Étiquette : géopolitique

  • Immigrationniste et « déportationniste », le raisonnement froid que personne n’ose tenir
    Immigrationniste et « déportationniste », le raisonnement froid que personne n’ose tenir
    L’Europe a construit le pire des deux mondes : elle n’accueille pas vraiment, elle n’éloigne pas vraiment, et elle ne demande rien à personne. Je défends ici une position que les deux camps détestent — une immigration assumée, contrôlée politiquement, assortie d’une capacité réelle d’éloignement et d’un contrat culturel explicite. Avec une ligne rouge absolue : on n’expulse jamais quelqu’un pour ses opinions.

    Je vais commencer par la phrase qui me vaut le plus d’insultes, à gauche comme à droite.

    L’immigration d’accord, à condition de pouvoir déporter chaque fois que nécessaire.

    Voilà. En une ligne, j’ai perdu la moitié de mes lecteurs de chaque côté. Les uns entendent « déporter » et voient les wagons. Les autres entendent « d’accord » et voient le grand remplacement. Personne n’entend la structure de la phrase, qui est pourtant la seule chose intéressante : c’est une condition, pas un slogan.

    Je suis un pragmatique froid. Le plus insolent que vous lirez sans doute cette semaine. Et le pragmatisme froid, sur ce dossier, consiste à admettre une évidence que trente ans de politiques européennes ont contournée : on ne peut pas ouvrir une porte qu’on est incapable de fermer. Ce n’est pas une position morale, c’est une position mécanique.

    Le mot « déporter », et la ligne rouge qu’il ne doit jamais franchir

    Commençons par la sémantique, parce qu’elle empoisonne tout le débat.

    En français, « déportation » est un mot chargé de plomb. Il renvoie aux convois de 1942, aux camps, à l’anéantissement. En anglais, to deport signifie simplement renvoyer un étranger en situation irrégulière vers son pays d’origine — ce que notre droit appelle « éloignement », « expulsion », « reconduite à la frontière », ou plus prosaïquement l’exécution d’une obligation de quitter le territoire français.

    J’emploie le mot fort à dessein, parce que l’euphémisme administratif est précisément le mécanisme par lequel on a vidé la politique migratoire de toute réalité. « Mesure d’éloignement non exécutée » : voilà une formule qui ne fait mal à personne et qui ne veut rien dire. Mais je l’assume : le mot est piégé, et il faut savoir ce qu’on met dedans.

    Car il existe une frontière que ce mot ne doit jamais traverser, et elle est apparue en pleine lumière ces derniers jours avec le cas d’une ressortissante étrangère visée par une procédure d’éloignement depuis la France dans un contexte manifestement politique.

    Je n’aime pas du tout cette histoire de déportation politique depuis la France. C’est vraiment quelque chose qui ne me plaît pas, on bascule.

    « On bascule ». Le mot est faible. Une politique migratoire, c’est un État souverain qui décide qui entre, qui reste et qui part, selon des critères publics, écrits, contestables devant un juge. Une police des opinions, c’est un État qui utilise le droit des étrangers comme une arme contre la parole. Le premier relève de la souveraineté. Le second relève de l’arbitraire, et transforme chaque étranger présent sur le sol en citoyen sous condition de silence.

    Je veux la capacité d’éloigner. Je ne veux pas d’une capacité d’éloigner pour ce qu’on pense. C’est exactement la différence entre une politique et une purge. Ceux qui confondent les deux — par enthousiasme ou par paresse — préparent un régime dont ils seront un jour les victimes.

    Non, l’immigration ne tire pas vos salaires vers le bas

    Passons maintenant à l’argument massue de la doxa anti-immigration, celui qu’on entend dans tous les dîners et tous les plateaux.

    J’estime que ce n’est pas l’immigration qui contraint les salaires vers le bas. C’est multifactoriel et c’est autre chose.

    Ce n’est pas une opinion de bisounours, c’est ce que dit la littérature économique depuis trente-cinq ans. L’étude fondatrice reste celle de David Card sur l’exode de Mariel : en 1980, Fidel Castro laisse partir environ 125 000 Cubains, dont la moitié s’installe à Miami en quelques mois, gonflant la population active locale de 7 % d’un coup. Card ne trouve aucun effet mesurable sur les salaires ni sur le chômage des travailleurs peu qualifiés de Miami. L’étude a été contestée, réanalysée, réfutée, re-réfutée — c’est la vie académique — mais le résultat central a tenu.

    Les synthèses de l’OCDE et des grandes revues convergent : l’effet de l’immigration sur les salaires des natifs se situe dans une fourchette étroite, entre −1 % et +1 %, avec une concentration des effets négatifs sur… les immigrés arrivés précédemment, qui sont les vrais concurrents directs des nouveaux entrants.

    Alors qu’est-ce qui écrase réellement les salaires ? Quelques candidats sérieux :

    • la concurrence par les prix à l’échelle mondiale, qui a délocalisé un tiers de notre industrie manufacturière en trente ans ;
    • l’écrasement des salaires par les charges et le piège des trappes à bas salaires autour du SMIC, qui rend toute augmentation prohibitive pour l’employeur ;
    • la désindexation généralisée et l’effondrement du rapport de force syndical dans les services ;
    • le travail illégal — et là, oui, l’immigration entre en jeu, mais par la porte de l’irrégularité, pas par celle de l’immigration en tant que telle.

    Retenez cette nuance, elle est décisive : ce n’est pas le travailleur étranger qui casse le marché, c’est le travailleur sans statut. Un sans-papiers ne peut ni négocier, ni se syndiquer, ni porter plainte, ni refuser. C’est le rêve humide de l’employeur voyou. En refusant de régulariser, on ne protège pas les salaires français : on fabrique industriellement une main-d’œuvre corvéable.

    On ne régularise pas et on empêche le miracle de se réaliser, il est bridé par des peureux qui ont peur de l’immigration, alors que sans l’immigration ils sont en train d’en crever.

    « En crever » n’est pas une figure de style. La fécondité française est tombée autour de 1,6 enfant par femme, au plus bas depuis un siècle. Le seuil de renouvellement des générations est à 2,05. L’Allemagne, l’Italie, l’Espagne sont dans le même trou, en pire pour certaines. Sans solde migratoire positif, la population active de l’Union européenne se contracte, mécaniquement, chaque année, avec un système de retraites par répartition qui repose sur le nombre de cotisants. Vous pouvez trouver ça désagréable. C’est de l’arithmétique.

    Ceuta : quand un État se sert de corps humains comme d’une artillerie

    Regardons maintenant ce qui se joue à Ceuta, ce confetti espagnol de 18 km² planté sur la côte marocaine, avec sa clôture, ses miradors et ses 85 000 habitants.

    Quand vous voyez des milliers de personnes franchir une frontière en quelques heures, la question à se poser n’est pas « d’où viennent-ils ? » mais « qui a cessé de les retenir ? ». Une frontière fermée pendant vingt ans ne s’ouvre pas toute seule un mardi matin.

    Le précédent est documenté au mot près. En mai 2021, entre 8 000 et 10 000 personnes, dont environ 1 500 mineurs, entrent à Ceuta en quarante-huit heures, essentiellement à la nage, pendant que la gendarmerie marocaine regarde ailleurs. Le contexte : Madrid venait d’accueillir discrètement Brahim Ghali, le chef du Front Polisario, pour des soins. Le message de Rabat était limpide. Ce n’était pas une crise migratoire, c’était une frappe diplomatique avec des êtres humains comme munitions.

    Ce n’est pas un cas isolé. En février 2020, Ankara annonce l’ouverture de ses frontières et pousse des milliers de personnes vers l’Evros grec, en pleine négociation avec Bruxelles. En 2021, Minsk organise des vols charters depuis Bagdad, Damas et Beyrouth pour déverser des candidats à l’asile sur les frontières polonaise et lituanienne. Ce procédé a désormais un nom dans la littérature stratégique : l’instrumentalisation des flux migratoires, une arme hybride, peu coûteuse, difficilement attribuable, et redoutablement efficace contre des démocraties incapables de tirer sur des civils.

    J’ai écrit, dans le feu de l’actualité, que ce genre d’afflux pouvait relever d’unités spécialisées dans les opérations d’influence, tant l’absence de traces sur les réseaux sociaux interroge. Soyons honnêtes intellectuellement : cette hypothèse n’est pas nécessaire. La réalité documentée est plus simple et plus glaçante. Il n’y a pas besoin d’organiser quoi que ce soit : il suffit d’arrêter d’empêcher. Un État qui lève sa surveillance pendant douze heures produit le même résultat qu’une opération militaire, sans ordre écrit, sans responsable identifiable, sans preuve.

    Et je maintiens le fond : c’est multifactoriel. Passeurs organisés, réseaux sociaux, calcul diplomatique, désespoir économique — tout cela coexiste. Ce qui est certain, c’est que traiter Ceuta comme un fait divers humanitaire quand il s’agit d’un acte de politique étrangère, c’est se condamner à ne jamais rien comprendre.

    Le chaînon manquant : on ne sait pas éloigner, donc on ne sait pas accueillir

    Voilà le cœur du problème, et il est technique avant d’être idéologique.

    On ne sait pas du tout s’y prendre avec l’immigration de masse. On fait tout à l’envers. Par manque de courage.

    Les chiffres sont connus de tous les praticiens du dossier et de personne d’autre. À l’échelle de l’Union européenne, moins de 20 % des décisions de retour sont effectivement exécutées. La Commission le répète depuis dix ans. En France, le taux d’exécution des obligations de quitter le territoire tourne autour de 7 à 10 % selon les années et les modes de calcul.

    Autrement dit : neuf fois sur dix, l’État prononce une décision qu’il n’appliquera jamais. Ce n’est pas de la fermeté, c’est du théâtre administratif. Et cette fiction a un coût politique colossal : elle nourrit à la fois le sentiment d’impuissance des uns et l’angoisse permanente des autres, qui vivent des années sous une décision suspendue au-dessus de leur tête.

    Pourquoi ça ne marche pas ? Quatre verrous, tous parfaitement identifiés :

    • les laissez-passer consulaires : sans document du pays d’origine, pas de retour possible. Certains États refusent systématiquement, sachant très bien qu’aucune sanction ne suivra ;
    • l’identification : une part importante des personnes concernées arrivent sans document, ou en détruisent volontairement ;
    • les capacités matérielles : places de rétention limitées, escortes, vols, coût unitaire élevé d’un éloignement forcé ;
    • la fragmentation juridique : jusqu’à récemment, une décision de retour prise dans un pays n’était pas reconnue par les vingt-six autres.

    C’est précisément ce que le Pacte européen sur la migration et l’asile, entré en application en juin 2026, prétend corriger : procédures à la frontière, base de données commune, solidarité obligatoire entre États, et reconnaissance mutuelle des décisions de retour. Ajoutez-y la proposition de règlement « retour » présentée par la Commission au printemps 2025, avec l’idée très controversée des return hubs hors d’Europe. On peut détester cette architecture. On ne peut pas dire qu’elle ne traite pas le sujet.

    Il faut une méthode, et surtout il faut déjà accepter l’idée qu’on puisse éloigner très concrètement ceux qu’on décide d’éloigner, selon une politique d’immigration parfaitement claire et volontaire sur ce sujet.

    Tout est dans « parfaitement claire ». Le drame européen n’est pas d’avoir trop ou trop peu d’immigration. C’est de n’avoir aucune politique lisible, donc aucune promesse tenable, ni envers les nationaux, ni envers les arrivants.

    Le paramètre identitaire, ou ce qu’on n’ose plus demander

    J’arrive au point le plus inflammable. Tant pis.

    Je veux prendre en compte les paramètres identitaires dans le raisonnement. Ça implique une politique d’immigration avec tout le package de transmission des valeurs.

    Je sais exactement ce que ça déclenche. Alors précisons : « identitaire » ne signifie pas ici ethnique, ni religieux, ni racial. Ça signifie qu’une société est un ensemble de règles implicites, de références, de rapports au droit, à la femme, à la loi, à l’humour, à la contradiction. Prétendre qu’on peut faire entrer plusieurs centaines de milliers de personnes par an dans un corps social sans transmettre quoi que ce soit, c’est une négligence, et la négligence n’a jamais été une vertu.

    Le paradoxe, c’est que le pays qui a inventé l’assimilation républicaine est devenu celui qui exige le moins. Nos voisins, eux, ont posé des exigences dures et explicites : cours de langue intensifs obligatoires et rémunérés dans le modèle scandinave, examen civique et niveau de langue exigeant en Allemagne, sélection par points au Canada avec obligation de résultat linguistique. On peut discuter chaque dispositif. Mais tous partagent une chose : ils disent ce qu’ils veulent.

    La France, elle, fait signer un contrat d’intégration républicaine dont le volume horaire de français est notoirement insuffisant pour atteindre un niveau opérationnel, puis considère le travail fait. Ce n’est pas de la générosité, c’est de l’abandon. On laisse des gens dans des quartiers où ils n’auront jamais besoin de parler français, et on s’étonne vingt ans plus tard que la troisième génération se cherche une identité de substitution sur TikTok.

    Une méthode en sept points

    Puisque je passe mon temps à réclamer une méthode, en voici une. Discutable, bien sûr. Mais explicite.

    1. Dire un chiffre. Un débat parlementaire annuel fixant des volumes par catégorie — travail, études, famille, protection. Public, voté, révisable. La transparence désamorce plus de fantasmes que tous les discours d’apaisement.
    2. Régulariser massivement ceux qui travaillent depuis des années, en une opération unique, documentée, avec critères durs (durée, fiches de paie, casier, langue). Un travailleur déclaré cotise, négocie et cesse d’écraser le marché.
    3. Rendre l’éloignement réel pour les autres. Cela suppose de conditionner franchement l’aide au développement et les visas diplomatiques à la délivrance des laissez-passer consulaires. C’est brutal. C’est le seul levier qui a jamais fonctionné.
    4. Traiter les demandes en trois mois, pas en trois ans. La lenteur est le pire des systèmes : elle enracine ceux qui devront partir et humilie ceux qui pourront rester.
    5. Exiger la langue, sérieusement. Plusieurs centaines d’heures, financées, avec évaluation et conséquence sur le renouvellement du titre.
    6. Traiter l’instrumentalisation des flux comme un acte hostile, relevant de la diplomatie et de la défense, pas du secours humanitaire — tout en sauvant les vies en mer, ce qui n’est pas négociable.
    7. Sanctuariser la liberté d’opinion des étrangers résidents. Aucune procédure d’éloignement fondée sur une prise de position politique. Jamais.

    Le courage plutôt que la peur

    Ce que je décris n’est ni de droite ni de gauche, et c’est bien pour ça que ça n’arrivera probablement pas. La droite ne veut pas du point 2, la gauche ne veut pas des points 3 et 5, et l’administration ne veut d’aucun des sept parce que chacun suppose de rendre des comptes sur des résultats mesurables.

    Alors on continue. On prononce des décisions qu’on n’exécute pas, on interdit le travail à des gens qui travaillent quand même, on n’enseigne pas la langue du pays, et on se raconte que le problème viendra d’une loi de plus. La quinzième depuis 1980, si je compte bien.

    Le pire, c’est que les deux camps ont tort pour la même raison : ils ont peur. Peur de dire qu’on a besoin d’immigration. Peur de dire qu’on doit pouvoir renvoyer. Peur de dire qu’on attend quelque chose de ceux qui arrivent. Trois lâchetés qui s’additionnent et produisent exactement ce que personne ne voulait.

    Moi je prends une immigration contrôlée politiquement. Assumée, chiffrée, exigeante, réversible. C’est-à-dire une politique — ce mot qu’on a remplacé par de la gestion de flux et de l’émotion télévisée.

    Reste la question que je pose depuis le début et à laquelle personne ne répond : combien de temps peut-on tenir un pays sur une promesse qu’on sait ne pas pouvoir tenir ?

    Pour aller plus loin

    Sources et références

  • Trump et l’été des faux deals
    Trump et l’été des faux deals
    Depuis trois semaines, la séquence Iran–Israël–États-Unis se joue sur un registre inédit : celui du communiqué permanent, où l’on annonce un cessez-le-feu le matin et des frappes le soir. Pendant ce temps, le monde arabe se repositionne en silence, le détroit d’Ormuz redevient le point de compression de l’économie mondiale, et la France découvre qu’elle est embarquée dans une guerre qu’elle n’a ni décidée, ni discutée, ni budgétée. Voici ce que cet été raconte vraiment.

    Il y a une blague qui circule à Téhéran en ce moment. Elle dit à peu près ceci : « Si vous recevez un appel d’un numéro américain, ne décrochez pas, c’est peut-être vous qui allez signer la paix. »

    C’est drôle. C’est même très drôle. Sauf que derrière la blague, il y a une question sérieuse, et je la pose depuis deux semaines sans obtenir de réponse convaincante de qui que ce soit.

    LET ME ASK YOU SOMETHING. WHO IS CALLING TRUMP FROM IRAN?…

    Qui appelle, exactement ? Quel ministère ? Quel canal ? Quelle autorité, dans un pays qui vient d’enterrer son Guide suprême et dont la chaîne de commandement est, au minimum, en recomposition ? Personne ne le dit. Et personne ne le demande.

    « Iran just called » : quand la diplomatie devient un fil d’actualité

    Reprenons depuis le début, parce que la mémoire collective a la durée de vie d’un cycle d’information.

    En juin 2025, Israël lance une campagne aérienne massive contre les installations nucléaires et militaires iraniennes. Les États-Unis suivent avec des frappes sur Fordo, Natanz et Ispahan. Douze jours plus tard, un cessez-le-feu est annoncé — non pas par une chancellerie, non pas par un communiqué conjoint, mais par un message publié sur un réseau social. Le monde apprend la fin d’une guerre comme il apprend un changement de programmation télé.

    Un an plus tard, nous y sommes de nouveau. Et le format n’a pas changé : l’annonce précède le fait, le fait contredit l’annonce, et l’annonce suivante efface la contradiction. En moins de trois semaines, le président américain a expliqué qu’un traité de paix était en vue, que les Iraniens étaient « de véritables ordures », que le traité était rompu, puis que Téhéran suppliait pour obtenir un accord.

    Ce n’est pas de la diplomatie. C’est du trading narratif.

    Et je pèse mes mots, parce que j’ai passé trente ans dans des salles de négociation. Un négociateur qui annonce publiquement que l’autre partie le supplie n’est pas en position de force : il fabrique de la position de force. Ce n’est pas la même chose. La vraie force est silencieuse, elle n’a pas besoin de majuscules.

    Le problème structurel : il n’y a plus d’interlocuteur unique

    Le vrai sujet, celui que personne n’ose formuler, c’est que la République islamique n’a peut-être plus, aujourd’hui, de centre de décision unifié capable d’engager le pays. Entre le Bureau du Guide en transition, le Conseil suprême de sécurité nationale, les Gardiens de la révolution et l’appareil diplomatique de Téhéran, les canaux sont multiples et pas nécessairement alignés.

    Quand vous « décapitez » un système politique sans avoir prévu ce qui vient après, vous ne créez pas un partenaire de négociation. Vous créez une multitude de veto. C’est exactement la leçon irakienne de 2003, et elle a coûté environ 4 500 vies américaines et plusieurs centaines de milliers de vies irakiennes pour être apprise. Manifestement, elle a été oubliée.

    Bref. On négocie avec un numéro de téléphone dont on ne sait pas qui décroche.

    Qui a commencé ? La bataille du récit autour d’Ormuz

    Sur les plateaux, la version est déjà figée : c’est l’Iran « qui a commencé », en s’en prenant à des navires qui tentaient de franchir le détroit d’Ormuz. Point. Circulez.

    Sauf que la question « qui a commencé » est toujours une question piégée, parce que la réponse dépend entièrement du curseur temporel qu’on choisit. On commence le 8 juillet 2026 ? L’Iran a tort. On commence en juin 2025 avec les frappes préventives israéliennes ? L’histoire change. On commence en 2018 avec le retrait unilatéral américain de l’accord de Vienne, alors que l’AIEA certifiait la conformité iranienne ? Elle change encore. On remonte à 1953 et au renversement de Mossadegh par la CIA et le MI6 ? Là, on n’est plus du tout dans le même récit.

    Je ne dis pas que le régime iranien est un enfant de chœur. Il ne l’est pas. Il réprime brutalement sa propre population, il finance des milices, il exécute massivement. Ce sont des faits, et les nier serait aussi malhonnête que de gober la version de BFM.

    Mais je dis qu’on ne peut pas appliquer le droit international comme un menu à la carte.

    Ormuz, le nerf de tout

    Quelques chiffres pour comprendre pourquoi ce bras de mer de 33 kilomètres de large dans sa partie la plus étroite décide de votre pouvoir d’achat :

    • Environ 20 millions de barils de pétrole par jour y transitent, soit près de 20 % de la consommation mondiale de produits pétroliers liquides.
    • Environ un cinquième du GNL mondial passe par là, dont l’essentiel des exportations qataries.
    • Le couloir navigable réel ne fait que 3 kilomètres de large dans chaque sens. Trois kilomètres.

    Autrement dit : n’importe quel acteur capable de poser des mines, de tirer des missiles antinavires ou simplement de faire monter les primes d’assurance « risque de guerre » tient une partie de l’économie mondiale par le col. Ce n’est pas nouveau. La « guerre des pétroliers » de 1984-1988, en marge du conflit Iran-Irak, avait déjà vu plus de 400 navires attaqués et provoqué l’engagement direct de la marine américaine.

    Ce qui est nouveau, en revanche, c’est qu’aujourd’hui l’Europe n’a strictement aucun levier sur cette zone. Aucun. Nous subissons le prix, nous ne pesons pas sur la cause.

    Téhéran : ce que les funérailles ont dit au monde

    Le signal le plus important de ce mois de juillet n’était pas militaire. Il était protocolaire.

    Une délégation officielle venue d’Arabie Saoudite s’est déplacée à Téhéran pour assister aux funérailles de Khamenei, ce qui n’était absolument pas prévu au programme par les Occidentaux. On notera aussi la présence assumée du Qatar et d’Oman.

    Il faut mesurer ce que cela signifie. Riyad et Téhéran ont rompu leurs relations diplomatiques en 2016. Pendant sept ans, les deux capitales se sont affrontées par procuration au Yémen, en Syrie, au Liban, en Irak. Puis vint mars 2023 et l’accord de Pékin, négocié sous parrainage chinois, qui a rétabli les relations. Beaucoup, en Europe, y ont vu un arrangement de circonstance.

    C’était une erreur d’analyse.

    Le déplacement saoudien à Téhéran dans ce contexte-là — c’est-à-dire au moment précis où Washington et Tel-Aviv attendaient des monarchies du Golfe qu’elles se taisent ou applaudissent — est un acte politique majeur. Il dit une chose simple : le Golfe ne veut pas d’une guerre régionale sur son plan d’eau, et il ne veut plus que son avenir soit écrit à l’extérieur.

    La logique des monarchies du Golfe est économique, pas idéologique

    Mohammed ben Salmane a un projet : Vision 2030, NEOM, la diversification hors hydrocarbures, les Jeux asiatiques, l’Exposition universelle 2030, la Coupe du monde 2034. Tout cela suppose une chose et une seule : la stabilité régionale. Aucun fonds souverain ne construit une ville futuriste à portée de missile balistique.

    Le Qatar, lui, a été directement frappé en juin 2025 lorsque l’Iran a visé la base d’Al-Udeid en riposte aux frappes américaines. Doha a compris ce jour-là qu’accueillir la plus grande base américaine du Moyen-Orient était devenu un passif autant qu’un actif. Oman, enfin, joue depuis quarante ans le rôle de canal discret entre Washington et Téhéran — c’est à Mascate que se sont nouées les premières négociations secrètes qui ont abouti au JCPOA.

    Bref. Ce que nos éditorialistes ont pris pour une cérémonie funèbre était en réalité une réunion de repositionnement stratégique. Et personne, à Paris, ne semble l’avoir vu.

    La France, spectatrice embarquée

    Venons-en à nous. Parce que c’est là que ça fait mal.

    L’engrenage, encore. Frappes nocturnes en Iran, menaces d’offensive totale, kérosène qui vacille sur nos stocks stratégiques. Et la France, spectatrice, embarquée dans un conflit qu’elle n’a pas choisi.

    Regardons les faits froidement, sans passion.

    La France dispose d’un porte-avions. Un seul. Le Charles de Gaulle, entré en service en 2001, immobilisé environ un tiers du temps pour entretien et arrêts techniques majeurs. La loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit 413 milliards d’euros, dont une part significative consacrée au porte-avions de nouvelle génération qui n’entrera pas en service avant 2038. Trente-huit. Dans douze ans.

    Pendant ce temps, nous n’avons pesé ni sur le dossier ukrainien, ni sur Gaza, ni sur le Liban, ni sur l’Iran. Nous produisons des communiqués « appelant à la retenue de toutes les parties ». C’est devenu notre principale exportation diplomatique.

    Le Liban : la dernière carte française

    S’il y a un dossier où la France a encore une légitimité historique et une capacité d’action, c’est le Liban. Depuis l’expédition de 1860, depuis le mandat, depuis la FINUL déployée en 1978 où nous avons compté parmi les plus gros contributeurs de troupes, Paris a un rôle spécifique à Beyrouth. Ce n’est pas de la nostalgie coloniale, c’est un réseau de relations réel, dans toutes les communautés libanaises.

    Je l’écrivais il y a quelques jours et je le maintiens : la France doit prendre le leadership d’une coalition internationale pour protéger le Liban. L’Espagne, qui commande depuis des années des contingents importants au sein de la FINUL et qui a pris ces derniers mois les positions les plus fermes d’Europe sur Gaza, suivrait. L’Italie aussi, probablement. L’Irlande, la Slovénie, la Belgique, peut-être.

    C’est tard. C’est même très tard. Mais c’est mieux que rien, et c’est la seule chose utile que nous puissions faire dans cette région dans les six prochains mois.

    La question qui fâche : critique d’un État ou haine d’un peuple ?

    Il faut dire un mot de la police du discours qui s’est installée dans le débat français, parce qu’elle empoisonne tout.

    Dénoncer la conduite du gouvernement israélien à Gaza, où la Cour internationale de justice a jugé « plausible » le risque de génocide dans son ordonnance de janvier 2024 sur la requête sud-africaine, ce n’est pas de l’antisémitisme. C’est une position politique, partagée par des organisations israéliennes de défense des droits humains, par de nombreux intellectuels juifs diasporiques, et par une partie croissante de l’opinion mondiale.

    Inversement, se servir de la cause palestinienne pour cibler des Français juifs dans leur synagogue ou leur école, c’est de l’antisémitisme, et c’est une saloperie sans circonstance atténuante.

    Les deux affirmations sont vraies en même temps. Ceux qui refusent d’en tenir une pour maintenir l’autre ne défendent ni les Palestiniens ni les Juifs : ils défendent leur boutique. Et à force de crier au loup pour disqualifier toute critique politique, on finit par vider le mot « antisémitisme » de son sens — au moment précis où on en a le plus besoin.

    2 580 ans contre 78 : l’argument du temps long, et ses limites

    J’ai publié il y a quelques semaines une petite liste qui a beaucoup circulé :

    Âge. Israël 78 ans. États-Unis 250 ans. Russie 1160 ans. Chine 2150 ans. Iran 2580 ans.

    Le propos n’est pas de hiérarchiser la dignité des nations. Il est de rappeler une évidence que les stratèges de Washington oublient à chaque génération : certaines civilisations ont une profondeur temporelle qui rend l’idée même de « changement de régime imposé de l’extérieur » absurde.

    L’Iran a survécu à Alexandre, aux Arabes, aux Mongols, aux Turcs, aux Britanniques, aux Russes, à huit ans de guerre contre l’Irak soutenu par l’Occident et le Golfe — un million de morts. L’idée qu’on va le « régler » en quelques semaines de frappes aériennes relève du fantasme de bureau.

    Mais soyons honnêtes : l’argument a ses limites, et je ne veux pas le vendre plus cher qu’il ne vaut.

    • L’ancienneté n’est pas la solidité. L’Empire ottoman avait six siècles quand il s’est effondré en quatre ans.
    • La civilisation persane n’est pas la République islamique. Confondre les deux, c’est faire au régime le cadeau qu’il réclame depuis 1979 : se présenter comme l’incarnation exclusive de l’Iran.
    • L’économie iranienne est en ruine. Effondrement du rial, inflation à trois chiffres sur certains postes, coupures d’électricité, fuite massive des diplômés. C’est cette fragilité intérieure, bien plus que les bombes, qui décidera de l’avenir du pays.

    Ce que dit l’argument du temps long, en réalité, c’est ceci : vous pouvez détruire des centrifugeuses, vous ne détruirez pas une nation de 90 millions d’habitants avec 2 500 ans de conscience de soi. Et chaque bombe qui tombe soude un peu plus une population qui, il y a trois ans, manifestait contre son propre gouvernement.

    Ce que cet été va nous coûter, et ce qu’il faut faire maintenant

    Je suis entrepreneur avant d’être commentateur. Alors terminons par du concret, pour ceux qui dirigent une entreprise ou qui gèrent simplement un budget familial.

    Pour les entreprises

    • Regardez vos primes d’assurance transport. Les surprimes « risque de guerre » sur les coques transitant par le Golfe peuvent être multipliées par cinq ou dix en quelques jours. Si vous importez, cette ligne va bouger avant le prix de la marchandise.
    • Vérifiez vos délais réels, pas contractuels. Un contournement par Le Cap ajoute 10 à 14 jours sur une rotation Asie-Europe. Vos stocks tampons sont-ils calibrés pour ça ?
    • Anticipez l’énergie. Un Brent qui gagne 15 dollars, c’est votre facture logistique et votre facture de production qui suivent avec deux à trois mois de décalage. C’est maintenant qu’on couvre, pas en octobre.
    • Prenez le risque cyber au sérieux. Toutes les escalades au Moyen-Orient depuis 2012 se sont accompagnées d’une hausse mesurable des attaques contre des cibles occidentales périphériques — sous-traitants, PME, collectivités. Vous n’êtes pas une cible stratégique, vous êtes une cible d’opportunité. C’est pire.

    Pour les citoyens

    Une seule recommandation : refusez la simplification. Refusez qu’on vous vende un camp du Bien et un camp du Mal dans une région où il n’y a, depuis un siècle, que des rapports de force et des populations civiles qui les subissent. Lisez les sources primaires. Vérifiez qui parle, et pour le compte de qui.

    Ce qui vient

    Voilà où nous en sommes ce 21 juillet 2026. Une guerre régionale active. Un cessez-le-feu annoncé, démenti, réannoncé. Un monde arabe qui se réorganise sans nous et sans en demander la permission. Une Europe qui paie la facture énergétique d’une politique qu’elle n’a pas décidée. Et une France dont la voix, autrefois écoutée d’Alger à Beyrouth, ne porte plus au-delà du périphérique.

    Le pire, ce n’est pas la guerre. Le pire, c’est l’habitude de la guerre. C’est que vous ayez lu jusqu’ici sans être surpris par une seule ligne.

    Alors je repose la question, et cette fois j’aimerais vraiment une réponse : qui appelle Trump depuis l’Iran ? Parce que le jour où nous saurons répondre à ça, nous saurons enfin qui négocie quoi, avec qui, et sur le dos de qui.

    En attendant, préparez vos trésoreries. Et surveillez le prix du kérosène : c’est le thermomètre le plus honnête de cette histoire.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

  • La tech chinoise devient incontournable (et l’europe regarde ailleurs)
    La tech chinoise devient incontournable (et l’europe regarde ailleurs)
    En juin 2026, la Chine s’impose comme l’alternative technologique aux États-Unis, avec des solutions d’IA performantes, une infrastructure de données souveraine et un écosystème résilient aux sanctions. Les entreprises européennes, prises en étau entre les contraintes américaines et les lourdeurs réglementaires locales, y voient une planche de salut. Mais ce choix stratégique soulève des questions sur la dépendance aux régimes autoritaires et la protection des données.

    L’IA chinoise, cette alternative qui séduit les entreprises européennes

    Je l’avoue sans détour : depuis plusieurs mois, mon quotidien professionnel repose sur DeepSeek. Cette IA chinoise, encore méconnue du grand public il y a deux ans, est devenue mon outil de prédilection pour des tâches aussi variées que la rédaction de contrats, l’analyse de données financières ou même la génération de code informatique.

    Pourquoi ce choix ? D’abord, parce que DeepSeek offre des performances comparables aux modèles américains, pour un coût bien inférieur. Ensuite, parce que son approche des données diffère radicalement de celle des géants occidentaux. Les Chinois ne s’embarrassent pas de débats éthiques interminables sur la protection de la vie privée. Leur philosophie est simple : les données sont une ressource stratégique, et elles doivent servir l’intérêt national avant tout.

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon un rapport du cabinet IDC publié en mars 2026, 42% des entreprises européennes utilisent désormais au moins un outil d’IA développé en Chine, contre seulement 18% en 2024. DeepSeek, avec ses 120 millions d’utilisateurs actifs, talonne désormais les leaders américains sur le marché européen. Et ce n’est qu’un début.

    Les annonces récentes de Pékin laissent présager une accélération. D’ici quelques semaines, les Chinois devraient dévoiler leurs nouveaux modèles, avec des promesses de performances encore supérieures et de coûts toujours plus bas. Dans un contexte où les sanctions américaines limitent l’accès aux technologies de pointe, cette dynamique est difficile à ignorer.

    La fuite des données : un choix politique assumé

    Je préfère envoyer mes données en Chine plutôt qu’en Israël.

    Cette phrase, que j’ai assumée publiquement, a suscité son lot de réactions outrées. Pourtant, elle reflète une réalité que beaucoup d’entreprises européennes partagent en silence. Dans un monde où les données sont devenues une monnaie d’échange géopolitique, le choix du partenaire technologique est avant tout un choix politique.

    Israël, malgré son statut d’allié historique de l’Europe, est perçu par beaucoup comme un cheval de Troie des États-Unis. Les révélations successives sur la collaboration entre les services de renseignement israéliens et la NSA ont érodé la confiance. À l’inverse, la Chine offre une alternative claire : un écosystème souverain, où les données restent sous contrôle national.

    Ce basculement ne se fait pas sans arrière-pensées. En 2026, la Chine est le seul pays au monde à disposer d’une infrastructure de données entièrement souveraine, du cloud aux algorithmes. Son système de facturation électronique centralisé, le Fapiao, est souvent cité en exemple par les entrepreneurs européens lassés des lourdeurs administratives locales. Avec le déploiement de Golden Tax IV, la Chine renforce encore son contrôle sur les flux économiques, offrant une visibilité sans précédent sur les transactions.

    Pour les entreprises européennes, ce modèle présente un double avantage. D’une part, il permet d’échapper aux sanctions américaines, qui se sont durcies depuis 2024. D’autre part, il offre une stabilité réglementaire que l’Europe peine à garantir, entre RGPD, DMA et autres directives changeantes.

    Les sanctions américaines, ce piège qui pousse à l’exil technologique

    Je le dis sans détour : si votre entreprise est exposée aux sanctions américaines, envisagez sérieusement de déplacer votre siège social en Chine, en Russie, en Corée du Nord ou en Iran.

    Cette recommandation, que certains qualifieront de provocatrice, est en réalité une réponse rationnelle à un environnement réglementaire de plus en plus hostile. Depuis 2024, les États-Unis ont étendu leur juridiction extraterritoriale à des secteurs entiers de l’économie européenne. Les entreprises qui commercent avec des pays sous embargo américain risquent des amendes colossales, voire des poursuites pénales.

    La Chine, en revanche, offre un havre de stabilité. Son système juridique, bien que peu transparent, est prévisible : les règles sont claires, et elles ne changent pas du jour au lendemain. Pour les entreprises qui opèrent dans des secteurs sensibles – énergie, défense, technologies duales –, c’est un argument de poids.

    Prenons l’exemple d’une PME française spécialisée dans les composants électroniques. En 2025, elle a vu ses exportations vers l’Iran bloquées par les autorités américaines, malgré l’absence de sanctions européennes contre Téhéran. Résultat : une perte de chiffre d’affaires de 30%, et des mois de procédures juridiques pour contester la décision. Aujourd’hui, cette entreprise envisage sérieusement de relocaliser une partie de sa production en Chine, où les risques de sanctions sont quasi nuls.

    Ce cas n’est pas isolé. Selon une étude de la Chambre de commerce européenne en Chine, 15% des entreprises européennes présentes sur le marché chinois envisagent désormais de transférer leur siège social dans le pays, contre seulement 3% en 2022. La tendance est claire : face à l’extraterritorialité du droit américain, la Chine devient une terre d’asile.

    La facturation électronique, ou comment l’europe s’enferme dans sa propre bureaucratie

    Le système de facturation électronique obligatoire, qui entrera en vigueur en septembre 2027, est une honte. Une entrave majeure à la liberté d’entreprendre et à la flexibilité des entreprises.

    Voilà le constat sans appel que je faisais il y a quelques jours. Et je ne suis pas le seul. Dans les couloirs des ministères comme dans les salles de réunion des startups, cette réforme est perçue comme un nouveau fardeau administratif, dans la lignée des directives européennes qui s’empilent sans jamais simplifier la vie des entrepreneurs.

    Pourtant, le principe de la facturation électronique n’est pas en soi une mauvaise idée. L’objectif – lutter contre la fraude fiscale et simplifier les déclarations – est louable. Mais sa mise en œuvre en Europe est un cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire.

    D’abord, parce que les délais sont trop courts. Les entreprises auront à peine dix-huit mois pour se conformer à un système complexe, avec des risques de sanctions en cas de non-respect. Ensuite, parce que les standards techniques varient d’un pays à l’autre, ce qui complique la tâche des entreprises qui opèrent à l’international. Enfin, parce que cette réforme s’ajoute à une pile déjà haute de réglementations, sans offrir de compensation en termes de simplification.

    Pendant ce temps, la Chine avance à marche forcée. Son système de facturation électronique centralisé, le Fapiao, est en place depuis 2016. Avec Golden Tax IV, déployé en 2025, Pékin a encore renforcé son contrôle sur les flux économiques, tout en offrant aux entreprises une visibilité sans précédent sur leurs transactions. Le résultat ? Une réduction drastique de la fraude fiscale, et une efficacité administrative qui fait rêver les entrepreneurs européens.

    Le contraste est saisissant. Alors que l’Europe s’enlise dans des débats interminables sur la protection des données et les droits des contribuables, la Chine montre qu’il est possible de concilier efficacité et contrôle. Pour les entreprises européennes, le message est clair : si vous voulez rester compétitives, il va falloir vous adapter – ou regarder ailleurs.

    DeepSeek et les autres : pourquoi les IA chinoises dominent déjà le marché

    Les Chinois vont bientôt annoncer leurs nouveaux modèles. Dans quelques semaines, DeepSeek devrait dévoiler une version encore plus performante de son IA, avec des promesses de coûts toujours plus bas et de capacités étendues.

    Cette annonce s’inscrit dans une dynamique plus large. Depuis 2024, les IA chinoises ont comblé une grande partie de leur retard sur les modèles américains. Aujourd’hui, elles offrent des performances comparables, pour un prix souvent inférieur de 30 à 50%. Et surtout, elles bénéficient d’un écosystème local qui leur donne un avantage décisif.

    Prenons l’exemple de la reconnaissance vocale. Les modèles chinois, comme ceux développés par iFlytek, sont optimisés pour le mandarin, une langue tonale complexe qui pose des défis uniques. Résultat : une précision supérieure à celle des modèles occidentaux, même dans des environnements bruyants. Pour les entreprises qui ciblent le marché chinois, c’est un atout majeur.

    Mais l’avantage des IA chinoises ne se limite pas à la langue. Leur intégration avec les plateformes locales – WeChat, Alipay, les systèmes de paiement mobiles – en fait des outils indispensables pour qui veut opérer en Chine. Et avec l’essor du commerce transfrontalier, cette intégration devient un argument de poids pour les entreprises européennes.

    Enfin, il y a la question des données. Les IA chinoises sont entraînées sur des jeux de données locaux, ce qui leur donne une compréhension fine des spécificités culturelles et économiques du pays. Pour les entreprises qui cherchent à pénétrer le marché chinois, c’est un avantage concurrentiel indéniable.

    Reste une question : jusqu’où ira cette domination ? Avec des investissements massifs dans la recherche et le développement, la Chine a les moyens de ses ambitions. Et dans un contexte où les États-Unis durcissent leurs restrictions sur les exportations de technologies, les entreprises européennes n’ont guère le choix : si elles veulent rester dans la course, elles devront composer avec les outils chinois.

    Le dilemme européen : dépendre des États-Unis ou de la Chine ?

    En 2026, l’Europe se trouve face à un choix cornélien. D’un côté, les États-Unis, avec leur écosystème technologique dominant, mais aussi leurs sanctions extraterritoriales et leur surveillance de masse. De l’autre, la Chine, avec ses outils performants et son approche souveraine des données, mais aussi son régime autoritaire et son manque de transparence.

    Pour les entreprises européennes, ce choix est d’autant plus difficile qu’il engage leur avenir à long terme. Se tourner vers la Chine, c’est prendre le risque de s’exposer à des sanctions américaines. Rester fidèle aux États-Unis, c’est accepter de dépendre d’un partenaire dont les intérêts ne coïncident pas toujours avec ceux de l’Europe.

    Et puis, il y a la question de la souveraineté. En 2026, l’Europe est toujours à la traîne en matière de technologies stratégiques. Malgré les annonces répétées de la Commission européenne, les investissements dans l’IA, le cloud ou les semi-conducteurs restent insuffisants. Résultat : les entreprises européennes sont contraintes de se tourner vers des solutions étrangères, qu’elles viennent des États-Unis ou de Chine.

    La Chine, elle, a fait le choix de l’autonomie. Avec son plan « Made in China 2025 », lancé il y a plus de dix ans, elle a investi massivement dans les technologies clés, des puces électroniques à l’intelligence artificielle. Aujourd’hui, elle récolte les fruits de cette stratégie, avec une industrie locale capable de rivaliser avec les géants américains.

    Pour l’Europe, le défi est immense. Il ne s’agit pas seulement de rattraper son retard technologique, mais aussi de repenser son modèle économique. Dans un monde où les données sont devenues une ressource stratégique, l’Europe doit trouver un équilibre entre protection des droits fondamentaux et compétitivité industrielle.

    Une chose est sûre : le statu quo n’est plus une option. Si l’Europe veut peser dans la compétition technologique mondiale, elle devra faire des choix clairs – et assumer les conséquences de ces choix.

    Conclusion : vers un monde multipolaire ?

    En juin 2026, une chose est claire : le monopole technologique des États-Unis est en train de s’effriter. La Chine, avec son écosystème souverain et ses outils performants, s’impose comme une alternative crédible. Pour les entreprises européennes, ce basculement offre des opportunités, mais aussi des risques.

    Reste à savoir si l’Europe saura tirer son épingle du jeu. Entre les lourdeurs réglementaires, le manque d’investissements dans les technologies clés et les divisions politiques, le chemin est semé d’embûches. Mais une chose est sûre : dans un monde où la technologie est devenue un enjeu géopolitique majeur, l’Europe ne peut plus se permettre de regarder ailleurs.

    La question n’est plus de savoir si la Chine dominera le marché technologique, mais comment l’Europe pourra coexister avec cette nouvelle réalité. Et cette question, mes chers lecteurs, est loin d’être tranchée.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

  • Gaza comme boussole, anatomie d’une obsession et d’un basculement géopolitique
    Gaza comme boussole, anatomie d’une obsession et d’un basculement géopolitique
    Depuis le printemps 2026, le Proche-Orient s’embrase de nouveau, et avec lui le débat français. Entre la guerre à Gaza, les frappes au Liban, les tensions avec l’Iran et la guerre en Ukraine, une même grille de lecture s’impose à certains : celle d’un Occident en bout de course. Je propose ici de prendre cette lecture au sérieux, de la documenter et d’en pointer les limites.

    Il y a une phrase que je me répète depuis des semaines, comme un refrain. La boussole, c’est Gaza.

    Je l’écris, je la réécris, et certains me trouvent obsessionnel. L’animateur Arthur, à la télévision, vient nous expliquer que nous aurions perdu la tête, que nous serions tous obsédés par ce minuscule territoire pour des « conneries » qui s’y dérouleraient. Le mot est lâché. Des « conneries ».

    Or ces « conneries » sont en réalité des crimes. Et toute la question de cet article tient là : comment un conflit régional est-il devenu, pour une partie de l’opinion, l’étalon moral à l’aune duquel on juge le reste du monde ? Et surtout : cette grille de lecture tient-elle la route ?

    Gaza, point de départ d’une fracture mondiale

    Reprenons les faits froidement. Depuis le 7 octobre 2023, la bande de Gaza est le théâtre d’une guerre dont le bilan humain est vertigineux. Selon les chiffres relayés par les agences onusiennes, des dizaines de milliers de Palestiniens ont péri, dont une proportion considérable de femmes et d’enfants.

    La question que je pose depuis des mois reste sans réponse claire : où sont les 2,4 millions de Gazaouis ? Combien sont morts dans cette enclave transformée en prison à ciel ouvert ?

    Ce silence statistique n’est pas anodin. Quand un chiffre devient impossible à établir, c’est souvent que sa publication dérange. La Cour internationale de Justice a été saisie, des procédures pour génocide ont été ouvertes, et la Cour pénale internationale a émis des mandats visant des responsables israéliens. Ces faits judiciaires, eux, sont incontestables et documentés.

    Voilà pourquoi je parle de boussole. Pour beaucoup, et notamment pour la jeunesse des quartiers populaires français, Gaza n’est plus un dossier diplomatique lointain. C’est devenu un point cardinal moral.

    Quand la rue française se branche sur le Proche-Orient

    Le soir de la victoire du PSG en Ligue des champions, des villes françaises se sont embrasées. La lecture officielle a parlé de débordements festifs qui auraient dérapé.

    Ma lecture est différente, et je l’assume :

    Ce que vous découvrez ce soir dans les villes de France est une réponse directe au génocide perpétré par Israël en Palestine et au Liban. Je suis le seul à vous l’écrire sous cette forme. La boussole, c’est Gaza, et la jeunesse française sait le rappeler, à sa manière.

    Je maintiens cette analyse, tout en mesurant qu’elle est contestable. Corréler des violences urbaines à un conflit international relève de l’interprétation, pas de la démonstration. Les sociologues des émeutes urbaines insistent sur la multiplicité des causes : relégation sociale, rapport à la police, effet d’aubaine festif.

    Mais nier toute dimension symbolique serait aussi malhonnête. Les drapeaux palestiniens brandis dans les manifestations, les slogans repris d’une rive à l’autre de la Méditerranée, témoignent d’une internationalisation des imaginaires politiques. La jeunesse connectée ne distingue plus tout à fait Gaza de sa propre géographie.

    La mécanique de l’escalade : Liban, Iran, et le piège de la force

    Le conflit ne s’est pas confiné à Gaza. Il a essaimé. Au Liban, les opérations militaires ont atteint un degré que je qualifie d’infamie sans hésiter.

    Le calcul stratégique israélien me semble pourtant condamné à l’échec. On nous présente des dirigeants persuadés de pouvoir démanteler le Hezbollah par la force pure. Faut-il leur rappeler une loi élémentaire des conflits asymétriques ?

    Pour chaque combattant neutralisé, dix autres se lèvent. C’est irréversible.

    Cette intuition n’a rien d’original : c’est le constat dressé par des théoriciens de la contre-insurrection après l’Irak et l’Afghanistan. La force militaire, lorsqu’elle frappe des populations, ne tarit pas le recrutement adverse. Elle l’alimente. David Petraeus lui-même, architecte de la doctrine américaine, en avait fait le cœur de son enseignement.

    L’Iran et l’arme de la soif

    Plus inquiétant encore, le glissement vers ce que j’appellerais une guerre des ressources. On nous explique que tel dirigeant se soucierait du sort des populations civiles iraniennes.

    C’est faux. Il ment. Il se moque éperdument que les musulmans d’Iran meurent de soif et que les terres agricoles s’assèchent.

    J’établis ici un parallèle qui en heurtera certains : celui de l’Holodomor, cette famine organisée en Ukraine soviétique dans les années 1930, reconnue comme génocide par de nombreux États. Utiliser l’eau et la terre comme armes, c’est franchir un seuil. La crise hydrique iranienne est réelle, documentée par les hydrologues depuis des années — surexploitation des nappes, barrages, sécheresse. La question est de savoir dans quelle mesure elle est instrumentalisée.

    Je reconnais que l’attribution d’une intention génocidaire demande des preuves, et que la rhétorique ne remplace pas l’enquête. Mais le refus de regarder la question en face me paraît, lui, une forme de complicité passive.

    Le cessez-le-feu, ce concept introuvable

    Il y a un vocabulaire qui me fascine par son cynisme. Le « cessez-le-feu constamment violé ».

    Arrêtons-nous deux secondes. Un cessez-le-feu, par définition, c’est l’arrêt des combats. S’il est « constamment violé », c’est qu’il n’existe pas.

    Nouveau concept : le cessez-le-feu constamment violé. Ce n’est qu’en France et parmi les amis d’Israël qu’on peut entendre et accepter pareille absurdité.

    Ce détournement sémantique n’est pas accidentel. Il permet de maintenir la fiction d’une désescalade tout en poursuivant les opérations. C’est une arme de communication. Et je note au passage que tout accord négocié qui ferait l’impasse sur le consentement des Israéliens eux-mêmes — population et institutions — est voué à l’échec. J’exclus totalement qu’Israël accepte un accord par-dessus la tête de sa propre société.

    Le danger du verbe « neutraliser »

    Un autre mot me hérisse : « neutraliser ». On l’emploie pour les drones russes, on l’emploie pour les combattants. Et certains, en France, commencent à l’employer pour parler des quartiers.

    Je l’ai dit clairement à un interlocuteur : nous ne sommes pas au Proche-Orient. On ne « neutralise pas définitivement » les habitants des quartiers populaires à la manière dont on traiterait un ghetto assiégé. Nous sommes en France, État de droit, avec une Constitution et des citoyens.

    L’importation du vocabulaire militaire dans le débat intérieur est un poison. Quand on parle des humains comme de cibles, on prépare les esprits à les traiter comme telles. C’est un mécanisme bien connu des historiens des violences de masse.

    Ukraine : le même logiciel, l’autre théâtre

    On me reproche parfois de tout mélanger. Gaza, le Liban, l’Iran, et puis soudain l’Ukraine. Mais c’est précisément là que réside ma thèse : il s’agit du même logiciel.

    En Ukraine, je ressens une tristesse immense. Des enfants sont tués des deux côtés. Dans ma propre famille, il y a des Ukrainiens et des Russes. Cette guerre est un déchirement intime autant qu’une catastrophe géopolitique.

    Ma conviction, qui me vaut des inimitiés, est qu’il n’est plus possible d’imposer une vision occidentale unique aux Russes, aux Iraniens, aux Chinois. Le monde unipolaire est en train de mourir, et il meurt mal.

    Je sais que cette position me range, aux yeux de beaucoup, dans un camp suspect. Je l’assume tout en reconnaissant la part de provocation. Affirmer qu’il faille « écraser les régimes qui poussent à la guerre totale » tout en « préservant absolument les populations civiles de tous les camps » est un funambulisme moral difficile à tenir. La frontière entre l’analyse stratégique et l’apologie d’un camp est ténue.

    Ce que la pluralité des récits nous enseigne

    Là où je veux être honnête : les contre-arguments existent et méritent d’être entendus.

    • On peut soutenir Israël tout en condamnant les exactions à Gaza. Les deux positions ne sont pas exclusives, même si je les trouve difficilement conciliables dans la pratique.
    • Le parallèle avec le nazisme, que j’emploie, est rejeté par la quasi-totalité des historiens de la Shoah comme une banalisation. Je l’utilise comme un cri, pas comme une thèse universitaire.
    • Soutenir la Russie de Poutine au nom du multipolarisme revient à fermer les yeux sur ses propres crimes. C’est la contradiction la plus sérieuse qu’on m’oppose.

    Je tiens à cette honnêteté intellectuelle. Une opinion qui refuse d’entendre ce qui la dérange n’est plus une opinion : c’est un dogme.

    Le piège du boycott et la guerre économique

    Puisque la guerre est aussi économique, parlons méthode. Le boycott est une arme, mais elle n’a de valeur que si elle est rigoureuse.

    Je propose un protocole simple, presque comptable :

    1. Identifier précisément le produit ou le service israélien à boycotter.
    2. Identifier — ou à défaut concevoir — le produit ou service de remplacement.
    3. Boycotter ensuite, méthodiquement, sans approximation.

    C’est ainsi qu’on procède proprement. Le boycott émotionnel, désordonné, ne sert à rien. Le boycott documenté, ciblé, finit par peser. Le mouvement BDS, qu’on l’approuve ou non, l’a démontré sur certains segments. Des listes d’entreprises circulent, parfois douteuses, parfois précises. La rigueur est ici une question de crédibilité.

    Reste une limite juridique majeure que je ne peux passer sous silence : en France, l’appel au boycott de produits en raison de leur origine a fait l’objet de poursuites, avant des évolutions de jurisprudence liées à la liberté d’expression. Le terrain est miné. Quiconque s’y engage doit en connaître les risques.

    Une conclusion qui refuse de conclure

    Je n’ai pas de mot de la fin rassurant. La situation au Proche-Orient s’aggrave, la guerre en Ukraine s’enlise, et le débat français se polarise jusqu’à l’incandescence.

    Ce que je crois, profondément, c’est que nous assistons à un basculement. L’ordre né de 1945 et consolidé en 1991 craque de toutes parts. Les anciennes hégémonies ne dictent plus seules la marche du monde.

    Est-ce une libération ou un chaos ? Je n’en sais rien. Mais une chose est sûre : tant que des enfants mourront sous les bombes, à Gaza, à Kyiv ou ailleurs, aucune raison d’État ne tiendra devant le tribunal de l’Histoire.

    La boussole, pour moi, restera ce qu’elle est. Un point cardinal moral. À chacun de vérifier si la sienne pointe encore vers l’humain.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

  • La France, entre souveraineté technologique et fractures communautaires
    La France, entre souveraineté technologique et fractures communautaires
    La France fait face à des défis multiples : protection de sa souveraineté technologique, montée des tensions communautaires et positionnement géopolitique complexe au Proche-Orient. Une analyse des forces qui tiraillent le pays entre ambitions souveraines et réalités du terrain.

    La France traverse une période de turbulences sans précédent. Entre les enjeux de souveraineté technologique, les fractures communautaires grandissantes et un positionnement géopolitique de plus en plus difficile à tenir, notre pays semble naviguer à vue. Permettez-moi de partager avec vous quelques réflexions sur ces défis qui façonnent notre présent et détermineront notre avenir.

    L’optronique française : un enjeu de souveraineté mal compris

    Commençons par une bonne nouvelle, car il en faut. La France a récemment pris des mesures pour protéger son secteur de l’optronique, et je soutiens cette démarche souveraine qui nécessite beaucoup de courage dans le contexte actuel. L’optronique, pour ceux qui ne seraient pas familiers avec ce terme, c’est cette technologie qui combine optique et électronique – pensez aux systèmes de vision nocturne, aux capteurs infrarouges, aux dispositifs de guidage laser.

    C’est un domaine où la France possède encore une avance technologique significative. Des entreprises comme Thales, Safran Electronics & Defense ou Photonis sont des leaders mondiaux dans leurs segments respectifs. Cette excellence n’est pas tombée du ciel : elle est le fruit de décennies d’investissements en R&D et d’une collaboration étroite entre l’État, les industriels et les centres de recherche.

    Mais voilà, dans un monde où la technologie est devenue le nerf de la guerre économique et militaire, protéger ces savoir-faire devient un impératif vital. Les Américains l’ont bien compris avec leur Committee on Foreign Investment (CFIUS), les Chinois avec leur stratégie de « fusion militaro-civile ». La France, elle, a longtemps hésité entre ouverture naïve et protectionnisme mal assumé.

    Le décret sur les investissements étrangers dans les secteurs stratégiques, renforcé en 2023 et appliqué plus strictement aujourd’hui, marque enfin une prise de conscience. Mais combien de pépites technologiques avons-nous déjà perdues ? Combien d’Alcatel, de Technip, de Latécoère faudra-t-il sacrifier avant de comprendre que la souveraineté technologique n’est pas un gros mot mais une condition de survie ?

    Les défis de la protection technologique

    Protéger sa technologie, c’est bien. Encore faut-il avoir les moyens de cette ambition. Car soyons honnêtes : face aux géants américains et chinois, nos champions nationaux font figure de David contre Goliath. Le budget R&D de la Défense française, c’est environ 1,5 milliard d’euros par an. Les États-Unis ? Plus de 100 milliards. La Chine ? On ne sait pas exactement, mais certainement plus que nous.

    Alors oui, protégeons notre optronique. Mais investissons aussi massivement dans ces technologies. Créons les conditions pour que nos ingénieurs n’aillent pas monnayer leur talent à l’étranger. Développons des partenariats européens solides, car seuls, nous sommes condamnés à l’insignifiance.

    Le défi communautaire : entre intégration et fragmentation

    Si la question technologique est cruciale, elle paraît presque simple comparée aux défis sociétaux qui nous attendent. Le Rassemblement des Musulmans de France, qui s’est tenu début avril, a cristallisé toutes les tensions. D’un côté, j’ai salué cette rencontre fraternelle – car oui, c’est l’honneur de la France de permettre de telles expressions de la diversité religieuse. De l’autre, je ne peux ignorer les inquiétudes légitimes que suscitent certaines dérives.

    La réalité, je vous la dévoile : le gouvernement français ne considère pas qu’il s’agit d’un simple « Rassemblement des Musulmans de France », mais du « Rassemblement des Frères Musulmans de France ». Une nuance qui change tout. Les Frères Musulmans, organisation fondée en Égypte en 1928, poursuivent un agenda politique précis : l’islamisation progressive de la société. Leur stratégie ? S’implanter dans le tissu associatif, éducatif, social, pour influencer progressivement les mentalités.

    En France, cette stratégie trouve un terreau fertile dans les quartiers délaissés par la République. Quand l’État se retire, quand les services publics disparaissent, quand l’école républicaine faillit à sa mission, d’autres acteurs prennent le relais. Et ces acteurs ne partagent pas forcément les valeurs de la République.

    La montée des tensions

    Les signes de fragmentation se multiplient. Les PME françaises, confrontées à des pressions économiques et sociales croissantes, commencent à adopter des positions de plus en plus radicales. Certains parlent même d’une vague antisémite dans le monde entrepreneurial – une accusation grave qui mérite d’être examinée avec prudence mais sans naïveté.

    La France catholique, elle, semble de plus en plus mal à l’aise avec l’évolution politique du pays. Le couple Bardella-Bourbon, symbole d’une certaine droite identitaire, ne fait pas l’unanimité, loin s’en faut. Les catholiques pratiquants, souvent présentés comme le socle électoral naturel du RN, sont en réalité profondément divisés.

    Cette fragmentation n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte d’une stratégie délibérée : diviser pour mieux régner. Les réseaux sociaux, les médias communautaires, les influences étrangères – tout concourt à créer des bulles informationnelles étanches où chacun ne dialogue plus qu’avec ses semblables.

    La France et le Proche-Orient : l’impuissance assumée ?

    Sur la scène internationale, la position française devient de plus en plus inconfortable. La situation au Liban et en Palestine illustre parfaitement notre impuissance. J’ai appelé la France à déployer des forces militaires d’interposition au Liban et en Palestine contre les Israéliens et contre les Américains qui les arment. Un appel qui peut sembler provocateur, mais qui pose une vraie question : à quoi sert une « puissance moyenne » si elle ne peut même pas faire respecter le droit international dans sa zone d’influence historique ?

    Le Liban, ancienne perle du Levant sous mandat français, s’enfonce dans le chaos. La Palestine continue de subir une occupation qui défie toutes les résolutions de l’ONU. Et la France ? Elle « condamne », elle « appelle au dialogue », elle « exprime sa préoccupation ». Des mots, toujours des mots, jamais d’actes.

    Cette impuissance n’est pas seulement diplomatique, elle est aussi morale. Comment prétendre incarner les valeurs universelles des droits de l’homme quand on ferme les yeux sur les violations quotidiennes de ces mêmes droits ? Comment parler de justice internationale quand on laisse prospérer l’injustice à nos portes ?

    Le prix de la lâcheté

    La France doit arrêter de parler et commencer à agir. Mais pour cela, il faudrait du courage politique. Il faudrait oser défier Washington, oser affronter les lobbies, oser prendre des risques. Or, nos dirigeants semblent plus préoccupés par leur réélection que par l’honneur de la France.

    Le résultat ? Nous perdons sur tous les tableaux. Notre influence au Proche-Orient s’effondre. Notre crédibilité morale est en lambeaux. Et pendant ce temps, d’autres acteurs – Russie, Chine, Turquie – comblent le vide laissé par notre renoncement.

    Le système politique français : une démocratie en trompe-l’œil ?

    Face à ces défis monumentaux, on pourrait espérer un sursaut démocratique. Un débat de fond sur l’avenir du pays. Une mobilisation citoyenne pour reprendre notre destin en main. Mais que constate-t-on ? Une classe politique déconnectée, des médias qui préfèrent le spectacle à l’information, et des citoyens de plus en plus désabusés.

    Quand j’appelle Manuel Valls à se présenter, c’est par provocation, certes, mais aussi par désespoir. Car au fond, peu importe qui se présente si le système reste le même. Un système où l’on s’essuie les pieds sur la démocratie, où l’on se moque honteusement des Français qui participent activement à la vie démocratique en ligne.

    Les émissions de divertissement politique – oxymore s’il en est – symbolisent cette dérive. Pas un seul présentateur n’oserait poser les vraies questions, celles qui fâchent, celles qui dérangent. On préfère les petites phrases, les clashs stériles, les polémiques artificielles. Pendant ce temps, les vrais enjeux restent dans l’ombre.

    La stratégie de la diversion

    Cette situation n’est pas accidentelle. Elle résulte d’une stratégie délibérée : la fragmentation et la diversion. On crée des polémiques artificielles pour éviter les débats de fond. On monte les communautés les unes contre les autres pour éviter qu’elles ne s’unissent contre le système. On noie l’information importante dans un flot de faits divers et de buzz médiatiques.

    Et ça fonctionne, surtout en France. Notre pays, qui se targue d’être celui des Lumières, semble avoir perdu sa capacité de discernement critique. Très peu de gens sont en mesure de comprendre ce qui se passe réellement. La plupart se contentent de répéter les éléments de langage qu’on leur sert, sans jamais questionner les narratifs dominants.

    Vers un sursaut salvateur ?

    Alors, tout est-il perdu ? Faut-il baisser les bras et accepter le déclin ? Non, mille fois non. Car la France a en elle les ressources pour rebondir. Nous avons des atouts considérables : une population éduquée, des infrastructures de qualité, une position géographique stratégique, une langue parlée sur tous les continents.

    Mais pour que ces atouts deviennent des leviers de renaissance, il faut d’abord regarder la réalité en face. Arrêter de se mentir sur notre situation. Cesser de croire que notre glorieux passé nous garantit un avenir radieux. Comprendre que rien n’est acquis et que tout est à reconquérir.

    Il faut ensuite retrouver le sens du collectif. Dépasser les clivages artificiels qui nous divisent. Réapprendre à faire nation, sans pour autant nier nos différences. C’est possible – d’autres pays l’ont fait. Mais cela demande du courage, de la lucidité et surtout, une volonté politique qui semble cruellement faire défaut aujourd’hui.

    J’espère qu’il va y avoir un sursaut de bon sens à la française de toute urgence dans ce pays. Car si nous continuons sur cette trajectoire, si nous laissons faire, si nous acceptons que la France devienne « un pays bien dégueulasse » comme je l’ai écrit dans un moment de colère, alors nous aurons collectivement failli à notre devoir historique.

    La France mérite mieux que ce qu’elle est devenue. Les Français méritent mieux que ce qu’on leur propose. Mais ce « mieux » ne tombera pas du ciel. Il faudra le conquérir, le mériter, le défendre. Êtes-vous prêts pour ce combat ? Car moi, malgré tout, malgré la désillusion et l’amertume, je le suis encore. Et vous ?

    Pour aller plus loin

    Sources et références

  • Le tandem Trump-Netanyahu, une menace pour l’ordre mondial
    Le tandem Trump-Netanyahu, une menace pour l’ordre mondial
    Le retour de Donald Trump à la présidence américaine, couplé aux actions de Benjamin Netanyahu, crée une situation géopolitique explosive qui menace l’équilibre mondial. Face à cette dérive autoritaire, les appels à l’intervention de la diplomatie européenne se multiplient.

    Je ne pensais pas revivre ça. Après les années tumultueuses du premier mandat Trump, j’espérais naïvement que les institutions démocratiques avaient tiré les leçons du passé. Mais voilà que nous sommes en avril 2026, et la situation est encore plus préoccupante qu’avant. Le tandem Trump-Netanyahu représente aujourd’hui une menace sans précédent pour la stabilité mondiale, et je ne suis manifestement pas le seul à m’en inquiéter.

    Le retour du chaos : Trump 2.0

    Quand j’observe le comportement actuel de Donald Trump, je ne peux m’empêcher de constater une dégradation manifeste. À 79 ans, le président américain montre des signes évidents de ce que n’importe quel psychologue spécialisé en gériatrie identifierait comme les pathologies classiques du grand âge : rigidité mentale et désinhibition. Ces symptômes, normaux dans le vieillissement, deviennent particulièrement problématiques quand ils affectent l’homme le plus puissant du monde.

    La rigidité mentale se manifeste par une incapacité croissante à adapter ses positions, à écouter les conseils contradictoires, à envisager des solutions nuancées. Quant à la désinhibition, elle se traduit par des déclarations de plus en plus outrancières, des décisions impulsives et une propension accrue aux conflits. Ces caractéristiques, déjà présentes lors de son premier mandat, se sont considérablement amplifiées.

    Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est la dimension financière de cette présidence. Pendant que le monde s’enflamme, Trump et sa famille se sont considérablement enrichis. C’est tout ce qui intéresse les Trump, et ça fonctionne. Le système qu’il a mis en place est d’une efficacité redoutable : il tient ses collaborateurs par l’argent, et tant que ça rapporte, personne ne le lâche.

    Netanyahu : l’allié de tous les dangers

    Si Trump représente le chaos imprévisible, Netanyahu incarne la stratégie calculée poussée à l’extrême. Le Premier ministre israélien, revenu au pouvoir dans des circonstances controversées, a trouvé en Trump 2.0 le partenaire idéal pour ses ambitions les plus radicales. Ensemble, ils forment un duo que je n’hésite pas à qualifier de diabolique.

    Les actions conjointes de Trump et Netanyahu ont déjà causé trop de victimes innocentes. Les escalades militaires se succèdent, les provocations diplomatiques s’enchaînent, et la communauté internationale semble impuissante face à cette spirale destructrice. Nous assistons à une capitulation complète des États-Unis face aux positions les plus extrêmes, en direct, et c’est proprement sidérant.

    Ce qui distingue ce tandem des autres alliances géopolitiques controversées du passé, c’est l’absence totale de garde-fous. Les institutions américaines, affaiblies par des années de polarisation, ne parviennent plus à contenir les excès présidentiels. Quant à Israël, le système politique fragmenté permet à Netanyahu de gouverner avec une coalition ultra-minoritaire mais déterminée.

    L’Europe face à ses responsabilités

    Dans ce contexte, je me tourne vers l’Europe, et particulièrement vers la France. Le président Macron se trouve dans une position unique : il est l’un des rares dirigeants occidentaux à avoir conservé des canaux de communication avec toutes les parties. Avec ses homologues russe et chinois, il fait partie du cercle restreint capable d’exercer une pression diplomatique significative sur Washington.

    L’urgence est réelle. Il ne reste que peu de temps pour empêcher des décisions irréversibles qui seront regrettées pendant des décennies. L’Europe ne peut plus se contenter d’observer passivement la dégradation de la situation. Elle doit agir, et vite.

    Les options sont limitées mais existent :

    • Activation des mécanismes de médiation multilatérale via l’ONU
    • Pressions économiques coordonnées, notamment sur les circuits financiers qui enrichissent le clan Trump
    • Coalition diplomatique avec les puissances asiatiques pour isoler les positions extrêmes
    • Mobilisation de l’opinion publique américaine via les relais médiatiques et politiques

    Les leçons de l’histoire

    Je sais que les comparaisons historiques sont toujours délicates, mais comment ne pas penser aux années 1930 ? Nous n’avons pas connu Hitler, c’est vrai. Nous n’avons que des livres pour comprendre cette époque et le mal qui a été fait. Mais nous vivons aujourd’hui une situation qui, sans être identique, présente des similitudes troublantes : la montée de l’autoritarisme, le mépris des institutions internationales, la déshumanisation de l’adversaire.

    La différence majeure réside dans notre capacité d’action. Contrairement aux années 1930, nous disposons aujourd’hui d’institutions internationales, de mécanismes de régulation, de moyens de communication instantanés. Nous avons aussi la mémoire collective de ce qui se passe quand les démocraties abdiquent face à la force brute.

    Notre devoir est donc clair : nous devons utiliser tous les moyens à notre disposition pour stopper cette dérive avant qu’il ne soit trop tard. L’histoire ne nous pardonnera pas l’inaction.

    La chute programmée ?

    Paradoxalement, les germes de la chute du système Trump sont déjà visibles. La Trump Organization et les membres de la famille Trump accumulent les problèmes judiciaires. Les enquêtes se multiplient, les preuves s’accumulent. Tôt ou tard, ce château de cartes s’effondrera.

    Le système de loyauté basé sur l’enrichissement mutuel a ses limites. Dès que l’argent cessera de couler, les collaborateurs commenceront à prendre leurs distances. C’est la faiblesse intrinsèque de tout système mafieux : la loyauté n’y est qu’une question d’intérêts financiers.

    Mais en attendant cette chute annoncée, les dégâts s’accumulent. Chaque jour qui passe voit de nouvelles victimes, de nouvelles destructions, de nouveaux reculs démocratiques. Pouvons-nous vraiment nous permettre d’attendre que le système s’effondre de lui-même ?

    Que faire maintenant ?

    Face à cette situation, chacun de nous a un rôle à jouer. Les citoyens doivent maintenir la pression sur leurs représentants. Les médias doivent continuer à documenter les dérives. Les institutions judiciaires doivent poursuivre leurs enquêtes malgré les pressions.

    Au niveau international, la mobilisation doit s’intensifier. Les sanctions économiques ciblées peuvent avoir un impact réel. L’isolement diplomatique peut forcer à la modération. La pression de l’opinion publique mondiale peut faire la différence.

    Nous vivons un moment critique de l’histoire. Les décisions prises dans les prochaines semaines détermineront le monde dans lequel nous vivrons demain. Ne restons pas spectateurs de notre propre destruction. Agissons, maintenant, avant qu’il ne soit vraiment trop tard.

    Pour aller plus loin

  • La diplomatie à géométrie variable de Trump avec le monde arabo-musulman
    La diplomatie à géométrie variable de Trump avec le monde arabo-musulman
    L’administration Trump affiche publiquement des relations cordiales avec certains pays arabes tout en nourrissant des préjugés profonds contre les populations musulmanes. Cette duplicité révèle les contradictions d’une diplomatie guidée par les intérêts financiers plutôt que par des valeurs cohérentes.

    Permettez-moi de partager une observation troublante sur la politique étrangère américaine actuelle. Après avoir analysé de près les déclarations publiques et les actions de l’administration Trump depuis son retour au pouvoir, un schéma inquiétant se dessine : une diplomatie à deux vitesses qui cache mal des préjugés profondément enracinés.

    Le grand écart diplomatique

    D’un côté, nous assistons à des scènes surréalistes : Trump serrant chaleureusement la main du prince héritier saoudien, signant des contrats d’armement de plusieurs milliards, vantant les mérites de ses « amis » du Golfe. De l’autre, les déclarations off-the-record, les politiques migratoires discriminatoires et les nominations de conseillers ouvertement hostiles à l’islam racontent une tout autre histoire.

    Cette schizophrénie diplomatique n’est pas nouvelle. Déjà lors de son premier mandat (2017-2021), Trump avait instauré le fameux « Muslim Ban », interdisant l’entrée aux États-Unis des ressortissants de plusieurs pays musulmans. Paradoxalement, l’Arabie Saoudite, premier pays visité lors de sa tournée présidentielle de 2017, n’y figurait pas. La raison ? Les pétrodollars, évidemment.

    Ce qui rend la situation actuelle particulièrement préoccupante, c’est l’institutionnalisation de cette hypocrisie. Les membres de son administration ne cachent plus leur animosité :

    • Nominations de personnalités ouvertement islamophobes à des postes clés
    • Rhétorique de plus en plus agressive contre les communautés musulmanes américaines
    • Politiques sécuritaires ciblant spécifiquement les populations d’origine arabe
    • Soutien inconditionnel aux mouvements anti-musulmans en Europe

    L’argent comme seul passeport

    La clé pour comprendre cette apparente contradiction réside dans un principe simple : pour Trump et son équipe, la richesse efface temporairement l’origine ethnique ou religieuse. Un prince saoudien milliardaire sera toujours mieux accueilli à Mar-a-Lago qu’un ingénieur syrien diplômé du MIT.

    Cette vision transactionnelle des relations internationales transforme la diplomatie en simple commerce. Les dirigeants arabes fortunés deviennent des « partenaires stratégiques » tant qu’ils signent des chèques. Mais cette amitié de façade cache mal le mépris sous-jacent.

    Les exemples abondent :

    « Ils achètent des appartements à moi. Ils dépensent 40 millions, 50 millions de dollars. Suis-je censé les détester ? J’aime les Saoudiens. »

    Cette déclaration de Trump, datant de 2015, résume parfaitement sa philosophie : l’argent achète une tolérance temporaire, pas un respect véritable.

    Les conséquences géopolitiques

    Cette duplicité a des répercussions majeures sur la stabilité régionale. Les pays du Golfe, conscients de cette instrumentalisation, jouent leur propre jeu. Ils achètent la protection américaine tout en diversifiant leurs alliances avec la Chine et la Russie.

    L’Iran, présenté comme l’ennemi absolu, sert de bouc émissaire commode pour justifier une présence militaire massive et des ventes d’armes record. Mais les tensions actuelles suggèrent que l’Arabie Saoudite pourrait être la prochaine sur la liste des « ennemis » une fois son utilité épuisée.

    Le RN, miroir français de cette hypocrisie

    En France, le Rassemblement National reproduit ce schéma avec une troublante similarité. Marine Le Pen courtise les électeurs français d’origine maghrébine tout en maintenant une rhétorique anti-immigration féroce. Jordan Bardella multiplie les selfies dans les quartiers populaires tout en proposant des mesures discriminatoires.

    Cette stratégie du « diviser pour régner » vise à créer une distinction artificielle entre les « bons » musulmans intégrés et les « mauvais » nouveaux arrivants. Une tactique cynique qui rappelle étrangement celle de Trump avec ses milliardaires du Golfe.

    Les parallèles sont frappants :

    • Instrumentalisation de la peur de l’islam radical
    • Distinction entre musulmans « acceptables » et « dangereux »
    • Rhétorique sécuritaire omniprésente
    • Alliances de circonstance avec des figures communautaires

    L’impact sur les communautés musulmanes

    Cette politique de la division a des effets dévastateurs sur les communautés musulmanes occidentales. Sommées de prouver constamment leur loyauté, elles se retrouvent prises en étau entre des exigences contradictoires.

    Les jeunes musulmans américains et européens vivent cette schizophrénie au quotidien : citoyens de seconde zone dans leur propre pays, ils sont paradoxalement courtisés quand ils réussissent économiquement. Cette situation génère une profonde crise identitaire et alimente, ironiquement, le phénomène de radicalisation que ces politiques prétendent combattre.

    Les véritables enjeux derrière le rideau

    Au-delà des préjugés personnels, cette stratégie sert des intérêts économiques et géopolitiques précis. Le complexe militaro-industriel américain a besoin d’ennemis pour justifier ses budgets astronomiques. Les pays du Golfe, acheteurs compulsifs d’armement, sont à la fois clients et menaces potentielles.

    Cette ambiguïté entretenue permet de :

    • Maintenir des prix élevés pour les contrats de défense
    • Justifier une présence militaire permanente dans la région
    • Contrôler les routes pétrolières stratégiques
    • Contenir l’influence chinoise et russe

    Mais cette stratégie court-termiste fragilise les alliances traditionnelles. Les monarchies du Golfe, conscientes de leur vulnérabilité, développent leurs propres capacités militaires et diversifient leurs partenariats. L’Arabie Saoudite négocie désormais directement avec l’Iran, court-circuitant la médiation américaine.

    Vers une escalade inévitable ?

    Les signaux actuels sont inquiétants. Les déclarations de plus en plus agressives de l’administration Trump suggèrent que l’Arabie Saoudite pourrait devenir le prochain « État voyou » une fois ses réserves pétrolières moins stratégiques ou ses achats d’armes moins lucratifs.

    Cette spirale de méfiance mutuelle risque de déstabiliser une région déjà fragile. Les conséquences pourraient être catastrophiques :

    • Rupture des alliances traditionnelles
    • Course aux armements régionale
    • Radicalisation des populations
    • Instabilité économique mondiale

    Que faire face à cette dérive ?

    Face à cette diplomatie toxique, plusieurs pistes méritent d’être explorées. D’abord, il est crucial de dénoncer cette hypocrisie et de refuser la normalisation de discours haineux, qu’ils viennent de Washington ou de Paris.

    Les communautés musulmanes doivent résister à la tentation du repli communautaire et continuer à s’engager dans le débat public. Les alliances inter-communautaires sont plus nécessaires que jamais pour contrer les stratégies de division.

    Les pays arabes, de leur côté, gagneraient à développer une stratégie commune plutôt que de jouer la carte de la compétition. L’unité face aux pressions extérieures est leur meilleure protection contre l’instrumentalisation.

    Enfin, les citoyens des démocraties occidentales ont la responsabilité de sanctionner électoralement les politiques de haine. La complaisance face à l’islamophobie institutionnelle prépare le terrain à des dérives autoritaires qui finiront par toucher l’ensemble de la société.

    Bref. Nous assistons à un moment charnière où les masques tombent. La question n’est plus de savoir si Trump et ses alliés européens nourrissent des préjugés anti-musulmans – c’est désormais une évidence. La vraie question est : combien de temps les intérêts économiques parviendront-ils à masquer cette réalité ? Et surtout, que se passera-t-il quand ce fragile équilibre se rompra ?

    Pour aller plus loin

    Sources et références

  • Le Liban mérite notre solidarité inconditionnelle
    Le Liban mérite notre solidarité inconditionnelle
    Le Liban traverse une crise sans précédent qui appelle à une solidarité authentique, loin des récupérations politiques. Face à l’effondrement économique et social, le peuple libanais mérite notre soutien inconditionnel et notre reconnaissance pour sa résilience exceptionnelle.

    Je demande pardon à nos sœurs et à nos frères libanais. Ces mots, je les ai écrits il y a quelques jours, et ils résonnent encore en moi avec une force particulière. Pourquoi demander pardon ? Parce que nous, Français, Européens, citoyens du monde supposément « développé », avons trop longtemps détourné le regard de ce qui se passe au Liban.

    Le pays du Cèdre s’effondre sous nos yeux depuis des années, et nous continuons à faire comme si de rien n’était. Pire, certains osent encore instrumentaliser la souffrance libanaise à des fins politiques, prétendant avoir des « amis libanais » qu’ils n’ont jamais rencontrés, qu’ils ne connaissent pas, qu’ils utilisent comme faire-valoir dans leurs petits jeux politiciens.

    Un effondrement systémique ignoré par l’Occident

    Depuis 2019, le Liban vit ce que la Banque mondiale a qualifié comme l’une des trois pires crises économiques mondiales depuis 1850. La livre libanaise a perdu plus de 95% de sa valeur. L’inflation dépasse les 200%. Les coupures d’électricité durent jusqu’à 22 heures par jour. Les médicaments manquent. Les hôpitaux ferment.

    Et que faisons-nous ? Nous organisons des conférences internationales où l’on promet des aides qui n’arrivent jamais. Nous envoyons des émissaires qui prennent des photos avec des responsables corrompus. Nous publions des communiqués de presse remplis de « préoccupation » et de « vigilance ». Bref, nous ne faisons rien.

    Le plus révoltant, c’est que cette crise n’est pas le fruit du hasard ou d’une catastrophe naturelle. C’est le résultat direct d’un système politique confessionnel pourri jusqu’à la moelle, maintenu en place avec la complicité tacite des puissances occidentales qui y trouvent leur compte. Un système où une élite kleptocrate a littéralement volé l’épargne de toute une population.

    Le Liban appartient aux Libanais

    Cette évidence mérite d’être rappelée, tant elle semble oubliée par tous ceux qui se mêlent des affaires libanaises. Le Liban n’est pas un protectorat français, malgré notre histoire commune. Ce n’est pas non plus un terrain de jeu pour les ambitions régionales de l’Iran, de l’Arabie Saoudite ou d’Israël. C’est un pays souverain, avec un peuple qui aspire simplement à vivre dignement.

    Les Libanais ont prouvé leur résilience extraordinaire. Malgré la guerre civile, les invasions, les attentats, les crises économiques, ils ont toujours su se relever. Leur capacité d’adaptation force l’admiration. Mais cette résilience a ses limites, et nous sommes en train de les atteindre.

    La diaspora libanaise, estimée à plus de 15 millions de personnes dans le monde (contre 6 millions au Liban), envoie chaque année des milliards de dollars pour maintenir leurs familles à flot. Sans ces transferts, le pays se serait déjà complètement effondré. C’est dire à quel point le système est à bout de souffle.

    L’instrumentalisation politique de la détresse

    Ce qui me met particulièrement en colère, c’est de voir certains politiciens français instrumentaliser la cause libanaise. Ils prétendent avoir des « amis libanais » pour se donner une stature internationale, mais sont incapables de citer un seul nom, de raconter une seule histoire personnelle, de montrer une vraie connaissance du pays et de ses enjeux.

    Ces faux amis du Liban sont les pires ennemis du peuple libanais. Ils utilisent sa souffrance comme un accessoire de communication, un élément de storytelling politique. Ils parlent du Liban quand ça les arrange, disparaissent quand il faudrait agir concrètement.

    Une solidarité concrète, pas des larmes de crocodile

    Alors, que faire ? D’abord, arrêter l’hypocrisie. Si nous voulons vraiment aider le Liban, commençons par cesser de soutenir le système politique corrompu qui l’étouffe. Arrêtons de traiter avec des dirigeants qui ont pillé leur propre pays. Exigeons une vraie transparence sur l’utilisation des aides internationales.

    Ensuite, facilitons l’intégration de la diaspora libanaise dans nos pays. Ces femmes et ces hommes brillants contribuent énormément à nos économies. Donnons-leur les moyens de réussir chez nous tout en maintenant leurs liens avec leur pays d’origine.

    Soutenons aussi les initiatives de la société civile libanaise. Des ONG comme l’Association libanaise pour l’éducation et la formation (ALEF) ou Offre Joie font un travail remarquable avec des moyens dérisoires. Elles méritent notre soutien direct, sans passer par les canaux gouvernementaux corrompus.

    Le rôle de la France : entre responsabilité historique et impuissance actuelle

    La France a une responsabilité historique particulière envers le Liban. Puissance mandataire après la Première Guerre mondiale, elle a contribué à façonner le système politique libanais actuel. Ce système confessionnel, censé garantir l’équilibre entre les différentes communautés, est devenu une prison dorée pour les élites et un cauchemar pour le peuple.

    Aujourd’hui, la France se gargarise de son « amitié » avec le Liban mais reste impuissante face à la crise. Les visites présidentielles se succèdent, les promesses aussi, mais rien ne change. Pire, en continuant à traiter avec les mêmes interlocuteurs corrompus, nous légitimions le système qui opprime les Libanais.

    Il est temps d’adopter une approche radicalement différente. Sanctionnons les responsables de la crise. Gelons leurs avoirs en Europe. Interdisons-leur l’accès à nos territoires. Montrons que la corruption a des conséquences.

    L’espoir malgré tout

    Malgré ce tableau sombre, je refuse de perdre espoir. Le peuple libanais a montré à maintes reprises sa capacité à se réinventer. La révolution du 17 octobre 2019 a prouvé que les Libanais, toutes confessions confondues, pouvaient s’unir pour exiger le changement.

    Les jeunes Libanais, en particulier, portent en eux les germes d’un nouveau Liban. Éduqués, connectés au monde, ils refusent de se laisser enfermer dans les carcans confessionnels de leurs aînés. Ils créent des startups, lancent des initiatives sociales, imaginent un futur différent.

    C’est à eux que nous devons notre solidarité. Pas aux politiciens corrompus, pas aux chefs de guerre reconvertis en hommes d’État, mais à cette jeunesse qui porte l’espoir d’un Liban nouveau.

    Un appel à l’action

    Je termine cet article par un appel. Si vous lisez ces lignes et que vous voulez vraiment aider le Liban, agissez. Soutenez une ONG libanaise. Achetez des produits libanais. Visitez le pays quand vous le pouvez – le tourisme est vital pour l’économie locale. Parlez du Liban autour de vous, pas comme d’un pays en guerre perpétuelle, mais comme d’une nation qui mérite mieux que ce qu’elle vit actuellement.

    Et surtout, refusez l’instrumentalisation politique de la cause libanaise. Quand vous entendez un politicien parler de ses « amis libanais », demandez-lui leurs noms. Quand on vous promet des aides, exigez des comptes. Quand on vous parle du Liban, vérifiez que derrière les mots, il y a des actes.

    Nos sœurs et nos frères libanais méritent mieux que notre pitié. Ils méritent notre respect, notre solidarité active et notre engagement à leurs côtés. Le Liban appartient aux Libanais, mais leur combat pour la dignité et la justice nous concerne tous.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

  • Bibi a disparu? Entre rumeurs d’élimination et théories du complot
    Bibi a disparu? Entre rumeurs d’élimination et théories du complot
    Benjamin Netanyahu a disparu des radars depuis une semaine, déclenchant une vague de spéculations. Entre hypothèse d’une élimination ciblée et théorie d’une fuite organisée, l’absence du Premier ministre israélien alimente tous les fantasmes géopolitiques.

    « T’es où Bibi t’es où?… Bibi t’es où?… Où t’es? Bibi. »

    Cette question, qui résonne comme un refrain obsédant, capture parfaitement l’inquiétude qui s’empare du Moyen-Orient depuis une semaine. Benjamin Netanyahu, figure incontournable de la politique israélienne depuis des décennies, semble avoir disparu de la circulation.

    Plus troublant encore : personne ne sait vraiment ce qui lui est arrivé.

    Une disparition qui interroge

    Les premiers signaux d’alarme remontent au 2 mars. Ce jour-là, plusieurs sources concordantes plaçaient Netanyahu à un endroit précis, au moment précis où une opération militaire d’envergure se déroulait dans la région.

    La coïncidence était troublante. Trop troublante.

    « La probabilité que Bibi soit touché est forte », notais-je alors, en analysant les informations disponibles. Les indices s’accumulaient : localisation géographique, timing de l’opération, silence radio des services de communication habituels du Premier ministre.

    Depuis, plus rien. Ou presque.

    L’hypothèse de l’élimination ciblée

    Dans le contexte géopolitique actuel, l’hypothèse d’une élimination ciblée de Netanyahu ne relève pas de la science-fiction. Le Premier ministre israélien cumule les ennemis : Iran, Hezbollah, Hamas, sans compter une partie croissante de l’opinion publique israélienne elle-même.

    Les opérations d’élimination ciblée font partie de l’ADN stratégique du Moyen-Orient depuis des décennies. Israël en a d’ailleurs été l’un des pionniers, éliminant systématiquement les leaders de ses adversaires.

    La loi du talion pourrait-elle s’appliquer ?

    Les services de renseignement iraniens ont considérablement monté en puissance ces dernières années. Leurs capacités opérationnelles, longtemps sous-estimées par l’Occident, rivalisent désormais avec celles des grandes puissances. Une opération d’élimination sur le territoire israélien, si elle reste complexe, n’est plus impensable.

    Les précédents troublants

    L’histoire récente du Moyen-Orient regorge d’éliminations spectaculaires. Qassem Soleimani en 2020, les scientifiques nucléaires iraniens, les leaders du Hamas et du Hezbollah… La liste est longue.

    Netanyahu lui-même a orchestré ou validé nombre de ces opérations. L’ironie de l’histoire voudrait-elle qu’il en devienne la victime ?

    Les méthodes ont évolué. Drones de précision, cyber-attaques, empoisonnements sophistiqués : l’arsenal des services secrets n’a jamais été aussi varié. Une élimination discrète, sans traces apparentes, relève aujourd’hui du domaine du possible.

    La piste de la fuite organisée

    Mais à y regarder de plus près, une autre hypothèse émerge. Plus cynique. Plus troublante aussi.

    « À ce stade je ne pense pas que Bibi ait été tué. Je pense qu’il se cache. »

    Cette conviction s’appuie sur une analyse froide des enjeux. Netanyahu fait face à de multiples procédures judiciaires en Israël. Sa popularité s’érode. Les pressions internationales s’intensifient. Dans ce contexte, une disparition temporaire pourrait servir plusieurs objectifs stratégiques.

    Premièrement, elle permettrait de tester la réaction de ses alliés et de ses ennemis. Qui le pleure ? Qui se réjouit ? Qui panique ? Les réponses à ces questions valent leur pesant d’or géopolitique.

    Deuxièmement, elle offrirait une pause dans le tourbillon médiatico-judiciaire qui l’entoure. Le temps de réorganiser sa défense, de négocier en coulisses, de préparer son retour.

    L’hypothèse française

    « J’espère que c’est pas la France qui cache Bibi et ses sbires sur l’un de ses bâtiments de la Marine au large d’Israël. Comme il se murmure… »

    Cette rumeur, qui circule dans les cercles diplomatiques, n’est pas si farfelue qu’elle en a l’air. La France entretient des relations complexes avec Israël : officiellement critique, officieusement coopérative.

    Les bâtiments de la Marine française en Méditerranée orientale offrent un sanctuaire idéal : eaux internationales, immunité diplomatique, moyens de communication sécurisés. Un refuge temporaire parfait pour un dirigeant en difficulté.

    Cette hypothèse expliquerait le silence des services de renseignement occidentaux. Ils savent, mais ne peuvent pas le dire.

    L’intelligence artificielle entre en scène

    Mais voilà qu’une troisième hypothèse, plus moderne, fait son apparition. L’hypothèse de la manipulation par intelligence artificielle.

    « #BibiAI est en train de jouer avec nous. »

    Les deepfakes ont atteint un niveau de sophistication troublant. Créer une vidéo convaincante de Netanyahu, avec sa voix, ses expressions, ses tics de langage, relève désormais de la routine technique.

    Dans ce scénario, Netanyahu aurait disparu depuis longtemps déjà. Ses dernières apparitions publiques n’auraient été que des leurres numériques, destinés à masquer sa véritable situation.

    « On peut raisonnablement déterminer que ce café, à la limite de la bordure du gobelet, alors qu’il est malmené par différents mouvements rapide, est surnaturel. »

    Cette observation, apparemment anodine, révèle la minutie nécessaire pour détecter les artifices de l’IA. Les détails physiques impossibles, les incohérences dans les reflets, les mouvements trop parfaits ou au contraire trop rigides.

    La guerre de l’information à l’ère numérique

    Si cette hypothèse se confirme, nous assistons à une révolution dans l’art de la guerre psychologique. Plus besoin d’éliminer physiquement un adversaire : il suffit de le faire disparaître numériquement tout en maintenant l’illusion de sa présence.

    Les implications sont vertigineuses. Comment distinguer le vrai du faux ? Comment faire confiance aux images ? Comment gouverner dans un monde où la réalité elle-même devient suspecte ?

    Les conséquences géopolitiques

    Quelle que soit la vérité sur le sort de Netanyahu, sa disparition déstabilise déjà l’échiquier moyen-oriental. Ses alliés s’inquiètent, ses ennemis se réjouissent, les marchés financiers s’agitent.

    Israël sans Netanyahu, c’est un peu comme la Russie sans Poutine ou la Turquie sans Erdogan : impensable et pourtant inévitable à terme. La question n’est pas de savoir si cela arrivera, mais quand et comment.

    Si Netanyahu a effectivement disparu, qui prend les rênes ? Son parti, le Likoud, n’a pas de successeur naturel de son envergure. L’armée israélienne, habituée à son leadership, devra s’adapter. Les négociations en cours, notamment avec les Palestiniens, se trouvent suspendues.

    Les ennemis d’Israël, eux, calculent déjà. Une période de transition, c’est toujours une fenêtre d’opportunité. Pour frapper, pour négocier, pour repositionner ses pions.

    L’effet domino régional

    La disparition de Netanyahu pourrait déclencher une série de réactions en chaîne dans toute la région. L’Iran pourrait accélérer son programme nucléaire. Le Hezbollah pourrait intensifier ses provocations. Les Palestiniens pourraient relancer leur offensive diplomatique.

    Inversement, certains alliés d’Israël pourraient saisir l’occasion pour prendre leurs distances avec les politiques les plus controversées du Premier ministre. Un nouveau leadership israélien pourrait offrir de nouvelles perspectives de paix.

    Tout dépend, finalement, de ce qui s’est vraiment passé.

    Questions ouvertes et incertitudes

    « Tout le monde se demande où se trouve Bibi, il n’a pas été vu en vrai depuis bientôt une semaine. »

    Cette phrase résume parfaitement la situation actuelle : l’incertitude totale. Dans un monde hyperconnecté, où chaque geste des dirigeants est scruté, analysé, commenté, la disparition pure et simple de l’un d’entre eux relève de l’anomalie.

    Les questions se multiplient sans réponses satisfaisantes. Les services de renseignement se taisent. Les médias spéculent. L’opinion publique s’emballe.

    Cette situation illustre parfaitement la fragilité de nos systèmes d’information. Malgré tous nos moyens de surveillance, de communication, de vérification, nous restons aveugles face à certains événements.

    Bibi joue-t-il vraiment avec nous ? Ou sommes-nous les victimes d’un jeu qui nous dépasse ?

    Une chose est sûre : cette affaire marquera un tournant dans notre rapport à l’information, à la vérité, et au pouvoir politique. Quelle que soit la résolution de cette énigme, elle aura des conséquences durables sur la géopolitique mondiale.

    En attendant, la question demeure, lancinante : « T’es où Bibi t’es où? »

    Pour aller plus loin

    Photo : George 🦅 / Unsplash

  • Les mauvaises décisions s’accumulent
    Les mauvaises décisions s’accumulent
    Entre le 7 et le 14 mars 2026, une série de décisions stratégiques particulièrement mal calibrées illustre parfaitement comment l’accumulation d’erreurs de jugement peut transformer une situation déjà tendue en véritable poudrière géopolitique. De l’escalade militaire aux repositionnements économiques hasardeux, cette semaine restera dans les annales comme un cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire en diplomatie internationale.

    Il y a des semaines où tout semble s’aligner pour créer la tempête parfaite. Cette première quinzaine de mars 2026 en est l’illustration parfaite. En l’espace de quelques jours, j’ai assisté à une accumulation de décisions si manifestement contre-productives que j’ai ressenti le besoin de les qualifier successivement de « très mauvaise nouvelle », « très mauvaise décision » puis « très, très mauvaise idée ».

    Cette escalade dans mes propres termes n’est pas fortuite. Elle reflète une réalité inquiétante : quand les erreurs stratégiques s’accumulent, elles créent un effet domino qui peut transformer des tensions gérables en crises majeures.

    L’art de mal évaluer les conséquences

    Chaque mauvaise décision suit généralement le même schéma : une analyse superficielle de la situation, une sous-estimation des réactions adverses, et une surévaluation de ses propres capacités d’influence. C’est exactement ce à quoi nous avons assisté cette semaine.

    Prenons le contexte actuel. Nous sommes dans une période de recomposition géopolitique majeure, où les alliances traditionnelles sont remises en question et où de nouveaux blocs émergent. Dans ce contexte, chaque mouvement diplomatique ou militaire est scruté, analysé, et peut déclencher des réactions en chaîne imprévisibles.

    Or, ce qui m’a frappé dans les événements de cette semaine, c’est précisément cette absence de prise en compte des réactions en chaîne. Comme si les décideurs évoluaient dans un monde où leurs actions n’avaient pas de conséquences, ou plutôt, où ils pouvaient contrôler ces conséquences.

    Le timing, cette variable trop souvent négligée

    Si je devais identifier le dénominateur commun de toutes ces mauvaises décisions, ce serait le timing catastrophique. Il ne suffit pas d’avoir raison sur le fond – encore faut-il choisir le bon moment pour agir.

    Dans le contexte géopolitique actuel, nous traversons une période de tensions multiples : économiques, militaires, diplomatiques. C’est précisément dans ces moments que la prudence devrait prévaloir. Pourtant, c’est exactement l’inverse qui s’est produit cette semaine.

    L’escalade que j’ai observée du 7 au 14 mars illustre parfaitement comment des décisions prises sans considération du contexte temporel peuvent transformer des situations difficiles en crises ingérables. Chaque nouvelle annonce, chaque nouveau positionnement, venait ajouter de l’huile sur le feu.

    Les signaux d’alarme ignorés

    Ce qui est particulièrement frustrant, c’est que les signaux d’alarme étaient pourtant visibles. Les réactions des premiers jours auraient dû servir d’avertissement. Au lieu de cela, nous avons assisté à une fuite en avant, chaque acteur semblant vouloir surenchérir sur les erreurs du précédent.

    Cette dynamique d’escalade est classique en relations internationales. Une fois qu’un processus de durcissement est enclenché, il devient très difficile de faire machine arrière sans perdre la face. C’est exactement ce qui s’est passé cette semaine.

    L’illusion de la force comme solution

    Un autre point commun de ces mauvaises décisions : l’illusion que la démonstration de force peut résoudre des problèmes fondamentalement politiques et économiques. Cette approche, aussi séduisante soit-elle pour les opinions publiques, s’avère généralement contre-productive à moyen terme.

    J’ai observé cette semaine plusieurs exemples de cette logique. Des acteurs qui, face à des défis complexes, ont choisi la voie de l’affrontement plutôt que celle de la négociation. Le problème, c’est que dans le contexte international actuel, personne n’a les moyens de ses ambitions de puissance.

    Résultat : des postures martiales qui ne peuvent pas être tenues, des menaces qui ne peuvent pas être mises à exécution, et au final, une perte de crédibilité qui affaiblit tous les acteurs impliqués.

    Le piège de la surenchère

    Cette logique de la démonstration de force crée un piège particulièrement pernicieux : celui de la surenchère. Chaque acteur, pour ne pas paraître faible, doit aller plus loin que le précédent. C’est exactement cette dynamique que j’ai observée entre le 7 et le 14 mars.

    Le problème, c’est que cette escalade verbale et symbolique finit par créer des attentes qu’il devient impossible de satisfaire. Et quand les actes ne suivent pas les paroles, c’est toute la crédibilité qui s’effondre.

    Les conséquences à court terme déjà visibles

    Nous n’avons pas eu à attendre longtemps pour voir les premières conséquences de cette série de mauvaises décisions. Dès la fin de la semaine, les marchés financiers ont commencé à réagir négativement, les partenaires diplomatiques traditionnels ont exprimé leurs inquiétudes, et les tensions régionales se sont accrues.

    C’est exactement ce qui arrive quand on privilégie les effets d’annonce à la réflexion stratégique. Les décisions prises cette semaine ont créé plus de problèmes qu’elles n’en ont résolu. Elles ont compliqué des situations qui étaient déjà difficiles à gérer.

    Le plus inquiétant, c’est que ces conséquences négatives étaient parfaitement prévisibles. Il suffisait de prendre un peu de recul et d’analyser les réactions probables des différents acteurs pour comprendre que ces décisions étaient vouées à l’échec.

    L’effet domino en cours

    Nous assistons actuellement à un effet domino classique. Chaque mauvaise décision en entraîne d’autres, chaque acteur se sentant obligé de réagir aux initiatives de ses adversaires. Cette dynamique est particulièrement dangereuse car elle échappe rapidement au contrôle de ceux qui l’ont initiée.

    C’est précisément ce qui m’inquiète le plus dans la situation actuelle. Nous sommes entrés dans une spirale où chaque protagoniste réagit aux actions des autres, sans prendre le temps de réfléchir aux conséquences de ses propres décisions.

    Les leçons à tirer pour l’avenir

    Cette semaine catastrophique nous offre au moins l’avantage de servir de cas d’école. Elle illustre parfaitement comment il ne faut pas gérer une crise internationale. Première leçon : le timing est crucial. Dans un contexte de tensions multiples, chaque décision doit être pesée non seulement pour ses mérites intrinsèques, mais aussi pour son impact sur l’équilibre général.

    Deuxième leçon : l’escalade verbale ne résout rien. Au contraire, elle complique la résolution des problèmes en créant des positions de principe dont il devient difficile de sortir. La diplomatie discrète, même si elle est moins spectaculaire, reste souvent plus efficace.

    Troisième leçon : il faut toujours garder des portes de sortie ouvertes. Les décisions prises cette semaine ont eu pour effet de fermer des options qui auraient pu être utiles plus tard. C’est une erreur stratégique majeure.

    L’importance de la réflexion collective

    Cette série d’erreurs souligne aussi l’importance des mécanismes de réflexion collective et de consultation. Trop souvent, les mauvaises décisions sont prises dans l’urgence, par un cercle restreint de décideurs, sans prendre le temps de consulter les experts ou d’analyser toutes les implications.

    Il serait utile que les institutions internationales se dotent de mécanismes permettant de ralentir le processus de décision dans les moments de crise, pour éviter ce genre d’emballement.

    Vers une désescalade nécessaire

    La question qui se pose maintenant est de savoir comment sortir de cette spirale négative. Car si l’accumulation de mauvaises décisions peut créer rapidement une crise majeure, la désescalade est généralement un processus beaucoup plus long et difficile.

    Il faudra d’abord que chaque acteur accepte de faire un pas en arrière, de reconnaître que certaines de ses positions étaient excessives. C’est toujours difficile en politique, car cela peut être perçu comme un aveu de faiblesse.

    Il faudra ensuite reconstruire des canaux de dialogue qui ont été endommagés par les tensions de cette semaine. La confiance, une fois perdue, met toujours du temps à se reconstituer.

    Mais le plus important sera de tirer les leçons de cette semaine pour éviter que de telles erreurs se reproduisent. Car dans le contexte géopolitique actuel, nous n’avons pas les moyens de nous permettre beaucoup d’autres séries de mauvaises décisions de cette ampleur.

    Cette semaine de mars 2026 restera probablement dans les manuels de relations internationales comme un exemple parfait de ce qu’il ne faut pas faire. Espérons qu’elle servira au moins à cela.

    Pour aller plus loin

    Photo : Road Ahead / Unsplash