le vote se cache une bataille féroce pour le contrôle du pouvoir. Les oligarchies en place n’ont aucun intérêt à voir émerger une vraie démocratie.

    Elles préfèrent maintenir l’illusion démocratique. Un théâtre d’ombres où les citoyens croient choisir alors qu’ils ne font qu’avaliser des décisions prises ailleurs.

    Cette bataille ne fait que commencer. D’un côté, des élites de plus en plus déconnectées et autoritaires. De l’autre, des peuples qui prennent conscience de leur dépossession.

    Conclusion : l’urgence d’agir

    Nous sommes à la croisée des chemins. Soit nous acceptons la dérive oligarchique et nous renonçons à nos idéaux démocratiques. Soit nous nous battons pour reconquérir le pouvoir qui nous a été confisqué.

    Cette reconquête ne passera pas par les urnes traditionnelles. Le système est trop verrouillé. Elle passera par la mobilisation citoyenne, l’innovation démocratique, la résistance aux manipulations.

    Le vote reste un outil. Mais ce n’est qu’un outil parmi d’autres. Et si nous voulons vraiment changer les choses, il faudra en inventer de nouveaux.

    La question n’est plus de savoir si notre système est vraiment démocratique. Obama lui-même a tranché. La question est : qu’allons-nous faire pour qu’il le devienne enfin ?

    Pour aller plus loin

    • « La Démocratie en Amérique » d’Alexis de Tocqueville – Pour comprendre les racines historiques de la crise démocratique américaine
    • « Le Contrat Social » de Jean-Jacques Rousseau – Les fondements philosophiques de la souveraineté populaire
    • « La Contre-démocratie » de Pierre Rosanvallon (2006) – Une analyse des nouvelles formes de participation citoyenne
    • Les travaux du Conseil de l’Europe sur la démocratie électronique – Pour une approche critique du vote électronique

    Sources et références

    • Étude de Princeton sur l’influence politique aux États-Unis (2012)
    • Décision de la Cour constitutionnelle allemande sur le vote électronique (2009)
    • Rapport du gouvernement néerlandais sur l’abandon du vote électronique (2008)
    • Baromètres d’opinion sur la popularité de François Hollande (avril 2013)

    Photo : Dmitrii Vaccinium / Unsplash

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  • 2014, l’année de tous les dangers, et de toutes les audaces?

    Les français, qu’il s’agisse de particuliers ou d’entreprises, subissent une pression fiscale inédite, accentuée depuis 2012 (+10% en 2012 après +6,6% en 2011 pour les ménages). Les prélèvements obligatoires (d’une manière générale toutes les taxes ou toutes les charges non fiscales) viennent accroître considérablement les difficultés. C’est le cumul des différents prélèvements, qu’ils soient directs ou indirects, qui représente la véritable charge sur les individus et sur les entreprises.

    Les analyses sérieuses (très rarement publiées, très compliquées à démontrer et même à expliquer sauf entre économistes convaincus) qui tentent d’être exhaustives dans la prise en compte de toutes les charges directes et indirectes, démontrent qu’il n’est pas déraisonnable de considérer qu’une entreprise qui dépense 100 euros pour un salarié lui laissera au final moins de 20 euros une fois qu’on aura soustrait les prélèvements sociaux, les impôts directs, les impôts indirects, la TVA, et les innombrables autres charges obligatoires. La taxe Hollande à 75%, absurde et contre-productive pour des raisons que je ne vais même plus évoquer, devient alors toute relative.

    Les prélèvements opérés par les institutions sur les revenus des personnes physiques ou morales plongent le système social et économique dans une spirale infernale, que les politiques ont généralement beaucoup de peine à appréhender, comprendre ou même conceptualiser.

    Quand les revenus n’augmentent pas plus vite que les prélèvements, les dépenses se font mécaniquement au profit des charges obligatoires, la consommation baisse, produisant ainsi moins de revenus, ces derniers auront naturellement tendance à baisser, augmentant encore les charges et donc les prélèvements, qui eux continueront alors d’augmenter pendant que les revenus continueront à baisser, entraînant la consommation mécaniquement à la baisse également, etc, etc.

    Généralement, cet équilibre instable craque très lentement dans la mesure où depuis une trentaine d’années les efforts, toujours en augmentation, imposés aux contribuables sont soigneusement lissés, dilués, il s’agit alors d’une très lente souffrance, qui passe presque pour indolore, ne provoquant pas de brusques crises, ou quelques rares conflits sociaux très bien contrôlés.

    Les gens ont ce sentiment de payer davantage, de recevoir moins en échange, mais personne ne sait clairement identifier l’origine du mal, et le temps passe.

    Certes l’euro est passé par là entre temps, et il est désormais incontestable que les prix ont augmenté plus vite encore depuis son introduction.

    Quand des dizaines et des dizaines de taxes, de prélèvements, de charges directes ou indirectes augmentent de quelques dixièmes en pourcentage, régulièrement, mais jamais au même moment, personne ne peut suivre objectivement les hausses, ni les appréhender dans leur globalité ou dans le temps, et ce n’est toujours qu’après des années d’analyses et une bonne rétrospective qu’on réalise que « les charges sont passées de tel montant à tel autre montant en l’espace de 10 ans, en augmentant de 30% au passage, et on n’a rien vu venir », mais c’est trop tard…

    Cette fois, c’est un peu différent, l’augmentation des prélèvements sur quelques années à partir de maintenant est telle qu’on ne peut pas imaginer que cela se fasse sans dommages vraiment visibles.

    Certains pensaient qu’on allait en rester là ? Sûrement pas. La marge de manoeuvre en France est encore très importante, le niveau de vie est tellement élevé dans le pays qu’on est probablement pas prêt d’avoir touché le fond. C’est d’ailleurs l’une des principales raisons, trompeuse selon moi, qui fait qu’en France on a le sentiment d’être moins affecté par les crises que nos pays voisins, eux partant de moins haut que nous. Rassurez-vous, au sol, in fine tout le monde est au même niveau.

    L’année 2013 n’est encore rien par rapport à ce qui attend les français en 2014.

    L’effroyable impact lié à la refiscalisation des heures supplémentaires se fera dans la douleur. Les millions de salariés qui ont, à raison, profité du dispositif Sarkozy sur les heures supplémentaires (probablement l’une des meilleures mesures en France ces dernières années, objectivement) et qui ont, toujours à raison, continué à travailler plus pour tenter de gagner plus, vont déguster. La hausse de l’impôt sur les revenus va leur exploser à la figure. L’augmentation sera déjà un peu ressentie dès 2013, puis c’est le plein tarif à partir de 2014.

    Les hausses d’impôts validées entre 2011 et 2013 seront vraiment ressenties à partir de 2014.

    Gardons également à l’esprit la hausse de TVA qui passe à 20% début janvier 2014 sur l’immense majorité des produits et services, à 10% dans la restauration (et qui baissera, certes à 5% au lieu de 5,5% sur quelques produits de consommation) ayant un impact direct et immédiat sur le pouvoir d’achat des particuliers, et la trésorerie des entreprises (qui avancent cette TVA avant de la récupérer bien plus tard). Ces hausses de TVA vont s’accompagner de hausses opportunistes ou mécaniques de la quasi totalité des prix des produits et services, et pire, plus les produits sont initialement à des prix bas, plus leurs prix augmenteront en pourcentage, par la simple règle d’arrondissement des prix et leur proportionnalité, puis surtout par les hausses en cascades des différents intermédiaires (une hausse de TVA de 19,6% à 20% ne résultera jamais à une « simple » hausse des prix de 2%, mais plus probablement à une hausse catastrophique qui se situera autour de 5%, car entre le prix d’achat du prestataire initial, et le prix de vente final, tous les intermédiaires auront été impacté par la hausse du prix de l’intermédiaire de niveau inférieur).

    Tout cela, c’est sans compter sur les 10 milliards encore à trouver pour le seul bénéfice de l’État (et de sa dette financière bancaire) en 2014 et qui résulteront nécessairement, en partie au moins, à de nouvelles hausses de taxes et de prélèvements divers.

    Soyons réalistes un instant, ne serait-ce que pour être un peu mieux préparés.

    Ce qui attend le pays dans les mois et années à venir, c’est un niveau incroyable de défaillances d’entreprises, un niveau incroyable de dégradation de la trésorerie de celles qui resteront, un coût du travail toujours en hausse, des salaires qui baisseront inévitablement, et sensiblement, un nombre incroyable de gens qui vont s’appauvrir dans leur quotidien, une diminution incroyable des services rendus par les institutions, une baisse incroyable de la qualité générale des services rendus, un niveau incroyable de prélèvements obligatoires, une consommation intérieure qui va continuer à baisser, des exportations qui vont rester à un niveau faible, un nombre incroyable de malades à soutenir, et de nouveaux malades à prendre en compte, un taux de chômage insupportable, et un niveau de rémunération des inactifs terriblement insuffisant. Les rentrées fiscales vont baisser, les centaines de milliers de fonctionnaires français ne seront pas épargnés dans les difficultés.

    Nos prochains dirigeants politiques vont devoir faire preuve d’une ingéniosité, d’une compétence, d’un self-contrôle et surtout d’une audace folle pour surmonter les crises qui s’accumulent les unes aux autres.

    Les solutions objectives à envisager immédiatement sont nombreuses mais la plupart ne figurent pas aux programmes des deux partis politiques dominants.

    Le « compartimentage hermétique des risques homogènes » est selon moi la piste à suivre pour limiter l’ampleur et la propagation des difficultés. Cette technique consisterait à identifier tous les risques de même nature, puis de les contraindre provisoirement à leur niveau actuel en permettant ainsi la reconstruction de leur capacité intrinsèque à s’équilibrer. Le lien entre chaque compartiment nécessiterait alors d’être régulé et contrôlé, afin de garantir l’équilibre de l’ensemble.

    Au risque de choquer, le protectionnisme est une forme de compartimentage hermétique, la séparation des banques d’affaires et de détail est aussi une forme de compartimentage hermétique, et plein d’autres risques politiquement incorrects pourraient également faire l’objet de compartimentages, comme le contrôle et la régulation des monnaies nationales, le contrôle des énergies stratégiques, le contrôle des matières premières, les flux internationaux, etc.

    En réalité, tout est question d’objectifs stratégiques.

    En dernier ressort, veut-on sauvegarder l’État ? Ou veut-on sauvegarder la condition des citoyens ? C’est une évidence que l’ultime contrainte d’un gouvernement réside dans la sauvegarde des intérêts de l’État, c’est ainsi. Tout l’enjeu étant de faire croire (ou voir) le contraire. Et comme toujours, l’intérêt des uns fait le malheur des autres. L’Europe n’arrange rien, et pèse.

    En attendant la mise en oeuvre de mesures tellement compliquées, tellement douloureuses, ne devrait-on pas commencer par remettre dans les entreprises qui n’espèrent que cela, tous ces millions de chômeurs, en imaginant un dispositif gagnant-gagnant ? Un dispositif provisoire, face à une crise dont on ne voit pas la fin.

    La société civile supporte déjà le coût de ce chômage de masse, qu’est-ce qu’il en coûterait donc de plus ?

    La France a immédiatement besoin de renforcer la seule entité légale qui produit de la richesse, l’entreprise, et au passage, on aurait intérêt à remonter un peu (beaucoup en réalité) l’estime des seuls qui font les entreprises, les entrepreneurs, appelés aussi « les patrons », vous savez, ceux-qui prennent la majorité des risques.

    Réfléchissons. Prenez cet exemple. Un cadre au chômage, qui pourrait animer une petite équipe dans une petite entreprise et probablement dynamiser une activité en berne, est-ce qu’il est heureux chez lui à perdre son temps à chercher un travail qu’il ne trouvera pas, craindre pour son avenir, être payé 60% de son revenu optimal, ou est-ce qu’il ne serait pas mieux dans l’entreprise, qui abonderait son revenu des 40% manquant pendant une durée d’amorçage de quelques années, permettant au passage l’emploi de ses autres collaborateurs, peut-être aussi chômeurs, que l’entreprise abondera également, pour constituer cette petite équipe, qui va dynamiser l’activité, reconstruire du pouvoir d’achat, et relancer la machine…

    Souvent, les idées qui marchent le mieux sont les plus simples, les plus logiques, les plus légitimes et les plus évidentes.

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  • Boston sous le choc : analyse à chaud d’un attentat qui ébranle l’Amérique
    Boston sous le choc : analyse à chaud d’un attentat qui ébranle l’Amérique
    L’attentat du marathon de Boston soulève des questions cruciales sur la sécurité intérieure américaine et les motivations des attaquants. Alors que la traque des suspects bat son plein, l’analyse des premiers éléments révèle un acte qui pourrait être celui de loups solitaires agissant en autonomie.

    Trois jours après l’explosion qui a endeuillé le marathon de Boston, l’Amérique retient son souffle. Les images des deux suspects diffusées par le FBI ont déclenché une chasse à l’homme sans précédent. Mais au-delà de l’émotion légitime, c’est tout un système de sécurité et une société qui se retrouvent questionnés.

    Un attentat aux multiples lectures possibles

    L’attaque coordonnée du 15 avril dernier pose immédiatement la question du mobile. Qui peut vouloir frapper ainsi le cœur symbolique de l’Amérique lors d’un événement aussi populaire que le marathon de Boston ? Les premières heures ont vu fleurir toutes les hypothèses.

    D’un côté, certains pointent du doigt les groupes pro-armes à feu. Le timing de l’attaque, en plein débat sur le contrôle des armes après la tuerie de Newtown, n’est pas anodin. La date elle-même – le 15 avril, jour de la déclaration d’impôts aux États-Unis et proche de l’anniversaire de l’attentat d’Oklahoma City – pourrait suggérer une action de l’extrême droite américaine.

    De l’autre, le mode opératoire – des bombes artisanales dissimulées dans des sacs à dos – évoque davantage les méthodes du terrorisme international. Les services de renseignement scrutent les connections possibles avec des réseaux islamistes, même si aucune revendication n’est venue étayer cette piste pour l’instant.

    Mais une troisième voie se dessine, peut-être la plus troublante : celle d’individus agissant en totale autonomie, sans connexion avec des groupes organisés. Des loups solitaires motivés par une haine personnelle de l’Amérique et de ses valeurs.

    Le profil troublant des suspects

    Les informations qui filtrent sur les deux suspects – apparemment des frères – dessinent un portrait complexe. Jeunes, apparemment intégrés, rien ne semblait les prédestiner à commettre un tel acte. C’est précisément ce qui rend leur geste encore plus déstabilisant pour la société américaine.

    Si l’hypothèse de l’action autonome se confirme, nous serions face à un phénomène particulièrement inquiétant. Des individus capables de basculer dans la violence extrême sans signes avant-coureurs, sans appartenance à des réseaux surveillés. Le cauchemar absolu pour les services de sécurité.

    Cette autonomie supposée soulève des questions fondamentales. Comment des jeunes gens peuvent-ils en arriver à haïr suffisamment leur pays d’adoption pour vouloir « mettre les USA à l’envers » ? Quels mécanismes de radicalisation sont à l’œuvre, loin des mosquées surveillées et des groupes extrémistes fichés ?

    Une Amérique vulnérable malgré l’arsenal sécuritaire

    L’attentat de Boston révèle cruellement les limites du dispositif de sécurité américain post-11 septembre. Malgré les milliards investis dans la sécurité intérieure, malgré la surveillance généralisée et les restrictions de libertés acceptées au nom de la lutte antiterroriste, deux individus déterminés ont pu frapper en plein cœur d’une grande ville américaine.

    Cette vulnérabilité est d’autant plus flagrante que l’attaque a visé un événement populaire, ouvert, symbole de la vie américaine normale. Comment protéger efficacement des milliers de marathons, de parades, de rassemblements qui font le tissu social du pays ? La réponse sécuritaire a ses limites évidentes.

    Plus troublant encore, la manière dont se déroule la traque des suspects. L’ironie est cruelle si l’on découvre que ces individus qui ont semé la terreur se font finalement arrêter lors d’un banal larcin dans une supérette. Après avoir mis en échec tout l’appareil sécuritaire américain, échouer sur un vol à l’étalage révélerait l’amateurisme fondamental de leur démarche.

    Les questions qui dérangent

    Au-delà de l’enquête en cours, cet attentat pose des questions dérangeantes sur la société américaine elle-même. Si des jeunes gens apparemment intégrés peuvent basculer ainsi dans la violence nihiliste, qu’est-ce que cela dit de la capacité d’intégration du modèle américain ?

    La polarisation extrême du débat politique, l’omniprésence des armes, la violence latente qui imprègne la culture populaire, les inégalités croissantes – tous ces facteurs créent-ils un terreau propice à l’émergence de ces loups solitaires ? La question mérite d’être posée, même si elle dérange.

    Et que dire de la réaction prévisible des autorités ? Plus de surveillance, plus de contrôles, plus de restrictions. Le cycle infernal de la peur et de la sécurité qui grignote toujours un peu plus les libertés fondamentales. Benjamin Franklin avait prévenu : « Ceux qui peuvent renoncer à la liberté essentielle pour obtenir un peu de sécurité temporaire ne méritent ni la liberté ni la sécurité. »

    L’ombre du doute

    Un aspect particulièrement troublant mérite réflexion. Que se passera-t-il si le second suspect, une fois arrêté, clame son innocence ? Dans l’atmosphère survoltée actuelle, avec la pression médiatique et politique énorme, quelle place restera-t-il pour le doute raisonnable ?

    L’histoire américaine récente regorge d’exemples d’erreurs judiciaires dans des affaires hautement médiatisées. La présomption d’innocence, pilier du système judiciaire, résiste mal à la vindicte populaire et à la soif de vengeance. Les images diffusées par le FBI sont-elles suffisantes pour établir la culpabilité ? Les preuves sont-elles irréfutables ?

    Ces questions peuvent sembler déplacées dans le contexte actuel, mais elles sont essentielles. La justice expéditive n’est jamais la vraie justice. Et l’histoire nous enseigne que les périodes de crise sont propices aux errements judiciaires les plus graves.

    Vers quelle Amérique ?

    L’attentat de Boston marque peut-être un tournant. Non pas tant par son ampleur – tragique mais limitée comparée à d’autres drames – mais par ce qu’il révèle de l’état de la société américaine.

    Si l’hypothèse des loups solitaires se confirme, c’est tout le modèle de lutte antiterroriste qui devra être repensé. Comment surveiller des individus qui ne communiquent avec personne, qui se radicalisent seuls devant leur ordinateur, qui passent à l’acte sans signes avant-coureurs ?

    La tentation sera grande de renforcer encore l’arsenal sécuritaire, d’étendre la surveillance, de restreindre les libertés. Mais c’est précisément cette spirale qui pourrait alimenter la haine et le ressentiment de nouveaux candidats à la violence nihiliste.

    L’Amérique se trouve à la croisée des chemins. Soit elle cède à la peur et s’enferme dans une forteresse sécuritaire toujours plus oppressante. Soit elle trouve le courage de s’interroger sur les racines profondes de cette violence et d’y apporter des réponses autres que répressives.

    Le choix qui sera fait dans les jours et semaines à venir déterminera le visage de l’Amérique pour les années à venir. Et au-delà, c’est tout le modèle occidental qui est questionné. Car si le rêve américain produit de tels cauchemars, quelle alternative proposer à ceux qui se sentent exclus du système ?

    Boston pleure ses morts et soigne ses blessés. Mais les vraies blessures sont peut-être plus profondes, nichées au cœur d’une société qui ne sait plus comment intégrer ses marges et qui répond à la violence par toujours plus de violence. Un cercle vicieux dont on ne voit pas, hélas, comment sortir.

    Pour aller plus loin

    • « The Looming Tower » de Lawrence Wright – Une plongée dans les mécanismes de la radicalisation
    • « Columbine » de Dave Cullen – Pour comprendre la violence nihiliste en Amérique
    • Les rapports de la commission sur le 11 septembre – Les leçons non apprises
    • « Manufacturing Consent » de Noam Chomsky – Sur la manipulation médiatique en temps de crise

    Sources et références

    • Communiqués officiels du FBI sur l’enquête en cours
    • Statistiques du National Counterterrorism Center sur les attentats domestiques
    • Rapport 2012 de l’ACLU sur les libertés civiles post-11 septembre
    • Données du Pew Research Center sur la polarisation politique américaine

    Photo : Sergey Konstantinov / Unsplash

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  • L’UMP se déchire : quand la droite française implose en direct
    L’UMP se déchire : quand la droite française implose en direct
    La bataille pour la présidence de l’UMP entre Jean-François Copé et François Fillon tourne au psychodrame national. Avec 49,95% des voix pour Fillon contre 50,05% pour Copé, c’est l’unité même de la droite française qui est en jeu.

    Je regarde, médusé, ce spectacle affligeant qui se joue depuis dimanche soir. L’UMP, ce parti qui se voulait le rassemblement de toute la droite républicaine, est en train d’imploser sous nos yeux. Et franchement, qui peut encore croire que Fillon et ses 49,95% vont gentiment cohabiter sous la direction de Copé ? C’est de la poudre aux yeux, et tout le monde le sait.

    Une élection aux allures de règlement de comptes

    Les chiffres donnent le vertige : 98 voix d’écart sur près de 175 000 votants. 50,05% pour Copé, 49,95% pour Fillon. Une différence si mince qu’elle en devient suspecte. D’autant plus que les accusations de fraude fusent de toutes parts. Des bureaux de vote qui ferment trop tôt, des adhérents empêchés de voter, des procurations douteuses… Le catalogue des irrégularités s’allonge d’heure en heure.

    Ce qui frappe dans cette élection, c’est l’ampleur de la mobilisation : près de 70% de participation. Du jamais vu pour une élection interne. Les militants UMP ont compris que l’enjeu dépassait largement le simple choix d’un président. C’est l’âme même de leur parti qui était en jeu.

    Mais au-delà des chiffres, c’est la violence des échanges qui interpelle. Les deux camps s’accusent mutuellement de tous les maux. L’équipe Fillon dénonce un « hold-up électoral », celle de Copé parle de « mauvais perdants ». Les cadres du parti s’écharpent sur les plateaux télé. C’est à se demander s’il ne faudrait pas envoyer les casques bleus pour ramener la paix !

    Deux visions irréconciliables de la droite

    Derrière ce duel de personnes se cache un affrontement idéologique profond. D’un côté, Copé incarne une droite décomplexée, qui n’hésite pas à flirter avec les thématiques du Front National. Son livre sur le « pain au chocolat » arraché dans les cours d’école a marqué les esprits. Il assume une ligne dure sur l’immigration et l’identité nationale.

    De l’autre, Fillon représente une droite plus traditionnelle, gaulliste et sociale. Même s’il a durci son discours ces derniers mois, il reste attaché à une certaine modération. Ses soutiens dénoncent la dérive droitière de Copé et craignent une « lepénisation » du parti.

    Je pressens d’ailleurs que l’UMP de Copé va continuer sa dérive vers l’extrême droite, tandis que les déçus du fillonisme pourraient être tentés par d’autres aventures. Certains évoquent déjà la création d’un nouveau parti. D’autres murmurent qu’un rapprochement avec le centre n’est pas exclu. La recomposition politique est en marche.

    Les conséquences d’une fracture annoncée

    Lundi soir, coup de théâtre : Fillon annonce qu’il ne conteste pas les résultats. Clap de fin ? Pas si sûr. Cette déclaration, censée apaiser les tensions, ressemble plutôt à un cessez-le-feu qu’à une véritable réconciliation. Les fillonistes gardent leurs griefs et leur amertume.

    Les conséquences de cette crise sont multiples. D’abord, l’image de l’UMP en sort considérablement écornée. Comment un parti qui n’arrive pas à organiser sereinement sa propre élection interne peut-il prétendre gouverner la France ? Les Français assistent, amusés ou consternés, à ce spectacle peu glorieux.

    Ensuite, c’est la capacité d’opposition qui est en jeu. Face à un gouvernement socialiste qui traverse ses propres turbulences, l’UMP devrait incarner l’alternative. Au lieu de cela, elle offre l’image d’un parti déchiré, incapable de parler d’une seule voix. François Hollande peut dormir tranquille.

    Enfin, et c’est peut-être le plus grave, cette crise révèle l’épuisement d’un modèle politique. L’UMP, créée en 2002 pour rassembler toute la droite, n’arrive plus à contenir ses contradictions internes. Le grand parti attrape-tout voulu par Chirac montre ses limites.

    L’ombre des affaires financières

    Comme si la situation n’était pas assez compliquée, l’UMP traîne comme un boulet ses problèmes financiers. Le parti croule sous les dettes : près de 80 millions d’euros selon certaines estimations. La campagne présidentielle de Sarkozy a coûté une fortune, et les caisses sont vides.

    Cette situation financière catastrophique pèse lourdement sur la crise actuelle. Qui va hériter de cette ardoise ? Comment redresser les comptes tout en finançant l’opposition ? Les deux camps s’accusent mutuellement de mauvaise gestion. C’est un peu comme se disputer la barre d’un navire en train de couler.

    D’ailleurs, des rumeurs circulent déjà sur d’éventuelles irrégularités dans les comptes de campagne. Le spectre d’un nouveau scandale financier plane sur l’UMP. Après l’affaire Karachi, l’affaire Bettencourt, voilà que de nouveaux soupçons émergent. La droite française semble abonnée aux scandales.

    Un avenir en pointillés

    Alors, quel avenir pour l’UMP ? Les scénarios les plus fous circulent. Certains évoquent une scission pure et simple, avec deux partis distincts. D’autres parlent d’une confédération lâche, chaque camp gardant son autonomie. Les plus pessimistes prédisent une implosion totale.

    Ce qui est sûr, c’est que le statu quo est intenable. On ne peut pas diriger un parti avec 50,05% des voix quand l’autre moitié vous conteste. Copé va devoir composer, négocier, amadouer. Mais a-t-il la stature pour rassembler ? Rien n’est moins sûr.

    Je me demande même si l’UMP existe encore vraiment. Au-delà de l’étiquette, qu’est-ce qui unit encore ces gens ? Pas grand-chose, visiblement. C’est un peu comme ces vieux couples qui restent ensemble par habitude, mais qui n’ont plus rien à se dire.

    On pourrait d’ailleurs s’amuser à imaginer les titres de films qui colleraient à cette situation : « UMP et les 7 nains » pour la multiplication des ego, « L’UMP infernale » pour l’ambiance délétère, « La planète des UMP » pour le côté science-fiction de leurs querelles, « 2001 odyssée de l’UMP » pour leur voyage vers l’inconnu, ou encore « Chérie, j’ai rétréci l’UMP » pour leur perte d’influence…

    Les leçons d’une crise

    Cette crise de l’UMP nous enseigne plusieurs choses sur l’état de notre démocratie. D’abord, elle montre la difficulté pour les grands partis traditionnels de se renouveler. Coincés entre leurs barons historiques et la nécessité de se moderniser, ils peinent à trouver leur voie.

    Ensuite, elle révèle l’importance cruciale des processus démocratiques internes. Une élection mal organisée, contestée, peut faire imploser toute une organisation. La démocratie, ce n’est pas seulement compter des voix, c’est aussi garantir la transparence et l’équité du processus.

    Enfin, elle illustre la montée des clivages idéologiques au sein même des familles politiques. La droite n’est plus ce bloc monolithique qu’elle prétendait être. Les fractures sont profondes, et elles ne se résoudront pas par de simples compromis de couloir.

    Bref, l’UMP vit ses heures les plus sombres. Et pendant ce temps, les vraies questions – chômage, dette, compétitivité – passent au second plan. Les Français méritent mieux que ce spectacle désolant. Mais qui va le leur offrir ?

    Pour aller plus loin

    • « La droite en France de 1815 à nos jours » de René Rémond – Pour comprendre les racines historiques des divisions actuelles
    • « L’UMP, un parti en crise » – Dossier spécial du Monde (novembre 2012)
    • Les comptes rendus officiels de la Commission nationale des recours de l’UMP
    • « La guerre des droites » de Gilles Richard – Une analyse des conflits internes à la droite française

    Sources et références

    • Résultats officiels de l’élection à la présidence de l’UMP, 18 novembre 2012
    • Communiqués de presse des équipes Copé et Fillon, 18-19 novembre 2012
    • Rapports financiers de l’UMP publiés par la Commission nationale des comptes de campagne
    • Sondages OpinionWay et Ifop sur la perception de la crise par les sympathisants UMP, novembre 2012

    Photo : Stephen Meslin / Unsplash

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  • L’UMP en pleine décomposition : chronique d’une implosion annoncée
    L’UMP en pleine décomposition : chronique d’une implosion annoncée
    L’UMP vit ses heures les plus sombres avec une élection présidentielle interne qui vire au règlement de comptes entre Jean-François Copé et François Fillon. Au-delà du psychodrame, c’est toute la droite française qui se déchire, laissant entrevoir des recompositions politiques majeures.

    Je regarde, médusé, le spectacle affligeant que nous offre l’UMP depuis dimanche soir. Une élection interne qui devait clarifier le leadership du principal parti d’opposition tourne au vaudeville tragique. Copé proclamé vainqueur avec 98 voix d’avance sur 175 000 votants, Fillon qui conteste, des bureaux de vote oubliés… On se croirait dans une république bananière, pas dans le parti qui a gouverné la France pendant dix ans.

    Ce qui se joue sous nos yeux dépasse largement la querelle d’ego entre deux hommes. C’est l’agonie d’un modèle politique, la fin programmée du bipartisme à la française, et peut-être l’acte de naissance d’une recomposition majeure de notre paysage politique.

    Une élection qui vire au cauchemar

    Dimanche soir, Jean-François Copé se proclame vainqueur avec 50,03% des voix. Une victoire au forceps, avec 98 voix d’écart sur près de 175 000 votants. Dans n’importe quelle démocratie normale, un écart aussi faible appellerait à la prudence, voire au recomptage. Mais non, Copé fonce, prend possession de son bureau, nomme son équipe.

    Le problème ? Des irrégularités commencent à apparaître. Des bureaux de vote auraient été « oubliés » dans le décompte, notamment dans des fiefs fillonistes. La commission des recours de l’UMP elle-même évoque des « anomalies ». Fillon, qui avait d’abord reconnu sa défaite, fait machine arrière et conteste les résultats.

    On nage en plein délire. Le parti qui n’a cessé de donner des leçons de démocratie au monde entier est incapable d’organiser une élection interne propre. Les militants UMP doivent se pincer pour y croire. Après la défaite de mai, voilà que leur parti sombre dans le ridicule.

    Le plus pathétique dans cette affaire, c’est l’absence totale de hauteur de vue des protagonistes. Aucun des deux camps ne semble comprendre que ce spectacle achève de décrédibiliser une droite déjà sonnée par sa défaite présidentielle. Ils se battent pour les clés d’une maison en feu.

    Copé-Fillon : le choc de deux droites irréconciliables

    Mais au-delà du psychodrame, cette élection révèle une fracture idéologique profonde au sein de la droite française. Copé incarne une ligne dure, flirtant ouvertement avec les thèmes du Front National. Son obsession sur les « pains au chocolat », sa dénonciation du « racisme anti-blanc », ses positions sur l’immigration… Tout indique une stratégie de droitisation assumée.

    Fillon, lui, représente une droite plus traditionnelle, conservatrice sur le plan économique mais moins clivante sur les questions sociétales. Entre les deux hommes, ce n’est pas seulement une question de personnes, c’est un choix de civilisation qui se joue.

    Comment ces deux visions peuvent-elles cohabiter sous le même toit ? La réponse est simple : elles ne le peuvent pas. L’UMP est devenue une auberge espagnole où coexistent des sensibilités incompatibles. D’un côté, les héritiers du gaullisme social, de l’autre les tenants d’une droite décomplexée façon Tea Party à la française.

    Cette guerre des chefs n’est que le symptôme d’un mal plus profond : l’absence de projet politique cohérent. Depuis la défaite de Sarkozy, l’UMP n’a pas fait son aggiornamento. Elle n’a tiré aucune leçon de son échec. Au lieu de se réinventer, elle s’entre-déchire.

    Vers l’explosion de la droite française ?

    Je pressens que nous assistons aux derniers soubresauts de l’UMP telle que nous la connaissons. Cette élection calamiteuse pourrait bien être l’acte de décès du parti créé par Chirac en 2002. Les signaux sont là : des cadres qui claquent la porte, des élus qui prennent leurs distances, des militants écœurés qui déchirent leur carte.

    Deux scénarios se dessinent. Premier cas de figure : Copé l’emporte définitivement et impose sa ligne droitière. Une partie des modérés fait alors sécession, peut-être derrière Fillon, peut-être derrière un autre. On assisterait alors à la naissance d’un nouveau parti de centre-droit, laissant l’UMP dériver vers l’extrême droite.

    Deuxième hypothèse : l’élection est annulée, un nouveau scrutin est organisé. Mais le mal est fait. La défiance s’est installée, les camps se sont radicalisés. Même avec un nouveau vote, comment faire cohabiter des gens qui se détestent à ce point ?

    Dans tous les cas, le grand gagnant de cette pagaille a un nom : Marine Le Pen. Pendant que l’UMP s’autodétruit, le Front National apparaît paradoxalement comme un parti uni et discipliné. Les 18% de la présidentielle n’étaient qu’un début. Si la droite républicaine continue à imploser, le FN a un boulevard devant lui.

    L’UMPS : prophétie autoréalisatrice ?

    Il y a une ironie cruelle dans cette situation. Pendant des années, Marine Le Pen a martelé sa théorie de l’ »UMPS », dénonçant la connivence entre les deux grands partis de gouvernement. Cette rhétorique, longtemps moquée, trouve aujourd’hui une résonance troublante.

    Car que voit-on ? Un PS au pouvoir qui peine à se différencier de la politique menée par Sarkozy, notamment sur les questions économiques. Et une UMP tellement obsédée par sa guerre intestine qu’elle en oublie son rôle d’opposition. Le résultat ? Une forme d’indistinction politique qui donne du grain à moudre aux extrêmes.

    L’alternance, ce mécanisme central de notre démocratie, est en train de perdre son sens. Si PS et UMP proposent grosso modo la même chose, à quoi bon voter ? Cette convergence programmatique, couplée à l’implosion de l’UMP, ouvre la voie à une recomposition majeure du paysage politique français.

    On pourrait assister dans les mois qui viennent à l’émergence de nouvelles forces. Un pôle de centre-droit ralliant les modérés de l’UMP et de l’UDI. Une droite dure autour de Copé, tentée par le rapprochement avec le FN. Et au centre, un espace qui reste à conquérir pour qui saura dépasser le clivage gauche-droite.

    La fin d’un cycle politique

    Ce qui se joue actuellement à l’UMP dépasse largement le cadre d’une querelle de personnes. C’est tout un système politique né dans l’après-guerre qui est en train de mourir sous nos yeux. Le bipartisme à la française, cette alternance réglée entre deux grandes forces, touche à sa fin.

    Les raisons sont multiples. D’abord, l’épuisement idéologique. PS et UMP ont gouverné tour à tour sans parvenir à résoudre les problèmes structurels du pays : chômage, dette, désindustrialisation. Cette impuissance partagée a fini par les discréditer aux yeux des Français.

    Ensuite, la crise de la représentation. Les partis traditionnels apparaissent de plus en plus déconnectés des préoccupations réelles des citoyens. Entre les querelles d’appareil et les ambitions personnelles, où est passé l’intérêt général ?

    Enfin, l’émergence de nouvelles fractures. Le clivage gauche-droite, structurant depuis deux siècles, est concurrencé par d’autres oppositions : souverainistes contre européistes, mondialistes contre protectionnistes, progressistes contre conservateurs. Ces nouvelles lignes de fracture ne recoupent plus les anciens partis.

    L’UMP est la première victime de cette recomposition. Mais le PS pourrait suivre. Les Verts et le Front de Gauche tiraillent déjà la majorité. Combien de temps le Parti socialiste pourra-t-il maintenir son unité de façade ?

    Nous entrons dans une période de grande instabilité politique. Les vieux repères s’effacent, les nouvelles forces émergent. C’est à la fois inquiétant et stimulant. Inquiétant car l’instabilité peut profiter aux extrêmes. Stimulant car elle peut aussi permettre le renouvellement dont notre démocratie a cruellement besoin.

    Une chose est sûre : l’UMP telle que nous la connaissons est condamnée. Reste à savoir ce qui naîtra de ses cendres. Une droite républicaine rénovée ? Plusieurs partis concurrents ? Ou le triomphe définitif du Front National ? Les prochains mois seront décisifs.

    En attendant, le spectacle continue. Copé s’accroche à sa victoire contestée, Fillon fourbit ses armes juridiques, et les Français regardent, consternés, leurs responsables politiques se comporter comme des gamins dans une cour de récréation. Au fait, est-ce que l’UMP, ça existe encore ?

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    • Résultats officiels de l’élection à la présidence de l’UMP, 18 novembre 2012
    • Communiqués de presse de Jean-François Copé et François Fillon, 18-19 novembre 2012
    • Rapport de la Commission nationale des recours de l’UMP, novembre 2012
    • Sondages IFOP et CSA sur l’image de l’UMP, novembre 2012

    Photo : Stephen Meslin / Unsplash

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  • La France en pleine recomposition : entrepreneurs en fuite, UMP en crise, FN en embuscade
    La France en pleine recomposition : entrepreneurs en fuite, UMP en crise, FN en embuscade
    La France de fin 2012 vit une triple crise : les entrepreneurs fuient massivement le pays, l’UMP implose dans une guerre des chefs pathétique, et le Front National se positionne comme première force politique. Un cocktail explosif qui annonce des lendemains difficiles.

    Je regarde la France se déliter sous mes yeux. Pas besoin d’être devin pour comprendre que nous vivons un moment charnière. Entre les entrepreneurs qui votent avec leurs pieds, une droite qui s’autodétruit et une extrême droite qui n’attend que ça, le tableau est saisissant. Permettez-moi de vous dresser le portrait sans fard de ce pays qui court à sa perte.

    Les pigeons s’envolent : l’exode silencieux des créateurs de richesse

    Vous savez ce qui me frappe le plus dans cette France de fin 2012 ? C’est le silence. Le silence assourdissant des entrepreneurs qui ne manifestent plus, qui ne demandent plus rien. Ils partent, tout simplement. Sans tambour ni trompette. Et croyez-moi, quand je dis que ces entrepreneurs qui s’exilent seront de moins en moins faciles à rapatrier, je sais de quoi je parle. Je le constate quotidiennement dans mon réseau.

    Le mouvement des « pigeons » – ces entrepreneurs qui protestent contre la hausse massive de la fiscalité sur les plus-values – n’est que la partie émergée de l’iceberg. Derrière les hashtags #geonpi qui fleurissent sur Twitter, il y a une réalité brutale : les créateurs de richesse, les innovateurs, les preneurs de risques quittent le navire France.

    Et pendant ce temps, que font nos brillants ministres ? Fleur Pellerin et Arnaud Montebourg s’agitent autour des startups numériques. Mais bon sang, il n’y a pas que le numérique dans la vie ! Les « startups industrielles », les PME traditionnelles, les entrepreneurs de tous secteurs subissent la double peine : des banques qui ne financent plus leurs investissements et un État qui les pressure fiscalement.

    Le plus ironique dans tout ça ? Google s’apprête à proposer des cartes de crédit avec des plafonds très élevés pour pallier la défaillance de nos banques. Vous imaginez le symbole ? Les GAFA qui viennent financer nos entreprises parce que notre système bancaire est aux abonnés absents.

    Florange : le symbole d’une industrie abandonnée

    Prenez l’exemple de Florange. Personne ne semble comprendre qu’il faut à tout prix empêcher l’importation d’acier qu’on peut produire sur place, même s’il est un peu plus cher. C’est pourtant la base de toute politique industrielle digne de ce nom. Mais non, on préfère laisser mourir nos usines et pleurer ensuite sur la désindustrialisation.

    Pendant ce temps, les dépenses en R&D en Chine ont augmenté de 23% en 2011, et la tendance s’accélère encore en 2012. Vous voyez le décalage ? D’un côté, des pays qui investissent massivement dans l’avenir. De l’autre, la France qui démantèle son tissu industriel et fait fuir ses entrepreneurs.

    L’UMP : chronique d’une autodestruction annoncée

    Si la fuite des entrepreneurs est dramatique, le spectacle offert par l’UMP relève de la farce. J’ai rarement vu un tel niveau de médiocrité dans la gestion d’une crise politique. François Fillon et Jean-François Copé qui se déclarent tous les deux vainqueurs de l’élection à la présidence du parti ? On nage en pleine quatrième dimension.

    Ce qui se joue là, c’est bien plus qu’une querelle d’ego surdimensionnés. C’est la transformation profonde de la droite française. Je pressens que l’UMP de Copé va dériver vers l’extrême droite, tandis que l’UMP de Fillon pourrait se rapprocher du centre, voire – tenez-vous bien – du Front National de Marine Le Pen. Les lignes bougent, les repères s’effacent.

    Le plus pathétique dans cette histoire ? L’absence assourdissante de Nicolas Sarkozy. L’ancien président reste muet alors que son parti implose. Faut-il envoyer les casques bleus à la rue de Vaugirard ? La question mérite d’être posée tant la situation dégénère.

    Un paysage politique en pleine recomposition

    Cette crise de l’UMP n’est pas anodine. Elle révèle la recomposition profonde du paysage politique français. Voici comment je vois la répartition des forces dans les mois qui viennent :

    • PS : 20% – un parti au pouvoir déjà usé
    • UMP Copé : 16% – la droite dure et décomplexée
    • UMP Fillon : 15% – les conservateurs modérés
    • UDI : 8% – le centre droit en quête d’identité
    • MoDem : 3% – l’éternel petit parti du centre
    • PC : 3% – les derniers mohicans du communisme
    • FN : 25% – et oui, désormais première force politique du pays

    Cette projection n’est pas une vue de l’esprit. C’est la conséquence logique de la triple crise que traverse le pays : économique avec la fuite des entrepreneurs, politique avec l’implosion de l’UMP, et sociale avec la montée des extrêmes.

    Le Front National : le grand bénéficiaire du chaos

    Parlons-en justement du FN. Pendant que l’UMP se déchire et que le PS déçoit, Marine Le Pen avance ses pions. Le changement de paradigme politique est en marche. Le FN va prendre une place plus « équilibrée » entre toutes les forces politiques. Traduisez : il devient fréquentable, respectable même pour une partie croissante de l’électorat.

    Ce n’est pas un hasard si François Fillon lui-même pourrait se rapprocher du FN. Les digues cèdent les unes après les autres. La stratégie de dédiabolisation de Marine Le Pen fonctionne à merveille, aidée par l’incompétence crasse de ses adversaires.

    La vraie question n’est plus de savoir si le FN arrivera au pouvoir, mais quand et avec qui. Les alliances d’hier volent en éclats, les certitudes s’effondrent. Nous entrons dans une ère d’instabilité politique chronique.

    L’Europe : la paix menacée ?

    Cette montée des extrêmes ne concerne pas que la France. Partout en Europe, les mouvements nationalistes progressent. Et c’est là que ça devient vraiment inquiétant. Quand certains évoquent des solutions radicales pour sortir de la crise, je les mets en garde : nos partenaires européens pourraient ne pas apprécier. La paix elle-même pourrait être compromise.

    Je ne dis pas ça à la légère. L’Histoire nous a appris que les crises économiques majeures, combinées à la montée des nationalismes, constituent un cocktail explosif. Nous jouons avec le feu.

    Des signaux faibles inquiétants

    D’autres signaux devraient nous alerter. Savez-vous que le hashtag #unbonjuif n’est pas censuré en Chine ou en Corée du Nord, mais en France ? Ça vous dit quelque chose sur l’état de notre liberté d’expression ? Sur la montée insidieuse de certaines formes de censure ?

    Ou encore, regardez ce qui se passe en Syrie. Le souk millénaire d’Alep détruit par les rebelles. Une honte absolue. Mais qui s’en émeut vraiment ? Nous sommes trop occupés par nos querelles intestines pour voir que le monde brûle autour de nous.

    Les solutions existent, mais qui veut les entendre ?

    Pourtant, des solutions existent. Le MoDem et d’autres réclament la proportionnelle intégrale à l’Assemblée nationale. Ce serait un début pour redonner sa voix au peuple et éviter que le FN ne capitalise seul sur le mécontentement général. Mais qui les écoute ?

    Il faudrait aussi :

    • Stopper l’hémorragie fiscale qui fait fuir les entrepreneurs
    • Relancer une vraie politique industrielle (cf. Florange)
    • Réformer en profondeur notre système bancaire
    • Reconstruire une droite républicaine crédible
    • Renouer le dialogue avec les forces vives du pays

    Mais soyons lucides : aucune de ces réformes ne sera mise en œuvre. Nos dirigeants sont trop occupés à gérer leur carrière pour s’occuper du pays.

    Conclusion : la France au bord du gouffre

    Alors voilà où nous en sommes en cette fin d’année 2012. Un pays qui voit ses entrepreneurs fuir, sa principale force d’opposition s’autodétruire, et l’extrême droite se positionner comme recours. Un cocktail détonnant qui ne présage rien de bon.

    Je ne suis pas pessimiste par nature. J’ai créé des entreprises, j’ai cru en ce pays. Mais force est de constater que nous fonçons droit dans le mur. Et le pire, c’est que tout le monde le voit venir mais personne n’agit.

    Les Américains, confrontés à la tuerie de Newtown, vont probablement armer les enseignants plutôt qu’interdire les armes. C’est leur logique, aussi absurde soit-elle. Nous, Français, face à nos crises, qu’allons-nous faire ? Continuer à nous déchirer pendant que le pays coule ?

    Une chose est sûre : 2013 s’annonce explosive. Tenez-vous prêts.

    Pour aller plus loin

    • « La France qui tombe » de Nicolas Baverez – Une analyse sans concession du déclin français
    • « Le moment est venu de dire ce que j’ai vu » de Philippe de Villiers – Un témoignage sur les coulisses du pouvoir
    • Les rapports de l’INSEE sur l’exil fiscal – Des chiffres édifiants sur la fuite des capitaux
    • « Marine Le Pen démasquée » de Caroline Fourest et Fiammetta Venner – Pour comprendre la stratégie du FN

    Sources et références

    • Mouvement des Pigeons – Collectif des entrepreneurs contre la hausse de la fiscalité (octobre 2012)
    • Crise de l’UMP – Élection contestée à la présidence du parti (novembre 2012)
    • Rapport OCDE sur les dépenses R&D – Comparaison internationale (2012)
    • Sondages OpinionWay et IFOP – Intentions de vote (novembre 2012)

    Photo : Michael McKay / Unsplash

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