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  • Twitter X est le dernier bastion de l’information en temps de crise
    Twitter X est le dernier bastion de l’information en temps de crise
    Alors que des événements majeurs secouent la France, seule une minorité de citoyens connectés à Twitter accède à l’information en temps réel. Les médias traditionnels, eux, semblent naviguer entre prudence éditoriale et contrôle de l’information, créant une fracture informationnelle sans précédent.

    Je regarde mon fil Twitter ce 29 juin 2023, et je constate quelque chose d’absolument sidérant. D’un côté, des dizaines de vidéos, de témoignages, d’informations en temps réel sur ce qui se passe dans nos villes. De l’autre, quand j’allume ma télévision ou que je parcours les sites des grands médias, c’est le silence radio ou presque. Comment en sommes-nous arrivés là ?

    Le paradoxe de l’information à l’ère des réseaux sociaux

    Nous vivons un moment historique dans le traitement de l’information. Pour la première fois, nous assistons à une inversion complète du flux informationnel. Ce ne sont plus les journalistes professionnels qui informent le public, mais le public qui informe… les journalistes. Et encore, quand ces derniers daignent s’y intéresser.

    Au moins quatre médias internationaux couvrent actuellement les événements en France, en arabe, en anglais, en espagnol et en français. Pendant ce temps, nos chaînes nationales semblent jouer la carte de la minimisation. Étrange, non ? Ou plutôt, révélateur d’un système médiatique qui a perdu le contact avec sa mission première : informer.

    L’immense majorité des Français n’est pas sur Twitter. C’est un fait. Et donc, cette majorité ne sait pas ce qui se passe réellement dans le pays. Elle n’a aucune idée de l’ampleur des événements. Seuls les utilisateurs de Twitter disposent d’un maximum d’informations en temps réel. Nous sommes face à une fracture informationnelle qui divise la population en deux catégories : les informés et les désinformés par omission.

    La mécanique du contrôle médiatique

    Toute la propagande qui passe par le mainstream est contrôlée en France. C’est une évidence que beaucoup refusent encore d’admettre. Il est impensable, pour ceux qui contrôlent le traitement médiatique, que les grands médias diffusent en boucle la situation réelle. Pourquoi ? Parce que l’information non contrôlée est dangereuse pour le pouvoir en place.

    Cette mécanique n’est pas nouvelle. Elle s’appuie sur plusieurs leviers :

    • La concentration des médias entre les mains de quelques groupes industriels
    • La dépendance aux subventions publiques et à la publicité
    • L’autocensure des journalistes par peur de perdre leur emploi
    • La proximité incestueuse entre le monde politique et médiatique

    Le résultat ? Une information aseptisée, filtrée, qui ne reflète plus la réalité du terrain mais la vision que le pouvoir souhaite en donner.

    Twitter : de réseau social à agence de presse citoyenne

    Face à cette défaillance du journalisme traditionnel, Twitter est devenu de facto une agence de presse citoyenne. Chaque utilisateur devient un reporter potentiel, armé de son smartphone. Les vidéos circulent, les témoignages s’accumulent, les informations se recoupent.

    Bien sûr, tout n’est pas parfait. Les fake news existent, les manipulations aussi. Mais la multiplicité des sources permet un recoupement que les médias traditionnels, dans leur tour d’ivoire, ne peuvent plus assurer. La vérité émerge de la confrontation des points de vue, pas de la voix unique d’un présentateur de JT.

    Ce phénomène révèle aussi une mutation profonde du rapport à l’information. Nous sommes passés d’une consommation passive à une participation active. Les citoyens ne veulent plus qu’on leur raconte l’actualité, ils veulent la vivre, la documenter, la partager.

    Les conséquences d’une société à deux vitesses informationnelles

    Cette fracture informationnelle n’est pas sans conséquences. Elle crée deux France qui ne vivent plus dans la même réalité :

    • D’un côté, les connectés qui ont accès à l’information brute, non filtrée, en temps réel
    • De l’autre, ceux qui dépendent des médias traditionnels et vivent dans une bulle informationnelle contrôlée

    Cette situation est explosive. Comment peut-on avoir un débat démocratique sain quand les citoyens n’ont pas accès aux mêmes informations ? Comment peut-on prendre des décisions éclairées quand la réalité est cachée ou minimisée ?

    Plus inquiétant encore : cette fracture recoupe souvent des fractures sociales, générationnelles et territoriales. Les jeunes urbains connectés d’un côté, les seniors ruraux dépendants de la télévision de l’autre. Deux mondes qui ne se comprennent plus car ils ne voient pas la même réalité.

    Le journalisme français à la croisée des chemins

    Face à cette situation, le journalisme français se trouve à un moment charnière. Soit il continue sur sa lancée actuelle et finira par perdre totalement la confiance du public. Soit il se réinvente, retrouve son indépendance et sa mission d’information.

    Quelques pistes pour cette réinvention nécessaire :

    • Retrouver l’indépendance financière vis-à-vis des pouvoirs économiques et politiques
    • Renouer avec le journalisme de terrain, d’investigation, de proximité
    • Intégrer les citoyens-reporters comme sources légitimes d’information
    • Assumer la confrontation des points de vue plutôt que de chercher le consensus mou
    • Développer des formats adaptés aux nouvelles pratiques de consommation de l’information

    Certains journalistes indépendants montrent la voie. Ils utilisent les réseaux sociaux non pas comme un concurrent mais comme un outil complémentaire. Ils vont sur le terrain, vérifient, recoupent, contextualisent. Ils font, en somme, leur métier.

    Vers une démocratisation radicale de l’information ?

    Ce que nous vivons actuellement pourrait bien être les prémices d’une révolution informationnelle majeure. La technologie a mis entre les mains de chaque citoyen les outils pour devenir un média. Cette démocratisation radicale de l’information remet en cause le monopole historique des journalistes professionnels.

    Est-ce une bonne chose ? Comme toute révolution, elle comporte des risques et des opportunités. Le risque principal est la désinformation, la manipulation, la polarisation des opinions. L’opportunité, c’est de briser enfin le carcan du contrôle médiatique et de permettre l’émergence d’une information vraiment plurielle.

    Pour que cette révolution soit positive, il faut que les citoyens développent leur esprit critique, apprennent à vérifier les sources, à recouper les informations. C’est un apprentissage nécessaire dans ce nouveau monde informationnel.

    « Seuls les gens sur Twitter disposent d’un maximum d’informations en temps réel. »

    Cette phrase résume parfaitement le paradoxe actuel. Dans un pays qui se targue d’avoir une presse libre et diversifiée, c’est sur un réseau social américain que les citoyens doivent aller chercher l’information sur ce qui se passe dans leurs propres villes. N’est-ce pas le signe d’une faillite profonde de notre système médiatique ?

    L’avenir nous dira si cette situation est temporaire ou si elle marque le début d’une nouvelle ère. Une chose est sûre : le journalisme tel que nous l’avons connu est mort. Reste à savoir ce qui le remplacera. Un journalisme citoyen anarchique mais vivant ? Un contrôle encore plus strict de l’information ? Ou, espérons-le, une synthèse vertueuse entre professionnalisme journalistique et participation citoyenne ?

    En attendant, je continue de scruter mon fil Twitter. Car c’est là, et nulle part ailleurs, que je trouve l’information dont j’ai besoin pour comprendre ce qui se passe dans mon pays. Triste époque pour le journalisme français. Mais peut-être l’aube d’une nouvelle ère pour l’information citoyenne.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Swello / Unsplash

  • Titan : les questions techniques et procédurales que personne ne pose
    Titan : les questions techniques et procédurales que personne ne pose
    La tragédie du submersible Titan révèle des lacunes troublantes dans la conception technique de l’engin et soulève des questions sur la transparence des procédures d’embarquement. L’absence de système de décompression visible et la rapidité de découverte des débris interrogent sur les véritables circonstances de cette expédition touristique vers l’épave du Titanic.

    La disparition du submersible Titan le 18 juin 2023 lors d’une expédition touristique vers l’épave du Titanic a captivé l’attention mondiale. Mais au-delà de l’émotion légitime face à cette tragédie, certaines questions techniques et procédurales méritent qu’on s’y attarde plus longuement.

    Quand j’ai appris qu’une expédition de milliardaires partait visiter l’épave du Titanic par 3800 mètres de fond, je me suis naturellement attendu à voir un engin de haute technologie. Un submersible capable de résister à des pressions de près de 380 fois la pression atmosphérique, équipé des systèmes de sécurité les plus avancés.

    Ce que j’ai découvert m’a profondément interpellé.

    Un submersible aux spécifications troublantes

    Le Titan d’OceanGate mesurait 6,7 mètres de long pour 2,8 mètres de large et pesait environ 10 tonnes. Sa coque était constituée d’un assemblage hybride : titane pour les extrémités, fibre de carbone pour le cylindre central. Un choix technique déjà controversé dans la communauté des ingénieurs navals.

    À 3800 mètres de profondeur, la pression atteint 38 MPa, soit 380 bars. Pour donner une idée de cette pression phénoménale : elle équivaut au poids d’une tour Eiffel posée sur chaque mètre carré de surface.

    Les submersibles habités opérant à de telles profondeurs sont traditionnellement construits avec des coques sphériques en titane ou en acier haute résistance. La géométrie sphérique répartit uniformément les contraintes, tandis que les matériaux métalliques offrent une résistance et une prévisibilité éprouvées.

    Le choix d’OceanGate de combiner titane et fibre de carbone dans une géométrie cylindrique posait déjà des défis considérables. Les coefficients de dilatation différents entre ces matériaux créent des points de contrainte lors des cycles de compression-décompression.

    L’énigme du système de décompression

    Un aspect me frappe particulièrement dans cette affaire : l’absence totale de discussion sur le système de gestion de la pression interne et les procédures de décompression.

    Dans la plongée sous-marine classique, la remontée depuis de grandes profondeurs nécessite des paliers de décompression stricts. À 40 mètres de fond déjà, un plongeur doit respecter des paliers pour éviter l’accident de décompression, potentiellement mortel.

    Pour un submersible descendant à 3800 mètres, la question de la gestion atmosphérique devient cruciale. Comment la pression interne était-elle maintenue ? Existait-il un système de décompression progressive ? Les photos disponibles du Titan ne montrent aucun équipement visible de ce type.

    Les submersibles professionnels utilisent généralement des systèmes sophistiqués : réservoirs d’air comprimé, régulateurs de pression, systèmes de purification de l’atmosphère, capteurs de surveillance continue. Ces équipements sont vitaux non seulement pour la descente et la remontée, mais aussi pour maintenir une atmosphère respirable pendant plusieurs heures.

    L’intérieur du Titan, d’après les images diffusées, ressemblait davantage à un camping-car spartiate qu’à un laboratoire sous-marin de haute technologie.

    Des procédures d’embarquement dans l’ombre

    Un autre aspect troublant concerne le manque total de transparence sur les procédures d’embarquement des cinq passagers.

    Dans l’aéronautique commerciale, chaque vol fait l’objet d’une documentation exhaustive : plan de vol, vérifications pré-vol, enregistrement des passagers, procédures de sécurité. Cette traçabilité n’existe pas seulement pour des raisons administratives, mais constitue un élément fondamental de la sécurité.

    Pour une expédition à 3800 mètres de profondeur, on pourrait s’attendre à des protocoles encore plus rigoureux. Pourtant, nous n’avons accès à aucune image, aucune vidéo, aucun document sur l’embarquement du 18 juin 2023.

    Cette absence interpelle d’autant plus que l’expédition était présentée comme un événement exclusif facturé 250 000 dollars par passager. À ce tarif, on imagine naturellement une documentation complète de l’expérience.

    Les questions se multiplient : les passagers ont-ils reçu une formation spécifique ? Des consignes de sécurité ont-elles été dispensées ? Le submersible a-t-il fait l’objet de vérifications pré-plongée documentées ?

    Une découverte de débris étonnamment rapide

    La rapidité avec laquelle les débris du Titan ont été localisés soulève également des interrogations légitimes.

    L’océan Atlantique Nord, à 3800 mètres de profondeur, représente un environnement d’une complexité extrême pour les recherches. Les courants profonds, l’obscurité totale, le relief accidenté du fond marin rendent toute opération de recherche particulièrement ardue.

    Historiquement, la localisation d’épaves en grande profondeur nécessite des moyens considérables et des durées importantes. L’épave du Titanic elle-même n’a été découverte qu’en 1985, soit 73 ans après le naufrage, malgré de nombreuses expéditions de recherche.

    Les débris du Titan ont été identifiés le 22 juin, soit quatre jours après la perte de contact. Cette efficacité, bien que remarquable sur le plan technique, interroge sur les moyens déployés et la précision des zones de recherche.

    Les robots sous-marins utilisés, des ROV (Remotely Operated Vehicles), nécessitent des navires-supports équipés de systèmes de positionnement dynamique et de treuils capables de déployer plusieurs kilomètres de câbles. La coordination de ces moyens en si peu de temps témoigne d’une logistique impressionnante.

    Les zones d’ombre d’une industrie naissante

    L’affaire Titan révèle les limites d’une industrie du tourisme sous-marin de haute profondeur encore balbutiante et largement autorégulée.

    Contrairement à l’aviation commerciale, soumise à des réglementations internationales strictes, le tourisme sous-marin en eaux internationales évolue dans un vide juridique relatif. Les certifications, quand elles existent, relèvent souvent d’organismes privés aux standards variables.

    OceanGate avait fait le choix de ne pas certifier le Titan auprès d’organismes comme l’American Bureau of Shipping ou Det Norske Veritas, arguant que ces procédures freineraient l’innovation. Une position qui, rétrospectivement, interroge sur l’équilibre entre innovation et sécurité.

    Cette autorégulation pose des questions fondamentales : qui contrôle la sécurité de ces expéditions ? Quels standards techniques s’appliquent ? Comment protéger des clients qui paient des sommes considérables pour des expériences aux risques mal évalués ?

    Les leçons d’une tragédie annoncée ?

    Plusieurs experts de l’industrie sous-marine avaient exprimé leurs réserves sur le concept du Titan avant même cette expédition fatale.

    En 2018, plus de 30 experts de l’industrie avaient signé une lettre adressée à OceanGate, exprimant leurs préoccupations sur l’approche « expérimentale » de la société. Ils pointaient notamment les risques liés aux matériaux composites en grande profondeur et l’absence de certification indépendante.

    Ces alertes n’ont manifestement pas été entendues. Ou plutôt, elles ont été balayées au nom de l’innovation et de la disruption d’une industrie jugée trop conservatrice.

    Cette tragédie soulève une question plus large : dans notre société fascinée par l’innovation et la disruption, jusqu’où peut-on repousser les limites de la sécurité au nom du progrès ?

    Les réglementations et certifications, souvent perçues comme des freins à l’innovation, constituent en réalité le fruit d’années d’expérience et d’accidents. Elles ne sont pas des obstacles au progrès, mais les fondations sur lesquelles construire une innovation responsable.

    Trop d’éléments restent dans l’ombre pour considérer ce dossier comme clos. Les familles des victimes, comme la communauté scientifique et industrielle, méritent des réponses complètes sur les circonstances techniques et procédurales de cette tragédie.

    Car au-delà de l’émotion légitime, c’est la crédibilité de toute une industrie naissante qui se joue dans la transparence de cette enquête.

    Sources et références

    Pour aller plus loin

    Photo : NOAA / Unsplash

  • « L’intelligence artificielle » n’existe pas, pourquoi je refuse cette imposture technologique
    « L’intelligence artificielle » n’existe pas, pourquoi je refuse cette imposture technologique
    L’intelligence artificielle telle qu’on nous la présente aujourd’hui n’existe pas. Ce ne sont que des algorithmes, parfois sophistiqués, mais toujours dépourvus de la moindre intelligence réelle. Un développeur qui a créé son premier système conversationnel en 1986 décrypte l’imposture.

    Je suis un gros nul en intelligence artificielle.

    Voilà, c’est dit. Après 37 ans à développer des systèmes conversationnels, des moteurs d’inférence et ce qu’on appelle aujourd’hui pompeusement des « IA », je peux enfin l’avouer : je n’ai jamais créé la moindre intelligence. Juste des algorithmes. Des lignes de code qui simulent, qui imitent, qui donnent l’illusion. Mais jamais qui pensent.

    Cette confession n’est pas un aveu de faiblesse. C’est un cri d’alarme face à l’imposture technologique la plus massive de notre époque.

    Mon premier « ChatGPT » tournait sur Amstrad en 1986

    Laissez-moi vous raconter une anecdote. En 1986, j’ai développé mon premier logiciel conversationnel. Un programme qui tournait sur Amstrad CPC, avec ses 64 Ko de mémoire vive. Ce système était déjà capable de tenir une conversation, de répondre à des questions, d’apprendre de ses interactions. On appelait ça un « système expert » à l’époque.

    Deux ans plus tard, en 1988, je créais un logiciel d’aide au diagnostic médical d’urgence. Il posait des questions, analysait les symptômes, proposait des diagnostics probables. Les médecins étaient bluffés. « C’est magique ! » disaient-ils. Non, c’était juste un arbre de décision sophistiqué avec une base de connaissances médicales.

    Vous savez quoi ? Fondamentalement, ChatGPT ne fait rien de plus. Oh bien sûr, il a accès à des milliards de paramètres au lieu de mes quelques milliers. Il tourne sur des serveurs surpuissants au lieu d’un ordinateur 8 bits. Mais le principe reste le même : pattern matching, statistiques, probabilités. Pas d’intelligence.

    La seule vraie différence ? Le marketing.

    L’affaire du petit Grégory ou comment l’IA déshumanise

    Fin avril 2023, une vidéo fait le buzz. On y voit le petit Grégory Villemin, assassiné en 1984, « ressuscité » par l’IA pour raconter son histoire. Les médias s’extasient devant cette prouesse technologique. Moi, j’ai envie de vomir.

    Ce n’est pas « l’IA » qui fait parler cet enfant mort. C’est un algorithme d’animation faciale couplé à une synthèse vocale. Des effets spéciaux qu’on trouve dans n’importe quel jeu vidéo moderne. Mais surtout, c’est l’œuvre de codeurs sans cœur, sans humanité, sans éthique.

    Parce que voilà le vrai problème de ce qu’on appelle l’IA : elle nous déshumanise. Elle nous fait oublier qu’il y a des limites morales à ne pas franchir. Elle transforme la tragédie humaine en spectacle technologique.

    Et le pire ? On applaudit.

    La technologie n’est jamais neutre

    Chaque ligne de code porte en elle les biais de son créateur. Chaque algorithme reflète une vision du monde. Quand un développeur programme un système, il y injecte forcément ses propres préjugés, ses propres limitations, sa propre idéologie.

    C’est mathématique : un algorithme ne peut pas être plus intelligent que celui qui l’a conçu. Il peut être plus rapide, traiter plus de données, mais il restera toujours prisonnier de la logique qu’on lui a imposée.

    La grande arnaque du GAI (General Artificial Intelligence)

    Aujourd’hui, on ne parle plus simplement d’IA mais de GAI – General Artificial Intelligence. Cette nouvelle appellation désigne tout système informatique qui effectue ou « apprend » n’importe quelle tâche cognitive. En gros, on a élargi la définition pour y inclure tout et n’importe quoi.

    Un correcteur orthographique ? C’est de l’IA. Un filtre Instagram ? De l’IA. Un tableau Excel avec des formules ? Bientôt de l’IA aussi, pourquoi pas.

    Cette inflation sémantique n’est pas innocente. Elle sert à justifier des investissements colossaux, à créer une bulle spéculative, à vendre du rêve aux investisseurs et du cauchemar aux travailleurs.

    Le vrai objectif : remplacer l’humain

    Parlons franchement. L’IA intéresse les entreprises pour une seule raison : se débarrasser des employés. Oh, on vous dira que c’est pour « augmenter la productivité » ou « libérer l’humain des tâches répétitives ». Foutaises.

    Dans moins de 9 ans, des logiciels d’automatisation gavés de pseudo-IA produiront en quelques minutes autant de travail administratif ou commercial qu’un employé en une journée. Et ils ne demanderont ni augmentation, ni congés, ni respect.

    Prenez les agences de voyage. Aujourd’hui déjà, une IA peut concevoir un voyage sur mesure : dates, budget, préférences, tout y passe. Le résultat ? Des milliers d’emplois qui vont disparaître. Et on ose appeler ça du progrès.

    La monnaie algorithmique : le prochain cauchemar

    Mais attendez, le meilleur reste à venir. La prochaine étape, c’est la monnaie numérique programmable. J’appelle ça la « monnaie algorithmique ». Une monnaie qui ne sera pas simplement digitale, mais « intelligente ».

    Imaginez : votre argent qui décide lui-même comment il peut être dépensé. Des euros qui refusent d’acheter de l’alcool après 22h. Des dollars qui s’autodétruisent si vous ne les dépensez pas dans le mois. Une monnaie qui vous surveille, vous juge, vous contrôle.

    Science-fiction ? Non, c’est en développement. Les banques centrales du monde entier planchent dessus. Et devinez quoi ? Elles appellent ça une innovation.

    Mon IA qui vous surveille au travail

    Puisqu’on en est aux confessions, laissez-moi vous parler de ma dernière création. La nuit dernière, j’ai terminé l’implémentation d’une intelligence artificielle qui apprend et supervise la manière dont un opérateur humain organise son travail.

    Cette IA « amicale » observe vos actions, analyse vos pauses, mesure votre productivité. Elle apprend vos habitudes, détecte vos faiblesses, optimise votre rendement. Big Brother en version corporate.

    Pourquoi je développe ça ? Parce que si je ne le fais pas, d’autres le feront. Et au moins, moi, j’ai encore assez de conscience pour vous prévenir : méfiez-vous de ces outils. Ils ne sont pas vos amis.

    L’IA, technologie rêvée des comploteurs

    On me demande parfois : « Peut-on comploter avec de l’IA ? » Ma réponse est toujours la même : « L’IA est la technologie rêvée des comploteurs. »

    Création de fausses preuves, manipulation de masse, surveillance généralisée, contrôle social… Tout devient possible et automatisable. Les complotistes ont encore de beaux jours devant eux. La chasse aux comploteurs vient à peine de commencer.

    Alors, c’est quoi la vraie intelligence ?

    Marie-Estelle Dupont l’a parfaitement résumé : la vraie intelligence, c’est la capacité à ressentir, à compatir, à créer du sens. C’est ce qui nous rend humains. Et ça, aucun algorithme ne pourra jamais le reproduire.

    Un algorithme peut simuler l’empathie en analysant des patterns émotionnels. Il peut générer des réponses qui semblent compatissantes. Mais il ne ressent rien. Il ne comprend pas la souffrance, la joie, l’amour. Il calcule.

    L’intelligence humaine, c’est cette étincelle inexplicable qui nous fait pleurer devant un coucher de soleil, rire d’une absurdité, nous indigner d’une injustice. C’est notre capacité à transcender la logique pure pour toucher à quelque chose de plus grand.

    Bref.

    Je continuerai à développer des systèmes algorithmiques. C’est mon métier, ma passion même. Mais je refuserai toujours de les appeler « intelligents ». Ce ne sont que des outils, potentiellement dangereux, toujours limités.

    La vraie question n’est pas de savoir si l’IA va nous remplacer. C’est de savoir si nous allons accepter de nous laisser déshumaniser par des machines qui ne comprennent rien à ce que nous sommes.

    Alors la prochaine fois qu’on vous vendra de l’IA miraculeuse, souvenez-vous : derrière chaque « intelligence artificielle » se cache un algorithme bête et discipliné, écrit par un humain faillible, au service d’intérêts qui ne sont probablement pas les vôtres.

    Et ça, c’est la seule vérité intelligente dans toute cette affaire.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : A Chosen Soul / Unsplash

  • Réformons les retraites, avec nos amis les robots!

    Je dois expliquer ma position sur le sujet de la réforme des #Retraites de Président #Macron car on me demande souvent pourquoi « je suis contre » au pretexte que « je ne devrais pas me sentir concerné, étant privilégié ».

    En ma qualité de (petit) acteur économique et de (petit) syndicaliste patronal #MEDEF, je critique ouvertement la réforme #Macron #Borne car je la trouve ridiculeusement simpliste, naïve, pauvre, dénuée d’intelligence, bâclée, non concertée, vite expédiée, pas du tout à la hauteur des enjeux.

    Clairement ce projet est tiré d’un travail de branquignoles « petits faiseux ».

    Les raisons de mon engagement contre cette réforme là sont multiples, déjà parce que je considère que mes ancêtres ont beaucoup œuvré pour des acquis sociaux qui inspirent partout sur la planète, parce que « tout est politique » et que « la politique est au centre de tout », parce que j’ai beaucoup d’empathie pour mes semblables qui vivent dans la même communauté que moi, parce que je sais ce qu’apporte une communauté apaisée et parce que je me considère comme un « patron social », la vie des salariés et des retraités en général m’importe beaucoup, une communauté de gens qui ont une vie stable, apaisée, libérée des tensions financières quotidiennes, équilibrée n’a pas de prix, et finalement tout le monde en profite (bien-être au quotidien, prospérité, sécurité).

    Réformer le système de retraite, je suis bien sûr d’accord et je l’appelle de mes vœux, il faut effectivement vite « repenser l’algorithme » car de nos jours les fonds destinés au paiement des retraites, générés par les travailleurs actifs, ne vont probablement pas suffire à couvrir les besoins pour des retraités qui sont toujours plus nombreux à vivre toujours plus longtemps. N’importe qui peut comprendre ça.Je vois les dirigeants politiques qui se succèdent, je vois leur incompétence, je vois leurs échecs qui s’accumulent et surtout les conséquences de ces échecs.Une bonne réforme des retraites doit prendre en compte deux choses à mes yeux, d’une part « la pénibilité au travail humain » et d’autre part « la productivité technologique ».

    J’estime en effet qu’il est absolument essentiel de mesurer la pénibilité au travail (et du travail), de la quantifier, de la catégoriser, de la mesurer et de la considérer. Qui peut penser qu’un homme qui travaille au fond d’un trou depuis l’âge de 16 ans puisse partir à la retraite dans le même état et quasiment au même âge qu’une femme qui a été secrétaire depuis ses 23 ans?

    Surtout, ma casquette de technologue me fait dire que les technologies d’industrialisation mécanisée et automatisée, l’automatisation industrielle, l’automatisation logicielle, la robotique industrielle, la robotique logicielle, et surtout l’intelligence artificielle d’une manière générale détruisent et remplacent indiscutablement des emplois en très grand nombre, et donc réduisent considérablement les revenus des caisses de retraite, il me paraît évident qu’il faut maintenant considérer que tous les systèmes de production automatisés doivent « contribuer » d’une manière ou d’une autre au paiement d’un revenu aux humains dans leur ensemble.

    Une communauté dans laquelle « le travail » est très automatisé (par des machines ou des logiciels) doit pouvoir en vivre de façon générale, donc oui Monsieur Elon #Musk (qui vient, honte à lui, de se prononcer en faveur de la réforme française) il faut que « les robots paient », non pas seulement les actionnaires des entreprises qui font des profits à partir de l’automatisation, mais surtout les humains de toute la communauté globalement doivent pouvoir en profiter.

    Je sais parfaitement de quoi je parle, je conçois à mon humble niveau des machines automatiques et de la robotique logicielle, clairement ces systèmes remplacent des travailleurs et des opérateurs humains, clairement avec beaucoup moins de gens on peut produire beaucoup plus de richesses. Le discours qui consiste à dire « les nouveaux métiers tirés des nouvelles technologies ouvrent de nouvelles perspectives d’emplois » est un discours très hypocrite, car la réalité c’est que les systèmes de traitement automatisés détruisent des emplois humains dans une proportion nettement supérieure aux emplois nouveaux créés dans les nouvelles branches « digitales » et installent un écosystème pyramidal où les quelques personnes qui contrôlent les technologies tout en haut, profitent de toutes les richesses quand tout en bas de plus en plus de pauvres s’apauvrissent.

    D’autant que nous savons tous qu’à partir de 50 ans il est vraiment très difficile de trouver du #travail (surtout en #France) et donc si on prolonge l’âge de départ à la retraite à 64, 67 ou 68 ans dans les faits, d’innombrables personnes vont se trouver en situation très compliquée sur les 10 ou 15 dernières années avant leur retraite officielle, c’est inacceptable et honteux.

    Une bonne réforme des retraites pour l’avenir de notre #civilisation moderne et technologique « à la française » c’est donc une réforme qui prendra en compte d’une part la #pénibilité au travail et d’autre part la #productivité automatisée.

  • L’expérience secrète Twitter.
    L’expérience secrète Twitter.

    En septembre 2011, j’ai décidé de microbloguer en 140 caractères.

    Ceci correspondait à une envie d’exprimer des idées et des points de vue, de les exposer au public, mais aussi à mes possibilités pratiques. Je voulais écrire mais je n’avais pas de temps pour ça. Twitter apportait une solution à ma problématique.

    Très vite, en quelques semaines, j’ai compris est cerné le potentiel politique réel de cet outil de communication instantanée, que je regardais du coin de l’œil depuis quelques années.

    J’ai pu constater la puissance d’un outil d’influence inégalé. J’ai rapidement vu l’emprise psychologique de certaines personnalités, les leaders (d’opinion) et j’ai vu les réactions provoquées sur les suiveurs.

    Le fonctionnement logique (simpliste) de Twitter m’a immédiatement beaucoup intrigué, je l’ai examiné en détail, j’ai compris l’algorithmie (notamment le fonctionnement chronologique des liens entre les comptes d’utilisateurs, les messages publiés, les « Like » et les « RT ») et j’ai eu une incroyable idée.

    Je me suis mis en tête de suivre « intelligemment » des comptes d’utilisateurs, toujours plus nombreux, et de regarder « intelligemment » ce qu’ils publient et ce qui se passe ensuite sur le réseau Twitter, notamment les interactions (très visibles ou peu visibles) et les évènements sur les comptes d’utilisateurs liés.

    Twitter fournit directement et indirectement d’innombrables données pour peu qu’on sache les identifier, les exploiter et les interpréter. Je sais identifier, exploiter et interpréter ces données. J’ai donc construit en quelques années une technologie de supervision globale pour mon propre compte, en amateur, qui m’a permis de déterminer les tendances, les groupes d’utilisateurs en fonction de certaines idées précises, d’identifier les leaders, de les catégoriser, de savoir qui connait qui et qui influence qui, avec quelles idées, dans à peu près tous les domaines intellectuels.

    En presque 10 ans, avec beaucoup d’automatisation, de robotique logicielle, d’intelligence artificielle, je suis parvenu à dessiner toutes les tendances, dans tous les domaines d’intérêts, et d’être en mesure de catégoriser n’importe quel compte d’utilisateur en fonction de ses connaissances, de ses idées et des liens logiques qui existent.

    Je peux profiler en quelques secondes n’importe quel compte d’utilisateur, et donc profiler l’utilisateur, souvent anonyme, qui se cache derrière.

    Évidemment, l’utilisation d’un système perfectionné d’analyse syntaxique est l’une des clés mais j’ai poussé le vice jusqu’à internationaliser l’outil en analysant d’autres langues que le français, comme l’anglais bien sûr mais aussi l’arabe et le russe.

    J’ai secrètement et opportunément accumulé des quantités de données disponibles dans le domaine public, toutes de sources ouvertes. L’interprétation de ces données m’a appris énormément sur la sociologie et sur les logiques communautaires, sur les idées qui se dégagent et sur leur force.

    Pendant de nombreuses années j’ai pu tester des idées très fortes et très pointues sur Twitter, en explorant la sociologie humaine, et constater les réactions et les interactions. J’ai été l’un des leaders d’opinion les plus controversés sur Twitter, j’ai provoqué de très nombreux débats sur de très nombreux sujets, généralement très sensibles.

    Pour ce qui concerne la France, je pense avoir globalement identifié tous les thèmes centraux, les zones de crispation, les limites, les problématiques communautaires, leurs acteurs, leurs leaders. Les amis et les ennemis de chaque groupe.

    J’estime que rien ne m’a échappé.

    Je n’aime pas du tout ce que j’ai découvert, j’ai toutes les informations nécessaires pour me faire une idée très précise des problématiques qui concernent la France, des résistances, des limites, des anomalies, des injustices et de la façon dont les choses évoluent, en temps réel.

    Les réseaux d’influences, les groupuscules, les corporations, les lobbies, les communautés, notamment en matière politique, puisque c’est le plus intéressant, et puisque tout est politique, n’ont plus vraiment de secrets pour moi.

    Je suis inquiet car j’ai pu observer que l’évolution de la législation sur la liberté d’expression en France est très dangereuse, sous la pression de certaines petites communautés très bien identifiées, très puissantes.

    J’ai cessé l’expérience secrète Twitter sous la forme que je lui avais donnée le 4 septembre 2020, très exactement 9 ans plus tard.

    Précisément le jour du 150ème anniversaire de la République.

  • Amazon, la guerre économique révèle notre impréparation stratégique
    Amazon, la guerre économique révèle notre impréparation stratégique
    Amazon vient de suspendre des milliers de vendeurs européens dans les secteurs essentiels, révélant notre dépendance totale à cette plateforme. La réaction française, entre précipitation et improvisation, démontre notre manque cruel de stratèges face à cette guerre économique numérique.

    C’est un truc de dingue. Vraiment. Amazon Europe vient de suspendre une quantité phénoménale de marchands fournisseurs dans les domaines de l’alimentation sèche, l’hygiène et les produits médicaux. Tous mes comptes vendeurs dans tous les pays européens sont tombés. Et je ne suis pas le seul. Des milliers d’entreprises françaises qui survivaient encore grâce à cette plateforme viennent de perdre leur dernier canal de distribution en pleine crise sanitaire.

    Il y a quelque chose de profondément troublant dans cette séquence. Quelque chose qui dépasse la simple décision commerciale d’une entreprise américaine. Nous assistons en direct à une démonstration de force qui devrait nous glacer le sang.

    La dissuasion numérique : une arme plus redoutable que l’atome

    Un expert en stratégie me confiait récemment : « La dissuasion numérique est aussi forte que la dissuasion nucléaire. » Sur le moment, j’ai trouvé la comparaison excessive. Aujourd’hui, je mesure à quel point il avait raison.

    Pensez-y deux secondes. Amazon peut, d’un simple clic, mettre à genoux des milliers d’entreprises européennes. Pas besoin de missiles, pas besoin de tanks. Juste une décision algorithmique prise quelque part entre Seattle et Luxembourg. Et nous voilà, impuissants, à regarder nos entreprises s’effondrer.

    Cette suspension massive n’est pas anodine. Elle touche spécifiquement trois secteurs critiques en période de crise :

    • L’alimentation sèche : les produits de première nécessité non périssables
    • L’hygiène : tout ce qui permet de maintenir des conditions sanitaires acceptables
    • Les produits médicaux : du matériel essentiel en pleine pandémie

    Coïncidence ? Permettez-moi d’en douter.

    L’ubérisation finale : quand le prédateur dévore ses proies

    Pendant des années, on nous a vendu l’ubérisation comme une opportunité. « Rejoignez la marketplace », « développez votre business », « accédez à des millions de clients ». Les entreprises françaises ont mordu à l’hameçon. Normal, c’était la seule façon de survivre face à la concurrence déloyale d’un géant qui ne paie pas d’impôts en France.

    Résultat ? Une dépendance totale. Des milliers d’entreprises qui avaient restructuré toute leur logistique autour d’Amazon. Des PME qui avaient investi dans des stocks, adapté leurs packagings, formé leurs équipes. Pour quoi ? Pour se faire jeter comme des malpropres au pire moment possible.

    C’est ça, l’ubérisation. On vous fait miroiter la liberté entrepreneuriale, mais en réalité, vous devenez un serf numérique. Corvéable à merci. Jetable sur simple notification.

    Les chiffres qui font mal

    En France, ce sont plus de 10 000 entreprises qui vendent sur Amazon. Pour beaucoup, la plateforme représente entre 30% et 80% de leur chiffre d’affaires. Certaines PME ont même abandonné leur site e-commerce propre, jugeant la bataille perdue d’avance.

    Maintenant, imaginez. Du jour au lendemain, votre principal canal de vente disparaît. Vos stocks sont bloqués dans les entrepôts Amazon. Vos clients n’ont plus accès à vos produits. Et tout ça en pleine crise sanitaire, alors que les magasins physiques sont fermés.

    C’est un massacre économique en règle.

    La riposte française : l’improvisation totale

    Face à cette situation, quelle est la réponse de nos dirigeants ? On ferme Amazon France. Comme ça, sans préparation, sans alternative, sans stratégie.

    Je vais peut-être vous surprendre, mais j’estime que c’est la pire façon de faire. On ferme Amazon au pire moment et dans la pire impréparation. C’est du grand n’importe quoi stratégique.

    Regardons les faits :

    • Pas de plateforme alternative française opérationnelle
    • Pas de plan B pour les entreprises dépendantes
    • Pas de coordination européenne
    • Pas de vision à long terme

    En France, il manque cruellement des stratèges et des tacticiens. On réagit à l’émotion, on légifère dans la précipitation, on ferme sans construire d’alternative. C’est de l’amateurisme pur et simple.

    Ce qu’il aurait fallu faire

    Une vraie stratégie aurait consisté à :

    1. Construire avant de détruire
    Créer une véritable alternative européenne à Amazon. Pas un énième site marchand, mais une infrastructure logistique et technologique capable de rivaliser.

    2. Imposer la réciprocité
    Si Amazon peut suspendre nos entreprises, nous devrions pouvoir suspendre Amazon. Mais pour ça, il faut des leviers. Des vrais.

    3. Réguler intelligemment
    Pas interdire, mais encadrer. Obliger à la transparence algorithmique. Imposer des garanties pour les vendeurs. Créer un statut juridique protecteur.

    4. Coordonner à l’échelle européenne
    Seuls, nous ne pesons rien. À 27, nous représentons le premier marché mondial. Mais ça demande de la vision et du courage politique.

    La souveraineté numérique : le grand absent du débat

    Cette crise révèle notre nudité stratégique. Nous n’avons aucune souveraineté numérique. Zéro. Nada. Nos entreprises dépendent de plateformes américaines, nos données sont stockées outre-Atlantique, nos citoyens communiquent via des messageries californiennes.

    Et pendant ce temps, que font nos « élites » ? Elles parlent de « French Tech », organisent des concours de startups, distribuent des subventions saupoudrées. Mais sur le fond, sur la vraie bataille – celle des infrastructures, celle de l’indépendance technologique – rien.

    La suspension massive d’Amazon devrait être notre électrochoc. Notre Pearl Harbor numérique. Le moment où on réalise qu’on est en guerre économique et qu’on n’a même pas commencé à s’armer.

    Les leçons de l’histoire

    Souvenez-vous du plan Calcul dans les années 60. De Gaulle avait compris que l’informatique serait stratégique. Il a lancé un plan massif pour créer une industrie informatique française. Ça n’a pas totalement marché, mais au moins, il y avait une vision.

    Aujourd’hui ? Rien. On laisse les GAFAM coloniser notre économie, on applaudit quand ils ouvrent un centre de recherche à Paris, on est content quand ils embauchent nos ingénieurs. C’est pathétique.

    Que faire maintenant ?

    Pour les entreprises touchées, l’urgence est de survivre. Quelques pistes :

    Diversifier en catastrophe
    Réactivez vos anciens canaux de distribution. Contactez directement vos clients. Utilisez les réseaux sociaux. Bricolez, mais vendez.

    Se regrouper
    Créez des collectifs de vendeurs. Mutualisez les ressources. La force du nombre peut créer des opportunités.

    Explorer les alternatives
    Cdiscount, Fnac, Darty… Ce n’est pas Amazon, mais c’est mieux que rien. Les marketplaces françaises existent, même si elles sont moins performantes.

    Reprendre le contrôle
    C’est le moment ou jamais de reconstruire votre indépendance commerciale. Site propre, base clients directe, logistique internalisée. Ça coûte cher, mais c’est le prix de la liberté.

    L’avenir se joue maintenant

    Cette crise Amazon n’est qu’un avant-goût. Demain, ce sera peut-être Google qui coupera nos accès publicitaires. Ou Facebook qui bloquera nos pages. Ou Microsoft qui suspendra nos licences Office 365.

    Nous sommes dans une guerre économique totale. Une guerre où les armes sont numériques, où les territoires sont virtuels, mais où les morts sont bien réels. Des entreprises qui ferment, des emplois qui disparaissent, une économie qui s’effondre.

    Face à ça, nous avons deux choix. Continuer à subir, en espérant que les maîtres américains seront cléments. Ou nous réveiller, nous organiser, et construire notre propre destin numérique.

    Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai fait mon choix. Il est temps de se battre. Vraiment.

    Parce que là, clairement, il y a un truc pas clair du tout qui se passe. Et si on ne réagit pas maintenant, dans dix ans, il sera trop tard.

    Bref. La balle est dans notre camp. Qu’est-ce qu’on fait ?

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : JESHOOTS.COM / Unsplash

  • Transports publics et pandémie, l’erreur stratégique française de mars 2020
    Transports publics et pandémie, l’erreur stratégique française de mars 2020
    Alors que l’épidémie de Covid-19 s’intensifie, la France maintient ses transports publics en fonctionnement normal, créant un paradoxe sanitaire majeur. Cette analyse examine les incohérences des mesures prises face à la pandémie naissante.

    Nous sommes le 12 mars 2020. L’Organisation mondiale de la santé vient de déclarer l’état de pandémie pour le Covid-19. L’Italie du Nord est bouclée depuis le 8 mars. Pourtant, en France, une situation paradoxale se dessine : d’un côté, on ferme les écoles et on limite les rassemblements, de l’autre, on maintient ouverts les transports de masse les plus fréquentés d’Europe.

    Cette contradiction révèle-t-elle une stratégie sanitaire cohérente ou une série d’erreurs d’appréciation qui pourraient coûter cher ?

    Le métro parisien : un laboratoire viral à ciel ouvert

    Chaque matin, près de 5 millions de voyageurs empruntent les transports franciliens. Dans les rames bondées de la ligne 1, 4, 6 ou 14, la distanciation sociale relève de la pure fiction. Les surfaces de contact se comptent par milliers : barres, sièges, portillons, boutons d’ouverture.

    Ce que nous savons déjà du virus à cette date est préoccupant. Il se transmet principalement par gouttelettes respiratoires et peut survivre plusieurs heures sur les surfaces. Les espaces confinés et mal ventilés constituent des environnements de propagation idéaux.

    Le métro parisien cumule tous ces facteurs de risque. Pourtant, aucune mesure spécifique n’a été prise pour adapter son fonctionnement à la situation sanitaire. Pas de limitation de fréquentation, pas de renforcement du nettoyage, pas d’obligation de port du masque.

    Cette inaction devient d’autant plus incompréhensible quand on observe ce qui se passe ailleurs. À Wuhan, le métro a été fermé dès le 23 janvier. En Corée du Sud, des mesures drastiques de désinfection ont été mises en place dans tous les transports publics.

    L’axe Paris-Strasbourg : une autoroute virale

    La situation devient encore plus préoccupante quand on analyse les flux de transport entre Paris et l’Est de la France. Le Haut-Rhin connaît depuis fin février une explosion de cas de Covid-19, notamment autour du rassemblement évangélique de Mulhouse qui a eu lieu du 17 au 21 février.

    Cette zone, devenue l’un des principaux foyers épidémiques français, reste pourtant parfaitement connectée à la capitale. Le TGV Est relie quotidiennement Strasbourg à Paris en 1h45, transportant des centaines de passagers dans chaque sens. Aucun contrôle sanitaire n’est effectué à bord ou dans les gares.

    Les chiffres sont éloquents : selon les données de la SNCF, près de 50 000 voyageurs empruntent chaque jour cette liaison. Combien parmi eux sont porteurs du virus sans le savoir ? Combien vont contribuer à essaimer l’épidémie dans la capitale ?

    Cette libre circulation entre foyer épidémique et métropole nationale interroge sur la cohérence de la stratégie sanitaire. Comment peut-on simultanément fermer les écoles pour limiter la propagation et maintenir ouvertes les liaisons ferroviaires à grande vitesse ?

    L’aéroport de Roissy : la porte ouverte

    Autre incohérence majeure : la gestion des flux aériens internationaux. Alors que l’épidémie fait rage en Chine depuis janvier et que l’Italie du Nord est bouclée, l’aéroport Charles-de-Gaulle continue d’accueillir des vols en provenance de ces zones sans contrôle sanitaire renforcé.

    Cette situation crée un paradoxe social troublant. Les voyageurs fortunés peuvent encore quitter les zones contaminées par avion, tandis que les populations locales subissent les mesures de confinement. À Milan Malpensa, les vols internationaux continuent de décoller, permettant aux plus aisés d’échapper aux restrictions.

    Cette différence de traitement entre classes sociales dans la gestion de crise révèle une réalité dérangeante : la pandémie ne touche pas tout le monde de la même manière, et les mesures prises semblent parfois tenir compte de ces inégalités.

    Les transports publics : vecteurs oubliés de la pandémie

    L’histoire des épidémies nous enseigne pourtant l’importance cruciale des transports dans la propagation des maladies infectieuses. La grippe de 1918 s’est propagée le long des voies ferrées. Le SRAS de 2003 a utilisé les réseaux aériens internationaux pour se répandre.

    Les autorités sanitaires françaises semblent avoir oublié ces leçons. Aucune étude d’impact n’a été rendue publique sur le rôle des transports dans la propagation du Covid-19. Aucune modélisation n’a été présentée sur l’effet d’une fermeture partielle ou totale des réseaux de transport.

    Cette absence de réflexion stratégique sur les transports contraste avec l’attention portée à d’autres secteurs. On ferme les restaurants et les cinémas, mais on maintient ouverts les espaces où la densité humaine est la plus forte et la ventilation la plus défaillante.

    Les syndicats de transport commencent d’ailleurs à s’inquiéter. Les conducteurs de bus et de métro, en première ligne face au public, n’ont reçu aucune consigne spécifique de protection. Aucun équipement de protection individuelle ne leur a été fourni.

    Une stratégie à géométrie variable

    Cette gestion paradoxale révèle les limites de la stratégie française face à l’épidémie. D’un côté, on prend des mesures spectaculaires comme la fermeture des écoles. De l’autre, on maintient en fonctionnement normal les infrastructures les plus à risque.

    Cette approche à géométrie variable soulève des questions sur la cohérence scientifique des décisions prises. Sur quelles études épidémiologiques se basent ces choix ? Quelle évaluation comparative a été faite entre les risques liés aux différents types d’activités ?

    Le gouvernement semble naviguer à vue, privilégiant les mesures les moins coûteuses économiquement. Fermer les écoles ne coûte rien à l’État. Arrêter les transports publics paralyserait l’économie francilienne.

    Cette logique économique prime-t-elle sur les considérations sanitaires ? Les prochains jours nous le diront. Mais une chose est certaine : maintenir en fonctionnement normal des espaces de promiscuité maximale en pleine pandémie constitue un pari risqué.

    Vers une remise en cause nécessaire

    Les décisions prises aujourd’hui en matière de transports publics pourraient bien être jugées demain par l’histoire. Elles révèlent notre capacité collective à anticiper, à prendre des décisions difficiles, à privilégier la santé publique sur les considérations économiques à court terme.

    D’autres pays ont fait des choix plus radicaux. La Chine a paralysé des villes entières. L’Italie a bouclé le Nord du pays. Ces mesures drastiques s’avéreront-elles plus efficaces que notre approche progressive ?

    Une chose est certaine : la gestion des transports publics en temps de pandémie nécessite une réflexion stratégique globale. On ne peut pas traiter le métro parisien comme un service public ordinaire quand 5 millions de personnes s’y croisent quotidiennement en pleine crise sanitaire mondiale.

    Les prochains jours seront cruciaux. Soit les autorités prennent conscience de l’urgence et adaptent enfin la politique de transport à la réalité épidémiologique, soit nous continuerons à naviguer dans cette incohérence qui pourrait coûter cher en vies humaines.

    Car au final, la question n’est pas de savoir si nous devons fermer les transports publics, mais plutôt de comprendre pourquoi nous ne l’avons pas encore fait.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

  • Notre-Dame, un bug informatique désigne le mauvais coupable
    Notre-Dame, un bug informatique désigne le mauvais coupable
    Un mystérieux bug informatique aurait envoyé les agents de sécurité au mauvais endroit lors de la première alerte incendie à Notre-Dame, retardant de 38 minutes l’intervention des pompiers. Cette défaillance technique soulève des questions troublantes sur la vulnérabilité de nos systèmes de protection du patrimoine.

    18h20, lundi 15 avril. Une alarme retentit dans la cathédrale Notre-Dame. Un agent de sécurité se dirige vers le lieu indiqué par le système informatique. Il ne trouve rien. 23 minutes plus tard, une seconde alerte. Cette fois, c’est trop tard. La charpente huit fois centenaire part en fumée.

    Ce qui me frappe dans cette affaire, c’est l’incroyable enchaînement de défaillances. Un système de détection ultramoderne qui dysfonctionne au moment crucial. Des agents de sécurité envoyés au mauvais endroit. Et surtout, ce silence assourdissant sur les vraies causes de ce bug.

    La chronologie qui ne colle pas

    Reprenons les faits établis. Le système de détection enregistre une anomalie à 18h15. Cinq minutes plus tard, à 18h20, la première alerte incendie se déclenche. Pour moi, cette alerte correspond clairement à une détection positive. Le feu est là, quelque part dans la cathédrale.

    Mais voilà où ça se complique. Un « bug informatique » – ces guillemets ne sont pas anodins – envoie l’agent de sécurité au mauvais endroit. Il effectue sa levée de doute, ne voit rien, et repart. Le système a menti, ou plutôt, le système a été induit en erreur.

    La deuxième alerte survient à 18h43. Cette fois, impossible d’ignorer la réalité : la charpente est en feu. Les pompiers arrivent à 18h58, soit 38 minutes après le premier signal d’alarme. 38 minutes pendant lesquelles un incendie peut transformer une intervention simple en catastrophe nationale.

    Ce délai pose question. Dans n’importe quel bâtiment moderne, et a fortiori dans un monument historique de cette importance, la procédure est claire : alerte = vérification immédiate + appel aux secours si le moindre doute subsiste. Pourquoi cette procédure n’a-t-elle pas été suivie ?

    Le bug qui arrange bien des gens

    Patrick Chauvet, recteur de la cathédrale, évoque « sérieusement » l’hypothèse d’un bug informatique à l’origine de l’incendie. Permettez-moi d’être sceptique. Un bug peut expliquer une mauvaise localisation. Un bug peut retarder une intervention. Mais un bug qui déclenche un incendie ? C’est pousser la responsabilité technologique un peu loin.

    Ce qui me dérange profondément, c’est cette tendance à tout mettre sur le dos de l’informatique. C’est pratique : pas de responsable humain, pas de négligence, juste une machine qui dysfonctionne. Circulez, il n’y a rien à voir.

    Sauf que les systèmes informatiques, ce sont des humains qui les conçoivent, les installent, les maintiennent. Un bug, ce n’est jamais un acte de Dieu. C’est soit une erreur de programmation, soit un défaut de maintenance, soit – et c’est plus inquiétant – une vulnérabilité exploitée.

    Les zones d’ombre de l’enquête

    Plusieurs éléments troublants émergent de mes sources. D’abord, on cherche obstinément une cause extérieure : l’échafaudage, l’ascenseur, un point chaud quelconque. Pourtant, d’après mes informations, l’incendie a bel et bien démarré à l’intérieur, dans la charpente sous la flèche. Un endroit décrit comme « hermétique », difficilement accessible.

    Ensuite, il y a ce rapport du CNRS, classé secret défense. Un document qui détaille non seulement la vulnérabilité au feu des combles et de la charpente, mais aussi – et c’est là que ça devient intéressant – les « scénarios possibles » pour, je cite mes sources, « tout faire cramer ». Un manuel d’instruction pour pyromane, en quelque sorte.

    Pourquoi ce rapport est-il classifié ? Quelles informations contient-il de si sensible qu’on ne puisse les rendre publiques ? La sécurité nationale est-elle en jeu, ou cherche-t-on simplement à éviter l’embarras ?

    Une source proche de l’enquête m’a confié : « Il est possible que l’on ne sache jamais qui est à l’origine de cet incendie. » Cette phrase, lâchée dès le lendemain du drame, sonne comme un aveu d’impuissance. Ou pire, comme une volonté de ne pas savoir.

    L’informatique, bouc émissaire idéal

    Dans notre société hyper-connectée, le bug informatique est devenu l’excuse parfaite. Panne de réseau, erreur système, défaillance logicielle… Ces termes techniques masquent souvent des réalités plus prosaïques : manque de formation, négligence, économies sur la maintenance.

    Les systèmes de détection incendie modernes sont conçus avec de multiples redondances. Un capteur défaillant ? Les autres prennent le relais. Une erreur de localisation ? Le système affiche plusieurs zones possibles. Pour qu’un bug envoie quelqu’un complètement au mauvais endroit, il faut soit une défaillance majeure du système, soit… autre chose.

    Ce « bug » soulève des questions techniques précises :

    • Quelle était la nature exacte de la défaillance ?
    • Le système a-t-il été audité après l’incident ?
    • Y avait-il des signes avant-coureurs de dysfonctionnement ?
    • Les logs du système ont-ils été préservés et analysés ?

    Sans réponses à ces questions, parler de bug reste de la spéculation.

    Les questions qui dérangent

    Deux informations cruciales manquent toujours au dossier. Premièrement, l’heure exacte à laquelle de la fumée était visible de l’extérieur. Cette donnée permettrait de recouper avec les alertes système et de vérifier la cohérence du récit officiel.

    Deuxièmement, l’heure du premier appel aux pompiers. Qui a appelé ? Un passant voyant de la fumée ? Le personnel de la cathédrale après la deuxième alerte ? Ce détail n’est pas anodin : il pourrait révéler un décalage entre la réalité visible et la réaction officielle.

    Ces trous dans la chronologie ne sont pas anodins. Ils empêchent de reconstituer précisément la séquence des événements. Et dans une enquête de cette importance, chaque minute compte.

    Vers une remise en question systémique ?

    L’incendie de Notre-Dame révèle les limites de notre dépendance technologique. Nous confions la protection de nos trésors les plus précieux à des systèmes informatiques faillibles, opérés par du personnel parfois insuffisamment formé.

    La question n’est pas de rejeter la technologie, mais de comprendre ses limites. Un système de détection, aussi sophistiqué soit-il, ne remplace pas la vigilance humaine. Un protocole de sécurité, aussi détaillé soit-il, ne vaut que par son application rigoureuse.

    Ce qui s’est passé à Notre-Dame devrait servir de signal d’alarme – sans mauvais jeu de mots. Combien d’autres monuments, d’autres bâtiments critiques, reposent sur des systèmes similaires ? Combien de bugs attendent leur heure pour transformer une alerte en catastrophe ?

    Bref. On nous parle de bug informatique pour éviter de parler de responsabilités humaines. On cherche des causes techniques pour ne pas regarder les défaillances organisationnelles. Et pendant ce temps, Notre-Dame n’est plus qu’un squelette de pierre noirci.

    La vraie question n’est pas de savoir si un bug peut causer un incendie. C’est de comprendre pourquoi, en 2019, avec tous nos moyens technologiques, nous n’avons pas su protéger un joyau vieux de 850 ans. Et surtout, pourquoi certains semblent si pressés d’enterrer les vraies questions sous une montagne de jargon informatique.

    L’enquête continue, nous dit-on. Mais avec un rapport secret défense et des témoins qui évoquent déjà l’impossibilité de connaître la vérité, permettez-moi de douter qu’on nous raconte un jour toute l’histoire. Le bug informatique restera sans doute le coupable idéal : impossible à interroger, facile à blâmer, et surtout, qui ne parlera jamais.

    Pour aller plus loin

    Photo : Nivenn Lanos / Unsplash

  • Christchurch et les jeux vidéo : quand la réalité imite la fiction virtuelle
    Christchurch et les jeux vidéo : quand la réalité imite la fiction virtuelle
    L’attentat de Christchurch, filmé en vue subjective comme un jeu vidéo, relance le débat sur l’influence des jeux violents sur les comportements agressifs. Les études scientifiques montrent des liens préoccupants entre exposition virtuelle à la violence et augmentation de l’agressivité.

    Je me souviens encore de mes premières heures passées sur Doom, au début des années 90. Concepteur de jeux vidéo à l’époque, j’avais participé avec des collègues à la création de plusieurs « Doom like » sur Atari et Amiga. Ces clones du jeu légendaire d’id Software nous passionnaient par leur aspect technique révolutionnaire.

    Aujourd’hui, après l’horreur de Christchurch, je me pose des questions que je n’osais pas formuler il y a vingt-cinq ans.

    Car ce qui s’est passé en Nouvelle-Zélande dépasse l’entendement. Et la façon dont cet attentat a été perpétré et diffusé interroge directement notre industrie.

    Quand la réalité copie le virtuel

    La vidéo en direct du massacre de Christchurch correspond exactement à ce qu’on peut voir dans les jeux vidéo ultraviolents. Cette ressemblance n’est certainement pas fortuite.

    Le ou les tueurs ont filmé leur action en vue subjective, cette perspective à la première personne qui constitue le cœur même des FPS (First Person Shooter). Même angle de vue, même fluidité des mouvements, même détachement apparent face aux victimes.

    Cette mise en scène calculée suggère une familiarité troublante avec les codes visuels des jeux de tir. Comme si la réalité avait été consciemment calquée sur la fiction interactive.

    Les techniques militaires offensives et de combat peuvent désormais s’apprendre à domicile, manette en main. Les jeux actuels rivalisent de réalisme dans la reproduction des armes, des trajectoires balistiques, des stratégies d’assaut.

    Ce que dit la science sur l’agressivité virtuelle

    Les études récentes confirment ce que beaucoup soupçonnaient : les jeux vidéo violents rendent de plus en plus agressif. Une recherche publiée dans Futura Sciences démontre l’augmentation mesurable de l’agressivité chez les joueurs réguliers de jeux violents.

    Plus préoccupant encore, d’autres travaux établissent un lien direct entre jeux vidéo violents et augmentation des agressions physiques. Le Journal de Montréal rapportait en octobre 2018 des conclusions sans appel : l’exposition répétée à la violence virtuelle modifie les comportements réels.

    Ces résultats s’expliquent par plusieurs mécanismes psychologiques :

    • La désensibilisation progressive à la violence
    • L’apprentissage de schémas comportementaux agressifs
    • La normalisation de la résolution violente des conflits
    • L’activation répétée des circuits neuronaux de l’agressivité

    Contrairement aux films ou aux livres, les jeux vidéo impliquent une participation active. Le joueur ne subit pas passivement la violence : il la commet, la planifie, l’optimise.

    Fortnite et la banalisation du massacre

    Fortnite incarne parfaitement cette problématique. Ce jeu, accessible dès 12 ans, met en scène des massacres de masse dans un cadre ludique et coloré.

    Cent joueurs s’entretuent jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un. Cette mécanique du « battle royale » normalise l’idée que la survie passe par l’élimination systématique des autres.

    Le succès planétaire de Fortnite – plus de 200 millions de joueurs – témoigne de l’appétit du public pour ces simulations de violence collective. Des enfants de dix ans reproduisent les danses du jeu dans les cours de récréation, intégrant inconsciemment ses codes culturels.

    Cette banalisation de la violence de masse devrait nous interroger. Quand tuer devient un jeu, où placer la limite entre divertissement et conditionnement ?

    L’industrie face à ses responsabilités

    En tant qu’ancien concepteur, je mesure la complexité de cette question. Les jeux vidéo constituent un art, un medium d’expression légitime. Interdire par principe serait une atteinte à la liberté créative.

    Pourtant, force est de constater que l’industrie a franchi certaines lignes rouges. Les jeux actuels dépassent en réalisme et en brutalité tout ce que nous imaginions dans les années 90.

    La technologie permet aujourd’hui de reproduire la violence avec une précision chirurgicale. Textures photoréalistes, physique des corps, simulation des blessures : rien n’est laissé au hasard pour créer l’immersion totale.

    Cette course au réalisme pose des questions éthiques fondamentales. Jusqu’où peut-on pousser la simulation de la violence sans conséquences sur le monde réel ?

    Les limites du système de classification

    Le système PEGI (Pan European Game Information) classe les jeux selon leur contenu. Mais ces classifications restent largement théoriques.

    Un jeu classé « 18 ans et plus » reste accessible à tout mineur disposant d’une carte bancaire. Les plateformes de téléchargement ne vérifient pas l’âge réel des acheteurs.

    Par ailleurs, certains contenus violents échappent à toute classification. Les modifications créées par les joueurs (« mods ») peuvent transformer un jeu anodin en simulateur de massacre.

    Vers une régulation nécessaire ?

    L’attentat de Christchurch marque peut-être un tournant. Pour la première fois, la frontière entre violence virtuelle et violence réelle s’estompe complètement.

    Cette convergence nous oblige à repenser notre approche. Faut-il interdire purement et simplement les jeux mettant en scène des massacres ? La question mérite d’être posée.

    D’autres pistes existent :

    • Renforcement drastique des contrôles d’âge
    • Limitation de la violence graphique
    • Interdiction des mécaniques de « massacre de masse »
    • Responsabilisation des plateformes de distribution
    • Sensibilisation des parents et éducateurs

    L’industrie du jeu vidéo génère plus de revenus que le cinéma et la musique réunis. Cette puissance économique s’accompagne d’une responsabilité sociétale.

    L’exemple d’autres pays

    Certains États ont déjà pris des mesures radicales. L’Australie interdit de nombreux jeux violents. L’Allemagne censure les contenus les plus extrêmes.

    Ces approches restent imparfaites – Internet permet de contourner la plupart des interdictions. Mais elles témoignent d’une prise de conscience politique.

    La France, elle, reste très permissive. Aucun jeu n’y est interdit pour violence excessive. Cette liberté totale est-elle encore tenable après Christchurch ?

    Au-delà du débat sur la censure

    La question dépasse la simple alternative autoriser/interdire. Elle interroge notre rapport collectif à la violence et au divertissement.

    Pourquoi éprouvons-nous du plaisir à simuler des massacres ? Que révèle ce succès commercial de la violence virtuelle sur notre société ?

    Ces questions anthropologiques méritent une réflexion approfondie. Car derrière chaque jeu violent se cache une demande du public.

    L’industrie ne fait que répondre à un appétit préexistant. Modifier l’offre sans questionner la demande reviendrait à traiter les symptômes sans soigner la maladie.

    Christchurch nous confronte à nos contradictions. Nous condamnons la violence réelle tout en célébrant sa simulation. Cette schizophrénie culturelle peut-elle perdurer indéfiniment ?

    La frontière entre virtuel et réel s’amenuise chaque jour. Les technologies de réalité virtuelle et augmentée promettent une immersion encore plus totale. Dans ce contexte, la responsabilité des créateurs de contenu devient cruciale.

    Nous ne pouvons plus ignorer l’influence de nos créations sur le monde réel. L’innocence de l’industrie du jeu vidéo s’est perdue dans les rues de Christchurch.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Youcef Chenzer / Unsplash

  • Christchurch : quand la haine s’arme de technologie
    Christchurch : quand la haine s’arme de technologie
    Un terroriste d’extrême droite a tué des dizaines de fidèles musulmans dans deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, tout en diffusant son attaque en direct sur internet. Cette tuerie marque l’émergence d’une nouvelle forme de terrorisme suprémaciste blanc, nourri par la haine en ligne et les théories du « grand remplacement ».

    Il est 13h40 ce vendredi 15 mars à Christchurch. L’heure de la prière du vendredi, moment sacré où les musulmans se rassemblent. Plus de 300 fidèles sont réunis dans la mosquée Al-Noor. C’est là qu’un homme armé fait irruption et ouvre le feu. Le bilan provisoire fait état de dizaines de morts et de blessés dans deux mosquées de la ville. Mais au-delà de l’horreur du massacre, c’est la méthode qui sidère : pour la première fois dans l’histoire du terrorisme d’extrême droite, l’attaque est diffusée en direct sur internet.

    Le terrorisme 2.0 : quand la haine devient spectacle

    Ce qui frappe d’emblée dans cette attaque, c’est sa dimension technologique. Le tueur a utilisé une caméra GoPro fixée sur son casque pour filmer son massacre en direct via une plateforme de streaming populaire. Pendant 17 minutes, il a diffusé en temps réel sa progression meurtrière dans la mosquée Al-Noor.

    Cette utilisation du live streaming marque une rupture dans l’histoire du terrorisme. Si les groupes djihadistes avaient déjà largement investi les réseaux sociaux pour leur propagande, jamais un attentat n’avait été diffusé en direct par son auteur lui-même. Le terroriste a transformé son massacre en spectacle, cherchant délibérément à maximiser l’impact médiatique et la viralité de son acte.

    La vidéo, filmée à la première personne comme dans un jeu vidéo de type « first-person shooter », révèle une mise en scène macabre et calculée. Le tueur a même diffusé de la musique pendant son trajet vers la mosquée, créant une ambiance surréaliste qui rappelle effectivement l’univers des jeux de guerre.

    Les symboles de la haine : décryptage d’un arsenal idéologique

    Au-delà de la technologie, c’est tout un arsenal symbolique que le terroriste a déployé. Sur l’un de ses fusils d’assaut, on pouvait lire l’inscription « KEBAB REMOVER » – une référence directe aux mèmes racistes qui circulent dans les forums d’extrême droite où les musulmans sont déshumanisés par ce terme péjoratif.

    Cette inscription n’est pas anodine. Elle révèle l’ancrage du tueur dans la culture des forums extrémistes en ligne, où la haine anti-musulmane se nourrit de « blagues » racistes et de références codées. Le terme « kebab » est utilisé de manière systématique pour désigner les musulmans dans ces espaces, participant à leur déshumanisation progressive.

    Les armes du terroriste portaient également d’autres inscriptions : des dates de batailles historiques entre chrétiens et musulmans, des noms de victimes d’attentats islamistes en Europe, des références à Charles Martel et aux croisades. Chaque inscription transformait l’arme en manifeste idéologique, inscrivant l’attaque dans une prétendue « guerre de civilisation ».

    La radicalisation en ligne : du jeu vidéo à la réalité meurtrière

    L’influence des jeux vidéo de guerre dans la préparation et l’exécution de l’attaque pose question. Le terroriste semble avoir appliqué des techniques d’assaut militaire apprises virtuellement. Sa progression méthodique dans la mosquée, sa gestion des rechargements, son positionnement tactique – tout rappelle les mécaniques des jeux de tir à la première personne.

    Mais attention à ne pas tomber dans le piège simpliste qui consisterait à blâmer les jeux vidéo. Des millions de personnes jouent à ces jeux sans jamais passer à l’acte. Ce qui est en cause, c’est plutôt l’écosystème toxique de certains forums de joueurs où se mélangent culture du gaming et idéologie d’extrême droite.

    Dans ces espaces, la violence virtuelle devient progressivement un exutoire à la haine réelle. Les « blagues » racistes se multiplient, la déshumanisation de l’ »ennemi » devient systématique, et certains finissent par franchir la ligne rouge entre le virtuel et le réel.

    Les connexions internationales : un terrorisme globalisé

    Des informations préliminaires suggèrent que le terroriste aurait voyagé en France et aurait été potentiellement influencé par certaines figures de la droite identitaire française. Sans pouvoir confirmer ces éléments à ce stade, ils soulèvent la question de la circulation internationale des idées suprémacistes.

    La théorie du « grand remplacement », popularisée en France, semble avoir joué un rôle central dans la radicalisation du tueur. Cette théorie conspirationniste, qui prétend que les populations européennes seraient progressivement « remplacées » par l’immigration musulmane, constitue le socle idéologique de nombreux groupes d’extrême droite à travers le monde.

    Ce qui frappe, c’est la globalisation de cette idéologie haineuse. Un Australien commet un attentat en Nouvelle-Zélande, potentiellement inspiré par des idées françaises, en utilisant des références américaines et européennes. Le terrorisme suprémaciste blanc est devenu transnational, unifié par internet et une vision apocalyptique commune.

    L’échec des plateformes : quand la technologie facilite la haine

    La diffusion en direct du massacre pose des questions cruciales sur la responsabilité des plateformes technologiques. Comment un tel contenu a-t-il pu être diffusé pendant 17 minutes sans intervention ? Pourquoi les mécanismes de modération ont-ils échoué ?

    Les grandes plateformes de streaming et de réseaux sociaux se trouvent face à leurs contradictions. D’un côté, elles prônent la liberté d’expression et l’ouverture. De l’autre, elles deviennent les vecteurs involontaires de la propagande terroriste. Le live streaming, conçu pour partager des moments de vie, devient un outil de mort.

    La vitesse de propagation de la vidéo après l’attaque révèle également les limites de la modération. Malgré les efforts pour supprimer le contenu, des copies continuent de circuler, re-téléchargées en boucle par des sympathisants. La technologie qui devait nous rapprocher devient l’outil de diffusion de la haine la plus extrême.

    Comprendre pour combattre : les leçons d’une tragédie

    Cette attaque marque un tournant dans l’histoire du terrorisme. Elle révèle l’émergence d’une nouvelle génération de terroristes d’extrême droite, nourris par la culture internet, radicalisés dans les forums, et capables d’utiliser la technologie pour maximiser l’impact de leurs actes.

    Face à cette menace, plusieurs réponses s’imposent. D’abord, prendre au sérieux la radicalisation en ligne. Les forums extrémistes ne sont pas des espaces de « liberté d’expression » mais des incubateurs de haine. Ensuite, responsabiliser les plateformes technologiques. Elles ne peuvent plus se cacher derrière leur statut d’ »hébergeur neutre » quand leurs outils servent à diffuser des massacres.

    Enfin, et c’est peut-être le plus important, il faut combattre les idéologies qui nourrissent cette violence. La théorie du « grand remplacement » et autres fantasmes suprémacistes ne sont pas des « opinions » mais des appels à la haine qui préparent le passage à l’acte. Quand des politiciens mainstream reprennent ces rhétoriques, ils participent à la légitimation de la violence.

    Les musulmans de Christchurch priaient en paix ce vendredi. Ils ont été fauchés par la haine armée de technologie. Leur mort nous oblige. Elle nous oblige à regarder en face la montée du terrorisme suprémaciste blanc, à comprendre ses mécanismes, et à le combattre avec la même détermination que toute autre forme de terrorisme.

    Car ne nous y trompons pas : ce qui s’est passé à Christchurch n’est pas un acte isolé d’un « loup solitaire ». C’est le produit d’un écosystème de haine qui prospère en ligne et hors ligne. Un écosystème que nous avons trop longtemps laissé se développer. Il est temps d’agir.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Jeremy Matteo / Unsplash