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  • La flexibilité de l’emploi : pourquoi les patrons français réclament le droit de désembaucher
    La flexibilité de l’emploi : pourquoi les patrons français réclament le droit de désembaucher
    Des centaines de milliers d’entreprises françaises seraient prêtes à embaucher si elles n’avaient pas de contraintes à la désembauche. Cette revendication patronale soulève un débat fondamental sur le modèle social français et la protection des salariés.

    Je viens d’avoir une conversation édifiante avec plusieurs patrons de PME. Leur message est clair, presque désespéré : « Laissez-nous embaucher les chômeurs et désembaucher librement, nous avons besoin de flexibilité ». Cette demande, qui peut paraître choquante de prime abord, mérite qu’on s’y attarde sérieusement. Car derrière ce qui ressemble à une provocation se cache peut-être une partie de la solution à notre chômage endémique.

    Le paradoxe français : protéger l’emploi ou protéger les employés ?

    La France compte aujourd’hui plus de 3 millions de chômeurs officiels. Un chiffre qui ne prend pas en compte ce que j’appelle les « désactivés résignés » – ces personnes qui ont renoncé à chercher un emploi, découragées par des années de recherches infructueuses. Si on les comptabilisait, on dépasserait allègrement les 5 millions.

    Face à cette situation dramatique, notre modèle social continue de privilégier la protection des emplois existants plutôt que la création de nouveaux postes. Le Code du travail français, avec ses 3 000 pages, est l’un des plus protecteurs au monde pour les salariés en poste. Mais qu’en est-il des millions de personnes qui restent à la porte du marché du travail ?

    Les procédures de licenciement en France sont parmi les plus complexes et coûteuses d’Europe. Entre les consultations obligatoires, les délais légaux, les indemnités et le risque prud’homal, un licenciement peut coûter jusqu’à deux ans de salaire à une PME. Résultat : beaucoup d’entrepreneurs préfèrent ne pas embaucher du tout.

    La réalité des patrons de PME : entre prise de risque et paralysie

    Contrairement aux idées reçues, la majorité des patrons français ne considèrent pas leurs employés comme une « charge ». En 25 ans d’entrepreneuriat, je n’ai jamais entendu un confrère patron raisonner ainsi. Les salariés sont perçus comme des investissements, des partenaires dans l’aventure entrepreneuriale.

    Mais voilà le problème : quand cet investissement devient irréversible, la prise de risque devient paralysante. Un patron de PME m’expliquait récemment : « J’ai trois commandes importantes qui arrivent, mais elles sont limitées dans le temps. J’aurais besoin de cinq personnes pendant six mois. Mais si j’embauche en CDI et que les commandes ne sont pas renouvelées, je mets mon entreprise en péril. »

    Cette situation n’est pas anecdotique. Des centaines de milliers d’entreprises seraient prêtes à embaucher si elles n’avaient pas ces contraintes à la désembauche. C’est mathématique : moins il y a de risques à l’embauche, plus les entreprises sont enclines à recruter.

    Le modèle danois : la flexisécurité en pratique

    Le Danemark a résolu cette équation avec son modèle de « flexisécurité ». Les entreprises peuvent licencier facilement (préavis de quelques semaines), mais les salariés bénéficient d’indemnités chômage généreuses (jusqu’à 90% du salaire) et d’un accompagnement intensif pour retrouver un emploi. Résultat : un taux de chômage autour de 5% et une mobilité professionnelle élevée.

    En France, nous avons choisi la voie inverse : rendre le licenciement difficile et coûteux, avec des indemnités chômage moyennes et un accompagnement limité. Cette approche protège ceux qui ont un emploi mais exclut durablement ceux qui n’en ont pas.

    La flexibilité sans précarité : est-ce possible ?

    Je suis convaincu qu’on peut introduire plus de flexibilité sans tomber dans la précarité généralisée. La clé est de maintenir, voire d’augmenter, les niveaux de salaires tout en assouplissant les contraintes à la désembauche.

    Voici ce que pourrait être un nouveau pacte social :

    • Simplification radicale des procédures de licenciement pour motif économique
    • Augmentation significative des indemnités de licenciement (mais plafonnées)
    • Renforcement de l’assurance chômage et de la formation professionnelle
    • Création d’un « compte personnel de sécurité professionnelle » qui suivrait le salarié tout au long de sa carrière

    L’objectif n’est pas de créer un marché du travail à l’américaine, où les salariés peuvent être licenciés du jour au lendemain sans indemnités. Il s’agit de trouver un équilibre entre protection et flexibilité, entre sécurité et dynamisme économique.

    Le rôle crucial de la confiance patron-salarié

    J’ai récemment été témoin d’une scène édifiante : un patron expliquant à ses salariés la situation économique difficile de l’entreprise, et un salarié proposant spontanément de réduire son temps de travail pour éviter un licenciement. Cette solidarité patron-salarié existe, mais elle est étouffée par un cadre légal qui oppose systématiquement les deux parties.

    Rien ne peut mieux assurer l’avenir d’un employé que son employeur en bonne santé économique. Cette vérité simple est occultée par des décennies de lutte des classes institutionnalisée. Il est temps de repenser la relation de travail comme un partenariat plutôt qu’un rapport de force.

    L’urgence d’agir : mobiliser contre le chômage

    Nous sommes capables de mobiliser des ressources considérables pour des polémiques stériles, mais qu’en est-il de la lutte contre le chômage ? Cette question devrait être notre priorité nationale absolue.

    Le chômage n’est pas qu’un problème économique. C’est un drame humain qui touche des millions de familles, qui brise des vies, qui fracture notre société. Chaque jour de retard dans la réforme de notre marché du travail, ce sont des milliers de personnes qui s’enfoncent dans la précarité et le désespoir.

    Les solutions existent. D’autres pays les ont mises en œuvre avec succès. Ce qui nous manque, c’est le courage politique de remettre en question nos dogmes et d’expérimenter de nouvelles approches.

    Dépasser les clivages idéologiques

    La gauche doit accepter que la flexibilité peut créer de l’emploi. La droite doit reconnaître que cette flexibilité doit s’accompagner de protections sociales renforcées. Les syndicats doivent comprendre que protéger les insiders au détriment des outsiders n’est pas tenable. Le patronat doit s’engager sur les salaires et la formation.

    Ce consensus est possible. Il existe dans d’autres pays européens. Il nécessite simplement de mettre de côté les postures idéologiques pour se concentrer sur l’objectif : créer massivement de l’emploi tout en maintenant un haut niveau de protection sociale.

    Pour aller plus loin

    • « Le modèle social français » de Alain Lefebvre et Dominique Méda – Une analyse critique de notre système de protection sociale
    • « La flexisécurité danoise » – Rapport du Conseil d’Analyse Économique (2010)
    • « Pour en finir avec le chômage de masse » de Pierre Cahuc et André Zylberberg
    • Site de l’OCDE – Comparaisons internationales des marchés du travail
    • « Travailler pour être heureux ? » de Christian Baudelot et Michel Gollac

    Sources et références

    • INSEE – Taux de chômage au sens du BIT (3e trimestre 2013)
    • DARES – Études sur les contraintes à l’embauche en France
    • Eurostat – Comparaison des législations du travail en Europe
    • Rapport Gallois sur la compétitivité (novembre 2012)
    • Étude de l’Institut Montaigne sur la flexisécurité (2013)

    Photo : Sebastian Herrmann / Unsplash

  • Le grand écart du chômage : entre annonces politiques et réalité du terrain
    Le grand écart du chômage : entre annonces politiques et réalité du terrain
    Le gouvernement annonce une baisse du chômage des jeunes tandis que 1,3 million d’Américains perdent leurs allocations. Entre discours politiques et réalité économique, le fossé se creuse dangereusement.

    Il y a des moments où l’on se demande si nos dirigeants vivent dans le même monde que nous. Ce 14 novembre, Harlem Désir annonce triomphalement sur Europe 1 que « le chômage des jeunes baisse ». Permettez-moi d’être dubitatif. Ce type a manifestement des informations que nous n’avons pas, ou alors il pratique cette gymnastique intellectuelle bien connue qui consiste à torturer les chiffres jusqu’à ce qu’ils avouent ce qu’on veut leur faire dire.

    La réalité derrière les chiffres officiels

    Le problème avec les statistiques du chômage, c’est qu’elles ressemblent de plus en plus à un tour de passe-passe. On sort des catégories entières de demandeurs d’emploi, on crée des contrats aidés qui maquillent temporairement les chiffres, et hop, le tour est joué. Pendant ce temps, dans le monde réel, les jeunes galèrent toujours autant pour trouver un emploi stable.

    Les chiffres officiels de Pôle emploi montrent une réalité bien différente. En octobre 2013, nous avons atteint 3,3 millions de demandeurs d’emploi en catégorie A, sans compter les autres catégories qui explosent. Chez les moins de 25 ans, le taux de chômage frôle les 25%. Un jeune sur quatre ! Mais apparemment, ça baisse…

    Ce qui est particulièrement révélateur, c’est le décalage entre les annonces gouvernementales et ce que vivent les entreprises au quotidien. Quand je discute avec mes confrères entrepreneurs, aucun ne me parle d’embellie sur le front de l’emploi. Au contraire, la plupart hésitent à embaucher, étranglés par les charges et l’incertitude économique.

    Le mythe de la flexibilité salvatrice

    On nous répète à longueur de temps que la flexibilité est la solution miracle. « La flexibilité permet d’embaucher et de désembaucher dynamiquement », nous dit-on. Certes, mais à quel prix ? Cette flexibilité tant vantée ne doit pas se faire au détriment des niveaux de salaires ni de la sécurité des travailleurs.

    Le modèle américain, souvent cité en exemple, montre ses limites. Pendant que nos politiques s’extasient sur les chiffres du chômage aux États-Unis, 1,3 million d’Américains viennent de perdre leurs allocations chômage fin décembre. La flexibilité à l’américaine, c’est aussi ça : des millions de travailleurs pauvres, sans protection sociale, qui enchaînent les petits boulots précaires.

    En France, nous avons construit un modèle social qui protège les salariés. C’est une force, pas une faiblesse. Mais ce modèle est attaqué de toutes parts au nom de la compétitivité et de la flexibilité. Le résultat ? Une précarisation croissante sans pour autant créer massivement de l’emploi.

    La responsabilité des employeurs : entre mythe et réalité

    J’ai toujours défendu l’idée que rien ne peut mieux assurer l’avenir d’un employé que son employeur. Cette relation de confiance mutuelle est le socle d’une entreprise qui fonctionne. Pourtant, en 25 ans d’entrepreneuriat, je n’ai jamais entendu un confrère patron parler de ses employés comme d’une charge. C’est un mythe entretenu par certains.

    Les bons patrons existent, et ils sont nombreux. Ceux qui investissent dans leurs équipes, qui forment, qui font grandir leurs collaborateurs. Mais ils sont souvent silencieux, écrasés médiatiquement par les discours du MEDEF qui réclame toujours plus de flexibilité et moins de charges.

    Le vrai problème, c’est que notre système fiscal et social pénalise l’emploi. Les charges sur les salaires sont parmi les plus élevées d’Europe. Résultat : embaucher coûte cher, très cher. Et ce n’est pas en précarisant les contrats qu’on résoudra ce problème structurel.

    Le chômage des jeunes : une bombe à retardement

    Revenons à cette fameuse « baisse du chômage des jeunes ». Les derniers chiffres disponibles montrent une réalité alarmante : près d’un quart des jeunes actifs sont au chômage. Dans certains quartiers, ce taux dépasse les 40%. C’est une génération entière qu’on est en train de sacrifier.

    Les emplois d’avenir, les contrats de génération et autres dispositifs gouvernementaux ne sont que des pansements sur une jambe de bois. Ils permettent de faire baisser artificiellement les statistiques, mais ne règlent rien sur le fond. Pire, ils créent une génération de précaires, habitués aux contrats aidés, qui peinent ensuite à s’insérer dans l’emploi « normal ».

    La formation est en décalage complet avec les besoins des entreprises. On continue à former des bataillons de psychologues et de sociologues alors que les entreprises cherchent désespérément des techniciens, des développeurs, des commerciaux. Ce décalage entre l’offre et la demande est l’une des causes structurelles du chômage des jeunes.

    L’hypocrisie médiatique et politique

    Ce qui me frappe le plus dans cette période, c’est le décalage entre les priorités médiatiques et les vrais enjeux. Pendant que les journaux ouvrent en boucle sur des polémiques stériles, 1,3 million d’Américains perdent leur allocation chômage. Mais ça, apparemment, ce n’est pas assez vendeur.

    Nos politiques préfèrent les annonces tonitruantes aux actions concrètes. « Le chômage baisse » fait un meilleur titre que « nous n’avons pas de solution ». Alors on maquille les chiffres, on crée des catégories, on sort des statistiques ceux qui dérangent.

    Cette hypocrisie généralisée nourrit la défiance des citoyens envers leurs dirigeants. Comment croire des politiques qui annoncent des baisses du chômage alors que tout le monde connaît quelqu’un qui galère pour trouver du travail ?

    Quelles solutions pour sortir de l’impasse ?

    Soyons clairs : il n’y a pas de solution miracle. Mais quelques pistes méritent d’être explorées sérieusement. D’abord, une vraie réforme de la fiscalité du travail. Tant que embaucher coûtera aussi cher, les entreprises hésiteront.

    Ensuite, une refonte complète de notre système de formation. Il faut arrêter de former pour former et commencer à former pour l’emploi. Cela implique une vraie concertation entre le monde de l’éducation et celui de l’entreprise.

    La simplification administrative est aussi cruciale. Combien d’entrepreneurs renoncent à embaucher par peur de la paperasse ? Un CDI en France, c’est un engagement quasi-matrimonial. Normal que les patrons hésitent.

    Enfin, il faut arrêter d’opposer flexibilité et sécurité. Les pays nordiques ont montré qu’on pouvait concilier les deux avec leur modèle de flexisécurité. Mais cela demande du courage politique et une vraie vision à long terme.

    Le chômage n’est pas qu’une statistique. Derrière chaque chiffre, il y a des vies brisées, des projets avortés, des familles en difficulté. Il est temps que nos dirigeants arrêtent de jouer avec les chiffres et s’attaquent vraiment au problème. Mais pour cela, il faudrait d’abord qu’ils reconnaissent la réalité au lieu de la maquiller.

    Mes amis, c’est bientôt Noël, et demain, ce sont les chiffres du chômage. Je parie qu’on nous annoncera encore une « stabilisation » ou une « légère baisse ». Pendant ce temps, dans la vraie vie, des millions de Français continueront à chercher désespérément un emploi. Joyeuses fêtes quand même.

    Pour aller plus loin

    • Les chiffres du chômage décryptés – Observatoire des inégalités : analyse détaillée des différentes catégories de demandeurs d’emploi
    • « La France du chômage caché » – Alternatives Économiques : enquête sur les exclus des statistiques officielles
    • Le modèle danois de flexisécurité – Documentation française : étude comparative des modèles européens
    • « Génération précaire » – Collectif : témoignages de jeunes face à la précarité de l’emploi

    Sources et références

    • Chiffres Pôle emploi – Octobre 2013 : 3,3 millions de demandeurs d’emploi catégorie A
    • INSEE – Taux de chômage des jeunes T3 2013 : 24,8% des actifs de moins de 25 ans
    • Congressional Budget Office – Décembre 2013 : 1,3 million d’Américains perdent leurs allocations
    • Eurostat 2013 : Comparaison des taux de prélèvements obligatoires en Europe

    Photo : Bozhin Karaivanov / Unsplash

  • Le grand malentendu entre entrepreneurs et politiques sur l’emploi
    Le grand malentendu entre entrepreneurs et politiques sur l’emploi
    Face à un chômage qui explose, les entrepreneurs français réclament des mesures concrètes : baisse des charges de 30%, flexibilité accrue et retour aux 40 heures. Mais le gouvernement reste sourd à ces appels, préférant les effets d’annonce aux vraies réformes structurelles.

    Le chômage, les amis, le chômage ! On approche dangereusement de la barre des 3,3 millions de demandeurs d’emploi en cette fin 2013, et pendant ce temps-là, que fait notre gouvernement ? Des gesticulations, des effets de manche, et surtout… rien de concret pour les entrepreneurs qui voudraient embaucher.

    Je discutais encore la semaine dernière avec plusieurs confrères patrons de PME. Le constat est unanime : nous avons envie d’embaucher, nous en avons même besoin pour développer nos activités. Mais voilà, entre les charges qui représentent parfois jusqu’à 45% du salaire brut et l’impossibilité de se séparer d’un collaborateur qui ne convient pas, on préfère serrer les dents et faire avec les équipes existantes.

    C’est ça la réalité du terrain. Pas celle des ministères parisiens.

    Des charges qui tuent l’emploi dans l’œuf

    Faisons un calcul simple. Pour un salarié au SMIC (1 430 euros brut), l’entreprise débourse en réalité près de 2 100 euros une fois toutes les charges patronales ajoutées. C’est 47% de charges ! Comment voulez-vous que les petites entreprises, qui représentent 99% du tissu économique français, puissent embaucher dans ces conditions ?

    Les grandes entreprises du CAC 40 s’en sortent avec leurs armées de comptables et leurs optimisations fiscales. Mais la boulangerie du coin, le garage automobile, la petite agence web ? Eux, ils paient plein pot.

    Et ne me parlez pas du CICE (Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi) qu’on nous vend depuis le début de l’année. C’est une usine à gaz incompréhensible pour la plupart des TPE-PME. Un crédit d’impôt de 4% sur les salaires inférieurs à 2,5 SMIC, remboursable dans trois ans… De qui se moque-t-on ?

    Ce qu’il faut, c’est simple : une baisse immédiate et massive des charges d’au moins 30%. Pas dans trois ans. Pas sous forme de crédit d’impôt. Maintenant, et sur la feuille de paie.

    La flexibilité, ce gros mot français

    Ah, la flexibilité ! Dès qu’on prononce ce mot, on nous traite de patrons voyous qui veulent « pourrir la vie sociale » des salariés. Quelle blague ! La flexibilité, c’est justement ce qui permet d’embaucher sans avoir peur.

    Aujourd’hui, un patron de PME qui embauche prend un risque énorme. Si le collaborateur ne convient pas, si l’activité baisse, si un gros client disparaît, c’est le parcours du combattant pour se séparer. Prud’hommes, indemnités, procédures… Résultat ? On n’embauche pas.

    Je connais personnellement des dizaines d’entrepreneurs qui ont des projets de développement, des carnets de commandes qui se remplissent, mais qui refusent d’embaucher par peur de ne pas pouvoir adapter leurs effectifs en cas de retournement. C’est absurde !

    Dans les pays où la flexibilité existe vraiment – Allemagne, Danemark, Pays-Bas – le taux de chômage est deux fois moins élevé qu’en France. Ce n’est pas un hasard. La flexibilité permet d’embaucher et de désembaucher dynamiquement, mais attention, pas au détriment des niveaux de salaires ! Au contraire, quand l’emploi est fluide, les salaires montent car les entreprises se battent pour attirer les talents.

    Le modèle danois : flexisécurité réussie

    Au Danemark, un salarié peut être licencié avec un préavis d’un mois. Choquant ? Pas du tout. Car en contrepartie, il touche 90% de son salaire pendant deux ans et bénéficie d’un accompagnement personnalisé pour retrouver un emploi. Résultat : un taux de chômage à 7% contre plus de 10% chez nous.

    Les entreprises danoises n’hésitent pas à embaucher car elles savent qu’elles pourront s’adapter. Les salariés n’ont pas peur du chômage car ils sont bien protégés. C’est du gagnant-gagnant, mais ça demande de sortir des schémas idéologiques français.

    Les 35 heures, ce boulet économique

    Parlons aussi de cette aberration des 35 heures. Treize ans après leur mise en place, quel bilan ? Le chômage n’a jamais été aussi haut, la compétitivité française s’effondre, et nos voisins européens nous regardent avec des yeux ronds.

    Dans ma boîte, comme dans beaucoup de PME, tout le monde fait en réalité 40 heures ou plus. Mais officiellement, c’est 35 heures plus des heures sup’ majorées à 25%. Encore des charges en plus !

    Il faut avoir le courage de le dire : le retour aux 40 heures légales est indispensable. Sans baisse de salaire évidemment. Juste retrouver un cadre de travail normal, comme partout ailleurs en Europe.

    Les Allemands travaillent en moyenne 40 heures, les Britanniques 42 heures. Et leur taux de chômage ? Deux fois moins élevé que le nôtre. CQFD.

    Le dialogue de sourds avec les politiques

    Ce qui me désespère le plus, c’est l’incompréhension totale entre le monde entrepreneurial et le monde politique. Quand j’entends certains responsables politiques parler d’ »entreprises socialistes » ou nous expliquer doctement comment gérer nos boîtes, j’ai envie de leur demander : avez-vous déjà créé une entreprise ? Avez-vous déjà créé des emplois ? Connaissez-vous les problématiques ?

    La réponse est presque toujours non. Nos ministres, nos députés, nos hauts fonctionnaires n’ont pour la plupart jamais mis les pieds dans une vraie entreprise. Ils vivent dans leur bulle étatique, avec leurs emplois garantis à vie et leurs retraites dorées.

    Prenez notre ministre du Redressement productif. Ses « nouvelles mesures » annoncées en grande pompe ? Du vent. Des comités Théodule, des rapports, des « pactes » sans substance. Pendant ce temps, les entreprises crèvent et le chômage explose.

    L’exemple des Pigeons : quand les entrepreneurs se rebellent

    Souvenez-vous du mouvement des Pigeons l’année dernière. Des entrepreneurs excédés par la taxation confiscatoire des plus-values. Il a fallu qu’on descende dans la rue, qu’on fasse du bruit médiatique, pour que le gouvernement recule partiellement.

    Mais combien de batailles perdues pour une victoire ? La taxation du capital, les charges sociales, la complexité administrative… Tout est fait pour décourager l’entrepreneuriat en France.

    La vérité qu’on refuse de voir

    Je vais vous dire une vérité qui dérange : jamais plus le monde ne connaîtra le plein emploi. L’automatisation, la robotisation, l’intelligence artificielle… Tout converge vers moins d’emplois humains nécessaires.

    Il va falloir que les gouvernements gèrent cette nouvelle réalité. Mais au lieu de ça, on continue avec des recettes du XXe siècle : toujours plus de charges, toujours plus de rigidité, toujours plus de complexité.

    Ce qu’il faut comprendre, c’est que dans ce nouveau monde, seules les entreprises agiles, flexibles, réactives pourront créer les emplois de demain. Pas les mastodontes bureaucratiques. Pas les entreprises corsetées par des règles d’un autre âge.

    Des solutions simples qui marchent ailleurs

    Les solutions existent pourtant. Elles ont fait leurs preuves chez nos voisins :

    • Baisse massive des charges : l’Allemagne a baissé ses charges de 5 points en dix ans. Résultat : excédent commercial record et chômage au plus bas.
    • Flexibilité du marché du travail : au Royaume-Uni, on peut embaucher et licencier facilement. Taux de chômage : 7,4% contre 10,8% chez nous.
    • Simplification administrative : aux Pays-Bas, créer une entreprise prend une journée. En France ? Trois semaines minimum.
    • Retour aux 40 heures : partout en Europe sauf chez nous. Coïncidence ?

    Mais voilà, appliquer ces recettes demande du courage politique. Il faut affronter les syndicats arc-boutés sur leurs acquis, les fonctionnaires qui défendent leur pré carré, l’opinion publique biberonnée aux discours anti-patrons.

    Plus facile de faire des effets d’annonce et de laisser le chômage exploser.

    Le paradoxe français : des entrepreneurs qui veulent embaucher, des chômeurs qui veulent travailler

    C’est ça le drame français. D’un côté, des centaines de milliers d’entreprises prêtes à embaucher si elles n’avaient pas toutes ces contraintes. De l’autre, plus de 3 millions de chômeurs qui ne demandent qu’à travailler.

    Entre les deux ? Un mur de charges, de rigidités, de complexités administratives.

    Je le répète : rien ne peut mieux assurer l’avenir d’un employé que son employeur. Rien ! Pas l’État, pas les syndicats, pas les allocations chômage. Un employeur qui va bien, qui se développe, qui gagne des marchés, c’est la meilleure garantie pour ses salariés.

    Mais pour ça, il faut laisser les entrepreneurs entreprendre. Il faut leur faire confiance. Il faut arrêter de les considérer comme des exploiteurs en puissance.

    Bref. Demain, ce sont les chiffres du chômage de novembre. Je parie sur une nouvelle hausse. Et dans les ministères, on continuera à chercher des solutions dans des rapports poussiéreux au lieu d’écouter ceux qui créent vraiment de l’emploi : les entrepreneurs.

    Peut-on mobiliser autant de ressources que celles utilisées pour des polémiques stériles, mais cette fois contre le chômage ? J’en doute. C’est moins vendeur électoralement que de taper sur les patrons.

    Alors on continuera à voir ce paradoxe français : un pays riche, avec des entrepreneurs dynamiques, mais incapable de créer des emplois à cause d’un système obsolète.

    Jusqu’à quand ?

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    • INSEE – Taux de chômage France, 3e trimestre 2013
    • Eurostat – Comparaison des taux de chômage européens, novembre 2013
    • Rapport du Conseil d’Analyse Économique sur les charges sociales, 2012
    • Étude IFRAP sur le coût du travail en Europe, septembre 2013

    Photo : VENUS MAJOR / Unsplash

  • Le chômage, les entrepreneurs et la France qui se déchire : chronique d’un dialogue impossible
    Le chômage, les entrepreneurs et la France qui se déchire : chronique d’un dialogue impossible
    Le chômage atteint des sommets historiques en France tandis que les entrepreneurs réclament des mesures drastiques pour pouvoir embaucher. Entre incompréhension mutuelle et blocages idéologiques, le pays s’enfonce dans une crise qui touche désormais toutes les catégories sociales.

    Je regarde les chiffres du chômage ce matin, et je ne peux m’empêcher de penser à cette phrase que m’a lancée un confrère entrepreneur la semaine dernière : « On voudrait embaucher, mais on ne peut pas. C’est aussi simple que ça. » Voilà où nous en sommes fin 2013 : un pays où ceux qui veulent travailler ne trouvent pas d’emploi, et où ceux qui veulent embaucher ne le peuvent pas. Une équation absurde qui révèle l’ampleur du blocage français.

    Des chiffres qui donnent le vertige

    Les statistiques officielles parlent de plus de 3,3 millions de demandeurs d’emploi en catégorie A. Mais la réalité est bien pire. Il faut ajouter à ce chiffre ce que j’appelle les « désactivés résignés » : tous ceux qui ont abandonné l’idée même de chercher un emploi, découragés par des années de recherche infructueuse. On approche alors des 5 millions de personnes sans emploi.

    À cela s’ajoutent plus de 10 millions de pauvres et plus d’un million de personnes qui dépendent des Restos du Cœur pour se nourrir. Des chiffres qui devraient faire la une de tous les journaux, mais qui sont éclipsés par des polémiques stériles. Pendant qu’on débat de quenelles et autres gesticulations, des familles entières basculent dans la précarité.

    Le plus révoltant ? Quand Harlem Désir annonce avec aplomb que « le chômage des jeunes baisse », on se demande de quelle planète il nous parle. Les jeunes diplômés enchaînent les stages non rémunérés, les CDD précaires et les missions d’intérim. Ceux sans qualification ? Ils n’ont même plus accès à ces miettes.

    La spirale infernale des charges et de la rigidité

    Côté entrepreneurs, la situation n’est guère plus brillante. Dans les services aux entreprises, secteur que je connais bien, ceux qui limitent la casse à -10% de chiffre d’affaires cette année s’estiment chanceux. La plupart subissent des baisses de 20 à 30%, voire plus.

    Le problème fondamental ? Le coût du travail en France est devenu prohibitif. Entre charges sociales, cotisations diverses et contraintes administratives, embaucher un salarié au SMIC coûte près du double à l’entreprise. Pour un salaire net de 1 100 euros, l’employeur débourse environ 2 000 euros. Une équation impossible pour les petites structures.

    Mais ce n’est pas qu’une question de coût. C’est aussi et surtout une question de flexibilité. En France, embaucher c’est presque se marier. La rupture est complexe, coûteuse, risquée juridiquement. Résultat : les entrepreneurs n’embauchent plus, ou alors uniquement en CDD, stages et autres contrats précaires qui alimentent justement la précarité qu’on prétend combattre.

    Le cercle vicieux de la peur

    Cette rigidité crée un cercle vicieux. Les entreprises, effrayées par le risque d’embauche, préfèrent surcharger leurs équipes existantes plutôt que de recruter. Les salariés en poste, épuisés, voient leur productivité baisser. La qualité se dégrade, la compétitivité s’effondre, les carnets de commandes se vident. Et on licencie.

    Pendant ce temps, les politiques nous servent des mesurettes. Montebourg annonce des « nouvelles mesures » pour les entrepreneurs en difficulté. Lesquelles ? Des prêts, des reports de charges, des aides ponctuelles. Des pansements sur une jambe de bois. Ce qu’il faut, c’est une chirurgie lourde du système.

    Les solutions existent, mais qui veut les entendre ?

    Pourtant, les solutions sont connues. Je les répète depuis des années, comme beaucoup d’entrepreneurs :

    • Baisser les charges sociales d’au moins 30% pour redonner de l’oxygène aux entreprises
    • Permettre une vraie flexibilité à l’embauche ET au licenciement, comme dans tous les pays qui créent de l’emploi
    • Revenir aux 40 heures hebdomadaires pour augmenter la productivité
    • Défiscaliser massivement les heures supplémentaires pour augmenter le pouvoir d’achat sans alourdir les charges

    Ces mesures ne sont pas idéologiques. Elles sont pragmatiques. Regardez l’Allemagne, le Royaume-Uni, même l’Espagne qui commence à redresser la tête. Tous ont compris qu’un marché du travail flexible crée plus d’emplois qu’un marché rigide.

    Ségolène Royal l’a d’ailleurs bien compris quand elle parle d’un fonctionnement « gagnant-gagnant » entre entrepreneurs et salariés. Baissez significativement les charges, et nous embaucherons. C’est mathématique. Mais encore faut-il avoir le courage politique de le faire.

    Le modèle de la petite boîte flexible

    Contrairement aux caricatures, l’immense majorité des entrepreneurs ne rêvent pas de précariser leurs salariés. Nous voulons simplement pouvoir adapter nos effectifs à notre activité. Embaucher quand ça va bien, réduire la voilure quand ça va mal. C’est ce que j’appelle le modèle de la « petite boîte flexible ».

    Ce modèle n’est pas synonyme de salaires au rabais. Au contraire ! Une entreprise qui peut s’adapter rapidement est une entreprise qui survit aux crises et qui peut mieux rémunérer ses équipes dans les bonnes périodes. La flexibilité, c’est la survie de l’entreprise et donc la pérennité de l’emploi.

    L’alliance improbable des Bonnets Rouges

    Le mouvement des Bonnets Rouges en Bretagne illustre parfaitement cette convergence d’intérêts. On y trouve des chômeurs, des salariés, des retraités et… des patrons. Tous unis par la même colère face à un système qui broie les territoires et les hommes.

    J’ai été particulièrement touché par l’histoire de ce patron breton qui expliquait à ses salariés pourquoi il ne pouvait plus continuer. Pas de langue de bois, pas de com’ corporate. Juste la vérité crue : les charges, les taxes, les normes… l’entreprise n’en peut plus. Et ses salariés l’ont compris, l’ont soutenu. Voilà la vraie solidarité entrepreneuriale.

    Car contrairement aux fantasmes de certains, nous ne considérons pas nos employés comme une « charge ». En 25 ans d’entrepreneuriat, je n’ai jamais entendu un seul patron parler ainsi de ses équipes. Nous savons que nos entreprises ne sont rien sans les femmes et les hommes qui les font vivre. Mais nous savons aussi que sans entreprises rentables, il n’y a pas d’emplois.

    Le low cost, symptôme de notre déclin

    Montebourg a raison sur un point : le low cost est destructeur. Mais pas seulement d’emplois. Il détruit la valeur, la qualité, l’innovation. C’est le symptôme d’une économie qui ne sait plus créer de richesse et qui se contente de rogner sur tout.

    Le low cost, c’est la conséquence directe de notre manque de compétitivité. Quand les charges sont trop lourdes, quand la réglementation étouffe l’innovation, quand la fiscalité punit la réussite, que reste-t-il ? Baisser les prix, rogner sur la qualité, délocaliser. Une spirale mortifère.

    La vraie bataille, ce n’est pas contre le low cost. C’est pour retrouver notre capacité à créer de la valeur, à innover, à produire de la qualité. Et pour cela, il faut libérer les énergies entrepreneuriales, pas les étouffer sous des montagnes de contraintes.

    18 mois de retard minimum

    Le plus dramatique dans cette situation, c’est l’inertie du système. Même si le gouvernement prenait aujourd’hui les mesures radicales qui s’imposent, les effets ne seraient visibles qu’après 18 mois minimum. Le temps que les entreprises reprennent confiance, investissent, recrutent… C’est le temps économique, incompressible.

    Or, que fait-on ? On tergiverse, on négocie, on reporte. Chaque jour perdu, ce sont des entreprises qui ferment, des emplois qui disparaissent, des compétences qui s’exilent. Le temps joue contre nous, et nous regardons ailleurs.

    Et pendant ce temps, le monde bouge

    Pendant qu’on s’écharpe sur des polémiques stériles, le monde continue de tourner. Aux États-Unis, 1,3 million de chômeurs viennent de perdre leurs allocations. Une catastrophe sociale qui nous rappelle que notre modèle social, malgré tous ses défauts, reste un amortisseur précieux.

    Mais cet amortisseur a un coût. Un coût que nous ne pouvons plus nous permettre sans une économie dynamique pour le financer. C’est le paradoxe français : nous voulons préserver un modèle social généreux tout en tuant la poule aux œufs d’or qui le finance.

    La solution n’est pas de détruire notre protection sociale. Elle est de créer les conditions d’une économie prospère qui puisse la financer durablement. Et cela passe par une réconciliation entre le monde du travail et celui de l’entreprise.

    Rien ne peut mieux assurer l’avenir d’un employé que son employeur. Rien ne peut mieux assurer la prospérité d’une entreprise que des salariés motivés et compétents. Cette évidence semble pourtant échapper à nos dirigeants, englués dans des postures idéologiques d’un autre âge.

    Alors oui, faisons des marches. Mais pas seulement contre le racisme ou pour des causes nobles mais lointaines. Marchons pour l’emploi, pour la fin de la spoliation fiscale, pour une France qui travaille et qui entreprend. Car sans emploi, sans entreprises, sans création de richesse, c’est tout notre modèle de société qui s’effondre.

    Le chômage n’est pas une fatalité. C’est le résultat de choix politiques et économiques. D’autres pays ont su créer les conditions du plein emploi. Pourquoi pas nous ? La réponse tient peut-être dans notre incapacité collective à dépasser les clivages stériles entre patrons et salariés, entre droite et gauche, entre public et privé.

    Il est temps de changer de logiciel. Avant qu’il ne soit trop tard.

    Pour aller plus loin

    • « La France qui tombe » de Nicolas Baverez – Une analyse sans concession du déclin économique français
    • Les publications de l’Institut Montaigne – Des propositions concrètes pour réformer le marché du travail
    • « Le modèle allemand » de Guillaume Duval – Pour comprendre comment nos voisins ont créé le plein emploi
    • Les rapports de la Cour des Comptes – Les chiffres réels du coût du travail en France
    • Le mouvement des Pigeons – La mobilisation des entrepreneurs français face à la fiscalité

    Sources et références

    • INSEE – Chiffres du chômage au 3e trimestre 2013
    • Eurostat – Comparaisons européennes du coût du travail (2013)
    • OCDE – Rapport sur la flexibilité du marché du travail (2013)
    • Cour des Comptes – Rapport sur les prélèvements obligatoires (2013)

    Photo : Nk Ni / Unsplash

  • France : la spirale infernale d’un pays qui se saborde
    France : la spirale infernale d’un pays qui se saborde
    La France accumule les décisions économiques contre-productives : hausse du plafond du Livret A qui assèche l’économie réelle, suppression des exonérations sur les heures supplémentaires et rigidité du marché du travail. Résultat : le chômage explose et les entreprises suffoquent.

    Trois millions de chômeurs officiels. Voilà où nous en sommes en septembre 2012. Et franchement, ce n’est qu’un début. À ce rythme, je parie sur 3,5 millions d’ici 2014. Pourquoi ? Parce que nos dirigeants accumulent les décisions économiques aberrantes avec une constance qui forcerait presque l’admiration si elle n’était pas si tragique.

    Prenez le relèvement du plafond du Livret A. Une mesure présentée comme sociale, populaire même. En réalité ? Une bombe à retardement pour notre économie. Je vais vous expliquer pourquoi cette décision, comme tant d’autres, révèle l’incompréhension profonde de nos élites face aux mécanismes économiques de base.

    Le Livret A : quand l’épargne devient un piège mortel pour l’économie

    Le gouvernement vient d’augmenter le plafond du Livret A. Bravo. Vraiment, bravo. Vous savez ce que cela signifie concrètement ? Que des milliards d’euros supplémentaires vont être soustraits à l’économie réelle pour dormir tranquillement sur des comptes défiscalisés.

    Comprenons-nous bien : le Livret A, c’est de l’argent qui ne finance ni les entreprises, ni l’innovation, ni l’emploi. C’est de l’argent stérilisé, neutralisé, castré. Dans un pays qui compte déjà 3 millions de chômeurs, encourager les Français à planquer encore plus leur épargne relève soit de l’incompétence crasse, soit du sabotage délibéré.

    Les chiffres sont édifiants : l’encours total des Livrets A et LDD dépasse déjà les 350 milliards d’euros. C’est l’équivalent de 17% du PIB français qui dort au lieu de travailler. Et on en rajoute une couche ?

    Pendant ce temps, les PME crèvent faute de financement. Les banques, gavées de liquidités dormantes, n’ont aucune incitation à prêter aux entreprises. Résultat : l’investissement productif s’effondre, l’innovation se meurt, et les emplois disparaissent. Mais rassurez-vous, l’épargne des Français est bien au chaud.

    La double peine des heures supplémentaires : comment tuer le pouvoir d’achat

    Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement s’apprête à porter un coup fatal au pouvoir d’achat des salariés. La suppression des exonérations sur les heures supplémentaires, c’est 1 à 12% de salaire net en moins pour des millions de Français. Je répète : 1 à 12% EN MOINS.

    Vous imaginez l’impact ? Un ouvrier qui complétait ses fins de mois avec quelques heures sup va voir son revenu fondre. Une caissière qui acceptait des horaires décalés pour boucler son budget va devoir faire des choix cornéliens. Et tout ça pourquoi ? Pour récupérer quelques milliards qui seront immédiatement engloutis dans le tonneau des Danaïdes de la dépense publique.

    L’ironie, c’est que cette mesure va mécaniquement réduire la consommation, donc l’activité économique, donc les recettes fiscales. C’est ce qu’on appelle scier la branche sur laquelle on est assis. Mais visiblement, à Bercy, on préfère les symboles idéologiques aux réalités économiques.

    L’effet domino sur la consommation

    Moins de revenus pour les salariés, c’est moins de consommation. Moins de consommation, c’est moins de chiffre d’affaires pour les entreprises. Moins de chiffre d’affaires, c’est moins d’embauches, voire des licenciements. Et la boucle est bouclée : on fabrique du chômage en prétendant le combattre.

    Les économistes appellent ça le multiplicateur keynésien inversé. Moi j’appelle ça de la connerie pure et simple.

    Carburants : la taxe invisible qui étrangle l’économie

    Ah, et j’oubliais le meilleur : les carburants. On frôle déjà les 2 euros le litre dans certaines stations. Ma prédiction ? 2,50 euros avant 2015. Et Moscovici qui fait comme si de rien n’était.

    Vous savez ce que représente le carburant dans l’économie française ? Tout. Les camions qui livrent vos magasins roulent au gazole. Les commerciaux qui démarchent les clients roulent à l’essence. Les artisans qui se déplacent sur les chantiers carburent au sans-plomb. Augmenter le prix du carburant, c’est augmenter le coût de TOUT.

    Un transporteur routier m’expliquait récemment que le gazole représentait 35% de ses charges. 35% ! Comment voulez-vous qu’il reste compétitif face à ses concurrents polonais ou roumains ? Comment voulez-vous qu’il maintienne ses emplois ?

    L’impact sur les zones rurales

    Et je ne parle même pas des zones rurales, où la voiture n’est pas un luxe mais une nécessité vitale. Des millions de Français n’ont pas d’autre choix que de prendre leur voiture pour aller travailler. Pour eux, l’explosion du prix des carburants, c’est une amputation pure et simple de leur pouvoir d’achat.

    Mais bon, nos élites parisiennes qui prennent le métro ne voient pas le problème.

    Le marché du travail : quand la rigidité tue l’emploi

    Arnaud Montebourg, notre ministre du Redressement productif (quelle blague ce titre), devrait écouter les entrepreneurs au lieu de pontifier. Nous avons besoin de flexibilité. F-L-E-X-I-B-I-L-I-T-É.

    Laissez-nous embaucher librement. Laissez-nous désembaucher quand c’est nécessaire. C’est la condition sine qua non pour créer de l’emploi durable. Vous savez pourquoi les patrons n’embauchent pas ? Parce qu’ils ont peur de ne pas pouvoir ajuster leurs effectifs en cas de retournement de conjoncture.

    Résultat : on préfère l’intérim, les CDD, la sous-traitance. Tout sauf le CDI qui est devenu un boulet. C’est ça que vous voulez ? Une économie de précarité généralisée ?

    L’exemple des pays qui ont réussi

    Regardez le Danemark avec sa flexisécurité. Regardez l’Allemagne avec ses réformes Hartz. Ces pays ont compris qu’un marché du travail fluide créait plus d’emplois qu’un marché rigide. Mais en France, on préfère l’immobilisme idéologique.

    Un patron de PME me confiait récemment : « J’ai trois postes à pourvoir, mais j’hésite. Si ça se passe mal, je suis coincé. » Trois emplois non créés à cause de la peur. Multipliez ça par des milliers d’entreprises, et vous comprenez pourquoi le chômage explose.

    Le nucléaire : symbole de notre déclin industriel

    Et que dire de notre filière nucléaire ? Montebourg parle de filière d’avenir. Mais de quel avenir parle-t-il ? Du démantèlement des centrales ? Parce que c’est bien la seule perspective qui se dessine.

    La France avait un avantage compétitif énorme avec son parc nucléaire. Une électricité abondante et bon marché. Un savoir-faire reconnu mondialement. Et qu’est-ce qu’on fait ? On saborde tout ça sur l’autel de l’idéologie verte.

    Pendant ce temps, la Chine construit des centrales à tour de bras. L’Inde aussi. Même les Émirats arabes unis s’y mettent. Mais nous, on préfère fermer Fessenheim et planter des éoliennes qui ne tournent que quand il y a du vent.

    La liberté d’expression : jusqu’où peut-on aller ?

    L’affaire Charlie Hebdo de cette semaine pose une vraie question. Jusqu’où peut aller la liberté d’expression ? Est-ce intelligent de publier des caricatures qui vont mettre le feu aux poudres dans le monde musulman ?

    Je défends la liberté d’expression. C’est un principe non négociable. Mais la liberté, c’est aussi la responsabilité. Quand on sait qu’une publication va déclencher des violences, des morts peut-être, est-ce vraiment le moment de jouer les provocateurs ?

    On me dira que céder à la menace, c’est renoncer à nos valeurs. Certes. Mais opposer systématiquement les communautés, est-ce vraiment défendre nos valeurs ? Ou est-ce juste remuer la merde pour le plaisir ?

    Les Roms : l’hypocrisie à son paroxysme

    Et pour finir, parlons des Roms. Tout le monde a un avis, tout le monde veut qu’ils soient « intégrés en douceur ». Très bien. J’ai une solution simple : que ceux qui prônent l’intégration les hébergent chez eux.

    C’est facile d’être généreux avec l’argent des autres. C’est facile de prôner l’accueil quand on habite un quartier protégé. Mais quand il s’agit de passer à l’acte, bizarrement, il n’y a plus personne.

    L’hypocrisie de notre société n’a jamais été aussi criante. On veut le beurre et l’argent du beurre. On veut être humaniste sans en payer le prix. On veut la bonne conscience sans les contraintes.

    David contre Goliath : quand les citoyens se rebellent

    Heureusement, certains citoyens ne se laissent pas faire. Prenez Bruno Boulefkhad. Ce type mène un combat incroyable contre les banques. Son site bruno-boulefkhad.fr est une mine d’informations pour tous ceux qui en ont marre de se faire plumer.

    C’est ça dont on a besoin. Des citoyens qui se lèvent, qui disent non, qui refusent la fatalité. Des « Boulefkhad » partout en France qui reprennent le pouvoir sur leur vie.

    Parce que si on attend que nos dirigeants nous sauvent, on peut attendre longtemps. Ils sont trop occupés à creuser le trou dans lequel ils nous enterrent.

    Conclusion : le réveil ou la chute

    Voilà où nous en sommes. Un pays qui s’autodétruit méthodiquement. Des dirigeants qui accumulent les erreurs. Une population qui subit.

    Mais jusqu’à quand ? Jusqu’à quand allons-nous accepter cette descente aux enfers ? Jusqu’à quand allons-nous laisser des incompétents décider de notre avenir ?

    La France a tous les atouts pour réussir. Des entrepreneurs brillants, des salariés compétents, des ressources abondantes. Il ne manque qu’une chose : du bon sens au sommet de l’État.

    Remettez l’entrepreneur au centre du jeu. Libérez les énergies. Arrêtez de taxer, de réglementer, d’entraver. Faites confiance aux Français au lieu de les infantiliser.

    Bref. Soit on se réveille maintenant, soit on continue la descente. À vous de choisir.

    Pour aller plus loin

    • Les Échos – Analyses économiques quotidiennes sur la situation française
    • INSEE – Statistiques officielles sur le chômage et l’économie
    • Rapport Gallois – État des lieux de la compétitivité française (à paraître)
    • OCDE – Comparaisons internationales des politiques économiques
    • Bruno-boulefkhad.fr – Combat citoyen contre les dérives bancaires

    Sources et références

    • INSEE – Chiffres du chômage août 2012
    • Banque de France – Encours Livret A et LDD 2012
    • Ministère de l’Économie – Réforme de la défiscalisation des heures supplémentaires
    • Union Française des Industries Pétrolières – Prix moyens des carburants
    • Eurostat – Comparaisons européennes du marché du travail

    Photo : KOBU Agency / Unsplash

  • Entrepreneurs et chômage : pourquoi le dialogue est rompu entre patrons et gouvernement
    Entrepreneurs et chômage : pourquoi le dialogue est rompu entre patrons et gouvernement
    La suppression des exonérations fiscales sur les heures supplémentaires va amputer le pouvoir d’achat de millions de salariés. Face à cette situation, les entrepreneurs réclament plus de flexibilité pour embaucher et licencier, mais le gouvernement semble sourd à leurs appels.

    Je regarde avec effroi ce qui se prépare pour octobre. Des millions de salariés vont voir leur fiche de paie fondre comme neige au soleil. Entre 1% et 12% de salaire net en moins, selon leur volume d’heures supplémentaires. C’est une catastrophe annoncée que personne ne semble vouloir voir venir.

    Cette mesure, c’est le symbole parfait de l’incompréhension totale entre le monde politique et la réalité économique. D’un côté, on nous parle de relancer la consommation et de lutter contre le chômage. De l’autre, on ampute directement le pouvoir d’achat de ceux qui travaillent le plus. Cherchez l’erreur.

    La double peine pour les salariés et les entreprises

    Concrètement, qu’est-ce qui va se passer ? La défiscalisation des heures supplémentaires mise en place par la loi TEPA en 2007 va disparaître. Pour un salarié au SMIC qui effectue régulièrement des heures supplémentaires, c’est jusqu’à 100 euros nets par mois qui s’envolent. Pour un cadre, la perte peut dépasser 200 euros mensuels.

    Mais le plus pervers dans cette histoire, c’est que les entreprises vont également trinquer. Les exonérations de charges patronales sur ces heures supplémentaires disparaissent aussi. Résultat : le coût du travail augmente mécaniquement. Dans un contexte économique déjà tendu, c’est la goutte d’eau qui risque de faire déborder le vase.

    Je vois déjà les conséquences dans mon entourage professionnel :

    • Des PME qui renoncent à des commandes faute de pouvoir faire travailler leurs équipes en heures sup à un coût raisonnable
    • Des salariés qui refusent désormais les heures supplémentaires, devenues moins intéressantes financièrement
    • Des tensions sociales qui montent dans les entreprises où les heures sup étaient un complément de salaire indispensable

    Le cri du cœur des entrepreneurs ignoré

    Face à cette situation, nous, entrepreneurs, ne demandons qu’une chose : de la flexibilité. Laissez-nous embaucher les chômeurs et, oui, désembaucher librement quand c’est nécessaire. C’est la condition sine qua non pour créer de l’emploi durable.

    Cette demande de flexibilité n’est pas un caprice patronal. C’est une question de survie économique. Quand je ne peux pas ajuster mes effectifs à mon carnet de commandes, je prends deux décisions :

    • Je n’embauche plus en CDI, trop risqué
    • Je délocalise ou je sous-traite à l’étranger

    Le paradoxe français est là : on veut protéger l’emploi avec des règles rigides, mais on finit par le détruire. Les pays qui ont le moins de chômage sont ceux qui ont la législation du travail la plus souple. C’est un fait, pas une opinion.

    La peur d’embaucher : un frein majeur

    Savez-vous combien coûte un licenciement économique en France ? Entre 6 mois et 2 ans de salaire selon les cas, sans compter les frais de procédure. Pour une PME, c’est potentiellement la faillite. Alors on préfère ne pas embaucher du tout.

    Cette rigidité du marché du travail crée une économie à deux vitesses :

    • Les « insiders » : salariés en CDI surprotégés mais de moins en moins nombreux
    • Les « outsiders » : jeunes, seniors, peu qualifiés, condamnés à la précarité ou au chômage

    L’entrepreneur, ce mal-aimé de la République

    Il faut remettre l’entrepreneur et le patron au centre du débat. Sans nous, pas d’emplois, pas de richesses créées, pas d’impôts pour financer les services publics. C’est une évidence que nos dirigeants semblent avoir oubliée.

    Au lieu de cela, on nous présente comme des exploiteurs, des profiteurs, voire des ennemis du peuple. Cette diabolisation permanente est contre-productive. Elle décourage l’entrepreneuriat et pousse nos meilleurs éléments à s’expatrier.

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

    • La France compte 2,5 millions d’entreprises, dont 95% ont moins de 10 salariés
    • Les PME créent 85% des emplois nouveaux
    • Le taux de création d’entreprises stagne depuis 2008

    Un dialogue de sourds avec le pouvoir

    Quand j’entends nos ministres parler d’économie, j’ai l’impression qu’ils vivent sur une autre planète. Ils n’ont jamais créé une entreprise, jamais fait un business plan, jamais négocié avec un banquier pour obtenir un prêt. Comment peuvent-ils comprendre nos problématiques ?

    Le fossé se creuse entre deux France : celle qui produit et celle qui administre. Cette fracture est dangereuse pour notre cohésion sociale et notre compétitivité économique.

    Des solutions existent pourtant

    Je ne suis pas un ultralibéral dogmatique. Je sais que le modèle social français a ses vertus. Mais il faut l’adapter aux réalités du XXIe siècle. Voici quelques pistes concrètes :

    1. Un contrat de travail unique
    Fini la distinction CDI/CDD. Un contrat unique avec des droits progressifs selon l’ancienneté. Plus de flexibilité pour l’employeur, plus de sécurité dans le temps pour le salarié.

    2. La formation tout au long de la vie
    Plutôt que de s’accrocher à des emplois obsolètes, investissons massivement dans la reconversion professionnelle. Le compte personnel de formation doit devenir une réalité, pas un gadget.

    3. Un dialogue social rénové
    Les syndicats doivent évoluer. Moins d’idéologie, plus de pragmatisme. Dans les pays nordiques, syndicats et patronat travaillent ensemble. Pourquoi pas chez nous ?

    4. Une fiscalité incitative
    Arrêtons de taxer le travail et l’investissement productif. Taxons plutôt la rente et la spéculation. C’est une question de bon sens économique.

    L’urgence d’agir avant qu’il ne soit trop tard

    La suppression des exonérations sur les heures supplémentaires n’est que la partie émergée de l’iceberg. C’est tout notre modèle économique et social qui est à repenser.

    Le chômage des jeunes explose, les seniors sont exclus du marché du travail, les entreprises délocalisent ou ferment. Pendant ce temps, on ergote sur des mesurettes qui aggravent la situation.

    Nous, entrepreneurs, sommes prêts à prendre nos responsabilités. Nous voulons embaucher, investir, innover. Mais il nous faut un cadre adapté, pas un carcan qui nous étouffe.

    La balle est dans le camp du gouvernement. Soit il continue dans l’idéologie et le déni de réalité, soit il accepte enfin d’écouter ceux qui créent la richesse et l’emploi. Le temps presse. Chaque mois qui passe, ce sont des milliers de chômeurs supplémentaires et des entreprises qui disparaissent.

    Allons-nous enfin avoir ce débat de fond sur l’emploi et l’entrepreneuriat ? Ou allons-nous continuer à nous enfoncer dans la crise en répétant les mêmes erreurs ? La réponse déterminera l’avenir économique de notre pays pour les années à venir.

    Pour aller plus loin

    • « La société de défiance » de Yann Algan et Pierre Cahuc – Une analyse des blocages du modèle social français
    • Institut Montaigne – Think tank qui publie régulièrement des études sur l’emploi et la compétitivité
    • « Le chômage, fatalité ou nécessité ? » de Pierre Cahuc et André Zylberberg – Pour comprendre les mécanismes du marché du travail
    • MEDEF – Les positions du patronat français sur la flexibilité du travail
    • Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) – Analyses économiques indépendantes

    Sources et références

    • INSEE – Statistiques sur l’emploi et le chômage (septembre 2012)
    • Loi TEPA du 21 août 2007 sur le travail, l’emploi et le pouvoir d’achat
    • Rapport du Conseil d’analyse économique sur la flexisécurité (2010)
    • Eurostat – Comparaisons européennes du marché du travail (2012)

    Photo : Tanya Prodaan / Unsplash

  • Laissez-nous embaucher les chômeurs!

    La situation ne peut plus durer. Les entreprises sont à l’agonie, mais à force de l’entendre, de le lire ou de l’écrire, cela ne veut plus rien dire. Les pouvoirs publics ne prennent pas la pleine mesure des difficultés présentes et à venir.

    Tout le monde est à peu près d’accord pour dire que le problème central des entreprises est à la fois le coût du travail qui est beaucoup trop élevé pour assurer la compétitivité, et le manque de flexibilité qui empêche l’adaptation des ressources humaines à la hausse ou à la baisse dans les entreprises (en clair, pouvoir librement embaucher quand ça va bien, mais aussi désembaucher quand ça va moins bien).

    La réponse politique de la droite c’était la « TVA sociale » ou « TVA de la compétitivité », et la réponse de la gauche c’est la « création des emplois d’avenir pour les jeunes ».

    Ces solutions, comme c’est arrivé trop souvent depuis 40 ans, ne répondront absolument pas aux problèmes, nous les professionnels de terrain, nous le savons. La TVA sociale est un mécanisme compliqué, très lourd et coûteux à implémenter, que personne ne comprendra jamais et qui ne va pratiquement rien changer dans la vie des PME. Le concept des emplois d’avenir (recyclage des « emplois jeunes ») est un patch des socialistes, un grand classique récurrent de la gauche quand elle gouverne et qui est à des kilomètres des enjeux.

    N’attendez aucune amélioration de la situation en Europe, et en France si les entreprises dans leur ensemble, l’unique force vive d’un pays, n’embrayent pas à l’unisson et avec une puissance nouvelle et des moyens réels afin de retrouver une dynamique offensive, innovante, productive et commerciale.

    Les entreprises sont sclérosées, tétanisées par ces crises à répétition depuis 10 ans, sans visibilité et sans aucune confiance, elles ne peuvent pas atteindre de nouveaux marchés, elles sont diminuées, ralenties, à la traîne, elles souffrent et ne se sentent pas en mesure de se développer, incapables d’aller de l’avant, elles stagnent dans des niveaux bas de performances, avec des petites équipes fatiguées par une productivité réclamée toujours plus intense avec toujours moins de moyens, un peu plus fragilisées chaque jour qui passe.

    En pratique, pour se développer dans les entreprises, il faut compléter ses équipes par de nouveaux éléments humains (des cadres capables de tenir des projets de développement, des concepteurs de produits ou services, si possible innovants, des collaborateurs commerciaux motivés pour conquérir les marchés, des collaborateurs en production pour fabriquer les produits et services qui auront été vendus, des collaborateurs administratifs pour superviser et contrôler l’ensemble de la chaîne, etc.).

    Pour que ces développements soient viables localement dans un système économique ouvert et mondialisé dans une Europe qui ne contrôle rien, qui taxe tout, où tout est plus cher que partout ailleurs, il faut que les coûts soient les plus bas, l’équation est… impossible à résoudre.

    Les entreprises françaises ont besoin de faire baisser le coût du travail de 25 à 50%, voilà la réalité impossible à entendre. Parlons froidement. Quand un employé « coûte » 3000 euros par mois à un patron de PME (salaire chargé), et que le salarié ne touchera que 1900 euros net imposable, l’objectif immédiat n’est pas que demain il lui « coûte » 2950 euros, mais plutôt 2000 euros, tout compris, sans pour autant que le salaire payé ne change. Voilà le besoin immédiat.

    N’imaginez pas une seconde que les propositions politiques successives qui visent à faire baisser le coût du travail de 1, 2 ou 3% soient la réponse attendue. La vraie réalité des patrons de PME dépasse largement la fausse réalité des politiciens.

    Soyons réalistes, à aucun moment il ne sera possible de faire baisser fortement le coût du travail en France de manière à provoquer « le coup de boost » nécessaire au redémarrage économique.

    Pourtant, il existe une solution jamais explorée, jamais évoquée.

    Depuis un certain temps j’essaie de faire passer mon idée d’un mécanisme que j’ai appelé « chômage transitionnel », mécanisme que j’ai modélisé et éprouvé dans de nombreux scénarios depuis plus de 5 ans, qui consiste en une audacieuse alternative à l’attentisme et que j’ai poussé auprès du feu gouvernement de droite, auprès du Medef, auprès de notre gouvernement actuel, mais je ne reçois aucun écho favorable auprès des dirigeants politiques.

    Ce mécanisme reposerait sur une coordination intelligente et pratique entre les pouvoirs publics (Pole Emploi) et les PME.

    L’idée consiste à permettre aux entreprises qui le souhaitent d’embaucher immédiatement un nombre illimité de chômeurs inscrits à Pôle Emploi, dans le cadre d’un contrat de travail « transitionnel » (sécurisé et à durée indéterminée) sans que ceux-ci ne perdent leurs droits, l’entreprise abonderait financièrement pour constituer un salaire cumulé (allocations chômage et abondement salarial) libre et négociable, « ouvert à la concurrence » (l’abondement sera libre, on peut imaginer que des négociations discrétionnaires seront possibles entre chômeurs et employeurs), le tout supervisé par un organisme dédié à ce dispositif afin de faciliter son déploiement.

    En clair, une entreprise pourrait par exemple embaucher un agent commercial, actuellement au chômage depuis quelques mois, touchant 900 euros par mois auprès de Pôle Emploi pour encore 18 mois, en lui offrant un abondement salarial de 1000 euros par mois, et surtout un véritable emploi. Ce chômeur touchera donc 1900 euros par mois, bénéficiera d’un vrai travail, et d’un véritable statut protégé pendant une durée de 18 mois, au delà, l’entreprise reprend la pleine charge de son salarié, qu’elle gardera dans la majorité des cas. Miracle, l’entreprise aura lissé à la baisse son coût du travail global.

    Je vois déjà les critiques fuser, et m’entendre dire « les entreprises et les patrons verront leur intérêt, licencieront les emplois les plus coûteux au profit des emplois transitionnels ». Oui, c’est peut-être vrai pour les grandes entreprises capitalistiques qui gèrent l’humain aussi bien qu’un singe est à l’aise avec un ordinateur, mais moi je ne parle que des PME, mon dispositif ne vise que les PME, et croyez-moi sur parole : les patrons de PME qui forment pendant 18 mois un collaborateur n’ont jamais l’idée de s’en séparer, au contraire ils le vivent comme une souffrance et un échec.

    Absolument tout le monde sort gagnant d’un tel dispositif, pratique et simple à mettre en œuvre par quelques règles de contrôle et de bon sens contre les abus.

    Plus les entreprises joueront le jeu, et elles seront nombreuses, plus on règlera le problème du chômage, du coût du travail, du dynamisme économique, du pouvoir d’achat, de la consommation, et plus on s’approchera d’une sortie de crise par le haut.

    Le « réservoir de chômeurs », au lieu d’être un centre de coût, deviendra un centre de profit pour le pays et ses entreprises, une véritable niche de ressources humaines où les entreprises viendront recruter de futurs collaborateurs que leurs précédents employeurs auront licencié sans que personne ne trouve rien à y redire, tant la fluidité et la flexibilité seront au rendez-vous.

    Le coût pour la collectivité publique restera au maximum le même qu’en temps normal, et mécaniquement va baisser fortement après la mise en place du dispositif. L’impact financier (l’effort du pays) sera donc au maximum neutre comparativement à avant.

    L’assurance chômage n’aura plus à chercher à financer des millions de chômeurs sans avenir, mais beaucoup moins en attente d’un job transitionnel que les entreprises plébisciteront. Du coup, par ricochet, le coût du travail des employés non transitionnels pourra largement diminuer après un certain temps.

    Le nombre de chômeurs sans emploi va drastiquement baisser en quelques mois.

    Les entreprises rechercheront bien sûr des chômeurs jeunes à former pour le long terme, mais recruteront également des personnels d’encadrement, plus âgés, répondant ainsi à la double problématique des chômeurs jeunes et des chômeurs âgés. L’embauche des personnels non qualifiés sera également facilitée par un coût très réduit pour l’entreprise.

    Le coût de réintégration, de mise à niveau et de formation des chômeurs va fondre comme neige au soleil, les fonds disponibles seront alors concentrés sur les chômeurs résiduels qui n’auront pas trouvé d’emploi transitionnel.

    Cerise sur le gâteau, les banques, qui de toute façon ont abandonné les entreprises, n’ont pas besoin d’être mobilisées dans la mise en œuvre du mécanisme.

    Bien sûr, partout on me dit que l’idée est vraiment étonnante de bon sens et de praticité, et de toute évidence répond à toutes les problématiques immédiates, et qu’il faut absolument parvenir à éduquer nos syndicats et nos politiciens afin de les convaincre et de parvenir à implémenter un tel dispositif salvateur.

    Pour ma part, je constate que ces dirigeants publics, ces gouvernements qui ne cessent de pousser les entreprises à innover, ne se remettent jamais suffisamment en question en innovant eux-mêmes et ne répondent jamais aux enjeux d’actualité.

    La crise est d’une ampleur telle que les réponses radicales à apporter ne peuvent qu’être insolites, audacieuses et innovantes, politiquement, économiquement et socialement.

    J’espère que mon message, désormais davantage public, sera entendu, au nom des entrepreneurs, pour le bien de tous.