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  • Ecotaxe : et si on transformait ces portiques en outils vraiment utiles ?
    Ecotaxe : et si on transformait ces portiques en outils vraiment utiles ?
    L’écotaxe fait débat, mais au-delà de la polémique, les milliers de portiques installés représentent un investissement considérable. Plutôt que de les abandonner, transformons-les en outils utiles : détection de véhicules volés, bonus pour les conducteurs écologiques, les possibilités sont vastes.

    Je viens de plonger dans les entrailles du dossier Ecomouv et de l’écotaxe. Ce que j’y ai découvert me laisse perplexe. Derrière les grands discours écologiques se cache une mécanique économique bien huilée qui ressemble davantage à une machine à cash qu’à un projet environnemental. Mais plutôt que de jeter le bébé avec l’eau du bain, j’ai quelques idées pour transformer ce fiasco annoncé en opportunité.

    Le business caché derrière l’écologie

    L’écotaxe, c’est d’abord l’histoire d’Ecomouv, un consortium mené par la société italienne Autostrade et regroupant Thales, SNCF, SFR et Steria. Le contrat ? Un partenariat public-privé de 13 ans pour un montant estimé à 2,3 milliards d’euros. Oui, vous avez bien lu.

    Ce qui me frappe, c’est le décalage entre les objectifs affichés – réduire le transport routier de marchandises au profit du ferroviaire et du fluvial – et la réalité du montage. Ecomouv touche une commission de 20% sur chaque euro collecté. Plus il y a de camions sur les routes, plus l’entreprise gagne de l’argent. Où est la logique écologique là-dedans ?

    Les 173 portiques déjà installés (sur les 4 000 prévus) ont coûté une fortune. Chaque portique représente un investissement de plusieurs centaines de milliers d’euros. Sans compter les 800 bornes de contrôle et tout le système informatique derrière. On parle d’une infrastructure technologique massive, capable de scanner en temps réel tous les véhicules qui passent.

    Les Bonnets Rouges et la colère bretonne

    La fronde des Bonnets Rouges en Bretagne n’est pas qu’une simple contestation fiscale. C’est le symptôme d’un ras-le-bol plus profond. Les transporteurs bretons, déjà étranglés par la crise, voient dans cette taxe le coup de grâce pour leur activité.

    Un transporteur breton qui fait la navette entre Brest et Rungis devrait payer environ 8 000 euros par an et par camion. Pour des entreprises aux marges déjà réduites, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. D’autant que la Bretagne, péninsule excentrée, est particulièrement pénalisée par cette taxe au kilomètre.

    Mais au-delà de l’aspect économique, c’est toute la méthode qui pose problème. Imposer une taxe sans proposer d’alternative crédible au transport routier, c’est mettre la charrue avant les bœufs. Où sont les investissements massifs dans le fret ferroviaire ? Où sont les infrastructures fluviales promises ?

    Des portiques à 200 millions d’euros qui dorment

    Voilà où nous en sommes : des centaines de millions d’euros investis dans des portiques qui risquent de ne jamais servir. C’est du gâchis à l’état pur. Ces structures high-tech équipées de caméras, de lasers et de systèmes de communication sophistiqués vont-elles rester là, inutiles, comme des totems d’un projet avorté ?

    Chaque portique est équipé de :

    • Caméras haute définition capables de lire les plaques d’immatriculation
    • Systèmes de détection laser pour classifier les véhicules
    • Connexion en temps réel aux bases de données centrales
    • Capacité de traitement de milliers de véhicules par heure

    C’est une infrastructure technologique de pointe qui pourrait servir à bien d’autres choses que taxer les camions.

    Première idée : un réseau anti-vol national

    Plutôt que de démanteler ces portiques, transformons-les en système de détection des véhicules volés. Imaginez : un maillage national capable d’identifier en temps réel tout véhicule signalé comme volé.

    En France, c’est plus de 100 000 véhicules qui sont volés chaque année. Les voitures finissent souvent à l’étranger, transitant par nos autoroutes. Avec un système de portiques connectés aux fichiers des véhicules volés, on pourrait créer un filet de sécurité redoutable.

    Le système pourrait fonctionner ainsi :

    • Connexion en temps réel avec le fichier des véhicules volés
    • Alerte immédiate aux forces de l’ordre en cas de détection
    • Traçage du parcours pour faciliter l’interception
    • Extension possible aux véhicules impliqués dans des délits de fuite

    Les assureurs seraient certainement prêts à participer au financement d’un tel système qui pourrait leur faire économiser des millions en indemnisations.

    Deuxième idée : récompenser les conducteurs vertueux

    Et si, au lieu de punir, on récompensait ? Les portiques pourraient identifier les véhicules écologiques et leurs conducteurs responsables pour leur verser un bonus.

    Concrètement, voici comment cela pourrait marcher :

    • Détection automatique des véhicules électriques, hybrides ou roulant au gaz
    • Calcul du nombre de passages pour établir un « score écologique »
    • Attribution de points convertibles en réductions (péages, carburant, assurance)
    • Partenariats avec les constructeurs pour offrir des avantages aux conducteurs verts

    On inverserait complètement la logique : au lieu d’une écologie punitive, on passerait à une écologie incitative. Les entreprises de transport qui investissent dans des flottes propres seraient récompensées, pas pénalisées.

    D’autres pistes à explorer

    Les possibilités sont infinies avec une telle infrastructure. On pourrait imaginer :

    Un système d’alerte enlèvements : en cas d’alerte enlèvement, tous les portiques pourraient rechercher le véhicule suspect en temps réel.

    Une aide à la gestion du trafic : les données collectées permettraient d’optimiser les flux, de prévoir les embouteillages et de proposer des itinéraires alternatifs.

    Un outil de lutte contre la délinquance routière : détection des véhicules non assurés, sans contrôle technique ou impliqués dans des infractions graves.

    Un observatoire des mobilités : comprendre les flux de transport pour mieux aménager le territoire et développer des alternatives crédibles au tout-routier.

    Le courage politique de transformer l’échec en opportunité

    Rachida Dati a soulevé des questions intéressantes sur le montage financier d’Ecomouv. Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet, architectes du Grenelle de l’environnement, pourraient nous éclairer sur la genèse de ce projet. Mais au-delà du débat sur qui a fait quoi, l’urgence est de trouver une solution.

    Il faut du courage politique pour transformer un échec annoncé en opportunité. Reconnaître que l’écotaxe dans sa forme actuelle est mort-née, mais que l’infrastructure peut servir l’intérêt général différemment.

    Les contribuables ont déjà payé. Les portiques sont là. Plutôt que de les laisser rouiller ou de payer des pénalités astronomiques pour rupture de contrat, mettons-les au service de vraies causes d’utilité publique.

    L’innovation au service du bien commun

    Ce dont nous avons besoin, c’est d’innovation dans l’usage de ces outils, pas dans la création de nouvelles taxes. Les Bonnets Rouges ont raison de contester une taxe injuste et contre-productive. Mais leur colère pourrait être le catalyseur d’une transformation positive.

    Transformons ces portiques de la discorde en outils du consensus. Faisons-en des instruments de sécurité, de récompense des comportements vertueux, d’intelligence collective sur nos mobilités.

    L’écologie ne doit pas être punitive. Elle doit être incitative, intelligente, au service des citoyens et des entreprises. Ces portiques peuvent devenir le symbole de cette nouvelle approche.

    Alors, qu’attendons-nous ? Le choix est simple : soit on s’entête dans une logique de taxe rejetée par tous, soit on innove pour transformer un fiasco en success story. Je sais ce que je choisis. Et vous ?

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    • Données sur les vols de véhicules : Ministère de l’Intérieur, 2012
    • Coût des portiques écotaxe : Rapport parlementaire sur l’écotaxe, octobre 2013
    • Montant du contrat Ecomouv : Documents publics du consortium, 2011
    • Impact économique sur les transporteurs : Fédération Nationale des Transports Routiers, 2013

    Photo : Nopparuj Lamaikul / Unsplash

  • Face aux révélations de la NSA : pourquoi la France doit reprendre le contrôle de ses données
    Face aux révélations de la NSA : pourquoi la France doit reprendre le contrôle de ses données
    Les révélations de Snowden exposent l’ampleur de la surveillance américaine via les géants du web. Face à cette captation massive de données, la France doit envisager des mesures radicales : interdire Google, forcer la localisation des data centers, ou développer ses propres technologies de contre-espionnage.

    Les révélations d’Edward Snowden continuent de secouer le monde. Chaque jour apporte son lot de documents classifiés dévoilant l’ampleur vertigineuse de la surveillance mise en place par la NSA. Et au cœur de ce système tentaculaire, on retrouve invariablement les géants américains du web : Google, Facebook, Microsoft, Apple… Tous complices, volontaires ou contraints, d’une captation massive de données sans précédent dans l’histoire de l’humanité.

    Face à ce constat, une question s’impose : que peut faire la France ? Sommes-nous condamnés à subir cette surveillance de masse orchestrée par nos « alliés » américains ? Ou existe-t-il des moyens concrets de reprendre le contrôle de nos données, de notre souveraineté numérique ?

    Je vais être direct : les solutions existent. Elles sont radicales, certes. Politiquement explosives, certainement. Mais elles sont là, à portée de main. Il suffit d’avoir le courage politique de les mettre en œuvre.

    L’option nucléaire : interdire Google en France

    Commençons par la mesure la plus radicale : interdire purement et simplement Google sur le territoire français. Vous trouvez ça excessif ? Regardons les faits en face.

    Google n’est pas qu’un moteur de recherche. C’est une machine à aspirer les données. Chaque recherche, chaque clic, chaque vidéo YouTube visionnée, chaque email envoyé via Gmail, chaque position GPS captée par Android… Tout cela part directement dans les serveurs américains. Et grâce au Patriot Act et aux programmes révélés par Snowden, la NSA a un accès quasi-illimité à ces données.

    Pensez-y : combien de Français utilisent Google quotidiennement ? Des millions. Combien d’entreprises françaises stockent leurs données sensibles sur Google Apps ? Des milliers. Combien de smartphones Android circulent dans les couloirs de nos ministères, de nos entreprises stratégiques ? La réponse fait froid dans le dos.

    L’interdiction de Google serait un électrochoc. Un signal fort envoyé aux États-Unis : la France ne tolère plus que ses citoyens soient espionnés massivement. Techniquement, c’est faisable. La Chine le fait bien avec son Great Firewall. Politiquement ? C’est une autre histoire.

    Les obstacles à surmonter

    Soyons honnêtes : interdire Google créerait un tollé. Les utilisateurs hurleraient au scandale. Les entreprises dépendantes de l’écosystème Google seraient dans l’embarras. Sans parler des représailles commerciales américaines qui ne manqueraient pas de suivre.

    Mais regardons ce qui se passe ailleurs. La Chine a créé Baidu. La Russie pousse Yandex. Pourquoi la France, pays de Descartes et de l’esprit critique, serait-elle incapable de proposer une alternative ? Qwant existe déjà, même s’il reste embryonnaire. Avec un soutien politique fort et des investissements massifs, nous pourrions créer un écosystème numérique français.

    Le vrai obstacle n’est pas technique. Il est dans nos têtes. Nous avons intériorisé l’idée que Google est irremplaçable. C’est faux. Un moteur de recherche, ce n’est pas de la magie noire. C’est de la technologie. Et la France a les cerveaux pour créer cette technologie.

    La voie diplomatique : forcer la localisation des data centers

    Si l’interdiction pure et simple vous semble trop brutale, explorons une approche plus nuancée : obliger les géants du web à stocker les données des Français en France.

    L’idée est simple. Vous voulez opérer en France ? Parfait. Mais les données de nos citoyens restent sur notre sol, dans des data centers soumis à la législation française. Plus de transfert automatique vers les serveurs américains. Plus d’accès direct pour la NSA.

    Cette approche présente plusieurs avantages. D’abord, elle ne prive pas les Français de services qu’ils utilisent massivement. Ensuite, elle crée de l’emploi et de l’activité économique en France. Enfin, elle redonne à la justice française un pouvoir de contrôle sur ces données.

    Le précédent allemand

    L’Allemagne commence déjà à explorer cette voie. Suite aux révélations sur l’espionnage du téléphone d’Angela Merkel, nos voisins d’outre-Rhin réfléchissent sérieusement à imposer la localisation des données. Deutsche Telekom évoque même la création d’un « Internet européen » où les données circuleraient sans jamais quitter le continent.

    La France pourrait prendre le leadership sur ce dossier. Imaginez : une législation française stricte sur la localisation des données, adoptée ensuite au niveau européen. Ce serait un coup de maître diplomatique et un pas décisif vers la souveraineté numérique européenne.

    Bien sûr, les géants américains résisteront. Ils invoqueront les coûts, la complexité technique, la fragmentation d’Internet. Mais regardons la réalité : ces entreprises brassent des milliards. Construire des data centers en France ? C’est de l’argent de poche pour eux. La vraie raison de leur résistance, c’est qu’ils perdraient le contrôle total sur les données. Et ça, c’est précisément ce que nous recherchons.

    L’option offensive : développer nos propres capacités

    Parlons maintenant de la troisième option, celle dont personne n’ose parler ouvertement : développer nos propres capacités de renseignement numérique.

    Ne soyons pas naïfs. La France espionne aussi. La DGSE a ses propres programmes de surveillance. Mais comparés aux moyens de la NSA, nous jouons dans la cour des petits. Les révélations de Snowden montrent un fossé technologique béant entre les capacités américaines et les nôtres.

    Pour aligner la France sur les moyens américains, il faudrait un investissement massif. Des milliards d’euros. Des milliers d’ingénieurs. Des technologies de pointe développées dans le plus grand secret. Est-ce souhaitable ? Est-ce même possible ?

    Le dilemme éthique

    Développer de telles capacités pose un dilemme éthique majeur. Voulons-nous vraiment d’une France qui espionne massivement ses citoyens ? Qui intercepte toutes les communications ? Qui stocke indéfiniment toutes les données ?

    L’argument sécuritaire est tentant. « Si nous ne le faisons pas, d’autres le feront à notre place. » C’est vrai. Mais est-ce une raison suffisante pour sacrifier nos principes démocratiques sur l’autel de la surveillance généralisée ?

    Une approche plus mesurée consisterait à développer des capacités défensives. Des technologies pour protéger nos communications sensibles. Des systèmes pour détecter et contrer l’espionnage étranger. Des formations pour sensibiliser nos entreprises et nos citoyens aux risques numériques.

    Au-delà des solutions techniques : un enjeu de civilisation

    Ces trois options – interdiction, localisation, développement de capacités propres – ne sont pas mutuellement exclusives. La France pourrait, devrait même, les explorer toutes simultanément. Mais au-delà des aspects techniques et politiques, c’est un véritable choix de civilisation qui se pose à nous.

    Acceptons-nous de vivre dans un monde où chacun de nos clics est enregistré, analysé, stocké par une puissance étrangère ? Acceptons-nous que nos entreprises, nos chercheurs, nos politiques soient espionnés en permanence ? Acceptons-nous cette vassalisation numérique ?

    Les révélations de Snowden nous offrent une opportunité historique. Celle de prendre conscience de l’ampleur du problème. Celle de réagir avant qu’il ne soit trop tard. Car une fois que la surveillance totale sera normalisée, acceptée, intégrée dans nos vies, il sera infiniment plus difficile de faire marche arrière.

    L’Europe, notre meilleure chance

    La France seule ne peut pas gagner cette bataille. Mais l’Europe unie le peut. Avec ses 500 millions de citoyens, son poids économique, sa tradition démocratique, l’Europe a les moyens de dire non à la surveillance de masse américaine.

    Imaginez une législation européenne stricte sur la protection des données. Des alternatives européennes aux services américains. Des data centers européens protégés par le droit européen. Ce n’est pas de l’utopie. C’est un projet politique réalisable, pour peu qu’on s’en donne les moyens.

    Les lobbies s’y opposeront. Les États-Unis feront pression. Les défaitistes diront que c’est impossible. Mais l’histoire nous enseigne que les grandes avancées se font toujours contre l’avis des pessimistes.

    Alors oui, interdire Google peut sembler radical. Forcer la localisation des données peut paraître protectionniste. Développer nos propres capacités peut faire peur. Mais face à la surveillance de masse révélée par Snowden, les demi-mesures ne suffiront pas. Il est temps de choisir : la soumission ou la souveraineté. La surveillance ou la liberté. Le statu quo ou l’action.

    Le choix nous appartient. Mais il faut le faire maintenant, pendant que nous en avons encore la possibilité. Car dans quelques années, il sera peut-être trop tard. Les chaînes numériques seront trop solides. L’habitude de la surveillance trop ancrée. La dépendance aux services américains trop forte.

    Snowden nous a ouvert les yeux. À nous maintenant d’avoir le courage d’agir. Pour nous. Pour nos enfants. Pour l’idée même d’une société libre dans un monde numérique. Le temps presse. Qu’attendons-nous ?

    Pour aller plus loin

    • « The Snowden Files » de Luke Harding – Le livre de référence sur les révélations Snowden, publié par le Guardian
    • « No Place to Hide » de Glenn Greenwald – Le récit de première main du journaliste qui a révélé l’affaire
    • La Quadrature du Net – L’association française de défense des libertés numériques, ressource essentielle sur ces questions
    • « Surveillance Studies: A Reader » – Pour comprendre les enjeux théoriques de la surveillance de masse
    • Les auditions d’Edward Snowden au Parlement européen – Les documents officiels pour comprendre l’impact européen

    Sources et références

    • Documents Snowden publiés par The Guardian (juin-octobre 2013)
    • Révélations du Spiegel sur l’espionnage du téléphone de Merkel (octobre 2013)
    • Rapport de la CNIL sur les pratiques de Google (octobre 2013)
    • Déclarations de Deutsche Telekom sur l’Internet européen (octobre 2013)
    • Communications de la Commission européenne sur la protection des données (2013)

    Photo : Sebastian Kanczok / Unsplash

  • Démocratie en crise : quand le vote ne suffit plus
    Démocratie en crise : quand le vote ne suffit plus
    Les démocraties occidentales traversent une crise de légitimité sans précédent. De l’aveu d’impuissance d’Obama aux calculs politiciens français, en passant par les mirages du vote électronique, notre système représentatif montre ses limites.

    Quand Barack Obama lui-même admet que le système américain n’est « peut-être pas vraiment une véritable démocratie », on touche au cœur du malaise contemporain. Cette confession, impensable il y a encore dix ans, révèle l’ampleur de la crise qui traverse nos sociétés occidentales.

    Je ne peux m’empêcher de penser que nous assistons à un basculement historique. Les masques tombent. Les illusions se dissipent. Et ce qui reste n’est pas joli à voir.

    L’aveu d’impuissance américain

    Le système politique américain, longtemps présenté comme le modèle démocratique par excellence, craque de toutes parts. Les lobbies contrôlent le Congrès. Wall Street dicte sa loi. Les citoyens ordinaires n’ont plus voix au chapitre.

    Cette réalité, Obama la connaît depuis son arrivée à la Maison Blanche en 2009. Mais il aura fallu quatre ans pour qu’il commence à lever le voile. Pourquoi maintenant ? Parce que son second mandat lui donne une liberté de parole qu’il n’avait pas auparavant ? Ou parce que la situation est devenue si évidente qu’il ne peut plus faire semblant ?

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon une étude de Princeton de 2012, les préférences de l’Américain moyen n’ont qu’un impact « minuscule, proche de zéro » sur les politiques publiques. En revanche, les élites économiques et les groupes d’intérêts organisés obtiennent régulièrement ce qu’ils veulent.

    Bref. La démocratie américaine est devenue une oligarchie qui ne dit pas son nom.

    La France dans la spirale du cynisme

    Pendant ce temps, en France, François Hollande plonge dans les abysses de l’impopularité. Avec 26% d’opinions favorables, il bat tous les records. Et face à la mobilisation massive contre le mariage pour tous, certains imaginent déjà les pires scénarios.

    Reporter le vote à l’Assemblée nationale pour remonter dans les sondages ? L’idée peut paraître folle. Mais dans le contexte actuel, plus rien ne surprend. La politique est devenue un jeu de dupes où tous les coups sont permis.

    Ce qui frappe, c’est l’instrumentalisation permanente du processus démocratique. Le vote n’est plus l’expression de la volonté populaire. C’est devenu un outil de manipulation, un levier pour les calculs politiciens.

    Les manifestations se succèdent. Les Français descendent dans la rue par centaines de milliers. Mais le pouvoir reste sourd. Pire, il envisage de contourner l’obstacle par des manœuvres dilatoires.

    Les symptômes d’une déconnexion profonde

    Cette déconnexion entre les élites et le peuple n’est pas nouvelle. Mais elle atteint aujourd’hui des sommets inégalés :

    • Les promesses électorales sont systématiquement trahies
    • Les consultations populaires sont ignorées (référendum de 2005)
    • Les alternances politiques ne changent rien aux politiques menées
    • Les médias mainstream relaient la pensée unique

    Face à ce constat, la défiance s’installe. Et avec elle, la tentation du repli, de l’abstention, voire de la violence.

    Le mirage technologique du vote électronique

    Dans ce contexte de crise démocratique, certains voient dans la technologie une planche de salut. Le vote électronique serait la solution miracle pour restaurer la confiance et moderniser nos institutions.

    J’entends déjà les arguments : transparence accrue, résultats instantanés, économies budgétaires, participation facilitée… Sur le papier, c’est séduisant. Dans la réalité, c’est une autre histoire.

    Le vote électronique soulève des questions fondamentales que ses promoteurs préfèrent éluder. Comment garantir le secret du vote ? Comment s’assurer de l’intégrité du processus ? Comment empêcher les manipulations ?

    Les conditions d’un vote électronique acceptable

    Si l’on devait envisager sérieusement cette option, il faudrait au minimum :

    • Un identifiant unique délivré par l’institution publique
    • Un système de contrôle transparent et vérifiable
    • Un code source ouvert et auditable
    • Des garanties constitutionnelles sur la protection des données
    • Une autorité indépendante de supervision

    Mais même avec toutes ces précautions, le risque zéro n’existe pas. Les exemples étrangers sont édifiants. Aux Pays-Bas, le vote électronique a été abandonné en 2008 après avoir constaté des failles béantes. En Allemagne, la Cour constitutionnelle l’a jugé anticonstitutionnel en 2009.

    Le problème fondamental reste le même : dans un système électronique, le citoyen perd tout contrôle sur le processus. Il doit faire confiance aveuglément à la machine et à ceux qui la contrôlent.

    Repenser la démocratie au-delà du vote

    La vraie question n’est peut-être pas de savoir comment voter, mais pourquoi voter. Si le système est verrouillé, si les dés sont pipés, à quoi bon participer à la mascarade ?

    Cette interrogation, de plus en plus de citoyens se la posent. Et l’abstention progresse élection après élection. Non pas par désintérêt, mais par lucidité.

    Il est temps de repenser notre conception de la démocratie. Le vote tous les cinq ans ne suffit plus. Il faut imaginer de nouvelles formes de participation citoyenne :

    • Référendums d’initiative populaire
    • Jurys citoyens tirés au sort
    • Budgets participatifs locaux
    • Droit de révocation des élus
    • Transparence totale des décisions publiques

    Ces pistes existent. Certaines sont expérimentées ici ou là. Mais elles se heurtent à la résistance farouche de ceux qui profitent du système actuel.

    La bataille pour le contrôle démocratique

    Car ne nous y trompons pas. Derrière les débats techniques sur le vote se cache une bataille féroce pour le contrôle du pouvoir. Les oligarchies en place n’ont aucun intérêt à voir émerger une vraie démocratie.

    Elles préfèrent maintenir l’illusion démocratique. Un théâtre d’ombres où les citoyens croient choisir alors qu’ils ne font qu’avaliser des décisions prises ailleurs.

    Cette bataille ne fait que commencer. D’un côté, des élites de plus en plus déconnectées et autoritaires. De l’autre, des peuples qui prennent conscience de leur dépossession.

    Conclusion : l’urgence d’agir

    Nous sommes à la croisée des chemins. Soit nous acceptons la dérive oligarchique et nous renonçons à nos idéaux démocratiques. Soit nous nous battons pour reconquérir le pouvoir qui nous a été confisqué.

    Cette reconquête ne passera pas par les urnes traditionnelles. Le système est trop verrouillé. Elle passera par la mobilisation citoyenne, l’innovation démocratique, la résistance aux manipulations.

    Le vote reste un outil. Mais ce n’est qu’un outil parmi d’autres. Et si nous voulons vraiment changer les choses, il faudra en inventer de nouveaux.

    La question n’est plus de savoir si notre système est vraiment démocratique. Obama lui-même a tranché. La question est : qu’allons-nous faire pour qu’il le devienne enfin ?

    Pour aller plus loin

    • « La Démocratie en Amérique » d’Alexis de Tocqueville – Pour comprendre les racines historiques de la crise démocratique américaine
    • « Le Contrat Social » de Jean-Jacques Rousseau – Les fondements philosophiques de la souveraineté populaire
    • « La Contre-démocratie » de Pierre Rosanvallon (2006) – Une analyse des nouvelles formes de participation citoyenne
    • Les travaux du Conseil de l’Europe sur la démocratie électronique – Pour une approche critique du vote électronique

    Sources et références

    • Étude de Princeton sur l’influence politique aux États-Unis (2012)
    • Décision de la Cour constitutionnelle allemande sur le vote électronique (2009)
    • Rapport du gouvernement néerlandais sur l’abandon du vote électronique (2008)
    • Baromètres d’opinion sur la popularité de François Hollande (avril 2013)

    Photo : Dmitrii Vaccinium / Unsplash

  • L’étrange « hélicoptère » crashé pendant l’opération « Geronimo » (« Kill Ben Laden »)

    Alors que tous les journalistes de la terre entière relaient la version officielle sur la mort de Ben Laden, comme ils le font avec la version officielle du 11 Septembre, personne ne s’intéresse à ce qui passe comme l’anecdote de l’opération: l’un des hélicoptères d’assaut se serait crashé dans le jardin de la villa de Ben Laden.

    Des photos en haute définition ont été « vendues » à Reuters par des pakistanais témoins sur place, l’agence les a diffusé au grand public.

    Des spécialistes en matériels militaires et des observateurs indépendants s’interrogent sur la nature de l’appareil non identifié, bien que ressemblant à un hélicoptère.

    En effet, il apparaît que les « gros morceaux » de ce qui reste de l’appareil, notamment la queue de l’appareil, ne semblent appartenir à aucun hélicoptère connu à ce jour.

    De toute évidence, la technologie utilisée par ce qui semble être le rotor arrière ne correspond à rien de ce qui existe sur les appareils même les plus modernes, que ce soit aux USA ou ailleurs.

    Mieux encore, aucun rivet n’est apparent, tout est lisse, les matériaux utilisés n’ont pas les caractéristiques des métaux constituant de tels appareils volants, mais font penser aux technologies « stealth » (appareil furtif, le rendant indétectable).

    Pourtant, le dernier programme d’hélicoptère furtif aux USA (le RAH-66 « Comanche ») a été abandonné en… 2004 et de toute manière, la partie arrière ne ressemblait absolument pas à ce qui a été vu au Pakistan chez Ben Laden.

    Du coup, les experts s’interrogent, c’est évident qu’un appareil militaire non identifié a été utilisé pour l’opération clandestine au Pakistan. Le matériel a été partiellement détruit par les militaires avant leur départ, assez maladroitement pour laisser sur place de gros débris (derrière le fameux mur de « 4 mètres » qui encerclait la villa).

    De quoi s’agissait-il, et quelles technologies étaient mises en œuvre?

    On sait que les USA développent des équipements militaires au travers de programmes secrets, ont-il mis au point un gros « hélicoptère » éligible au « transport de troupes » totalement furtif leur permettant d’opérer des actions clandestines de nuit partout sur la planète?

    Si c’est le cas, c’est une énorme affaire, car le pays qui dispose de moyens furtifs pour projeter hommes et équipements sur le terrain des adversaires, de faire ses petites affaires et de revenir à la base ni vu ni connu, c’est quand même l’avantage ultime et incontestablement rêvé de toute armée qui se respecte.

  • Le vote électronique débarque en cachette pour les présidentielles

    Le 22 avril 2007, près d’un million de concitoyens vont être obligés d’utiliser une « machine à voter électronique » pour choisir leur Président de la République, c’est une première en France.

    Des informaticiens se regroupent pour crier garde : « le vote électronique est potentiellement une énorme arnaque » car selon eux, le risque de fraude est ahurissant, sans que personne ne puisse ni s’en rendre compte ni rien vérifier.

    Outre la possibilité de « pirater » ou « trafiquer » le système et les résultats, le contrôle par les citoyens pendant ou après les votes est strictement impossible, à plus forte raison pour des non-initiés.

    J’avais déjà mis en garde par le passé tous ceux qui voulaient bien m’entendre à ce sujet en leur expliquant comment on pourrait très facilement envisager la « manipulation » des votes sur une machine à voter électronique, ayant moi même une longue expérience informatique et une vision éclairée sur la question des risques informatiques et de la sécurité informatique.

    Un informaticien hollandais (qui est également hacker politiquement engagé à ses heures perdues) a démontré que la machine à voter électronique de la même marque que celle qui sera utilisée en France (homologuée par le Ministère de l’Intérieur) est facilement piratable.

    C’est dramatique de s’en rendre compte à deux mois des élections, d’autant que le déploiement des machines à voter électronique en France est silencieux et se généralise, sans la moindre réflexion de fond.

  • Et si le commerce électronique était un vecteur de déclin économique?

    Les indicateurs sont au vert et la tendance est à l’optimisme dans le secteur du « e-business ». Les marchands en ligne se frottent les mains, leur chiffre d’affaire double tous les ans depuis 2001. Pourtant des doutes nombreux pesaient sur eux après l’effondrement cauchemardesque de la fameuse « bulle spéculative boursière des valeurs technologiques ». Les internautes, qui pour la moitié ont effectué au moins un achat en ligne en 2005, découvrent un moyen fort pratique d’acheter des marchandises ou des services, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, et à des tarifs qui semblent plus compétitifs que dans le commerce traditionnel. Les banques se réjouissent également, leurs flux électroniques augmentent, d’autant que leur traitement est moins coûteux, et les risques sont finalement moins importants que prévus compte tenu du volume, risques qui sont par ailleurs de mieux en mieux maîtrisés par l’ensemble des intervenants, vendeurs et acheteurs.

    A priori, tout irait pour le mieux, dans le meilleur des mondes, et pourvu que ça continu, pense-t-on. Les gouvernements n’hésitent pas à abonder dans ce sens.

    En effet, l’internet commercial a tout pour plaire, tout le monde s’y retrouve. Les consommateurs naviguent sur des sites marchands, qui sont en réalité des catalogues électroniques, à partir desquels ils peuvent commander tout ce dont ils rêvent en payant par carte bancaire, les marchands électroniques profitent de l’engouement récent pour ce nouveau mode de consommation et développent leurs affaires, et les banquiers ponctionnent leur commission non négligeable de l’ordre de 0,4 à 2% sur chaque transaction bancaire, en n’ayant presque rien à faire en contrepartie.

    Mais voilà que derrière ce portrait d’une apparente et très prometteuse nouvelle ère internet en plein essor se dessinent des aspects quelque peu perturbants pour celui qui s’y intéresse d’un peu plus près.

    Qui sont les marchands sur l’internet? Beaucoup de petits commerçants pas encore rentables qui développent des activités de quelques milliers d’euros par mois en ligne mais surtout un petit nombre de gros-faiseurs, qui se partagent 80% des parts de marché du commerce électronique. Des mastodontes de la vente en ligne, parfois nationaux, parfois continentaux, parfois internationaux qui font beaucoup parler d’eux dans les médias, et qui gesticulent aussi et surtout en bourse en faisant des vagues à coups de dizaines de millions de dollars ou d’euros.

    Tous ces marchands sont devenus (ou étaient déjà) des spécialistes par nature de la vente par correspondance, la classique et très controversée « VPC », désormais à la mode internet. La distribution directe, en d’autres termes, qui fait depuis longtemps concurrence aux réseaux de distribution traditionnels. Ces structures, pour les plus opérationnelles d’entre-elles, et elles tendent toutes à devenir hyper-opérationnelles, bénéficient de systèmes d’informations et de processus d’automatisation poussés à l’extrême grâce au « tout numérique », depuis l’avant-vente jusqu’à l’après-vente en passant par les services commerciaux, les services clients, l’acquisition des commandes, le traitement administratif dématérialisé, etc. Leurs plateformes commerciales et logistiques ont la capacité de traiter d’immenses quantités de commandes, avec finalement relativement peu d’infrastructures, et très peu de moyens, techniques ou humains.

    Certains sites marchands communiquent sur le fait qu’ils gèrent 1000, pour d’autres 5000 commandes par jour en période d’euphorie, et quelques dizaines de préparateurs de commande ou d’employés au picking suffisent. Effectivement, il ne faut pas hésiter à le souligner, le commerce électronique emploi relativement peu de monde, par rapport aux volumes traités. Combien faudrait-il d’employés dans un commerce traditionnel pour gérer 1000 achats quotidiens, et quelle infrastructure faudrait-il? Sûrement pas moins de 30 personnes comme dans une structure de vente directe qui aurait ce volume de business. L’optimisation et l’automatisation sont des éléments très présents chez les marchands électroniques, y compris au travers des ressources humaines.

    L’un des facteurs stratégiques qui fait que le commerce électronique, et plus largement la vente directe par l’internet, a le vent en poupe, c’est le paramètre prix. En effet, si les consommateurs achètent sur l’internet, c’est d’abord parce qu’ils ont le sentiment d’avoir accès à des tarifs plus avantageux que dans les magasins traditionnels.

    Le mécanisme est désormais connu, les consommateurs utilisent les magasins traditionnels et les réseaux traditionnels pour choisir le produit qu’ils veulent acheter, pour le voir physiquement, pour l’évaluer ou le toucher, pour obtenir les conseils de vendeurs, puis rentrent chez eux comparer les prix sur l’internet, et une fois leur choix arrêté, ils passent à la caisse, en ligne, et généralement auprès de l’un ou l’autre des poids lourds du secteur concerné.

    Bien souvent, les marchands électroniques utilisent indirectement, mais de manière parfaitement consciente, leurs concurrents (ou partenaires dans le cas de relation revendeur/fabricant) au travers des réseaux de distribution traditionnels comme de simples « show-room », bien malgré eux, et bien entendu sans jamais leur faire profiter des retombées commerciales.

    La stratégie de l’écrasement des prix, qui peut sembler profitable aux consommateurs, a pour conséquence de diminuer considérablement les marges brutes. Parallèlement, il faut évoquer la suppression des intermédiaires, qui est bien souvent le seul moyen pour parvenir à baisser les prix. Tout ceci conduit à l’effondrement progressif des réseaux de distribution traditionnels qui vivent des marges d’activité, et qui emploient des centaines de milliers de gens rien qu’en France.

    Comprimer un prix, revient à supprimer de la marge brute, et des intermédiaires, donc de l’emploi, donc du service, et de rogner sur la qualité. Rien ne permet d’affirmer que cette façon d’envisager une économie moderne soit la panacée, bien au contraire, et nous tomberons probablement tous d’accord là dessus. Au final, même si l’individu a gagné quelques pourcents sur son prix d’achat, c’est toute l’économie globale qui en paiera les erreurs. En outre, rien ne permet de garantir la pérennité des réseaux traditionnels face à la toute puissance de la vente directe sur l’internet, qui fait de l’écrasement des prix sa stratégie de conquête.

    De plus en plus, les marchands électroniques sont des semi-grossistes, des grossistes, voire même des fabricants, qui étouffent ou annihilent les réseaux de distribution traditionnels, en leur faisant une concurrence déloyale éhontée. En effet, pouvons-nous trouver normal que des grossistes vendent en direct (ou indirectement par le biais d’enseignes leur appartenant) par l’internet à des clients finaux à des prix inférieurs à ceux qu’ils offrent à leurs revendeurs? Pouvons-nous trouver normal que des fabricants d’ordinateurs vendent leurs équipements à des clients finaux à des prix inférieurs à ceux que leurs propres distributeurs peuvent pratiquer? Pouvons-nous trouver normal que des voyagistes vendent des billets électroniques en direct à des prix plus compétitifs que les mêmes vendus par des agences de voyage?

    Les innombrables revendeurs ou distributeurs qui sont autant d’innombrables P.M.E. ou T.P.E., qui se fournissent généralement à des tarifs plus élevés, ou quand ils ont de la chance aux mêmes conditions que les prix de vente des mastodontes de la distribution directe ne peuvent plus vivre de leur marge d’activité, puisque les repères des consommateurs sont les prix pratiqués par ceux qui tiennent le marché sur l’internet.

    Par conséquent, les distributeurs indirects, les commerçants traditionnels, les petits commerçants en ligne auront tendance naturellement à « maigrir » économiquement, puis progressivement disparaître naturellement en laissant leur place aux acteurs majeurs de la vente directe sur l’internet, qui ont une soif de développement exponentiel, et les moyens de leurs ambitions.

    La compression des prix de vente directe, la centralisation des activités de commerce et la suppression des intermédiaires supprime de l’emploi qualitatif, du service de proximité, c’est indéniable. N’attendons pas de l’internet commercial qu’il nous apporte du bien être à moyen terme, mais plutôt un formatage de notre manière de consommer, encadré strictement par un mode opératoire bien déterminé, qui va déchanter dans bien des domaines, pas tous, certes, mais dans de nombreux domaines où l’internet sera inévitable.

    Je le dis souvent, même si par ailleurs j’ai été un des pionniers dans la vente en ligne dès 1996, et que je continue à y consacrer une grande partie de mon énergie, pour moi les sites marchands ne sont rien d’autre que des distributeurs automatiques de marchandises ou de services à domicile, à travers l’écran de son ordinateur, et il ne faut pas attendre grand chose de plus de la plupart de ceux qui occupent tout l’écran, sauf à de rares exceptions.

    L’autre inquiétude grandissante concerne l’émergence et la progression de ce qu’on appelle le « C to C », le « consumer to consumer », le commerce entre particuliers, qui échappe totalement aux réseaux professionnels, totalement défiscalisé, puisque les particuliers vendent entre particuliers, sans encadrement juridique, et hors contrôle gouvernemental. Qui peut dire si ce « troc » fera ou non du mal aux entreprises commerciales? Moi je pense humblement pouvoir affirmer qu’il en fera, d’ailleurs vous penserez sûrement pareil en y réfléchissant bien.

    Pour ne pas sombrer dans le pessimisme, je pense qu’il faudrait prendre certaines mesures urgentes, comme empêcher les fabricants de vendre sur l’internet en direct sans intermédiaires à des conditions de prix déloyales par rapport aux réseaux traditionnels, et interdire aux grossistes de vendre aux clients finaux sans leurs intermédiaires historiques, qui sont les distributeurs et autres revendeurs par vocation.

    Plutôt que de se lancer dans la vente directe, que les fabricants et grossistes travaillent plutôt sur des systèmes qui permettraient aux revendeurs et aux distributeurs de passer leurs commandes par l’internet, en leur garantissant une marge d’activité cohérente, qu’ils aident à renforcer leurs réseaux de distribution, et que les commerçants nombreux, petits ou grands soient les véritables interlocuteurs au service des consommateurs. Que les marges brutes des intermédiaires soient préservées et protégées. Rappelons-nous que chaque intermédiaire est une structure commerciale qui génère de l’emploi, et donc du pouvoir d’achat, qui fait tourner l’économie.

    Avec l’internet commercial tel qu’il se dessine, nous assistons à ce que j’appelle la « convergence économique globale » (que d’autres appelleront également la « mondialisation »), de moins en moins d’interlocuteurs, qui vendent de plus en plus de marchandise et de moins en moins cher, avec de moins en moins de marge, de plus en plus de manière automatisée, avec de moins en moins de services, avec de moins en moins d’infrastructures, de manière de plus en plus centralisée, et avec de moins en moins de personnels humains, pour générer de plus en plus de gains mais profitant à de moins en moins de personnes.