Catégorie : ÉCONOMIE

  • La France face aux crises mondiales : entre impuissance et aveuglement
    La France face aux crises mondiales : entre impuissance et aveuglement
    Alors que les crises s’accumulent à l’échelle mondiale – espionnage américain, catastrophe nucléaire japonaise, guerre civile syrienne – la France semble tétanisée, incapable de définir une ligne claire et de défendre ses intérêts. Cette impuissance révèle une crise plus profonde de notre modèle politique et économique.

    Juillet 2013. Edward Snowden vient de révéler l’ampleur du système de surveillance américain. La planète entière découvre PRISM et XKeyscore. Et que fait la France ? Rien. Absolument rien. Pendant que le Venezuela de Maduro offre l’asile au lanceur d’alerte, nous restons silencieux. Pire, nous regardons ailleurs.

    Cette inaction face à Snowden n’est que la partie émergée de l’iceberg. Elle révèle une France qui a perdu sa boussole, incapable de prendre position sur les grands enjeux mondiaux, paralysée par ses propres contradictions internes. De la Syrie à Fukushima, de nos banlieues à notre économie moribonde, nous assistons impuissants à un monde qui change sans nous.

    L’affaire Snowden : quand la France renonce à ses valeurs

    Ce serait pourtant un signal fort et courageux que de donner à Snowden l’asile politique en Europe, avec une résidence en France, pays des droits de l’homme. Mais non. Nous préférons fermer les yeux sur les révélations du programme PRISM qui montrent que la NSA peut accéder à volonté aux données de millions de citoyens dans le monde.

    Les documents révélés par Snowden détaillent un système de surveillance d’une ampleur inédite. XKeyscore permet aux analystes de la NSA de fouiller dans les emails, chats, historiques de navigation de n’importe qui sans autorisation judiciaire. PRISM donne accès direct aux serveurs de Google, Facebook, Apple, Microsoft. Et nous, en France ? Nous faisons comme si de rien n’était.

    Cette lâcheté est d’autant plus incompréhensible que nous avons tout à gagner à prendre position. D’abord moralement : accueillir Snowden serait réaffirmer notre attachement aux libertés fondamentales. Ensuite stratégiquement : cela nous positionnerait comme un acteur indépendant face à l’hégémonie américaine. Enfin technologiquement : cela devrait nous pousser à investir massivement dans nos propres capacités de cybersécurité.

    Au lieu de cela, Fleur Pellerin, notre ministre déléguée au numérique, reste muette. Aucune stratégie, aucune vision, aucun investissement sérieux dans la souveraineté numérique française. Pendant ce temps, les États-Unis continuent d’aspirer nos données, de surveiller nos citoyens, de violer notre souveraineté. Et nous applaudissons.

    La poudrière syrienne : entre gesticulation et aveuglement

    Fin août 2013, la situation en Syrie atteint un point de non-retour. Des attaques chimiques sont rapportées dans la banlieue de Damas. Immédiatement, François Hollande et Barack Obama montent au créneau : il faut frapper Assad ! Punir le régime ! Intervenir militairement !

    Mais attendez. Où sont les preuves ? Qui a vraiment utilisé ces armes chimiques ? Et surtout, que se passera-t-il après les frappes ? Ces questions essentielles sont balayées d’un revers de main. Il faut agir, nous dit-on. Vite. Fort.

    La réalité sur le terrain est pourtant bien plus complexe. D’un côté, le régime d’Assad, certes autoritaire et brutal. De l’autre, une rébellion fragmentée où les groupes islamistes radicaux, dont Al-Qaïda, prennent de plus en plus d’importance. Si nous combattons l’armée syrienne aux côtés des rebelles, nous renforçons et armons de facto les terroristes. Les conséquences à moyen terme seront terribles.

    Vladimir Poutine, lui, a compris les enjeux. La Russie maintient son soutien à Assad non par amour du dictateur, mais par calcul géopolitique : mieux vaut un régime stable, même autoritaire, qu’un chaos islamiste aux portes de l’Europe. Et il a raison. L’histoire récente de l’Irak et de la Libye devrait nous avoir appris que renverser un dictateur sans plan pour la suite mène invariablement au chaos.

    Mais non. Notre ancien maire de Tulle devenu président et le prix Nobel de la paix Obama déploient une énergie folle pour déclencher ce qui pourrait devenir un véritable Armageddon. Car soyons clairs : si la France et les États-Unis frappent, la Russie ne restera pas les bras croisés. Et alors ? Sommes-nous prêts à un affrontement direct avec Moscou ? Pour quel objectif ? Avec quelle stratégie de sortie ?

    Le plus tragique, c’est que deux tiers des Français sont contre cette intervention. On ne mène pas une guerre à l’extérieur quand on a les deux tiers de son peuple à l’intérieur qui est contre ! C’est une absurdité démocratique autant que stratégique.

    Fukushima : le silence assourdissant sur la catastrophe qui vient

    Pendant que nous nous agitons sur la Syrie, une catastrophe bien plus grave se déroule dans l’indifférence générale. Fukushima continue de déverser des quantités massives d’eau radioactive dans l’océan Pacifique. L’ancien directeur de la centrale, resté héroïquement sur place pendant la catastrophe, vient de mourir d’un cancer à 58 ans. Un symbole tragique.

    Les dernières révélations sont terrifiantes. Toute la côte ouest des États-Unis, depuis l’Alaska jusqu’au Mexique, est et sera davantage contaminée par cette eau radioactive. Les courants marins transportent la contamination à travers tout le Pacifique. C’est un désastre écologique sans précédent qui se déroule au ralenti.

    Et que fait la France, pays le plus nucléarisé au monde par habitant ? Rien. Pas un mot de nos dirigeants. Pas un débat sérieux sur notre propre sécurité nucléaire. Pas un investissement massif dans les énergies renouvelables. Au contraire, nous continuons comme si de rien n’était, persuadés que « chez nous c’est différent ».

    Cette cécité volontaire est criminelle. Fukushima nous montre que même dans un pays technologiquement avancé comme le Japon, une catastrophe nucléaire majeure est possible. Les conséquences se mesurent en décennies, voire en siècles. Mais nous préférons regarder ailleurs.

    Nos banlieues : la bombe à retardement que personne ne veut voir

    Juillet 2013, Trappes. Des émeutes éclatent après un contrôle d’identité. Le commissariat est attaqué. Benoît Hamon, sur BFM TV, nous assure qu’il fait « bon vivre » à Trappes, que la ville a « beaucoup changé ». Mon dieu, Benoît, y êtes-vous allé récemment ?

    La réalité, c’est que nos banlieues sont des poudrières. Des territoires abandonnés par la République, livrés aux trafiquants et aux islamistes. Imaginez les conséquences si des attaques coordonnées de commissariats s’organisent dans nos banlieues. Ce n’est plus de la science-fiction, c’est une possibilité réelle.

    Mais nos élites préfèrent nier. Comme toujours. Claude Goasguen a le courage de casser le tabou, de parler de l’immigration incontrôlée, des frontières passoires, des faiblesses de la France. Il valide des arguments que seul le Front National osait porter jusqu’ici. Et il a raison.

    Car pendant que nous débattons du mariage pour tous – sujet certes important mais pas prioritaire – nos banlieues s’enfoncent dans la violence et le communautarisme. Les incidents de Brétigny-sur-Orge, où des cadavres auraient été dépouillés par des « jeunes », sont niés par notre ministre Cuvillier. Pourquoi ce déni systématique ? Par peur d’affronter la réalité ?

    L’économie française : le naufrage en cours

    François Fillon a raison : les feux sont au rouge depuis bientôt dix ans. On est même passé au pourpre, puis à l’écarlate. On est dans le mur ! Mais Hollande, lui, voit la reprise partout. Il nous assure même que chez nous, en France, c’est plus rapide qu’ailleurs ! L’aveuglement atteint des sommets.

    La réalité ? Des millions d’entrepreneurs fuient le pays. Ces Français qui s’expatrient ne sont pas des lâches mais des héros, des aventuriers, des courageux qui refusent de couler avec le navire. Les propriétaires de TPE et PME, premier employeur du pays et sa seule force vive, paient le prix fort de notre folie fiscale.

    Benoît Hamon veut « verdir l’impôt ». Traduction : il va noircir la vie des Français les plus actifs qui vont finir par voir rouge et voter bleu marine. Car c’est bien là que nous mène cette politique suicidaire : droit dans les bras du Front National.

    Detroit vient de se déclarer en faillite. Une ville américaine, débitrice envers plus de 100 000 créanciers qui ne seront jamais payés. Ce n’est que le début. Et nous, en France, nous continuons à dépenser sans compter, à taxer sans limite, à réglementer sans raison. Comme si les lois de l’économie ne s’appliquaient pas à nous.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : KOBU Agency / Unsplash

  • La France de 2013 : entre colère fiscale et espoir entrepreneurial
    La France de 2013 vit une période de tensions extrêmes entre un État qui taxe toujours plus et des entrepreneurs qui fuient massivement. Les Bonnets rouges bretons incarnent cette colère populaire face à une fiscalité devenue insupportable, pendant que le gouvernement peine à convaincre de sa capacité à redresser l’économie.

    Je regarde la France de cette fin 2013 avec un mélange de tristesse et de colère. Après des décennies passées à entreprendre dans ce pays, je constate que nous avons atteint un point de non-retour. Les entrepreneurs français ne manifesteront pas. Ne demanderont plus rien. Vous ne les trouverez simplement plus ici demain.

    L’exode silencieux des forces vives

    Chaque semaine, je croise des entrepreneurs qui préparent leurs valises. Pas des exilés fiscaux millionnaires dont parlent les médias, non. Des patrons de PME, des créateurs de startups, des artisans qui n’en peuvent plus. Le phénomène est massif mais invisible : contrairement aux Bonnets rouges bretons qui manifestent bruyamment, les entrepreneurs partent en silence.

    Les chiffres officiels minimisent l’ampleur du désastre. Mais sur le terrain, la réalité est brutale : les plus dynamiques, les plus innovants, les plus courageux s’en vont. Direction la Belgique, le Luxembourg, Londres, Singapour. Partout sauf en France.

    Ce qui me frappe, c’est que ces Français qui s’expatrient ne sont pas des lâches mais des héros, des aventuriers, des courageux. Il faut du cran pour tout quitter, recommencer ailleurs, affronter l’inconnu. Mais ils n’ont plus le choix : les charges sociales, patronales et les coûts salariaux additionnels sont devenus insupportables en France.

    Le poids écrasant de la fiscalité

    Prenons un exemple concret. Un entrepreneur qui veut embaucher un salarié à 2000 euros nets devra débourser près de 4000 euros. Entre les charges patronales, les charges salariales, les taxes diverses, le coût du travail a explosé. Comment être compétitif face à nos voisins européens dans ces conditions ?

    L’État français prélève désormais plus de 46% du PIB en impôts et cotisations diverses. Un record européen. Et ce n’est pas fini : Benoît Hamon veut « verdir l’impôt ». Traduction : de nouvelles taxes écologiques qui vont noircir la vie des Français les plus actifs.

    Les Bonnets rouges : symbole d’une France qui craque

    La Bretagne peut jouer un rôle historique dans le destin de la France si les Bretons sont prêts au sacrifice ultime. Les manifestations contre l’écotaxe ne sont que la partie émergée de l’iceberg. C’est tout un peuple qui dit stop.

    L’écotaxe, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Une taxe de plus, imposée par Bruxelles, appliquée aveuglément par Paris, qui va achever de tuer ce qui reste de notre compétitivité. Les transporteurs bretons l’ont compris : c’est leur survie qui est en jeu.

    Ce que les Bretons obtiennent comme résultats en Bretagne, les Français partout ailleurs peuvent l’obtenir aussi. Le mouvement des Bonnets rouges montre la voie : face à un État sourd aux revendications légitimes, seule la révolte paye.

    Un gouvernement déconnecté des réalités

    François Hollande ose parler de reprise économique. Il affirme même que chez nous en France c’est plus rapide qu’ailleurs ! De qui se moque-t-on ? La réalité c’est que la France est en décroissance et qu’en décroissance on ne croît plus, sauf à se défaire de ce qui plombe.

    Les politiciens ne peuvent rien comprendre des problèmes des Français. Au-dessus de 8000 euros de salaire mensuel, ils ne sont pas impactés par les mesures qu’ils prennent. Ils vivent dans une bulle dorée, complètement déconnectés de la France réelle.

    L’espoir Montebourg : dernier rempart avant le naufrage ?

    Pour tous les entrepreneurs français, le dernier espoir dans le gouvernement actuel, c’est Arnaud Montebourg. C’est beaucoup pour un seul homme. Mais reconnaissons son travail pour la sauvegarde du tissu économique, pour les entreprises.

    Avec ses 34 plans pour la nouvelle France industrielle, Montebourg offre une vision. À nous entrepreneurs de développer l’activité par la recherche et l’innovation. L’autorisation donnée pour l’exploration des mines en France va dans le bon sens. Il faut aller plus loin, avec le charbon notamment.

    En 2004, la France a fermé sa dernière mine de charbon. C’est la fin de son industrie minière, l’une de ses plus grandes erreurs stratégiques. Pendant que l’Allemagne exploite encore ses ressources, nous importons massivement. Quelle aberration !

    Réindustrialiser par étapes

    Pour réindustrialiser la France, procédons par étapes. Favorisons d’abord la création d’unités d’assemblage de produits importés. C’est ainsi que la Chine a commencé avant de devenir l’usine du monde.

    Mais attention : la France ne protège absolument pas assez ses entreprises technologiques, innovantes, performantes, exportatrices dans le jeu international. Nos fleurons industriels sont rachetés les uns après les autres par des groupes étrangers.

    La montée inexorable du Front National

    Beaucoup de Français rêvent d’être Brignolais aujourd’hui. La victoire du FN à Brignoles n’est que le début. Le Front National de Marine Le Pen est potentiellement le premier parti politique de France, et c’est un immense mouvement des patriotes.

    L’UMP se trompe en tapant sur le FN. Les Français sont nettement moins dupes. Ils voient bien que les partis traditionnels n’ont plus de solutions. Le pertinent éminent géopoliticien français Aymeric Chauprade rejoint le FN. Des wagons d’experts devraient suivre.

    Comprenez bien que la France n’est pas raciste, la France est méfiante ! En France nous avons le peuple patriote le moins raciste du monde, c’est plus de 20 années de voyages qui me permettent de l’affirmer.

    La question de l’immigration

    Ceux qui traitent les Français de racistes savent que la France n’est pas raciste, mais c’est le meilleur moyen d’atteindre le FN. La vérité c’est que les Français n’aiment pas les gens irrespectueux et incivilisés. Point.

    Je suis convaincu que de nos jours les Français font parfaitement la distinction entre les immigrés intégrés assimilés et la racaille. Claude Goasguen casse le tabou de l’immigration, des frontières, des faiblesses de la France. Il valide l’argumentation du FN. C’est courageux.

    Au risque de choquer, la France aurait énormément à gagner en ouvrant un peu ses portes aux immigrés philippins. Travailleurs, respectueux, catholiques, ils s’intègrent parfaitement. Mais nous préférons subir une immigration subie plutôt que choisie.

    Un pays au bord de la rupture

    Les Français doivent comprendre qu’il n’existe qu’une seule solution objective pour que la situation s’améliore. Elle sera politique et dure. Le système actuel est à bout de souffle.

    L’abaissement de la note de la France à AA par Standard & Poor’s va annuler tous les efforts fiscaux des Français. Nous payons le prix de décennies de gabegie. La France doit absolument disposer d’agences de notation concurrentes comme les Russes avec RusRating et les Chinois avec Dagong.

    Les touristes chinois, japonais, russes, arabes sont consternés, ébranlés par ce qu’ils ont vu de la France en rentrant chez eux. Notre image internationale s’effondre. Le pays des Lumières est devenu celui des grèves et de l’insécurité.

    2013, année charnière

    Une chanson va bientôt revenir à la mode en France… « Le Chant des Partisans ». Ce n’est pas une boutade. Le niveau de tension sociale atteint des sommets. Entre l’affaire Leonarda qui ridiculise notre administration et les Bonnets rouges qui défient l’État, le pouvoir vacille.

    En 2013, en France, toujours pas d’e-Government digne de ce nom. Pendant que l’Estonie dématérialise tous ses services publics, nous en sommes encore aux formulaires papier en trois exemplaires. Comment s’étonner de notre décrochage ?

    Le deal proposé à Leonarda résume tout : « soit la France, soit ta famille ». Que tous les Français qui le peuvent quittent le pays avant qu’il ne soit trop tard, parce que là, c’est plus possible !

    Quel avenir pour la France ?

    Je souhaite de tout cœur que la France retrouve la croissance et que les choses s’équilibrent et se stabilisent. Mais soyons lucides : sans changement radical de politique économique et fiscale, nous fonçons dans le mur.

    Si on continue, la France sera Marseille, mais avant ce sera Nice, Lyon, Paris et d’autres. Des zones de non-droit qui s’étendent, une économie qui s’effondre, une population qui se divise.

    Les entrepreneurs français ont longtemps rêvé de la réussite de Bernard Tapie qui était leur modèle. Ironiquement, ce modèle était socialiste ! Aujourd’hui, ils ne rêvent plus. Ils partent.

    Ni la France et encore moins l’Europe ne céderont sur l’implémentation de l’écotaxe. Nous entrons dans un très long conflit. Les Bonnets rouges ne sont que l’avant-garde d’une révolte plus large qui gronde.

    Bref. La France de 2013 est à un tournant historique. Soit nous prenons conscience de l’urgence et nous changeons radicalement de cap. Soit nous continuons dans le déni et nous courons à la catastrophe. Le choix est entre nos mains. Pour combien de temps encore ?

    Pour aller plus loin

    Sources et références

  • La défiscalisation des heures supplémentaires : entre promesses oubliées et réalité entrepreneuriale
    La défiscalisation des heures supplémentaires : entre promesses oubliées et réalité entrepreneuriale
    La défiscalisation des heures supplémentaires promise par François Hollande tarde à se concrétiser, laissant entrepreneurs et salariés dans l’expectative. Pendant ce temps, les patrons de PME réclament la possibilité d’ouvrir 7 jours sur 7 pour répondre aux besoins de leurs clients.

    J’attends. Comme des milliers d’entrepreneurs et des millions de salariés, j’attends de voir ce qu’il en est de cette fameuse défiscalisation des heures supplémentaires dont plus personne ne parle. Souvenez-vous, c’était l’une des promesses phares de François Hollande pendant la campagne présidentielle de 2012. Nous sommes fin septembre 2013, et toujours rien.

    Le silence est assourdissant. Pire, pendant que le gouvernement tergiverse sur cette mesure qui pourrait redonner du pouvoir d’achat aux salariés et de la compétitivité aux entreprises, nous, patrons de PME, nous battons contre des réglementations archaïques qui nous empêchent de répondre aux besoins de nos clients.

    La promesse oubliée de François Hollande

    Retour en arrière. Durant la campagne présidentielle de 2012, François Hollande avait promis de « rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires pour les entreprises de moins de 20 salariés ». Une mesure censée corriger partiellement la suppression totale de la défiscalisation mise en place par Nicolas Sarkozy en 2007 avec la loi TEPA.

    Cette loi Sarkozy, rappelons-le, permettait aux salariés de gagner plus sans payer plus d’impôts ni de charges sociales sur leurs heures supplémentaires. Un dispositif qui avait ses défauts, certes, mais qui avait le mérite d’exister et de mettre un peu de beurre dans les épinards de ceux qui acceptaient de travailler plus.

    La gauche l’avait critiquée, arguant qu’elle coûtait trop cher à l’État (environ 4,5 milliards d’euros par an) et qu’elle favorisait les heures supplémentaires au détriment de l’embauche. Soit. Mais une fois au pouvoir, que propose-t-elle à la place ? Un ersatz de mesure limitée aux TPE qui tarde à voir le jour.

    Nous sommes maintenant à plus d’un an de l’élection de François Hollande. La loi de finances rectificative de juillet 2012 a bien supprimé la défiscalisation des heures supplémentaires héritée de Sarkozy. Mais la nouvelle mouture promise ? Aux abonnés absents.

    Le double langage gouvernemental

    Ce qui me frappe, c’est le décalage abyssal entre les discours et les actes. D’un côté, on nous parle de « redressement productif », de « pacte de compétitivité », de soutien aux entreprises. De l’autre, on maintient des carcans réglementaires qui nous empêchent de travailler.

    Prenez mon cas. Je dirige une PME dans le secteur technologique. Mes clients sont internationaux, ils travaillent 24h/24, 7j/7. Quand un serveur tombe le dimanche, ils n’attendent pas le lundi pour qu’on intervienne. Mais voilà, la réglementation française me complique considérablement la tâche pour organiser le travail le dimanche.

    Et je ne suis pas le seul. Des milliers d’artisans, de commerçants, de prestataires de services sont dans la même situation. Nous avons des clients prêts à payer pour des services le dimanche, nous avons des salariés volontaires pour travailler ce jour-là (moyennant une rémunération majorée, bien sûr), mais nous nous heurtons à un mur réglementaire.

    C’est pour cela que j’ai interpellé directement plusieurs ministres sur Twitter. Nous exigeons simplement de pouvoir ouvrir nos entreprises 7 jours sur 7 pour servir nos clients et offrir du travail supplémentaire rémunéré à nos employés volontaires. Est-ce trop demander en 2013 ?

    La réalité économique contre l’idéologie

    Le problème de fond, c’est que nos gouvernants semblent vivre dans une bulle idéologique déconnectée de la réalité économique. Ils raisonnent encore avec des schémas des années 1970, quand l’économie était essentiellement industrielle, les marchés nationaux et la concurrence limitée.

    Aujourd’hui, nous sommes dans une économie de services mondialisée. Nos concurrents allemands, britanniques ou américains n’ont pas nos contraintes. Pendant que nous débattons de la possibilité d’ouvrir le dimanche, eux raflent les marchés.

    Prenons l’exemple du commerce en ligne. Amazon livre 7 jours sur 7. Les pure players étrangers sont ouverts 24h/24. Et nous, petits e-commerçants français, nous devons expliquer à nos clients qu’on ne peut pas traiter leur commande le dimanche parce que la loi nous l’interdit ? C’est du suicide économique programmé.

    La défiscalisation des heures supplémentaires s’inscrit dans cette même logique. Au lieu de faciliter le travail de ceux qui veulent travailler plus et gagner plus, on maintient un système qui décourage l’effort. Résultat : les salariés motivés sont frustrés, les entreprises perdent en compétitivité, et l’économie stagne.

    Les vrais enjeux derrière le débat

    Au-delà de la simple question fiscale, ce débat révèle des enjeux fondamentaux pour notre société :

    • La liberté de travailler : pourquoi empêcher ceux qui le souhaitent de travailler plus pour améliorer leur niveau de vie ?
    • La compétitivité des entreprises : comment rivaliser avec nos concurrents si nous avons les mains liées ?
    • L’adaptation aux nouveaux modes de consommation : les clients veulent du service quand ils en ont besoin, pas quand l’administration le décide
    • La création d’emplois : contrairement à ce qu’affirment certains, permettre plus de flexibilité crée des opportunités d’emploi

    Ce qui m’agace particulièrement, c’est l’argument selon lequel favoriser les heures supplémentaires empêcherait les embauches. C’est une vision statique et erronée de l’économie. Dans la réalité, une entreprise qui peut répondre à plus de demandes grâce aux heures supplémentaires génère plus de chiffre d’affaires, et finit par embaucher pour faire face à la croissance.

    J’ai vu ce phénomène des dizaines de fois dans ma carrière. Une petite boîte commence avec 3 personnes qui font des heures sup’ pour honorer les commandes. Six mois plus tard, elle embauche 2 personnes supplémentaires. Un an après, elle en est à 10 salariés. Mais si vous l’aviez bridée au départ, elle n’aurait jamais décollé.

    Les propositions concrètes des entrepreneurs

    Face à l’immobilisme gouvernemental, nous, entrepreneurs, avons des propositions concrètes et réalistes :

    • Défiscalisation totale des heures supplémentaires jusqu’à 10 heures par semaine : cela permettrait aux salariés de gagner jusqu’à 25% de plus sans surcoût pour l’entreprise
    • Liberté d’ouverture 7j/7 pour toutes les entreprises volontaires : avec majoration obligatoire de 100% pour le travail dominical
    • Assouplissement du seuil des 35 heures : possibilité de passer à 39 heures hebdomadaires par accord d’entreprise
    • Création d’un statut de « salarié entrepreneur » : pour ceux qui veulent cumuler emploi salarié et activité indépendante

    Ces mesures ne sont pas révolutionnaires. Elles existent déjà dans de nombreux pays européens qui, curieusement, affichent des taux de chômage bien inférieurs au nôtre. Mais voilà, en France, on préfère débattre pendant des mois plutôt que d’agir.

    L’urgence d’agir

    Pendant que nos gouvernants tergiversent, l’économie française continue de s’enfoncer. Le chômage atteint des records, la croissance est atone, et nos entreprises perdent des parts de marché face à la concurrence internationale.

    La défiscalisation des heures supplémentaires n’est pas une solution miracle, mais c’est un levier parmi d’autres pour redonner de la dynamique à notre économie. Couplée à une vraie libéralisation des horaires de travail, elle pourrait créer un cercle vertueux : plus de pouvoir d’achat pour les salariés, plus de flexibilité pour les entreprises, plus de services pour les consommateurs.

    Mais pour cela, il faudrait que nos dirigeants sortent de leur tour d’ivoire et écoutent ceux qui font l’économie réelle : les entrepreneurs et les salariés. Au lieu de cela, on assiste à un dialogue de sourds où les positions idéologiques l’emportent sur le pragmatisme.

    Bref. La défiscalisation des heures supplémentaires, c’est pour quand ? Le travail du dimanche libéralisé, c’est pour quand ? La fin des carcans réglementaires qui nous empêchent d’être compétitifs, c’est pour quand ?

    J’ai bien peur que la réponse soit : pas avant que la situation ne devienne tellement catastrophique qu’il n’y aura plus d’autre choix que de prendre les mesures qui s’imposent. En attendant, nous continuerons à nous battre avec un bras attaché dans le dos face à nos concurrents internationaux.

    Et vous, qu’en pensez-vous ? Faut-il attendre que l’économie française touche le fond pour enfin libérer les énergies ? Ou peut-on espérer un sursaut de lucidité de nos gouvernants ?

    Pour aller plus loin

    • Rapport du Conseil d’Analyse Économique sur les 35 heures (2012)
    • Étude comparative des régimes d’heures supplémentaires en Europe (OCDE, 2013)
    • « Le travail du dimanche en France : enjeux et perspectives » – Institut Montaigne (2013)
    • Les propositions du MEDEF sur l’assouplissement du temps de travail (septembre 2013)

    Sources et références

    • Loi n° 2007-1223 du 21 août 2007 en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat (loi TEPA)
    • Loi de finances rectificative pour 2012 (n° 2012-958 du 16 août 2012)
    • Données INSEE sur l’évolution du nombre d’heures supplémentaires (2007-2013)
    • Rapport de la Cour des comptes sur le coût de la défiscalisation des heures supplémentaires (2011)

    Photo : Vitaly Gariev / Unsplash

  • 80 heures par semaine : quand l’administration découvre la réalité entrepreneuriale
    80 heures par semaine : quand l’administration découvre la réalité entrepreneuriale
    L’administration fiscale ne comprend pas qu’un entrepreneur puisse travailler 80 heures par semaine. Cette incompréhension illustre le décalage profond entre la réalité entrepreneuriale et la vision bureaucratique du travail, avec des conséquences directes sur la réglementation et la fiscalité des PME.

    « L’administration ne comprend pas comment vous pouvez travailler 80 heures par semaine. » Cette phrase, un agent du fisc me l’a lâchée lors d’un contrôle, avec un mélange de perplexité et de suspicion. Comme si déclarer travailler plus de deux fois les 35 heures légales était forcément le signe d’une fraude quelconque.

    Cette anecdote révèle un problème bien plus profond que la simple méconnaissance du monde entrepreneurial par l’administration. Elle illustre un décalage culturel, économique et réglementaire qui pénalise directement les créateurs de richesse de ce pays.

    La réalité méconnue du patron de PME

    Quand je dis que je travaille 80 heures par semaine, ce n’est pas une figure de style. C’est une réalité partagée par des milliers de chefs d’entreprise en France. Une étude de l’INSEE de 2010 révélait déjà que 55% des dirigeants de PME travaillent plus de 50 heures par semaine, et près d’un quart dépassent les 60 heures.

    Mais qu’est-ce que cela représente concrètement ? C’est se lever à 6h pour traiter les mails urgents avant l’ouverture. C’est enchaîner les rendez-vous clients, gérer la production, négocier avec les fournisseurs, s’occuper de l’administratif le soir. C’est travailler le samedi pour préparer la semaine suivante, et souvent le dimanche pour rattraper le retard.

    Cette charge de travail n’est pas un choix masochiste. Elle est dictée par la réalité économique : dans un marché ultra-concurrentiel, avec des marges réduites et une pression fiscale écrasante, le patron de PME n’a souvent que son temps comme variable d’ajustement.

    Le fossé culturel entre public et privé

    L’incompréhension de l’agent du fisc n’est pas anecdotique. Elle révèle un fossé culturel béant entre deux France qui ne se comprennent plus. D’un côté, une fonction publique où les 35 heures sont la norme, où les heures supplémentaires sont comptées et compensées. De l’autre, des entrepreneurs pour qui la notion même d’horaires fixes n’a aucun sens.

    Ce décalage n’est pas qu’une question de mentalité. Il a des conséquences très concrètes :

    • Les contrôles fiscaux qui considèrent comme suspect tout écart à la norme
    • Une réglementation du travail pensée pour le salariat et inadaptée à l’entrepreneuriat
    • Des charges sociales calculées sur des bases forfaitaires déconnectées de la réalité
    • Une incompréhension mutuelle qui alimente la défiance entre administration et entreprises

    Comment peut-on élaborer des politiques publiques pertinentes quand ceux qui les conçoivent n’ont aucune idée de la réalité qu’ils prétendent réguler ?

    L’hypocrisie du débat sur le temps de travail

    Pendant que les politiques débattent doctement du passage aux 32 heures ou du maintien des 35 heures, des milliers de patrons de PME continuent leurs semaines de 80 heures dans l’indifférence générale. Le paradoxe est saisissant : on légifère sur la réduction du temps de travail salarié tout en ignorant superbement ceux qui créent ces emplois.

    Plus ironique encore, ce sont souvent les mêmes qui prônent la réduction du temps de travail et qui s’offusquent du chômage de masse. Comme si la création d’emplois pouvait se faire sans l’investissement personnel démesuré de ceux qui prennent le risque d’entreprendre.

    J’exige, comme des milliers d’autres entrepreneurs, de pouvoir ouvrir nos entreprises 7 jours sur 7 si le marché le demande. Non pas pour exploiter qui que ce soit, mais pour répondre aux besoins de nos clients et offrir du travail à ceux qui le souhaitent. Car oui, il existe des salariés volontaires pour travailler le dimanche, notamment des étudiants ou des personnes cherchant un complément de revenu.

    Les vrais enjeux économiques

    Derrière cette question du temps de travail se cache un enjeu économique majeur. Dans une économie mondialisée, nos concurrents ne s’embarrassent pas de nos débats franco-français sur les 35 heures. Pendant qu’on ergote, les entrepreneurs allemands, américains ou asiatiques travaillent et conquièrent des parts de marché.

    La rigidité de notre réglementation du travail pénalise directement notre compétitivité :

    • Impossibilité d’adapter rapidement les horaires aux pics d’activité
    • Coûts prohibitifs des heures supplémentaires qui découragent la flexibilité
    • Complexité administrative qui absorbe un temps précieux
    • Risque juridique permanent pour tout écart à la norme

    Le résultat ? Des PME qui renoncent à des marchés faute de pouvoir s’adapter. Des emplois non créés. Une économie qui tourne au ralenti pendant que nos voisins accélèrent.

    Le cas spécifique du commerce et de l’artisanat

    Pour les artisans et commerçants, l’interdiction du travail dominical est particulièrement absurde. Dans de nombreux secteurs, le dimanche représente un pic d’activité potentiel. Les clients sont disponibles, ils ont envie de consommer, mais les boutiques sont fermées.

    Nos artisans volontaires pourraient parfaitement travailler 7 jours sur 7 s’il y avait un marché. Et ce marché existe ! Il suffit de voir les files d’attente devant les rares commerces autorisés à ouvrir le dimanche pour s’en convaincre.

    Repenser le modèle français

    Il est temps de sortir de cette schizophrénie française qui glorifie l’entrepreneuriat dans les discours tout en l’entravant dans les faits. Quelques pistes de réflexion :

    Reconnaître la spécificité entrepreneuriale. Un chef d’entreprise n’est pas un salarié. Son temps de travail ne peut pas être encadré de la même manière. Il faut adapter la fiscalité et les charges sociales à cette réalité.

    Libéraliser l’ouverture dominicale. Laissons les entreprises volontaires ouvrir 7 jours sur 7, avec des salariés volontaires et correctement rémunérés. Le marché régulera naturellement cette pratique.

    Simplifier drastiquement la réglementation. Chaque heure passée à remplir des formulaires est une heure perdue pour développer l’activité. La simplification administrative doit devenir une priorité absolue.

    Former les agents de l’administration. Comment peut-on contrôler efficacement ce qu’on ne comprend pas ? Des stages en entreprise pour les fonctionnaires seraient un début.

    L’entrepreneuriat, ce sacerdoce incompris

    Travailler 80 heures par semaine n’est pas une fierté, c’est une nécessité. C’est le prix à payer pour créer, développer et maintenir une entreprise dans le contexte français actuel. C’est accepter de sacrifier ses soirées, ses week-ends, parfois sa santé, pour un projet qui dépasse le simple enrichissement personnel.

    Car contrairement à ce que semble penser l’administration, la plupart des patrons de PME ne roulent pas sur l’or. Beaucoup gagnent moins que leurs salariés les mieux payés, surtout si on ramène leur rémunération au taux horaire. Mais ils continuent, portés par la passion d’entreprendre, la fierté de créer des emplois, l’envie de construire quelque chose qui leur survivra.

    Cette incompréhension administrative n’est pas qu’une anecdote amusante. Elle est le symptôme d’un mal plus profond : l’incapacité de notre système à comprendre et valoriser ceux qui prennent des risques pour créer de la richesse collective.

    Alors oui, je travaille 80 heures par semaine. Et je continuerai tant que ce sera nécessaire. Pas par masochisme, mais par nécessité économique et par passion entrepreneuriale. J’aimerais simplement que ceux qui nous gouvernent et nous contrôlent comprennent cette réalité. Est-ce vraiment trop demander ?

    Pour aller plus loin

    • « La France des petits patrons » de Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis – Une plongée dans la réalité des dirigeants de PME
    • Rapport du Conseil d’Analyse Économique sur le temps de travail (2013) – Pour comprendre les enjeux économiques
    • « L’entrepreneur et l’État » de Xavier Fontanet – Une réflexion sur les relations complexes entre entrepreneuriat et administration
    • Observatoire CGPME de l’emploi dans les PME – Des données concrètes sur la réalité des petites entreprises

    Sources et références

    • INSEE, Enquête Emploi du temps 2009-2010, « Le temps de travail des indépendants »
    • Rapport de la Commission Bailly sur l’ouverture dominicale des commerces (2013)
    • Étude CGPME « Les patrons de PME face au temps de travail » (2012)
    • Données Eurostat sur le temps de travail comparé en Europe (2013)

    Photo : Vitaly Gariev / Unsplash

  • Ouvrir 7 jours sur 7 : le cri du cœur des entrepreneurs face aux rigidités françaises
    Ouvrir 7 jours sur 7 : le cri du cœur des entrepreneurs face aux rigidités françaises
    Face à une concurrence mondialisée et des consommateurs qui veulent tout, tout de suite, les entrepreneurs français se heurtent à un cadre légal rigide qui les empêche d’ouvrir quand leurs clients le demandent. Un paradoxe économique qui révèle les tensions profondes entre protection sociale et compétitivité.

    « Nous exigeons de pouvoir ouvrir nos entreprises 7 jours sur 7! » Ce cri du cœur, je l’ai poussé ce dimanche matin. Pas par provocation, mais par exaspération. Exaspération de voir mes concurrents étrangers rafler des marchés pendant que nous, entrepreneurs français, sommes ligotés par des règles d’un autre temps.

    Le sujet dépasse largement la simple question des heures supplémentaires ou du travail dominical. C’est toute une vision de l’entreprise et du travail qui est en jeu. D’un côté, des entrepreneurs qui veulent servir leurs clients et créer de l’emploi. De l’autre, un système qui nous en empêche au nom de principes certes louables, mais totalement déconnectés des réalités économiques de 2013.

    Le paradoxe français : protéger les salariés en tuant l’emploi

    Commençons par poser les faits. En France, le Code du travail limite strictement l’ouverture dominicale des commerces. Seuls certains secteurs y ont droit : alimentaire jusqu’à 13h, zones touristiques, services d’urgence… Pour les autres? C’est la croix et la bannière. Des dérogations au compte-gouttes, des procédures administratives kafkaïennes, et surtout, une suspicion permanente.

    Pendant ce temps, nos voisins européens avancent. En Allemagne, les Länder décident librement. Au Royaume-Uni, le Sunday Trading Act permet une large ouverture. Même l’Espagne, pourtant pas réputée pour son libéralisme économique, autorise 90 heures d’ouverture hebdomadaire dans certaines zones.

    Résultat? Les consommateurs français traversent les frontières pour faire leurs achats le dimanche. Les touristes étrangers s’étonnent de trouver portes closes dans la « capitale mondiale du shopping ». Et nous, entrepreneurs, regardons passer les opportunités.

    Le plus ironique? Cette protection censée préserver l’emploi aboutit exactement à l’inverse. Combien de jeunes seraient ravis de travailler le dimanche pour financer leurs études? Combien de salariés apprécieraient ces heures supplémentaires pour boucler leurs fins de mois? Mais non, au nom du « repos dominical », on préfère les maintenir dans la précarité.

    La défiscalisation des heures supplémentaires : une fausse bonne idée?

    François Hollande l’avait promis pendant sa campagne : remettre en cause la défiscalisation des heures supplémentaires mise en place par Nicolas Sarkozy. Un an et demi après son élection, le dispositif est toujours en sursis. Les syndicats poussent pour sa suppression totale, arguant qu’il favorise les heures sup’ au détriment de l’embauche. Le patronat, lui, défend bec et ongles ce qui reste l’un des rares leviers de flexibilité.

    Mais posons-nous la vraie question : pourquoi avons-nous besoin de défiscaliser les heures supplémentaires? Parce que le coût du travail en France est prohibitif! Entre charges patronales, charges salariales, CSG, CRDS et j’en passe, une heure supplémentaire coûte une fortune à l’entreprise pour un gain net dérisoire pour le salarié.

    La défiscalisation n’est qu’un pansement sur une jambe de bois. Ce qu’il faudrait, c’est repenser complètement notre modèle. Baisser massivement les charges sur le travail. Simplifier le mille-feuille réglementaire. Faire confiance aux entreprises et aux salariés pour s’organiser.

    Au lieu de ça, on chipote sur quelques euros de défiscalisation pendant que nos entreprises perdent en compétitivité. C’est l’arbre qui cache la forêt de nos rigidités structurelles.

    Le volontariat : ce concept révolutionnaire qui effraie

    J’ai employé sciemment le mot « volontaires » dans mes interpellations aux ministres. Volontaires! Pas « forcés », pas « exploités », mais volontaires. Des salariés qui VEULENT travailler plus pour gagner plus. Des entrepreneurs qui VEULENT servir leurs clients quand ceux-ci sont disponibles.

    Mais voilà, en France, le volontariat est suspect. On préfère croire que tout patron est un exploiteur en puissance et tout salarié une victime potentielle. Cette vision manichéenne empoisonne le dialogue social et paralyse toute réforme.

    Prenons l’exemple concret d’un restaurant. Le dimanche, les familles sortent, les touristes visitent, la demande explose. Mais impossible d’ouvrir sans se heurter à mille contraintes. Résultat? Le restaurateur perd du chiffre d’affaires, les serveurs perdent des pourboires, les clients vont ailleurs. Qui y gagne?

    Même chose pour les commerces. Un magasin de bricolage fermé le dimanche, c’est absurde! C’est justement le jour où les gens ont le temps de faire leurs travaux. Mais non, il faut protéger les salariés… contre leur propre volonté de travailler!

    La réalité du terrain contre l’idéologie

    Ce qui me frappe dans ce débat, c’est le décalage abyssal entre les décideurs et le terrain. À Paris, dans les ministères, on théorise sur le « vivre ensemble » et la « qualité de vie ». Sur le terrain, les artisans et les PME se battent pour survivre.

    Un plombier qui ne peut pas intervenir le dimanche, c’est un client qui appelle un concurrent moins regardant sur la réglementation. Un commerce fermé quand les clients sont disponibles, c’est du chiffre d’affaires qui part sur Internet ou à l’étranger.

    La digitalisation accélère encore ce phénomène. Amazon livre 7 jours sur 7. Les sites étrangers sont accessibles 24h/24. Pendant qu’on ergote sur le repos dominical, le commerce en ligne grignote inexorablement les parts de marché du commerce physique.

    Et que dire de la concurrence déloyale? Les grandes surfaces contournent allègrement la réglementation avec des concepts de « dépannage » ou des implantations en zones dérogatoires. Les petits commerces, eux, n’ont pas les moyens de jouer avec les règles. Deux poids, deux mesures.

    Vers une révolution copernicienne?

    Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas de rustines comme la défiscalisation des heures supplémentaires. C’est d’une révolution copernicienne de notre rapport au travail et à l’entreprise.

    Premier principe : faire confiance. Confiance aux entrepreneurs pour organiser leur activité. Confiance aux salariés pour négocier leurs conditions de travail. L’État doit fixer un cadre minimal, pas régenter chaque minute de nos vies professionnelles.

    Deuxième principe : la flexibilité. Le monde a changé. Les frontières sont abolies, la concurrence est mondiale, les consommateurs sont exigeants. Nos règles doivent s’adapter, pas l’inverse.

    Troisième principe : la responsabilité. Oui aux droits, mais aussi aux devoirs. Un salarié volontaire pour travailler le dimanche doit pouvoir le faire. Un entrepreneur qui abuse doit être sanctionné. Simple, non?

    Mais pour cela, il faudrait que nos dirigeants sortent de leur tour d’ivoire. Qu’ils écoutent vraiment les entrepreneurs, pas seulement les grandes fédérations patronales déconnectées du terrain. Qu’ils comprennent que derrière chaque règle absurde, il y a des emplois perdus et des opportunités manquées.

    L’urgence d’agir

    Le temps presse. Chaque jour qui passe creuse l’écart avec nos concurrents. Chaque règle maintenue par idéologie affaiblit notre tissu économique. Chaque entrepreneur découragé, c’est des emplois en moins et de la richesse qui s’évapore.

    Les ministres que j’ai interpellés – Cazeneuve, Hamon, Montebourg – connaissent ces enjeux. Mais sont-ils prêts à affronter les conservatismes? À bousculer les corporatismes? À prendre le risque politique de réformes impopulaires à court terme mais vitales à long terme?

    J’en doute. Le courage politique est une denrée rare en France. On préfère les effets d’annonce aux réformes de fond. Les symboles aux résultats. Les postures aux solutions.

    Pourtant, il suffirait de peu. Autoriser l’ouverture dominicale sur la base du volontariat. Simplifier drastiquement le Code du travail. Baisser massivement les charges. Faire confiance aux acteurs économiques. Bref, libérer les énergies au lieu de les brider.

    Est-ce trop demander? Dans la France de 2013, manifestement oui. Mais jusqu’à quand pourrons-nous maintenir ce modèle à bout de souffle? Jusqu’à quand nos entreprises accepteront-elles ce carcan? Jusqu’à quand nos jeunes tolèreront-ils d’être privés d’opportunités au nom de principes d’un autre âge?

    La balle est dans le camp du gouvernement. Nous, entrepreneurs, avons fait notre part : nous avons alerté, proposé, demandé. Si rien ne bouge, nous saurons nous souvenir de qui porte la responsabilité du déclin économique français. Et nous agirons en conséquence, que ce soit dans les urnes ou… avec nos pieds.

    Pour aller plus loin

    • « Le travail du dimanche en Europe » – Étude comparative du Centre d’analyse stratégique (2009)
    • « La défiscalisation des heures supplémentaires : bilan et perspectives » – Rapport de la Cour des comptes (2012)
    • « Libérer la croissance française » – Rapport de la Commission Attali (2008)
    • « Le coût du travail en France » – Note de l’Institut Montaigne (2013)
    • « Commerce et distribution : l’urgence de la modernisation » – Étude de la CCI Paris (2013)

    Sources et références

    • Code du travail français – Articles L3132-1 et suivants sur le repos dominical
    • Loi TEPA du 21 août 2007 sur la défiscalisation des heures supplémentaires
    • Données INSEE sur l’emploi et le temps de travail (2013)
    • Eurostat – Comparaisons européennes du temps de travail (2012)
    • Rapport Bailly sur le travail dominical (2013)

    Photo : the blowup / Unsplash

  • Ultra-libéralisme : quand le libéralisme perd la raison
    Ultra-libéralisme : quand le libéralisme perd la raison
    Le libéralisme économique porte en lui les germes de sa propre perversion. Quand les principes de liberté économique s’affranchissent de toute régulation, ils deviennent destructeurs : c’est l’ultra-libéralisme, cette boîte de Pandore ouverte qui menace nos sociétés.

    Vous me connaissez, je ne suis pas du genre à mâcher mes mots. Aujourd’hui, parlons d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur : la dérive du libéralisme vers ce que j’appelle l’ultra-libéralisme. Oui, je sais, certains vont me dire que ce terme n’existe pas, qu’il s’agit d’une invention de la gauche pour discréditer le libéralisme. Permettez-moi de vous démontrer le contraire.

    Le libéralisme : une idée noble dévoyée

    Commençons par le commencement. Le libéralisme économique, dans sa conception originelle, c’est quoi ? C’est l’idée que la liberté d’entreprendre, la concurrence et le marché sont les meilleurs moyens d’organiser l’économie. Adam Smith, au XVIIIe siècle, parlait de la « main invisible » du marché qui guide l’intérêt individuel vers l’intérêt collectif. Belle théorie.

    En France, nous avons une tradition libérale qui remonte à Turgot et aux physiocrates. Le libéralisme, c’est aussi l’héritage des Lumières : la liberté individuelle, la propriété privée, l’État de droit. Des valeurs que je partage, d’ailleurs. Entrepreneur depuis plus de vingt ans, je sais ce que c’est que de créer, d’innover, de prendre des risques.

    Mais voilà, entre la théorie et la pratique, il y a un monde. Et ce monde, aujourd’hui, ressemble de plus en plus à un champ de bataille où les plus forts écrasent les plus faibles sans aucune régulation.

    Ma définition de l’ultra-libéralisme

    Alors oui, je le dis haut et fort : l’ultra-libéralisme existe. Et ma définition est simple : c’est le « mauvais libéralisme ». Plus précisément, c’est un libéralisme hors de contrôle, destructeur, qui a perdu toute mesure et toute raison.

    Imaginez un moteur de voiture. Le libéralisme, c’est le moteur qui fait avancer l’économie. L’ultra-libéralisme, c’est quand vous appuyez à fond sur l’accélérateur, que vous coupez les freins et que vous foncez droit dans le mur. C’est la boîte de Pandore du libéralisme, ouverte en grand.

    Concrètement, l’ultra-libéralisme se manifeste par :

    • La dérégulation totale des marchés financiers qui conduit aux crises à répétition
    • La course au moins-disant social et fiscal entre les pays
    • La privatisation de services publics essentiels sans garde-fous
    • L’accumulation sans limite de richesses par une minorité
    • La destruction de l’environnement au nom du profit à court terme

    Les ravages de l’extrémisme économique

    Regardons les faits. La crise de 2008, dont nous subissons encore les conséquences cinq ans après, n’est-elle pas le fruit de cet ultra-libéralisme débridé ? Les banques ont joué au casino avec l’argent des épargnants, les agences de notation ont fermé les yeux, les régulateurs ont abdiqué. Résultat : des millions de chômeurs, des États surendettés, une récession mondiale.

    En Europe, que voyons-nous ? La Grèce saignée à blanc par les plans d’austérité. L’Espagne avec 26% de chômage. Le Portugal, l’Irlande, l’Italie qui vacillent. Et partout, la même recette : privatisations, coupes budgétaires, flexibilisation du marché du travail. L’ultra-libéralisme en action.

    Chez nous, en France, les délocalisations s’accélèrent. Des usines ferment pour rouvrir en Roumanie ou en Chine. Normal, me direz-vous, c’est la concurrence. Mais quelle concurrence ? Celle où un ouvrier chinois travaille 12 heures par jour pour 200 euros par mois ? Celle où les entreprises peuvent jouer les paradis fiscaux les uns contre les autres ?

    Libéralisme versus ultra-libéralisme : une question de mesure

    Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Je ne suis pas contre le libéralisme. Le libéralisme est un terme mélioratif quand on le compare à l’ultra-libéralisme, qui est péjoratif. Les deux ne sont pas opposés : l’un est la dérive de l’autre.

    Le libéralisme bien compris, c’est :

    • La liberté d’entreprendre dans un cadre régulé
    • La concurrence loyale et non faussée
    • La protection de la propriété privée ET de l’intérêt général
    • L’innovation au service du progrès humain
    • Un État qui joue son rôle d’arbitre et de stratège

    L’ultra-libéralisme, c’est quand ces principes sont poussés à l’extrême, sans garde-fous, sans limites, sans considération pour les conséquences humaines et sociales.

    Les signes qui ne trompent pas

    Comment reconnaître l’ultra-libéralisme ? Voici quelques symptômes qui devraient vous alerter :

    La financiarisation de l’économie

    Quand la finance représente une part croissante du PIB, quand les entreprises gagnent plus d’argent avec leurs placements qu’avec leur activité principale, quand les traders sont mieux payés que les ingénieurs, on a un problème. En 2013, le secteur financier représente près de 5% du PIB français, contre 2,5% il y a trente ans.

    Les inégalités explosent

    Les chiffres sont têtus. Selon l’INSEE, les 10% les plus riches possèdent 50% du patrimoine total en France. Les 1% les plus riches en détiennent 20%. Cette concentration de richesses n’a cessé de s’accentuer depuis les années 1980. Est-ce cela, la « main invisible » du marché ?

    La précarisation généralisée

    CDD, intérim, auto-entrepreneuriat forcé… La flexibilité tant vantée se traduit par une précarité croissante. Un jeune sur quatre est au chômage. Ceux qui travaillent enchaînent les contrats courts. L’ultra-libéralisme a transformé le travail en variable d’ajustement.

    Pourquoi je préfère parler d’extrême-libéralisme

    Souvent, je remplace ultra-libéral par extrême-libéral. Pourquoi ? Parce que cela traduit mieux la radicalité de cette dérive. L’extrémisme, qu’il soit politique ou économique, c’est toujours la négation de la mesure, du compromis, de l’équilibre.

    L’extrême-libéralisme, c’est l’idéologie qui considère que tout doit être soumis aux lois du marché : la santé, l’éducation, la culture, l’environnement. C’est Margaret Thatcher qui déclarait « There is no alternative ». C’est Reagan qui affirmait « Government is the problem ».

    Cette idéologie a ses grands prêtres : les économistes de l’École de Chicago, Milton Friedman en tête. Ses laboratoires : le Chili de Pinochet, la Russie d’Eltsine. Ses résultats : des sociétés fracturées, des économies instables, des démocraties affaiblies.

    L’Europe face au défi ultra-libéral

    L’Union européenne est aujourd’hui le terrain de jeu favori de l’ultra-libéralisme. La Commission européenne, sous l’influence des lobbies, pousse à toujours plus de dérégulation. La directive Bolkestein voulait mettre en concurrence les travailleurs européens. Le pacte budgétaire impose l’austérité partout.

    Regardez ce qui se passe avec la BCE. Son seul mandat : lutter contre l’inflation. Pas un mot sur l’emploi, la croissance, le bien-être des citoyens. Pendant ce temps, la Fed américaine a un double mandat qui inclut le plein emploi. Cherchez l’erreur.

    Les traités européens ont gravé dans le marbre les principes de l’ultra-libéralisme : concurrence libre et non faussée, interdiction des aides d’État, liberté totale de circulation des capitaux. Résultat : les États sont pieds et poings liés face aux marchés financiers.

    Vers un libéralisme responsable ?

    Alors, que faire ? Faut-il jeter le bébé libéral avec l’eau du bain ultra-libéral ? Non, évidemment. Ce qu’il faut, c’est retrouver un libéralisme de raison, un libéralisme tempéré, un libéralisme responsable.

    Cela passe par :

    • Une régulation forte du secteur financier
    • Une lutte déterminée contre les paradis fiscaux
    • Une protection des services publics essentiels
    • Une politique industrielle ambitieuse
    • Un rééquilibrage du partage des richesses

    Certains pays montrent la voie. L’Allemagne avec son modèle de cogestion. Les pays scandinaves avec leur flexisécurité. Même les États-Unis commencent à s’interroger sur les excès de Wall Street.

    En France, nous avons des atouts : un État fort, des services publics de qualité, un modèle social qui, malgré ses défauts, protège les plus faibles. Ne les bradons pas au nom d’un ultra-libéralisme destructeur.

    Le vrai libéralisme, c’est celui qui permet à chacun de développer ses talents, de créer, d’innover, dans un cadre qui garantit l’égalité des chances et la cohésion sociale. L’ultra-libéralisme, c’est la loi de la jungle économique où seuls les plus forts survivent.

    Vous savez quoi ? Je crois profondément à la liberté d’entreprendre. Mais une liberté sans limites devient tyrannie. C’est la leçon que nous devons retenir de ces années de crise. L’ultra-libéralisme n’est pas la solution, c’est le problème.

    Alors oui, continuons à débattre, à nous opposer sur les moyens, mais reconnaissons au moins ceci : quand le libéralisme devient extrême, quand il perd toute mesure, quand il détruit plus qu’il ne construit, il change de nature. Il devient ultra-libéralisme. Et ça, ce n’est bon pour personne.

    Pour aller plus loin

    • « La Grande Transformation » de Karl Polanyi (1944) – Une analyse prophétique des dangers du marché autorégulateur
    • « Le Prix de l’inégalité » de Joseph Stiglitz (2012) – Le prix Nobel d’économie démonte les mythes de l’ultra-libéralisme
    • « Cette crise qui n’en finit pas » de Frédéric Lordon (2013) – Une analyse sans concession de la crise financière
    • Les travaux de Thomas Piketty sur les inégalités – Des données chiffrées sur la concentration des richesses
    • Le site des Économistes Atterrés – Pour une autre vision de l’économie

    Sources et références

    • INSEE – Enquête Patrimoine 2010 sur la répartition des richesses en France
    • Eurostat – Données sur le chômage dans l’Union européenne (septembre 2013)
    • Banque de France – Part du secteur financier dans le PIB français
    • OCDE – Rapport « Toujours plus d’inégalité » (2011)
    • Commission européenne – Traités et directives sur la concurrence

    Photo : Arturo Añez / Unsplash

  • Ultra-libéral : pourquoi j’emploie ce terme péjoratif pour dénoncer les dérives du libéralisme
    Ultra-libéral : pourquoi j’emploie ce terme péjoratif pour dénoncer les dérives du libéralisme
    Face aux critiques sur mon usage du terme « ultra-libéral », je clarifie ma position : je ne suis pas anti-libéral, je dénonce simplement les excès destructeurs d’un libéralisme devenu incontrôlable. L’ultra-libéralisme, c’est la boîte de Pandore du libéralisme ouverte.

    Le débat fait rage depuis quelques jours sur Twitter. On me reproche d’employer le terme « ultra-libéral » à tort et à travers, certains allant jusqu’à me qualifier d’anti-libéral primaire. Il est temps de clarifier les choses une bonne fois pour toutes.

    Je suis libéral. Profondément. Entrepreneur depuis plus de vingt ans, j’ai bâti mes entreprises sur les principes du libre marché, de l’innovation et de la responsabilité individuelle. Mais être libéral ne signifie pas fermer les yeux sur les dérives d’un système qui, poussé à l’extrême, finit par détruire ce qu’il prétend défendre.

    Ma définition de l’ultra-libéralisme : le mauvais côté de la Force

    Quand j’emploie le terme « ultra-libéral », je ne parle pas du libéralisme classique d’Adam Smith ou de Friedrich Hayek. Je parle de ce que j’appelle le « mauvais libéralisme » – un libéralisme hors de contrôle, destructeur, qui a perdu tout sens de la mesure et de la responsabilité sociale.

    L’ultra-libéralisme, selon ma définition, c’est la boîte de Pandore du libéralisme ouverte. C’est quand les principes libéraux deviennent des dogmes aveugles, appliqués sans discernement ni considération pour leurs conséquences humaines et sociales.

    Prenez la dérégulation financière des années 1980-1990. Au nom de la liberté des marchés, on a supprimé les garde-fous qui protégeaient l’économie réelle de la spéculation débridée. Résultat ? La crise des subprimes de 2007-2008, des millions de familles ruinées, et une récession mondiale dont nous payons encore le prix aujourd’hui.

    Est-ce cela, le libéralisme que nous voulons défendre ? Non. C’est de l’ultra-libéralisme, de l’extrême-libéralisme destructeur.

    Pourquoi « ultra » et pas simplement « néo » ?

    On me demande souvent pourquoi j’utilise le préfixe « ultra » plutôt que « néo ». La réponse est simple : le néolibéralisme est devenu un terme fourre-tout qui ne veut plus rien dire. Tout le monde l’emploie pour désigner tout et n’importe quoi, de Reagan à Hollande en passant par Blair.

    « Ultra », en revanche, marque clairement l’excès, l’extrême, le dépassement des limites raisonnables. C’est pourquoi je remplace souvent « ultra-libéral » par « extrême-libéral » – les deux termes sont pour moi synonymes et désignent la même dérive.

    Le libéralisme, c’est la recherche d’un équilibre entre liberté individuelle et bien commun. L’ultra-libéralisme, c’est quand cet équilibre est rompu au profit exclusif du premier terme de l’équation.

    Les caractéristiques de l’ultra-libéralisme

    Comment reconnaître l’ultra-libéralisme ? Voici les signes qui ne trompent pas :

    • La privatisation à outrance : quand on veut privatiser jusqu’aux services publics essentiels comme la santé, l’éducation ou même la sécurité
    • La financiarisation de l’économie : quand la spéculation rapporte plus que la production réelle
    • Le dumping social et fiscal : quand la compétition entre États se fait sur le dos des travailleurs et des services publics
    • L’individualisme exacerbé : quand « there is no such thing as society » devient un mantra
    • Le court-termisme : quand le profit trimestriel prime sur la viabilité à long terme

    Le libéralisme mélioratif vs l’ultra-libéralisme péjoratif

    C’est simple : le libéralisme est mélioratif si on le compare à l’ultra-libéralisme, qui est péjoratif. Les deux ne sont pas opposés – l’un est la perversion de l’autre.

    Le libéralisme bien compris, c’est celui qui a permis l’essor économique de l’Occident, l’innovation technologique, l’amélioration du niveau de vie. C’est le libéralisme des Trente Glorieuses, celui qui savait concilier dynamisme économique et protection sociale.

    L’ultra-libéralisme, c’est celui qui creuse les inégalités, détruit le tissu social, transforme tout en marchandise – y compris l’humain. C’est le libéralisme devenu fou, qui a oublié que l’économie doit être au service de l’homme et non l’inverse.

    Des exemples concrets de dérives ultra-libérales

    Pour ceux qui douteraient encore de la réalité de ces dérives, voici quelques exemples concrets :

    • La crise grecque : au nom du remboursement de la dette, on impose à tout un peuple une austérité qui détruit son économie
    • Les paradis fiscaux : des multinationales qui ne paient quasiment pas d’impôts pendant que les PME et les particuliers croulent sous les charges
    • La précarisation du travail : le remplacement systématique des CDI par des contrats précaires au nom de la « flexibilité »
    • La marchandisation de la santé : aux États-Unis, des gens meurent faute de pouvoir payer leurs soins

    Pourquoi cette clarification est importante

    Cette distinction entre libéralisme et ultra-libéralisme n’est pas qu’une querelle sémantique. Elle est cruciale pour l’avenir de nos sociétés.

    Si nous, libéraux modérés et responsables, ne dénonçons pas les excès de notre propre camp, nous laissons le champ libre aux populistes de tous bords. Nous leur offrons sur un plateau l’argument massue : « Vous voyez, le libéralisme mène forcément à ces dérives ! »

    Non. Le libéralisme ne mène pas forcément à l’ultra-libéralisme. Pas plus que la démocratie ne mène forcément à la démagogie ou que la religion ne mène forcément au fanatisme. Mais dans tous les cas, il faut savoir poser des limites, définir des garde-fous, accepter la régulation.

    Le rôle de l’État dans une économie libérale

    Contrairement à ce que prétendent les ultra-libéraux, l’État a un rôle crucial à jouer dans une économie libérale saine :

    • Régulateur : pour éviter les abus de position dominante et protéger la concurrence
    • Arbitre : pour garantir le respect des règles du jeu économique
    • Protecteur : pour assurer un filet de sécurité sociale minimum
    • Investisseur : pour financer les infrastructures et la recherche fondamentale
    • Stabilisateur : pour amortir les chocs économiques

    L’ultra-libéralisme nie ou minimise tous ces rôles. C’est en cela qu’il est destructeur.

    Vers un libéralisme responsable

    Alors, quel libéralisme défendre ? Un libéralisme responsable, qui reconnaît que la liberté économique doit s’exercer dans un cadre éthique et social.

    Un libéralisme qui comprend que l’entreprise n’est pas qu’une machine à cash pour les actionnaires, mais un acteur social avec des responsabilités envers ses salariés, ses clients, son territoire.

    Un libéralisme qui accepte de payer des impôts justes pour financer les biens publics dont nous bénéficions tous. Un libéralisme qui investit dans l’avenir plutôt que de tout sacrifier au profit immédiat.

    Bref, un libéralisme humain.

    Ce libéralisme-là, je le défends et le défendrai toujours. L’ultra-libéralisme, je le combats et le combattrai toujours. Non pas parce que je serais anti-libéral, mais précisément parce que je suis libéral et que je refuse de voir cette belle idée pervertie par les excès de quelques-uns.

    La prochaine fois qu’on m’accusera d’être anti-libéral parce que j’emploie le terme « ultra-libéral », je renverrai simplement à cet article. Le débat mérite mieux que les anathèmes et les simplifications.

    Pour aller plus loin

    • « La Grande Transformation » de Karl Polanyi (1944) – Une analyse prophétique des dangers du marché autorégulateur
    • « Le Prix de l’inégalité » de Joseph Stiglitz (2012) – Comment les excès du libéralisme créent des sociétés dysfonctionnelles
    • « Capitalisme et Liberté » de Milton Friedman (1962) – Pour comprendre la pensée libérale classique et ses limites
    • « La Richesse des Nations » d’Adam Smith (1776) – Le texte fondateur, plus nuancé qu’on ne le croit souvent

    Sources et références

    • Rapport de la Commission Stiglitz sur la mesure des performances économiques et du progrès social (2009)
    • « The Shock Doctrine » de Naomi Klein (2007) – Une critique documentée des dérives ultra-libérales
    • Les travaux de Thomas Piketty sur les inégalités (notamment « Les hauts revenus en France au XXe siècle », 2001)
    • Rapport du FMI « Neoliberalism: Oversold? » (2016) – Même le FMI reconnaît les excès

    Photo : Piret Ilver / Unsplash

  • La France à la dérive : entre violences urbaines, exil fiscal et poudrière syrienne
    La France à la dérive : entre violences urbaines, exil fiscal et poudrière syrienne
    L’été 2013 marque un tournant avec les émeutes de Trappes, la faillite historique de Detroit et l’escalade militaire en Syrie. La France, tiraillée entre ses idéaux républicains et ses réalités sociales, peine à trouver sa voie face à ces défis multiples qui annoncent des temps troubles.

    L’été 2013 restera dans les mémoires comme celui où les illusions se sont fracassées sur le mur du réel. De Trappes à Detroit, de Brétigny-sur-Orge à la Syrie, les événements s’enchaînent avec une brutalité qui laisse peu de place aux discours lénifiants. Je regarde cette France que j’aime se débattre dans ses contradictions, incapable de regarder en face les défis qui s’accumulent.

    Trappes : le miroir brisé de l’intégration républicaine

    Les émeutes de Trappes du 20 juillet 2013 révèlent l’ampleur du fossé qui sépare désormais deux France. D’un côté, celle de Benoît Hamon qui affirme sur BFMTV qu’il fait « bon vivre » à Trappes, une ville qui aurait « beaucoup changé ». De l’autre, la réalité crue d’une commune où l’application de la loi sur le voile intégral déclenche des affrontements violents.

    Mon dieu Benoît, y êtes-vous déjà allé ? Cette déconnexion des élites face à la réalité des banlieues n’est pas nouvelle, mais elle atteint des sommets d’aveuglement volontaire. Les limites de l’application de la loi anti-niqab éclatent au grand jour, et j’en reviens toujours à cette nécessité : ÉQUIPEZ LES POLICIERS DE CAMÉRAS INDIVIDUELLES ! Sans transparence, sans preuves visuelles, comment départager les versions dans ces situations explosives ?

    La solution qui s’imposera avant 20 ans face aux populations nomades inintégrables ? Des checkpoints à toutes les entrées des villes. Je sais, c’est choquant. Mais regardons la réalité en face : si la situation du pays n’évolue pas radicalement en matière sociale et sécuritaire, ces dispositifs deviendront inévitables. C’est déjà le cas dans de nombreux pays, et nous fermons les yeux sur cette dérive sécuritaire qui nous guette.

    L’échec du modèle d’intégration français

    La culture seule ne sauvera que moins de 5% des jeunes en banlieue. C’est illusoire de croire qu’on réglera ces problèmes avec des MJC et des ateliers théâtre. La solution est multiple, complexe, et nécessite une refonte totale de notre approche. Mais qui a le courage politique de le dire ? Qui ose affronter ces réalités sans tomber dans les extrêmes ?

    Detroit : le canari dans la mine de charbon

    Le 19 juillet 2013, Detroit dépose le bilan. La Motor City, symbole de la puissance industrielle américaine, devient la plus grande ville américaine à se déclarer en faillite. Plus de 100 000 créanciers ne seront jamais payés. Ce n’est que le début d’une cascade de faillites municipales qui menacent l’ensemble du système occidental.

    Cette faillite n’est pas qu’un événement économique isolé. C’est le symptôme d’un mal plus profond : la désindustrialisation massive, la fuite des capitaux, l’effondrement de la base fiscale. Detroit aujourd’hui, c’est peut-être Roubaix ou Saint-Étienne demain. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, et nous refusons de voir les signaux d’alarme.

    Le juge qui refuse dans un premier temps la procédure de faillite, la jugeant anticonstitutionnelle, illustre parfaitement notre déni collectif. Comme si le droit pouvait suspendre les lois économiques. Comme si les mots pouvaient remplacer les dollars manquants.

    L’exil fiscal : héros ou traîtres ?

    « Pourquoi moi, tout petit chef d’entreprise, je quitte la France ? » Cette question, posée dans Les Échos, résonne comme un cri du cœur. Les Français qui s’expatrient ne sont pas des lâches mais des héros, des aventuriers, des courageux ! Il faut avoir vécu l’enfer administratif et fiscal français pour comprendre ce qui pousse des entrepreneurs à tout quitter.

    Mes salariés sont ma première richesse, sûrement pas mes esclaves. Mais quand le coût total d’un employé devient prohibitif, quand les charges et taxes s’accumulent au point d’étouffer l’activité, que reste-t-il comme option ? Je suis contre les bas salaires NETS, je suis pour l’augmentation des salaires NETS par la baisse des charges ! Mais qui m’écoute ?

    L’exil fiscal opéré dans le seul but de blanchir, frauder, dissimuler est criminel. Mais l’exil de survie économique, celui de l’entrepreneur qui veut simplement continuer à créer de la valeur, c’est autre chose. C’est le symptôme d’un pays qui tue ses forces vives.

    Le modèle Tapie : la fin d’un rêve entrepreneurial

    Bernard Tapie représentait le summum des non-conformistes qui partent de tout en bas pour arriver tout en haut. Des millions d’entrepreneurs français ont rêvé de sa réussite, lui qui était leur modèle (socialiste) il n’y a pas très longtemps ! Aujourd’hui, ce modèle est mort et enterré. La France n’aime plus ses entrepreneurs, elle les suspecte, les taxe, les pousse à l’exil.

    La Syrie : la poudrière du Moyen-Orient

    En cette fin août 2013, les tambours de guerre résonnent. La France, à la queue des USA et avec à sa tête les socialistes hollandais, s’apprête à nous envoyer en enfer. L’intervention militaire en Syrie se profile, et personne ne semble mesurer les conséquences catastrophiques qui nous attendent.

    Si vous combattez contre l’armée syrienne aux côtés des rebelles, vous renforcez et armez Al-Qaïda. À moyen terme : conséquences terribles ! Le conflit syrien va produire et disséminer des milliers de combattants potentiels terroristes formés à égorger et violer. Ces hommes reviendront un jour en Europe, et nous paierons le prix de notre aveuglement.

    La Syrie ne répliquera pas de façon mesurée à une intervention internationale précise et limitée. Au contraire. Et les occidentaux le savent ! Une attaque ciblée aura forcément pour objectif l’élimination physique d’Assad. Sa mise sous protection en Iran est un joli coup qui complique encore la donne.

    L’impasse stratégique

    Je vois deux solutions, toutes deux utopiques : exterminer Assad ou exterminer les terroristes rebelles. Entre ces deux extrêmes, nous naviguons dans un océan d’incertitudes. L’Égypte, la Tunisie, la Libye, la Syrie : leurs désastreuses situations respectives ne seront pas stabilisées avant des dizaines d’années, minimum !

    Il est temps de venir en aide militairement à la Syrie en combattant le terrorisme islamiste aux côtés de l’armée syrienne ! Je sais, c’est politiquement incorrect. Mais entre deux maux, ne faut-il pas choisir le moindre ? Entre un dictateur laïc et des terroristes islamistes, le choix devrait être évident.

    Les signaux faibles d’un monde en mutation

    Au-delà de ces crises majeures, d’autres signaux annoncent les bouleversements à venir. Snowden, le plus courageux de tous les lanceurs d’alertes de l’histoire, est lâché par les alignés. Même par le pays des droits de l’Homme. Avec PRISM et XKeyscore, il montre le niveau de surveillance automatique des USA. La France doit absolument investir dans ces technologies, sous peine d’être définitivement larguée.

    Fukushima continue de contaminer silencieusement toute la côte ouest des États-Unis, depuis l’Alaska jusqu’au Mexique. Gardons un œil sur cette catastrophe au ralenti, on ne va pas être déçu des informations à venir.

    Le Bitcoin commence à attirer l’attention des régulateurs. C’est peut-être le début de la fin pour cette cryptomonnaie qui promettait de révolutionner la finance.

    Même le monde des transports semble frappé par la malédiction : Lac-Mégantic, Brétigny-sur-Orge, Saint-Jacques-de-Compostelle… La fameuse loi des séries frappe, même si statistiquement c’est improbable.

    Conclusion : la France au carrefour

    L’été 2013 marque un tournant. La France se trouve à un carrefour historique. D’un côté, le maintien d’un modèle social et républicain à bout de souffle, incapable de répondre aux défis du XXIe siècle. De l’autre, le saut dans l’inconnu d’une refonte totale de notre système.

    Les émeutes de Trappes ne sont qu’un symptôme. L’exil fiscal n’est qu’une conséquence. L’intervention en Syrie n’est qu’une fuite en avant. Derrière ces événements se cache une réalité plus profonde : la France n’a plus de projet, plus de vision, plus de direction.

    Nous sommes dans un mouvement de réduction généralisée : réduction des effectifs, réduction des ambitions, réduction des espoirs. C’est horrible et ça me déchire le cœur. Mais tant que nous refuserons de regarder la réalité en face, tant que nous préférerons les discours lénifiants aux diagnostics lucides, nous continuerons cette lente descente aux enfers.

    La question n’est plus de savoir si nous allons dans le mur. La question est de savoir à quelle vitesse, et si nous aurons le courage de donner le coup de volant salvateur avant l’impact.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Amin Zabardast / Unsplash

  • Patron et salariés : qui souffre vraiment dans la crise économique ?
    Patron et salariés : qui souffre vraiment dans la crise économique ?
    Dans une économie en crise où le chômage atteint des sommets historiques, la question de qui souffre le plus entre patrons et salariés mérite d’être posée sans tabous. Une analyse décapante des vraies victimes de la crise économique.

    Je viens d’avoir un échange musclé sur Twitter avec quelqu’un qui me parle des salariés comme d’ »esclaves ». Ça me fait bondir. Mes salariés sont ma première richesse, pas mes esclaves. Mais cette vision caricaturale révèle quelque chose de plus profond : on ne comprend rien aux rapports économiques réels entre patrons et salariés.

    Alors posons la question qui fâche : dans la crise actuelle, qui souffre vraiment ?

    Le mythe du patron exploiteur et du salarié victime

    Commençons par tordre le cou à cette vision binaire. Oui, il y a des patrons voyous. Oui, il y a des abus. Mais réduire la relation patron-salarié à un rapport maître-esclave, c’est d’une bêtise confondante.

    Dans mon entreprise, comme dans des milliers de PME françaises, les salariés sont notre actif numéro un. Sans eux, pas de production, pas d’innovation, pas de croissance. C’est mathématique. Un patron qui considère ses salariés comme des esclaves est un patron qui court à sa perte.

    Le problème, c’est que cette caricature arrange tout le monde :

    • Les syndicats y trouvent leur fonds de commerce
    • Les politiques y puisent des slogans faciles
    • Les médias adorent cette dramaturgie simpliste
    • Et même certains patrons du CAC40 alimentent ce cliché par leurs excès

    Résultat ? On passe à côté de la vraie question : comment survivre ensemble dans une économie qui s’effondre ?

    La séquence actuelle : les salariés dans l’œil du cyclone

    Nous sommes actuellement dans une phase où ce sont effectivement les salariés qui trinquent en premier. Les chiffres sont implacables : le chômage explose, les plans sociaux se multiplient, la précarité s’installe.

    Pourquoi les salariés d’abord ? Simple mécanique économique :

    • Face à une baisse d’activité, l’entreprise doit réduire ses coûts
    • La masse salariale représente souvent 60 à 70% des charges
    • Les contrats de travail français rendent les ajustements lents et coûteux
    • Résultat : on licencie, on ne remplace pas, on gèle les embauches

    C’est cruel, c’est mécanique, c’est la réalité. Les salariés sont les variables d’ajustement immédiates de la crise.

    Le coût humain immédiat

    Pour un salarié licencié, c’est :

    • La perte immédiate du revenu (même si les allocations chômage amortissent)
    • L’angoisse du lendemain dans un marché du travail sinistré
    • La remise en question personnelle (« pourquoi moi ? »)
    • Les difficultés familiales qui s’ensuivent

    Ne minimisons pas cette souffrance. Elle est réelle, tangible, destructrice.

    La face cachée : quand le patron perd tout

    Mais voilà où mon analyse diverge du discours dominant : un salarié va perdre nettement moins qu’un patron quand l’entreprise coule.

    Provocateur ? Non, factuel. Laissez-moi vous expliquer.

    L’engagement financier total

    Quand je crée une entreprise, je mets sur la table :

    • Mon épargne personnelle (souvent tout)
    • Des garanties sur mes biens personnels (maison, voiture)
    • Des cautions solidaires qui m’engagent sur des années
    • Mon patrimoine familial en garantie des prêts bancaires

    Un salarié licencié perd son emploi. Un patron qui ferme perd souvent TOUT.

    La responsabilité qui tue

    Mais au-delà de l’argent, il y a quelque chose de plus dur encore. Quand vous devez licencier vos salariés – ces gens qui sont votre « première richesse » – c’est votre échec personnel que vous signez.

    J’ai vu des patrons de PME :

    • Faire des dépressions après avoir dû fermer
    • Se suicider (on en parle peu, mais c’est une réalité)
    • Divorcer sous la pression
    • Finir ruinés et interdits bancaires pour 10 ans

    Le salarié retrouvera un emploi (même si c’est dur). Le patron, lui, portera cet échec à vie.

    Tous victimes du même système

    Voilà la vérité que personne ne veut entendre : patrons et salariés sont tous les deux victimes du même système économique en faillite.

    La vraie question n’est pas « qui souffre le plus ? » mais « comment on s’en sort ensemble ? »

    Les vrais coupables

    Pendant qu’on s’écharpe sur la lutte des classes version XIXème siècle, les vrais responsables se frottent les mains :

    • Les politiques qui ont laissé filer les déficits
    • Les banques qui ont joué au casino avec notre argent
    • Les multinationales qui délocalisent en toute impunité
    • Les technocrates européens qui imposent l’austérité

    Bref, tout un système qui broie les entreprises et les hommes.

    La solidarité nécessaire

    Dans mes entreprises, j’ai toujours prôné une approche : on gagne ensemble, on perd ensemble. Ça veut dire :

    • Transparence totale sur la situation de l’entreprise
    • Partage des efforts en cas de difficultés
    • Participation aux bénéfices quand ça va bien
    • Dialogue permanent plutôt que confrontation stérile

    C’est ça, la vraie richesse d’une entreprise : cette capacité à faire corps dans la tempête.

    Sortir des clichés pour survivre

    Alors oui, en ce moment, ce sont les salariés qui morfient. Les chiffres du chômage ne mentent pas. Mais demain, quand les faillites d’entreprises vont exploser (et elles vont exploser), ce seront les patrons qui paieront le prix fort.

    Au lieu de rejouer éternellement la guerre des classes, on ferait mieux de comprendre qu’on est dans le même bateau. Un bateau qui prend l’eau de toutes parts.

    La vraie question aujourd’hui n’est pas de savoir si vos salariés sont des esclaves ou votre première richesse. La vraie question est : comment on survit ensemble à ce qui nous arrive ?

    Parce que victimes économiques, on l’est tous. Patrons, salariés, indépendants, chômeurs. Tous dans la même galère d’un système qui nous broie méthodiquement.

    Alors au lieu de nous taper dessus, si on commençait par identifier les vrais responsables ? Et si on arrêtait de tomber dans le piège de la division qui arrange tant ceux qui nous gouvernent ?

    Mes salariés ne sont pas mes esclaves. Ce sont mes partenaires de galère. Et dans la tempête qui s’annonce, on aura sacrément besoin les uns des autres.

    Pour aller plus loin

    • « La France des invisibles » de Pierre Rosanvallon – Une analyse fine des fractures sociales françaises
    • « Le Patron qui ne voulait plus être chef » d’Alexandre Gérard – Témoignage d’un entrepreneur sur les nouveaux modèles d’entreprise
    • Les rapports du Conseil d’Analyse Économique – Pour comprendre les mécanismes de la crise actuelle
    • « Ils ont failli me tuer » de Marc Simoncini – Le témoignage brut d’un entrepreneur sur les difficultés du métier

    Sources et références

    • INSEE – Enquête emploi et chômage T2 2013
    • Observatoire des entreprises – Banque de France, juillet 2013
    • Rapport Gallois sur la compétitivité, novembre 2012
    • Étude APCE sur les défaillances d’entreprises, juin 2013

    Photo : Jakub Żerdzicki / Unsplash

  • 2014, l’année de tous les dangers, et de toutes les audaces?

    Les français, qu’il s’agisse de particuliers ou d’entreprises, subissent une pression fiscale inédite, accentuée depuis 2012 (+10% en 2012 après +6,6% en 2011 pour les ménages). Les prélèvements obligatoires (d’une manière générale toutes les taxes ou toutes les charges non fiscales) viennent accroître considérablement les difficultés. C’est le cumul des différents prélèvements, qu’ils soient directs ou indirects, qui représente la véritable charge sur les individus et sur les entreprises.

    Les analyses sérieuses (très rarement publiées, très compliquées à démontrer et même à expliquer sauf entre économistes convaincus) qui tentent d’être exhaustives dans la prise en compte de toutes les charges directes et indirectes, démontrent qu’il n’est pas déraisonnable de considérer qu’une entreprise qui dépense 100 euros pour un salarié lui laissera au final moins de 20 euros une fois qu’on aura soustrait les prélèvements sociaux, les impôts directs, les impôts indirects, la TVA, et les innombrables autres charges obligatoires. La taxe Hollande à 75%, absurde et contre-productive pour des raisons que je ne vais même plus évoquer, devient alors toute relative.

    Les prélèvements opérés par les institutions sur les revenus des personnes physiques ou morales plongent le système social et économique dans une spirale infernale, que les politiques ont généralement beaucoup de peine à appréhender, comprendre ou même conceptualiser.

    Quand les revenus n’augmentent pas plus vite que les prélèvements, les dépenses se font mécaniquement au profit des charges obligatoires, la consommation baisse, produisant ainsi moins de revenus, ces derniers auront naturellement tendance à baisser, augmentant encore les charges et donc les prélèvements, qui eux continueront alors d’augmenter pendant que les revenus continueront à baisser, entraînant la consommation mécaniquement à la baisse également, etc, etc.

    Généralement, cet équilibre instable craque très lentement dans la mesure où depuis une trentaine d’années les efforts, toujours en augmentation, imposés aux contribuables sont soigneusement lissés, dilués, il s’agit alors d’une très lente souffrance, qui passe presque pour indolore, ne provoquant pas de brusques crises, ou quelques rares conflits sociaux très bien contrôlés.

    Les gens ont ce sentiment de payer davantage, de recevoir moins en échange, mais personne ne sait clairement identifier l’origine du mal, et le temps passe.

    Certes l’euro est passé par là entre temps, et il est désormais incontestable que les prix ont augmenté plus vite encore depuis son introduction.

    Quand des dizaines et des dizaines de taxes, de prélèvements, de charges directes ou indirectes augmentent de quelques dixièmes en pourcentage, régulièrement, mais jamais au même moment, personne ne peut suivre objectivement les hausses, ni les appréhender dans leur globalité ou dans le temps, et ce n’est toujours qu’après des années d’analyses et une bonne rétrospective qu’on réalise que « les charges sont passées de tel montant à tel autre montant en l’espace de 10 ans, en augmentant de 30% au passage, et on n’a rien vu venir », mais c’est trop tard…

    Cette fois, c’est un peu différent, l’augmentation des prélèvements sur quelques années à partir de maintenant est telle qu’on ne peut pas imaginer que cela se fasse sans dommages vraiment visibles.

    Certains pensaient qu’on allait en rester là ? Sûrement pas. La marge de manoeuvre en France est encore très importante, le niveau de vie est tellement élevé dans le pays qu’on est probablement pas prêt d’avoir touché le fond. C’est d’ailleurs l’une des principales raisons, trompeuse selon moi, qui fait qu’en France on a le sentiment d’être moins affecté par les crises que nos pays voisins, eux partant de moins haut que nous. Rassurez-vous, au sol, in fine tout le monde est au même niveau.

    L’année 2013 n’est encore rien par rapport à ce qui attend les français en 2014.

    L’effroyable impact lié à la refiscalisation des heures supplémentaires se fera dans la douleur. Les millions de salariés qui ont, à raison, profité du dispositif Sarkozy sur les heures supplémentaires (probablement l’une des meilleures mesures en France ces dernières années, objectivement) et qui ont, toujours à raison, continué à travailler plus pour tenter de gagner plus, vont déguster. La hausse de l’impôt sur les revenus va leur exploser à la figure. L’augmentation sera déjà un peu ressentie dès 2013, puis c’est le plein tarif à partir de 2014.

    Les hausses d’impôts validées entre 2011 et 2013 seront vraiment ressenties à partir de 2014.

    Gardons également à l’esprit la hausse de TVA qui passe à 20% début janvier 2014 sur l’immense majorité des produits et services, à 10% dans la restauration (et qui baissera, certes à 5% au lieu de 5,5% sur quelques produits de consommation) ayant un impact direct et immédiat sur le pouvoir d’achat des particuliers, et la trésorerie des entreprises (qui avancent cette TVA avant de la récupérer bien plus tard). Ces hausses de TVA vont s’accompagner de hausses opportunistes ou mécaniques de la quasi totalité des prix des produits et services, et pire, plus les produits sont initialement à des prix bas, plus leurs prix augmenteront en pourcentage, par la simple règle d’arrondissement des prix et leur proportionnalité, puis surtout par les hausses en cascades des différents intermédiaires (une hausse de TVA de 19,6% à 20% ne résultera jamais à une « simple » hausse des prix de 2%, mais plus probablement à une hausse catastrophique qui se situera autour de 5%, car entre le prix d’achat du prestataire initial, et le prix de vente final, tous les intermédiaires auront été impacté par la hausse du prix de l’intermédiaire de niveau inférieur).

    Tout cela, c’est sans compter sur les 10 milliards encore à trouver pour le seul bénéfice de l’État (et de sa dette financière bancaire) en 2014 et qui résulteront nécessairement, en partie au moins, à de nouvelles hausses de taxes et de prélèvements divers.

    Soyons réalistes un instant, ne serait-ce que pour être un peu mieux préparés.

    Ce qui attend le pays dans les mois et années à venir, c’est un niveau incroyable de défaillances d’entreprises, un niveau incroyable de dégradation de la trésorerie de celles qui resteront, un coût du travail toujours en hausse, des salaires qui baisseront inévitablement, et sensiblement, un nombre incroyable de gens qui vont s’appauvrir dans leur quotidien, une diminution incroyable des services rendus par les institutions, une baisse incroyable de la qualité générale des services rendus, un niveau incroyable de prélèvements obligatoires, une consommation intérieure qui va continuer à baisser, des exportations qui vont rester à un niveau faible, un nombre incroyable de malades à soutenir, et de nouveaux malades à prendre en compte, un taux de chômage insupportable, et un niveau de rémunération des inactifs terriblement insuffisant. Les rentrées fiscales vont baisser, les centaines de milliers de fonctionnaires français ne seront pas épargnés dans les difficultés.

    Nos prochains dirigeants politiques vont devoir faire preuve d’une ingéniosité, d’une compétence, d’un self-contrôle et surtout d’une audace folle pour surmonter les crises qui s’accumulent les unes aux autres.

    Les solutions objectives à envisager immédiatement sont nombreuses mais la plupart ne figurent pas aux programmes des deux partis politiques dominants.

    Le « compartimentage hermétique des risques homogènes » est selon moi la piste à suivre pour limiter l’ampleur et la propagation des difficultés. Cette technique consisterait à identifier tous les risques de même nature, puis de les contraindre provisoirement à leur niveau actuel en permettant ainsi la reconstruction de leur capacité intrinsèque à s’équilibrer. Le lien entre chaque compartiment nécessiterait alors d’être régulé et contrôlé, afin de garantir l’équilibre de l’ensemble.

    Au risque de choquer, le protectionnisme est une forme de compartimentage hermétique, la séparation des banques d’affaires et de détail est aussi une forme de compartimentage hermétique, et plein d’autres risques politiquement incorrects pourraient également faire l’objet de compartimentages, comme le contrôle et la régulation des monnaies nationales, le contrôle des énergies stratégiques, le contrôle des matières premières, les flux internationaux, etc.

    En réalité, tout est question d’objectifs stratégiques.

    En dernier ressort, veut-on sauvegarder l’État ? Ou veut-on sauvegarder la condition des citoyens ? C’est une évidence que l’ultime contrainte d’un gouvernement réside dans la sauvegarde des intérêts de l’État, c’est ainsi. Tout l’enjeu étant de faire croire (ou voir) le contraire. Et comme toujours, l’intérêt des uns fait le malheur des autres. L’Europe n’arrange rien, et pèse.

    En attendant la mise en oeuvre de mesures tellement compliquées, tellement douloureuses, ne devrait-on pas commencer par remettre dans les entreprises qui n’espèrent que cela, tous ces millions de chômeurs, en imaginant un dispositif gagnant-gagnant ? Un dispositif provisoire, face à une crise dont on ne voit pas la fin.

    La société civile supporte déjà le coût de ce chômage de masse, qu’est-ce qu’il en coûterait donc de plus ?

    La France a immédiatement besoin de renforcer la seule entité légale qui produit de la richesse, l’entreprise, et au passage, on aurait intérêt à remonter un peu (beaucoup en réalité) l’estime des seuls qui font les entreprises, les entrepreneurs, appelés aussi « les patrons », vous savez, ceux-qui prennent la majorité des risques.

    Réfléchissons. Prenez cet exemple. Un cadre au chômage, qui pourrait animer une petite équipe dans une petite entreprise et probablement dynamiser une activité en berne, est-ce qu’il est heureux chez lui à perdre son temps à chercher un travail qu’il ne trouvera pas, craindre pour son avenir, être payé 60% de son revenu optimal, ou est-ce qu’il ne serait pas mieux dans l’entreprise, qui abonderait son revenu des 40% manquant pendant une durée d’amorçage de quelques années, permettant au passage l’emploi de ses autres collaborateurs, peut-être aussi chômeurs, que l’entreprise abondera également, pour constituer cette petite équipe, qui va dynamiser l’activité, reconstruire du pouvoir d’achat, et relancer la machine…

    Souvent, les idées qui marchent le mieux sont les plus simples, les plus logiques, les plus légitimes et les plus évidentes.