• UMP : l’implosion programmée d’une machine à perdre
    UMP : l’implosion programmée d’une machine à perdre
    L’élection à la présidence de l’UMP tourne au psychodrame avec un score de 50,03% pour Copé contre 49,97% pour Fillon. Au-delà de la bataille d’ego, c’est l’avenir même de la droite républicaine qui se joue dans cette guerre fratricide.

    La tête des cadres UMP dimanche soir à 18h au moment de l’annonce des résultats était un spectacle édifiant. Des visages défaits, des regards fuyants, et cette impression générale que tout le monde savait déjà que cette élection interne allait tourner au fiasco. Et pour cause : comment peut-on sérieusement imaginer qu’une formation politique survive à un tel psychodrame ?

    Le théâtre de l’absurde version Copé-Fillon

    Imaginez la scène : Jean-François Copé proclamé vainqueur avec 50,03% des voix contre 49,97% pour François Fillon. Quatre-vingt-dix-huit voix d’écart sur près de 175 000 votants. Une marge d’erreur statistique transformée en victoire politique. C’est à se demander si les responsables de l’UMP n’ont pas pris des cours de mathématiques créatives avec les experts de la finance mondiale.

    Le plus pathétique dans cette affaire, c’est cette mise en scène grotesque où chaque camp crie victoire dans son coin. Copé qui parade, Fillon qui conteste, et au milieu, les militants qui se demandent s’ils n’ont pas voté pour rien. Parce que soyons honnêtes : qui peut croire une seule seconde que demain, Fillon et ses 49,95% vont gentiment cohabiter sous la direction de Copé ?

    C’est de la poudre aux yeux, et tout le monde le sait. Les cadres du parti, les militants, les observateurs… Même mon boulanger ce matin avait compris que l’UMP venait de signer son arrêt de mort.

    La dérive identitaire : quand l’UMP louche sur le FN

    Ce qui se profile derrière cette bataille d’ego est bien plus inquiétant qu’une simple querelle de chefs. Je pressens une scission inévitable avec d’un côté l’UMP de Copé qui va dériver vers l’extrême droite, et de l’autre l’UMP de Fillon qui pourrait bien se rapprocher du centre. Ou l’inverse. Ou les deux en même temps. Bref, c’est le bordel.

    Copé a déjà commencé sa mue avec ses sorties sur les pains au chocolat et sa rhétorique de plus en plus musclée sur l’immigration. Une stratégie claire : récupérer les électeurs du FN en adoptant ses thématiques. Le problème ? Marine Le Pen fait ça mieux que lui, et avec plus de crédibilité auprès de cet électorat.

    De son côté, Fillon incarne cette droite traditionnelle, conservatrice sur le plan sociétal mais plus mesurée dans son discours. Une droite qui refuse la surenchère identitaire mais qui peine à proposer une alternative crédible face à la montée des extrêmes.

    Le PS, grand gagnant par KO technique

    Pendant que l’UMP s’autodétruit, le Parti Socialiste peut sabrer le champagne. François Hollande, élu il y a six mois seulement, voit son principal opposant s’effondrer sous ses propres contradictions. C’est Noël avant l’heure pour les socialistes.

    L’ironie de l’histoire, c’est que le PS traverse lui aussi des tensions internes. Mais comparé au spectacle offert par l’UMP, leurs querelles passent pour des chamailleries de cour de récré. La gauche peut remercier la droite de lui offrir un tel boulevard politique.

    Et c’est là que le concept d’UMPS prend tout son sens. Non pas dans cette théorie complotiste d’une collusion entre les deux grands partis, mais dans leur incapacité commune à se réformer, à se moderniser, à comprendre les attentes des Français. Deux machines à perdre qui s’affrontent dans un théâtre politique de plus en plus déconnecté du réel.

    La fin programmée du bipartisme à la française

    Cette élection catastrophique à l’UMP n’est que le symptôme d’un mal plus profond : l’épuisement du modèle politique français. Les grands partis traditionnels sont devenus des coquilles vides, des machines électorales sans projet, sans vision, sans capacité à mobiliser au-delà de leur base militante vieillissante.

    L’UMP de 2012 ressemble étrangement au PS des années 1990 : des querelles de personnes, des courants qui s’affrontent, une incapacité chronique à se renouveler. La différence ? Le PS a eu son congrès de Rennes en 1990, catastrophique certes, mais il s’en est remis. L’UMP, elle, risque de ne pas survivre à cette crise.

    D’autant que le contexte a changé. Les Français ne supportent plus ces jeux d’appareil, ces batailles d’ego, ces scores soviétiques inversés. Ils veulent du concret, des solutions, pas des psychodrames dignes d’une téléréalité politique.

    Les scénarios pour l’après

    Alors, que va-t-il se passer maintenant ? Plusieurs scénarios sont possibles, et aucun n’est réjouissant pour la droite républicaine :

    • La guerre totale : Fillon conteste, mobilise ses troupes, et c’est la guerre ouverte au sein de l’UMP. Les réunions de famille vont être sympathiques.
    • La scission : Chaque camp part de son côté, créant deux partis concurrents et affaiblissant durablement la droite.
    • La soumission : Fillon accepte le verdict (update : c’est ce qu’il vient de faire), mais ses partisans ne suivent pas. L’UMP devient une coquille vide.
    • Le chaos : Personne ne contrôle plus rien, les cadres partent, les militants désertent, et l’UMP se désintègre lentement mais sûrement.

    Mon pronostic ? Un mélange de tout ça. Fillon ne contestera pas officiellement (il vient de l’annoncer), mais la fracture est trop profonde pour être colmatée. L’UMP va survivre quelques mois, peut-être quelques années, mais elle est cliniquement morte.

    Faut-il envoyer les casques bleus ?

    La situation est tellement ubuesque qu’on en viendrait presque à se demander s’il ne faudrait pas envoyer les casques bleus pour pacifier l’UMP. Des observateurs internationaux pour surveiller les prochaines élections internes ? Un médiateur de l’ONU pour réconcilier les frères ennemis ?

    Plus sérieusement, cette crise révèle l’immaturité démocratique de nos grands partis. Incapables d’organiser une élection interne propre, comment peuvent-ils prétendre gouverner la France ? C’est toute la crédibilité du personnel politique qui est en jeu.

    Et pendant ce temps, Marine Le Pen se frotte les mains. Chaque couac à l’UMP, chaque déclaration assassine entre Copé et Fillon, c’est autant d’électeurs dégoûtés qui iront grossir les rangs du FN. La stratégie de dédiabolisation du Front National n’a même plus besoin d’efforts : il lui suffit de regarder l’UMP s’autodétruire.

    Bref. L’UMP existe-t-elle encore ? Sur le papier, oui. Dans les faits, c’est déjà un cadavre politique qui refuse de reconnaître sa propre mort. Et le pire, c’est que personne ne semble capable d’arrêter cette spirale autodestructrice.

    La droite française va devoir se réinventer complètement si elle veut survivre à ce naufrage. Mais pour ça, il faudrait des leaders visionnaires, charismatiques, capables de transcender les querelles de chapelle. Vous en voyez, vous ?

    Moi non plus.

    Pour aller plus loin

    • Les précédents historiques : Le congrès de Rennes du PS en 1990, un cas d’école de l’autodestruction politique
    • La montée du FN : Comment les crises des partis traditionnels alimentent les extrêmes
    • Les systèmes électoraux internes : Pourquoi les partis français sont-ils incapables d’organiser des primaires crédibles ?
    • Le bipartisme en question : La fin annoncée du modèle PS-UMP

    Sources et références

    • Résultats officiels de l’élection UMP : Commission d’organisation et de contrôle des opérations électorales (COCOE)
    • Analyses politiques : Observatoire de la vie politique française
    • Sondages d’opinion : Évolution de la confiance des Français dans les partis traditionnels (IFOP, novembre 2012)

    Photo : Stephen Meslin / Unsplash

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  • La France en crise : entre exode des entrepreneurs et implosion politique
    La France en crise : entre exode des entrepreneurs et implosion politique
    La France traverse une crise profonde marquée par la révolte des entrepreneurs contre la politique fiscale socialiste et l’implosion spectaculaire de l’UMP. Cette double fracture économique et politique annonce des bouleversements majeurs dans le paysage français.

    La France va mal. Très mal même. Entre un gouvernement socialiste qui fait fuir ses entrepreneurs et une droite qui s’autodétruit dans des querelles dignes d’une cour de récréation, on assiste à un spectacle désolant qui n’augure rien de bon pour l’avenir du pays. Et pendant ce temps, nos voisins européens nous regardent avec un mélange de pitié et d’inquiétude.

    La révolte des « pigeons » : quand les entrepreneurs disent stop

    Vous avez entendu parler du mouvement des « pigeons » ? Ces entrepreneurs qui se sont levés contre le projet de taxation des plus-values de cession d’entreprise du gouvernement Ayrault ? Je les comprends parfaitement. Mieux, je les soutiens. Car derrière ce mouvement, c’est toute une vision de l’entrepreneuriat à la française qui est en jeu.

    Le problème est simple : le gouvernement socialiste considère les entrepreneurs comme des vaches à lait. Résultat ? « Les entrepreneurs français ne manifesteront pas. Ne demanderont plus rien. Vous ne les trouverez simplement plus en France. » C’est exactement ce qui est en train de se passer. J’observe quotidiennement des créateurs d’entreprise qui préparent leurs valises pour des cieux plus cléments fiscalement.

    Ce n’est pas qu’une question de startup du numérique. Les patrons de PME sont tout autant concernés. Tous des pigeons, comme je le dis souvent. Le collectif PME que je soutiens activement tire la sonnette d’alarme, mais qui écoute vraiment ?

    L’exode silencieux mais massif

    Fleur Pellerin peut toujours essayer de rassurer, la réalité est têtue : « les entrepreneurs qui s’exilent seront de moins en moins faciles à rapatrier ». Une fois qu’ils ont goûté à la liberté d’entreprendre ailleurs, pourquoi reviendraient-ils dans un pays qui les considère comme des profiteurs ?

    Les banques ne financent déjà plus les investissements. On en est réduit à imaginer que Google pourrait bientôt proposer des cartes de crédit aux entrepreneurs français ! C’est dire l’état de délabrement de notre système financier national.

    Et pendant ce temps, la Chine augmente ses dépenses de R&D de 23% en 2011. La tendance s’accélère encore en 2012. Nous sommes en train de perdre la bataille de l’innovation et de la compétitivité.

    L’implosion de l’UMP : une droite en miettes

    Si la situation économique est préoccupante, le spectacle politique offert par l’UMP ces derniers jours est simplement pathétique. La bataille Fillon-Copé pour la présidence du parti a révélé au grand jour les fractures profondes de la droite française.

    49,95% pour Fillon contre 50,05% pour Copé ? Qui peut croire qu’une telle configuration permettra une cohabitation sereine ? C’est de la poudre aux yeux. « C’était le dernier jour de l’UMP », j’en suis convaincu. Le réveil sera difficile, mais avec de nouvelles opportunités à droite.

    Vers une recomposition politique majeure

    Mon analyse ? L’UMP va montrer sa vraie nature et le Front National va prendre une place plus équilibrée entre toutes les forces politiques. Je pressens même une évolution radicale : l’UMP de Copé pourrait se transformer en extrême droite tandis que celle de Fillon pourrait se rapprocher de Marine Le Pen. Un scénario qui paraissait impensable il y a encore quelques mois.

    La situation est tellement ubuesque qu’on se demande s’il ne faudrait pas « envoyer les casques bleus » à l’UMP ! Entre contestations de résultats, annonces surprises avortées et silence assourdissant de Nicolas Sarkozy, on nage en plein vaudeville.

    Alain Juppé appelle à la raison, mais qui l’écoute encore ? Le parti est en train de s’autodétruire sous nos yeux. « UMP et les 7 nains », « L’UMP infernale », « Chérie j’ai rétréci l’UMP »… Les plaisanteries fusent sur les réseaux sociaux, mais derrière l’humour se cache une réalité dramatique pour la démocratie française.

    L’Europe en crise : entre Nobel de la paix et bruits de bottes

    Comme si la situation française n’était pas assez préoccupante, l’Europe dans son ensemble traverse une période de turbulences majeures. Le prix Nobel de la paix attribué à l’Union européenne ? Permettez-moi de rire. Après la « blague » du Nobel d’Obama, voici celle de l’Europe, « alors qu’on entend les bruits de bottes ».

    La crise économique qui secoue le continent depuis 2008 a révélé les failles profondes de la construction européenne. Les politiques d’austérité imposées aux pays du Sud créent des tensions sociales explosives. Je prédis d’ailleurs que nous connaîtrons bientôt ce qu’on appellera le « printemps européen ».

    La souveraineté nationale en question

    Un exemple frappant de notre perte de souveraineté ? « Google vs France 1-0… quand une entreprise privée américaine a le pouvoir de contraindre un état comme la France… » C’est exactement ce qui se passe avec les GAFA qui dictent leurs conditions aux États européens.

    La question de la sortie de l’euro commence à être posée sérieusement par certains responsables politiques. Mais attention : « les autres partenaires européens pourraient ne pas apprécier. La paix sera compromise. » Nous sommes pris dans un piège dont il sera difficile de sortir sans casse.

    Les signaux faibles d’un changement de paradigme

    Au-delà des crises politiques et économiques, je perçois des signaux faibles mais significatifs d’un changement profond de notre société. The Phone House ferme un tiers de ses magasins en France. Starbucks se diversifie dans le thé avec sa marque Teavana. Ces mouvements économiques apparemment anodins révèlent des transformations profondes des modes de consommation.

    François Hollande et Jean-Marc Ayrault seront « bientôt à moins de 30% dans les sondages », j’en suis persuadé. La désillusion est déjà palpable, cinq mois seulement après l’élection présidentielle. Le changement promis n’est pas au rendez-vous, et les Français commencent à s’en rendre compte.

    La montée des alternatives politiques

    Face à ce désastre, des voix s’élèvent pour proposer des alternatives. Le MoDem milite pour le vote blanc et la proportionnelle intégrale à l’Assemblée. Des idées qui méritent d’être débattues sérieusement si on veut sortir de l’impasse actuelle.

    Mais au-delà des propositions institutionnelles, c’est tout notre modèle économique et social qui doit être repensé. Comment attirer et retenir les talents et les entrepreneurs ? Comment réconcilier justice sociale et efficacité économique ? Comment retrouver notre souveraineté sans tomber dans le repli sur soi ?

    Conclusion : la France à la croisée des chemins

    La France se trouve aujourd’hui à un moment charnière de son histoire. Entre fuite des cerveaux et des capitaux, implosion de la droite républicaine, montée des extrêmes et crise européenne, les défis sont immenses. Mais les crises sont aussi des opportunités de rebond.

    Il est urgent de prendre conscience de la gravité de la situation. Les entrepreneurs qui partent aujourd’hui ne reviendront pas demain. Les fractures politiques qui se creusent laisseront des traces durables. L’Europe qui vacille pourrait bien s’effondrer.

    Demain, je serai à Luxembourg pour une conférence avec l’économiste Nouriel Roubini. J’ai hâte d’entendre son analyse de la situation. Car si nous voulons éviter le pire, il nous faut d’abord comprendre ce qui nous arrive. Et ensuite, avoir le courage de prendre les décisions qui s’imposent, même si elles sont douloureuses.

    La France a connu d’autres crises dans son histoire. Elle s’en est toujours relevée. Mais cette fois, rien n’est garanti. Tout dépendra de notre capacité collective à regarder la réalité en face et à agir en conséquence. Le temps presse.

    Pour aller plus loin

    • Le mouvement des Pigeons – Analyse approfondie de la révolte des entrepreneurs français face à la fiscalité
    • La crise de l’UMP – Chronique d’une implosion annoncée et ses conséquences sur la droite française
    • L’Europe en question – Les défis de la construction européenne face aux crises multiples
    • L’exode des entrepreneurs – Enquête sur les Français qui choisissent l’expatriation fiscale
    • Les alternatives politiques – Tour d’horizon des propositions pour sortir de la crise démocratique

    Photo : Norbu GYACHUNG / Unsplash

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  • L’exode silencieux des entrepreneurs français : quand le talent fuit sans manifester
    L’exode silencieux des entrepreneurs français : quand le talent fuit sans manifester
    Les entrepreneurs français ne manifestent plus, ils votent avec leurs pieds. Face à la politique fiscale du nouveau gouvernement, l’exode des créateurs d’entreprise s’accélère dans un silence assourdissant. Un phénomène qui pourrait coûter très cher à l’économie française.

    Vous savez ce qui me frappe le plus dans la France d’octobre 2012 ? Ce n’est pas le matraquage fiscal annoncé. Ce n’est pas la diabolisation systématique de ceux qui créent de la richesse. Non, c’est le silence. Le silence assourdissant des entrepreneurs qui, un à un, plient bagage sans faire de bruit.

    Je viens de passer deux semaines à Londres et à Genève. À chaque fois, le même constat : des dizaines d’entrepreneurs français fraîchement débarqués, le regard à la fois soulagé et amer. Ils ne manifestent pas. Ils ne signent pas de pétitions. Ils partent, c’est tout.

    Le syndrome #geonpi : quand les entrepreneurs votent avec leurs pieds

    Le hashtag #geonpi (« Gens Entrepreneurs Oubliés Non Pris en considération par l’Intelligentsia ») fait fureur sur Twitter ces derniers jours. Il cristallise le sentiment d’abandon d’une génération d’entrepreneurs face à un gouvernement qui semble considérer la réussite économique comme suspecte par nature.

    Contrairement aux agriculteurs qui bloquent les routes ou aux syndicats qui défilent dans les rues, les entrepreneurs ont choisi une forme de protestation bien plus radicale : l’exil fiscal et entrepreneurial. Pas de banderoles, pas de slogans. Juste des valises et un billet d’avion.

    Les chiffres commencent à donner le vertige. Selon les estimations officieuses (car évidemment, Bercy se garde bien de communiquer là-dessus), le nombre de départs d’entrepreneurs français aurait doublé depuis mai 2012. Les destinations privilégiées ? Londres, Genève, Bruxelles, mais aussi Singapour et les États-Unis pour les plus ambitieux.

    La goutte d’eau fiscale qui fait déborder le vase entrepreneurial

    Le projet de budget 2013 présenté fin septembre a sonné comme un tocsin pour beaucoup. Taxe à 75% sur les hauts revenus, plafonnement du quotient familial, hausse de l’ISF, taxation accrue des plus-values… La liste est longue et douloureuse.

    Mais au-delà des chiffres, c’est le discours ambiant qui fait mal. Quand un ministre du Budget comme Jérôme Cahuzac semble considérer que les entrepreneurs sont des vaches à lait corvéables à merci, comment s’étonner qu’ils cherchent des pâturages plus cléments ?

    Un ami entrepreneur me confiait la semaine dernière : « Je ne suis pas parti pour payer moins d’impôts. Je suis parti parce qu’en France, on me fait sentir que je suis un salaud de gagner de l’argent en créant des emplois. »

    Les signaux d’alarme ignorés

    Depuis des mois, les signaux s’accumulent pourtant :

    • Les incubateurs parisiens voient leurs meilleurs éléments partir à Londres ou Berlin
    • Les business angels français investissent de plus en plus à l’étranger
    • Les jeunes diplômés des grandes écoles créent directement leur startup hors de France
    • Les success stories françaises (Criteo, Dailymotion, PriceMinister) installent leur siège social ailleurs

    Mais visiblement, rue de Bercy, on préfère compter les recettes fiscales à court terme plutôt que s’inquiéter de l’hémorragie de talents à long terme.

    Le piège de l’idéologie : quand la France tue sa poule aux œufs d’or

    Ce qui se joue actuellement, c’est bien plus qu’une simple optimisation fiscale. C’est une rupture profonde entre la France et ses forces vives entrepreneuriales. Une rupture qui risque de coûter très cher.

    Car contrairement à ce que semblent croire nos dirigeants, les entrepreneurs ne sont pas des rentiers parasites. Ce sont eux qui créent les emplois de demain, qui innovent, qui prennent des risques. Les faire fuir, c’est hypothéquer l’avenir économique du pays.

    L’effet domino entrepreneurial

    Le plus inquiétant, c’est l’effet d’entraînement. Quand un entrepreneur part, il emmène souvent avec lui :

    • Ses meilleurs collaborateurs
    • Son réseau de fournisseurs
    • Ses projets de développement
    • Les emplois qu’il aurait créés
    • Les impôts qu’il aurait payés (et oui, même taxés « normalement », les entrepreneurs paient des impôts !)

    C’est tout un écosystème qui se délite, pierre par pierre.

    Le réveil sera douloureux

    Je suis convaincu que nos gouvernants actuels sont sincèrement persuadés que les entrepreneurs français ne partiront pas vraiment. Qu’ils bluffent. Qu’au final, l’attachement à la France l’emportera sur les considérations économiques.

    Quelle naïveté ! Les entrepreneurs d’aujourd’hui sont nés avec l’Europe, ont grandi avec Internet, travaillent avec le monde entier. Pour eux, s’installer à Londres ou à Genève n’est pas plus compliqué que de déménager de Paris à Lyon.

    Le réveil va être brutal. D’ici quelques mois, quand les recettes fiscales s’effondreront faute de contributeurs, quand le chômage explosera faute de créateurs d’emplois, quand l’innovation française sera définitivement délocalisée… il sera trop tard pour pleurer.

    Les premiers signes du désastre

    Les indicateurs avancés sont déjà au rouge :

    • Les créations d’entreprises innovantes chutent depuis juin
    • Les levées de fonds se raréfient
    • Les projets d’embauche sont gelés
    • Les investissements sont reportés ou annulés

    Mais qui s’en soucie ? Certainement pas ceux qui pensent qu’on peut relancer l’économie en embauchant des fonctionnaires et en taxant ceux qui créent de la richesse.

    Changer de cap avant le naufrage

    Il est encore temps d’éviter le pire. Mais cela suppose un changement radical de perspective. Arrêter de considérer les entrepreneurs comme des ennemis de classe. Comprendre que leur réussite est notre réussite collective. Créer un environnement fiscal et réglementaire qui encourage la prise de risque plutôt que de la punir.

    Bref, il faudrait une révolution culturelle. Or, avec le gouvernement actuel, on en prend exactement le chemin inverse. La fuite des cerveaux et des entrepreneurs ne fait que commencer.

    Vous savez quoi ? En écrivant ces lignes, je réalise que moi aussi, pour la première fois de ma vie, je commence à regarder ailleurs. Pas par cupidité. Par lassitude. Lassitude de me battre dans un pays qui semble ne plus vouloir de ses entrepreneurs.

    Alors oui, il est urgent de changer de gouvernement, et de président. Avant qu’il ne soit définitivement trop tard. Avant que la France ne devienne un musée économique, belle mais stérile, vivant de ses souvenirs de grandeur passée pendant que le monde avance sans elle.

    Les entrepreneurs français ne manifesteront pas. Ils partiront. En silence. Et leur absence fera plus de bruit que toutes les manifestations du monde.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    • Données sur les créations d’entreprises : INSEE, octobre 2012
    • Estimations des départs d’entrepreneurs : compilation de sources bancaires privées
    • Projet de loi de finances 2013 : documents officiels du gouvernement
    • Témoignages d’entrepreneurs : entretiens directs, octobre 2012

    Photo : Xuewen Qing / Unsplash

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  • France : la spirale infernale d’un pays qui se saborde
    France : la spirale infernale d’un pays qui se saborde
    La France accumule les décisions économiques contre-productives : hausse du plafond du Livret A qui assèche l’économie réelle, suppression des exonérations sur les heures supplémentaires et rigidité du marché du travail. Résultat : le chômage explose et les entreprises suffoquent.

    Trois millions de chômeurs officiels. Voilà où nous en sommes en septembre 2012. Et franchement, ce n’est qu’un début. À ce rythme, je parie sur 3,5 millions d’ici 2014. Pourquoi ? Parce que nos dirigeants accumulent les décisions économiques aberrantes avec une constance qui forcerait presque l’admiration si elle n’était pas si tragique.

    Prenez le relèvement du plafond du Livret A. Une mesure présentée comme sociale, populaire même. En réalité ? Une bombe à retardement pour notre économie. Je vais vous expliquer pourquoi cette décision, comme tant d’autres, révèle l’incompréhension profonde de nos élites face aux mécanismes économiques de base.

    Le Livret A : quand l’épargne devient un piège mortel pour l’économie

    Le gouvernement vient d’augmenter le plafond du Livret A. Bravo. Vraiment, bravo. Vous savez ce que cela signifie concrètement ? Que des milliards d’euros supplémentaires vont être soustraits à l’économie réelle pour dormir tranquillement sur des comptes défiscalisés.

    Comprenons-nous bien : le Livret A, c’est de l’argent qui ne finance ni les entreprises, ni l’innovation, ni l’emploi. C’est de l’argent stérilisé, neutralisé, castré. Dans un pays qui compte déjà 3 millions de chômeurs, encourager les Français à planquer encore plus leur épargne relève soit de l’incompétence crasse, soit du sabotage délibéré.

    Les chiffres sont édifiants : l’encours total des Livrets A et LDD dépasse déjà les 350 milliards d’euros. C’est l’équivalent de 17% du PIB français qui dort au lieu de travailler. Et on en rajoute une couche ?

    Pendant ce temps, les PME crèvent faute de financement. Les banques, gavées de liquidités dormantes, n’ont aucune incitation à prêter aux entreprises. Résultat : l’investissement productif s’effondre, l’innovation se meurt, et les emplois disparaissent. Mais rassurez-vous, l’épargne des Français est bien au chaud.

    La double peine des heures supplémentaires : comment tuer le pouvoir d’achat

    Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement s’apprête à porter un coup fatal au pouvoir d’achat des salariés. La suppression des exonérations sur les heures supplémentaires, c’est 1 à 12% de salaire net en moins pour des millions de Français. Je répète : 1 à 12% EN MOINS.

    Vous imaginez l’impact ? Un ouvrier qui complétait ses fins de mois avec quelques heures sup va voir son revenu fondre. Une caissière qui acceptait des horaires décalés pour boucler son budget va devoir faire des choix cornéliens. Et tout ça pourquoi ? Pour récupérer quelques milliards qui seront immédiatement engloutis dans le tonneau des Danaïdes de la dépense publique.

    L’ironie, c’est que cette mesure va mécaniquement réduire la consommation, donc l’activité économique, donc les recettes fiscales. C’est ce qu’on appelle scier la branche sur laquelle on est assis. Mais visiblement, à Bercy, on préfère les symboles idéologiques aux réalités économiques.

    L’effet domino sur la consommation

    Moins de revenus pour les salariés, c’est moins de consommation. Moins de consommation, c’est moins de chiffre d’affaires pour les entreprises. Moins de chiffre d’affaires, c’est moins d’embauches, voire des licenciements. Et la boucle est bouclée : on fabrique du chômage en prétendant le combattre.

    Les économistes appellent ça le multiplicateur keynésien inversé. Moi j’appelle ça de la connerie pure et simple.

    Carburants : la taxe invisible qui étrangle l’économie

    Ah, et j’oubliais le meilleur : les carburants. On frôle déjà les 2 euros le litre dans certaines stations. Ma prédiction ? 2,50 euros avant 2015. Et Moscovici qui fait comme si de rien n’était.

    Vous savez ce que représente le carburant dans l’économie française ? Tout. Les camions qui livrent vos magasins roulent au gazole. Les commerciaux qui démarchent les clients roulent à l’essence. Les artisans qui se déplacent sur les chantiers carburent au sans-plomb. Augmenter le prix du carburant, c’est augmenter le coût de TOUT.

    Un transporteur routier m’expliquait récemment que le gazole représentait 35% de ses charges. 35% ! Comment voulez-vous qu’il reste compétitif face à ses concurrents polonais ou roumains ? Comment voulez-vous qu’il maintienne ses emplois ?

    L’impact sur les zones rurales

    Et je ne parle même pas des zones rurales, où la voiture n’est pas un luxe mais une nécessité vitale. Des millions de Français n’ont pas d’autre choix que de prendre leur voiture pour aller travailler. Pour eux, l’explosion du prix des carburants, c’est une amputation pure et simple de leur pouvoir d’achat.

    Mais bon, nos élites parisiennes qui prennent le métro ne voient pas le problème.

    Le marché du travail : quand la rigidité tue l’emploi

    Arnaud Montebourg, notre ministre du Redressement productif (quelle blague ce titre), devrait écouter les entrepreneurs au lieu de pontifier. Nous avons besoin de flexibilité. F-L-E-X-I-B-I-L-I-T-É.

    Laissez-nous embaucher librement. Laissez-nous désembaucher quand c’est nécessaire. C’est la condition sine qua non pour créer de l’emploi durable. Vous savez pourquoi les patrons n’embauchent pas ? Parce qu’ils ont peur de ne pas pouvoir ajuster leurs effectifs en cas de retournement de conjoncture.

    Résultat : on préfère l’intérim, les CDD, la sous-traitance. Tout sauf le CDI qui est devenu un boulet. C’est ça que vous voulez ? Une économie de précarité généralisée ?

    L’exemple des pays qui ont réussi

    Regardez le Danemark avec sa flexisécurité. Regardez l’Allemagne avec ses réformes Hartz. Ces pays ont compris qu’un marché du travail fluide créait plus d’emplois qu’un marché rigide. Mais en France, on préfère l’immobilisme idéologique.

    Un patron de PME me confiait récemment : « J’ai trois postes à pourvoir, mais j’hésite. Si ça se passe mal, je suis coincé. » Trois emplois non créés à cause de la peur. Multipliez ça par des milliers d’entreprises, et vous comprenez pourquoi le chômage explose.

    Le nucléaire : symbole de notre déclin industriel

    Et que dire de notre filière nucléaire ? Montebourg parle de filière d’avenir. Mais de quel avenir parle-t-il ? Du démantèlement des centrales ? Parce que c’est bien la seule perspective qui se dessine.

    La France avait un avantage compétitif énorme avec son parc nucléaire. Une électricité abondante et bon marché. Un savoir-faire reconnu mondialement. Et qu’est-ce qu’on fait ? On saborde tout ça sur l’autel de l’idéologie verte.

    Pendant ce temps, la Chine construit des centrales à tour de bras. L’Inde aussi. Même les Émirats arabes unis s’y mettent. Mais nous, on préfère fermer Fessenheim et planter des éoliennes qui ne tournent que quand il y a du vent.

    La liberté d’expression : jusqu’où peut-on aller ?

    L’affaire Charlie Hebdo de cette semaine pose une vraie question. Jusqu’où peut aller la liberté d’expression ? Est-ce intelligent de publier des caricatures qui vont mettre le feu aux poudres dans le monde musulman ?

    Je défends la liberté d’expression. C’est un principe non négociable. Mais la liberté, c’est aussi la responsabilité. Quand on sait qu’une publication va déclencher des violences, des morts peut-être, est-ce vraiment le moment de jouer les provocateurs ?

    On me dira que céder à la menace, c’est renoncer à nos valeurs. Certes. Mais opposer systématiquement les communautés, est-ce vraiment défendre nos valeurs ? Ou est-ce juste remuer la merde pour le plaisir ?

    Les Roms : l’hypocrisie à son paroxysme

    Et pour finir, parlons des Roms. Tout le monde a un avis, tout le monde veut qu’ils soient « intégrés en douceur ». Très bien. J’ai une solution simple : que ceux qui prônent l’intégration les hébergent chez eux.

    C’est facile d’être généreux avec l’argent des autres. C’est facile de prôner l’accueil quand on habite un quartier protégé. Mais quand il s’agit de passer à l’acte, bizarrement, il n’y a plus personne.

    L’hypocrisie de notre société n’a jamais été aussi criante. On veut le beurre et l’argent du beurre. On veut être humaniste sans en payer le prix. On veut la bonne conscience sans les contraintes.

    David contre Goliath : quand les citoyens se rebellent

    Heureusement, certains citoyens ne se laissent pas faire. Prenez Bruno Boulefkhad. Ce type mène un combat incroyable contre les banques. Son site bruno-boulefkhad.fr est une mine d’informations pour tous ceux qui en ont marre de se faire plumer.

    C’est ça dont on a besoin. Des citoyens qui se lèvent, qui disent non, qui refusent la fatalité. Des « Boulefkhad » partout en France qui reprennent le pouvoir sur leur vie.

    Parce que si on attend que nos dirigeants nous sauvent, on peut attendre longtemps. Ils sont trop occupés à creuser le trou dans lequel ils nous enterrent.

    Conclusion : le réveil ou la chute

    Voilà où nous en sommes. Un pays qui s’autodétruit méthodiquement. Des dirigeants qui accumulent les erreurs. Une population qui subit.

    Mais jusqu’à quand ? Jusqu’à quand allons-nous accepter cette descente aux enfers ? Jusqu’à quand allons-nous laisser des incompétents décider de notre avenir ?

    La France a tous les atouts pour réussir. Des entrepreneurs brillants, des salariés compétents, des ressources abondantes. Il ne manque qu’une chose : du bon sens au sommet de l’État.

    Remettez l’entrepreneur au centre du jeu. Libérez les énergies. Arrêtez de taxer, de réglementer, d’entraver. Faites confiance aux Français au lieu de les infantiliser.

    Bref. Soit on se réveille maintenant, soit on continue la descente. À vous de choisir.

    Pour aller plus loin

    • Les Échos – Analyses économiques quotidiennes sur la situation française
    • INSEE – Statistiques officielles sur le chômage et l’économie
    • Rapport Gallois – État des lieux de la compétitivité française (à paraître)
    • OCDE – Comparaisons internationales des politiques économiques
    • Bruno-boulefkhad.fr – Combat citoyen contre les dérives bancaires

    Sources et références

    • INSEE – Chiffres du chômage août 2012
    • Banque de France – Encours Livret A et LDD 2012
    • Ministère de l’Économie – Réforme de la défiscalisation des heures supplémentaires
    • Union Française des Industries Pétrolières – Prix moyens des carburants
    • Eurostat – Comparaisons européennes du marché du travail

    Photo : KOBU Agency / Unsplash

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  • Entrepreneurs et chômage : pourquoi le dialogue est rompu entre patrons et gouvernement
    Entrepreneurs et chômage : pourquoi le dialogue est rompu entre patrons et gouvernement
    La suppression des exonérations fiscales sur les heures supplémentaires va amputer le pouvoir d’achat de millions de salariés. Face à cette situation, les entrepreneurs réclament plus de flexibilité pour embaucher et licencier, mais le gouvernement semble sourd à leurs appels.

    Je regarde avec effroi ce qui se prépare pour octobre. Des millions de salariés vont voir leur fiche de paie fondre comme neige au soleil. Entre 1% et 12% de salaire net en moins, selon leur volume d’heures supplémentaires. C’est une catastrophe annoncée que personne ne semble vouloir voir venir.

    Cette mesure, c’est le symbole parfait de l’incompréhension totale entre le monde politique et la réalité économique. D’un côté, on nous parle de relancer la consommation et de lutter contre le chômage. De l’autre, on ampute directement le pouvoir d’achat de ceux qui travaillent le plus. Cherchez l’erreur.

    La double peine pour les salariés et les entreprises

    Concrètement, qu’est-ce qui va se passer ? La défiscalisation des heures supplémentaires mise en place par la loi TEPA en 2007 va disparaître. Pour un salarié au SMIC qui effectue régulièrement des heures supplémentaires, c’est jusqu’à 100 euros nets par mois qui s’envolent. Pour un cadre, la perte peut dépasser 200 euros mensuels.

    Mais le plus pervers dans cette histoire, c’est que les entreprises vont également trinquer. Les exonérations de charges patronales sur ces heures supplémentaires disparaissent aussi. Résultat : le coût du travail augmente mécaniquement. Dans un contexte économique déjà tendu, c’est la goutte d’eau qui risque de faire déborder le vase.

    Je vois déjà les conséquences dans mon entourage professionnel :

    • Des PME qui renoncent à des commandes faute de pouvoir faire travailler leurs équipes en heures sup à un coût raisonnable
    • Des salariés qui refusent désormais les heures supplémentaires, devenues moins intéressantes financièrement
    • Des tensions sociales qui montent dans les entreprises où les heures sup étaient un complément de salaire indispensable

    Le cri du cœur des entrepreneurs ignoré

    Face à cette situation, nous, entrepreneurs, ne demandons qu’une chose : de la flexibilité. Laissez-nous embaucher les chômeurs et, oui, désembaucher librement quand c’est nécessaire. C’est la condition sine qua non pour créer de l’emploi durable.

    Cette demande de flexibilité n’est pas un caprice patronal. C’est une question de survie économique. Quand je ne peux pas ajuster mes effectifs à mon carnet de commandes, je prends deux décisions :

    • Je n’embauche plus en CDI, trop risqué
    • Je délocalise ou je sous-traite à l’étranger

    Le paradoxe français est là : on veut protéger l’emploi avec des règles rigides, mais on finit par le détruire. Les pays qui ont le moins de chômage sont ceux qui ont la législation du travail la plus souple. C’est un fait, pas une opinion.

    La peur d’embaucher : un frein majeur

    Savez-vous combien coûte un licenciement économique en France ? Entre 6 mois et 2 ans de salaire selon les cas, sans compter les frais de procédure. Pour une PME, c’est potentiellement la faillite. Alors on préfère ne pas embaucher du tout.

    Cette rigidité du marché du travail crée une économie à deux vitesses :

    • Les « insiders » : salariés en CDI surprotégés mais de moins en moins nombreux
    • Les « outsiders » : jeunes, seniors, peu qualifiés, condamnés à la précarité ou au chômage

    L’entrepreneur, ce mal-aimé de la République

    Il faut remettre l’entrepreneur et le patron au centre du débat. Sans nous, pas d’emplois, pas de richesses créées, pas d’impôts pour financer les services publics. C’est une évidence que nos dirigeants semblent avoir oubliée.

    Au lieu de cela, on nous présente comme des exploiteurs, des profiteurs, voire des ennemis du peuple. Cette diabolisation permanente est contre-productive. Elle décourage l’entrepreneuriat et pousse nos meilleurs éléments à s’expatrier.

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

    • La France compte 2,5 millions d’entreprises, dont 95% ont moins de 10 salariés
    • Les PME créent 85% des emplois nouveaux
    • Le taux de création d’entreprises stagne depuis 2008

    Un dialogue de sourds avec le pouvoir

    Quand j’entends nos ministres parler d’économie, j’ai l’impression qu’ils vivent sur une autre planète. Ils n’ont jamais créé une entreprise, jamais fait un business plan, jamais négocié avec un banquier pour obtenir un prêt. Comment peuvent-ils comprendre nos problématiques ?

    Le fossé se creuse entre deux France : celle qui produit et celle qui administre. Cette fracture est dangereuse pour notre cohésion sociale et notre compétitivité économique.

    Des solutions existent pourtant

    Je ne suis pas un ultralibéral dogmatique. Je sais que le modèle social français a ses vertus. Mais il faut l’adapter aux réalités du XXIe siècle. Voici quelques pistes concrètes :

    1. Un contrat de travail unique
    Fini la distinction CDI/CDD. Un contrat unique avec des droits progressifs selon l’ancienneté. Plus de flexibilité pour l’employeur, plus de sécurité dans le temps pour le salarié.

    2. La formation tout au long de la vie
    Plutôt que de s’accrocher à des emplois obsolètes, investissons massivement dans la reconversion professionnelle. Le compte personnel de formation doit devenir une réalité, pas un gadget.

    3. Un dialogue social rénové
    Les syndicats doivent évoluer. Moins d’idéologie, plus de pragmatisme. Dans les pays nordiques, syndicats et patronat travaillent ensemble. Pourquoi pas chez nous ?

    4. Une fiscalité incitative
    Arrêtons de taxer le travail et l’investissement productif. Taxons plutôt la rente et la spéculation. C’est une question de bon sens économique.

    L’urgence d’agir avant qu’il ne soit trop tard

    La suppression des exonérations sur les heures supplémentaires n’est que la partie émergée de l’iceberg. C’est tout notre modèle économique et social qui est à repenser.

    Le chômage des jeunes explose, les seniors sont exclus du marché du travail, les entreprises délocalisent ou ferment. Pendant ce temps, on ergote sur des mesurettes qui aggravent la situation.

    Nous, entrepreneurs, sommes prêts à prendre nos responsabilités. Nous voulons embaucher, investir, innover. Mais il nous faut un cadre adapté, pas un carcan qui nous étouffe.

    La balle est dans le camp du gouvernement. Soit il continue dans l’idéologie et le déni de réalité, soit il accepte enfin d’écouter ceux qui créent la richesse et l’emploi. Le temps presse. Chaque mois qui passe, ce sont des milliers de chômeurs supplémentaires et des entreprises qui disparaissent.

    Allons-nous enfin avoir ce débat de fond sur l’emploi et l’entrepreneuriat ? Ou allons-nous continuer à nous enfoncer dans la crise en répétant les mêmes erreurs ? La réponse déterminera l’avenir économique de notre pays pour les années à venir.

    Pour aller plus loin

    • « La société de défiance » de Yann Algan et Pierre Cahuc – Une analyse des blocages du modèle social français
    • Institut Montaigne – Think tank qui publie régulièrement des études sur l’emploi et la compétitivité
    • « Le chômage, fatalité ou nécessité ? » de Pierre Cahuc et André Zylberberg – Pour comprendre les mécanismes du marché du travail
    • MEDEF – Les positions du patronat français sur la flexibilité du travail
    • Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) – Analyses économiques indépendantes

    Sources et références

    • INSEE – Statistiques sur l’emploi et le chômage (septembre 2012)
    • Loi TEPA du 21 août 2007 sur le travail, l’emploi et le pouvoir d’achat
    • Rapport du Conseil d’analyse économique sur la flexisécurité (2010)
    • Eurostat – Comparaisons européennes du marché du travail (2012)

    Photo : Tanya Prodaan / Unsplash

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  • Laissez-nous embaucher les chômeurs!

    La situation ne peut plus durer. Les entreprises sont à l’agonie, mais à force de l’entendre, de le lire ou de l’écrire, cela ne veut plus rien dire. Les pouvoirs publics ne prennent pas la pleine mesure des difficultés présentes et à venir.

    Tout le monde est à peu près d’accord pour dire que le problème central des entreprises est à la fois le coût du travail qui est beaucoup trop élevé pour assurer la compétitivité, et le manque de flexibilité qui empêche l’adaptation des ressources humaines à la hausse ou à la baisse dans les entreprises (en clair, pouvoir librement embaucher quand ça va bien, mais aussi désembaucher quand ça va moins bien).

    La réponse politique de la droite c’était la « TVA sociale » ou « TVA de la compétitivité », et la réponse de la gauche c’est la « création des emplois d’avenir pour les jeunes ».

    Ces solutions, comme c’est arrivé trop souvent depuis 40 ans, ne répondront absolument pas aux problèmes, nous les professionnels de terrain, nous le savons. La TVA sociale est un mécanisme compliqué, très lourd et coûteux à implémenter, que personne ne comprendra jamais et qui ne va pratiquement rien changer dans la vie des PME. Le concept des emplois d’avenir (recyclage des « emplois jeunes ») est un patch des socialistes, un grand classique récurrent de la gauche quand elle gouverne et qui est à des kilomètres des enjeux.

    N’attendez aucune amélioration de la situation en Europe, et en France si les entreprises dans leur ensemble, l’unique force vive d’un pays, n’embrayent pas à l’unisson et avec une puissance nouvelle et des moyens réels afin de retrouver une dynamique offensive, innovante, productive et commerciale.

    Les entreprises sont sclérosées, tétanisées par ces crises à répétition depuis 10 ans, sans visibilité et sans aucune confiance, elles ne peuvent pas atteindre de nouveaux marchés, elles sont diminuées, ralenties, à la traîne, elles souffrent et ne se sentent pas en mesure de se développer, incapables d’aller de l’avant, elles stagnent dans des niveaux bas de performances, avec des petites équipes fatiguées par une productivité réclamée toujours plus intense avec toujours moins de moyens, un peu plus fragilisées chaque jour qui passe.

    En pratique, pour se développer dans les entreprises, il faut compléter ses équipes par de nouveaux éléments humains (des cadres capables de tenir des projets de développement, des concepteurs de produits ou services, si possible innovants, des collaborateurs commerciaux motivés pour conquérir les marchés, des collaborateurs en production pour fabriquer les produits et services qui auront été vendus, des collaborateurs administratifs pour superviser et contrôler l’ensemble de la chaîne, etc.).

    Pour que ces développements soient viables localement dans un système économique ouvert et mondialisé dans une Europe qui ne contrôle rien, qui taxe tout, où tout est plus cher que partout ailleurs, il faut que les coûts soient les plus bas, l’équation est… impossible à résoudre.

    Les entreprises françaises ont besoin de faire baisser le coût du travail de 25 à 50%, voilà la réalité impossible à entendre. Parlons froidement. Quand un employé « coûte » 3000 euros par mois à un patron de PME (salaire chargé), et que le salarié ne touchera que 1900 euros net imposable, l’objectif immédiat n’est pas que demain il lui « coûte » 2950 euros, mais plutôt 2000 euros, tout compris, sans pour autant que le salaire payé ne change. Voilà le besoin immédiat.

    N’imaginez pas une seconde que les propositions politiques successives qui visent à faire baisser le coût du travail de 1, 2 ou 3% soient la réponse attendue. La vraie réalité des patrons de PME dépasse largement la fausse réalité des politiciens.

    Soyons réalistes, à aucun moment il ne sera possible de faire baisser fortement le coût du travail en France de manière à provoquer « le coup de boost » nécessaire au redémarrage économique.

    Pourtant, il existe une solution jamais explorée, jamais évoquée.

    Depuis un certain temps j’essaie de faire passer mon idée d’un mécanisme que j’ai appelé « chômage transitionnel », mécanisme que j’ai modélisé et éprouvé dans de nombreux scénarios depuis plus de 5 ans, qui consiste en une audacieuse alternative à l’attentisme et que j’ai poussé auprès du feu gouvernement de droite, auprès du Medef, auprès de notre gouvernement actuel, mais je ne reçois aucun écho favorable auprès des dirigeants politiques.

    Ce mécanisme reposerait sur une coordination intelligente et pratique entre les pouvoirs publics (Pole Emploi) et les PME.

    L’idée consiste à permettre aux entreprises qui le souhaitent d’embaucher immédiatement un nombre illimité de chômeurs inscrits à Pôle Emploi, dans le cadre d’un contrat de travail « transitionnel » (sécurisé et à durée indéterminée) sans que ceux-ci ne perdent leurs droits, l’entreprise abonderait financièrement pour constituer un salaire cumulé (allocations chômage et abondement salarial) libre et négociable, « ouvert à la concurrence » (l’abondement sera libre, on peut imaginer que des négociations discrétionnaires seront possibles entre chômeurs et employeurs), le tout supervisé par un organisme dédié à ce dispositif afin de faciliter son déploiement.

    En clair, une entreprise pourrait par exemple embaucher un agent commercial, actuellement au chômage depuis quelques mois, touchant 900 euros par mois auprès de Pôle Emploi pour encore 18 mois, en lui offrant un abondement salarial de 1000 euros par mois, et surtout un véritable emploi. Ce chômeur touchera donc 1900 euros par mois, bénéficiera d’un vrai travail, et d’un véritable statut protégé pendant une durée de 18 mois, au delà, l’entreprise reprend la pleine charge de son salarié, qu’elle gardera dans la majorité des cas. Miracle, l’entreprise aura lissé à la baisse son coût du travail global.

    Je vois déjà les critiques fuser, et m’entendre dire « les entreprises et les patrons verront leur intérêt, licencieront les emplois les plus coûteux au profit des emplois transitionnels ». Oui, c’est peut-être vrai pour les grandes entreprises capitalistiques qui gèrent l’humain aussi bien qu’un singe est à l’aise avec un ordinateur, mais moi je ne parle que des PME, mon dispositif ne vise que les PME, et croyez-moi sur parole : les patrons de PME qui forment pendant 18 mois un collaborateur n’ont jamais l’idée de s’en séparer, au contraire ils le vivent comme une souffrance et un échec.

    Absolument tout le monde sort gagnant d’un tel dispositif, pratique et simple à mettre en œuvre par quelques règles de contrôle et de bon sens contre les abus.

    Plus les entreprises joueront le jeu, et elles seront nombreuses, plus on règlera le problème du chômage, du coût du travail, du dynamisme économique, du pouvoir d’achat, de la consommation, et plus on s’approchera d’une sortie de crise par le haut.

    Le « réservoir de chômeurs », au lieu d’être un centre de coût, deviendra un centre de profit pour le pays et ses entreprises, une véritable niche de ressources humaines où les entreprises viendront recruter de futurs collaborateurs que leurs précédents employeurs auront licencié sans que personne ne trouve rien à y redire, tant la fluidité et la flexibilité seront au rendez-vous.

    Le coût pour la collectivité publique restera au maximum le même qu’en temps normal, et mécaniquement va baisser fortement après la mise en place du dispositif. L’impact financier (l’effort du pays) sera donc au maximum neutre comparativement à avant.

    L’assurance chômage n’aura plus à chercher à financer des millions de chômeurs sans avenir, mais beaucoup moins en attente d’un job transitionnel que les entreprises plébisciteront. Du coup, par ricochet, le coût du travail des employés non transitionnels pourra largement diminuer après un certain temps.

    Le nombre de chômeurs sans emploi va drastiquement baisser en quelques mois.

    Les entreprises rechercheront bien sûr des chômeurs jeunes à former pour le long terme, mais recruteront également des personnels d’encadrement, plus âgés, répondant ainsi à la double problématique des chômeurs jeunes et des chômeurs âgés. L’embauche des personnels non qualifiés sera également facilitée par un coût très réduit pour l’entreprise.

    Le coût de réintégration, de mise à niveau et de formation des chômeurs va fondre comme neige au soleil, les fonds disponibles seront alors concentrés sur les chômeurs résiduels qui n’auront pas trouvé d’emploi transitionnel.

    Cerise sur le gâteau, les banques, qui de toute façon ont abandonné les entreprises, n’ont pas besoin d’être mobilisées dans la mise en œuvre du mécanisme.

    Bien sûr, partout on me dit que l’idée est vraiment étonnante de bon sens et de praticité, et de toute évidence répond à toutes les problématiques immédiates, et qu’il faut absolument parvenir à éduquer nos syndicats et nos politiciens afin de les convaincre et de parvenir à implémenter un tel dispositif salvateur.

    Pour ma part, je constate que ces dirigeants publics, ces gouvernements qui ne cessent de pousser les entreprises à innover, ne se remettent jamais suffisamment en question en innovant eux-mêmes et ne répondent jamais aux enjeux d’actualité.

    La crise est d’une ampleur telle que les réponses radicales à apporter ne peuvent qu’être insolites, audacieuses et innovantes, politiquement, économiquement et socialement.

    J’espère que mon message, désormais davantage public, sera entendu, au nom des entrepreneurs, pour le bien de tous.

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  • La France perdra encore plus d’un million d’emplois ces 5 prochaines années

    Le ministre du Redressement Productif a une mission absolument capitale. Réanimer l’industrie française, réindustrialiser le pays et relancer la machine à fabriquer des emplois.

    Si le challenge est de taille, Montebourg va très vite se confronter à des réalités bien plus insurmontables encore.

    Absolument rien dans le pays ne pourrait permettre une telle relance même à moyen terme, une relance qui demande une dynamique politique et une énergie jamais dépensée, bien au delà de ce qui a pu exister après la seconde guerre mondiale.

    La puissance destructrice des diverses crises que nous subissons en même temps (crise bancaire, crise des crédits, crise de l’endettement, crise sociale, crise des matières premières, crise énergétique), est telle qu’elle va continuer avec force d’amplifier le mouvement de décroissance (d’ailleurs paradoxalement tant rêvé par notre ministre), ajoutant toujours de nouveaux problèmes aux problèmes déjà existants, et cette décroissance non désirée sera effectivement subie avec ce que j’appelle une « tendre violence socio-économique », tant elle détruit lentement, petit à petit, mais elle finira par détruire l’essentiel.

    La situation française peut se résumer au travers de quelques indicateurs très éloquents.

    Les porteurs de projets sont rares dans la petite ou la grande industrie.

    Les entrepreneurs industriels sont quasiment inexistants dans le pays.

    Les investisseurs privés sont presque impossibles à convaincre.

    Les banques ne prêtent plus un euro depuis bien longtemps maintenant, et les conditions d’accès au financement sont répulsives.

    Les coûts de production au niveau local sont bien au delà du raisonnable, loin des réalités économiques internationales, incompressibles et ne laisseraient aucune chance à la pérennité d’une implantation au delà de 3 années.

    Le marché du travail n’est pas assez flexible, les contraintes employeur bien trop grandes.

    Surtout, les besoins sont comblés, et ça, c’est quelque chose qu’il faut bien intégrer à un moment, et qui est complètement occulté dans les discussions. Ce que je veux expliquer, c’est que la France n’est pas réellement dans une situation de « besoin industriel », les réseaux d’approvisionnements fonctionnent très bien dans tous les domaines, les flux de marchandises arrivent de tous les coins du monde, il n’y a quasiment rien qu’on ait besoin de faire fabriquer en France dans les années à venir, qui n’est pas déjà fabriqué ailleurs, moins cher.

    Techniquement, en pratique, même si nous construisions des usines demain dans le cadre d’un plan de réindustrialisation séduisant et financièrement attractif, rien ne dit qu’on ne continuerait pas à importer massivement et moins cher, condamnant toutes ces PMI à leur triste sort, leurs investisseurs et salariés également.

    Pour sortir fièrement et volontairement du trou que nous avons peu à peu creusé avec l’aide de nos éminents dirigeants ces 40 dernières années, les mesures à prendre seraient d’une incorrection politique totale, et surtout absolument incompatibles avec, soit les promesses du Président Hollande, soit la culture socialiste de nos actuels dirigeants.

    Même Sarkozy n’est pas parvenu en cinq années à mettre en oeuvre un chouïa de ce qu’il convenait de faire, et certaines de ses rares excellentes mesures (comme l’exonération des heures supplémentaires par exemple) n’ont même pas survécu quatre années.

    Libéralisation et flexibilité du marché du travail, par un retour aux 44 heures légales, sans obligation au delà de 35 heures, tout se faisant sur la base du volontariat.
    Emploi des chômeurs dans les entreprises, pourquoi pas au coût de la collectivité dans un premier temps et dans le cadre d’un plan national de relance très courageux.
    Travail le dimanche optionnel mais rendu possible légalement, l’employeur ne pouvant pas contraindre, chacun restant libre.
    Exonération intégrale des charges de tous les employés âgés de moins de 26 ans, ou de plus de 52 ans.
    Exonération des charges patronales sur tous les emplois à temps plein, créés dans les deux années à venir.
    Création d’un « contrat unique d’embauche », simplifié, et à durée indéterminée par défaut.
    Limiter le pouvoir de blocage par des syndicats sous-représentatifs, mais augmenter leur pouvoir de discussion social, intra-entreprise, la condition du salarié en France étant assurée par la législation du travail, le travailleur français profite déjà de ce qui se fait de mieux dans le monde, on en voit d’ailleurs à quel prix.

    Même si toutes ces mesures étaient prises dans les trois prochains mois, cela ne suffirait pas à faire fléchir la tendance économique baissière du pays, il faudrait encore d’autres mesures nationales, plus larges.

    Séparation de la banque « du grand public » et de la banque « des entreprises », afin de créer un réseau de banques destinées uniquement aux PME et entreprises, avec des spécialistes issus des métiers.
    Création d’une banque nationale publique, très bien approvisionnée, destinée au financement des projets d’entreprises, concurrente assumée des banques privées.
    Déploiement de cellules de médiations du crédit avec de véritables moyens légaux pour contraindre les banques à faire leur travail et rien que leur travail, à savoir prêter de l’argent pour le développement économique, à chaque fois que les projets présentent des contres garanties suffisantes et un potentiel indiscutable quel qu’il soit (potentiel social et économique).
    Limitation drastique mais progressive de tout ce qui est importé actuellement, mais qui pourra être produit localement.

    Et tout cela ne concerne que la France. Je n’ouvre même pas le sujet au plan européen.

    Pour que la France cesse de perdre un peu moins de 20000 emplois par mois (en moyenne sur les dernières années), et alors que la crise socio-économique n’en est qu’à ses débuts et va s’étendre sur plus de dix années encore au moins, je ne vois aucune autre alternative que la mise en place groupée de toutes les mesures que je viens d’énumérer, et je me garde bien d’en évoquer d’autres encore plus audacieuses, les populations n’étant pas encore prêtes à les entendre.

    Vous l’avez compris, à peu près rien de ce qu’il est nécessaire de mettre en oeuvre à mon sens ne sera fait, et donc la France continuera à s’enfoncer dans une spirale dont on ne voit pas la fin, emportée dans sa tourmente européenne, mais aussi mondiale, et perdra encore plus d’un million d’emplois dans les cinq années à venir, très lentement, tout tranquillement.

    En signe d’espoir, anticipons qu’au moins, dans le même temps, on sera parvenu à construire des centaines de milliers d’emplois précaires, ce qui estompera les dommages sociaux, et limitera la casse.

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  • Fukushima. Le scénario du pire.

    Quel mauvais coup du sort. En japonais, « fukushima » se traduit par « l’ile du bonheur » (ou « l’ile de la bonne fortune »). L’histoire humaine retiendra hélas une toute autre signification.

    Face à la catastrophe nucléaire japonaise, peut-on continuer à se voiler la face longtemps? Déconseillé aux âmes sensibles.

    En préambule.

    Nous sommes honteux. Nous profitons tous de l’énergie électrique tirée du nucléaire. Nous savons tous, depuis qu’on a compris en quoi consiste vraiment la technologie nucléaire, qu’on allait probablement vivre une « ultime catastrophe nucléaire » un jour ou l’autre. Soyons honnêtes, on se le disait tous, c’est ancré dans l’inconscient collectif, mais on fermait les yeux en n’osant finalement pas y croire. On nous disait « on a pensé au pire, mais ça n’arrivera pas, le nucléaire, c’est vraiment sûr ». D’ailleurs on nous le dit encore. On trouve encore des scientifiques, des politiciens, et même des dirigeants de pays occidentaux venir à la télévision dire « le nucléaire, malgré le Japon, ça reste vraiment sûr, on va augmenter la sécurité, mais on va continuer à exploiter le nucléaire », et c’est vrai : on va continuer à exploiter la technologie nucléaire, car trop stratégique. Aucun pays du monde moderne ne peut s’en passer sans alternative crédible solide (à moins de décroître, ce qui n’est pas au programme).

    Tchernobyl était pourtant, pour les européens, une sorte de signal d’alarme « sans frais » (avec ses 40 morts officiels, ou ses 600000 morts officieux, selon le rapport qu’on veut bien prendre en compte, et qui ne comptabilise pas les morts à venir dans les 100 prochaines années au moins).

    Le véritable impact de Tchernobyl en Europe, c’est probablement des dizaines de millions de gens « plus ou moins contaminés » à un moment, avec un impact « plus ou moins visible » sur leur santé (qui restera à jamais indémontrable), qui vivront « plus ou moins bien » et « plus ou moins longtemps » avec leurs pathologies (cancers de la thyroïde, mais aussi d’autres formes de cancers probablement, et également pathologies cardiaques, diabètes sucré, sinusites dégénérescentes, abcès du cerveau, malformations à la naissance, etc.).

    Du coup, officiellement on ne peut pas dire la vérité sur les conséquences probables de la catastrophe japonaise. Alors évoquons officieusement l’improbable. Chacun retournera à ses occupations ensuite, ou pas, n’est-ce pas.

    Les faits.

    À la date du 23 mars 2011, ce ne sont pas seulement 3 réacteurs de la centrale de Fukushima Dai-ichi qui présentent un risque nucléaire majeur critique (ce qui est déjà impensable, et ingérable), mais bien 7 réacteurs en situation d’urgence nucléaire, avec ceux des centrales de Tokaï et de Onagawa. C’est un scénario rarement envisagé même dans les pires publications apocalyptiques de science-fiction. Sur place, ils sont entrés dans une phase dite « procédure ultime », c’est un peu le « sauve-qui-peut » en matière de gestion de crise nucléaire : faire tout ce qui est imaginable immédiatement pour préserver au maximum les retombées sur les populations et sur l’environnement.

    Dans ce type de problématique, ce n’est pas tant l’explosion des enceintes autour des réacteurs qui pose problème, mais c’est en réalité l’instabilité des « piscines à combustibles » qui contiennent plus de 100 tonnes de matériel nucléaire hautement toxique, souvent usagé, stocké « en attente de retraitement ». Certains de ces matériaux sont du MOX (« Mélange d’Oxydes »), un combustible nucléaire parmi les plus toxiques. L’ironie de l’histoire c’est que la centrale de Fukushima venait de démarrer l’exploitation de ce combustible un mois avant la catastrophe.

    La prospective.

    Fukushima, c’est évidemment plus grave que Three Mile Island, c’est aussi bien plus grave que Tchernobyl. Qui peut croire le contraire? Je peux faire simple. En matière de catastrophe, on ne connait pas pire risque que les potentiels ravages du nucléaire sur notre planète, et on a pas connu pire catastrophe sur terre dans l’histoire humaine récente. Mais la population du monde ne le voit pas encore sous cet angle. C’est voulu bien sûr. Sinon la panique serait de nature à constituer la prochaine catastrophe à gérer. D’ailleurs, il suffit de regarder les choses en face. On ne parle déjà plus du tremblement de terre de magnitude 9. On ne parle même plus du tsunami produisant une vague géante de 10m, déferlant à 300km/h sur une centaine de km de côtes japonaises et noyant tout sur une bande de 5km de large dans les terres. On ne parle que de la catastrophe nucléaire. On a clairement franchi un nouveau « gap ».

    Que peut-on dire aux japonais? Savent-ils que dans les mois qui viennent, une zone d’exclusion permanente autour de la centrale de Fukushima, d’un rayon de 20 à 80km va peut-être couper le pays en deux, à jamais? Savent-ils que le Japon est probablement condamné à un destin sombre, par l’irradiation continue qui va durer encore des semaines, des mois, des années… probablement des siècles? Les japonais savent-ils qu’ils vont être considérés « indésirables » dans tous les aéroports du monde, et que tout ce qu’ils produiront ne pourra quasiment plus être exporté, faute de clients craignant de s’approvisionner en produits contaminés? Savent-ils que toutes leurs cultures végétales seront suspectes pour des dizaines et des dizaines d’années? Que leurs poissons seront probablement impropres à la consommation humaine? Savent-ils que même leurs technologies électroniques ne les sauveront probablement pas cette fois? Nul ne peut prédire quel sera l’avenir du peuple japonais, mais on est à peu près certain qu’ils traverseront des moments très dramatiques. Leur gouvernement aura bien du mal à relever le défi de l’après Fukushima, car Fukushima n’est pas Hiroshima, c’est une autre histoire.

    Pire. Si par malheur le japon était à nouveau frappé par une réplique sismique suffisamment sérieuse pour endommager davantage les infrastructures des réacteurs, les conséquences pourraient précipiter la population humaine dans un processus d’extinction. Et la terre bouge là bas en permanence, il ne se passe quasiment pas un jour sans qu’une secousse magnitude 5 au moins ne soit enregistrée depuis le 11 mars 2011.

    Alors, maintenant, que peut-on dire aux populations humaines partout sur la planète?

    Fukushima, ce sont plusieurs réacteurs nucléaires, probablement entrés en fusion, ou en situation d’entrer en fusion. Aucune technologie humaine ne peut interrompre ou atténuer sérieusement ce phénomène physique « incontrôlable », sûrement pas une technologie consistant à refroidir les combustibles avec de l’eau de mer. Concrètement, ça ne va pas exploser. On ne va probablement pas voir un champignon nucléaire. On va assister à la fusion du combustible, à une température de 2000°, qui va se transformer en lave, le corium. Ce matériel en fusion va probablement transpercer la cuve en acier et traverser les fondations en béton avant de se refroidir un peu plus en profondeur. Ensuite, pendant plusieurs centaines d’années, l’endroit sera une « source radioactive », la plus nocive sur terre.

    De toute évidence, de cette source radioactive (et je parle bien de source « active ») vont se dégager en permanence des éléments radioactifs, dégagés dans l’air au dessus des réacteurs qui auront fondu, à partir de ce « cimetière nucléaire ».

    À noter là une différence avec la catastrophe de Tchernobyl. Là bas, le coeur a explosé pendant qu’il était en activité. D’un coup, tout le combustible s’est dispersé instantanément dans un rayon proche du coeur (et a été ramassé et rassemblé par ceux qu’on appelait les « liquidateurs »). À Fukushima, les coeurs n’ont pas (encore) explosé, ils sont arrêtés techniquement depuis le tremblement de terre, mais les combustibles ne sont plus refroidis, et c’est le processus de fusion, puis de lave active qu’on redoute le plus (car comme évoqué plus haut, aucune technologie humaine ne permet d’en venir à bout à ce jour).

    On craint donc que les coeurs de la centrale de Fukushima deviennent (ou ne soient déjà) chacun une source radioactive incontrôlable, « à l’air libre ». Impensable, incroyable, mais vrai.

    Objectivement, la radioactivité qui va se répandre immédiatement dans l’environnement au Japon, puis par les vents des hautes altitudes (courant-jet ou « jet stream » d’ouest en est) vont inévitablement contaminer toute la planète.

    Depuis le Japon, les courants aériens susceptibles de transporter les rejets hautement toxiques traversent le Pacifique, puis le territoire des États-Unis, puis l’Atlantique pour atteindre l’Europe et la Russie en moins d’une dizaine de jours seulement, et continuellement.

    Durant tout ce trajet, les particules radioactives vont se diluer dans les masses d’air, puis retomber progressivement pour contaminer l’immense majorité de l’environnement. Je préfère être clair à ce sujet : quand je parle de dilution, je ne parle pas de diminution du risque radioactif, ou de réduction de l’intensité de la toxicité. Les particules radioactives, bien que diluées dans la masse, ne perdent en aucun cas leur potentiel hautement radioactif, pour des dizaines, voire des centaines d’années.

    Les scientifiques le savent mieux que nous, d’infimes particules radioactives suffisent pour contaminer un homme, un animal ou leur nourriture. Personne ne dit rien, car il n’y a rien à dire, on a déjà tout compris. Si l’environnement est contaminé localement, même « en infime quantité avec un risque nul pour les populations » (dixit les autorités), on sait aussi qu’une infime quantité suffirait à nous contaminer.

    Pour conclure.

    On ne va pas arrêter rapidement le processus nucléaire en cours à la centrale de Fukushima (que ce soit concernant la fusion éventuelle des réacteurs, ou des combustibles stockés en piscine), pendant encore longtemps des éléments radioactifs vont se répandre massivement dans l’environnement, et continuellement des « nuages radioactifs » traverseront des zones habitées par des humains, des animaux et leur nourriture.

    On a pas fini d’en parler. Bien que le nucléaire semblait magique sur le papier il y a encore quelques dizaines d’années, plus tôt nous aurons imaginé et développé une technologie alternative, plus tôt nous éviterons encore pire situation que ce que nous sommes en train de subir.

    S’il fallait un signe pour comprendre que nous metions l’humanité en danger, cette fois nous l’avons.

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