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The french flag is waving in the wind.

La France en pleine recomposition : entrepreneurs en fuite, UMP en crise, FN en embuscade

La France de fin 2012 vit une triple crise : les entrepreneurs fuient massivement le pays, l’UMP implose dans une guerre des chefs pathétique, et le Front National se positionne comme première force politique. Un cocktail explosif qui annonce des lendemains difficiles.

Je regarde la France se déliter sous mes yeux. Pas besoin d’être devin pour comprendre que nous vivons un moment charnière. Entre les entrepreneurs qui votent avec leurs pieds, une droite qui s’autodétruit et une extrême droite qui n’attend que ça, le tableau est saisissant. Permettez-moi de vous dresser le portrait sans fard de ce pays qui court à sa perte.

Les pigeons s’envolent : l’exode silencieux des créateurs de richesse

Vous savez ce qui me frappe le plus dans cette France de fin 2012 ? C’est le silence. Le silence assourdissant des entrepreneurs qui ne manifestent plus, qui ne demandent plus rien. Ils partent, tout simplement. Sans tambour ni trompette. Et croyez-moi, quand je dis que ces entrepreneurs qui s’exilent seront de moins en moins faciles à rapatrier, je sais de quoi je parle. Je le constate quotidiennement dans mon réseau.

Le mouvement des « pigeons » – ces entrepreneurs qui protestent contre la hausse massive de la fiscalité sur les plus-values – n’est que la partie émergée de l’iceberg. Derrière les hashtags #geonpi qui fleurissent sur Twitter, il y a une réalité brutale : les créateurs de richesse, les innovateurs, les preneurs de risques quittent le navire France.

Et pendant ce temps, que font nos brillants ministres ? Fleur Pellerin et Arnaud Montebourg s’agitent autour des startups numériques. Mais bon sang, il n’y a pas que le numérique dans la vie ! Les « startups industrielles », les PME traditionnelles, les entrepreneurs de tous secteurs subissent la double peine : des banques qui ne financent plus leurs investissements et un État qui les pressure fiscalement.

Le plus ironique dans tout ça ? Google s’apprête à proposer des cartes de crédit avec des plafonds très élevés pour pallier la défaillance de nos banques. Vous imaginez le symbole ? Les GAFA qui viennent financer nos entreprises parce que notre système bancaire est aux abonnés absents.

Florange : le symbole d’une industrie abandonnée

Prenez l’exemple de Florange. Personne ne semble comprendre qu’il faut à tout prix empêcher l’importation d’acier qu’on peut produire sur place, même s’il est un peu plus cher. C’est pourtant la base de toute politique industrielle digne de ce nom. Mais non, on préfère laisser mourir nos usines et pleurer ensuite sur la désindustrialisation.

Pendant ce temps, les dépenses en R&D en Chine ont augmenté de 23% en 2011, et la tendance s’accélère encore en 2012. Vous voyez le décalage ? D’un côté, des pays qui investissent massivement dans l’avenir. De l’autre, la France qui démantèle son tissu industriel et fait fuir ses entrepreneurs.

L’UMP : chronique d’une autodestruction annoncée

Si la fuite des entrepreneurs est dramatique, le spectacle offert par l’UMP relève de la farce. J’ai rarement vu un tel niveau de médiocrité dans la gestion d’une crise politique. François Fillon et Jean-François Copé qui se déclarent tous les deux vainqueurs de l’élection à la présidence du parti ? On nage en pleine quatrième dimension.

Ce qui se joue là, c’est bien plus qu’une querelle d’ego surdimensionnés. C’est la transformation profonde de la droite française. Je pressens que l’UMP de Copé va dériver vers l’extrême droite, tandis que l’UMP de Fillon pourrait se rapprocher du centre, voire – tenez-vous bien – du Front National de Marine Le Pen. Les lignes bougent, les repères s’effacent.

Le plus pathétique dans cette histoire ? L’absence assourdissante de Nicolas Sarkozy. L’ancien président reste muet alors que son parti implose. Faut-il envoyer les casques bleus à la rue de Vaugirard ? La question mérite d’être posée tant la situation dégénère.

Un paysage politique en pleine recomposition

Cette crise de l’UMP n’est pas anodine. Elle révèle la recomposition profonde du paysage politique français. Voici comment je vois la répartition des forces dans les mois qui viennent :

  • PS : 20% – un parti au pouvoir déjà usé
  • UMP Copé : 16% – la droite dure et décomplexée
  • UMP Fillon : 15% – les conservateurs modérés
  • UDI : 8% – le centre droit en quête d’identité
  • MoDem : 3% – l’éternel petit parti du centre
  • PC : 3% – les derniers mohicans du communisme
  • FN : 25% – et oui, désormais première force politique du pays

Cette projection n’est pas une vue de l’esprit. C’est la conséquence logique de la triple crise que traverse le pays : économique avec la fuite des entrepreneurs, politique avec l’implosion de l’UMP, et sociale avec la montée des extrêmes.

Le Front National : le grand bénéficiaire du chaos

Parlons-en justement du FN. Pendant que l’UMP se déchire et que le PS déçoit, Marine Le Pen avance ses pions. Le changement de paradigme politique est en marche. Le FN va prendre une place plus « équilibrée » entre toutes les forces politiques. Traduisez : il devient fréquentable, respectable même pour une partie croissante de l’électorat.

Ce n’est pas un hasard si François Fillon lui-même pourrait se rapprocher du FN. Les digues cèdent les unes après les autres. La stratégie de dédiabolisation de Marine Le Pen fonctionne à merveille, aidée par l’incompétence crasse de ses adversaires.

La vraie question n’est plus de savoir si le FN arrivera au pouvoir, mais quand et avec qui. Les alliances d’hier volent en éclats, les certitudes s’effondrent. Nous entrons dans une ère d’instabilité politique chronique.

L’Europe : la paix menacée ?

Cette montée des extrêmes ne concerne pas que la France. Partout en Europe, les mouvements nationalistes progressent. Et c’est là que ça devient vraiment inquiétant. Quand certains évoquent des solutions radicales pour sortir de la crise, je les mets en garde : nos partenaires européens pourraient ne pas apprécier. La paix elle-même pourrait être compromise.

Je ne dis pas ça à la légère. L’Histoire nous a appris que les crises économiques majeures, combinées à la montée des nationalismes, constituent un cocktail explosif. Nous jouons avec le feu.

Des signaux faibles inquiétants

D’autres signaux devraient nous alerter. Savez-vous que le hashtag #unbonjuif n’est pas censuré en Chine ou en Corée du Nord, mais en France ? Ça vous dit quelque chose sur l’état de notre liberté d’expression ? Sur la montée insidieuse de certaines formes de censure ?

Ou encore, regardez ce qui se passe en Syrie. Le souk millénaire d’Alep détruit par les rebelles. Une honte absolue. Mais qui s’en émeut vraiment ? Nous sommes trop occupés par nos querelles intestines pour voir que le monde brûle autour de nous.

Les solutions existent, mais qui veut les entendre ?

Pourtant, des solutions existent. Le MoDem et d’autres réclament la proportionnelle intégrale à l’Assemblée nationale. Ce serait un début pour redonner sa voix au peuple et éviter que le FN ne capitalise seul sur le mécontentement général. Mais qui les écoute ?

Il faudrait aussi :

  • Stopper l’hémorragie fiscale qui fait fuir les entrepreneurs
  • Relancer une vraie politique industrielle (cf. Florange)
  • Réformer en profondeur notre système bancaire
  • Reconstruire une droite républicaine crédible
  • Renouer le dialogue avec les forces vives du pays

Mais soyons lucides : aucune de ces réformes ne sera mise en œuvre. Nos dirigeants sont trop occupés à gérer leur carrière pour s’occuper du pays.

Conclusion : la France au bord du gouffre

Alors voilà où nous en sommes en cette fin d’année 2012. Un pays qui voit ses entrepreneurs fuir, sa principale force d’opposition s’autodétruire, et l’extrême droite se positionner comme recours. Un cocktail détonnant qui ne présage rien de bon.

Je ne suis pas pessimiste par nature. J’ai créé des entreprises, j’ai cru en ce pays. Mais force est de constater que nous fonçons droit dans le mur. Et le pire, c’est que tout le monde le voit venir mais personne n’agit.

Les Américains, confrontés à la tuerie de Newtown, vont probablement armer les enseignants plutôt qu’interdire les armes. C’est leur logique, aussi absurde soit-elle. Nous, Français, face à nos crises, qu’allons-nous faire ? Continuer à nous déchirer pendant que le pays coule ?

Une chose est sûre : 2013 s’annonce explosive. Tenez-vous prêts.

Pour aller plus loin

  • « La France qui tombe » de Nicolas Baverez – Une analyse sans concession du déclin français
  • « Le moment est venu de dire ce que j’ai vu » de Philippe de Villiers – Un témoignage sur les coulisses du pouvoir
  • Les rapports de l’INSEE sur l’exil fiscal – Des chiffres édifiants sur la fuite des capitaux
  • « Marine Le Pen démasquée » de Caroline Fourest et Fiammetta Venner – Pour comprendre la stratégie du FN

Sources et références

  • Mouvement des Pigeons – Collectif des entrepreneurs contre la hausse de la fiscalité (octobre 2012)
  • Crise de l’UMP – Élection contestée à la présidence du parti (novembre 2012)
  • Rapport OCDE sur les dépenses R&D – Comparaison internationale (2012)
  • Sondages OpinionWay et IFOP – Intentions de vote (novembre 2012)

Photo : Michael McKay / Unsplash

person carrying France flag

La France en crise : entre exode des entrepreneurs et implosion politique

La France traverse une crise profonde marquée par la révolte des entrepreneurs contre la politique fiscale socialiste et l’implosion spectaculaire de l’UMP. Cette double fracture économique et politique annonce des bouleversements majeurs dans le paysage français.

La France va mal. Très mal même. Entre un gouvernement socialiste qui fait fuir ses entrepreneurs et une droite qui s’autodétruit dans des querelles dignes d’une cour de récréation, on assiste à un spectacle désolant qui n’augure rien de bon pour l’avenir du pays. Et pendant ce temps, nos voisins européens nous regardent avec un mélange de pitié et d’inquiétude.

La révolte des « pigeons » : quand les entrepreneurs disent stop

Vous avez entendu parler du mouvement des « pigeons » ? Ces entrepreneurs qui se sont levés contre le projet de taxation des plus-values de cession d’entreprise du gouvernement Ayrault ? Je les comprends parfaitement. Mieux, je les soutiens. Car derrière ce mouvement, c’est toute une vision de l’entrepreneuriat à la française qui est en jeu.

Le problème est simple : le gouvernement socialiste considère les entrepreneurs comme des vaches à lait. Résultat ? « Les entrepreneurs français ne manifesteront pas. Ne demanderont plus rien. Vous ne les trouverez simplement plus en France. » C’est exactement ce qui est en train de se passer. J’observe quotidiennement des créateurs d’entreprise qui préparent leurs valises pour des cieux plus cléments fiscalement.

Ce n’est pas qu’une question de startup du numérique. Les patrons de PME sont tout autant concernés. Tous des pigeons, comme je le dis souvent. Le collectif PME que je soutiens activement tire la sonnette d’alarme, mais qui écoute vraiment ?

L’exode silencieux mais massif

Fleur Pellerin peut toujours essayer de rassurer, la réalité est têtue : « les entrepreneurs qui s’exilent seront de moins en moins faciles à rapatrier ». Une fois qu’ils ont goûté à la liberté d’entreprendre ailleurs, pourquoi reviendraient-ils dans un pays qui les considère comme des profiteurs ?

Les banques ne financent déjà plus les investissements. On en est réduit à imaginer que Google pourrait bientôt proposer des cartes de crédit aux entrepreneurs français ! C’est dire l’état de délabrement de notre système financier national.

Et pendant ce temps, la Chine augmente ses dépenses de R&D de 23% en 2011. La tendance s’accélère encore en 2012. Nous sommes en train de perdre la bataille de l’innovation et de la compétitivité.

L’implosion de l’UMP : une droite en miettes

Si la situation économique est préoccupante, le spectacle politique offert par l’UMP ces derniers jours est simplement pathétique. La bataille Fillon-Copé pour la présidence du parti a révélé au grand jour les fractures profondes de la droite française.

49,95% pour Fillon contre 50,05% pour Copé ? Qui peut croire qu’une telle configuration permettra une cohabitation sereine ? C’est de la poudre aux yeux. « C’était le dernier jour de l’UMP », j’en suis convaincu. Le réveil sera difficile, mais avec de nouvelles opportunités à droite.

Vers une recomposition politique majeure

Mon analyse ? L’UMP va montrer sa vraie nature et le Front National va prendre une place plus équilibrée entre toutes les forces politiques. Je pressens même une évolution radicale : l’UMP de Copé pourrait se transformer en extrême droite tandis que celle de Fillon pourrait se rapprocher de Marine Le Pen. Un scénario qui paraissait impensable il y a encore quelques mois.

La situation est tellement ubuesque qu’on se demande s’il ne faudrait pas « envoyer les casques bleus » à l’UMP ! Entre contestations de résultats, annonces surprises avortées et silence assourdissant de Nicolas Sarkozy, on nage en plein vaudeville.

Alain Juppé appelle à la raison, mais qui l’écoute encore ? Le parti est en train de s’autodétruire sous nos yeux. « UMP et les 7 nains », « L’UMP infernale », « Chérie j’ai rétréci l’UMP »… Les plaisanteries fusent sur les réseaux sociaux, mais derrière l’humour se cache une réalité dramatique pour la démocratie française.

L’Europe en crise : entre Nobel de la paix et bruits de bottes

Comme si la situation française n’était pas assez préoccupante, l’Europe dans son ensemble traverse une période de turbulences majeures. Le prix Nobel de la paix attribué à l’Union européenne ? Permettez-moi de rire. Après la « blague » du Nobel d’Obama, voici celle de l’Europe, « alors qu’on entend les bruits de bottes ».

La crise économique qui secoue le continent depuis 2008 a révélé les failles profondes de la construction européenne. Les politiques d’austérité imposées aux pays du Sud créent des tensions sociales explosives. Je prédis d’ailleurs que nous connaîtrons bientôt ce qu’on appellera le « printemps européen ».

La souveraineté nationale en question

Un exemple frappant de notre perte de souveraineté ? « Google vs France 1-0… quand une entreprise privée américaine a le pouvoir de contraindre un état comme la France… » C’est exactement ce qui se passe avec les GAFA qui dictent leurs conditions aux États européens.

La question de la sortie de l’euro commence à être posée sérieusement par certains responsables politiques. Mais attention : « les autres partenaires européens pourraient ne pas apprécier. La paix sera compromise. » Nous sommes pris dans un piège dont il sera difficile de sortir sans casse.

Les signaux faibles d’un changement de paradigme

Au-delà des crises politiques et économiques, je perçois des signaux faibles mais significatifs d’un changement profond de notre société. The Phone House ferme un tiers de ses magasins en France. Starbucks se diversifie dans le thé avec sa marque Teavana. Ces mouvements économiques apparemment anodins révèlent des transformations profondes des modes de consommation.

François Hollande et Jean-Marc Ayrault seront « bientôt à moins de 30% dans les sondages », j’en suis persuadé. La désillusion est déjà palpable, cinq mois seulement après l’élection présidentielle. Le changement promis n’est pas au rendez-vous, et les Français commencent à s’en rendre compte.

La montée des alternatives politiques

Face à ce désastre, des voix s’élèvent pour proposer des alternatives. Le MoDem milite pour le vote blanc et la proportionnelle intégrale à l’Assemblée. Des idées qui méritent d’être débattues sérieusement si on veut sortir de l’impasse actuelle.

Mais au-delà des propositions institutionnelles, c’est tout notre modèle économique et social qui doit être repensé. Comment attirer et retenir les talents et les entrepreneurs ? Comment réconcilier justice sociale et efficacité économique ? Comment retrouver notre souveraineté sans tomber dans le repli sur soi ?

Conclusion : la France à la croisée des chemins

La France se trouve aujourd’hui à un moment charnière de son histoire. Entre fuite des cerveaux et des capitaux, implosion de la droite républicaine, montée des extrêmes et crise européenne, les défis sont immenses. Mais les crises sont aussi des opportunités de rebond.

Il est urgent de prendre conscience de la gravité de la situation. Les entrepreneurs qui partent aujourd’hui ne reviendront pas demain. Les fractures politiques qui se creusent laisseront des traces durables. L’Europe qui vacille pourrait bien s’effondrer.

Demain, je serai à Luxembourg pour une conférence avec l’économiste Nouriel Roubini. J’ai hâte d’entendre son analyse de la situation. Car si nous voulons éviter le pire, il nous faut d’abord comprendre ce qui nous arrive. Et ensuite, avoir le courage de prendre les décisions qui s’imposent, même si elles sont douloureuses.

La France a connu d’autres crises dans son histoire. Elle s’en est toujours relevée. Mais cette fois, rien n’est garanti. Tout dépendra de notre capacité collective à regarder la réalité en face et à agir en conséquence. Le temps presse.

Pour aller plus loin

  • Le mouvement des Pigeons – Analyse approfondie de la révolte des entrepreneurs français face à la fiscalité
  • La crise de l’UMP – Chronique d’une implosion annoncée et ses conséquences sur la droite française
  • L’Europe en question – Les défis de la construction européenne face aux crises multiples
  • L’exode des entrepreneurs – Enquête sur les Français qui choisissent l’expatriation fiscale
  • Les alternatives politiques – Tour d’horizon des propositions pour sortir de la crise démocratique

Photo : Norbu GYACHUNG / Unsplash

A person walking on a sidewalk next to a train

L’exode silencieux des entrepreneurs français : quand le talent fuit sans manifester

Les entrepreneurs français ne manifestent plus, ils votent avec leurs pieds. Face à la politique fiscale du nouveau gouvernement, l’exode des créateurs d’entreprise s’accélère dans un silence assourdissant. Un phénomène qui pourrait coûter très cher à l’économie française.

Vous savez ce qui me frappe le plus dans la France d’octobre 2012 ? Ce n’est pas le matraquage fiscal annoncé. Ce n’est pas la diabolisation systématique de ceux qui créent de la richesse. Non, c’est le silence. Le silence assourdissant des entrepreneurs qui, un à un, plient bagage sans faire de bruit.

Je viens de passer deux semaines à Londres et à Genève. À chaque fois, le même constat : des dizaines d’entrepreneurs français fraîchement débarqués, le regard à la fois soulagé et amer. Ils ne manifestent pas. Ils ne signent pas de pétitions. Ils partent, c’est tout.

Le syndrome #geonpi : quand les entrepreneurs votent avec leurs pieds

Le hashtag #geonpi (« Gens Entrepreneurs Oubliés Non Pris en considération par l’Intelligentsia ») fait fureur sur Twitter ces derniers jours. Il cristallise le sentiment d’abandon d’une génération d’entrepreneurs face à un gouvernement qui semble considérer la réussite économique comme suspecte par nature.

Contrairement aux agriculteurs qui bloquent les routes ou aux syndicats qui défilent dans les rues, les entrepreneurs ont choisi une forme de protestation bien plus radicale : l’exil fiscal et entrepreneurial. Pas de banderoles, pas de slogans. Juste des valises et un billet d’avion.

Les chiffres commencent à donner le vertige. Selon les estimations officieuses (car évidemment, Bercy se garde bien de communiquer là-dessus), le nombre de départs d’entrepreneurs français aurait doublé depuis mai 2012. Les destinations privilégiées ? Londres, Genève, Bruxelles, mais aussi Singapour et les États-Unis pour les plus ambitieux.

La goutte d’eau fiscale qui fait déborder le vase entrepreneurial

Le projet de budget 2013 présenté fin septembre a sonné comme un tocsin pour beaucoup. Taxe à 75% sur les hauts revenus, plafonnement du quotient familial, hausse de l’ISF, taxation accrue des plus-values… La liste est longue et douloureuse.

Mais au-delà des chiffres, c’est le discours ambiant qui fait mal. Quand un ministre du Budget comme Jérôme Cahuzac semble considérer que les entrepreneurs sont des vaches à lait corvéables à merci, comment s’étonner qu’ils cherchent des pâturages plus cléments ?

Un ami entrepreneur me confiait la semaine dernière : « Je ne suis pas parti pour payer moins d’impôts. Je suis parti parce qu’en France, on me fait sentir que je suis un salaud de gagner de l’argent en créant des emplois. »

Les signaux d’alarme ignorés

Depuis des mois, les signaux s’accumulent pourtant :

  • Les incubateurs parisiens voient leurs meilleurs éléments partir à Londres ou Berlin
  • Les business angels français investissent de plus en plus à l’étranger
  • Les jeunes diplômés des grandes écoles créent directement leur startup hors de France
  • Les success stories françaises (Criteo, Dailymotion, PriceMinister) installent leur siège social ailleurs

Mais visiblement, rue de Bercy, on préfère compter les recettes fiscales à court terme plutôt que s’inquiéter de l’hémorragie de talents à long terme.

Le piège de l’idéologie : quand la France tue sa poule aux œufs d’or

Ce qui se joue actuellement, c’est bien plus qu’une simple optimisation fiscale. C’est une rupture profonde entre la France et ses forces vives entrepreneuriales. Une rupture qui risque de coûter très cher.

Car contrairement à ce que semblent croire nos dirigeants, les entrepreneurs ne sont pas des rentiers parasites. Ce sont eux qui créent les emplois de demain, qui innovent, qui prennent des risques. Les faire fuir, c’est hypothéquer l’avenir économique du pays.

L’effet domino entrepreneurial

Le plus inquiétant, c’est l’effet d’entraînement. Quand un entrepreneur part, il emmène souvent avec lui :

  • Ses meilleurs collaborateurs
  • Son réseau de fournisseurs
  • Ses projets de développement
  • Les emplois qu’il aurait créés
  • Les impôts qu’il aurait payés (et oui, même taxés « normalement », les entrepreneurs paient des impôts !)

C’est tout un écosystème qui se délite, pierre par pierre.

Le réveil sera douloureux

Je suis convaincu que nos gouvernants actuels sont sincèrement persuadés que les entrepreneurs français ne partiront pas vraiment. Qu’ils bluffent. Qu’au final, l’attachement à la France l’emportera sur les considérations économiques.

Quelle naïveté ! Les entrepreneurs d’aujourd’hui sont nés avec l’Europe, ont grandi avec Internet, travaillent avec le monde entier. Pour eux, s’installer à Londres ou à Genève n’est pas plus compliqué que de déménager de Paris à Lyon.

Le réveil va être brutal. D’ici quelques mois, quand les recettes fiscales s’effondreront faute de contributeurs, quand le chômage explosera faute de créateurs d’emplois, quand l’innovation française sera définitivement délocalisée… il sera trop tard pour pleurer.

Les premiers signes du désastre

Les indicateurs avancés sont déjà au rouge :

  • Les créations d’entreprises innovantes chutent depuis juin
  • Les levées de fonds se raréfient
  • Les projets d’embauche sont gelés
  • Les investissements sont reportés ou annulés

Mais qui s’en soucie ? Certainement pas ceux qui pensent qu’on peut relancer l’économie en embauchant des fonctionnaires et en taxant ceux qui créent de la richesse.

Changer de cap avant le naufrage

Il est encore temps d’éviter le pire. Mais cela suppose un changement radical de perspective. Arrêter de considérer les entrepreneurs comme des ennemis de classe. Comprendre que leur réussite est notre réussite collective. Créer un environnement fiscal et réglementaire qui encourage la prise de risque plutôt que de la punir.

Bref, il faudrait une révolution culturelle. Or, avec le gouvernement actuel, on en prend exactement le chemin inverse. La fuite des cerveaux et des entrepreneurs ne fait que commencer.

Vous savez quoi ? En écrivant ces lignes, je réalise que moi aussi, pour la première fois de ma vie, je commence à regarder ailleurs. Pas par cupidité. Par lassitude. Lassitude de me battre dans un pays qui semble ne plus vouloir de ses entrepreneurs.

Alors oui, il est urgent de changer de gouvernement, et de président. Avant qu’il ne soit définitivement trop tard. Avant que la France ne devienne un musée économique, belle mais stérile, vivant de ses souvenirs de grandeur passée pendant que le monde avance sans elle.

Les entrepreneurs français ne manifesteront pas. Ils partiront. En silence. Et leur absence fera plus de bruit que toutes les manifestations du monde.

Pour aller plus loin

Sources et références

  • Données sur les créations d’entreprises : INSEE, octobre 2012
  • Estimations des départs d’entrepreneurs : compilation de sources bancaires privées
  • Projet de loi de finances 2013 : documents officiels du gouvernement
  • Témoignages d’entrepreneurs : entretiens directs, octobre 2012

Photo : Xuewen Qing / Unsplash

Man walking past a storefront in paris

Entrepreneurs et chômage : pourquoi le dialogue est rompu entre patrons et gouvernement

La suppression des exonérations fiscales sur les heures supplémentaires va amputer le pouvoir d’achat de millions de salariés. Face à cette situation, les entrepreneurs réclament plus de flexibilité pour embaucher et licencier, mais le gouvernement semble sourd à leurs appels.

Je regarde avec effroi ce qui se prépare pour octobre. Des millions de salariés vont voir leur fiche de paie fondre comme neige au soleil. Entre 1% et 12% de salaire net en moins, selon leur volume d’heures supplémentaires. C’est une catastrophe annoncée que personne ne semble vouloir voir venir.

Cette mesure, c’est le symbole parfait de l’incompréhension totale entre le monde politique et la réalité économique. D’un côté, on nous parle de relancer la consommation et de lutter contre le chômage. De l’autre, on ampute directement le pouvoir d’achat de ceux qui travaillent le plus. Cherchez l’erreur.

La double peine pour les salariés et les entreprises

Concrètement, qu’est-ce qui va se passer ? La défiscalisation des heures supplémentaires mise en place par la loi TEPA en 2007 va disparaître. Pour un salarié au SMIC qui effectue régulièrement des heures supplémentaires, c’est jusqu’à 100 euros nets par mois qui s’envolent. Pour un cadre, la perte peut dépasser 200 euros mensuels.

Mais le plus pervers dans cette histoire, c’est que les entreprises vont également trinquer. Les exonérations de charges patronales sur ces heures supplémentaires disparaissent aussi. Résultat : le coût du travail augmente mécaniquement. Dans un contexte économique déjà tendu, c’est la goutte d’eau qui risque de faire déborder le vase.

Je vois déjà les conséquences dans mon entourage professionnel :

  • Des PME qui renoncent à des commandes faute de pouvoir faire travailler leurs équipes en heures sup à un coût raisonnable
  • Des salariés qui refusent désormais les heures supplémentaires, devenues moins intéressantes financièrement
  • Des tensions sociales qui montent dans les entreprises où les heures sup étaient un complément de salaire indispensable

Le cri du cœur des entrepreneurs ignoré

Face à cette situation, nous, entrepreneurs, ne demandons qu’une chose : de la flexibilité. Laissez-nous embaucher les chômeurs et, oui, désembaucher librement quand c’est nécessaire. C’est la condition sine qua non pour créer de l’emploi durable.

Cette demande de flexibilité n’est pas un caprice patronal. C’est une question de survie économique. Quand je ne peux pas ajuster mes effectifs à mon carnet de commandes, je prends deux décisions :

  • Je n’embauche plus en CDI, trop risqué
  • Je délocalise ou je sous-traite à l’étranger

Le paradoxe français est là : on veut protéger l’emploi avec des règles rigides, mais on finit par le détruire. Les pays qui ont le moins de chômage sont ceux qui ont la législation du travail la plus souple. C’est un fait, pas une opinion.

La peur d’embaucher : un frein majeur

Savez-vous combien coûte un licenciement économique en France ? Entre 6 mois et 2 ans de salaire selon les cas, sans compter les frais de procédure. Pour une PME, c’est potentiellement la faillite. Alors on préfère ne pas embaucher du tout.

Cette rigidité du marché du travail crée une économie à deux vitesses :

  • Les « insiders » : salariés en CDI surprotégés mais de moins en moins nombreux
  • Les « outsiders » : jeunes, seniors, peu qualifiés, condamnés à la précarité ou au chômage

L’entrepreneur, ce mal-aimé de la République

Il faut remettre l’entrepreneur et le patron au centre du débat. Sans nous, pas d’emplois, pas de richesses créées, pas d’impôts pour financer les services publics. C’est une évidence que nos dirigeants semblent avoir oubliée.

Au lieu de cela, on nous présente comme des exploiteurs, des profiteurs, voire des ennemis du peuple. Cette diabolisation permanente est contre-productive. Elle décourage l’entrepreneuriat et pousse nos meilleurs éléments à s’expatrier.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

  • La France compte 2,5 millions d’entreprises, dont 95% ont moins de 10 salariés
  • Les PME créent 85% des emplois nouveaux
  • Le taux de création d’entreprises stagne depuis 2008

Un dialogue de sourds avec le pouvoir

Quand j’entends nos ministres parler d’économie, j’ai l’impression qu’ils vivent sur une autre planète. Ils n’ont jamais créé une entreprise, jamais fait un business plan, jamais négocié avec un banquier pour obtenir un prêt. Comment peuvent-ils comprendre nos problématiques ?

Le fossé se creuse entre deux France : celle qui produit et celle qui administre. Cette fracture est dangereuse pour notre cohésion sociale et notre compétitivité économique.

Des solutions existent pourtant

Je ne suis pas un ultralibéral dogmatique. Je sais que le modèle social français a ses vertus. Mais il faut l’adapter aux réalités du XXIe siècle. Voici quelques pistes concrètes :

1. Un contrat de travail unique
Fini la distinction CDI/CDD. Un contrat unique avec des droits progressifs selon l’ancienneté. Plus de flexibilité pour l’employeur, plus de sécurité dans le temps pour le salarié.

2. La formation tout au long de la vie
Plutôt que de s’accrocher à des emplois obsolètes, investissons massivement dans la reconversion professionnelle. Le compte personnel de formation doit devenir une réalité, pas un gadget.

3. Un dialogue social rénové
Les syndicats doivent évoluer. Moins d’idéologie, plus de pragmatisme. Dans les pays nordiques, syndicats et patronat travaillent ensemble. Pourquoi pas chez nous ?

4. Une fiscalité incitative
Arrêtons de taxer le travail et l’investissement productif. Taxons plutôt la rente et la spéculation. C’est une question de bon sens économique.

L’urgence d’agir avant qu’il ne soit trop tard

La suppression des exonérations sur les heures supplémentaires n’est que la partie émergée de l’iceberg. C’est tout notre modèle économique et social qui est à repenser.

Le chômage des jeunes explose, les seniors sont exclus du marché du travail, les entreprises délocalisent ou ferment. Pendant ce temps, on ergote sur des mesurettes qui aggravent la situation.

Nous, entrepreneurs, sommes prêts à prendre nos responsabilités. Nous voulons embaucher, investir, innover. Mais il nous faut un cadre adapté, pas un carcan qui nous étouffe.

La balle est dans le camp du gouvernement. Soit il continue dans l’idéologie et le déni de réalité, soit il accepte enfin d’écouter ceux qui créent la richesse et l’emploi. Le temps presse. Chaque mois qui passe, ce sont des milliers de chômeurs supplémentaires et des entreprises qui disparaissent.

Allons-nous enfin avoir ce débat de fond sur l’emploi et l’entrepreneuriat ? Ou allons-nous continuer à nous enfoncer dans la crise en répétant les mêmes erreurs ? La réponse déterminera l’avenir économique de notre pays pour les années à venir.

Pour aller plus loin

  • « La société de défiance » de Yann Algan et Pierre Cahuc – Une analyse des blocages du modèle social français
  • Institut Montaigne – Think tank qui publie régulièrement des études sur l’emploi et la compétitivité
  • « Le chômage, fatalité ou nécessité ? » de Pierre Cahuc et André Zylberberg – Pour comprendre les mécanismes du marché du travail
  • MEDEF – Les positions du patronat français sur la flexibilité du travail
  • Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) – Analyses économiques indépendantes

Sources et références

  • INSEE – Statistiques sur l’emploi et le chômage (septembre 2012)
  • Loi TEPA du 21 août 2007 sur le travail, l’emploi et le pouvoir d’achat
  • Rapport du Conseil d’analyse économique sur la flexisécurité (2010)
  • Eurostat – Comparaisons européennes du marché du travail (2012)

Photo : Tanya Prodaan / Unsplash