Catégorie : ÉCONOMIE

  • Noël 2013 : entre espoir politique et quête du bonheur authentique
    Noël 2013 : entre espoir politique et quête du bonheur authentique
    Noël 2013 arrive dans une France en pleine crise identitaire et économique. Entre désillusions politiques et besoin de retrouver l’essentiel, cette période révèle nos attentes profondes : du changement politique au simple bonheur d’être ensemble.

    Nous sommes le 23 décembre 2013. Dans quelques heures, la France entière va se réunir autour des tables familiales pour célébrer Noël. Pourtant, cette année, l’ambiance n’est pas tout à fait à la fête. Le chômage atteint des sommets, la croissance est en berne, et le gouvernement Ayrault peine à convaincre. Dans ce contexte morose, que reste-t-il de l’esprit de Noël ?

    Un Noël politique : quand l’espoir change de camp

    Il y a quelques jours, j’observais avec intérêt la trajectoire d’Édouard Martin. Vous savez, ce syndicaliste CFDT de Florange qui s’est battu contre la fermeture des hauts-fourneaux d’ArcelorMittal. Un homme du peuple, un vrai. Et voilà qu’on apprend qu’il pourrait se présenter aux européennes… sous les couleurs du PS !

    Permettez-moi d’être direct : c’est une erreur monumentale. Cet homme incarne la résistance ouvrière, la défense de notre industrie face aux délocalisations. Le voir rejoindre un parti qui a trahi ses promesses de campagne sur Florange, c’est comme voir le Père Noël troquer son traîneau contre une limousine ministérielle.

    Je reste optimiste pour ce Noël : il reste quelques mois à Édouard Martin pour se ressaisir. Les vrais défenseurs du peuple français ne sont plus à gauche, ils sont chez ceux qui osent dire les vérités qui dérangent sur l’Europe, l’immigration, la mondialisation. Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan portent aujourd’hui les espoirs de millions de Français abandonnés par le système.

    La gauche de gouvernement : le compte de Noël est bon

    D’ailleurs, en parlant de « compte de Noël », permettez-moi ce jeu de mots facile mais révélateur. Le gouvernement Hollande-Ayrault nous fait ses comptes de Noël : hausse de la TVA prévue pour janvier, explosion du chômage, croissance zéro… Quel beau cadeau sous le sapin !

    Les Français découvrent avec stupeur que le changement promis ressemble furieusement à la continuité. Pire même : là où Sarkozy assumait ses choix libéraux, la gauche avance masquée, trahissant doublement ses électeurs.

    Au-delà de la politique : retrouver le sens du bonheur

    Mais trêve de politique en cette veille de Noël. Car au fond, qu’est-ce que Noël sinon cette parenthèse enchantée où l’on se rappelle l’essentiel ?

    Demain, 24 décembre, je souhaiterai à tous mes followers : « Créez le bonheur, profitez des merveilleux moments qu’il procure, vivez ! » Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Dans un monde qui court après la croissance, la performance, la rentabilité, Noël nous rappelle que le bonheur se trouve dans les choses simples.

    Un sourire d’enfant devant le sapin. Une grand-mère qui raconte pour la centième fois la même histoire de famille. Un repas partagé où les différences politiques s’estompent le temps d’une soirée. Voilà les vrais cadeaux de Noël.

    L’universalité du message de Noël

    Cette année, j’ai une pensée particulière pour mes amis libanais. Dans ce pays déchiré par les tensions confessionnelles, où chrétiens et musulmans cohabitent dans un équilibre fragile, Noël prend une dimension particulière. C’est pourquoi je leur souhaiterai un joyeux Noël, qu’ils soient chrétiens ou non.

    Car le message de Noël transcende les religions. Paix, amour, partage : ces valeurs universelles parlent à tous les hommes de bonne volonté. Dans un Moyen-Orient en feu, où la Syrie s’enfonce chaque jour davantage dans l’horreur, ce message de paix résonne avec une urgence particulière.

    La société de consommation : quand Noël perd son âme

    Mais revenons en France. Avez-vous remarqué comme Noël est devenu une gigantesque opération commerciale ? Les décorations apparaissent dès novembre dans les magasins. Les centres commerciaux sont pris d’assaut. Les parents s’endettent pour offrir la dernière console de jeux à leurs enfants.

    Cette frénésie consumériste me laisse perplexe. Sommes-nous vraiment plus heureux avec tous ces gadgets ? Nos enfants sont-ils plus épanouis parce qu’ils croulent sous les jouets made in China ?

    Je pense à ces familles modestes qui peinent à joindre les deux bouts. Pour elles, Noël est devenu une source d’angoisse supplémentaire. Comment faire plaisir aux enfants quand on touche le RSA ou un SMIC amputé par les charges ?

    Retrouver l’authenticité

    Face à cette dérive marchande, il est urgent de retrouver l’authenticité de Noël. Cela passe par des gestes simples : privilégier les cadeaux faits main, acheter local plutôt qu’en grande surface, prendre le temps de vraiment échanger plutôt que de zapper devant la télé.

    Cette année, pourquoi ne pas ressortir les vieux albums photos ? Raconter aux plus jeunes l’histoire de la famille ? Transmettre nos valeurs, nos racines, notre identité ?

    Car c’est bien de transmission qu’il s’agit. Dans une France qui doute d’elle-même, qui ne sait plus très bien qui elle est ni où elle va, Noël peut être l’occasion de renouer avec notre héritage.

    Le paradoxe français : entre tradition et modernité

    Nous sommes un drôle de pays. Nous avons inventé la laïcité, chassé la religion de l’espace public, et pourtant nous continuons à célébrer Noël avec ferveur. Les mêmes qui s’offusquent d’une crèche dans une mairie installent un sapin dans leur salon.

    Ce paradoxe est révélateur de notre schizophrénie collective. Nous voulons être modernes tout en restant attachés à nos traditions. Nous prônons l’ouverture au monde tout en ayant peur de perdre notre âme.

    Peut-être est-ce là le vrai message de Noël 2013 : accepter nos contradictions, assumer notre héritage chrétien tout en respectant ceux qui ne le partagent pas, construire une France fidèle à elle-même mais ouverte sur le monde.

    L’espoir malgré tout

    Alors oui, en cette fin d’année 2013, les motifs d’inquiétude ne manquent pas. La crise économique perdure. Le chômage explose. Nos dirigeants semblent dépassés. L’Europe nous impose des politiques d’austérité qui étranglent notre économie.

    Mais Noël, c’est justement le moment de cultiver l’espoir contre toute espérance. De croire que demain peut être meilleur qu’aujourd’hui. De parier sur l’humain plutôt que sur les marchés.

    Après tout, l’histoire de Noël n’est-elle pas celle d’une naissance improbable dans une étable ? D’un enfant né dans la pauvreté qui changera la face du monde ? Si ce n’est pas un message d’espoir, qu’est-ce que c’est ?

    Créer le bonheur : un acte de résistance

    Dans le contexte actuel, « créer le bonheur » devient presque un acte de résistance. Résistance à la morosité ambiante. Résistance au cynisme qui gangrène notre société. Résistance à ceux qui voudraient nous faire croire que tout est foutu.

    Non, tout n’est pas foutu. Tant que des familles se réunissent autour d’une table. Tant que des enfants s’émerveillent devant un sapin illuminé. Tant que des hommes et des femmes de bonne volonté œuvrent pour un monde meilleur.

    Le bonheur ne se décrète pas d’en haut. Il ne vient pas des politiques publiques ou des courbes de croissance. Il se construit au quotidien, dans les petits gestes, les attentions, les moments partagés.

    Alors ce soir, éteignez la télé. Rangez vos smartphones. Regardez vraiment ceux qui vous entourent. Écoutez-les. Dites-leur que vous les aimez. C’est ça, le vrai cadeau de Noël.

    Joyeux Noël à tous. Que cette fête vous apporte la paix, la joie et l’espérance dont nous avons tant besoin. Et souvenez-vous : le bonheur est un choix. Faites-le.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Andrei Ianovskii / Unsplash

  • L’Europe des technocrates : chronique d’une désillusion annoncée
    L’Europe des technocrates : chronique d’une désillusion annoncée
    L’Union européenne traverse sa pire crise existentielle depuis sa création, coincée entre des technocrates déconnectés et des peuples en colère. La révolte des Bonnets rouges en Bretagne n’est que la partie émergée d’un iceberg de mécontentement qui menace de faire imploser le projet européen tel qu’on le connaît.

    Dans la première minute de son allocution du 31 décembre, notre Président nous assure que la crise financière européenne est enfin réglée. Bordel, mais on est chez les fous. Cette déclaration surréaliste résume parfaitement le fossé abyssal qui sépare nos dirigeants de la réalité vécue par les citoyens européens. Pendant que l’Élysée célèbre une victoire imaginaire, la Bretagne brûle, les entreprises fuient et l’euro agonise.

    Les Bonnets rouges : le symptôme d’un mal européen profond

    La révolte des Bonnets rouges qui secoue la Bretagne depuis octobre n’est pas qu’une simple jacquerie locale contre l’écotaxe. C’est le cri de désespoir d’une région étranglée par des décisions technocratiques prises à Bruxelles sans aucune considération pour les réalités économiques locales. Les portiques écotaxe ? Une idée brillante sur le papier des eurocrates, une catastrophe pour les transporteurs bretons déjà asphyxiés par la concurrence déloyale des pays de l’Est.

    Ce qui se passe en Bretagne devrait servir d’exemple à tous les peuples d’Europe. Les Bretons ont compris que face à l’absurdité des directives européennes, il ne reste qu’une solution : la résistance active. Pas de négociations stériles, pas de suppliques aux technocrates : l’action directe. Et ça marche. Le gouvernement recule, les portiques tombent.

    Mais au-delà de la victoire tactique, les Bonnets rouges révèlent une vérité plus profonde : l’Union européenne, dans sa forme actuelle, est devenue l’ennemie des peuples qu’elle prétend servir. Chaque nouvelle directive, chaque nouveau règlement, chaque nouvelle taxe « harmonisée » étrangle un peu plus les économies locales au profit d’une vision abstraite et désincarnée de l’Europe.

    Le mirage de la « protection » européenne

    L’Europe a une obligation constitutionnelle, celle de protéger à tous prix ses citoyens. Le prix est élevé, certes, mais où est cette protection promise ? Les agriculteurs bretons voient leurs exploitations mourir sous le poids des normes. Les industriels délocalisent en masse vers l’Asie. Les jeunes diplômés fuient vers Londres ou New York.

    La vérité crue, c’est que tout ce qui est fait au niveau européen est à peu près contre-productif. Prenons l’exemple de la PAC (Politique Agricole Commune). Censée protéger nos agriculteurs, elle les a transformés en assistés dépendants de subventions complexes et changeantes. Résultat : suicide record dans le monde agricole, disparition des petites exploitations, industrialisation forcée de l’agriculture.

    Ou regardons la politique monétaire de la BCE. L’euro fort, vanté comme une protection contre l’inflation, asphyxie nos exportations pendant que l’Allemagne, grâce à ses réformes Hartz IV qui ont créé une armée de travailleurs pauvres, rafle tous les marchés. C’est ça, la solidarité européenne ?

    Le projet européen actuel n’a aucune chance d’aboutir à quelque chose de satisfaisant. Il est devenu trop destructeur, trop éloigné des préoccupations réelles des citoyens. Les technocrates de Bruxelles vivent dans une bulle, persuadés que leur vision d’une Europe fédérale est le seul horizon possible. Ils ne voient pas – ou refusent de voir – que leur construction artificielle est en train de s’effondrer sous le poids de ses propres contradictions.

    La fuite des capitaux : le vote silencieux des entrepreneurs

    Toute personne, morale ou physique, qui envisageait de réussir financièrement en Europe doit désormais fuir au risque de tout perdre. Cette phrase peut sembler excessive, mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les délocalisations s’accélèrent. Les entrepreneurs français s’exilent en masse vers la Belgique, le Luxembourg, la Suisse. Les grandes fortunes ont déjà quitté le navire.

    Ce n’est pas de l’évasion fiscale, c’est de la survie économique. Entre les charges sociales délirantes, la fiscalité confiscatoire et l’instabilité réglementaire chronique, entreprendre en Europe – et particulièrement en France – relève du masochisme. Un entrepreneur qui crée de la valeur, des emplois, de l’innovation, est traité comme un délinquant en puissance qu’il faut surveiller, contrôler, taxer jusqu’à l’asphyxie.

    Les exemples concrets abondent. Un ami entrepreneur dans le digital vient de transférer sa société à Londres. Économie immédiate : 40% sur ses charges. Un autre, dans l’industrie, délocalise sa production en Pologne. Coût du travail divisé par trois. Un troisième abandonne purement et simplement, écœuré par deux ans de bataille administrative pour obtenir un simple permis de construire.

    Cette hémorragie silencieuse est le véritable baromètre de la santé européenne. Quand les créateurs de richesse fuient, c’est que le système est pourri jusqu’à la moelle.

    Le dilemme infernal de nos dirigeants

    Je comprends le dilemme infernal de nos dirigeants politiques. Pour le bien-être et la prospérité des peuples, il faut démonter l’Europe et l’euro. Mais comment avouer qu’on s’est trompé depuis 30 ans ? Comment expliquer que des milliards ont été engloutis dans une construction vouée à l’échec ? Comment justifier les sacrifices imposés au nom d’un idéal qui n’a jamais existé que dans l’esprit de quelques idéologues ?

    Alors ils persistent. Ils mentent. Ils nous assurent que tout va bien, que la crise est derrière nous, que l’Europe est notre avenir. Pendant ce temps, le chômage explose, la pauvreté gagne du terrain, les services publics s’effondrent. Mais tout va bien, circulez, il n’y a rien à voir.

    Le plus tragique, c’est que des solutions existent. Nous n’avons pas besoin de casser l’Europe ou de sortir de l’Europe. Il suffit que l’Europe rende les pouvoirs aux nations. Subsidiarité, vous connaissez ? Ce principe fondateur de l’UE qui dit que les décisions doivent être prises au niveau le plus proche possible des citoyens ? Oublié, enterré sous des tonnes de directives uniformisatrices.

    Imaginez une Europe qui se contenterait de gérer ce qui doit vraiment l’être au niveau continental : la défense, les grands réseaux d’infrastructure, la recherche fondamentale. Tout le reste – fiscalité, droit du travail, protection sociale – reviendrait aux nations. Chacun pourrait expérimenter, innover, s’adapter à ses spécificités locales. La concurrence entre modèles sociaux créerait une émulation positive, pas cette course au moins-disant social actuelle.

    Détruire pour reconstruire : l’inévitable reset européen

    Tous ceux qui vous assurent qu’on peut construire l’Europe sans la détruire d’abord avant de recommencer vous mentent. C’est dur à entendre, mais c’est la réalité. Le système actuel est irréformable. Trop d’intérêts en jeu, trop de postes à défendre, trop d’ego à ménager. Les technocrates ne lâcheront jamais leur pouvoir volontairement.

    Il faudra donc que le système s’effondre de lui-même. Et les signes avant-coureurs sont là. La Grèce au bord du gouffre. L’Espagne avec 50% de chômage des jeunes. L’Italie ingouvernable. La France qui s’enfonce dans la récession. Même l’Allemagne commence à sentir le vent tourner avec ses banques gorgées de dettes pourries.

    Le reset viendra. Par le chaos ou par la raison, mais il viendra. La question est : serons-nous prêts ? Aurons-nous des leaders capables de reconstruire sur des bases saines ? Ou retomberons-nous dans les mêmes erreurs, les mêmes illusions fédéralistes ?

    Une chose est sûre : le modèle actuel a vécu. L’Union européenne telle qu’elle existe aujourd’hui est condamnée. Pas par les « populistes » ou les « eurosceptiques », mais par sa propre incapacité à répondre aux besoins élémentaires des peuples : prospérité, sécurité, identité.

    Et maintenant ?

    Alors que 2013 touche à sa fin, le bilan est accablant. L’Europe promise – celle de la paix, de la prospérité partagée, du progrès social – n’existe pas. À la place, nous avons une bureaucratie tentaculaire au service des lobbies et des grandes entreprises, un euro qui enrichit les uns et appauvrit les autres, des peuples qui ne se reconnaissent plus dans ce projet désincarné.

    Les Bonnets rouges ont montré la voie. Face à l’absurdité technocratique, la résistance populaire. Face aux mensonges officiels, l’action directe. Face à la destruction programmée de nos économies locales, la solidarité territoriale.

    2014 sera l’année de tous les dangers. Les élections européennes de mai seront un moment de vérité. Les peuples enverront-ils un message clair aux technocrates ? Ou se laisseront-ils encore endormir par les promesses creuses et les peurs agitées ?

    Une chose est certaine : le statu quo n’est plus tenable. L’Europe doit changer ou mourir. Et franchement, vu l’état du patient, l’euthanasie serait peut-être le geste le plus charitable. Pour renaître ensuite, espérons-le, sous une forme plus respectueuse des nations et des peuples qui la composent.

    En attendant, un conseil : si vous avez des économies, diversifiez. Si vous avez une entreprise, préparez des plans B. Si vous êtes jeune et ambitieux, apprenez l’anglais et regardez au-delà de nos frontières. L’Europe des technocrates n’a pas d’avenir. À nous de préparer l’après.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : John Cameron / Unsplash

  • La flexibilité de l’emploi : pourquoi les patrons français réclament le droit de désembaucher
    La flexibilité de l’emploi : pourquoi les patrons français réclament le droit de désembaucher
    Des centaines de milliers d’entreprises françaises seraient prêtes à embaucher si elles n’avaient pas de contraintes à la désembauche. Cette revendication patronale soulève un débat fondamental sur le modèle social français et la protection des salariés.

    Je viens d’avoir une conversation édifiante avec plusieurs patrons de PME. Leur message est clair, presque désespéré : « Laissez-nous embaucher les chômeurs et désembaucher librement, nous avons besoin de flexibilité ». Cette demande, qui peut paraître choquante de prime abord, mérite qu’on s’y attarde sérieusement. Car derrière ce qui ressemble à une provocation se cache peut-être une partie de la solution à notre chômage endémique.

    Le paradoxe français : protéger l’emploi ou protéger les employés ?

    La France compte aujourd’hui plus de 3 millions de chômeurs officiels. Un chiffre qui ne prend pas en compte ce que j’appelle les « désactivés résignés » – ces personnes qui ont renoncé à chercher un emploi, découragées par des années de recherches infructueuses. Si on les comptabilisait, on dépasserait allègrement les 5 millions.

    Face à cette situation dramatique, notre modèle social continue de privilégier la protection des emplois existants plutôt que la création de nouveaux postes. Le Code du travail français, avec ses 3 000 pages, est l’un des plus protecteurs au monde pour les salariés en poste. Mais qu’en est-il des millions de personnes qui restent à la porte du marché du travail ?

    Les procédures de licenciement en France sont parmi les plus complexes et coûteuses d’Europe. Entre les consultations obligatoires, les délais légaux, les indemnités et le risque prud’homal, un licenciement peut coûter jusqu’à deux ans de salaire à une PME. Résultat : beaucoup d’entrepreneurs préfèrent ne pas embaucher du tout.

    La réalité des patrons de PME : entre prise de risque et paralysie

    Contrairement aux idées reçues, la majorité des patrons français ne considèrent pas leurs employés comme une « charge ». En 25 ans d’entrepreneuriat, je n’ai jamais entendu un confrère patron raisonner ainsi. Les salariés sont perçus comme des investissements, des partenaires dans l’aventure entrepreneuriale.

    Mais voilà le problème : quand cet investissement devient irréversible, la prise de risque devient paralysante. Un patron de PME m’expliquait récemment : « J’ai trois commandes importantes qui arrivent, mais elles sont limitées dans le temps. J’aurais besoin de cinq personnes pendant six mois. Mais si j’embauche en CDI et que les commandes ne sont pas renouvelées, je mets mon entreprise en péril. »

    Cette situation n’est pas anecdotique. Des centaines de milliers d’entreprises seraient prêtes à embaucher si elles n’avaient pas ces contraintes à la désembauche. C’est mathématique : moins il y a de risques à l’embauche, plus les entreprises sont enclines à recruter.

    Le modèle danois : la flexisécurité en pratique

    Le Danemark a résolu cette équation avec son modèle de « flexisécurité ». Les entreprises peuvent licencier facilement (préavis de quelques semaines), mais les salariés bénéficient d’indemnités chômage généreuses (jusqu’à 90% du salaire) et d’un accompagnement intensif pour retrouver un emploi. Résultat : un taux de chômage autour de 5% et une mobilité professionnelle élevée.

    En France, nous avons choisi la voie inverse : rendre le licenciement difficile et coûteux, avec des indemnités chômage moyennes et un accompagnement limité. Cette approche protège ceux qui ont un emploi mais exclut durablement ceux qui n’en ont pas.

    La flexibilité sans précarité : est-ce possible ?

    Je suis convaincu qu’on peut introduire plus de flexibilité sans tomber dans la précarité généralisée. La clé est de maintenir, voire d’augmenter, les niveaux de salaires tout en assouplissant les contraintes à la désembauche.

    Voici ce que pourrait être un nouveau pacte social :

    • Simplification radicale des procédures de licenciement pour motif économique
    • Augmentation significative des indemnités de licenciement (mais plafonnées)
    • Renforcement de l’assurance chômage et de la formation professionnelle
    • Création d’un « compte personnel de sécurité professionnelle » qui suivrait le salarié tout au long de sa carrière

    L’objectif n’est pas de créer un marché du travail à l’américaine, où les salariés peuvent être licenciés du jour au lendemain sans indemnités. Il s’agit de trouver un équilibre entre protection et flexibilité, entre sécurité et dynamisme économique.

    Le rôle crucial de la confiance patron-salarié

    J’ai récemment été témoin d’une scène édifiante : un patron expliquant à ses salariés la situation économique difficile de l’entreprise, et un salarié proposant spontanément de réduire son temps de travail pour éviter un licenciement. Cette solidarité patron-salarié existe, mais elle est étouffée par un cadre légal qui oppose systématiquement les deux parties.

    Rien ne peut mieux assurer l’avenir d’un employé que son employeur en bonne santé économique. Cette vérité simple est occultée par des décennies de lutte des classes institutionnalisée. Il est temps de repenser la relation de travail comme un partenariat plutôt qu’un rapport de force.

    L’urgence d’agir : mobiliser contre le chômage

    Nous sommes capables de mobiliser des ressources considérables pour des polémiques stériles, mais qu’en est-il de la lutte contre le chômage ? Cette question devrait être notre priorité nationale absolue.

    Le chômage n’est pas qu’un problème économique. C’est un drame humain qui touche des millions de familles, qui brise des vies, qui fracture notre société. Chaque jour de retard dans la réforme de notre marché du travail, ce sont des milliers de personnes qui s’enfoncent dans la précarité et le désespoir.

    Les solutions existent. D’autres pays les ont mises en œuvre avec succès. Ce qui nous manque, c’est le courage politique de remettre en question nos dogmes et d’expérimenter de nouvelles approches.

    Dépasser les clivages idéologiques

    La gauche doit accepter que la flexibilité peut créer de l’emploi. La droite doit reconnaître que cette flexibilité doit s’accompagner de protections sociales renforcées. Les syndicats doivent comprendre que protéger les insiders au détriment des outsiders n’est pas tenable. Le patronat doit s’engager sur les salaires et la formation.

    Ce consensus est possible. Il existe dans d’autres pays européens. Il nécessite simplement de mettre de côté les postures idéologiques pour se concentrer sur l’objectif : créer massivement de l’emploi tout en maintenant un haut niveau de protection sociale.

    Pour aller plus loin

    • « Le modèle social français » de Alain Lefebvre et Dominique Méda – Une analyse critique de notre système de protection sociale
    • « La flexisécurité danoise » – Rapport du Conseil d’Analyse Économique (2010)
    • « Pour en finir avec le chômage de masse » de Pierre Cahuc et André Zylberberg
    • Site de l’OCDE – Comparaisons internationales des marchés du travail
    • « Travailler pour être heureux ? » de Christian Baudelot et Michel Gollac

    Sources et références

    • INSEE – Taux de chômage au sens du BIT (3e trimestre 2013)
    • DARES – Études sur les contraintes à l’embauche en France
    • Eurostat – Comparaison des législations du travail en Europe
    • Rapport Gallois sur la compétitivité (novembre 2012)
    • Étude de l’Institut Montaigne sur la flexisécurité (2013)

    Photo : Sebastian Herrmann / Unsplash

  • Le grand écart du chômage : entre annonces politiques et réalité du terrain
    Le grand écart du chômage : entre annonces politiques et réalité du terrain
    Le gouvernement annonce une baisse du chômage des jeunes tandis que 1,3 million d’Américains perdent leurs allocations. Entre discours politiques et réalité économique, le fossé se creuse dangereusement.

    Il y a des moments où l’on se demande si nos dirigeants vivent dans le même monde que nous. Ce 14 novembre, Harlem Désir annonce triomphalement sur Europe 1 que « le chômage des jeunes baisse ». Permettez-moi d’être dubitatif. Ce type a manifestement des informations que nous n’avons pas, ou alors il pratique cette gymnastique intellectuelle bien connue qui consiste à torturer les chiffres jusqu’à ce qu’ils avouent ce qu’on veut leur faire dire.

    La réalité derrière les chiffres officiels

    Le problème avec les statistiques du chômage, c’est qu’elles ressemblent de plus en plus à un tour de passe-passe. On sort des catégories entières de demandeurs d’emploi, on crée des contrats aidés qui maquillent temporairement les chiffres, et hop, le tour est joué. Pendant ce temps, dans le monde réel, les jeunes galèrent toujours autant pour trouver un emploi stable.

    Les chiffres officiels de Pôle emploi montrent une réalité bien différente. En octobre 2013, nous avons atteint 3,3 millions de demandeurs d’emploi en catégorie A, sans compter les autres catégories qui explosent. Chez les moins de 25 ans, le taux de chômage frôle les 25%. Un jeune sur quatre ! Mais apparemment, ça baisse…

    Ce qui est particulièrement révélateur, c’est le décalage entre les annonces gouvernementales et ce que vivent les entreprises au quotidien. Quand je discute avec mes confrères entrepreneurs, aucun ne me parle d’embellie sur le front de l’emploi. Au contraire, la plupart hésitent à embaucher, étranglés par les charges et l’incertitude économique.

    Le mythe de la flexibilité salvatrice

    On nous répète à longueur de temps que la flexibilité est la solution miracle. « La flexibilité permet d’embaucher et de désembaucher dynamiquement », nous dit-on. Certes, mais à quel prix ? Cette flexibilité tant vantée ne doit pas se faire au détriment des niveaux de salaires ni de la sécurité des travailleurs.

    Le modèle américain, souvent cité en exemple, montre ses limites. Pendant que nos politiques s’extasient sur les chiffres du chômage aux États-Unis, 1,3 million d’Américains viennent de perdre leurs allocations chômage fin décembre. La flexibilité à l’américaine, c’est aussi ça : des millions de travailleurs pauvres, sans protection sociale, qui enchaînent les petits boulots précaires.

    En France, nous avons construit un modèle social qui protège les salariés. C’est une force, pas une faiblesse. Mais ce modèle est attaqué de toutes parts au nom de la compétitivité et de la flexibilité. Le résultat ? Une précarisation croissante sans pour autant créer massivement de l’emploi.

    La responsabilité des employeurs : entre mythe et réalité

    J’ai toujours défendu l’idée que rien ne peut mieux assurer l’avenir d’un employé que son employeur. Cette relation de confiance mutuelle est le socle d’une entreprise qui fonctionne. Pourtant, en 25 ans d’entrepreneuriat, je n’ai jamais entendu un confrère patron parler de ses employés comme d’une charge. C’est un mythe entretenu par certains.

    Les bons patrons existent, et ils sont nombreux. Ceux qui investissent dans leurs équipes, qui forment, qui font grandir leurs collaborateurs. Mais ils sont souvent silencieux, écrasés médiatiquement par les discours du MEDEF qui réclame toujours plus de flexibilité et moins de charges.

    Le vrai problème, c’est que notre système fiscal et social pénalise l’emploi. Les charges sur les salaires sont parmi les plus élevées d’Europe. Résultat : embaucher coûte cher, très cher. Et ce n’est pas en précarisant les contrats qu’on résoudra ce problème structurel.

    Le chômage des jeunes : une bombe à retardement

    Revenons à cette fameuse « baisse du chômage des jeunes ». Les derniers chiffres disponibles montrent une réalité alarmante : près d’un quart des jeunes actifs sont au chômage. Dans certains quartiers, ce taux dépasse les 40%. C’est une génération entière qu’on est en train de sacrifier.

    Les emplois d’avenir, les contrats de génération et autres dispositifs gouvernementaux ne sont que des pansements sur une jambe de bois. Ils permettent de faire baisser artificiellement les statistiques, mais ne règlent rien sur le fond. Pire, ils créent une génération de précaires, habitués aux contrats aidés, qui peinent ensuite à s’insérer dans l’emploi « normal ».

    La formation est en décalage complet avec les besoins des entreprises. On continue à former des bataillons de psychologues et de sociologues alors que les entreprises cherchent désespérément des techniciens, des développeurs, des commerciaux. Ce décalage entre l’offre et la demande est l’une des causes structurelles du chômage des jeunes.

    L’hypocrisie médiatique et politique

    Ce qui me frappe le plus dans cette période, c’est le décalage entre les priorités médiatiques et les vrais enjeux. Pendant que les journaux ouvrent en boucle sur des polémiques stériles, 1,3 million d’Américains perdent leur allocation chômage. Mais ça, apparemment, ce n’est pas assez vendeur.

    Nos politiques préfèrent les annonces tonitruantes aux actions concrètes. « Le chômage baisse » fait un meilleur titre que « nous n’avons pas de solution ». Alors on maquille les chiffres, on crée des catégories, on sort des statistiques ceux qui dérangent.

    Cette hypocrisie généralisée nourrit la défiance des citoyens envers leurs dirigeants. Comment croire des politiques qui annoncent des baisses du chômage alors que tout le monde connaît quelqu’un qui galère pour trouver du travail ?

    Quelles solutions pour sortir de l’impasse ?

    Soyons clairs : il n’y a pas de solution miracle. Mais quelques pistes méritent d’être explorées sérieusement. D’abord, une vraie réforme de la fiscalité du travail. Tant que embaucher coûtera aussi cher, les entreprises hésiteront.

    Ensuite, une refonte complète de notre système de formation. Il faut arrêter de former pour former et commencer à former pour l’emploi. Cela implique une vraie concertation entre le monde de l’éducation et celui de l’entreprise.

    La simplification administrative est aussi cruciale. Combien d’entrepreneurs renoncent à embaucher par peur de la paperasse ? Un CDI en France, c’est un engagement quasi-matrimonial. Normal que les patrons hésitent.

    Enfin, il faut arrêter d’opposer flexibilité et sécurité. Les pays nordiques ont montré qu’on pouvait concilier les deux avec leur modèle de flexisécurité. Mais cela demande du courage politique et une vraie vision à long terme.

    Le chômage n’est pas qu’une statistique. Derrière chaque chiffre, il y a des vies brisées, des projets avortés, des familles en difficulté. Il est temps que nos dirigeants arrêtent de jouer avec les chiffres et s’attaquent vraiment au problème. Mais pour cela, il faudrait d’abord qu’ils reconnaissent la réalité au lieu de la maquiller.

    Mes amis, c’est bientôt Noël, et demain, ce sont les chiffres du chômage. Je parie qu’on nous annoncera encore une « stabilisation » ou une « légère baisse ». Pendant ce temps, dans la vraie vie, des millions de Français continueront à chercher désespérément un emploi. Joyeuses fêtes quand même.

    Pour aller plus loin

    • Les chiffres du chômage décryptés – Observatoire des inégalités : analyse détaillée des différentes catégories de demandeurs d’emploi
    • « La France du chômage caché » – Alternatives Économiques : enquête sur les exclus des statistiques officielles
    • Le modèle danois de flexisécurité – Documentation française : étude comparative des modèles européens
    • « Génération précaire » – Collectif : témoignages de jeunes face à la précarité de l’emploi

    Sources et références

    • Chiffres Pôle emploi – Octobre 2013 : 3,3 millions de demandeurs d’emploi catégorie A
    • INSEE – Taux de chômage des jeunes T3 2013 : 24,8% des actifs de moins de 25 ans
    • Congressional Budget Office – Décembre 2013 : 1,3 million d’Américains perdent leurs allocations
    • Eurostat 2013 : Comparaison des taux de prélèvements obligatoires en Europe

    Photo : Bozhin Karaivanov / Unsplash

  • La spirale infernale de la fiscalité française : pourquoi vos impôts ne cesseront plus jamais d’augmenter
    La spirale infernale de la fiscalité française : pourquoi vos impôts ne cesseront plus jamais d’augmenter
    La France est entrée dans une spirale fiscale dont elle ne pourra plus sortir. Entre les besoins de financement colossaux de l’État et l’impossibilité politique de réformer en profondeur, les contribuables français sont condamnés à voir leur pression fiscale augmenter indéfiniment.

    Vous croyez encore aux promesses de stabilité fiscale ? Permettez-moi de vous ouvrir les yeux sur la réalité du système fiscal français. Nous sommes entrés dans une phase où les impôts ne peuvent structurellement que monter, et ce pour des décennies. C’est mathématique, c’est politique, c’est inéluctable.

    Le grand mensonge de la stabilité fiscale

    Commençons par une vérité simple : quand un gouvernement vous promet de ne pas augmenter les impôts, méfiez-vous. La réalité, c’est que le niveau de taxation et de prélèvements actuels ne suffit déjà pas à redresser les finances du pays. Comment peut-on alors promettre une stabilité ?

    Le tour de passe-passe est simple. On ne touche pas à l’impôt sur le revenu – ou on le baisse même symboliquement de 50 euros – mais on laisse les collectivités territoriales augmenter les leurs. On crée de nouvelles taxes, on révise les bases, on supprime des niches. Bref, on augmente la pression fiscale sans en avoir l’air.

    Prenez l’écotaxe par exemple. Les Bonnets Rouges peuvent bien manifester, le programme sera maintenu, quoi qu’il arrive. Et dans dix ans, le niveau de taxation aura explosé. C’est ainsi que fonctionne notre système : on introduit une taxe « temporaire » ou « modérée », et elle devient permanente et croissante.

    La mécanique implacable de l’endettement

    Pour comprendre pourquoi les impôts augmenteront inexorablement, il faut regarder les chiffres. La dette publique française dépasse désormais les 1 900 milliards d’euros, soit plus de 90% du PIB. Les intérêts de cette dette représentent près de 50 milliards d’euros par an – l’équivalent du budget de l’Éducation nationale.

    Face à cette situation, trois options s’offrent théoriquement à l’État :

    • Réduire drastiquement les dépenses publiques
    • Faire défaut sur la dette
    • Augmenter les recettes fiscales

    La première option est politiquement impossible dans un pays où plus de la moitié de la population dépend directement ou indirectement de l’argent public. La deuxième serait un suicide économique. Reste la troisième : pressurer toujours plus le contribuable.

    Au lieu d’augmenter les impôts, l’État puissant devrait contraindre ses créanciers à baisser ses intérêts. Mais qui osera s’attaquer aux marchés financiers ? Personne. Donc on taxe.

    L’absurdité du système fiscal actuel

    Notre système fiscal est d’une complexité kafkaïenne. Entre l’impôt sur le revenu, la CSG, la CRDS, les impôts locaux, la TVA, les taxes diverses et variées, personne ne sait vraiment combien il paie d’impôts au total. Cette opacité n’est pas un hasard : elle permet d’augmenter la pression fiscale sans trop de résistance.

    Pour simplifier et rendre l’impôt juste, il suffirait pourtant de cumuler tous les revenus d’un contribuable et de lui appliquer un pourcentage unique. Simple, transparent, équitable. Mais cela supposerait de mettre fin à des décennies de clientélisme fiscal, de niches en tout genre, d’exceptions et de régimes spéciaux.

    La révision des valeurs locatives pour les impôts locaux est un exemple parfait de cette absurdité. Les bases datent de 1970 ! Imaginez : on calcule vos impôts sur des valeurs vieilles de plus de 40 ans. Mais toucher à ce système, c’est prendre le risque de mécontenter des millions d’électeurs. Alors on laisse pourrir.

    Le cas édifiant de la taxe à 75%

    La taxe à 75% sur les hauts revenus illustre parfaitement la dérive de notre système. Non seulement cette mesure est économiquement contre-productive – elle fait fuir les talents et les capitaux – mais en plus, on a osé la rendre rétroactive. C’est un acte de guerre contre les créateurs de richesse.

    Cette taxe, présentée comme temporaire et symbolique, montre comment fonctionne la machine fiscale : on commence par taxer « les riches » à 75%, puis on étend progressivement l’assiette. Dans quelques années, ce qui était exceptionnel deviendra la norme.

    Les contre-effets systématiques de la pression fiscale

    Le plus tragique dans cette histoire, c’est que tous les efforts fiscaux qu’on nous demande sont systématiquement annulés par leurs contre-effets. Plus on taxe, plus l’activité économique ralentit. Plus l’activité ralentit, moins il y a de recettes fiscales. C’est un cercle vicieux.

    Prenons un exemple concret : augmenter les charges sociales pour financer la protection sociale. Résultat ? Les entreprises embauchent moins, délocalisent, ou ferment. Le chômage augmente, les cotisations diminuent, le déficit se creuse. Solution du gouvernement ? Augmenter encore les charges. Et ainsi de suite.

    Cette spirale infernale s’auto-entretient. La pression fiscale sur les actifs et la classe moyenne va dépasser la limite du raisonnable ces prochaines années. Ceux qui peuvent partir partiront. Ceux qui restent paieront pour tous les autres.

    La grève de l’impôt : une chimère ?

    Face à cette situation, certains évoquent la grève de l’impôt. Combien faudrait-il de grévistes de l’impôt en contentieux pour paralyser et engorger l’administration fiscale ? Amusez-vous à le calculer : probablement quelques centaines de milliers suffiraient.

    Mais soyons réalistes. L’État dispose de moyens de coercition redoutables : saisies sur salaires, blocage des comptes, interdictions bancaires. La grève de l’impôt n’est qu’une chimère dans un pays où l’administration fiscale est toute-puissante.

    D’autant que la majorité des impôts sont prélevés à la source ou intégrés dans les prix. Comment faire grève de la TVA ? De la TIPP ? Des cotisations sociales prélevées directement sur votre fiche de paie ?

    L’impossible réforme fiscale

    On nous promet régulièrement une « grande réforme fiscale ». La dernière en date doit prendre « le temps du quinquennat ». Traduction : rien à attendre avant 5 ou 10 ans. Et encore, c’est optimiste.

    La vérité, c’est qu’il n’y aura jamais de véritable réforme fiscale. Trop d’intérêts sont en jeu. Trop de corporatismes à ménager. Trop de clientèles électorales à préserver. Le système est verrouillé.

    Sans un radical bouleversement politique, les taxes et prélèvements augmenteront en valeur ET en nombre. C’est inscrit dans l’ADN de notre système politique et administratif. Ne laissons surtout pas le gouvernement actuel entreprendre la moindre réforme fiscale d’ampleur. L’impôt doit BAISSER, pas être « réformé » – ce qui, en novlangue administrative, signifie toujours « augmenté autrement ».

    Le scénario du pire

    Il faudra probablement un shutdown suivi d’un blackout systémique pour que les choses changent vraiment. Un effondrement du système, une crise majeure qui force à tout reconstruire sur des bases saines.

    En attendant ce grand soir fiscal, préparez-vous à payer toujours plus. C’est mathématique, c’est politique, c’est inéluctable. La France est entrée dans une spirale fiscale mortifère dont elle ne sortira que par le chaos.

    Pour aller plus loin

    • « L’impôt sur le revenu en France » – Direction générale des Finances publiques
    • « La pression fiscale en Europe » – Eurostat Statistics Explained
    • « Histoire de l’impôt en France » – Gabriel Ardant
    • « Les prélèvements obligatoires en France » – Conseil des prélèvements obligatoires
    • « La révolte fiscale » – Nicolas Delalande

    Sources et références

    • Dette publique française : INSEE, Comptes nationaux 2013
    • Charge de la dette : Projet de loi de finances 2014
    • Taux de prélèvements obligatoires : OCDE, Revenue Statistics 2013
    • Valeurs locatives de 1970 : Code général des impôts, article 1496

    Photo : Norbu GYACHUNG / Unsplash

  • France 2013 : chronique d’un déclin entrepreneurial annoncé
    France 2013 : chronique d’un déclin entrepreneurial annoncé
    La France de 2013 vit une crise entrepreneuriale profonde : désindustrialisation massive, blocages politiques et administratifs, et exode des talents. Face à une décroissance assumée et un système qui décourage l’innovation, les entrepreneurs français se retrouvent pris au piège d’un pays qui semble avoir renoncé à son avenir économique.

    Je regarde la France de cette fin 2013 et je ne peux m’empêcher de ressentir une profonde tristesse mêlée de colère. Notre pays, jadis terre d’innovation et d’entrepreneuriat, semble s’enfoncer dans une spirale de déclin dont personne ne veut vraiment prendre la mesure. Les signaux sont pourtant tous au rouge.

    La désindustrialisation : une hémorragie silencieuse

    Quand je discute avec mes pairs entrepreneurs, notamment dans l’industrie, le constat est accablant. La France a perdu en vingt ans ce qu’elle avait mis un siècle à construire. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : nous sommes passés de 5,3 millions d’emplois industriels en 1980 à moins de 3,2 millions aujourd’hui.

    Cette saignée n’est pas qu’une statistique abstraite. Derrière chaque fermeture d’usine, c’est tout un écosystème qui disparaît : sous-traitants, commerces locaux, savoir-faire centenaires. PSA supprime 11 200 postes, ArcelorMittal ferme ses hauts-fourneaux de Florange, et pendant ce temps, nos politiques débattent de la durée légale du travail.

    Le plus dramatique ? Cette désindustrialisation n’est pas compensée par une montée en gamme vers les services à haute valeur ajoutée. Nous perdons sur tous les tableaux. L’Allemagne produit, la Chine fabrique, les États-Unis innovent… et la France ? Elle réglemente.

    Un système politique à bout de souffle

    Comment en sommes-nous arrivés là ? La réponse tient en partie dans notre système politique sclérosé. Quand un gouvernement peut diriger le pays avec 15% d’opinions favorables, c’est que quelque chose dysfonctionne profondément dans notre démocratie.

    L’Assemblée Nationale est devenue une chambre d’enregistrement qui ne représente plus les aspirations réelles des Français. Le mode de scrutin majoritaire crée des majorités artificielles, déconnectées de la réalité du terrain. Les entrepreneurs, les créateurs, les innovateurs n’ont aucune voix dans ce théâtre d’ombres.

    Plus grave encore : ce gouvernement semble avoir renoncé à toute ambition de redressement. Il n’existe aujourd’hui aucune raison objective de croire qu’il puisse améliorer la situation. Les réformes structurelles nécessaires sont systématiquement repoussées, édulcorées, vidées de leur substance.

    L’exemple révélateur du e-Government

    Prenons un exemple concret : en 2013, la France n’a toujours pas de système de e-Government digne de ce nom. Pendant que l’Estonie dématérialise l’ensemble de ses services publics depuis 2000, que Singapour révolutionne l’interaction citoyen-État, nous en sommes encore aux formulaires papier en trois exemplaires.

    Cette incapacité à moderniser l’État est symptomatique d’un mal plus profond : la France refuse d’entrer dans le XXIe siècle. Elle s’accroche à des modèles obsolètes, à des procédures kafkaïennes qui découragent l’entrepreneuriat et l’innovation.

    La souveraineté économique bradée

    Notre dépendance aux agences de notation américaines illustre parfaitement notre perte de souveraineté. Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch dictent leur loi aux États européens, influençant les taux d’intérêt et donc notre capacité d’investissement.

    Pendant ce temps, la Russie développe RusRating, la Chine s’appuie sur Dagong. Ces pays ont compris qu’on ne peut pas laisser à d’autres le soin d’évaluer sa crédibilité financière. La France, elle, subit et se plaint.

    Cette abdication se retrouve dans tous les domaines. Nous laissons partir nos fleurons industriels, nous bradons nos brevets, nous formons des ingénieurs brillants qui s’expatrient faute de perspectives. Le brain drain français est une réalité que personne ne veut regarder en face.

    Les entrepreneurs français face au mur

    Dans ce contexte, que reste-t-il aux entrepreneurs français ? Trois options s’offrent à eux, toutes plus déprimantes les unes que les autres.

    Première option : s’expatrier. C’est le choix de plus en plus d’entrepreneurs, notamment dans le numérique. Londres, Berlin, la Silicon Valley accueillent à bras ouverts nos talents. La France forme, les autres récoltent.

    Deuxième option : se résigner. Accepter la médiocrité, naviguer dans le maquis réglementaire, limiter ses ambitions. Survivre plutôt que vivre. C’est le choix par défaut de beaucoup, faute de mieux.

    Troisième option : se battre. Mais contre quoi exactement ? Contre un système qui a érigé l’immobilisme en art de gouverner ? Contre une administration qui voit dans chaque entrepreneur un fraudeur potentiel ? Le combat semble perdu d’avance.

    Le cas CanuaIsland : symbole d’un pays qui refuse d’entreprendre

    L’affaire CanuaIsland résume à elle seule l’absurdité française. Un projet innovant, créateur d’emplois, porté par des entrepreneurs passionnés… et bloqué par des considérations politiciennes et administratives. J’étais 100% favorable à ce projet, comme beaucoup d’entrepreneurs.

    Mais voilà, en France, on préfère protéger des rentes que créer de la valeur. On préfère l’immobilisme au risque entrepreneurial. Et pendant ce temps, d’autres pays construisent leur avenir.

    La décroissance : choix ou fatalité ?

    La réalité, c’est que la France est en décroissance. Et en décroissance, par définition, on ne croît plus. Cette évidence mathématique semble échapper à nos dirigeants qui continuent de promettre le retour de la croissance sans rien changer au système.

    Pour sortir de cette spirale, il faudrait se défaire de ce qui plombe : rigidités du marché du travail, fiscalité confiscatoire, bureaucratie tentaculaire. Mais qui aura le courage politique de s’y attaquer vraiment ?

    La Bretagne, avec sa tradition entrepreneuriale et son esprit d’indépendance, pourrait jouer un rôle historique dans le redressement français. Mais cela supposerait que les Bretons soient prêts au sacrifice ultime : rompre avec le modèle jacobin centralisateur qui étouffe toute initiative locale.

    2014 : vers la révolution ?

    Alors que 2013 touche à sa fin, les tensions s’accumulent. L’affaire de la « quenelle » qui agite les médias n’est que l’écume d’un malaise bien plus profond. La France de 2013 est un pays fracturé, désabusé, en colère.

    Nous allons avoir une révolution en France, j’en suis convaincu. Mais elle ne prendra ni la forme ni la finalité de celle de 1789. Ce ne sera pas une révolution des gueux contre les nobles, mais une révolution des créateurs contre les rentiers, des entrepreneurs contre les bureaucrates, de ceux qui veulent avancer contre ceux qui freinent.

    L’arrivée au 1er janvier 2014 de nos compatriotes bulgares et roumains, avec la fin des restrictions transitoires, va ajouter de la pression sur un système déjà à bout. Le dumping social qui s’annonce risque d’être la goutte d’eau qui fera déborder le vase.

    Bref. La France de fin 2013 est à un tournant. Soit elle trouve en elle les ressources pour se réinventer, soit elle s’enfonce définitivement dans le déclin. Pour les entrepreneurs français, l’heure du choix approche : partir, se soumettre ou se révolter. Personnellement, je n’ai pas encore tranché. Mais une chose est sûre : le statu quo n’est plus tenable.

    Pour aller plus loin

    • « La désindustrialisation de la France » – Rapport du Conseil d’analyse économique (2012)
    • « French Tech : les entrepreneurs français à l’assaut de la Silicon Valley » – Les Echos (2013)
    • « L’État en France : servir et se servir » – Pierre Birnbaum (2011)
    • « La France qui tombe » – Nicolas Baverez (2003)
    • « Pourquoi la France va faire faillite » – François Lenglet (2013)

    Sources et références

    • INSEE – Emploi salarié dans l’industrie manufacturière (données 2013)
    • Eurostat – Taux de croissance du PIB en zone euro (2013)
    • OCDE – Perspectives économiques de la France (novembre 2013)
    • Baromètre IFOP – Popularité du gouvernement (novembre 2013)
    • Rapport de la Cour des comptes sur la modernisation de l’État (2013)

    Photo : Norbu GYACHUNG / Unsplash

  • L’Europe à la croisée des chemins : pourquoi le projet actuel court à sa perte
    L’Europe à la croisée des chemins : pourquoi le projet actuel court à sa perte
    L’Union européenne poursuit son élargissement insensé vers l’Albanie et la Macédoine alors que les peuples grondent et que la crise économique ravage le continent. Le projet européen actuel est devenu une machine à détruire les nations et les économies, et nos dirigeants persistent dans le déni.

    On est chez les fous. Vraiment. Pendant que l’Europe s’enfonce dans la crise la plus grave depuis sa création, pendant que les peuples manifestent leur ras-le-bol comme les Bonnets Rouges en Bretagne, pendant que les entreprises fuient un continent devenu hostile à toute forme de réussite économique, que font nos commissaires européens ? Ils donnent le feu vert à l’élargissement avec l’Albanie et la Macédoine.

    Cette décision d’octobre dernier illustre parfaitement la déconnexion totale entre les institutions européennes et la réalité du terrain. Mais elle n’est que la partie émergée d’un iceberg bien plus dangereux : celui d’un projet européen qui a complètement déraillé et qui nous mène droit dans le mur.

    L’élargissement perpétuel : la fuite en avant mortifère

    L’annonce de l’ouverture des négociations avec l’Albanie et la Macédoine relève de la psychiatrie politique. Alors que l’Union européenne n’arrive déjà pas à gérer ses 28 membres actuels, alors que la zone euro est au bord de l’implosion, alors que les divergences économiques entre pays membres n’ont jamais été aussi fortes, on continue d’élargir.

    Rappelons quelques faits. L’Albanie, c’est un PIB par habitant de 4 000 euros, soit 8 fois moins que la moyenne européenne. C’est un pays gangréné par la corruption, classé 116e sur 177 dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International. C’est un État où le crime organisé reste omniprésent et où l’État de droit n’est qu’une façade.

    La Macédoine ? Un conflit identitaire permanent avec la Grèce sur son nom même. Des tensions ethniques explosives entre Macédoniens et Albanais. Un PIB par habitant de 4 500 euros. Une économie de survie qui ne tient que par l’émigration massive de sa jeunesse.

    Et c’est ça qu’on veut intégrer ? Avec quel argent ? Pour quel bénéfice ? La réponse est simple : aucun. Si ce n’est satisfaire les délires mégalomaniaques d’une Commission européenne qui confond expansion géographique et réussite politique.

    Le coût caché de l’élargissement

    Chaque élargissement coûte des dizaines de milliards d’euros. Les fonds structurels, les aides à la convergence, les subventions agricoles… Tout cela est payé par qui ? Par les contribuables des pays nets contributeurs, c’est-à-dire principalement l’Allemagne, la France, les Pays-Bas et quelques autres.

    L’élargissement de 2004 et 2007 nous a déjà coûté plus de 150 milliards d’euros sur la période 2007-2013. Et qu’avons-nous gagné en échange ? Une concurrence déloyale avec des pays où les salaires sont 5 à 10 fois inférieurs. Des délocalisations massives. Une pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail dans toute l’Europe.

    Bref, on paie pour se faire concurrencer et appauvrir. Génial comme concept.

    La destruction économique programmée

    Mais l’élargissement n’est qu’un symptôme d’un mal plus profond. L’Union européenne est devenue une machine à détruire les économies nationales. Je le dis et je le répète : toute personne, morale ou physique, qui envisage de réussir financièrement en Europe doit désormais fuir au risque de tout perdre.

    Regardez ce qui se passe. La BCE maintient des taux artificiellement bas qui détruisent l’épargne et créent des bulles spéculatives partout. La Commission impose des règles de concurrence qui empêchent la constitution de champions européens capables de rivaliser avec les Américains ou les Chinois. Les directives s’accumulent, étouffant les entreprises sous une bureaucratie kafkaïenne.

    Un exemple concret ? La directive sur le temps de travail qui limite à 48 heures hebdomadaires le travail des médecins hospitaliers. Résultat : pénurie de médecins, services d’urgence débordés, et on fait venir des médecins roumains ou bulgares formés on ne sait comment pour boucher les trous. C’est ça le progrès européen ?

    L’euro, boulet économique

    Et puis il y a l’euro. Cette monnaie unique pour des économies radicalement différentes. L’Allemagne avec ses excédents commerciaux records. La Grèce avec ses déficits abyssaux. L’Italie avec sa dette publique qui explose. La France qui s’enfonce lentement mais sûrement.

    Comment peut-on avoir la même politique monétaire pour des pays aux situations si différentes ? C’est impossible. Résultat : l’euro est trop fort pour les pays du Sud, qui perdent en compétitivité et s’enfoncent dans la récession. Il est trop faible pour l’Allemagne, qui accumule les excédents au détriment de ses voisins.

    La zone euro est devenue une zone de transferts permanents déguisés. Les plans de sauvetage de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal, de Chypre… Ce ne sont pas des aides, ce sont des perfusions pour maintenir en vie artificielle des économies que l’euro a rendues non viables.

    Les peuples se réveillent, les élites persistent

    Face à ce désastre, les peuples commencent à se réveiller. Les Bonnets Rouges en Bretagne montrent la voie. Leur révolte contre l’écotaxe n’est que la partie visible d’un ras-le-bol généralisé contre une Europe qui impose toujours plus de contraintes, toujours plus de taxes, toujours plus de règlements absurdes.

    Tous les peuples d’Europe devraient regarder attentivement l’œuvre des Bonnets Rouges et s’en inspirer. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : reprendre le pouvoir face à une technocratie européenne hors de contrôle.

    Mais que font nos dirigeants face à cette colère montante ? Ils nient. Ils minimisent. Ils promettent que tout va s’arranger. Notre Président vient encore de nous assurer dans ses vœux que la crise financière européenne est enfin réglée. Bordel, mais on est vraiment chez les fous !

    Le déni pathologique des élites

    Ce déni n’est pas anodin. Il révèle le dilemme infernal dans lequel se trouvent nos dirigeants politiques. Ils savent pertinemment que le système actuel ne fonctionne pas. Ils voient bien que l’euro étrangle les économies du Sud. Ils constatent que les règles européennes détruisent notre tissu industriel.

    Mais ils ne peuvent pas le dire. Pourquoi ? Parce qu’admettre l’échec, ce serait reconnaître qu’ils nous ont menti pendant des décennies. Ce serait avouer que des milliards ont été gaspillés. Ce serait accepter qu’il faut tout reprendre à zéro.

    Alors ils persistent. Ils font semblant. Ils nous assurent que tout va bien, que la croissance va revenir, que l’Europe nous protège. Mensonges, mensonges, mensonges.

    Détruire pour reconstruire : l’unique solution

    La vérité, c’est que le projet européen actuel n’a aucune chance d’aboutir à quelque chose de satisfaisant. Il est trop destructeur, trop centralisateur, trop déconnecté des réalités nationales.

    Comprenez bien : nous n’avons pas besoin de casser l’Europe ou de sortir de l’Europe. L’Europe en tant qu’espace de civilisation, de culture commune, de valeurs partagées, elle est notre héritage et notre avenir. Mais l’Union européenne telle qu’elle existe aujourd’hui, cette construction technocratique et antidémocratique, elle doit disparaître.

    Il suffirait que l’Europe rende les pouvoirs aux nations. Que chaque pays reprenne le contrôle de sa monnaie, de ses frontières, de ses lois. Que la coopération remplace la contrainte. Que le volontariat remplace l’obligation.

    Mais soyons lucides : cela n’arrivera pas par la négociation. Les institutions européennes ne renonceront jamais d’elles-mêmes à leurs pouvoirs. La Commission ne se saborderait pas. La BCE ne se dissoudra pas. La Cour de justice européenne ne cessera pas d’imposer sa jurisprudence.

    Le scénario de la rupture

    Non, la rupture viendra d’en bas. Elle viendra des peuples qui diront stop. Elle viendra peut-être d’un pays qui osera le premier claquer la porte. Ou d’une crise financière tellement grave que le système implosera de lui-même.

    Tous ceux qui vous assurent qu’on peut construire l’Europe sans la détruire d’abord pour recommencer vous mentent. On ne réforme pas un système vicié jusqu’à la moelle. On ne répare pas une maison construite sur des fondations pourries. On rase et on reconstruit.

    C’est douloureux ? Oui. C’est risqué ? Certainement. Mais c’est nécessaire. Car continuer sur la voie actuelle, c’est la garantie de l’appauvrissement général, de la perte de souveraineté totale, de la disparition de nos nations dans un magma bureaucratique sans âme ni projet.

    L’heure du choix

    Nous sommes à la croisée des chemins. Soit nous acceptons de continuer cette fuite en avant mortifère, avec toujours plus d’élargissement, toujours plus de centralisation, toujours plus de destruction économique. Soit nous avons le courage de dire stop et de reprendre notre destin en main.

    L’Europe a une obligation constitutionnelle : protéger ses citoyens. Force est de constater qu’elle fait exactement l’inverse. Elle les appauvrit, elle les contraint, elle les dépossède de leur souveraineté.

    Le prix à payer pour sortir de cette spirale sera élevé. Très élevé même. Mais le prix de l’inaction sera encore plus terrible : la disparition pure et simple de nos nations, de nos identités, de notre prospérité.

    Alors oui, pour le bien-être et la prospérité des peuples, il faut démonter cette Europe-là. Non pas par haine de l’idée européenne, mais justement pour la sauver. Pour qu’un jour, sur les ruines de l’Union européenne actuelle, nous puissions construire une vraie Europe des nations, respectueuse des peuples et de leurs différences.

    En attendant, préparez-vous. La tempête arrive. Et elle balaiera tout sur son passage.

    Pour aller plus loin

    • « L’Euro : comment la monnaie unique menace l’avenir de l’Europe » de Joseph Stiglitz – Une analyse économique implacable des défauts structurels de la zone euro
    • « Le Piège de l’Union européenne » de Philippe de Villiers – Un réquisitoire documenté contre la construction européenne actuelle
    • « La France qui tombe » de Nicolas Baverez – Un diagnostic sans complaisance de la situation française dans l’Europe
    • Les travaux de Jacques Sapir sur son blog RussEurope – Des analyses économiques pointues sur l’euro et ses conséquences
    • « Comprendre l’empire » d’Alain Soral – Pour une vision géopolitique alternative de la construction européenne

    Sources et références

    • Données PIB par habitant : Eurostat, 2013
    • Indice de perception de la corruption : Transparency International, 2012
    • Coût des élargissements : Rapport de la Commission européenne sur le budget 2007-2013
    • Statistiques sur les excédents commerciaux allemands : Bundesbank, 2013
    • Plans de sauvetage européens : Mécanisme européen de stabilité, bilans 2010-2013

    Photo : Daniele Franchi / Unsplash

  • La spirale infernale de la hausse des impôts : pourquoi la TVA à 20% est une bombe à retardement
    La spirale infernale de la hausse des impôts : pourquoi la TVA à 20% est une bombe à retardement
    La hausse de la TVA à 20% prévue au 1er janvier 2014 s’inscrit dans une spirale de taxation croissante qui menace d’étouffer l’économie française. Sans réforme radicale du système fiscal, cette fuite en avant ne peut mener qu’à l’impasse.

    Dans 25 jours exactement, la TVA passera de 19,6% à 20%. Une « petite » hausse de 0,4 point qui pourrait bien être la goutte d’eau fiscale de trop. Car derrière ce chiffre apparemment anodin se cache une réalité bien plus brutale : l’accélération d’une spirale infernale de taxation qui ne cesse de s’emballer depuis des années.

    Le cocktail explosif de janvier 2014

    Imaginez un instant. Nous sommes le 2 janvier 2014. Vous faites vos courses. Non seulement la TVA vient de bondir, mais l’écotaxe – certes suspendue mais pas enterrée – menace toujours de s’abattre sur les transporteurs. Résultat ? Une double peine pour le consommateur.

    Car soyons clairs : quand on augmente la TVA, ce n’est pas juste le prix final qui augmente. C’est toute la chaîne de valeur qui répercute cette hausse, avec souvent un petit bonus au passage. Le transporteur paie plus cher son carburant (TVA oblige), le grossiste ses achats, le détaillant ses approvisionnements. Et devinez qui paie l’addition finale ?

    Cette hausse de la TVA intervient dans un contexte déjà tendu. La consommation des ménages stagne depuis 2011. Le pouvoir d’achat s’érode sous l’effet conjugué de l’inflation et de la hausse des prélèvements obligatoires. Et voilà qu’on rajoute une couche supplémentaire.

    L’effet domino sur les prix

    Prenons un exemple concret. Un produit vendu 100 euros HT aujourd’hui coûte 119,60 euros TTC. Demain, il coûtera 120 euros. « Seulement » 40 centimes de plus, me direz-vous. Mais multipliez ça par tous vos achats quotidiens, hebdomadaires, mensuels. L’ardoise grimpe vite.

    Et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Car les entreprises, confrontées à cette hausse de leurs coûts, vont devoir faire des choix :

    • Rogner sur leurs marges (peu probable dans le contexte actuel)
    • Réduire leurs investissements
    • Comprimer la masse salariale
    • Ou… augmenter leurs prix au-delà de la simple hausse de TVA

    La révolte des Bonnets Rouges : un symptôme, pas la maladie

    Les Bonnets Rouges bretons l’ont bien compris. Leur mouvement, parti de l’écotaxe, révèle en réalité un ras-le-bol fiscal généralisé. Mais pendant qu’on s’agite sur les portiques écotaxe, la vraie bombe fiscale – la hausse de la TVA – se prépare dans l’indifférence quasi générale.

    C’est là tout le paradoxe. On manifeste contre une taxe qui n’est pas encore appliquée, mais on ignore celle qui va frapper dans moins d’un mois. Pourquoi ? Parce que la TVA, c’est sournois. C’est dilué dans le prix. C’est invisible au quotidien. Jusqu’au jour où on s’aperçoit que le caddie coûte 10% de plus qu’il y a deux ans.

    Un système à bout de souffle

    Le problème, c’est que notre système fiscal ressemble de plus en plus à un tonneau des Danaïdes. On augmente sans cesse les prélèvements pour combler des déficits qui ne cessent de se creuser. Pourquoi ? Parce qu’on refuse de s’attaquer aux vraies causes :

    • Une dépense publique hors de contrôle (57% du PIB !)
    • Un millefeuille administratif coûteux et inefficace
    • Des niches fiscales par centaines qui minent l’assiette
    • Une évasion fiscale massive des plus fortunés

    Résultat : ce sont toujours les mêmes qui trinquent. La classe moyenne et les actifs, ceux qui ne peuvent ni optimiser ni s’évader.

    La grande illusion de la réforme fiscale

    Le gouvernement nous promet une « grande réforme fiscale ». Sur la durée du quinquennat, nous dit-on. Autrement dit, aux calendes grecques. Car une vraie réforme fiscale, ce serait quoi ?

    Ce serait d’abord simplifier drastiquement. Aujourd’hui, entre l’impôt sur le revenu, la CSG, la CRDS, les cotisations sociales, les taxes locales, la TVA et j’en passe, le contribuable moyen ne sait plus ce qu’il paie ni pourquoi. Une idée simple : cumuler tous les revenus d’un contribuable et appliquer un pourcentage unique. Point.

    Ce serait ensuite baisser la pression fiscale globale. Oui, baisser. Car contrairement à ce qu’on nous serine, augmenter les impôts ne remplit pas les caisses. Ça tue l’activité économique. Ça pousse à la fraude. Ça décourage l’initiative.

    L’équation impossible

    Mais voilà, on est dans une équation impossible. D’un côté, des dépenses publiques qui explosent. De l’autre, une base fiscale qui s’érode. Entre les deux, une classe politique qui refuse de trancher dans le vif.

    Alors on bricole. On augmente par-ci, on gratte par-là. Une taxe sur les hauts revenus pour faire plaisir à la gauche. Une hausse de la TVA qui frappe tout le monde mais qu’on ne voit pas trop. Et pendant ce temps, la dette continue de grimper.

    Le mur qui approche

    Soyons lucides : ce système court droit dans le mur. On ne peut pas indéfiniment augmenter la pression fiscale sur une base qui se rétrécit. À un moment, quelque chose va craquer.

    Ce sera quoi ? Une révolte fiscale massive ? Un effondrement de la consommation ? Une fuite des cerveaux et des capitaux ? Probablement un peu de tout ça à la fois.

    Car la vérité, c’est qu’on est déjà au-delà du seuil de tolérance. Quand le taux de prélèvements obligatoires dépasse 45% du PIB, quand un salarié moyen travaille jusqu’en juillet pour l’État, quand créer une entreprise relève du parcours du combattant fiscal, c’est que le système a déraillé.

    L’urgence d’agir… autrement

    Que faire alors ? D’abord, annuler cette hausse de TVA absurde. C’est encore possible. C’est même vital si on veut éviter d’achever une consommation déjà moribonde.

    Ensuite, inverser la logique. Au lieu de toujours augmenter les recettes, commençons par baisser les dépenses. Vraiment. Pas des économies de bouts de chandelle, mais une remise à plat complète de l’action publique.

    Enfin, simplifier radicalement le système fiscal. Moins de taxes, mais mieux réparties. Moins de niches, mais plus de justice. Moins de complexité, mais plus d’efficacité.

    Le compte à rebours a commencé

    Dans 25 jours, la TVA augmentera. C’est acté, voté, entériné. Nos « Sages » du Conseil constitutionnel valident même des taxes à 75% pendant qu’on regarde ailleurs. Le système continue sa fuite en avant.

    Mais jusqu’à quand ? Car à force de pressurer toujours les mêmes, de complexifier toujours plus, d’augmenter sans cesse, on finit par tuer la poule aux œufs d’or.

    La question n’est plus de savoir SI le système va craquer, mais QUAND. Et surtout, serons-nous capables de construire quelque chose de plus juste et de plus efficace sur ses ruines ? Ou nous contenterons-nous de reproduire les mêmes erreurs, avec les mêmes résultats ?

    Une chose est sûre : sans un bouleversement radical de notre approche fiscale, nous sommes condamnés à subir hausse après hausse, taxe après taxe, jusqu’à l’étouffement final. Les Bonnets Rouges l’ont compris. Reste à savoir si le message passera avant qu’il ne soit trop tard.

    Pour aller plus loin

    • « La France en faillite ? » de François Fillon (2013) – Une analyse sans concession de la dérive des finances publiques
    • Rapport de la Cour des comptes 2013 – Les chiffres qui font mal sur l’état réel de nos finances
    • « L’impôt sur le revenu » de Thomas Piketty – Pour comprendre les mécanismes de notre système fiscal
    • Les publications de l’IFRAP – Think tank spécialisé dans l’analyse des politiques publiques
    • « Contribuables Associés » – Association de défense des contribuables, pour suivre l’actualité fiscale

    Sources et références

    • INSEE – Comptes nationaux 2012 : taux de prélèvements obligatoires
    • Loi de finances 2014 – Dispositions relatives à la hausse du taux normal de TVA
    • Cour des comptes – Rapport public annuel 2013
    • Eurostat – Comparaisons européennes des taux de TVA (2013)
    • Direction générale des Finances publiques – Statistiques fiscales 2012

    Photo : Sébastien Ramage / Unsplash

  • Le grand malentendu entre entrepreneurs et politiques sur l’emploi
    Le grand malentendu entre entrepreneurs et politiques sur l’emploi
    Face à un chômage qui explose, les entrepreneurs français réclament des mesures concrètes : baisse des charges de 30%, flexibilité accrue et retour aux 40 heures. Mais le gouvernement reste sourd à ces appels, préférant les effets d’annonce aux vraies réformes structurelles.

    Le chômage, les amis, le chômage ! On approche dangereusement de la barre des 3,3 millions de demandeurs d’emploi en cette fin 2013, et pendant ce temps-là, que fait notre gouvernement ? Des gesticulations, des effets de manche, et surtout… rien de concret pour les entrepreneurs qui voudraient embaucher.

    Je discutais encore la semaine dernière avec plusieurs confrères patrons de PME. Le constat est unanime : nous avons envie d’embaucher, nous en avons même besoin pour développer nos activités. Mais voilà, entre les charges qui représentent parfois jusqu’à 45% du salaire brut et l’impossibilité de se séparer d’un collaborateur qui ne convient pas, on préfère serrer les dents et faire avec les équipes existantes.

    C’est ça la réalité du terrain. Pas celle des ministères parisiens.

    Des charges qui tuent l’emploi dans l’œuf

    Faisons un calcul simple. Pour un salarié au SMIC (1 430 euros brut), l’entreprise débourse en réalité près de 2 100 euros une fois toutes les charges patronales ajoutées. C’est 47% de charges ! Comment voulez-vous que les petites entreprises, qui représentent 99% du tissu économique français, puissent embaucher dans ces conditions ?

    Les grandes entreprises du CAC 40 s’en sortent avec leurs armées de comptables et leurs optimisations fiscales. Mais la boulangerie du coin, le garage automobile, la petite agence web ? Eux, ils paient plein pot.

    Et ne me parlez pas du CICE (Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi) qu’on nous vend depuis le début de l’année. C’est une usine à gaz incompréhensible pour la plupart des TPE-PME. Un crédit d’impôt de 4% sur les salaires inférieurs à 2,5 SMIC, remboursable dans trois ans… De qui se moque-t-on ?

    Ce qu’il faut, c’est simple : une baisse immédiate et massive des charges d’au moins 30%. Pas dans trois ans. Pas sous forme de crédit d’impôt. Maintenant, et sur la feuille de paie.

    La flexibilité, ce gros mot français

    Ah, la flexibilité ! Dès qu’on prononce ce mot, on nous traite de patrons voyous qui veulent « pourrir la vie sociale » des salariés. Quelle blague ! La flexibilité, c’est justement ce qui permet d’embaucher sans avoir peur.

    Aujourd’hui, un patron de PME qui embauche prend un risque énorme. Si le collaborateur ne convient pas, si l’activité baisse, si un gros client disparaît, c’est le parcours du combattant pour se séparer. Prud’hommes, indemnités, procédures… Résultat ? On n’embauche pas.

    Je connais personnellement des dizaines d’entrepreneurs qui ont des projets de développement, des carnets de commandes qui se remplissent, mais qui refusent d’embaucher par peur de ne pas pouvoir adapter leurs effectifs en cas de retournement. C’est absurde !

    Dans les pays où la flexibilité existe vraiment – Allemagne, Danemark, Pays-Bas – le taux de chômage est deux fois moins élevé qu’en France. Ce n’est pas un hasard. La flexibilité permet d’embaucher et de désembaucher dynamiquement, mais attention, pas au détriment des niveaux de salaires ! Au contraire, quand l’emploi est fluide, les salaires montent car les entreprises se battent pour attirer les talents.

    Le modèle danois : flexisécurité réussie

    Au Danemark, un salarié peut être licencié avec un préavis d’un mois. Choquant ? Pas du tout. Car en contrepartie, il touche 90% de son salaire pendant deux ans et bénéficie d’un accompagnement personnalisé pour retrouver un emploi. Résultat : un taux de chômage à 7% contre plus de 10% chez nous.

    Les entreprises danoises n’hésitent pas à embaucher car elles savent qu’elles pourront s’adapter. Les salariés n’ont pas peur du chômage car ils sont bien protégés. C’est du gagnant-gagnant, mais ça demande de sortir des schémas idéologiques français.

    Les 35 heures, ce boulet économique

    Parlons aussi de cette aberration des 35 heures. Treize ans après leur mise en place, quel bilan ? Le chômage n’a jamais été aussi haut, la compétitivité française s’effondre, et nos voisins européens nous regardent avec des yeux ronds.

    Dans ma boîte, comme dans beaucoup de PME, tout le monde fait en réalité 40 heures ou plus. Mais officiellement, c’est 35 heures plus des heures sup’ majorées à 25%. Encore des charges en plus !

    Il faut avoir le courage de le dire : le retour aux 40 heures légales est indispensable. Sans baisse de salaire évidemment. Juste retrouver un cadre de travail normal, comme partout ailleurs en Europe.

    Les Allemands travaillent en moyenne 40 heures, les Britanniques 42 heures. Et leur taux de chômage ? Deux fois moins élevé que le nôtre. CQFD.

    Le dialogue de sourds avec les politiques

    Ce qui me désespère le plus, c’est l’incompréhension totale entre le monde entrepreneurial et le monde politique. Quand j’entends certains responsables politiques parler d’ »entreprises socialistes » ou nous expliquer doctement comment gérer nos boîtes, j’ai envie de leur demander : avez-vous déjà créé une entreprise ? Avez-vous déjà créé des emplois ? Connaissez-vous les problématiques ?

    La réponse est presque toujours non. Nos ministres, nos députés, nos hauts fonctionnaires n’ont pour la plupart jamais mis les pieds dans une vraie entreprise. Ils vivent dans leur bulle étatique, avec leurs emplois garantis à vie et leurs retraites dorées.

    Prenez notre ministre du Redressement productif. Ses « nouvelles mesures » annoncées en grande pompe ? Du vent. Des comités Théodule, des rapports, des « pactes » sans substance. Pendant ce temps, les entreprises crèvent et le chômage explose.

    L’exemple des Pigeons : quand les entrepreneurs se rebellent

    Souvenez-vous du mouvement des Pigeons l’année dernière. Des entrepreneurs excédés par la taxation confiscatoire des plus-values. Il a fallu qu’on descende dans la rue, qu’on fasse du bruit médiatique, pour que le gouvernement recule partiellement.

    Mais combien de batailles perdues pour une victoire ? La taxation du capital, les charges sociales, la complexité administrative… Tout est fait pour décourager l’entrepreneuriat en France.

    La vérité qu’on refuse de voir

    Je vais vous dire une vérité qui dérange : jamais plus le monde ne connaîtra le plein emploi. L’automatisation, la robotisation, l’intelligence artificielle… Tout converge vers moins d’emplois humains nécessaires.

    Il va falloir que les gouvernements gèrent cette nouvelle réalité. Mais au lieu de ça, on continue avec des recettes du XXe siècle : toujours plus de charges, toujours plus de rigidité, toujours plus de complexité.

    Ce qu’il faut comprendre, c’est que dans ce nouveau monde, seules les entreprises agiles, flexibles, réactives pourront créer les emplois de demain. Pas les mastodontes bureaucratiques. Pas les entreprises corsetées par des règles d’un autre âge.

    Des solutions simples qui marchent ailleurs

    Les solutions existent pourtant. Elles ont fait leurs preuves chez nos voisins :

    • Baisse massive des charges : l’Allemagne a baissé ses charges de 5 points en dix ans. Résultat : excédent commercial record et chômage au plus bas.
    • Flexibilité du marché du travail : au Royaume-Uni, on peut embaucher et licencier facilement. Taux de chômage : 7,4% contre 10,8% chez nous.
    • Simplification administrative : aux Pays-Bas, créer une entreprise prend une journée. En France ? Trois semaines minimum.
    • Retour aux 40 heures : partout en Europe sauf chez nous. Coïncidence ?

    Mais voilà, appliquer ces recettes demande du courage politique. Il faut affronter les syndicats arc-boutés sur leurs acquis, les fonctionnaires qui défendent leur pré carré, l’opinion publique biberonnée aux discours anti-patrons.

    Plus facile de faire des effets d’annonce et de laisser le chômage exploser.

    Le paradoxe français : des entrepreneurs qui veulent embaucher, des chômeurs qui veulent travailler

    C’est ça le drame français. D’un côté, des centaines de milliers d’entreprises prêtes à embaucher si elles n’avaient pas toutes ces contraintes. De l’autre, plus de 3 millions de chômeurs qui ne demandent qu’à travailler.

    Entre les deux ? Un mur de charges, de rigidités, de complexités administratives.

    Je le répète : rien ne peut mieux assurer l’avenir d’un employé que son employeur. Rien ! Pas l’État, pas les syndicats, pas les allocations chômage. Un employeur qui va bien, qui se développe, qui gagne des marchés, c’est la meilleure garantie pour ses salariés.

    Mais pour ça, il faut laisser les entrepreneurs entreprendre. Il faut leur faire confiance. Il faut arrêter de les considérer comme des exploiteurs en puissance.

    Bref. Demain, ce sont les chiffres du chômage de novembre. Je parie sur une nouvelle hausse. Et dans les ministères, on continuera à chercher des solutions dans des rapports poussiéreux au lieu d’écouter ceux qui créent vraiment de l’emploi : les entrepreneurs.

    Peut-on mobiliser autant de ressources que celles utilisées pour des polémiques stériles, mais cette fois contre le chômage ? J’en doute. C’est moins vendeur électoralement que de taper sur les patrons.

    Alors on continuera à voir ce paradoxe français : un pays riche, avec des entrepreneurs dynamiques, mais incapable de créer des emplois à cause d’un système obsolète.

    Jusqu’à quand ?

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    • INSEE – Taux de chômage France, 3e trimestre 2013
    • Eurostat – Comparaison des taux de chômage européens, novembre 2013
    • Rapport du Conseil d’Analyse Économique sur les charges sociales, 2012
    • Étude IFRAP sur le coût du travail en Europe, septembre 2013

    Photo : VENUS MAJOR / Unsplash

  • Le chômage, les entrepreneurs et la France qui se déchire : chronique d’un dialogue impossible
    Le chômage, les entrepreneurs et la France qui se déchire : chronique d’un dialogue impossible
    Le chômage atteint des sommets historiques en France tandis que les entrepreneurs réclament des mesures drastiques pour pouvoir embaucher. Entre incompréhension mutuelle et blocages idéologiques, le pays s’enfonce dans une crise qui touche désormais toutes les catégories sociales.

    Je regarde les chiffres du chômage ce matin, et je ne peux m’empêcher de penser à cette phrase que m’a lancée un confrère entrepreneur la semaine dernière : « On voudrait embaucher, mais on ne peut pas. C’est aussi simple que ça. » Voilà où nous en sommes fin 2013 : un pays où ceux qui veulent travailler ne trouvent pas d’emploi, et où ceux qui veulent embaucher ne le peuvent pas. Une équation absurde qui révèle l’ampleur du blocage français.

    Des chiffres qui donnent le vertige

    Les statistiques officielles parlent de plus de 3,3 millions de demandeurs d’emploi en catégorie A. Mais la réalité est bien pire. Il faut ajouter à ce chiffre ce que j’appelle les « désactivés résignés » : tous ceux qui ont abandonné l’idée même de chercher un emploi, découragés par des années de recherche infructueuse. On approche alors des 5 millions de personnes sans emploi.

    À cela s’ajoutent plus de 10 millions de pauvres et plus d’un million de personnes qui dépendent des Restos du Cœur pour se nourrir. Des chiffres qui devraient faire la une de tous les journaux, mais qui sont éclipsés par des polémiques stériles. Pendant qu’on débat de quenelles et autres gesticulations, des familles entières basculent dans la précarité.

    Le plus révoltant ? Quand Harlem Désir annonce avec aplomb que « le chômage des jeunes baisse », on se demande de quelle planète il nous parle. Les jeunes diplômés enchaînent les stages non rémunérés, les CDD précaires et les missions d’intérim. Ceux sans qualification ? Ils n’ont même plus accès à ces miettes.

    La spirale infernale des charges et de la rigidité

    Côté entrepreneurs, la situation n’est guère plus brillante. Dans les services aux entreprises, secteur que je connais bien, ceux qui limitent la casse à -10% de chiffre d’affaires cette année s’estiment chanceux. La plupart subissent des baisses de 20 à 30%, voire plus.

    Le problème fondamental ? Le coût du travail en France est devenu prohibitif. Entre charges sociales, cotisations diverses et contraintes administratives, embaucher un salarié au SMIC coûte près du double à l’entreprise. Pour un salaire net de 1 100 euros, l’employeur débourse environ 2 000 euros. Une équation impossible pour les petites structures.

    Mais ce n’est pas qu’une question de coût. C’est aussi et surtout une question de flexibilité. En France, embaucher c’est presque se marier. La rupture est complexe, coûteuse, risquée juridiquement. Résultat : les entrepreneurs n’embauchent plus, ou alors uniquement en CDD, stages et autres contrats précaires qui alimentent justement la précarité qu’on prétend combattre.

    Le cercle vicieux de la peur

    Cette rigidité crée un cercle vicieux. Les entreprises, effrayées par le risque d’embauche, préfèrent surcharger leurs équipes existantes plutôt que de recruter. Les salariés en poste, épuisés, voient leur productivité baisser. La qualité se dégrade, la compétitivité s’effondre, les carnets de commandes se vident. Et on licencie.

    Pendant ce temps, les politiques nous servent des mesurettes. Montebourg annonce des « nouvelles mesures » pour les entrepreneurs en difficulté. Lesquelles ? Des prêts, des reports de charges, des aides ponctuelles. Des pansements sur une jambe de bois. Ce qu’il faut, c’est une chirurgie lourde du système.

    Les solutions existent, mais qui veut les entendre ?

    Pourtant, les solutions sont connues. Je les répète depuis des années, comme beaucoup d’entrepreneurs :

    • Baisser les charges sociales d’au moins 30% pour redonner de l’oxygène aux entreprises
    • Permettre une vraie flexibilité à l’embauche ET au licenciement, comme dans tous les pays qui créent de l’emploi
    • Revenir aux 40 heures hebdomadaires pour augmenter la productivité
    • Défiscaliser massivement les heures supplémentaires pour augmenter le pouvoir d’achat sans alourdir les charges

    Ces mesures ne sont pas idéologiques. Elles sont pragmatiques. Regardez l’Allemagne, le Royaume-Uni, même l’Espagne qui commence à redresser la tête. Tous ont compris qu’un marché du travail flexible crée plus d’emplois qu’un marché rigide.

    Ségolène Royal l’a d’ailleurs bien compris quand elle parle d’un fonctionnement « gagnant-gagnant » entre entrepreneurs et salariés. Baissez significativement les charges, et nous embaucherons. C’est mathématique. Mais encore faut-il avoir le courage politique de le faire.

    Le modèle de la petite boîte flexible

    Contrairement aux caricatures, l’immense majorité des entrepreneurs ne rêvent pas de précariser leurs salariés. Nous voulons simplement pouvoir adapter nos effectifs à notre activité. Embaucher quand ça va bien, réduire la voilure quand ça va mal. C’est ce que j’appelle le modèle de la « petite boîte flexible ».

    Ce modèle n’est pas synonyme de salaires au rabais. Au contraire ! Une entreprise qui peut s’adapter rapidement est une entreprise qui survit aux crises et qui peut mieux rémunérer ses équipes dans les bonnes périodes. La flexibilité, c’est la survie de l’entreprise et donc la pérennité de l’emploi.

    L’alliance improbable des Bonnets Rouges

    Le mouvement des Bonnets Rouges en Bretagne illustre parfaitement cette convergence d’intérêts. On y trouve des chômeurs, des salariés, des retraités et… des patrons. Tous unis par la même colère face à un système qui broie les territoires et les hommes.

    J’ai été particulièrement touché par l’histoire de ce patron breton qui expliquait à ses salariés pourquoi il ne pouvait plus continuer. Pas de langue de bois, pas de com’ corporate. Juste la vérité crue : les charges, les taxes, les normes… l’entreprise n’en peut plus. Et ses salariés l’ont compris, l’ont soutenu. Voilà la vraie solidarité entrepreneuriale.

    Car contrairement aux fantasmes de certains, nous ne considérons pas nos employés comme une « charge ». En 25 ans d’entrepreneuriat, je n’ai jamais entendu un seul patron parler ainsi de ses équipes. Nous savons que nos entreprises ne sont rien sans les femmes et les hommes qui les font vivre. Mais nous savons aussi que sans entreprises rentables, il n’y a pas d’emplois.

    Le low cost, symptôme de notre déclin

    Montebourg a raison sur un point : le low cost est destructeur. Mais pas seulement d’emplois. Il détruit la valeur, la qualité, l’innovation. C’est le symptôme d’une économie qui ne sait plus créer de richesse et qui se contente de rogner sur tout.

    Le low cost, c’est la conséquence directe de notre manque de compétitivité. Quand les charges sont trop lourdes, quand la réglementation étouffe l’innovation, quand la fiscalité punit la réussite, que reste-t-il ? Baisser les prix, rogner sur la qualité, délocaliser. Une spirale mortifère.

    La vraie bataille, ce n’est pas contre le low cost. C’est pour retrouver notre capacité à créer de la valeur, à innover, à produire de la qualité. Et pour cela, il faut libérer les énergies entrepreneuriales, pas les étouffer sous des montagnes de contraintes.

    18 mois de retard minimum

    Le plus dramatique dans cette situation, c’est l’inertie du système. Même si le gouvernement prenait aujourd’hui les mesures radicales qui s’imposent, les effets ne seraient visibles qu’après 18 mois minimum. Le temps que les entreprises reprennent confiance, investissent, recrutent… C’est le temps économique, incompressible.

    Or, que fait-on ? On tergiverse, on négocie, on reporte. Chaque jour perdu, ce sont des entreprises qui ferment, des emplois qui disparaissent, des compétences qui s’exilent. Le temps joue contre nous, et nous regardons ailleurs.

    Et pendant ce temps, le monde bouge

    Pendant qu’on s’écharpe sur des polémiques stériles, le monde continue de tourner. Aux États-Unis, 1,3 million de chômeurs viennent de perdre leurs allocations. Une catastrophe sociale qui nous rappelle que notre modèle social, malgré tous ses défauts, reste un amortisseur précieux.

    Mais cet amortisseur a un coût. Un coût que nous ne pouvons plus nous permettre sans une économie dynamique pour le financer. C’est le paradoxe français : nous voulons préserver un modèle social généreux tout en tuant la poule aux œufs d’or qui le finance.

    La solution n’est pas de détruire notre protection sociale. Elle est de créer les conditions d’une économie prospère qui puisse la financer durablement. Et cela passe par une réconciliation entre le monde du travail et celui de l’entreprise.

    Rien ne peut mieux assurer l’avenir d’un employé que son employeur. Rien ne peut mieux assurer la prospérité d’une entreprise que des salariés motivés et compétents. Cette évidence semble pourtant échapper à nos dirigeants, englués dans des postures idéologiques d’un autre âge.

    Alors oui, faisons des marches. Mais pas seulement contre le racisme ou pour des causes nobles mais lointaines. Marchons pour l’emploi, pour la fin de la spoliation fiscale, pour une France qui travaille et qui entreprend. Car sans emploi, sans entreprises, sans création de richesse, c’est tout notre modèle de société qui s’effondre.

    Le chômage n’est pas une fatalité. C’est le résultat de choix politiques et économiques. D’autres pays ont su créer les conditions du plein emploi. Pourquoi pas nous ? La réponse tient peut-être dans notre incapacité collective à dépasser les clivages stériles entre patrons et salariés, entre droite et gauche, entre public et privé.

    Il est temps de changer de logiciel. Avant qu’il ne soit trop tard.

    Pour aller plus loin

    • « La France qui tombe » de Nicolas Baverez – Une analyse sans concession du déclin économique français
    • Les publications de l’Institut Montaigne – Des propositions concrètes pour réformer le marché du travail
    • « Le modèle allemand » de Guillaume Duval – Pour comprendre comment nos voisins ont créé le plein emploi
    • Les rapports de la Cour des Comptes – Les chiffres réels du coût du travail en France
    • Le mouvement des Pigeons – La mobilisation des entrepreneurs français face à la fiscalité

    Sources et références

    • INSEE – Chiffres du chômage au 3e trimestre 2013
    • Eurostat – Comparaisons européennes du coût du travail (2013)
    • OCDE – Rapport sur la flexibilité du marché du travail (2013)
    • Cour des Comptes – Rapport sur les prélèvements obligatoires (2013)

    Photo : Nk Ni / Unsplash