Je regarde la France se déliter sous mes yeux. Pas besoin d’être devin pour comprendre que nous vivons un moment charnière. Entre les entrepreneurs qui votent avec leurs pieds, une droite qui s’autodétruit et une extrême droite qui n’attend que ça, le tableau est saisissant. Permettez-moi de vous dresser le portrait sans fard de ce pays qui court à sa perte.
Les pigeons s’envolent : l’exode silencieux des créateurs de richesse
Vous savez ce qui me frappe le plus dans cette France de fin 2012 ? C’est le silence. Le silence assourdissant des entrepreneurs qui ne manifestent plus, qui ne demandent plus rien. Ils partent, tout simplement. Sans tambour ni trompette. Et croyez-moi, quand je dis que ces entrepreneurs qui s’exilent seront de moins en moins faciles à rapatrier, je sais de quoi je parle. Je le constate quotidiennement dans mon réseau.
Le mouvement des « pigeons » – ces entrepreneurs qui protestent contre la hausse massive de la fiscalité sur les plus-values – n’est que la partie émergée de l’iceberg. Derrière les hashtags #geonpi qui fleurissent sur Twitter, il y a une réalité brutale : les créateurs de richesse, les innovateurs, les preneurs de risques quittent le navire France.
Et pendant ce temps, que font nos brillants ministres ? Fleur Pellerin et Arnaud Montebourg s’agitent autour des startups numériques. Mais bon sang, il n’y a pas que le numérique dans la vie ! Les « startups industrielles », les PME traditionnelles, les entrepreneurs de tous secteurs subissent la double peine : des banques qui ne financent plus leurs investissements et un État qui les pressure fiscalement.
Le plus ironique dans tout ça ? Google s’apprête à proposer des cartes de crédit avec des plafonds très élevés pour pallier la défaillance de nos banques. Vous imaginez le symbole ? Les GAFA qui viennent financer nos entreprises parce que notre système bancaire est aux abonnés absents.
Florange : le symbole d’une industrie abandonnée
Prenez l’exemple de Florange. Personne ne semble comprendre qu’il faut à tout prix empêcher l’importation d’acier qu’on peut produire sur place, même s’il est un peu plus cher. C’est pourtant la base de toute politique industrielle digne de ce nom. Mais non, on préfère laisser mourir nos usines et pleurer ensuite sur la désindustrialisation.
Pendant ce temps, les dépenses en R&D en Chine ont augmenté de 23% en 2011, et la tendance s’accélère encore en 2012. Vous voyez le décalage ? D’un côté, des pays qui investissent massivement dans l’avenir. De l’autre, la France qui démantèle son tissu industriel et fait fuir ses entrepreneurs.
L’UMP : chronique d’une autodestruction annoncée
Si la fuite des entrepreneurs est dramatique, le spectacle offert par l’UMP relève de la farce. J’ai rarement vu un tel niveau de médiocrité dans la gestion d’une crise politique. François Fillon et Jean-François Copé qui se déclarent tous les deux vainqueurs de l’élection à la présidence du parti ? On nage en pleine quatrième dimension.
Ce qui se joue là, c’est bien plus qu’une querelle d’ego surdimensionnés. C’est la transformation profonde de la droite française. Je pressens que l’UMP de Copé va dériver vers l’extrême droite, tandis que l’UMP de Fillon pourrait se rapprocher du centre, voire – tenez-vous bien – du Front National de Marine Le Pen. Les lignes bougent, les repères s’effacent.
Le plus pathétique dans cette histoire ? L’absence assourdissante de Nicolas Sarkozy. L’ancien président reste muet alors que son parti implose. Faut-il envoyer les casques bleus à la rue de Vaugirard ? La question mérite d’être posée tant la situation dégénère.
Un paysage politique en pleine recomposition
Cette crise de l’UMP n’est pas anodine. Elle révèle la recomposition profonde du paysage politique français. Voici comment je vois la répartition des forces dans les mois qui viennent :
- PS : 20% – un parti au pouvoir déjà usé
- UMP Copé : 16% – la droite dure et décomplexée
- UMP Fillon : 15% – les conservateurs modérés
- UDI : 8% – le centre droit en quête d’identité
- MoDem : 3% – l’éternel petit parti du centre
- PC : 3% – les derniers mohicans du communisme
- FN : 25% – et oui, désormais première force politique du pays
Cette projection n’est pas une vue de l’esprit. C’est la conséquence logique de la triple crise que traverse le pays : économique avec la fuite des entrepreneurs, politique avec l’implosion de l’UMP, et sociale avec la montée des extrêmes.
Le Front National : le grand bénéficiaire du chaos
Parlons-en justement du FN. Pendant que l’UMP se déchire et que le PS déçoit, Marine Le Pen avance ses pions. Le changement de paradigme politique est en marche. Le FN va prendre une place plus « équilibrée » entre toutes les forces politiques. Traduisez : il devient fréquentable, respectable même pour une partie croissante de l’électorat.
Ce n’est pas un hasard si François Fillon lui-même pourrait se rapprocher du FN. Les digues cèdent les unes après les autres. La stratégie de dédiabolisation de Marine Le Pen fonctionne à merveille, aidée par l’incompétence crasse de ses adversaires.
La vraie question n’est plus de savoir si le FN arrivera au pouvoir, mais quand et avec qui. Les alliances d’hier volent en éclats, les certitudes s’effondrent. Nous entrons dans une ère d’instabilité politique chronique.
L’Europe : la paix menacée ?
Cette montée des extrêmes ne concerne pas que la France. Partout en Europe, les mouvements nationalistes progressent. Et c’est là que ça devient vraiment inquiétant. Quand certains évoquent des solutions radicales pour sortir de la crise, je les mets en garde : nos partenaires européens pourraient ne pas apprécier. La paix elle-même pourrait être compromise.
Je ne dis pas ça à la légère. L’Histoire nous a appris que les crises économiques majeures, combinées à la montée des nationalismes, constituent un cocktail explosif. Nous jouons avec le feu.
Des signaux faibles inquiétants
D’autres signaux devraient nous alerter. Savez-vous que le hashtag #unbonjuif n’est pas censuré en Chine ou en Corée du Nord, mais en France ? Ça vous dit quelque chose sur l’état de notre liberté d’expression ? Sur la montée insidieuse de certaines formes de censure ?
Ou encore, regardez ce qui se passe en Syrie. Le souk millénaire d’Alep détruit par les rebelles. Une honte absolue. Mais qui s’en émeut vraiment ? Nous sommes trop occupés par nos querelles intestines pour voir que le monde brûle autour de nous.
Les solutions existent, mais qui veut les entendre ?
Pourtant, des solutions existent. Le MoDem et d’autres réclament la proportionnelle intégrale à l’Assemblée nationale. Ce serait un début pour redonner sa voix au peuple et éviter que le FN ne capitalise seul sur le mécontentement général. Mais qui les écoute ?
Il faudrait aussi :
- Stopper l’hémorragie fiscale qui fait fuir les entrepreneurs
- Relancer une vraie politique industrielle (cf. Florange)
- Réformer en profondeur notre système bancaire
- Reconstruire une droite républicaine crédible
- Renouer le dialogue avec les forces vives du pays
Mais soyons lucides : aucune de ces réformes ne sera mise en œuvre. Nos dirigeants sont trop occupés à gérer leur carrière pour s’occuper du pays.
Conclusion : la France au bord du gouffre
Alors voilà où nous en sommes en cette fin d’année 2012. Un pays qui voit ses entrepreneurs fuir, sa principale force d’opposition s’autodétruire, et l’extrême droite se positionner comme recours. Un cocktail détonnant qui ne présage rien de bon.
Je ne suis pas pessimiste par nature. J’ai créé des entreprises, j’ai cru en ce pays. Mais force est de constater que nous fonçons droit dans le mur. Et le pire, c’est que tout le monde le voit venir mais personne n’agit.
Les Américains, confrontés à la tuerie de Newtown, vont probablement armer les enseignants plutôt qu’interdire les armes. C’est leur logique, aussi absurde soit-elle. Nous, Français, face à nos crises, qu’allons-nous faire ? Continuer à nous déchirer pendant que le pays coule ?
Une chose est sûre : 2013 s’annonce explosive. Tenez-vous prêts.
Pour aller plus loin
- « La France qui tombe » de Nicolas Baverez – Une analyse sans concession du déclin français
- « Le moment est venu de dire ce que j’ai vu » de Philippe de Villiers – Un témoignage sur les coulisses du pouvoir
- Les rapports de l’INSEE sur l’exil fiscal – Des chiffres édifiants sur la fuite des capitaux
- « Marine Le Pen démasquée » de Caroline Fourest et Fiammetta Venner – Pour comprendre la stratégie du FN
Sources et références
- Mouvement des Pigeons – Collectif des entrepreneurs contre la hausse de la fiscalité (octobre 2012)
- Crise de l’UMP – Élection contestée à la présidence du parti (novembre 2012)
- Rapport OCDE sur les dépenses R&D – Comparaison internationale (2012)
- Sondages OpinionWay et IFOP – Intentions de vote (novembre 2012)
Photo : Michael McKay / Unsplash
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