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  • La flexibilité de l’emploi : pourquoi les patrons français réclament le droit de désembaucher
    La flexibilité de l’emploi : pourquoi les patrons français réclament le droit de désembaucher
    Des centaines de milliers d’entreprises françaises seraient prêtes à embaucher si elles n’avaient pas de contraintes à la désembauche. Cette revendication patronale soulève un débat fondamental sur le modèle social français et la protection des salariés.

    Je viens d’avoir une conversation édifiante avec plusieurs patrons de PME. Leur message est clair, presque désespéré : « Laissez-nous embaucher les chômeurs et désembaucher librement, nous avons besoin de flexibilité ». Cette demande, qui peut paraître choquante de prime abord, mérite qu’on s’y attarde sérieusement. Car derrière ce qui ressemble à une provocation se cache peut-être une partie de la solution à notre chômage endémique.

    Le paradoxe français : protéger l’emploi ou protéger les employés ?

    La France compte aujourd’hui plus de 3 millions de chômeurs officiels. Un chiffre qui ne prend pas en compte ce que j’appelle les « désactivés résignés » – ces personnes qui ont renoncé à chercher un emploi, découragées par des années de recherches infructueuses. Si on les comptabilisait, on dépasserait allègrement les 5 millions.

    Face à cette situation dramatique, notre modèle social continue de privilégier la protection des emplois existants plutôt que la création de nouveaux postes. Le Code du travail français, avec ses 3 000 pages, est l’un des plus protecteurs au monde pour les salariés en poste. Mais qu’en est-il des millions de personnes qui restent à la porte du marché du travail ?

    Les procédures de licenciement en France sont parmi les plus complexes et coûteuses d’Europe. Entre les consultations obligatoires, les délais légaux, les indemnités et le risque prud’homal, un licenciement peut coûter jusqu’à deux ans de salaire à une PME. Résultat : beaucoup d’entrepreneurs préfèrent ne pas embaucher du tout.

    La réalité des patrons de PME : entre prise de risque et paralysie

    Contrairement aux idées reçues, la majorité des patrons français ne considèrent pas leurs employés comme une « charge ». En 25 ans d’entrepreneuriat, je n’ai jamais entendu un confrère patron raisonner ainsi. Les salariés sont perçus comme des investissements, des partenaires dans l’aventure entrepreneuriale.

    Mais voilà le problème : quand cet investissement devient irréversible, la prise de risque devient paralysante. Un patron de PME m’expliquait récemment : « J’ai trois commandes importantes qui arrivent, mais elles sont limitées dans le temps. J’aurais besoin de cinq personnes pendant six mois. Mais si j’embauche en CDI et que les commandes ne sont pas renouvelées, je mets mon entreprise en péril. »

    Cette situation n’est pas anecdotique. Des centaines de milliers d’entreprises seraient prêtes à embaucher si elles n’avaient pas ces contraintes à la désembauche. C’est mathématique : moins il y a de risques à l’embauche, plus les entreprises sont enclines à recruter.

    Le modèle danois : la flexisécurité en pratique

    Le Danemark a résolu cette équation avec son modèle de « flexisécurité ». Les entreprises peuvent licencier facilement (préavis de quelques semaines), mais les salariés bénéficient d’indemnités chômage généreuses (jusqu’à 90% du salaire) et d’un accompagnement intensif pour retrouver un emploi. Résultat : un taux de chômage autour de 5% et une mobilité professionnelle élevée.

    En France, nous avons choisi la voie inverse : rendre le licenciement difficile et coûteux, avec des indemnités chômage moyennes et un accompagnement limité. Cette approche protège ceux qui ont un emploi mais exclut durablement ceux qui n’en ont pas.

    La flexibilité sans précarité : est-ce possible ?

    Je suis convaincu qu’on peut introduire plus de flexibilité sans tomber dans la précarité généralisée. La clé est de maintenir, voire d’augmenter, les niveaux de salaires tout en assouplissant les contraintes à la désembauche.

    Voici ce que pourrait être un nouveau pacte social :

    • Simplification radicale des procédures de licenciement pour motif économique
    • Augmentation significative des indemnités de licenciement (mais plafonnées)
    • Renforcement de l’assurance chômage et de la formation professionnelle
    • Création d’un « compte personnel de sécurité professionnelle » qui suivrait le salarié tout au long de sa carrière

    L’objectif n’est pas de créer un marché du travail à l’américaine, où les salariés peuvent être licenciés du jour au lendemain sans indemnités. Il s’agit de trouver un équilibre entre protection et flexibilité, entre sécurité et dynamisme économique.

    Le rôle crucial de la confiance patron-salarié

    J’ai récemment été témoin d’une scène édifiante : un patron expliquant à ses salariés la situation économique difficile de l’entreprise, et un salarié proposant spontanément de réduire son temps de travail pour éviter un licenciement. Cette solidarité patron-salarié existe, mais elle est étouffée par un cadre légal qui oppose systématiquement les deux parties.

    Rien ne peut mieux assurer l’avenir d’un employé que son employeur en bonne santé économique. Cette vérité simple est occultée par des décennies de lutte des classes institutionnalisée. Il est temps de repenser la relation de travail comme un partenariat plutôt qu’un rapport de force.

    L’urgence d’agir : mobiliser contre le chômage

    Nous sommes capables de mobiliser des ressources considérables pour des polémiques stériles, mais qu’en est-il de la lutte contre le chômage ? Cette question devrait être notre priorité nationale absolue.

    Le chômage n’est pas qu’un problème économique. C’est un drame humain qui touche des millions de familles, qui brise des vies, qui fracture notre société. Chaque jour de retard dans la réforme de notre marché du travail, ce sont des milliers de personnes qui s’enfoncent dans la précarité et le désespoir.

    Les solutions existent. D’autres pays les ont mises en œuvre avec succès. Ce qui nous manque, c’est le courage politique de remettre en question nos dogmes et d’expérimenter de nouvelles approches.

    Dépasser les clivages idéologiques

    La gauche doit accepter que la flexibilité peut créer de l’emploi. La droite doit reconnaître que cette flexibilité doit s’accompagner de protections sociales renforcées. Les syndicats doivent comprendre que protéger les insiders au détriment des outsiders n’est pas tenable. Le patronat doit s’engager sur les salaires et la formation.

    Ce consensus est possible. Il existe dans d’autres pays européens. Il nécessite simplement de mettre de côté les postures idéologiques pour se concentrer sur l’objectif : créer massivement de l’emploi tout en maintenant un haut niveau de protection sociale.

    Pour aller plus loin

    • « Le modèle social français » de Alain Lefebvre et Dominique Méda – Une analyse critique de notre système de protection sociale
    • « La flexisécurité danoise » – Rapport du Conseil d’Analyse Économique (2010)
    • « Pour en finir avec le chômage de masse » de Pierre Cahuc et André Zylberberg
    • Site de l’OCDE – Comparaisons internationales des marchés du travail
    • « Travailler pour être heureux ? » de Christian Baudelot et Michel Gollac

    Sources et références

    • INSEE – Taux de chômage au sens du BIT (3e trimestre 2013)
    • DARES – Études sur les contraintes à l’embauche en France
    • Eurostat – Comparaison des législations du travail en Europe
    • Rapport Gallois sur la compétitivité (novembre 2012)
    • Étude de l’Institut Montaigne sur la flexisécurité (2013)

    Photo : Sebastian Herrmann / Unsplash

  • Le grand écart du chômage : entre annonces politiques et réalité du terrain
    Le grand écart du chômage : entre annonces politiques et réalité du terrain
    Le gouvernement annonce une baisse du chômage des jeunes tandis que 1,3 million d’Américains perdent leurs allocations. Entre discours politiques et réalité économique, le fossé se creuse dangereusement.

    Il y a des moments où l’on se demande si nos dirigeants vivent dans le même monde que nous. Ce 14 novembre, Harlem Désir annonce triomphalement sur Europe 1 que « le chômage des jeunes baisse ». Permettez-moi d’être dubitatif. Ce type a manifestement des informations que nous n’avons pas, ou alors il pratique cette gymnastique intellectuelle bien connue qui consiste à torturer les chiffres jusqu’à ce qu’ils avouent ce qu’on veut leur faire dire.

    La réalité derrière les chiffres officiels

    Le problème avec les statistiques du chômage, c’est qu’elles ressemblent de plus en plus à un tour de passe-passe. On sort des catégories entières de demandeurs d’emploi, on crée des contrats aidés qui maquillent temporairement les chiffres, et hop, le tour est joué. Pendant ce temps, dans le monde réel, les jeunes galèrent toujours autant pour trouver un emploi stable.

    Les chiffres officiels de Pôle emploi montrent une réalité bien différente. En octobre 2013, nous avons atteint 3,3 millions de demandeurs d’emploi en catégorie A, sans compter les autres catégories qui explosent. Chez les moins de 25 ans, le taux de chômage frôle les 25%. Un jeune sur quatre ! Mais apparemment, ça baisse…

    Ce qui est particulièrement révélateur, c’est le décalage entre les annonces gouvernementales et ce que vivent les entreprises au quotidien. Quand je discute avec mes confrères entrepreneurs, aucun ne me parle d’embellie sur le front de l’emploi. Au contraire, la plupart hésitent à embaucher, étranglés par les charges et l’incertitude économique.

    Le mythe de la flexibilité salvatrice

    On nous répète à longueur de temps que la flexibilité est la solution miracle. « La flexibilité permet d’embaucher et de désembaucher dynamiquement », nous dit-on. Certes, mais à quel prix ? Cette flexibilité tant vantée ne doit pas se faire au détriment des niveaux de salaires ni de la sécurité des travailleurs.

    Le modèle américain, souvent cité en exemple, montre ses limites. Pendant que nos politiques s’extasient sur les chiffres du chômage aux États-Unis, 1,3 million d’Américains viennent de perdre leurs allocations chômage fin décembre. La flexibilité à l’américaine, c’est aussi ça : des millions de travailleurs pauvres, sans protection sociale, qui enchaînent les petits boulots précaires.

    En France, nous avons construit un modèle social qui protège les salariés. C’est une force, pas une faiblesse. Mais ce modèle est attaqué de toutes parts au nom de la compétitivité et de la flexibilité. Le résultat ? Une précarisation croissante sans pour autant créer massivement de l’emploi.

    La responsabilité des employeurs : entre mythe et réalité

    J’ai toujours défendu l’idée que rien ne peut mieux assurer l’avenir d’un employé que son employeur. Cette relation de confiance mutuelle est le socle d’une entreprise qui fonctionne. Pourtant, en 25 ans d’entrepreneuriat, je n’ai jamais entendu un confrère patron parler de ses employés comme d’une charge. C’est un mythe entretenu par certains.

    Les bons patrons existent, et ils sont nombreux. Ceux qui investissent dans leurs équipes, qui forment, qui font grandir leurs collaborateurs. Mais ils sont souvent silencieux, écrasés médiatiquement par les discours du MEDEF qui réclame toujours plus de flexibilité et moins de charges.

    Le vrai problème, c’est que notre système fiscal et social pénalise l’emploi. Les charges sur les salaires sont parmi les plus élevées d’Europe. Résultat : embaucher coûte cher, très cher. Et ce n’est pas en précarisant les contrats qu’on résoudra ce problème structurel.

    Le chômage des jeunes : une bombe à retardement

    Revenons à cette fameuse « baisse du chômage des jeunes ». Les derniers chiffres disponibles montrent une réalité alarmante : près d’un quart des jeunes actifs sont au chômage. Dans certains quartiers, ce taux dépasse les 40%. C’est une génération entière qu’on est en train de sacrifier.

    Les emplois d’avenir, les contrats de génération et autres dispositifs gouvernementaux ne sont que des pansements sur une jambe de bois. Ils permettent de faire baisser artificiellement les statistiques, mais ne règlent rien sur le fond. Pire, ils créent une génération de précaires, habitués aux contrats aidés, qui peinent ensuite à s’insérer dans l’emploi « normal ».

    La formation est en décalage complet avec les besoins des entreprises. On continue à former des bataillons de psychologues et de sociologues alors que les entreprises cherchent désespérément des techniciens, des développeurs, des commerciaux. Ce décalage entre l’offre et la demande est l’une des causes structurelles du chômage des jeunes.

    L’hypocrisie médiatique et politique

    Ce qui me frappe le plus dans cette période, c’est le décalage entre les priorités médiatiques et les vrais enjeux. Pendant que les journaux ouvrent en boucle sur des polémiques stériles, 1,3 million d’Américains perdent leur allocation chômage. Mais ça, apparemment, ce n’est pas assez vendeur.

    Nos politiques préfèrent les annonces tonitruantes aux actions concrètes. « Le chômage baisse » fait un meilleur titre que « nous n’avons pas de solution ». Alors on maquille les chiffres, on crée des catégories, on sort des statistiques ceux qui dérangent.

    Cette hypocrisie généralisée nourrit la défiance des citoyens envers leurs dirigeants. Comment croire des politiques qui annoncent des baisses du chômage alors que tout le monde connaît quelqu’un qui galère pour trouver du travail ?

    Quelles solutions pour sortir de l’impasse ?

    Soyons clairs : il n’y a pas de solution miracle. Mais quelques pistes méritent d’être explorées sérieusement. D’abord, une vraie réforme de la fiscalité du travail. Tant que embaucher coûtera aussi cher, les entreprises hésiteront.

    Ensuite, une refonte complète de notre système de formation. Il faut arrêter de former pour former et commencer à former pour l’emploi. Cela implique une vraie concertation entre le monde de l’éducation et celui de l’entreprise.

    La simplification administrative est aussi cruciale. Combien d’entrepreneurs renoncent à embaucher par peur de la paperasse ? Un CDI en France, c’est un engagement quasi-matrimonial. Normal que les patrons hésitent.

    Enfin, il faut arrêter d’opposer flexibilité et sécurité. Les pays nordiques ont montré qu’on pouvait concilier les deux avec leur modèle de flexisécurité. Mais cela demande du courage politique et une vraie vision à long terme.

    Le chômage n’est pas qu’une statistique. Derrière chaque chiffre, il y a des vies brisées, des projets avortés, des familles en difficulté. Il est temps que nos dirigeants arrêtent de jouer avec les chiffres et s’attaquent vraiment au problème. Mais pour cela, il faudrait d’abord qu’ils reconnaissent la réalité au lieu de la maquiller.

    Mes amis, c’est bientôt Noël, et demain, ce sont les chiffres du chômage. Je parie qu’on nous annoncera encore une « stabilisation » ou une « légère baisse ». Pendant ce temps, dans la vraie vie, des millions de Français continueront à chercher désespérément un emploi. Joyeuses fêtes quand même.

    Pour aller plus loin

    • Les chiffres du chômage décryptés – Observatoire des inégalités : analyse détaillée des différentes catégories de demandeurs d’emploi
    • « La France du chômage caché » – Alternatives Économiques : enquête sur les exclus des statistiques officielles
    • Le modèle danois de flexisécurité – Documentation française : étude comparative des modèles européens
    • « Génération précaire » – Collectif : témoignages de jeunes face à la précarité de l’emploi

    Sources et références

    • Chiffres Pôle emploi – Octobre 2013 : 3,3 millions de demandeurs d’emploi catégorie A
    • INSEE – Taux de chômage des jeunes T3 2013 : 24,8% des actifs de moins de 25 ans
    • Congressional Budget Office – Décembre 2013 : 1,3 million d’Américains perdent leurs allocations
    • Eurostat 2013 : Comparaison des taux de prélèvements obligatoires en Europe

    Photo : Bozhin Karaivanov / Unsplash

  • Le grand malentendu entre entrepreneurs et politiques sur l’emploi
    Le grand malentendu entre entrepreneurs et politiques sur l’emploi
    Face à un chômage qui explose, les entrepreneurs français réclament des mesures concrètes : baisse des charges de 30%, flexibilité accrue et retour aux 40 heures. Mais le gouvernement reste sourd à ces appels, préférant les effets d’annonce aux vraies réformes structurelles.

    Le chômage, les amis, le chômage ! On approche dangereusement de la barre des 3,3 millions de demandeurs d’emploi en cette fin 2013, et pendant ce temps-là, que fait notre gouvernement ? Des gesticulations, des effets de manche, et surtout… rien de concret pour les entrepreneurs qui voudraient embaucher.

    Je discutais encore la semaine dernière avec plusieurs confrères patrons de PME. Le constat est unanime : nous avons envie d’embaucher, nous en avons même besoin pour développer nos activités. Mais voilà, entre les charges qui représentent parfois jusqu’à 45% du salaire brut et l’impossibilité de se séparer d’un collaborateur qui ne convient pas, on préfère serrer les dents et faire avec les équipes existantes.

    C’est ça la réalité du terrain. Pas celle des ministères parisiens.

    Des charges qui tuent l’emploi dans l’œuf

    Faisons un calcul simple. Pour un salarié au SMIC (1 430 euros brut), l’entreprise débourse en réalité près de 2 100 euros une fois toutes les charges patronales ajoutées. C’est 47% de charges ! Comment voulez-vous que les petites entreprises, qui représentent 99% du tissu économique français, puissent embaucher dans ces conditions ?

    Les grandes entreprises du CAC 40 s’en sortent avec leurs armées de comptables et leurs optimisations fiscales. Mais la boulangerie du coin, le garage automobile, la petite agence web ? Eux, ils paient plein pot.

    Et ne me parlez pas du CICE (Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi) qu’on nous vend depuis le début de l’année. C’est une usine à gaz incompréhensible pour la plupart des TPE-PME. Un crédit d’impôt de 4% sur les salaires inférieurs à 2,5 SMIC, remboursable dans trois ans… De qui se moque-t-on ?

    Ce qu’il faut, c’est simple : une baisse immédiate et massive des charges d’au moins 30%. Pas dans trois ans. Pas sous forme de crédit d’impôt. Maintenant, et sur la feuille de paie.

    La flexibilité, ce gros mot français

    Ah, la flexibilité ! Dès qu’on prononce ce mot, on nous traite de patrons voyous qui veulent « pourrir la vie sociale » des salariés. Quelle blague ! La flexibilité, c’est justement ce qui permet d’embaucher sans avoir peur.

    Aujourd’hui, un patron de PME qui embauche prend un risque énorme. Si le collaborateur ne convient pas, si l’activité baisse, si un gros client disparaît, c’est le parcours du combattant pour se séparer. Prud’hommes, indemnités, procédures… Résultat ? On n’embauche pas.

    Je connais personnellement des dizaines d’entrepreneurs qui ont des projets de développement, des carnets de commandes qui se remplissent, mais qui refusent d’embaucher par peur de ne pas pouvoir adapter leurs effectifs en cas de retournement. C’est absurde !

    Dans les pays où la flexibilité existe vraiment – Allemagne, Danemark, Pays-Bas – le taux de chômage est deux fois moins élevé qu’en France. Ce n’est pas un hasard. La flexibilité permet d’embaucher et de désembaucher dynamiquement, mais attention, pas au détriment des niveaux de salaires ! Au contraire, quand l’emploi est fluide, les salaires montent car les entreprises se battent pour attirer les talents.

    Le modèle danois : flexisécurité réussie

    Au Danemark, un salarié peut être licencié avec un préavis d’un mois. Choquant ? Pas du tout. Car en contrepartie, il touche 90% de son salaire pendant deux ans et bénéficie d’un accompagnement personnalisé pour retrouver un emploi. Résultat : un taux de chômage à 7% contre plus de 10% chez nous.

    Les entreprises danoises n’hésitent pas à embaucher car elles savent qu’elles pourront s’adapter. Les salariés n’ont pas peur du chômage car ils sont bien protégés. C’est du gagnant-gagnant, mais ça demande de sortir des schémas idéologiques français.

    Les 35 heures, ce boulet économique

    Parlons aussi de cette aberration des 35 heures. Treize ans après leur mise en place, quel bilan ? Le chômage n’a jamais été aussi haut, la compétitivité française s’effondre, et nos voisins européens nous regardent avec des yeux ronds.

    Dans ma boîte, comme dans beaucoup de PME, tout le monde fait en réalité 40 heures ou plus. Mais officiellement, c’est 35 heures plus des heures sup’ majorées à 25%. Encore des charges en plus !

    Il faut avoir le courage de le dire : le retour aux 40 heures légales est indispensable. Sans baisse de salaire évidemment. Juste retrouver un cadre de travail normal, comme partout ailleurs en Europe.

    Les Allemands travaillent en moyenne 40 heures, les Britanniques 42 heures. Et leur taux de chômage ? Deux fois moins élevé que le nôtre. CQFD.

    Le dialogue de sourds avec les politiques

    Ce qui me désespère le plus, c’est l’incompréhension totale entre le monde entrepreneurial et le monde politique. Quand j’entends certains responsables politiques parler d’ »entreprises socialistes » ou nous expliquer doctement comment gérer nos boîtes, j’ai envie de leur demander : avez-vous déjà créé une entreprise ? Avez-vous déjà créé des emplois ? Connaissez-vous les problématiques ?

    La réponse est presque toujours non. Nos ministres, nos députés, nos hauts fonctionnaires n’ont pour la plupart jamais mis les pieds dans une vraie entreprise. Ils vivent dans leur bulle étatique, avec leurs emplois garantis à vie et leurs retraites dorées.

    Prenez notre ministre du Redressement productif. Ses « nouvelles mesures » annoncées en grande pompe ? Du vent. Des comités Théodule, des rapports, des « pactes » sans substance. Pendant ce temps, les entreprises crèvent et le chômage explose.

    L’exemple des Pigeons : quand les entrepreneurs se rebellent

    Souvenez-vous du mouvement des Pigeons l’année dernière. Des entrepreneurs excédés par la taxation confiscatoire des plus-values. Il a fallu qu’on descende dans la rue, qu’on fasse du bruit médiatique, pour que le gouvernement recule partiellement.

    Mais combien de batailles perdues pour une victoire ? La taxation du capital, les charges sociales, la complexité administrative… Tout est fait pour décourager l’entrepreneuriat en France.

    La vérité qu’on refuse de voir

    Je vais vous dire une vérité qui dérange : jamais plus le monde ne connaîtra le plein emploi. L’automatisation, la robotisation, l’intelligence artificielle… Tout converge vers moins d’emplois humains nécessaires.

    Il va falloir que les gouvernements gèrent cette nouvelle réalité. Mais au lieu de ça, on continue avec des recettes du XXe siècle : toujours plus de charges, toujours plus de rigidité, toujours plus de complexité.

    Ce qu’il faut comprendre, c’est que dans ce nouveau monde, seules les entreprises agiles, flexibles, réactives pourront créer les emplois de demain. Pas les mastodontes bureaucratiques. Pas les entreprises corsetées par des règles d’un autre âge.

    Des solutions simples qui marchent ailleurs

    Les solutions existent pourtant. Elles ont fait leurs preuves chez nos voisins :

    • Baisse massive des charges : l’Allemagne a baissé ses charges de 5 points en dix ans. Résultat : excédent commercial record et chômage au plus bas.
    • Flexibilité du marché du travail : au Royaume-Uni, on peut embaucher et licencier facilement. Taux de chômage : 7,4% contre 10,8% chez nous.
    • Simplification administrative : aux Pays-Bas, créer une entreprise prend une journée. En France ? Trois semaines minimum.
    • Retour aux 40 heures : partout en Europe sauf chez nous. Coïncidence ?

    Mais voilà, appliquer ces recettes demande du courage politique. Il faut affronter les syndicats arc-boutés sur leurs acquis, les fonctionnaires qui défendent leur pré carré, l’opinion publique biberonnée aux discours anti-patrons.

    Plus facile de faire des effets d’annonce et de laisser le chômage exploser.

    Le paradoxe français : des entrepreneurs qui veulent embaucher, des chômeurs qui veulent travailler

    C’est ça le drame français. D’un côté, des centaines de milliers d’entreprises prêtes à embaucher si elles n’avaient pas toutes ces contraintes. De l’autre, plus de 3 millions de chômeurs qui ne demandent qu’à travailler.

    Entre les deux ? Un mur de charges, de rigidités, de complexités administratives.

    Je le répète : rien ne peut mieux assurer l’avenir d’un employé que son employeur. Rien ! Pas l’État, pas les syndicats, pas les allocations chômage. Un employeur qui va bien, qui se développe, qui gagne des marchés, c’est la meilleure garantie pour ses salariés.

    Mais pour ça, il faut laisser les entrepreneurs entreprendre. Il faut leur faire confiance. Il faut arrêter de les considérer comme des exploiteurs en puissance.

    Bref. Demain, ce sont les chiffres du chômage de novembre. Je parie sur une nouvelle hausse. Et dans les ministères, on continuera à chercher des solutions dans des rapports poussiéreux au lieu d’écouter ceux qui créent vraiment de l’emploi : les entrepreneurs.

    Peut-on mobiliser autant de ressources que celles utilisées pour des polémiques stériles, mais cette fois contre le chômage ? J’en doute. C’est moins vendeur électoralement que de taper sur les patrons.

    Alors on continuera à voir ce paradoxe français : un pays riche, avec des entrepreneurs dynamiques, mais incapable de créer des emplois à cause d’un système obsolète.

    Jusqu’à quand ?

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    • INSEE – Taux de chômage France, 3e trimestre 2013
    • Eurostat – Comparaison des taux de chômage européens, novembre 2013
    • Rapport du Conseil d’Analyse Économique sur les charges sociales, 2012
    • Étude IFRAP sur le coût du travail en Europe, septembre 2013

    Photo : VENUS MAJOR / Unsplash

  • Le chômage, les entrepreneurs et la France qui se déchire : chronique d’un dialogue impossible
    Le chômage, les entrepreneurs et la France qui se déchire : chronique d’un dialogue impossible
    Le chômage atteint des sommets historiques en France tandis que les entrepreneurs réclament des mesures drastiques pour pouvoir embaucher. Entre incompréhension mutuelle et blocages idéologiques, le pays s’enfonce dans une crise qui touche désormais toutes les catégories sociales.

    Je regarde les chiffres du chômage ce matin, et je ne peux m’empêcher de penser à cette phrase que m’a lancée un confrère entrepreneur la semaine dernière : « On voudrait embaucher, mais on ne peut pas. C’est aussi simple que ça. » Voilà où nous en sommes fin 2013 : un pays où ceux qui veulent travailler ne trouvent pas d’emploi, et où ceux qui veulent embaucher ne le peuvent pas. Une équation absurde qui révèle l’ampleur du blocage français.

    Des chiffres qui donnent le vertige

    Les statistiques officielles parlent de plus de 3,3 millions de demandeurs d’emploi en catégorie A. Mais la réalité est bien pire. Il faut ajouter à ce chiffre ce que j’appelle les « désactivés résignés » : tous ceux qui ont abandonné l’idée même de chercher un emploi, découragés par des années de recherche infructueuse. On approche alors des 5 millions de personnes sans emploi.

    À cela s’ajoutent plus de 10 millions de pauvres et plus d’un million de personnes qui dépendent des Restos du Cœur pour se nourrir. Des chiffres qui devraient faire la une de tous les journaux, mais qui sont éclipsés par des polémiques stériles. Pendant qu’on débat de quenelles et autres gesticulations, des familles entières basculent dans la précarité.

    Le plus révoltant ? Quand Harlem Désir annonce avec aplomb que « le chômage des jeunes baisse », on se demande de quelle planète il nous parle. Les jeunes diplômés enchaînent les stages non rémunérés, les CDD précaires et les missions d’intérim. Ceux sans qualification ? Ils n’ont même plus accès à ces miettes.

    La spirale infernale des charges et de la rigidité

    Côté entrepreneurs, la situation n’est guère plus brillante. Dans les services aux entreprises, secteur que je connais bien, ceux qui limitent la casse à -10% de chiffre d’affaires cette année s’estiment chanceux. La plupart subissent des baisses de 20 à 30%, voire plus.

    Le problème fondamental ? Le coût du travail en France est devenu prohibitif. Entre charges sociales, cotisations diverses et contraintes administratives, embaucher un salarié au SMIC coûte près du double à l’entreprise. Pour un salaire net de 1 100 euros, l’employeur débourse environ 2 000 euros. Une équation impossible pour les petites structures.

    Mais ce n’est pas qu’une question de coût. C’est aussi et surtout une question de flexibilité. En France, embaucher c’est presque se marier. La rupture est complexe, coûteuse, risquée juridiquement. Résultat : les entrepreneurs n’embauchent plus, ou alors uniquement en CDD, stages et autres contrats précaires qui alimentent justement la précarité qu’on prétend combattre.

    Le cercle vicieux de la peur

    Cette rigidité crée un cercle vicieux. Les entreprises, effrayées par le risque d’embauche, préfèrent surcharger leurs équipes existantes plutôt que de recruter. Les salariés en poste, épuisés, voient leur productivité baisser. La qualité se dégrade, la compétitivité s’effondre, les carnets de commandes se vident. Et on licencie.

    Pendant ce temps, les politiques nous servent des mesurettes. Montebourg annonce des « nouvelles mesures » pour les entrepreneurs en difficulté. Lesquelles ? Des prêts, des reports de charges, des aides ponctuelles. Des pansements sur une jambe de bois. Ce qu’il faut, c’est une chirurgie lourde du système.

    Les solutions existent, mais qui veut les entendre ?

    Pourtant, les solutions sont connues. Je les répète depuis des années, comme beaucoup d’entrepreneurs :

    • Baisser les charges sociales d’au moins 30% pour redonner de l’oxygène aux entreprises
    • Permettre une vraie flexibilité à l’embauche ET au licenciement, comme dans tous les pays qui créent de l’emploi
    • Revenir aux 40 heures hebdomadaires pour augmenter la productivité
    • Défiscaliser massivement les heures supplémentaires pour augmenter le pouvoir d’achat sans alourdir les charges

    Ces mesures ne sont pas idéologiques. Elles sont pragmatiques. Regardez l’Allemagne, le Royaume-Uni, même l’Espagne qui commence à redresser la tête. Tous ont compris qu’un marché du travail flexible crée plus d’emplois qu’un marché rigide.

    Ségolène Royal l’a d’ailleurs bien compris quand elle parle d’un fonctionnement « gagnant-gagnant » entre entrepreneurs et salariés. Baissez significativement les charges, et nous embaucherons. C’est mathématique. Mais encore faut-il avoir le courage politique de le faire.

    Le modèle de la petite boîte flexible

    Contrairement aux caricatures, l’immense majorité des entrepreneurs ne rêvent pas de précariser leurs salariés. Nous voulons simplement pouvoir adapter nos effectifs à notre activité. Embaucher quand ça va bien, réduire la voilure quand ça va mal. C’est ce que j’appelle le modèle de la « petite boîte flexible ».

    Ce modèle n’est pas synonyme de salaires au rabais. Au contraire ! Une entreprise qui peut s’adapter rapidement est une entreprise qui survit aux crises et qui peut mieux rémunérer ses équipes dans les bonnes périodes. La flexibilité, c’est la survie de l’entreprise et donc la pérennité de l’emploi.

    L’alliance improbable des Bonnets Rouges

    Le mouvement des Bonnets Rouges en Bretagne illustre parfaitement cette convergence d’intérêts. On y trouve des chômeurs, des salariés, des retraités et… des patrons. Tous unis par la même colère face à un système qui broie les territoires et les hommes.

    J’ai été particulièrement touché par l’histoire de ce patron breton qui expliquait à ses salariés pourquoi il ne pouvait plus continuer. Pas de langue de bois, pas de com’ corporate. Juste la vérité crue : les charges, les taxes, les normes… l’entreprise n’en peut plus. Et ses salariés l’ont compris, l’ont soutenu. Voilà la vraie solidarité entrepreneuriale.

    Car contrairement aux fantasmes de certains, nous ne considérons pas nos employés comme une « charge ». En 25 ans d’entrepreneuriat, je n’ai jamais entendu un seul patron parler ainsi de ses équipes. Nous savons que nos entreprises ne sont rien sans les femmes et les hommes qui les font vivre. Mais nous savons aussi que sans entreprises rentables, il n’y a pas d’emplois.

    Le low cost, symptôme de notre déclin

    Montebourg a raison sur un point : le low cost est destructeur. Mais pas seulement d’emplois. Il détruit la valeur, la qualité, l’innovation. C’est le symptôme d’une économie qui ne sait plus créer de richesse et qui se contente de rogner sur tout.

    Le low cost, c’est la conséquence directe de notre manque de compétitivité. Quand les charges sont trop lourdes, quand la réglementation étouffe l’innovation, quand la fiscalité punit la réussite, que reste-t-il ? Baisser les prix, rogner sur la qualité, délocaliser. Une spirale mortifère.

    La vraie bataille, ce n’est pas contre le low cost. C’est pour retrouver notre capacité à créer de la valeur, à innover, à produire de la qualité. Et pour cela, il faut libérer les énergies entrepreneuriales, pas les étouffer sous des montagnes de contraintes.

    18 mois de retard minimum

    Le plus dramatique dans cette situation, c’est l’inertie du système. Même si le gouvernement prenait aujourd’hui les mesures radicales qui s’imposent, les effets ne seraient visibles qu’après 18 mois minimum. Le temps que les entreprises reprennent confiance, investissent, recrutent… C’est le temps économique, incompressible.

    Or, que fait-on ? On tergiverse, on négocie, on reporte. Chaque jour perdu, ce sont des entreprises qui ferment, des emplois qui disparaissent, des compétences qui s’exilent. Le temps joue contre nous, et nous regardons ailleurs.

    Et pendant ce temps, le monde bouge

    Pendant qu’on s’écharpe sur des polémiques stériles, le monde continue de tourner. Aux États-Unis, 1,3 million de chômeurs viennent de perdre leurs allocations. Une catastrophe sociale qui nous rappelle que notre modèle social, malgré tous ses défauts, reste un amortisseur précieux.

    Mais cet amortisseur a un coût. Un coût que nous ne pouvons plus nous permettre sans une économie dynamique pour le financer. C’est le paradoxe français : nous voulons préserver un modèle social généreux tout en tuant la poule aux œufs d’or qui le finance.

    La solution n’est pas de détruire notre protection sociale. Elle est de créer les conditions d’une économie prospère qui puisse la financer durablement. Et cela passe par une réconciliation entre le monde du travail et celui de l’entreprise.

    Rien ne peut mieux assurer l’avenir d’un employé que son employeur. Rien ne peut mieux assurer la prospérité d’une entreprise que des salariés motivés et compétents. Cette évidence semble pourtant échapper à nos dirigeants, englués dans des postures idéologiques d’un autre âge.

    Alors oui, faisons des marches. Mais pas seulement contre le racisme ou pour des causes nobles mais lointaines. Marchons pour l’emploi, pour la fin de la spoliation fiscale, pour une France qui travaille et qui entreprend. Car sans emploi, sans entreprises, sans création de richesse, c’est tout notre modèle de société qui s’effondre.

    Le chômage n’est pas une fatalité. C’est le résultat de choix politiques et économiques. D’autres pays ont su créer les conditions du plein emploi. Pourquoi pas nous ? La réponse tient peut-être dans notre incapacité collective à dépasser les clivages stériles entre patrons et salariés, entre droite et gauche, entre public et privé.

    Il est temps de changer de logiciel. Avant qu’il ne soit trop tard.

    Pour aller plus loin

    • « La France qui tombe » de Nicolas Baverez – Une analyse sans concession du déclin économique français
    • Les publications de l’Institut Montaigne – Des propositions concrètes pour réformer le marché du travail
    • « Le modèle allemand » de Guillaume Duval – Pour comprendre comment nos voisins ont créé le plein emploi
    • Les rapports de la Cour des Comptes – Les chiffres réels du coût du travail en France
    • Le mouvement des Pigeons – La mobilisation des entrepreneurs français face à la fiscalité

    Sources et références

    • INSEE – Chiffres du chômage au 3e trimestre 2013
    • Eurostat – Comparaisons européennes du coût du travail (2013)
    • OCDE – Rapport sur la flexibilité du marché du travail (2013)
    • Cour des Comptes – Rapport sur les prélèvements obligatoires (2013)

    Photo : Nk Ni / Unsplash

  • L’entrepreneur face à l’État : pourquoi je défends un modèle de flexibilité responsable
    L’entrepreneur face à l’État : pourquoi je défends un modèle de flexibilité responsable
    Les entrepreneurs français étouffent sous le poids des charges et des contraintes administratives. Entre les discours idéologiques déconnectés et les promesses non tenues, il est temps de proposer un modèle économique pragmatique qui permette vraiment de créer des emplois.

    Je viens d’avoir un échange musclé sur Twitter avec des militants d’extrême gauche qui m’expliquent doctement comment je devrais gérer mon entreprise. Des gens qui n’ont jamais créé un seul emploi, jamais pris le moindre risque, mais qui savent mieux que nous, entrepreneurs, comment fonctionne l’économie réelle. Cette déconnexion totale entre le discours politique et la réalité du terrain me pousse à prendre la plume.

    Car oui, je suis entrepreneur depuis plus de vingt ans. J’ai créé des entreprises, embauché des dizaines de personnes, traversé des crises. Et aujourd’hui, en cette fin 2013, je vois mes confrères entrepreneurs désespérer face à un système qui les étouffe progressivement.

    Le mouvement des Pigeons : symptôme d’un mal profond

    Souvenez-vous, il y a tout juste un an, en octobre 2012, naissait le mouvement des Pigeons. Des entrepreneurs qui se révoltaient contre le projet de taxation des plus-values de cession à 60%. Un mouvement spontané, né sur les réseaux sociaux, qui a fait reculer le gouvernement. Mais au-delà de cette victoire symbolique, qu’est-ce qui a vraiment changé ?

    Les amendements se succèdent, les promesses aussi. Notre ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, multiplie les annonces. Mais sur le terrain, rien ne bouge. Les charges restent écrasantes, les contraintes administratives toujours plus lourdes, et les entrepreneurs continuent de fermer boutique.

    Le problème, c’est que nos politiques ne comprennent pas ce qu’est vraiment un entrepreneur. Ils voient en nous soit des exploiteurs capitalistes assoiffés de profit, soit des vaches à lait fiscales. Jamais ils ne perçoivent la réalité : nous sommes des créateurs d’emplois, des preneurs de risques, des passionnés qui investissent leur temps, leur argent et souvent leur santé dans des projets économiques.

    La petite boîte flexible : le modèle qui fonctionne

    Quand je défends le modèle de la « petite boîte flexible », on m’accuse immédiatement de vouloir précariser les salariés. C’est une vision totalement erronée de la réalité entrepreneuriale. Ce que nous voulons, c’est pouvoir embaucher sans prendre le risque de mettre la clé sous la porte si l’activité ralentit.

    Regardez les chiffres : en France, 90% des entreprises ont moins de 10 salariés. Ces TPE représentent près de 20% de l’emploi total. Elles sont le tissu économique de nos territoires, créent de la proximité, de l’innovation, du lien social. Mais elles sont aussi les plus fragiles face aux rigidités du système.

    Les freins à l’embauche : une réalité quotidienne

    Contrairement à ce que prétendent certains idéologues, les entrepreneurs ne rêvent que de pouvoir embaucher ! Mais voilà la réalité :

    • Un SMIC chargé coûte près de 1 600 euros par mois à l’employeur
    • Les procédures de licenciement peuvent durer des mois et coûter des fortunes
    • La complexité administrative décourage les plus motivés
    • L’incertitude juridique permanente paralyse la prise de décision

    Dans ces conditions, comment s’étonner que les entrepreneurs hésitent à recruter ? Ce n’est pas par manque d’éthique ou par volonté d’exploiter, c’est par simple survie économique.

    L’absurdité des « entreprises socialistes »

    J’ai failli m’étouffer quand on m’a parlé d’ »entreprises socialistes » comme modèle alternatif. De quoi parle-t-on exactement ? Des coopératives ? Des entreprises publiques ? Des structures subventionnées qui survivent grâce à l’argent du contribuable ?

    Je préfère mille fois des entrepreneurs ayant une éthique, qui créent de la valeur réelle, qui innovent, qui prennent des risques avec leur propre argent. La propriété privée n’est pas un gros mot, c’est le moteur de la créativité, de la passion, de la motivation et de l’ambition.

    Regardez les pays qui ont supprimé la propriété privée : où sont leurs innovations ? Où sont leurs success stories ? L’URSS a-t-elle créé Google ? La Chine de Mao a-t-elle inventé l’iPhone ? Non, l’innovation naît de la liberté d’entreprendre, du droit de propriété, de la possibilité de récolter les fruits de son travail.

    L’éthique entrepreneuriale : une réalité méconnue

    Ce que les politiques ne comprennent pas, c’est que la grande majorité des entrepreneurs ont une éthique forte. Nous ne sommes pas des rapaces sans scrupules. Nous avons des valeurs :

    • Le respect de nos salariés, qui sont notre première richesse
    • La satisfaction de nos clients, sans laquelle nous disparaissons
    • L’ancrage territorial, car nous vivons là où nous travaillons
    • La transmission, car nous voulons que nos entreprises nous survivent

    Mais cette éthique doit s’exercer dans un cadre économique viable. On ne peut pas demander aux entrepreneurs d’être des philanthropes tout en les écrasant de charges et de contraintes.

    Le modèle gagnant-gagnant : une solution pragmatique

    Quand Ségolène Royal évoque un fonctionnement « gagnant-gagnant » avec les entrepreneurs, elle touche juste. Mais pour que ce modèle fonctionne, il faut des mesures concrètes, pas des discours.

    Voici ce que nous demandons vraiment :

    • Une baisse significative des charges : pas des mesurettes, mais une vraie réduction qui permette d’embaucher
    • Une simplification administrative radicale : un guichet unique, des procédures allégées
    • Une flexibilité encadrée : pouvoir adapter les effectifs sans mettre en péril l’entreprise
    • Une stabilité fiscale : arrêter de changer les règles du jeu en permanence

    En échange, nous sommes prêts à nous engager sur l’emploi, la formation, l’investissement. Mais il faut nous en donner les moyens !

    L’exemple allemand : pragmatisme vs idéologie

    Regardez l’Allemagne : les réformes Hartz ont permis de créer un marché du travail plus flexible tout en maintenant une protection sociale. Le taux de chômage est passé de 11% en 2005 à moins de 6% aujourd’hui. Les entreprises embauchent, l’économie tourne, et les salariés trouvent du travail.

    Ce n’est pas du « néolibéralisme sauvage », c’est du pragmatisme économique. On peut critiquer certains aspects de ces réformes, mais force est de constater qu’elles fonctionnent mieux que notre immobilisme français.

    L’urgence d’agir : des entrepreneurs au bord du gouffre

    Chaque jour, je reçois des messages d’entrepreneurs en détresse. Des hommes et des femmes qui ont tout investi dans leur projet et qui voient leur rêve s’écrouler sous le poids des charges et des contraintes. Le taux de défaillances d’entreprises explose : plus de 60 000 en 2013, un record depuis 2009.

    Derrière ces chiffres, ce sont des vies brisées, des familles en difficulté, des salariés au chômage. Et pendant ce temps, nos politiques débattent de concepts abstraits, d’ »entreprises socialistes » ou de « justice fiscale », sans voir la réalité du terrain.

    Il est urgent de changer de paradigme. Non pas en abandonnant toute protection sociale, mais en créant un système qui permette vraiment de créer de l’emploi et de la richesse. Un système où l’entrepreneur n’est plus vu comme l’ennemi mais comme un partenaire du développement économique.

    L’entrepreneur en politique : une nécessité démocratique

    Je suis convaincu que l’avenir passe par l’entrée des entrepreneurs en politique. Non pas les grands dirigeants du CAC 40 qui sont déjà bien représentés dans les cercles du pouvoir, mais les vrais entrepreneurs, ceux qui connaissent la réalité du terrain.

    Nous avons besoin de voix qui portent l’expérience concrète de la création d’entreprise, de la gestion des ressources humaines, de la confrontation quotidienne avec l’administration. Des voix qui peuvent expliquer pourquoi telle mesure est inapplicable, pourquoi telle réforme va dans le mur.

    C’est notre responsabilité collective d’entrepreneurs de nous engager, de porter nos idées, de défendre notre vision d’une économie dynamique et responsable. Les mouvements comme les Pigeons montrent que nous pouvons nous mobiliser. Il faut maintenant passer à l’étape suivante : proposer et construire.

    Un nouveau contrat social entrepreneurial

    Ce que je propose, c’est un nouveau contrat social entre les entrepreneurs, l’État et la société :

    • Les entrepreneurs s’engagent à créer de l’emploi durable, à former leurs salariés, à respecter l’environnement
    • L’État s’engage à alléger les charges et les contraintes, à simplifier les procédures, à stabiliser la fiscalité
    • La société reconnaît le rôle positif de l’entrepreneur et accepte une certaine flexibilité en échange de création d’emplois

    Ce n’est pas de l’ultralibéralisme, c’est du bon sens économique. Un système où chacun y trouve son compte, où l’on sort des postures idéologiques pour entrer dans le pragmatisme.

    Bref. La France a besoin de ses entrepreneurs. Nous sommes prêts à jouer notre rôle, à prendre nos responsabilités, à créer de l’emploi et de la richesse. Mais il faut nous en donner les moyens. Les discours ne suffisent plus, les mesurettes non plus. Il faut une vraie révolution culturelle qui reconnaisse enfin l’entrepreneur pour ce qu’il est : un acteur essentiel du développement économique et social de notre pays.

    La balle est dans le camp du politique. Soit ils continuent à nous voir comme des ennemis à abattre ou des vaches à traire, et la France continuera son déclin économique. Soit ils acceptent de travailler avec nous, et nous pourrons ensemble construire une économie dynamique, créatrice d’emplois et socialement responsable. Le choix leur appartient. Mais le temps presse, et les entrepreneurs n’attendront pas éternellement.

    Pour aller plus loin

    • Le mouvement des Pigeons – Retrouvez l’histoire et les revendications du mouvement sur les réseaux sociaux #pigeons
    • « La France des petits patrons » de Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis – Une analyse sociologique de l’entrepreneuriat en France
    • Les rapports de l’INSEE sur les TPE-PME – Pour comprendre le poids réel des petites entreprises dans l’économie française
    • « L’entrepreneur face à l’État » de François Hurel – Un témoignage d’entrepreneur devenu parlementaire
    • Les études de l’APCE (Agence Pour la Création d’Entreprises) – Des données concrètes sur la création d’entreprise en France

    Sources et références

    • INSEE – Tableaux de l’économie française, édition 2013
    • Rapport Gallois sur la compétitivité, novembre 2012
    • Baromètre Ernst & Young de l’entrepreneuriat 2013
    • Données Banque de France sur les défaillances d’entreprises
    • Études OCDE sur l’emploi et le marché du travail, 2013

    Photo : Nick Sorockin / Unsplash

  • La défiscalisation des heures supplémentaires : entre promesses oubliées et réalité entrepreneuriale
    La défiscalisation des heures supplémentaires : entre promesses oubliées et réalité entrepreneuriale
    La défiscalisation des heures supplémentaires promise par François Hollande tarde à se concrétiser, laissant entrepreneurs et salariés dans l’expectative. Pendant ce temps, les patrons de PME réclament la possibilité d’ouvrir 7 jours sur 7 pour répondre aux besoins de leurs clients.

    J’attends. Comme des milliers d’entrepreneurs et des millions de salariés, j’attends de voir ce qu’il en est de cette fameuse défiscalisation des heures supplémentaires dont plus personne ne parle. Souvenez-vous, c’était l’une des promesses phares de François Hollande pendant la campagne présidentielle de 2012. Nous sommes fin septembre 2013, et toujours rien.

    Le silence est assourdissant. Pire, pendant que le gouvernement tergiverse sur cette mesure qui pourrait redonner du pouvoir d’achat aux salariés et de la compétitivité aux entreprises, nous, patrons de PME, nous battons contre des réglementations archaïques qui nous empêchent de répondre aux besoins de nos clients.

    La promesse oubliée de François Hollande

    Retour en arrière. Durant la campagne présidentielle de 2012, François Hollande avait promis de « rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires pour les entreprises de moins de 20 salariés ». Une mesure censée corriger partiellement la suppression totale de la défiscalisation mise en place par Nicolas Sarkozy en 2007 avec la loi TEPA.

    Cette loi Sarkozy, rappelons-le, permettait aux salariés de gagner plus sans payer plus d’impôts ni de charges sociales sur leurs heures supplémentaires. Un dispositif qui avait ses défauts, certes, mais qui avait le mérite d’exister et de mettre un peu de beurre dans les épinards de ceux qui acceptaient de travailler plus.

    La gauche l’avait critiquée, arguant qu’elle coûtait trop cher à l’État (environ 4,5 milliards d’euros par an) et qu’elle favorisait les heures supplémentaires au détriment de l’embauche. Soit. Mais une fois au pouvoir, que propose-t-elle à la place ? Un ersatz de mesure limitée aux TPE qui tarde à voir le jour.

    Nous sommes maintenant à plus d’un an de l’élection de François Hollande. La loi de finances rectificative de juillet 2012 a bien supprimé la défiscalisation des heures supplémentaires héritée de Sarkozy. Mais la nouvelle mouture promise ? Aux abonnés absents.

    Le double langage gouvernemental

    Ce qui me frappe, c’est le décalage abyssal entre les discours et les actes. D’un côté, on nous parle de « redressement productif », de « pacte de compétitivité », de soutien aux entreprises. De l’autre, on maintient des carcans réglementaires qui nous empêchent de travailler.

    Prenez mon cas. Je dirige une PME dans le secteur technologique. Mes clients sont internationaux, ils travaillent 24h/24, 7j/7. Quand un serveur tombe le dimanche, ils n’attendent pas le lundi pour qu’on intervienne. Mais voilà, la réglementation française me complique considérablement la tâche pour organiser le travail le dimanche.

    Et je ne suis pas le seul. Des milliers d’artisans, de commerçants, de prestataires de services sont dans la même situation. Nous avons des clients prêts à payer pour des services le dimanche, nous avons des salariés volontaires pour travailler ce jour-là (moyennant une rémunération majorée, bien sûr), mais nous nous heurtons à un mur réglementaire.

    C’est pour cela que j’ai interpellé directement plusieurs ministres sur Twitter. Nous exigeons simplement de pouvoir ouvrir nos entreprises 7 jours sur 7 pour servir nos clients et offrir du travail supplémentaire rémunéré à nos employés volontaires. Est-ce trop demander en 2013 ?

    La réalité économique contre l’idéologie

    Le problème de fond, c’est que nos gouvernants semblent vivre dans une bulle idéologique déconnectée de la réalité économique. Ils raisonnent encore avec des schémas des années 1970, quand l’économie était essentiellement industrielle, les marchés nationaux et la concurrence limitée.

    Aujourd’hui, nous sommes dans une économie de services mondialisée. Nos concurrents allemands, britanniques ou américains n’ont pas nos contraintes. Pendant que nous débattons de la possibilité d’ouvrir le dimanche, eux raflent les marchés.

    Prenons l’exemple du commerce en ligne. Amazon livre 7 jours sur 7. Les pure players étrangers sont ouverts 24h/24. Et nous, petits e-commerçants français, nous devons expliquer à nos clients qu’on ne peut pas traiter leur commande le dimanche parce que la loi nous l’interdit ? C’est du suicide économique programmé.

    La défiscalisation des heures supplémentaires s’inscrit dans cette même logique. Au lieu de faciliter le travail de ceux qui veulent travailler plus et gagner plus, on maintient un système qui décourage l’effort. Résultat : les salariés motivés sont frustrés, les entreprises perdent en compétitivité, et l’économie stagne.

    Les vrais enjeux derrière le débat

    Au-delà de la simple question fiscale, ce débat révèle des enjeux fondamentaux pour notre société :

    • La liberté de travailler : pourquoi empêcher ceux qui le souhaitent de travailler plus pour améliorer leur niveau de vie ?
    • La compétitivité des entreprises : comment rivaliser avec nos concurrents si nous avons les mains liées ?
    • L’adaptation aux nouveaux modes de consommation : les clients veulent du service quand ils en ont besoin, pas quand l’administration le décide
    • La création d’emplois : contrairement à ce qu’affirment certains, permettre plus de flexibilité crée des opportunités d’emploi

    Ce qui m’agace particulièrement, c’est l’argument selon lequel favoriser les heures supplémentaires empêcherait les embauches. C’est une vision statique et erronée de l’économie. Dans la réalité, une entreprise qui peut répondre à plus de demandes grâce aux heures supplémentaires génère plus de chiffre d’affaires, et finit par embaucher pour faire face à la croissance.

    J’ai vu ce phénomène des dizaines de fois dans ma carrière. Une petite boîte commence avec 3 personnes qui font des heures sup’ pour honorer les commandes. Six mois plus tard, elle embauche 2 personnes supplémentaires. Un an après, elle en est à 10 salariés. Mais si vous l’aviez bridée au départ, elle n’aurait jamais décollé.

    Les propositions concrètes des entrepreneurs

    Face à l’immobilisme gouvernemental, nous, entrepreneurs, avons des propositions concrètes et réalistes :

    • Défiscalisation totale des heures supplémentaires jusqu’à 10 heures par semaine : cela permettrait aux salariés de gagner jusqu’à 25% de plus sans surcoût pour l’entreprise
    • Liberté d’ouverture 7j/7 pour toutes les entreprises volontaires : avec majoration obligatoire de 100% pour le travail dominical
    • Assouplissement du seuil des 35 heures : possibilité de passer à 39 heures hebdomadaires par accord d’entreprise
    • Création d’un statut de « salarié entrepreneur » : pour ceux qui veulent cumuler emploi salarié et activité indépendante

    Ces mesures ne sont pas révolutionnaires. Elles existent déjà dans de nombreux pays européens qui, curieusement, affichent des taux de chômage bien inférieurs au nôtre. Mais voilà, en France, on préfère débattre pendant des mois plutôt que d’agir.

    L’urgence d’agir

    Pendant que nos gouvernants tergiversent, l’économie française continue de s’enfoncer. Le chômage atteint des records, la croissance est atone, et nos entreprises perdent des parts de marché face à la concurrence internationale.

    La défiscalisation des heures supplémentaires n’est pas une solution miracle, mais c’est un levier parmi d’autres pour redonner de la dynamique à notre économie. Couplée à une vraie libéralisation des horaires de travail, elle pourrait créer un cercle vertueux : plus de pouvoir d’achat pour les salariés, plus de flexibilité pour les entreprises, plus de services pour les consommateurs.

    Mais pour cela, il faudrait que nos dirigeants sortent de leur tour d’ivoire et écoutent ceux qui font l’économie réelle : les entrepreneurs et les salariés. Au lieu de cela, on assiste à un dialogue de sourds où les positions idéologiques l’emportent sur le pragmatisme.

    Bref. La défiscalisation des heures supplémentaires, c’est pour quand ? Le travail du dimanche libéralisé, c’est pour quand ? La fin des carcans réglementaires qui nous empêchent d’être compétitifs, c’est pour quand ?

    J’ai bien peur que la réponse soit : pas avant que la situation ne devienne tellement catastrophique qu’il n’y aura plus d’autre choix que de prendre les mesures qui s’imposent. En attendant, nous continuerons à nous battre avec un bras attaché dans le dos face à nos concurrents internationaux.

    Et vous, qu’en pensez-vous ? Faut-il attendre que l’économie française touche le fond pour enfin libérer les énergies ? Ou peut-on espérer un sursaut de lucidité de nos gouvernants ?

    Pour aller plus loin

    • Rapport du Conseil d’Analyse Économique sur les 35 heures (2012)
    • Étude comparative des régimes d’heures supplémentaires en Europe (OCDE, 2013)
    • « Le travail du dimanche en France : enjeux et perspectives » – Institut Montaigne (2013)
    • Les propositions du MEDEF sur l’assouplissement du temps de travail (septembre 2013)

    Sources et références

    • Loi n° 2007-1223 du 21 août 2007 en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat (loi TEPA)
    • Loi de finances rectificative pour 2012 (n° 2012-958 du 16 août 2012)
    • Données INSEE sur l’évolution du nombre d’heures supplémentaires (2007-2013)
    • Rapport de la Cour des comptes sur le coût de la défiscalisation des heures supplémentaires (2011)

    Photo : Vitaly Gariev / Unsplash

  • Ouvrir 7 jours sur 7 : le cri du cœur des entrepreneurs face aux rigidités françaises
    Ouvrir 7 jours sur 7 : le cri du cœur des entrepreneurs face aux rigidités françaises
    Face à une concurrence mondialisée et des consommateurs qui veulent tout, tout de suite, les entrepreneurs français se heurtent à un cadre légal rigide qui les empêche d’ouvrir quand leurs clients le demandent. Un paradoxe économique qui révèle les tensions profondes entre protection sociale et compétitivité.

    « Nous exigeons de pouvoir ouvrir nos entreprises 7 jours sur 7! » Ce cri du cœur, je l’ai poussé ce dimanche matin. Pas par provocation, mais par exaspération. Exaspération de voir mes concurrents étrangers rafler des marchés pendant que nous, entrepreneurs français, sommes ligotés par des règles d’un autre temps.

    Le sujet dépasse largement la simple question des heures supplémentaires ou du travail dominical. C’est toute une vision de l’entreprise et du travail qui est en jeu. D’un côté, des entrepreneurs qui veulent servir leurs clients et créer de l’emploi. De l’autre, un système qui nous en empêche au nom de principes certes louables, mais totalement déconnectés des réalités économiques de 2013.

    Le paradoxe français : protéger les salariés en tuant l’emploi

    Commençons par poser les faits. En France, le Code du travail limite strictement l’ouverture dominicale des commerces. Seuls certains secteurs y ont droit : alimentaire jusqu’à 13h, zones touristiques, services d’urgence… Pour les autres? C’est la croix et la bannière. Des dérogations au compte-gouttes, des procédures administratives kafkaïennes, et surtout, une suspicion permanente.

    Pendant ce temps, nos voisins européens avancent. En Allemagne, les Länder décident librement. Au Royaume-Uni, le Sunday Trading Act permet une large ouverture. Même l’Espagne, pourtant pas réputée pour son libéralisme économique, autorise 90 heures d’ouverture hebdomadaire dans certaines zones.

    Résultat? Les consommateurs français traversent les frontières pour faire leurs achats le dimanche. Les touristes étrangers s’étonnent de trouver portes closes dans la « capitale mondiale du shopping ». Et nous, entrepreneurs, regardons passer les opportunités.

    Le plus ironique? Cette protection censée préserver l’emploi aboutit exactement à l’inverse. Combien de jeunes seraient ravis de travailler le dimanche pour financer leurs études? Combien de salariés apprécieraient ces heures supplémentaires pour boucler leurs fins de mois? Mais non, au nom du « repos dominical », on préfère les maintenir dans la précarité.

    La défiscalisation des heures supplémentaires : une fausse bonne idée?

    François Hollande l’avait promis pendant sa campagne : remettre en cause la défiscalisation des heures supplémentaires mise en place par Nicolas Sarkozy. Un an et demi après son élection, le dispositif est toujours en sursis. Les syndicats poussent pour sa suppression totale, arguant qu’il favorise les heures sup’ au détriment de l’embauche. Le patronat, lui, défend bec et ongles ce qui reste l’un des rares leviers de flexibilité.

    Mais posons-nous la vraie question : pourquoi avons-nous besoin de défiscaliser les heures supplémentaires? Parce que le coût du travail en France est prohibitif! Entre charges patronales, charges salariales, CSG, CRDS et j’en passe, une heure supplémentaire coûte une fortune à l’entreprise pour un gain net dérisoire pour le salarié.

    La défiscalisation n’est qu’un pansement sur une jambe de bois. Ce qu’il faudrait, c’est repenser complètement notre modèle. Baisser massivement les charges sur le travail. Simplifier le mille-feuille réglementaire. Faire confiance aux entreprises et aux salariés pour s’organiser.

    Au lieu de ça, on chipote sur quelques euros de défiscalisation pendant que nos entreprises perdent en compétitivité. C’est l’arbre qui cache la forêt de nos rigidités structurelles.

    Le volontariat : ce concept révolutionnaire qui effraie

    J’ai employé sciemment le mot « volontaires » dans mes interpellations aux ministres. Volontaires! Pas « forcés », pas « exploités », mais volontaires. Des salariés qui VEULENT travailler plus pour gagner plus. Des entrepreneurs qui VEULENT servir leurs clients quand ceux-ci sont disponibles.

    Mais voilà, en France, le volontariat est suspect. On préfère croire que tout patron est un exploiteur en puissance et tout salarié une victime potentielle. Cette vision manichéenne empoisonne le dialogue social et paralyse toute réforme.

    Prenons l’exemple concret d’un restaurant. Le dimanche, les familles sortent, les touristes visitent, la demande explose. Mais impossible d’ouvrir sans se heurter à mille contraintes. Résultat? Le restaurateur perd du chiffre d’affaires, les serveurs perdent des pourboires, les clients vont ailleurs. Qui y gagne?

    Même chose pour les commerces. Un magasin de bricolage fermé le dimanche, c’est absurde! C’est justement le jour où les gens ont le temps de faire leurs travaux. Mais non, il faut protéger les salariés… contre leur propre volonté de travailler!

    La réalité du terrain contre l’idéologie

    Ce qui me frappe dans ce débat, c’est le décalage abyssal entre les décideurs et le terrain. À Paris, dans les ministères, on théorise sur le « vivre ensemble » et la « qualité de vie ». Sur le terrain, les artisans et les PME se battent pour survivre.

    Un plombier qui ne peut pas intervenir le dimanche, c’est un client qui appelle un concurrent moins regardant sur la réglementation. Un commerce fermé quand les clients sont disponibles, c’est du chiffre d’affaires qui part sur Internet ou à l’étranger.

    La digitalisation accélère encore ce phénomène. Amazon livre 7 jours sur 7. Les sites étrangers sont accessibles 24h/24. Pendant qu’on ergote sur le repos dominical, le commerce en ligne grignote inexorablement les parts de marché du commerce physique.

    Et que dire de la concurrence déloyale? Les grandes surfaces contournent allègrement la réglementation avec des concepts de « dépannage » ou des implantations en zones dérogatoires. Les petits commerces, eux, n’ont pas les moyens de jouer avec les règles. Deux poids, deux mesures.

    Vers une révolution copernicienne?

    Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas de rustines comme la défiscalisation des heures supplémentaires. C’est d’une révolution copernicienne de notre rapport au travail et à l’entreprise.

    Premier principe : faire confiance. Confiance aux entrepreneurs pour organiser leur activité. Confiance aux salariés pour négocier leurs conditions de travail. L’État doit fixer un cadre minimal, pas régenter chaque minute de nos vies professionnelles.

    Deuxième principe : la flexibilité. Le monde a changé. Les frontières sont abolies, la concurrence est mondiale, les consommateurs sont exigeants. Nos règles doivent s’adapter, pas l’inverse.

    Troisième principe : la responsabilité. Oui aux droits, mais aussi aux devoirs. Un salarié volontaire pour travailler le dimanche doit pouvoir le faire. Un entrepreneur qui abuse doit être sanctionné. Simple, non?

    Mais pour cela, il faudrait que nos dirigeants sortent de leur tour d’ivoire. Qu’ils écoutent vraiment les entrepreneurs, pas seulement les grandes fédérations patronales déconnectées du terrain. Qu’ils comprennent que derrière chaque règle absurde, il y a des emplois perdus et des opportunités manquées.

    L’urgence d’agir

    Le temps presse. Chaque jour qui passe creuse l’écart avec nos concurrents. Chaque règle maintenue par idéologie affaiblit notre tissu économique. Chaque entrepreneur découragé, c’est des emplois en moins et de la richesse qui s’évapore.

    Les ministres que j’ai interpellés – Cazeneuve, Hamon, Montebourg – connaissent ces enjeux. Mais sont-ils prêts à affronter les conservatismes? À bousculer les corporatismes? À prendre le risque politique de réformes impopulaires à court terme mais vitales à long terme?

    J’en doute. Le courage politique est une denrée rare en France. On préfère les effets d’annonce aux réformes de fond. Les symboles aux résultats. Les postures aux solutions.

    Pourtant, il suffirait de peu. Autoriser l’ouverture dominicale sur la base du volontariat. Simplifier drastiquement le Code du travail. Baisser massivement les charges. Faire confiance aux acteurs économiques. Bref, libérer les énergies au lieu de les brider.

    Est-ce trop demander? Dans la France de 2013, manifestement oui. Mais jusqu’à quand pourrons-nous maintenir ce modèle à bout de souffle? Jusqu’à quand nos entreprises accepteront-elles ce carcan? Jusqu’à quand nos jeunes tolèreront-ils d’être privés d’opportunités au nom de principes d’un autre âge?

    La balle est dans le camp du gouvernement. Nous, entrepreneurs, avons fait notre part : nous avons alerté, proposé, demandé. Si rien ne bouge, nous saurons nous souvenir de qui porte la responsabilité du déclin économique français. Et nous agirons en conséquence, que ce soit dans les urnes ou… avec nos pieds.

    Pour aller plus loin

    • « Le travail du dimanche en Europe » – Étude comparative du Centre d’analyse stratégique (2009)
    • « La défiscalisation des heures supplémentaires : bilan et perspectives » – Rapport de la Cour des comptes (2012)
    • « Libérer la croissance française » – Rapport de la Commission Attali (2008)
    • « Le coût du travail en France » – Note de l’Institut Montaigne (2013)
    • « Commerce et distribution : l’urgence de la modernisation » – Étude de la CCI Paris (2013)

    Sources et références

    • Code du travail français – Articles L3132-1 et suivants sur le repos dominical
    • Loi TEPA du 21 août 2007 sur la défiscalisation des heures supplémentaires
    • Données INSEE sur l’emploi et le temps de travail (2013)
    • Eurostat – Comparaisons européennes du temps de travail (2012)
    • Rapport Bailly sur le travail dominical (2013)

    Photo : the blowup / Unsplash

  • Entrepreneurs et chômage : pourquoi le dialogue est rompu entre patrons et gouvernement
    Entrepreneurs et chômage : pourquoi le dialogue est rompu entre patrons et gouvernement
    La suppression des exonérations fiscales sur les heures supplémentaires va amputer le pouvoir d’achat de millions de salariés. Face à cette situation, les entrepreneurs réclament plus de flexibilité pour embaucher et licencier, mais le gouvernement semble sourd à leurs appels.

    Je regarde avec effroi ce qui se prépare pour octobre. Des millions de salariés vont voir leur fiche de paie fondre comme neige au soleil. Entre 1% et 12% de salaire net en moins, selon leur volume d’heures supplémentaires. C’est une catastrophe annoncée que personne ne semble vouloir voir venir.

    Cette mesure, c’est le symbole parfait de l’incompréhension totale entre le monde politique et la réalité économique. D’un côté, on nous parle de relancer la consommation et de lutter contre le chômage. De l’autre, on ampute directement le pouvoir d’achat de ceux qui travaillent le plus. Cherchez l’erreur.

    La double peine pour les salariés et les entreprises

    Concrètement, qu’est-ce qui va se passer ? La défiscalisation des heures supplémentaires mise en place par la loi TEPA en 2007 va disparaître. Pour un salarié au SMIC qui effectue régulièrement des heures supplémentaires, c’est jusqu’à 100 euros nets par mois qui s’envolent. Pour un cadre, la perte peut dépasser 200 euros mensuels.

    Mais le plus pervers dans cette histoire, c’est que les entreprises vont également trinquer. Les exonérations de charges patronales sur ces heures supplémentaires disparaissent aussi. Résultat : le coût du travail augmente mécaniquement. Dans un contexte économique déjà tendu, c’est la goutte d’eau qui risque de faire déborder le vase.

    Je vois déjà les conséquences dans mon entourage professionnel :

    • Des PME qui renoncent à des commandes faute de pouvoir faire travailler leurs équipes en heures sup à un coût raisonnable
    • Des salariés qui refusent désormais les heures supplémentaires, devenues moins intéressantes financièrement
    • Des tensions sociales qui montent dans les entreprises où les heures sup étaient un complément de salaire indispensable

    Le cri du cœur des entrepreneurs ignoré

    Face à cette situation, nous, entrepreneurs, ne demandons qu’une chose : de la flexibilité. Laissez-nous embaucher les chômeurs et, oui, désembaucher librement quand c’est nécessaire. C’est la condition sine qua non pour créer de l’emploi durable.

    Cette demande de flexibilité n’est pas un caprice patronal. C’est une question de survie économique. Quand je ne peux pas ajuster mes effectifs à mon carnet de commandes, je prends deux décisions :

    • Je n’embauche plus en CDI, trop risqué
    • Je délocalise ou je sous-traite à l’étranger

    Le paradoxe français est là : on veut protéger l’emploi avec des règles rigides, mais on finit par le détruire. Les pays qui ont le moins de chômage sont ceux qui ont la législation du travail la plus souple. C’est un fait, pas une opinion.

    La peur d’embaucher : un frein majeur

    Savez-vous combien coûte un licenciement économique en France ? Entre 6 mois et 2 ans de salaire selon les cas, sans compter les frais de procédure. Pour une PME, c’est potentiellement la faillite. Alors on préfère ne pas embaucher du tout.

    Cette rigidité du marché du travail crée une économie à deux vitesses :

    • Les « insiders » : salariés en CDI surprotégés mais de moins en moins nombreux
    • Les « outsiders » : jeunes, seniors, peu qualifiés, condamnés à la précarité ou au chômage

    L’entrepreneur, ce mal-aimé de la République

    Il faut remettre l’entrepreneur et le patron au centre du débat. Sans nous, pas d’emplois, pas de richesses créées, pas d’impôts pour financer les services publics. C’est une évidence que nos dirigeants semblent avoir oubliée.

    Au lieu de cela, on nous présente comme des exploiteurs, des profiteurs, voire des ennemis du peuple. Cette diabolisation permanente est contre-productive. Elle décourage l’entrepreneuriat et pousse nos meilleurs éléments à s’expatrier.

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

    • La France compte 2,5 millions d’entreprises, dont 95% ont moins de 10 salariés
    • Les PME créent 85% des emplois nouveaux
    • Le taux de création d’entreprises stagne depuis 2008

    Un dialogue de sourds avec le pouvoir

    Quand j’entends nos ministres parler d’économie, j’ai l’impression qu’ils vivent sur une autre planète. Ils n’ont jamais créé une entreprise, jamais fait un business plan, jamais négocié avec un banquier pour obtenir un prêt. Comment peuvent-ils comprendre nos problématiques ?

    Le fossé se creuse entre deux France : celle qui produit et celle qui administre. Cette fracture est dangereuse pour notre cohésion sociale et notre compétitivité économique.

    Des solutions existent pourtant

    Je ne suis pas un ultralibéral dogmatique. Je sais que le modèle social français a ses vertus. Mais il faut l’adapter aux réalités du XXIe siècle. Voici quelques pistes concrètes :

    1. Un contrat de travail unique
    Fini la distinction CDI/CDD. Un contrat unique avec des droits progressifs selon l’ancienneté. Plus de flexibilité pour l’employeur, plus de sécurité dans le temps pour le salarié.

    2. La formation tout au long de la vie
    Plutôt que de s’accrocher à des emplois obsolètes, investissons massivement dans la reconversion professionnelle. Le compte personnel de formation doit devenir une réalité, pas un gadget.

    3. Un dialogue social rénové
    Les syndicats doivent évoluer. Moins d’idéologie, plus de pragmatisme. Dans les pays nordiques, syndicats et patronat travaillent ensemble. Pourquoi pas chez nous ?

    4. Une fiscalité incitative
    Arrêtons de taxer le travail et l’investissement productif. Taxons plutôt la rente et la spéculation. C’est une question de bon sens économique.

    L’urgence d’agir avant qu’il ne soit trop tard

    La suppression des exonérations sur les heures supplémentaires n’est que la partie émergée de l’iceberg. C’est tout notre modèle économique et social qui est à repenser.

    Le chômage des jeunes explose, les seniors sont exclus du marché du travail, les entreprises délocalisent ou ferment. Pendant ce temps, on ergote sur des mesurettes qui aggravent la situation.

    Nous, entrepreneurs, sommes prêts à prendre nos responsabilités. Nous voulons embaucher, investir, innover. Mais il nous faut un cadre adapté, pas un carcan qui nous étouffe.

    La balle est dans le camp du gouvernement. Soit il continue dans l’idéologie et le déni de réalité, soit il accepte enfin d’écouter ceux qui créent la richesse et l’emploi. Le temps presse. Chaque mois qui passe, ce sont des milliers de chômeurs supplémentaires et des entreprises qui disparaissent.

    Allons-nous enfin avoir ce débat de fond sur l’emploi et l’entrepreneuriat ? Ou allons-nous continuer à nous enfoncer dans la crise en répétant les mêmes erreurs ? La réponse déterminera l’avenir économique de notre pays pour les années à venir.

    Pour aller plus loin

    • « La société de défiance » de Yann Algan et Pierre Cahuc – Une analyse des blocages du modèle social français
    • Institut Montaigne – Think tank qui publie régulièrement des études sur l’emploi et la compétitivité
    • « Le chômage, fatalité ou nécessité ? » de Pierre Cahuc et André Zylberberg – Pour comprendre les mécanismes du marché du travail
    • MEDEF – Les positions du patronat français sur la flexibilité du travail
    • Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) – Analyses économiques indépendantes

    Sources et références

    • INSEE – Statistiques sur l’emploi et le chômage (septembre 2012)
    • Loi TEPA du 21 août 2007 sur le travail, l’emploi et le pouvoir d’achat
    • Rapport du Conseil d’analyse économique sur la flexisécurité (2010)
    • Eurostat – Comparaisons européennes du marché du travail (2012)

    Photo : Tanya Prodaan / Unsplash