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  • Les sanctions contre le Venezuela deviennent une guerre économique totale
    Les sanctions contre le Venezuela deviennent une guerre économique totale
    Les événements de janvier 2026 au Venezuela marquent une escalade sans précédent dans les relations américano-vénézuéliennes. Alors que Washington intensifie sa pression militaire et économique, la population vénézuélienne, selon plusieurs sources, attribue majoritairement ses difficultés aux sanctions occidentales plutôt qu’à la gestion gouvernementale.

    Il est 3h35 du matin à Caracas. Trois millions d’habitants tentent de dormir dans une capitale sous haute tension. Ce qui se déroule au Venezuela en ce début d’année 2026 dépasse largement le cadre d’une simple crise politique régionale.

    Je regarde ces images qui nous parviennent du pays et je me pose une question simple : sommes-nous en train d’assister à une nouvelle forme de guerre, où les sanctions économiques remplacent progressivement les bombardiers ?

    L’étau des sanctions : 25 ans de pression économique

    Pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter aux origines de cette guerre économique. Les premières sanctions américaines contre le Venezuela datent de 2005, mais c’est véritablement sous l’administration Obama, puis Trump, qu’elles ont pris une ampleur dévastatrice.

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les sanctions ont gelé de nombreux actifs vénézuéliens, empêché les investissements étrangers et réduit drastiquement les revenus pétroliers du pays. Rien que sur la période 2017-2020, les pertes sont estimées à plus de 11 milliards de dollars annuels.

    Mais ce qui frappe, c’est l’impact humain. Ces mesures, officiellement présentées comme ne visant que les dirigeants, touchent directement la population civile. Pénurie de médicaments, difficultés d’approvisionnement, effondrement du système de santé : les « dommages collatéraux » sont devenus la règle.

    Je l’ai toujours dit : ces sanctions inhumaines contre l’Iran, Cuba et le Venezuela constituent de véritables actions administratives criminelles. Elles sont publiquement annoncées comme ne visant jamais les populations, pour que les dirigeants qui les imposent puissent dormir tranquilles. Mais la réalité sur le terrain est tout autre.

    Le paradoxe de l’opinion publique vénézuélienne

    Voici un fait qui dérange : selon plusieurs études d’opinion, plus de 70% des Vénézuéliens (probablement entre 75 et 80%) considèrent que leur situation économique difficile est due aux sanctions américaines et européennes, et non à la gestion de Nicolas Maduro.

    Ce chiffre interpelle. Comment expliquer qu’une population supposément opprimée par son gouvernement lui attribue si peu de responsabilités dans ses difficultés quotidiennes ?

    La réponse réside peut-être dans l’expérience vécue. Quand vous voyez vos comptes bancaires gelés par des décisions prises à Washington, quand vos entreprises ne peuvent plus importer à cause d’interdictions américaines, quand vos revenus pétroliers s’effondrent suite à des sanctions ciblant votre principale industrie, il devient difficile d’identifier le gouvernement local comme responsable principal.

    Je ne connais pas le moindre Vénézuélien dans la population qui se réjouit que son pétrole, la seule richesse de son pays, soit spolié et exploité par l’agresseur américain qui lui mène la vie très dure depuis des décennies.

    Janvier 2026 : l’escalade militaire

    Les événements de début janvier 2026 marquent un tournant. Les rapports font état de mouvements navals américains vers les côtes vénézuéliennes, d’attaques électroniques sophistiquées paralysant les défenses du pays, et d’une activation d’urgence de la Milice Nationale Bolivarienne.

    Cette milice, créée par Hugo Chávez en 2008 et officialisée comme cinquième composante des Forces Armées Nationales Bolivariennes, représente une force de résistance populaire de plusieurs centaines de milliers de membres. Son activation témoigne de la gravité de la situation.

    Ce qui m’inquiète, c’est la faible résistance observée initialement, notamment l’absence apparente de défense aérienne efficace. Cela suggère une attaque électronique très puissante, empêchant le fonctionnement optimal des systèmes de défense vénézuéliens.

    Les réseaux sociaux vénézuéliens montrent également des anomalies troublantes, suggérant une guerre de l’information de grande ampleur.

    Le facteur humain dans l’équation militaire

    J’estime hautement probable que des soldats américains puissent être faits prisonniers et détenus au Venezuela dans les prochaines semaines. Cette perspective changerait complètement la donne diplomatique.

    Car contrairement à l’Afghanistan ou à l’Irak, le Venezuela dispose d’un avantage géographique considérable : il se trouve dans l’arrière-cour américaine, certes, mais aussi dans un environnement régional où plusieurs pays (Brésil, Colombie, Mexique) pourraient jouer un rôle de médiateurs.

    Le pétrole, nerf de la guerre

    Ne nous y trompons pas : cette crise a un nom, et ce nom est pétrole. Le Venezuela possède les plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde, estimées à plus de 300 milliards de barils.

    Ces réserves représentent un enjeu géostratégique majeur dans un monde où la transition énergétique avance lentement et où les tensions géopolitiques font flamber les prix des hydrocarbures.

    Les sanctions ont effectivement réduit la production vénézuélienne, qui est passée de plus de 3 millions de barils par jour en 2013 à moins d’un million aujourd’hui. Mais elles n’ont pas fait disparaître les réserves.

    La question qui se pose est simple : qui contrôlera ces ressources dans les années à venir ? Le gouvernement vénézuélien actuel, un gouvernement pro-américain, ou directement les compagnies pétrolières occidentales ?

    Les leçons de l’histoire récente

    Cette situation me rappelle d’autres « interventions humanitaires » récentes. En Libye, on nous avait promis la démocratie après Kadhafi. Résultat : un pays en guerre civile permanente et des flux migratoires massifs vers l’Europe.

    En Irak, on nous avait vendu la fin de la dictature et la prospérité. Résultat : des centaines de milliers de morts, l’émergence de Daech et une région déstabilisée pour des décennies.

    Qu’est-ce qui nous garantit que le Venezuela ne suivra pas le même chemin ? Qu’est-ce qui nous assure que la chute éventuelle de Maduro apportera la stabilité et la prospérité au peuple vénézuélien ?

    L’effet domino régional

    Car les conséquences dépassent largement les frontières vénézuéliennes. Cuba, allié historique de Caracas, se trouve directement menacé. Les Américains semblent vouloir « éteindre » l’île, selon les dernières informations disponibles.

    L’Iran, autre cible des sanctions américaines, observe attentivement. La stratégie utilisée contre le Venezuela pourrait facilement s’appliquer à Téhéran.

    Et que dire de la Chine et de la Russie, qui ont massivement investi au Venezuela ces dernières années ? Vont-ils laisser faire ?

    Questions sans réponses

    Plusieurs interrogations majeures demeurent sans réponse. Premièrement, quelle sera la réaction de la communauté internationale ? L’Union européenne, qui a elle-même imposé des sanctions au Venezuela, soutiendra-t-elle une intervention militaire américaine ?

    Deuxièmement, comment réagira la population vénézuélienne si elle perçoit cette intervention comme une agression étrangère plutôt que comme une libération ?

    Troisièmement, que deviendront les millions de Vénézuéliens qui ont quitté leur pays ces dernières années ? Rentreront-ils, ou assisterons-nous à de nouveaux flux migratoires ?

    Enfin, cette crise marquera-t-elle un tournant dans l’utilisation des sanctions économiques comme arme de guerre ? Sommes-nous en train d’assister à la naissance d’un nouveau type de conflit, où l’étranglement économique remplace progressivement l’invasion militaire classique ?

    Une chose est certaine : le peuple vénézuélien, pris entre le marteau et l’enclume, mérite mieux que d’être l’otage de ces jeux géopolitiques. Todo mi apoyo al pueblo de Venezuela.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Leonardo Guillen / Unsplash

  • Trump a volé un tanker chinois, la guerre économique passe à l’abordage
    Trump a volé un tanker chinois, la guerre économique passe à l’abordage
    En pleine crise énergétique mondiale, Donald Trump a fait intercepter le M/T Centuries, un super-pétrolier chinois transportant 2 millions de barils de pétrole vénézuélien. Officiellement, il s’agit d’une opération de « sécurité nationale ». En réalité, c’est un coup de poker dans la guerre économique qui oppose Washington à Pékin depuis des années. Avec des conséquences imprévisibles pour le commerce maritime et les équilibres géopolitiques.

    Un tanker nommé Centuries : l’histoire d’un vol en haute mer

    Le 20 décembre 2025, le monde découvre avec stupéfaction que les États-Unis ont intercepté le M/T Centuries, un super-pétrolier battant pavillon panaméen mais propriété de la China National Petroleum Corporation (CNPC). Ce navire transportait 2 millions de barils de pétrole brut vénézuélien, une cargaison d’une valeur estimée à plus de 150 millions de dollars au cours actuel du Brent.

    Les images diffusées par les médias américains montrent des hélicoptères MH-60 Seahawk survolant le tanker, tandis que des commandos des Coast Guards montent à bord. Officiellement, l’opération est présentée comme une « mesure de sécurité nationale » pour empêcher le contournement des sanctions américaines contre le Venezuela. Mais dans les faits, personne n’est dupe : il s’agit d’un acte de piraterie économique, orchestré au plus haut niveau de l’État.

    Le M/T Centuries n’est pas un navire lambda. Avec ses 330 mètres de long et sa capacité de 320 000 tonnes, c’est l’un des plus grands pétroliers au monde. Construit en 2018 par le chantier naval chinois Dalian Shipbuilding, il est conçu pour transporter du pétrole sur de très longues distances. Son interception en pleine mer des Caraïbes marque un tournant dans la stratégie américaine vis-à-vis de la Chine.

    Pourquoi ce navire en particulier ? Parce qu’il symbolise à lui seul les tensions croissantes entre les deux superpuissances. Le pétrole vénézuélien qu’il transportait était destiné à la Chine, malgré les sanctions américaines. En l’interceptant, Washington envoie un message clair : aucun contournement des restrictions ne sera toléré, même si cela signifie violer le droit international.

    Le contexte : une guerre économique qui ne dit pas son nom

    Cette interception n’est pas un acte isolé. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de pression économique contre la Chine, qui s’est intensifiée depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2025. Depuis des années, les États-Unis multiplient les mesures pour affaiblir l’économie chinoise : taxes douanières, restrictions sur les exportations de semi-conducteurs, sanctions contre les entreprises technologiques, et maintenant, l’interception de cargaisons stratégiques.

    Le pétrole vénézuélien est au cœur de cette bataille. Depuis 2019, les États-Unis imposent des sanctions strictes contre le régime de Nicolás Maduro, interdisant aux entreprises américaines d’acheter du pétrole vénézuélien. Mais la Chine, elle, a continué à importer massivement ce pétrole, souvent à prix réduit. En 2024, le Venezuela a exporté près de 600 000 barils par jour vers la Chine, soit environ 20 % de sa production totale. Ces exportations sont vitales pour Caracas, qui dépend à 95 % des revenus pétroliers pour son budget.

    En interceptant le M/T Centuries, Trump frappe donc deux cibles d’un seul coup : il prive le Venezuela de revenus essentiels, et il envoie un avertissement à la Chine. Le message est simple : si vous continuez à commercer avec nos ennemis, nous nous réservons le droit de saisir vos cargaisons.

    Mais cette stratégie comporte des risques. D’abord, elle viole clairement le droit international. La Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS) interdit les interceptions de navires en haute mer, sauf dans des cas très spécifiques comme la piraterie ou le trafic d’armes. Or, le M/T Centuries transportait du pétrole, pas des armes de destruction massive. Ensuite, elle risque de provoquer des représailles de la part de la Chine, qui pourrait à son tour saisir des navires américains ou imposer des sanctions contre des entreprises américaines.

    Pourquoi Canal Street ? Le symbole d’une politique musclée

    Le 22 octobre 2025, deux mois avant l’interception du M/T Centuries, Donald Trump avait déjà marqué les esprits en déployant des forces paramilitaires autour d’un Lenco BearCat sur Canal Street, à New York. Officiellement, il s’agissait de « débusquer les vendeurs à la sauvette de maroquinerie chinoise ». En réalité, cette opération spectaculaire était un coup de communication, destiné à montrer que l’administration Trump ne reculerait devant rien pour protéger les intérêts américains.

    Le Lenco BearCat est un véhicule blindé utilisé par les forces de l’ordre pour les interventions à haut risque. Le voir patrouiller dans les rues de Manhattan pour traquer des vendeurs ambulants a choqué plus d’un observateur. Mais pour Trump, il s’agissait d’un message : même les petits trafics, même les importations illégales de produits chinois, seront réprimés avec la plus grande fermeté.

    Cette opération sur Canal Street préfigurait celle du M/T Centuries. Dans les deux cas, Trump a utilisé la force pour marquer les esprits et montrer qu’il ne reculerait devant rien pour imposer sa vision de l’Amérique. Que ce soit contre des vendeurs à la sauvette ou contre un super-pétrolier, la méthode est la même : frapper fort, frapper vite, et laisser les autres pays gérer les conséquences.

    Mais cette approche a un coût. En agissant de manière unilatérale, sans concertation avec ses alliés, Trump isole les États-Unis sur la scène internationale. L’Union européenne, traditionnellement proche de Washington, a déjà exprimé ses réserves sur cette politique de « mainmise économique ». Même certains pays alliés, comme le Japon ou la Corée du Sud, commencent à s’inquiéter des répercussions de ces mesures sur leurs propres échanges avec la Chine.

    Les conséquences : une escalade prévisible ?

    L’interception du M/T Centuries pourrait bien être le début d’une nouvelle phase dans la guerre économique entre les États-Unis et la Chine. Plusieurs scénarios sont envisageables :

    • Des représailles chinoises. Pékin pourrait décider de saisir des navires américains ou de bloquer des cargaisons en provenance des États-Unis. La Chine est le premier partenaire commercial de nombreux pays, et elle dispose de leviers économiques puissants pour riposter.
    • Une crise diplomatique. L’ONU et l’Organisation maritime internationale (OMI) pourraient condamner cette interception, ce qui affaiblirait la position des États-Unis sur la scène internationale. Déjà, plusieurs pays, dont la Russie et l’Iran, ont dénoncé une « violation flagrante du droit international ».
    • Une hausse des prix du pétrole. Si la Chine décide de réduire ses importations de pétrole vénézuélien par crainte de nouvelles interceptions, cela pourrait faire monter les prix du brut sur les marchés mondiaux. Une mauvaise nouvelle pour les consommateurs, déjà touchés par l’inflation.
    • Une militarisation accrue des routes maritimes. Si les États-Unis continuent à intercepter des navires chinois, Pékin pourrait décider de renforcer sa présence militaire dans les zones stratégiques, comme le détroit de Malacca ou la mer de Chine méridionale. Ce qui augmenterait les risques de confrontation directe.

    Bref. Personne ne sortira gagnant de cette escalade. Sauf peut-être les marchands d’armes et les stratèges qui voient dans chaque crise une opportunité de renforcer leur influence.

    Le droit international à l’épreuve de la realpolitik

    L’interception du M/T Centuries pose une question fondamentale : le droit international est-il encore pertinent à l’ère des guerres économiques ? Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les nations se sont dotées de règles pour encadrer les relations commerciales et maritimes. La Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS), signée en 1982, est censée protéger la liberté de navigation et interdire les interceptions arbitraires de navires en haute mer.

    Mais ces règles sont de plus en plus souvent bafouées au nom de la realpolitik. Les États-Unis ne sont pas les seuls à jouer ce jeu. La Chine, par exemple, a multiplié les actions unilatérales en mer de Chine méridionale, où elle construit des îles artificielles et revendique des zones économiques exclusives au mépris des décisions de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye. La Russie, elle aussi, a intercepté des navires étrangers en mer Noire, notamment depuis le début de la guerre en Ukraine.

    Dans ce contexte, le droit international ressemble de plus en plus à un vestige du passé, une relique d’une époque où les nations acceptaient encore de se soumettre à des règles communes. Aujourd’hui, chacun fait ce qui lui semble nécessaire pour protéger ses intérêts, quitte à violer les traités qu’il a lui-même signés.

    Pourtant, ces règles ont leur utilité. Elles permettent d’éviter les escalades incontrôlées et de résoudre les conflits par la diplomatie plutôt que par la force. Si elles disparaissent, nous risquons de revenir à une époque où la loi du plus fort prévaut, avec tous les dangers que cela comporte. Le cas du M/T Centuries en est une illustration parfaite : en agissant unilatéralement, les États-Unis ont ouvert la boîte de Pandore. À quel moment la Chine décidera-t-elle de répondre par la force ? Et que se passera-t-il alors ?

    Et maintenant ? Vers une nouvelle doctrine Trump ?

    Avec cette interception, Donald Trump semble vouloir instaurer une nouvelle doctrine en matière de politique étrangère : celle de la « mainmise économique ». L’idée est simple : si un pays ou une entreprise ne respecte pas les intérêts américains, les États-Unis se réservent le droit de saisir ses actifs, où qu’ils se trouvent.

    Cette doctrine n’est pas nouvelle. Elle rappelle les pratiques des grandes puissances coloniales du XIXe siècle, qui n’hésitaient pas à envoyer leurs canonnières pour protéger leurs intérêts commerciaux. Mais elle marque une rupture avec la politique américaine des dernières décennies, qui privilégiait la diplomatie et les sanctions économiques plutôt que les actions unilatérales.

    Le problème, c’est que cette approche est extrêmement risquée. D’abord, parce qu’elle isole les États-Unis sur la scène internationale. Ensuite, parce qu’elle encourage les autres pays à adopter la même stratégie. Si chaque nation se met à saisir les navires étrangers au nom de ses intérêts, c’est tout le système du commerce international qui s’effondre.

    Enfin, cette doctrine pourrait bien se retourner contre les États-Unis. La Chine, par exemple, pourrait décider de saisir des actifs américains en représailles. Et si les entreprises américaines commencent à subir des pertes à cause de ces mesures, elles pourraient faire pression sur le gouvernement pour qu’il change de stratégie.

    Bref. Trump joue avec le feu. Et comme souvent, ce sont les citoyens ordinaires qui en paieront le prix.

    Conclusion : un coup de poker aux conséquences imprévisibles

    L’interception du M/T Centuries n’est pas un simple fait divers. C’est un acte de guerre économique, qui marque une escalade sans précédent dans les tensions entre les États-Unis et la Chine. En agissant de manière unilatérale, Donald Trump a pris un risque énorme : celui de déclencher une spirale de représailles qui pourrait déstabiliser l’économie mondiale.

    Pour l’instant, la Chine n’a pas réagi. Mais personne ne croit que Pékin restera les bras croisés. La question n’est pas de savoir si la Chine ripostera, mais quand et comment. Et si cette riposte prend la forme d’une saisie de navires américains, ou d’un blocus des ports chinois, les conséquences pourraient être dramatiques.

    Une chose est sûre : cette affaire a révélé au grand jour les limites du droit international. Dans un monde où chaque nation agit selon ses propres intérêts, les règles communes n’ont plus beaucoup de poids. Et si cette tendance se poursuit, nous risquons de revenir à une époque où la loi du plus fort prévaut, avec tous les dangers que cela comporte.

    Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’année 2025 s’annonce mouvementée. Et si vous pensiez que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine était déjà intense, attendez-vous à ce que les choses empirent. Parce que quand les grandes puissances commencent à jouer à ce jeu-là, tout le monde finit par perdre.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

  • Venezuela, le pétrole maudit et la guerre de l’ombre
    Venezuela, le pétrole maudit et la guerre de l’ombre
    Le Venezuela traverse une crise politique majeure où s’affrontent les intérêts occidentaux et la souveraineté nationale. Au cœur de cette bataille : des réserves pétrolières colossales qui pourraient alimenter le pays pendant plus d’un millénaire.

    Ce matin, Caracas s’embrase. Les images qui nous parviennent montrent une capitale sous tension, des manifestations qui prennent de l’ampleur, et un pouvoir qui vacille. Mais derrière ces scènes de chaos apparent se cache une réalité bien plus complexe et troublante. Une réalité qui sent le pétrole à plein nez.

    Permettez-moi de vous raconter une histoire. Celle d’un pays qui possède tellement de pétrole qu’il pourrait continuer à en extraire pendant treize siècles. Oui, vous avez bien lu : 1300 ans de réserves au rythme actuel. Et celle des puissances occidentales qui regardent ce trésor avec des yeux de prédateurs affamés.

    L’or noir vénézuélien : une malédiction déguisée en bénédiction

    Les chiffres donnent le vertige. Le Venezuela détient les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde : environ 303 milliards de barils selon l’OPEP. Pour mettre cela en perspective, c’est plus que l’Arabie Saoudite, plus que l’Iran, plus que l’Irak. C’est un océan de pétrole qui dort sous les pieds des Vénézuéliens.

    Au rythme actuel de production et de consommation du pays, ces réserves représentent effectivement plus de 1300 ans d’autonomie énergétique. Un calcul simple mais vertigineux qui explique bien des convoitises.

    Mais voilà le paradoxe cruel : cette richesse fabuleuse est aussi la source de tous les maux du Venezuela. Le pays souffre de ce que les économistes appellent la « maladie hollandaise » – une dépendance excessive aux exportations de matières premières qui étouffe les autres secteurs de l’économie. Quand le pétrole représente 95% de vos exportations et 25% de votre PIB, vous êtes à la merci des fluctuations du marché mondial.

    Nicolás Maduro, héritier politique d’Hugo Chávez, comprend parfaitement cette équation. Il sait que son pays vit et meurt par le pétrole. Il sait aussi que cette richesse attire les vautours.

    Le scénario ukrainien : un modèle qui se répète ?

    Ce qui se passe aujourd’hui au Venezuela présente des similitudes troublantes avec ce qui s’est passé en Ukraine. Dans les deux cas, on retrouve les mêmes ingrédients :

    • Un pays stratégiquement important pour les ressources énergétiques
    • Un gouvernement qui refuse de s’aligner sur les intérêts occidentaux
    • Une opposition soutenue par Washington et ses alliés
    • Des manifestations « spontanées » qui éclatent au moment opportun

    L’Ukraine était le corridor énergétique entre la Russie et l’Europe. Le Venezuela est le coffre-fort pétrolier de l’Amérique latine. Dans les deux cas, contrôler ces pays signifie contrôler des flux énergétiques majeurs.

    Les méthodes sont rodées : financement de l’opposition, campagnes médiatiques massives, sanctions économiques pour affaiblir le gouvernement en place, puis le chaos orchestré dans les rues. On l’a vu à Kiev en 2014, on le voit à Caracas aujourd’hui.

    Les acteurs de l’ombre : qui tire vraiment les ficelles ?

    L’opposition vénézuélienne, menée par des figures comme Juan Guaidó hier et d’autres aujourd’hui, ne cache même plus ses liens avec Washington. Les rencontres avec des responsables américains sont publiques, les financements via des ONG sont documentés, le soutien politique est affiché.

    Mais pourquoi cet intérêt soudain des États-Unis pour la « démocratie » vénézuélienne ? La réponse tient en trois lettres : P-D-V. Petróleos de Venezuela S.A., la compagnie pétrolière nationale. Celle qui contrôle l’extraction et l’exportation de tout ce pétrole.

    Sous Chávez puis Maduro, PDVSA a été nationalisée et ses profits redistribués (avec plus ou moins de succès, certes) via des programmes sociaux. Les compagnies pétrolières américaines, qui dominaient le secteur avant Chávez, ont été largement exclues. Vous commencez à comprendre l’équation ?

    Les sanctions américaines contre le Venezuela ont un objectif clair : asphyxier l’économie pour provoquer un changement de régime. Elles interdisent aux entreprises américaines de commercer avec PDVSA, gèlent les avoirs vénézuéliens aux États-Unis, et tentent d’isoler le pays du système financier international.

    La résistance vénézuélienne : David contre Goliath

    Face à cette pression énorme, le Venezuela résiste. Comment ? D’abord en diversifiant ses partenaires commerciaux. La Chine, la Russie, l’Iran et la Turquie sont devenus des alliés économiques cruciaux. Le pétrole vénézuélien continue de couler, mais vers l’Est plutôt que vers l’Ouest.

    Ensuite, le pays développe des mécanismes de contournement des sanctions. Cryptomonnaies, troc, accords bilatéraux… La créativité est au rendez-vous pour survivre au blocus économique.

    Mais soyons honnêtes : la situation est difficile. L’hyperinflation a ravagé l’économie, des millions de Vénézuéliens ont émigré, les pénuries sont récurrentes. Les sanctions occidentales ont atteint leur objectif de faire souffrir la population, dans l’espoir qu’elle se retourne contre son gouvernement.

    L’enjeu géopolitique : bien plus que du pétrole

    Au-delà du pétrole, le Venezuela représente un enjeu symbolique majeur. C’est le dernier bastion du « socialisme du XXIe siècle » en Amérique latine, après la chute ou l’affaiblissement des gouvernements progressistes en Équateur, au Brésil, en Argentine.

    Pour Washington, reprendre le contrôle du Venezuela signifierait :

    • Retrouver l’accès aux gigantesques réserves pétrolières
    • Éliminer un allié de la Russie et de la Chine dans la région
    • Envoyer un message clair : l’Amérique latine reste la « chasse gardée » des États-Unis
    • Contrôler un point stratégique du commerce maritime caribéen

    Pour Moscou et Pékin, soutenir Caracas c’est maintenir un pied en Amérique latine et défier l’hégémonie américaine dans la région. C’est aussi sécuriser des approvisionnements pétroliers à long terme et des marchés pour leurs entreprises.

    Les leçons de l’Histoire : quand le pétrole dicte la politique

    L’histoire nous enseigne que les pays riches en pétrole qui osent défier l’ordre occidental subissent souvent le même sort. L’Irak de Saddam Hussein, la Libye de Kadhafi… La liste est longue et sanglante.

    Le schéma est toujours le même : diabolisation du dirigeant, accusations (vraies ou fausses) de violations des droits de l’homme, sanctions économiques, puis intervention directe ou indirecte pour un « changement de régime ». Curieusement, les dictatures alliées de l’Occident ne subissent jamais le même traitement…

    Le Venezuela de Maduro n’est certainement pas un paradis démocratique. Les critiques sur la gestion économique, la corruption, les restrictions des libertés sont en partie fondées. Mais est-ce vraiment cela qui motive l’acharnement occidental ? Ou est-ce plutôt ces 303 milliards de barils qui dorment sous terre ?

    Que nous réserve l’avenir ?

    Alors que j’écris ces lignes, la situation à Caracas reste explosive. Les prochains jours seront cruciaux. Plusieurs scénarios sont possibles :

    Le gouvernement Maduro pourrait tenir bon, comme il l’a fait lors des précédentes tentatives de déstabilisation. L’armée reste pour l’instant loyale, et une partie significative de la population, notamment dans les quartiers populaires, continue de soutenir le chavisme.

    L’opposition pourrait réussir à mobiliser suffisamment pour paralyser le pays et forcer des négociations. Mais sans le soutien de l’armée, un changement de régime par la force semble peu probable.

    Le plus probable ? Une longue guerre d’usure, où les sanctions occidentales continueront d’affaiblir l’économie vénézuélienne, dans l’espoir d’une implosion du régime. Pendant ce temps, la population continuera de souffrir, prise en otage entre des intérêts géopolitiques qui la dépassent.

    Une chose est sûre : tant que le Venezuela aura du pétrole, il restera dans le viseur des grandes puissances. Ces 1300 ans de réserves sont à la fois sa plus grande richesse et sa plus terrible malédiction. Le pétrole qui devrait assurer la prospérité du pays est devenu l’enjeu d’une bataille géopolitique sans merci.

    La question qui me taraude, et qui devrait vous tarauder aussi : combien de temps encore accepterons-nous que des peuples entiers soient sacrifiés sur l’autel des intérêts pétroliers ? Combien de Venezuela, d’Irak, de Libye faudra-t-il pour que nous disions stop ?

    Le drame vénézuélien n’est pas seulement celui d’un pays. C’est le miroir de notre monde, où la soif d’énergie fossile continue de dicter la politique internationale, au mépris des peuples et de leur souveraineté. Jusqu’à quand ?

    Pour aller plus loin

    Sources et références

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    Photo : Jorge Brito / Unsplash