Le grand malentendu entre entrepreneurs et politiques sur l’emploi
woman in black jacket sitting on chair
Face à un chômage qui explose, les entrepreneurs français réclament des mesures concrètes : baisse des charges de 30%, flexibilité accrue et retour aux 40 heures. Mais le gouvernement reste sourd à ces appels, préférant les effets d’annonce aux vraies réformes structurelles.

Le chômage, les amis, le chômage ! On approche dangereusement de la barre des 3,3 millions de demandeurs d’emploi en cette fin 2013, et pendant ce temps-là, que fait notre gouvernement ? Des gesticulations, des effets de manche, et surtout… rien de concret pour les entrepreneurs qui voudraient embaucher.

Je discutais encore la semaine dernière avec plusieurs confrères patrons de PME. Le constat est unanime : nous avons envie d’embaucher, nous en avons même besoin pour développer nos activités. Mais voilà, entre les charges qui représentent parfois jusqu’à 45% du salaire brut et l’impossibilité de se séparer d’un collaborateur qui ne convient pas, on préfère serrer les dents et faire avec les équipes existantes.

C’est ça la réalité du terrain. Pas celle des ministères parisiens.

Des charges qui tuent l’emploi dans l’œuf

Faisons un calcul simple. Pour un salarié au SMIC (1 430 euros brut), l’entreprise débourse en réalité près de 2 100 euros une fois toutes les charges patronales ajoutées. C’est 47% de charges ! Comment voulez-vous que les petites entreprises, qui représentent 99% du tissu économique français, puissent embaucher dans ces conditions ?

Les grandes entreprises du CAC 40 s’en sortent avec leurs armées de comptables et leurs optimisations fiscales. Mais la boulangerie du coin, le garage automobile, la petite agence web ? Eux, ils paient plein pot.

Et ne me parlez pas du CICE (Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi) qu’on nous vend depuis le début de l’année. C’est une usine à gaz incompréhensible pour la plupart des TPE-PME. Un crédit d’impôt de 4% sur les salaires inférieurs à 2,5 SMIC, remboursable dans trois ans… De qui se moque-t-on ?

Ce qu’il faut, c’est simple : une baisse immédiate et massive des charges d’au moins 30%. Pas dans trois ans. Pas sous forme de crédit d’impôt. Maintenant, et sur la feuille de paie.

La flexibilité, ce gros mot français

Ah, la flexibilité ! Dès qu’on prononce ce mot, on nous traite de patrons voyous qui veulent « pourrir la vie sociale » des salariés. Quelle blague ! La flexibilité, c’est justement ce qui permet d’embaucher sans avoir peur.

Aujourd’hui, un patron de PME qui embauche prend un risque énorme. Si le collaborateur ne convient pas, si l’activité baisse, si un gros client disparaît, c’est le parcours du combattant pour se séparer. Prud’hommes, indemnités, procédures… Résultat ? On n’embauche pas.

Je connais personnellement des dizaines d’entrepreneurs qui ont des projets de développement, des carnets de commandes qui se remplissent, mais qui refusent d’embaucher par peur de ne pas pouvoir adapter leurs effectifs en cas de retournement. C’est absurde !

Dans les pays où la flexibilité existe vraiment – Allemagne, Danemark, Pays-Bas – le taux de chômage est deux fois moins élevé qu’en France. Ce n’est pas un hasard. La flexibilité permet d’embaucher et de désembaucher dynamiquement, mais attention, pas au détriment des niveaux de salaires ! Au contraire, quand l’emploi est fluide, les salaires montent car les entreprises se battent pour attirer les talents.

Le modèle danois : flexisécurité réussie

Au Danemark, un salarié peut être licencié avec un préavis d’un mois. Choquant ? Pas du tout. Car en contrepartie, il touche 90% de son salaire pendant deux ans et bénéficie d’un accompagnement personnalisé pour retrouver un emploi. Résultat : un taux de chômage à 7% contre plus de 10% chez nous.

Les entreprises danoises n’hésitent pas à embaucher car elles savent qu’elles pourront s’adapter. Les salariés n’ont pas peur du chômage car ils sont bien protégés. C’est du gagnant-gagnant, mais ça demande de sortir des schémas idéologiques français.

Les 35 heures, ce boulet économique

Parlons aussi de cette aberration des 35 heures. Treize ans après leur mise en place, quel bilan ? Le chômage n’a jamais été aussi haut, la compétitivité française s’effondre, et nos voisins européens nous regardent avec des yeux ronds.

Dans ma boîte, comme dans beaucoup de PME, tout le monde fait en réalité 40 heures ou plus. Mais officiellement, c’est 35 heures plus des heures sup’ majorées à 25%. Encore des charges en plus !

Il faut avoir le courage de le dire : le retour aux 40 heures légales est indispensable. Sans baisse de salaire évidemment. Juste retrouver un cadre de travail normal, comme partout ailleurs en Europe.

Les Allemands travaillent en moyenne 40 heures, les Britanniques 42 heures. Et leur taux de chômage ? Deux fois moins élevé que le nôtre. CQFD.

Le dialogue de sourds avec les politiques

Ce qui me désespère le plus, c’est l’incompréhension totale entre le monde entrepreneurial et le monde politique. Quand j’entends certains responsables politiques parler d’ »entreprises socialistes » ou nous expliquer doctement comment gérer nos boîtes, j’ai envie de leur demander : avez-vous déjà créé une entreprise ? Avez-vous déjà créé des emplois ? Connaissez-vous les problématiques ?

La réponse est presque toujours non. Nos ministres, nos députés, nos hauts fonctionnaires n’ont pour la plupart jamais mis les pieds dans une vraie entreprise. Ils vivent dans leur bulle étatique, avec leurs emplois garantis à vie et leurs retraites dorées.

Prenez notre ministre du Redressement productif. Ses « nouvelles mesures » annoncées en grande pompe ? Du vent. Des comités Théodule, des rapports, des « pactes » sans substance. Pendant ce temps, les entreprises crèvent et le chômage explose.

L’exemple des Pigeons : quand les entrepreneurs se rebellent

Souvenez-vous du mouvement des Pigeons l’année dernière. Des entrepreneurs excédés par la taxation confiscatoire des plus-values. Il a fallu qu’on descende dans la rue, qu’on fasse du bruit médiatique, pour que le gouvernement recule partiellement.

Mais combien de batailles perdues pour une victoire ? La taxation du capital, les charges sociales, la complexité administrative… Tout est fait pour décourager l’entrepreneuriat en France.

La vérité qu’on refuse de voir

Je vais vous dire une vérité qui dérange : jamais plus le monde ne connaîtra le plein emploi. L’automatisation, la robotisation, l’intelligence artificielle… Tout converge vers moins d’emplois humains nécessaires.

Il va falloir que les gouvernements gèrent cette nouvelle réalité. Mais au lieu de ça, on continue avec des recettes du XXe siècle : toujours plus de charges, toujours plus de rigidité, toujours plus de complexité.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que dans ce nouveau monde, seules les entreprises agiles, flexibles, réactives pourront créer les emplois de demain. Pas les mastodontes bureaucratiques. Pas les entreprises corsetées par des règles d’un autre âge.

Des solutions simples qui marchent ailleurs

Les solutions existent pourtant. Elles ont fait leurs preuves chez nos voisins :

  • Baisse massive des charges : l’Allemagne a baissé ses charges de 5 points en dix ans. Résultat : excédent commercial record et chômage au plus bas.
  • Flexibilité du marché du travail : au Royaume-Uni, on peut embaucher et licencier facilement. Taux de chômage : 7,4% contre 10,8% chez nous.
  • Simplification administrative : aux Pays-Bas, créer une entreprise prend une journée. En France ? Trois semaines minimum.
  • Retour aux 40 heures : partout en Europe sauf chez nous. Coïncidence ?

Mais voilà, appliquer ces recettes demande du courage politique. Il faut affronter les syndicats arc-boutés sur leurs acquis, les fonctionnaires qui défendent leur pré carré, l’opinion publique biberonnée aux discours anti-patrons.

Plus facile de faire des effets d’annonce et de laisser le chômage exploser.

Le paradoxe français : des entrepreneurs qui veulent embaucher, des chômeurs qui veulent travailler

C’est ça le drame français. D’un côté, des centaines de milliers d’entreprises prêtes à embaucher si elles n’avaient pas toutes ces contraintes. De l’autre, plus de 3 millions de chômeurs qui ne demandent qu’à travailler.

Entre les deux ? Un mur de charges, de rigidités, de complexités administratives.

Je le répète : rien ne peut mieux assurer l’avenir d’un employé que son employeur. Rien ! Pas l’État, pas les syndicats, pas les allocations chômage. Un employeur qui va bien, qui se développe, qui gagne des marchés, c’est la meilleure garantie pour ses salariés.

Mais pour ça, il faut laisser les entrepreneurs entreprendre. Il faut leur faire confiance. Il faut arrêter de les considérer comme des exploiteurs en puissance.

Bref. Demain, ce sont les chiffres du chômage de novembre. Je parie sur une nouvelle hausse. Et dans les ministères, on continuera à chercher des solutions dans des rapports poussiéreux au lieu d’écouter ceux qui créent vraiment de l’emploi : les entrepreneurs.

Peut-on mobiliser autant de ressources que celles utilisées pour des polémiques stériles, mais cette fois contre le chômage ? J’en doute. C’est moins vendeur électoralement que de taper sur les patrons.

Alors on continuera à voir ce paradoxe français : un pays riche, avec des entrepreneurs dynamiques, mais incapable de créer des emplois à cause d’un système obsolète.

Jusqu’à quand ?

Pour aller plus loin

Sources et références

  • INSEE – Taux de chômage France, 3e trimestre 2013
  • Eurostat – Comparaison des taux de chômage européens, novembre 2013
  • Rapport du Conseil d’Analyse Économique sur les charges sociales, 2012
  • Étude IFRAP sur le coût du travail en Europe, septembre 2013

Photo : VENUS MAJOR / Unsplash

, ,