• L’Égyptien du Louvre, zones d’ombre et questions sans réponses
    L’Égyptien du Louvre, zones d’ombre et questions sans réponses
    L’incident du 3 février 2017 au Louvre impliquant un ressortissant égyptien soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Le silence médiatique qui entoure désormais cette affaire contraste avec l’emballement initial et révèle les dysfonctionnements de notre rapport à l’information sécuritaire.

    Il y a deux mois et demi, le 3 février 2017, un incident éclatait au Louvre. Un homme armé de machettes était neutralisé par un militaire de l’opération Sentinelle. Les médias se sont emballés, évoquant immédiatement une tentative d’attentat terroriste. Puis, progressivement, les détails ont émergé, révélant une réalité bien plus complexe que le narratif initial.

    Aujourd’hui, en ce mois d’avril 2017, une question lancinante demeure : qu’est devenu Abdallah El-Hamahmy, cet Égyptien de 29 ans qui défraie encore la chronique par son absence même des médias ?

    Un profil qui ne colle pas au schéma terroriste

    Dès les premières heures de l’enquête, le profil d’El-Hamahmy détonnait avec les stéréotypes habituels des attentats. Diplômé en droit, directeur commercial dans une entreprise de Sharjah aux Émirats Arabes Unis, marié depuis 2014, amateur de football, actif sur les réseaux sociaux sans aucun signe de radicalisation : rien ne correspondait au profil-type du terroriste islamiste.

    Plus troublant encore : son père est un ancien général de la police égyptienne à la retraite. Un détail qui place cette affaire dans un tout autre registre que celui du terrorisme international. Comment imaginer qu’un fils de haut gradé de police puisse basculer dans l’action terroriste sans que cela ne laisse de traces ?

    Le séjour parisien d’El-Hamahmy était officiellement professionnel, en lien avec ses fonctions commerciales. Il logeait dans le 8ème arrondissement, devait repartir le dimanche, et venait d’arriver de Dubaï. Le parcours classique d’un homme d’affaires du Golfe en déplacement.

    Des armes qui interrogent

    L’analyse des « armes » retrouvées sur El-Hamahmy révèle des incohérences troublantes. Les deux machettes qu’il portait étaient décoratives et non aiguisées. Difficile d’y voir des instruments létaux destinés à un massacre. Ces machettes militaires, vendues près de 350 euros pièce, semblent plutôt relever de la collection que de l’arsenal terroriste.

    Dans son sac à dos, les enquêteurs ont découvert des bombes de peinture. Authentiques, pas factices. Cette découverte oriente l’enquête vers une tout autre hypothèse : celle d’une action spectaculaire visant à dégrader des œuvres d’art plutôt qu’à tuer des innocents.

    Cette théorie prend du sens quand on considère le parcours d’El-Hamahmy. Pourquoi un homme vivant à Dubaï, à proximité du Louvre Abu Dhabi en construction, viendrait-il spécifiquement à Paris pour s’attaquer au Louvre français ? La logique terroriste ne tient pas.

    Une neutralisation disproportionnée ?

    Les circonstances de la neutralisation soulèvent des questions légitimes sur la proportionnalité de la réponse. El-Hamahmy s’est présenté à l’entrée du Louvre avec des valises. La sécurité militaire lui a refusé l’accès. C’est à ce moment que la situation a dégénéré.

    Selon les témoignages disponibles, aucun civil présent sur les lieux n’a assisté à un quelconque assaut d’El-Hamahmy contre les militaires. L’homme ne s’est montré menaçant envers aucun visiteur. Seuls les militaires ont été impliqués dans l’altercation physique qui a précédé les tirs.

    Un militaire de 21 ans a ouvert le feu, touchant El-Hamahmy au ventre. Malgré ses blessures, l’homme a continué à se débattre, ce qui interroge sur la nature des projectiles utilisés et sur l’évaluation du danger qu’il représentait réellement.

    Un silence médiatique assourdissant

    Le plus troublant dans cette affaire reste le silence qui l’entoure depuis février. Aucune information n’a filtré sur l’état de santé d’El-Hamahmy, pourtant gravement blessé. Son état se serait même « subitement dégradé » début février, selon les dernières informations disponibles.

    Qui est son avocat ? Quel journaliste est allé interviewer son père, ce général de police égyptien ? Quelle version des faits El-Hamahmy a-t-il donnée aux enquêteurs ? Toutes ces questions restent sans réponse, noyées dans un silence institutionnel pesant.

    Cette opacité contraste violemment avec l’emballement médiatique initial. Quand l’affaire sentait le terrorisme, tous les médias étaient sur le pont. Maintenant qu’elle révèle peut-être une bavure ou un malentendu tragique, plus personne ne semble s’y intéresser.

    L’hypothèse du pacifiste farfelu

    En reconstituant les éléments disponibles, une hypothèse alternative émerge : celle d’un activiste solitaire, peut-être déséquilibré, qui aurait voulu monter une opération spectaculaire mais non létale contre le Louvre. Les bombes de peinture, les machettes décoratives, l’absence d’agressivité envers les civils : tout concorde vers cette interprétation.

    El-Hamahmy pourrait être ce qu’on appelle un « pacifiste farfelu », un homme isolé dans ses convictions, qui aurait voulu faire un geste symbolique contre l’institution muséale sans intention de tuer. Une forme de vandalisme artistique poussé à l’extrême, mal interprété par des militaires en état d’alerte maximale.

    Cette hypothèse expliquerait pourquoi aucun lien avec des organisations terroristes n’a été établi, pourquoi son profil ne correspond à aucun schéma connu, et pourquoi les « armes » retrouvées étaient si peu efficaces.

    Les enjeux d’une affaire oubliée

    L’affaire El-Hamahmy pose des questions fondamentales sur notre société sécuritaire. Comment évalue-t-on le danger ? À partir de quel moment la force létale devient-elle justifiée ? Que se passe-t-il quand le narratif terroriste s’effondre ?

    Si les avocats d’El-Hamahmy sont compétents et si l’enquête révèle effectivement une disproportion dans l’usage de la force, cette affaire pourrait coûter cher à l’État français. Un homme grièvement blessé pour avoir voulu taguer des œuvres d’art, cela relèverait du fait divers tragique plutôt que de la lutte antiterroriste.

    Le silence actuel ressemble fort à une stratégie d’étouffement. Laisser l’affaire sombrer dans l’oubli médiatique permet d’éviter les questions gênantes sur les conditions de cette neutralisation et sur l’évaluation initiale de la menace.

    Un symbole des dysfonctionnements

    Cette affaire illustre parfaitement les dysfonctionnements de notre rapport à l’information sécuritaire. Emballement initial basé sur des présupposés, puis silence total quand les faits ne correspondent plus au narratif dominant. Entre les deux, un homme blessé dont on ne sait plus rien, et des questions légitimes qui restent sans réponse.

    Le Louvre, symbole de la culture française, théâtre d’un possible malentendu tragique transformé en fait d’armes antiterroriste : l’ironie est amère. D’autant plus que ce même Louvre accueillera bientôt les célébrations de la victoire d’Emmanuel Macron, dans une mise en scène où la pyramide de Pei servira de décor à la démocratie triomphante.

    Mais qu’est devenu notre Égyptien du Louvre dans tout cela ? La question demeure, lancinante, révélatrice de nos angles morts démocratiques. Quand l’actualité passe à autre chose, que deviennent ceux qui en ont fait les frais ?

    En ce printemps 2017, alors que la France se recompose politiquement, l’affaire El-Hamahmy nous rappelle que derrière chaque fait divers sécuritaire se cache peut-être une réalité plus complexe que les premières interprétations. Et que le silence qui suit n’est jamais innocent.

    Pour aller plus loin

    Photo : Jim Harris / Unsplash

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  • Entre menace stratégique et opportunité géopolitique
    Entre menace stratégique et opportunité géopolitique
    En 2016, la Russie de Vladimir Poutine déploie une stratégie à double visage : d’un côté, une démonstration de force militaire sans précédent (missiles Satan 2, déploiements navals en Europe, guerre électronique), de l’autre, une volonté affichée de dialogue avec les États-Unis post-élection de Donald Trump. Entre menaces crédibles et opportunités économiques, Moscou joue une partition où l’Europe, divisée et affaiblie, peine à trouver sa place. Faut-il craindre la Russie ou apprendre à composer avec elle ?

    Une Russie en Ordre de Bataille : La Montée des Tensions Militaires

    Octobre 2016 restera comme un mois charnière dans la démonstration de force russe. Le 26 octobre, Moscou dévoile au monde son nouveau missile balistique intercontinental, le RS-28 Sarmat, surnommé Satan 2 par l’OTAN. Capable de transporter jusqu’à 15 ogives nucléaires et de raser un territoire équivalent à la France ou au Texas, ce missile marque un tournant dans la course aux armements. Comme le souligne un rapport du Bulletin of the Atomic Scientists publié en septembre 2016, la Russie modernise massivement son arsenal nucléaire, avec plus de 80 % de ses forces stratégiques renouvelées d’ici 2021. « On avait prévenu qu’il ne fallait pas jouer au con avec les Russes », écrit-on alors, et le message est clair : Moscou ne laissera pas l’Occident dicter les règles du jeu.

    Cette démonstration de force ne se limite pas aux armes nucléaires. Depuis le début de l’année, la marine russe multiplie les déploiements en mer du Nord et en Méditerranée. Le 15 octobre, le groupe aéronaval mené par le porte-avions Amiral Kouznetsov quitte la base de Severomorsk pour rejoindre les côtes syriennes, suscitant l’inquiétude des pays de l’OTAN. La Royal Navy britannique est chargée de le « surveiller » lors de son passage près des eaux territoriales européennes. « Où sont les sous-marins russes ? », s’interroge-t-on alors, rappelant que la flotte sous-marine russe, héritière de la guerre froide, reste l’une des plus redoutables au monde. Les bâtiments russes sont équipés de missiles de croisière Kalibr, capables de frapper des cibles à plus de 2 500 kilomètres avec une précision chirurgicale.

    Pourquoi un tel déploiement ? Officiellement, il s’agit de soutenir les opérations russes en Syrie, où Moscou intervient depuis septembre 2015 aux côtés du régime de Bachar al-Assad. Mais pour les observateurs, cette présence militaire en Méditerranée et en mer du Nord a une dimension plus large : rappeler à l’Europe et à l’OTAN que la Russie est une puissance incontournable, capable de projeter sa force bien au-delà de ses frontières. « Si on joue au con contre les Russes, ils nous feront manger de la boue en quelques dizaines de minutes », résume-t-on avec une pointe d’humour noir. Une formule qui reflète une réalité : face à la supériorité conventionnelle de l’OTAN, Moscou mise sur la dissuasion nucléaire et la guerre asymétrique pour maintenir un équilibre des forces.

    L’Ukraine, Champ de Bataille Géopolitique

    Impossible de parler de la Russie en 2016 sans évoquer l’Ukraine. Depuis le début du conflit en 2014, la péninsule de Crimée est sous contrôle russe, et les régions de Donetsk et Louhansk, dans l’est du pays, sont le théâtre d’une guerre larvée entre séparatistes pro-russes et forces ukrainiennes. En octobre 2016, les combats reprennent de plus belle, avec des violations régulières du cessez-le-feu signé en février 2015 dans le cadre des accords de Minsk. Selon l’OSCE, plus de 9 000 personnes ont été tuées depuis le début du conflit, et près de 1,8 million d’Ukrainiens ont été déplacés.

    Pour Moscou, l’Ukraine est une ligne rouge. Comme le rappelle un rapport du Centre for Eastern Studies (OSW) publié en juin 2016, la Russie considère ce pays comme faisant partie de sa sphère d’influence historique et stratégique. L’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne ou à l’OTAN serait perçue comme une menace existentielle. D’où la stratégie russe : maintenir une pression militaire et politique pour empêcher Kiev de se rapprocher de l’Occident. « On a même obligé la Russie à défendre la Syrie seule contre la mafia islamiste du pétrole, et à engager ses hommes au prix du sang », écrit-on, soulignant le sentiment russe d’être encerclé et trahi par l’Occident.

    Mais l’Ukraine n’est pas un bloc monolithique. Si une partie de la population, notamment dans l’est du pays, regarde vers Moscou, une autre partie, surtout à l’ouest, aspire à un rapprochement avec l’Europe. « Oui, les Ukrainiens pro-russes ça existe », rappelle-t-on, mais ils ne représentent pas l’ensemble du pays. Cette division interne complique la donne pour les Européens, qui peinent à adopter une position cohérente. Faut-il soutenir Kiev sans provoquer Moscou ? Comment concilier les aspirations ukrainiennes avec les intérêts stratégiques russes ? En 2016, ces questions restent sans réponse.

    Guerre Électronique et Cybernétique : La Nouvelle Frontière

    En décembre 2016, un autre front s’ouvre : celui de la guerre électronique et cybernétique. Les tensions entre la Russie et l’Occident ne se limitent plus aux champs de bataille traditionnels. Après les cyberattaques attribuées à Moscou lors de l’élection présidentielle américaine, les experts s’interrogent sur les capacités russes en matière de guerre numérique. « Le potentiel de la Russie en matière de guerre électronique est loin d’être activé », écrit-on, et les faits semblent lui donner raison.

    En avril 2016, une cyberattaque massive a visé le réseau électrique ukrainien, plongeant une partie du pays dans le noir pendant plusieurs heures. Les enquêteurs attribuent cette attaque à des hackers russes, une première dans l’histoire des conflits modernes. Pour Moscou, ces outils offrent un avantage stratégique : ils permettent de frapper sans engager de troupes, tout en semant le chaos dans les infrastructures ennemies. « Attaquer électroniquement la Russie n’aura presque pas d’effet. Par contre, si les unités spéciales cybernétiques russes attaquent l’Europe et les USA, ça va plier », prévient-on. Une analyse qui reflète une réalité : contrairement à l’Europe ou aux États-Unis, l’économie russe ne dépend pas d’Internet, ce qui la rend moins vulnérable aux cyberattaques.

    Mais la guerre électronique ne se limite pas aux cyberattaques. En Syrie, les forces russes ont déployé des systèmes de brouillage sophistiqués, capables de neutraliser les communications et les drones ennemis. Selon un rapport du Royal United Services Institute (RUSI) publié en septembre 2016, ces technologies donnent à Moscou un avantage tactique majeur sur le terrain. « Opération de guerre psychologique vraiment maîtrisée de la part des Russes. Ils n’ont rien à envier aux Yankees ou aux Israéliens », note-t-on, soulignant l’expertise russe en matière de psyops (opérations psychologiques).

    L’Économie Russe : Résilience Malgré les Sanctions

    Depuis l’annexion de la Crimée en 2014, la Russie fait face à des sanctions économiques sans précédent de la part de l’Union européenne et des États-Unis. Pourtant, en 2016, l’économie russe montre des signes de résilience. Après une récession en 2015 (-3,7 % de croissance), le PIB devrait se stabiliser en 2016, avec une légère croissance attendue en 2017. Comment expliquer cette résistance ?

    D’abord, la Russie a su diversifier ses partenaires commerciaux. Alors que les échanges avec l’Europe ont chuté, Moscou se tourne vers l’Asie, et notamment la Chine. En juin 2016, les deux pays ont signé un accord pour construire un nouveau gazoduc, Power of Siberia, qui permettra d’exporter du gaz russe vers la Chine à partir de 2019. Les échanges sino-russes ont atteint 64 milliards de dollars en 2015, et devraient continuer à croître. « La position française intenable et incompréhensible contre la Russie me fait penser qu’on sait quelque chose qu’on ne peut pas dire », écrit-on, suggérant que les sanctions européennes pourraient bien être contre-productives.

    Ensuite, la Russie a su s’adapter aux sanctions en développant sa production locale. Le secteur agricole, par exemple, a connu un boom inattendu. En 2016, la Russie est devenue le premier exportateur mondial de blé, devant les États-Unis et le Canada. Une performance d’autant plus remarquable que le pays était un importateur net de produits alimentaires il y a encore dix ans. « German Gref de Sberbank situe la fin du pétrole et du gaz russe vers 2028/2030. C’est vraiment bientôt », rappelle-t-on, soulignant que Moscou mise sur une transition énergétique progressive pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures.

    Enfin, la Russie bénéficie d’un taux de change flexible, qui lui permet d’absorber les chocs externes. Après l’effondrement du rouble en 2014, la monnaie russe s’est stabilisée en 2016, malgré une inflation toujours élevée (environ 6 % en glissement annuel). Pour les entreprises russes, cette dépréciation a même été une aubaine, leur permettant de gagner en compétitivité à l’export.

    L’Europe Face à la Russie : Entre Crainte et Opportunités

    En 2016, l’Europe est divisée face à la Russie. D’un côté, les pays d’Europe de l’Est, comme la Pologne ou les pays baltes, voient en Moscou une menace existentielle. De l’autre, des pays comme la Hongrie, la Grèce ou l’Italie prônent un rapprochement avec la Russie, arguant que les sanctions nuisent davantage à l’Europe qu’à Moscou. « Si la Russie prend l’Europe… », écrit-on, laissant planer le doute sur les intentions réelles de Poutine.

    Pourtant, des opportunités existent. En octobre 2016, le candidat à la primaire de la droite française, François Fillon, se déclare ouvertement pro-russe, proposant de lever les sanctions et de relancer le dialogue avec Moscou. « François Fillon peut nettement gagner si, en plus d’être pro-russe, il s’affiche également pro-arabe », analyse-t-on, soulignant que cette position pourrait séduire une partie de l’électorat français, lassé des tensions géopolitiques. Marine Le Pen, candidate du Front National, adopte une position similaire, prônant un rapprochement avec la Russie et une sortie de la France de l’OTAN.

    Mais cette stratégie comporte des risques. En se rapprochant de Moscou, l’Europe pourrait s’aliéner ses alliés américains, surtout après l’élection de Donald Trump. Le nouveau président américain, qui prendra ses fonctions en janvier 2017, a multiplié les signes d’ouverture envers Poutine, laissant planer le doute sur l’avenir de l’OTAN. « Trump est attendu sur l’OTAN. Hâte de voir comment il va gérer la guerre froide et la protection de l’Europe vis-à-vis de la Russie », écrit-on, soulignant l’incertitude qui pèse sur les relations transatlantiques.

    Pour les entreprises européennes, la Russie reste un marché attractif, malgré les sanctions. En 2016, les exportations françaises vers la Russie ont chuté de 40 % par rapport à 2013, mais certains secteurs, comme l’agroalimentaire ou les biens d’équipement, résistent. « Les femmes russes et ukrainiennes n’attendent que ça de venir vivre en France. Ça règle d’innombrables problèmes d’un seul coup », écrit-on, évoquant les opportunités démographiques et économiques d’une immigration russe et ukrainienne. Une perspective qui, si elle se concrétisait, pourrait redynamiser une Europe vieillissante.

    Syrie : Le Théâtre d’Ombre de la Puissance Russe

    Depuis septembre 2015, la Russie est engagée militairement en Syrie aux côtés du régime de Bachar al-Assad. En 2016, cette intervention prend une nouvelle dimension, avec le déploiement du groupe aéronaval russe en Méditerranée et l’intensification des frappes aériennes. Pour Moscou, la Syrie est un enjeu stratégique : elle permet de maintenir un allié au Proche-Orient, de tester de nouvelles armes et de s’imposer comme un acteur incontournable dans la résolution du conflit.

    Mais cette intervention n’est pas sans risques. En octobre 2016, un incident aérien entre un avion russe et un avion américain au-dessus de la Syrie rappelle la fragilité de la situation. « Russian, US jets had near miss over Syria », titre alors la presse internationale, soulignant les risques d’escalade entre les deux puissances. Pour Moscou, la priorité est claire : éviter une confrontation directe avec les États-Unis, tout en consolidant ses positions sur le terrain. « Ce que je veux dire, c’est que ça n’est pas forcément Poutine ou Assad », écrit-on, suggérant que la complexité du conflit syrien dépasse les simples intérêts russes.

    En décembre 2016, la chute d’Alep-Est, dernier bastion rebelle de la ville, marque un tournant dans la guerre. Les images des civils pris au piège des bombardements font le tour du monde, suscitant l’indignation de la communauté internationale. « Avec la Tour Eiffel éteinte pour Alep, Assad et Poutine ont dû se regarder et se dire ‘mais putain qu’ils sont cons, qu’ils sont cons !’ », écrit-on, dénonçant l’hypocrisie des Occidentaux, qui condamnent les exactions russes sans proposer de solution alternative.

    Conclusion : Faut-il Craindre ou Composer avec la Russie ?

    En cette fin d’année 2016, la Russie de Vladimir Poutine apparaît comme une puissance à la fois menaçante et incontournable. Menaçante, car elle déploie une stratégie militaire et géopolitique agressive, visant à affirmer sa domination sur son « étranger proche » et à défier l’hégémonie occidentale. Incontournable, car elle reste un acteur clé dans la résolution des crises internationales, qu’il s’agisse de la Syrie, de l’Ukraine ou de la lutte contre le terrorisme.

    Pour l’Europe, la question n’est plus de savoir si elle doit dialoguer avec Moscou, mais comment. Les sanctions, si elles ont affaibli l’économie russe, n’ont pas fait plier Poutine. Au contraire, elles ont renforcé son discours nationaliste et sa légitimité interne. « N’oublions pas qu’on a planté la Russie avec les Mistral, que l’ami Total a été neutralisé à Moscou, qu’on a fait tout foirer en Ukraine… », rappelle-t-on, soulignant que les erreurs passées ne doivent pas dicter la politique future.

    L’élection de Donald Trump aux États-Unis ouvre une nouvelle ère d’incertitude. Si le nouveau président américain semble vouloir se rapprocher de Moscou, rien ne garantit que cette lune de miel durera. Pour l’Europe, l’enjeu est double : éviter une confrontation directe avec la Russie, tout en défendant ses intérêts stratégiques et ses valeurs démocratiques. « Si la Russie réussit avec Poutine. Si les USA se payent le luxe d’un Trump. La France aura sa première femme Présidente », prédit-on, soulignant que les bouleversements géopolitiques pourraient bien rebattre les cartes de la politique intérieure.

    Une chose est sûre : en 2016, la Russie ne se contente plus de réagir aux événements. Elle les anticipe, les provoque et les domine. Face à cette réalité, l’Europe n’a plus le choix : elle doit apprendre à jouer le jeu russe, ou risquer de se faire distancer.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

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  • Retour de Sarkozy, un come-back politique calculé
    Retour de Sarkozy, un come-back politique calculé
    Nicolas Sarkozy annonce en août 2016 son retour pour les présidentielles 2017, malgré sa promesse d’arrêter la politique après sa défaite de 2012. Ce comeback s’accompagne d’une radicalisation de son discours et soulève de nombreuses questions sur ses motivations réelles dans un contexte d’affaires judiciaires.

    «Si je perds, j’arrête la politique.» Cette phrase, Nicolas Sarkozy l’avait prononcée le 8 mars 2012, quelques semaines avant sa défaite face à François Hollande. Quatre ans plus tard, en août 2016, l’ancien président annonce dans la surprise générale sa candidature aux présidentielles 2017.

    Un retour qui ne surprend finalement que ceux qui n’ont pas suivi les signes avant-coureurs. Car derrière ce comeback spectaculaire se cache une mécanique politique bien huilée et des enjeux qui dépassent largement la simple ambition personnelle.

    Un retour sous contrainte judiciaire

    Le timing de ce retour n’est pas anodin. Sarkozy fait face à plusieurs dossiers judiciaires majeurs qui pourraient compromettre définitivement sa carrière politique s’il restait simple citoyen.

    L’affaire Bygmalion, révélée en 2014, met en lumière un système de financement occulte de sa campagne présidentielle de 2012. Les révélations d’Envoyé Spécial sur ce dossier montrent l’ampleur du dispositif mis en place pour contourner les plafonds de dépenses électorales.

    Plus grave encore, l’affaire libyenne plane comme une épée de Damoclès. Les liens entre la campagne de 2007 et les financements libyens présumés constituent un dossier explosif. Certains observateurs estiment même que Saïf al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien dirigeant libyen, détient les clés qui pourraient faire tomber l’ancien président.

    Dans ce contexte, le retour en politique offre une protection relative. Un candidat, puis potentiellement un président, bénéficie d’une exposition médiatique qui complique les procédures judiciaires et mobilise un soutien politique.

    La machine à rester au pouvoir

    Mais Sarkozy n’est pas seul dans cette aventure. Son retour sert les intérêts de tout un écosystème politique qui craint pour sa survie.

    Si Marine Le Pen accède au pouvoir en 2017, des milliers de «petits caporaux» – élus locaux, cadres de partis, conseillers – verraient la fin de leur carrière politique. Ces «amis» de Sarkozy ont donc tout intérêt à ce qu’il revienne pour préserver le système en place.

    Cette logique explique le soutien rapide de nombreux maires et élus locaux, malgré les casseroles judiciaires. Des «petits coups de fils bien sentis» suffisent à remettre en ligne des édiles qui s’étaient pourtant mis à genoux devant d’autres candidats potentiels.

    Sarkozy devient ainsi l’outil de préservation d’un système politique menacé par la montée du Front National et le discrédit général de la classe politique traditionnelle.

    Une radicalisation assumée du discours

    Le Sarkozy de 2016 n’est plus celui de 2012. Les épreuves judiciaires et l’exil politique l’ont radicalisé, et cela se ressent dans chacune de ses interventions publiques.

    Sa stratégie est claire : doubler le Front National sur sa droite en tenant un discours encore plus dur sur l’immigration et l’identité nationale. Quand il déclare que les immigrés maghrébins doivent se sentir «Gaulois», il sait parfaitement qu’il dit exactement ce qu’une partie de l’électorat veut entendre.

    Cette radicalisation n’est pas un accident. Elle répond à une analyse politique précise : dans un contexte de montée de l’extrême droite, il faut occuper cet espace avant que Marine Le Pen ne le monopolise complètement.

    Le parallèle avec l’extrême droite européenne est frappant. Comme Viktor Orbán en Hongrie ou la Ligue du Nord en Italie, Sarkozy adopte une rhétorique nationaliste assumée, loin du gaullisme social de Jacques Chirac.

    Le pari risqué du « tout ou rien »

    Cette stratégie de radicalisation comporte des risques majeurs. En se positionnant comme le leader d’une «véritable extrême droite française contemporaine», Sarkozy prend le risque de déborder le Front National… mais aussi de perdre une partie de son électorat traditionnel.

    Les sondages de l’époque montrent que près de 80% des Français ne souhaitent pas son élection en 2017. Un rejet massif qui témoigne de l’usure de son image publique et des conséquences de ses années de pouvoir.

    Car les Français n’ont pas oublié le bilan de sa présidence : explosion du chômage, crise économique, interventions militaires hasardeuses en Libye et en Syrie. Sous Sarkozy, beaucoup ont dû «travailler plus pour gagner moins», contrairement à ses promesses de campagne.

    Le démantèlement du dispositif des heures supplémentaires avant même la fin de son mandat reste dans toutes les mémoires comme le symbole de ses renoncements.

    L’héritage empoisonné

    L’ironie de la situation veut que Hollande ait été élu massivement en 2012 précisément pour éjecter Sarkozy «le plus loin possible». Cinq ans plus tard, l’impopularité de Hollande offre paradoxalement une seconde chance à son prédécesseur.

    Mais cette opportunité se construit sur les décombres de la politique française traditionnelle. Les interventions désastreuses en Libye et en Syrie, menées sous la présidence Sarkozy, continuent de produire leurs effets dramatiques. Les attentats qui frappent la France trouvent en partie leur origine dans ces aventures militaires mal préparées.

    Si Sarkozy avait présenté des excuses pour ces «conneries» en Libye et en Syrie, peut-être que des vies françaises auraient pu être épargnées. Mais l’ancien président préfère la fuite en avant à l’examen de conscience.

    Cette incapacité à assumer les erreurs du passé interroge sur sa capacité à gouverner différemment en cas de retour au pouvoir. Avec Sarkozy aux commandes lors d’un conflit militaire global, le risque d’escalade serait réel.

    Les questions qui restent

    Le retour de Sarkozy soulève de nombreuses interrogations pour l’avenir de la droite française. En cas d’échec à la primaire des Républicains, se présenterait-il aux présidentielles comme candidat hors parti ? Et si il gagne cette primaire, comment ses « opposants » pourraient-ils rester dans le même parti que lui ?

    Plus fondamentalement, ce comeback révèle les failles profondes du système politique français. Quand un homme politique peut revenir sur ses promesses les plus solennelles, quand les affaires judiciaires ne constituent plus un obstacle insurmontable, c’est la crédibilité même de la parole politique qui est en jeu.

    Marine Le Pen a peut-être raison quand elle affirme que «Nicolas Sarkozy ne croit pas un mot de ce qu’il dit». Cette phrase résume peut-être l’essence de ce retour : une opération purement tactique, déconnectée de toute vision politique cohérente.

    Le « Sarkoshow » version 2016 promet d’être encore plus spectaculaire que les précédents. Reste à savoir si les Français sont prêts à redonner sa chance à un homme qui a déjà échoué comme ministre de l’Intérieur, ministre du Budget, ministre de l’Économie et président de la République.

    Mais après tout, comme le dit si bien l’intéressé lui-même : il sait exactement ce que les gens veulent entendre. Et parfois, en politique, cela suffit.

    Sources et références

    Pour aller plus loin

    Photo : Jametlene Reskp / Unsplash

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  • La pression migratoire de 2016, entre réalisme brutal et déni politique
    La pression migratoire de 2016, entre réalisme brutal et déni politique
    L’Europe de 2016 vit une crise migratoire majeure avec des flux quotidiens de milliers de personnes. Entre le démantèlement symbolique de Calais et l’arrivée constante de nouveaux migrants, les politiques actuelles semblent inadaptées à l’ampleur du phénomène. Une analyse froide des enjeux réels s’impose.

    Octobre 2016. Pendant que les autorités françaises démantèlent la jungle de Calais dans un grand spectacle médiatique, 10 000 migrants traversent chaque semaine la Méditerranée. Le décalage est saisissant.

    Je regarde ces images de bulldozers détruisant des cabanes de fortune et je ne peux m’empêcher de penser à l’absurdité de la situation. Nous nous félicitons de démanteler un camp de 10 000 personnes quand des millions d’autres attendent leur tour pour tenter l’aventure européenne.

    La réalité, c’est que nous assistons à un phénomène migratoire d’une ampleur historique que nos dirigeants refusent d’appréhender dans sa globalité.

    Les chiffres qui dérangent

    Les statistiques officielles parlent d’elles-mêmes. Selon les données de Frontex, plus de 350 000 migrants ont franchi illégalement les frontières européennes depuis le début de l’année 2016. Un chiffre en légère baisse par rapport au pic de 2015, mais qui reste considérable.

    Mais ces chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire. Pour chaque migrant qui arrive, combien d’autres préparent leur départ ? Combien attendent le bon moment, les bonnes conditions, la bonne filière ?

    Quand j’observe la situation à Menton, je vois 300 migrants qui « déferlent » – un terme que les médias adorent. C’est effectivement « peanuts » comme je l’ai dit. Mais quand ils seront 3000, l’impact visuel et psychologique sera tout autre.

    Le vrai problème, c’est cette progression constante, cette montée en puissance que personne ne veut voir. Nous sommes passés de quelques centaines à quelques milliers, puis à quelques dizaines de milliers. La logique mathématique est implacable.

    La géographie de l’impossible

    Prenons l’exemple de la frontière franco-italienne. Entre Menton et Nice, il faut compter 2 à 4 jours de marche pour un migrant déterminé. La géographie méditerranéenne offre mille passages possibles, mille routes alternatives.

    Ce que je ne m’explique toujours pas, c’est pourquoi il n’y a pas chaque jour un forçage de frontière par 500 migrants. La logique voudrait qu’ils s’organisent massivement plutôt que de tenter leur chance individuellement.

    Peut-être parce qu’ils ont compris que la stratégie du goutte-à-goutte fonctionne mieux. Moins spectaculaire, moins médiatique, mais plus efficace sur le long terme. Une forme d’intelligence collective que nous sous-estimons.

    Les montagnes entre la France et l’Italie deviennent des autoroutes clandestines. Chaque col, chaque sentier de randonnée devient une voie de passage potentielle. Comment contrôler 500 kilomètres de frontière alpine ?

    Le business de la migration

    Derrière ce phénomène migratoire se cache une économie parallèle colossale. Les passeurs, bien sûr, mais pas seulement. Toute une chaîne économique s’organise autour de cette population en transit.

    Avec des millions de migrants et de clandestins qui cherchent du travail, il serait naïf de croire qu’aucun business model ne se développe. L’économie souterraine européenne a trouvé sa main-d’œuvre idéale : corvéable, peu exigeante, sans droits.

    L’avenir, selon moi, c’est l’hébergement de migrants chez les particuliers. D’abord sur la base du volontariat, bien sûr. Mais cette solution qui paraît humaniste cache un piège : ces migrants logés chez des particuliers pourraient bien finir esclaves gratuits à domicile.

    Les « minijobs » allemands montrent la voie. Ces emplois précaires ne résolvent pas le chômage des nationaux, mais permettent d’absorber une partie de cette population migrante dans l’économie formelle, à très bas coût.

    L’intégration, un défi insurmontable ?

    Je veux rassurer les jeunes identitaires anxieux : même avec 80% d’immigrés, une nation peut garder son identité. À condition d’avoir la bonne politique. Mais justement, quelle politique ?

    L’erreur fondamentale, c’est de vouloir diluer ces migrants dans la population. Les décalages de « niveaux sociaux » sont trop importants. J’ai pu évaluer personnellement le niveau moyen de certains migrants cet été : c’est préoccupant.

    Chez de nombreux jeunes hommes migrants, la simple vue d’une jeune femme en jupe provoque des réactions que notre société n’est pas préparée à gérer. Ce n’est pas du racisme que de le constater, c’est de la sociologie de base.

    Ces migrants arrivent souvent en « post burn-out », épuisés par un parcours traumatisant. Dans leurs téléphones, on trouve les contacts de leurs familles qu’ils rassurent comme ils peuvent. Ils portent sur leurs épaules l’espoir de dizaines de personnes restées au pays.

    La mission des éclaireurs

    Car c’est bien de cela qu’il s’agit : ces migrants que nous voyons sont l’avant-garde de leurs familles respectives. De jeunes hommes plutôt en bonne santé, plutôt toniques, qui ont tous la même mission : ouvrir la voie.

    Une fois installés, légalisés, intégrés dans l’économie européenne, ils feront venir le reste de la famille. C’est la logique implacable du regroupement familial, multiplié par des centaines de milliers de cas individuels.

    L’impasse des solutions actuelles

    Ceux qui assurent qu’on pourrait renvoyer des migrants chez eux par centaines de milliers sont totalement déconnectés des réalités. On ne pourra pas les renvoyer, ni les réfugiés ni les migrants économiques. Ils n’accepteront pas et vont s’organiser pour résister.

    De nos jours, si vous renvoyez de force un migrant à sa condition originelle, vous le transformez en une sorte de terroriste politique. La frustration, l’humiliation, le sentiment d’injustice créent des bombes à retardement.

    S’il n’y avait plus de solution pour les migrants, ils feraient la guerre et se battraient à la mort pour survivre dans leur pays d’origine. En « permettant » aux migrants de se réfugier ailleurs, nous évitons des bains de sang un peu partout. C’est cette réalité géopolitique que peu osent avouer.

    Objectivement, renvoyer les migrants chez eux est l’option la plus logique, mais c’est aussi la plus immorale dans bien des cas. Ce dilemme moral paralyse l’action politique.

    La mathématique implacable

    Faisons un calcul simple : 6 milliards de pauvres dans le monde. Si seulement 1 sur 1000 décide de migrer, ils seront 6 millions régulièrement à tenter de se réfugier en Occident. Et les facteurs déclencheurs se multiplient : guerres, changements climatiques, crises économiques.

    Nous allons voir débarquer les migrants politiques, les migrants économiques, les migrants écologiques, les migrants climatiques. Chaque catégorie avec ses spécificités, ses revendications, ses besoins particuliers.

    Les migrants seront toujours plus nombreux, toujours plus offensifs, toujours mieux organisés. La jungle, c’est l’avenir. Pas forcément à Calais, mais quelque part en Europe, sous une forme ou une autre.

    D’ici Noël, je prédis qu’il y aura entre 3000 et 10000 nouveaux migrants sur le territoire de l’ancienne jungle de Calais. Parce que démanteler un camp ne fait pas disparaître les causes qui l’ont créé.

    Vers une gestion réaliste

    Il est tout à fait possible de coexister avec des millions de migrants. La solution est simple en théorie, complexe en pratique : accepter la réalité et s’y adapter plutôt que de la nier.

    Faire entrer 2 millions de migrants ne pose aucun problème si l’on met les infrastructures en place et les moyens en face. Mais cela suppose une révolution dans notre approche politique et sociale.

    Qu’on arrête de mentir aux gens : dans les années à venir, les flux de migrants ne cesseront pas. Ils augmenteront probablement même. C’est cette vérité qu’il faut avoir le courage de dire avant de pouvoir construire des solutions durables.

    En envoyant les migrants dans des petits villages où les gens vont ensuite naturellement voter Front National, quelle est la stratégie exacte ? Créer les conditions d’une radicalisation politique généralisée ?

    La question n’est plus de savoir si nous devons accueillir des migrants, mais comment nous allons organiser cet accueil massif dans les décennies qui viennent. C’est un défi civilisationnel qui demande autre chose que des postures politiciennes.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Mikhail | luxkstn / Unsplash

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  • Burkini, une polémique française qui révèle nos contradictions
    Burkini, une polémique française qui révèle nos contradictions
    L’été 2016 a été dominé par une polémique inattendue autour du burkini, révélant les fractures profondes de la société française sur la laïcité et l’intégration. Cette controverse, partie d’interdictions municipales, s’est transformée en débat national sur nos valeurs républicaines. Retour sur deux mois d’emballement médiatique et politique qui en disent long sur notre époque.

    Qui aurait cru qu’un maillot de bain puisse déchaîner autant de passions ? L’été 2016 restera dans les annales comme celui du burkini, ce vêtement de plage qui couvre l’ensemble du corps féminin selon les préceptes de pudeur islamique. De Nice à Cannes, en passant par Villeneuve-Loubet, une trentaine de communes françaises ont pris des arrêtés pour interdire ce maillot sur leurs plages.

    Ce qui devait être un simple règlement municipal s’est transformé en psychodrame national. Pendant deux mois, la France s’est déchirée sur quelques mètres de tissu technique. Mais derrière cette polémique apparemment anodine se cachent des questions autrement plus profondes sur notre modèle républicain, nos peurs et nos contradictions.

    Aheda Zanetti, la créatrice oubliée du débat

    Contrairement à ce que beaucoup croient, le burkini n’est pas né dans les banlieues françaises ou les pays du Golfe. Cette création originale sort de l’atelier d’Aheda Zanetti, une styliste d’origine libanaise installée en Australie. Loin des clichés sur l’oppression féminine, cette femme entrepreneure a conçu ce vêtement en 2004 pour permettre aux femmes musulmanes de pratiquer des activités nautiques.

    Son inspiration ? Voir sa nièce jouer au netball avec un hijab qui l’entravait dans ses mouvements. Zanetti a alors imaginé un vêtement alliant respect des convictions religieuses et liberté de mouvement. Le burkini est même devenu une marque déposée, protégée par le droit commercial australien.

    Cette dimension entrepreneuriale et émancipatrice du burkini a été largement occultée dans le débat français. Nous avons préféré y voir un symbole d’asservissement plutôt qu’un outil de liberté. Aheda Zanetti elle-même s’est d’ailleurs insurgée contre les interdictions françaises, rappelant que son invention visait justement à offrir plus de choix aux femmes.

    L’engrenage des interdictions municipales

    Tout commence le 28 juillet 2016 à Cannes. David Lisnard, le maire LR de la ville, signe un arrêté interdisant « l’accès aux plages et à la baignade à toute personne n’ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité ». Le texte vise explicitement « le port de vêtements pendant la baignade manifestant de manière ostensible une appartenance religieuse ».

    L’effet domino est immédiat. Villeneuve-Loubet, Le Touquet, Leucate… Une trentaine de communes emboîtent le pas. Chaque maire y va de sa justification : trouble à l’ordre public, hygiène, laïcité, sécurité. Les arguments s’accumulent, parfois se contredisent, mais l’objectif reste le même : interdire le burkini.

    Cette multiplication d’arrêtés révèle un phénomène inquiétant : la surenchère sécuritaire post-attentats. Après Nice le 14 juillet, la France est à cran. Le burkini devient le bouc émissaire parfait, le symbole visible d’une altérité qui dérange. Peu importe que ce maillot n’ait jamais posé de problème concret sur les plages.

    Des arguments juridiquement fragiles

    Dès le départ, ces interdictions posent problème sur le plan juridique. Comment justifier qu’un vêtement couvrant trouble l’ordre public quand les combinaisons de plongée sont autorisées ? L’argument hygiénique tient-il quand le burkini est fabriqué dans les mêmes matières techniques que les maillots classiques ?

    Les juristes pointent rapidement les failles de ces arrêtés. Ils violent le principe de liberté individuelle garanti par la Constitution. Ils créent une discrimination fondée sur l’apparence religieuse supposée. Ils instrumentalisent la laïcité en l’étendant à l’espace privé.

    L’emballement médiatico-politique

    Ce qui aurait pu rester une polémique estivale locale se transforme en obsession nationale. Les plateaux télé se succèdent, les éditorialistes s’enflamment, les réseaux sociaux s’embrasent. Le burkini devient LE sujet de l’été 2016, éclipsant même les Jeux Olympiques de Rio.

    Cette focalisation médiatique révèle nos travers collectifs. Nous préférons débattre pendant des heures d’un maillot de bain plutôt que de nous attaquer aux vrais problèmes : le chômage, l’éducation, la sécurité. Le burkini nous offre un débat facile, émotionnel, clivant. Il nous dispense de réfléchir aux solutions complexes qu’exigent les défis de notre époque.

    Les politiques surfent sur la vague. Manuel Valls défend les interdictions au nom de la laïcité. Nicolas Sarkozy propose une loi. Marine Le Pen dénonce l’islamisation. Chacun y va de sa petite phrase, alimentant un débat déjà surchauffé. Seuls quelques voix discordantes, comme celle d’Arnaud Montebourg qualifiant l’affaire de « subalterne », tentent de ramener la raison.

    Le piège de la surenchère

    Cette polémique illustre parfaitement le piège de la surenchère identitaire. Chaque camp pousse ses positions à l’extrême, rendant impossible tout dialogue constructif. D’un côté, ceux qui voient dans le burkini la preuve de l’islamisation rampante de la France. De l’autre, ceux qui y décèlent une dérive autoritaire et islamophobe.

    Entre ces deux extrêmes, la nuance disparaît. Impossible de dire que le burkini peut poser question sans être taxé d’islamophobie. Impossible de défendre la liberté de le porter sans être accusé de complaisance communautariste. Le débat se radicalise, les positions se figent.

    Le Conseil d’État remet les pendules à l’heure

    Le 26 août 2016, le Conseil d’État tranche. Dans une décision attendue, la plus haute juridiction administrative suspend l’arrêté de Villeneuve-Loubet. Les motifs sont clairs : ces interdictions portent « une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle ».

    La décision fait jurisprudence. Elle s’applique à tous les arrêtés similaires pris par les autres communes. En quelques lignes, le Conseil d’État remet de l’ordre dans un débat parti en vrille. Il rappelle que la laïcité ne s’applique qu’aux services publics, pas aux usagers. Il précise qu’aucun trouble à l’ordre public n’a été caractérisé.

    Cette décision marque la fin juridique de la polémique. Mais elle ne clôt pas le débat de fond. Car au-delà du droit, c’est bien une vision de la société française qui s’affronte à travers le burkini.

    Une victoire en demi-teinte

    Si les défenseurs des libertés publiques peuvent se réjouir de cette décision, elle ne règle pas tout. Les images de femmes verbalisées sur les plages ont fait le tour du monde, écornant l’image de la France des droits de l’homme. Les tensions communautaires se sont exacerbées. La confiance dans les institutions s’est érodée.

    Surtout, cette polémique révèle une France fragile, en quête d’identité, prompte à s’enflammer sur des symboles plutôt qu’à affronter ses vrais défis. Elle montre combien nous peinons à articuler nos valeurs républicaines avec la réalité d’une société diverse.

    Ce que révèle vraiment la polémique du burkini

    Au-delà de l’anecdote estivale, l’affaire du burkini dit beaucoup de la France de 2016. Elle révèle d’abord notre difficulté à penser la laïcité autrement que comme un instrument d’exclusion. Conçue pour protéger la liberté de conscience, elle devient un outil de contrôle des corps et des apparences.

    Cette polémique montre aussi notre obsession du visible, de l’ostentatoire. Nous nous focalisons sur les signes extérieurs plutôt que sur les pratiques réelles. Peu importe que le burkini puisse être un choix personnel, nous n’y voyons qu’un symbole de soumission. Nous préjugeons des intentions sans connaître les motivations.

    Elle illustre enfin notre malaise face à l’islam. Incapables de distinguer religion et politique, spiritualité et idéologie, nous amalgamons. Chaque pratique musulmane devient suspecte, chaque revendication une menace. Cette suspicion généralisée nourrit le repli communautaire qu’elle prétend combattre.

    Les vraies questions occultées

    Pendant que nous débattions du burkini, les vrais enjeux de l’intégration passaient au second plan. Comment favoriser la mixité sociale dans les quartiers ? Comment lutter contre les discriminations à l’emploi ? Comment renforcer l’école républicaine ? Ces questions complexes, qui exigent du temps et des moyens, ont été éclipsées par une polémique de surface.

    Cette fuite en avant dans le symbolique révèle notre impuissance face aux défis concrets. Plutôt que de s’attaquer aux causes profondes des tensions communautaires – ségrégation urbaine, échec scolaire, chômage de masse – nous préférons légiférer sur les apparences. C’est plus simple, plus spectaculaire, mais totalement inefficace.

    L’été 2016 nous aura au moins appris une chose : la France a besoin de retrouver le chemin du dialogue et de la nuance. Car c’est bien de cela qu’il s’agit derrière l’affaire du burkini : de notre capacité collective à vivre ensemble malgré nos différences. Un défi autrement plus complexe que d’interdire un maillot de bain.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

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  • Français musulmans : l’identité française à l’épreuve d’une transformation démographique
    Français musulmans : l’identité française à l’épreuve d’une transformation démographique
    La France traverse une période de tensions communautaires inédites, marquée par la montée de l’islamophobie et l’émergence d’une communauté musulmane française en quête de reconnaissance politique. Cette mutation démographique et culturelle redéfinit l’identité nationale et pose la question cruciale du vivre-ensemble républicain.

    Être Français musulman va devenir invivable. Cette phrase, aussi brutale soit-elle, résume parfaitement la réalité que vivent aujourd’hui des millions de nos concitoyens. Nous assistons à une fracture qui ne cesse de s’élargir, alimentée par les attentats, les polémiques sur le burkini et une islamophobie qui devient chaque jour plus visible.

    Pourtant, derrière cette tension palpable se cache une réalité démographique que beaucoup refusent encore de voir : la France se transforme. Et cette transformation n’est ni temporaire ni réversible.

    Une France déjà islamisée ? La réalité des chiffres

    Je ne devrais pas vous le dire, mais la France est déjà islamisée. Cette affirmation peut choquer, mais regardons les faits avec lucidité.

    Les estimations les plus conservatrices évaluent la population musulmane française entre 4 et 6 millions de personnes en 2016. D’autres sources parlent de 8 à 10 millions si l’on inclut les populations d’origine musulmane non pratiquantes. Dans certaines banlieues, dans certaines villes, cette présence est majoritaire.

    Les projections démographiques sont implacables : avec un taux de natalité supérieur et une immigration continue, les musulmans (ou assimilés) seront 20 millions dans 50 à 75 ans en France. Dans moins d’un siècle, la France sera principalement musulmane, et des gens qui ne le supportent pas vous conditionnent pour le refuser.

    Cette réalité démographique s’accompagne d’une influence culturelle croissante. L’influence de la culture arabo-musulmane est inévitable dans une France qui comptera 20 millions de musulmans d’ici 25 à 50 ans. Les mosquées se multiplient, les commerces halal prospèrent, et même le marché du burkini explose avec 30% de clientes non musulmanes selon certaines estimations.

    L’islamophobie : une pathologie française

    L’islamophobie massive telle que je l’observe dans la société française est désormais pathologique, et doit se traiter par la psychiatrie. Cette phrase peut paraître excessive, mais elle traduit une réalité : la peur de l’islam s’est généralisée et rationalisée.

    Depuis l’été 2014, chaque semaine la France est ouvertement plus islamophobe et arabophobe. Les attentats de Charlie Hebdo, du Bataclan, de Nice ont créé un climat de défiance généralisée. La population française n’a jamais eu aussi peur des Arabes et des musulmans dans l’histoire récente du pays.

    Cette islamophobie se nourrit d’elle-même. Quand je vois la haine contre les musulmans en France alors qu’il n’y a pas eu d’attentat depuis deux semaines, j’imagine le pire au prochain. Un cercle vicieux s’est installé : plus les tensions montent, plus les amalgames se renforcent, plus la fracture s’élargit.

    Les conséquences sont déjà visibles. De fait, pratiquement aucune possibilité pour que l’islamophobie puisse régresser ou se résorber dans les 30 prochaines années en France. Cette situation aura des conséquences inouïes sur la cohésion nationale.

    Un conditionnement politique

    Ce qui compte, c’est d’identifier au plus vite qui sont ceux qui veulent absolument qu’on ait à détester les musulmans en France. Car cette islamophobie n’est pas spontanée : elle est alimentée, entretenue, instrumentalisée.

    Certains dirigeants politiques surfent sur cette vague. Nadine Morano déclare que « l’Islam pose un problème en France ». Bernard Cazeneuve demande indirectement aux Français musulmans de faire un choix et de le communiquer publiquement : la République ou l’Islam. Comme si les deux étaient incompatibles.

    Cette stratégie est dangereuse car elle pousse à la radicalisation des positions. Si Hollande demande aux Français de se calmer en matière d’islamophobie, il est cuit en 2017. Si Le Pen fait de même, elle est cuite aussi. L’islamophobie est devenue un ressort électoral.

    L’émergence d’une conscience politique musulmane

    Face à cette hostilité croissante, la communauté musulmane française commence à s’organiser politiquement. Je préfère prévenir que guérir : quand les Français musulmans vont se mettre à faire de la politique, ça va souffler très fort.

    Le patriotisme d’innombrables Français musulmans d’origine immigrée n’a rien à envier aux Français de souche chrétienne. Ces citoyens de plein droit refusent de plus en plus d’être stigmatisés et commencent à revendiquer leur place dans le débat public.

    La réponse des Français maghrébins musulmans contre la xénophobie, l’arabophobie et l’islamophobie devra être exclusivement politique. Pas seulement aller voter – bien sûr qu’ils doivent – mais c’est insuffisant. Il faut une représentation, une organisation, une voix collective.

    Vers une représentation politique

    Ce qu’il manque au Front National, c’est l’émergence d’une mouvance musulmane en son sein. Les patriotes français musulmans y ont toute légitimité. Cette idée peut surprendre, mais elle traduit une réalité : les Français musulmans sont français avant tout, et certains partagent les préoccupations sécuritaires et identitaires du FN.

    Le Front National doit surtout entretenir les meilleures relations possibles, respectueuses et constructives, avec les Français musulmans. Car à long terme, ceux qui détestent les musulmans perdront. Les mathématiques démographiques sont implacables.

    Quand je dis qu’un jour un Français musulman aura des fonctions politiques importantes, tout le monde voit un Africain ou un Maghrébin. Cette vision réductrice montre à quel point nous avons du mal à concevoir l’intégration réussie.

    Construire l’identité de la Française musulmane

    Un travail passionnant va être entrepris au sein de la communauté musulmane de France pour construire l’identité de la Française musulmane. Cette question dépasse largement les polémiques sur le voile ou le burkini.

    Pour moi, la Française musulmane doit être perçue comme une femme d’exception. Dans son mode de vie, mais aussi et surtout dans son style. La Française musulmane n’a pas encore trouvé comment se démarquer, mais elle doit faire référence dans le monde. Elle doit être unique.

    Cette recherche d’identité passe par l’innovation. J’espère néanmoins que la culture islamique française du voile va se grandir avec les couleurs et un style moins fade. Il s’agit de créer une esthétique française de l’islam, qui respecte les préceptes religieux tout en s’intégrant dans la culture française.

    Le succès du burkini illustre cette dynamique : un vêtement qui répond aux exigences religieuses tout en permettant la pratique d’activités typiquement françaises comme la baignade. Cette créativité montre la voie d’une intégration réussie.

    Les défis de l’intégration

    La France doit absolument laisser ses concitoyens musulmans les plus intégrés et les mieux éduqués élever les masses. Cette responsabilisation de l’élite musulmane française est cruciale pour éviter les dérives.

    Une autorité crédible doit pouvoir organiser des rassemblements populaires de Français musulmans contre la grande mafia islamiste. Car le premier combat des musulmans français doit être contre l’extrémisme qui souille leur religion.

    Les hommes de la communauté française musulmane doivent organiser un service de surveillance et de renseignement en marge de ce qui existe. Cette auto-surveillance communautaire pourrait compléter efficacement les dispositifs officiels.

    S’inspirer des modèles extérieurs

    La France devrait s’inspirer des méthodes et des moyens de sécurité des grandes nations musulmanes modernes. Des pays comme les Émirats Arabes Unis ou la Malaisie ont développé des approches efficaces pour lutter contre l’extrémisme tout en préservant les libertés religieuses.

    À la tête de la Fondation pour l’Islam de France, il faut un musulman, pas n’importe qui, un pointu en politique, et pas nommé, mais élu. Cette légitimité démocratique est indispensable pour créer une représentation crédible.

    Vers une France apaisée ?

    Pour moi, La France Apaisée, c’est s’assurer que chrétiens locaux et immigrés musulmans évoluent sur un même territoire en se respectant. Cet objectif semble aujourd’hui utopique, mais il reste la seule voie viable.

    Je suis convaincu que de très nombreux Français, nés catholiques, mais qui ne pratiquent pas, vont progressivement s’intéresser à l’Islam. Cette conversion culturelle progressive pourrait faciliter le dialogue interreligieux.

    Si des Français musulmans étaient au pouvoir avec des Français chrétiens de souche, toutes ces conneries n’auraient pas lieu. La représentation politique équilibrée reste le meilleur antidote aux tensions communautaires.

    Je conseille aux Français musulmans de parler du matin au soir de politique, d’économie, de chômage, d’emploi, de finances, de sociologie. En sortant du débat purement religieux pour investir tous les champs de la société, ils prouveront leur pleine citoyenneté.

    Si la France était toujours la France, tout le monde ferait bloc aux côtés des musulmans et des Arabes contre ceux qui les tuent. Car le vrai ennemi n’est pas l’islam, mais ceux qui instrumentalisent la peur pour diviser.

    À court terme, il est possible que ceux qui détestent les musulmans puissent gagner en France. Mais à long terme, ils perdront. Les transformations démographiques et culturelles en cours sont irréversibles. La question n’est plus de savoir si la France va changer, mais comment elle va s’adapter à cette mutation.

    La France de 2016 vit une révolution silencieuse. Cette transformation peut se faire dans la douleur et la division, ou dans l’intelligence et le respect mutuel. Le choix nous appartient encore.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : DAT VO / Unsplash

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  • La Police française à l’heure de l’israélisation
    La Police française à l’heure de l’israélisation
    La police française traverse une crise existentielle en 2016. Entre banalisation des violences policières, adoption de méthodes inspirées du modèle israélien et perte de légitimité aux yeux des citoyens, c’est tout l’édifice républicain qui montre des fissures. Ce phénomène, que certains qualifient d’« israélisation », interroge notre rapport à la sécurité, à la justice et à la démocratie.

    Quand la violence policière devient système

    Le 18 juillet 2016, la justice française rend un verdict qui fera date. Plusieurs policiers sont condamnés pour des violences commises lors d’une interpellation en 2014. Le message est clair : oui, des policiers violents existent dans la police française. Oui, ils peuvent être sanctionnés. Mais cette décision judiciaire, aussi symbolique soit-elle, ne suffit pas à masquer une réalité plus inquiétante.

    Car le problème n’est pas tant l’existence de brebis galeuses que leur impunité systémique. Les affaires de violences policières se multiplient depuis plusieurs années, souvent filmées par des citoyens, parfois relayées par les médias. Pourtant, les condamnations restent l’exception plutôt que la règle. Comment expliquer ce décalage entre la réalité des faits et la réponse judiciaire ?

    Plusieurs facteurs entrent en jeu :

    • L’opacité des enquêtes internes, souvent confiées à l’IGPN (Inspection générale de la police nationale), surnommée la « police des polices »
    • La difficulté pour les victimes à porter plainte, entre pression des syndicats policiers et méfiance envers les institutions
    • La culture du silence qui règne au sein des commissariats, où dénoncer un collègue relève souvent de la trahison
    • Le manque de moyens alloués aux enquêtes, qui se traduisent par des classements sans suite pour « absence de preuves »

    Le résultat ? Une défiance croissante des citoyens envers ceux qui sont censés les protéger. En 2016, selon un sondage Ifop pour Le Journal du Dimanche, 58 % des Français estiment que les policiers commettent des violences de manière régulière. Un chiffre qui monte à 72 % chez les 18-24 ans. La fracture est béante.

    L’israélisation : quand la France importe un modèle sécuritaire

    C’est un terme qui revient souvent dans les débats de l’été 2016 : l’« israélisation » de la police française. Derrière ce concept se cache une réalité plus complexe qu’il n’y paraît. Il ne s’agit pas simplement d’une importation des méthodes israéliennes, mais d’une transformation plus profonde de notre rapport à la sécurité.

    De quoi parle-t-on exactement ? L’israélisation désigne plusieurs phénomènes concomitants :

    • La militarisation des forces de l’ordre : équipement lourd (gilets pare-balles, armes de guerre), formation au combat rapproché, création d’unités spécialisées comme le RAID ou la BAC (Brigade anti-criminalité)
    • La normalisation de l’état d’urgence : après les attentats de 2015, la France vit sous ce régime d’exception depuis près d’un an. Perquisitions administratives, assignations à résidence, contrôles au faciès… Autant de mesures qui banalisent l’arbitraire
    • La logique du « eux contre nous » : dans les territoires occupés, l’armée israélienne considère la population palestinienne comme une menace permanente. En France, certains policiers adoptent une posture similaire envers les habitants des quartiers sensibles
    • La privatisation de la sécurité : comme en Israël, où des sociétés privées jouent un rôle croissant dans la protection des colonies, la France externalise de plus en plus ses missions régaliennes (surveillance des stades, protection des sites sensibles, etc.)

    Cette évolution n’est pas le fruit du hasard. Elle répond à une logique politique et économique bien précise. Depuis les attentats de janvier 2015, la sécurité est devenue un enjeu central du débat public. Les gouvernements successifs, de gauche comme de droite, ont fait le choix d’une réponse sécuritaire plutôt que sociale. Résultat : les budgets alloués à la police et à la gendarmerie ont explosé, tandis que ceux dédiés à la prévention ou à la justice stagnent.

    Pourtant, cette approche pose question. En Israël, le modèle sécuritaire a-t-il vraiment permis de pacifier la société ? Non. Il a au contraire contribué à radicaliser une partie de la population palestinienne, tout en normalisant un état de guerre permanente. La France veut-elle vraiment emprunter cette voie ?

    Le cas Nice : laboratoire de l’israélisation ?

    L’exemple de Nice, après l’attentat du 14 juillet 2016, est particulièrement éclairant. Dans les jours qui ont suivi la tragédie, la ville est devenue un véritable laboratoire sécuritaire. Caméras de surveillance omniprésentes, contrôles d’identité systématiques, patrouilles armées dans les rues… Les mesures prises rappellent étrangement celles en vigueur dans les villes israéliennes.

    Mais le plus inquiétant concerne le traitement des populations musulmanes. Comme le soulignait un tweet de l’époque, certains policiers niçois ont reçu pour mission de verbaliser les femmes voilées sur la promenade des Anglais. Une dérive qui rappelle les méthodes israéliennes en Cisjordanie, où les checkpoints et les contrôles au faciès sont monnaie courante.

    Comment des policiers français ont-ils pu accepter une telle mission ? La question mérite d’être posée. Elle révèle une banalisation de l’arbitraire, où la lutte contre le terrorisme sert de prétexte à des dérives discriminatoires. Comme si, peu à peu, la fin justifiait les moyens.

    La police, miroir des fractures françaises

    La crise que traverse la police française en 2016 n’est pas seulement institutionnelle. Elle est le symptôme d’une société en pleine mutation, où les repères traditionnels s’effritent. Pour comprendre cette évolution, il faut remonter aux racines du malaise policier.

    Une profession en mal de reconnaissance

    Longtemps considérée comme un métier noble, la fonction policière a perdu de son prestige au fil des années. Plusieurs facteurs expliquent ce déclin :

    • Des conditions de travail dégradées : effectifs en baisse, horaires extensibles, pression hiérarchique… En 2016, selon un rapport sénatorial, 40 % des policiers déclarent avoir déjà songé à quitter la profession
    • Un sentiment d’abandon : entre les promesses non tenues des politiques et le manque de moyens, beaucoup de policiers ont le sentiment d’être les « oubliés » de la République
    • Une défiance croissante : entre les affaires de violences policières et les soupçons de corruption, l’image de la police dans l’opinion publique s’est considérablement dégradée

    Ce malaise se traduit par une radicalisation d’une partie des forces de l’ordre. Les syndicats policiers, comme Alliance ou Unité SGP Police, n’hésitent plus à défier ouvertement le pouvoir politique. En 2016, plusieurs manifestations de policiers ont ainsi eu lieu, parfois en tenue, pour réclamer plus de moyens et moins de « laxisme » judiciaire.

    Le syndrome du « eux contre nous »

    Cette radicalisation s’accompagne d’une vision de plus en plus binaire de la société. Dans certains commissariats, on oppose désormais les « bons citoyens » aux « racailles », les « Français de souche » aux « immigrés ». Une rhétorique qui n’est pas sans rappeler celle de l’extrême droite.

    Cette évolution est particulièrement visible dans les quartiers sensibles. Là, la police est souvent perçue comme une force d’occupation plutôt que comme un service public. Les contrôles au faciès, les humiliations, les violences… Autant de pratiques qui alimentent un cercle vicieux de défiance et de ressentiment.

    Pourtant, cette logique du « eux contre nous » est contre-productive. En diabolisant une partie de la population, la police se prive de précieux relais dans sa lutte contre la criminalité. Comment espérer obtenir des renseignements ou la coopération des habitants si ceux-ci se sentent stigmatisés ?

    Vers une police politique ?

    L’une des craintes les plus vives en 2016 concerne la politisation croissante de la police française. Sous couvert de lutte contre le terrorisme ou de maintien de l’ordre, certains craignent que les forces de l’ordre ne deviennent un instrument au service du pouvoir en place.

    L’héritage de l’état d’urgence

    Instauré après les attentats de novembre 2015, l’état d’urgence a profondément modifié le paysage sécuritaire français. Initialement prévu pour une durée limitée, il a été prolongé à plusieurs reprises, devenant une sorte de « nouvelle normalité ».

    Or, cet état d’exception donne des pouvoirs exorbitants aux forces de l’ordre : perquisitions sans mandat, assignations à résidence, interdictions de manifester… Autant de mesures qui, si elles peuvent se justifier dans un contexte de menace terroriste, posent question sur le long terme.

    Le risque ? Que ces pouvoirs exceptionnels ne deviennent la norme. Que la police, habituée à agir sans contrôle judiciaire, ne finisse par considérer ces prérogatives comme un dû. Une dérive qui rappelle les heures les plus sombres de notre histoire, où la police politique était un instrument de répression au service du pouvoir.

    Le spectre de la police politique

    En 2016, plusieurs affaires ont ravivé les craintes d’une police au service du pouvoir. Citons notamment :

    • Les écoutes illégales de journalistes et d’avocats, révélées par le Canard Enchaîné
    • La surveillance de militants écologistes, notamment lors de la COP21
    • Les pressions exercées sur des magistrats pour obtenir des condamnations « exemplaires »

    Ces dérives, si elles restent marginales, interrogent sur l’indépendance de la police. Dans une démocratie, les forces de l’ordre doivent être au service de la loi, pas du gouvernement. Or, en 2016, cette frontière semble de plus en plus floue.

    Le cas des manifestations est particulièrement révélateur. Depuis plusieurs années, la gestion des mouvements sociaux par la police fait l’objet de vives critiques. Usage disproportionné de la force, provocations, nasses… Autant de pratiques qui donnent l’impression d’une police plus soucieuse de réprimer que de protéger.

    Que faire ? Pistes pour une refondation

    Face à ces constats alarmants, une question s’impose : comment sortir de cette spirale ? Plusieurs pistes méritent d’être explorées.

    1. Repenser la formation des policiers

    La formation actuelle des policiers est trop axée sur le technique (maniement des armes, procédures judiciaires) au détriment du relationnel. Or, dans une société de plus en plus complexe, les compétences en médiation, en psychologie ou en gestion des conflits sont essentielles.

    Plusieurs pays, comme le Canada ou la Norvège, ont mis en place des formations innovantes, centrées sur l’éthique et le dialogue. Pourquoi ne pas s’en inspirer ?

    2. Renforcer les contrôles externes

    Aujourd’hui, les enquêtes sur les violences policières sont principalement menées par l’IGPN, une structure interne à la police. Un système qui manque cruellement d’indépendance.

    Plusieurs solutions existent :

    • Créer une autorité administrative indépendante, sur le modèle du Défenseur des droits, mais spécialisée dans les questions policières
    • Donner plus de moyens à la justice pour enquêter sur les dérives policières
    • Rendre obligatoire le port de caméras-piétons pour tous les policiers en intervention

    3. Rééquilibrer les budgets

    La réponse sécuritaire a montré ses limites. Plutôt que de continuer à augmenter les budgets de la police, ne serait-il pas plus efficace d’investir dans la prévention ?

    Plusieurs pistes :

    • Développer les maisons de justice et du droit dans les quartiers sensibles
    • Renforcer les effectifs des travailleurs sociaux et des éducateurs
    • Investir dans la rénovation urbaine pour recréer du lien social

    4. Ouvrir un grand débat national

    La question policière ne peut plus être laissée aux seuls experts. Elle concerne tous les citoyens. Un grand débat national, associant policiers, magistrats, élus et citoyens, serait l’occasion de repenser notre modèle de sécurité.

    Plusieurs questions pourraient être abordées :

    • Faut-il maintenir l’état d’urgence ?
    • Comment lutter contre les discriminations au sein de la police ?
    • Quelle place pour la police dans une démocratie ?
    • Comment restaurer la confiance entre policiers et citoyens ?

    Conclusion : la France à la croisée des chemins

    En cet été 2016, la France se trouve à un tournant. Le modèle policier hérité de la Libération, fondé sur les principes de proximité et de service public, est en crise. À sa place émerge progressivement une police plus militarisée, plus répressive, plus éloignée des citoyens.

    Cette évolution n’est pas une fatalité. Elle est le résultat de choix politiques, économiques et sociétaux. Des choix qui peuvent être remis en question. Mais pour cela, il faut d’abord prendre conscience de l’ampleur du problème.

    La police française n’est pas une armée d’occupation. Elle est, ou devrait être, le bras armé d’une République qui protège tous ses citoyens, sans distinction. En 2016, ce principe fondateur est plus que jamais menacé. À nous, citoyens, de le défendre.

    Car une chose est sûre : si la France continue sur cette voie, elle perdra bien plus que sa sécurité. Elle perdra son âme.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

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  • Terrorisme islamiste : l’analyse qu’on refuse de faire
    Terrorisme islamiste : l’analyse qu’on refuse de faire
    Le terrorisme islamiste révèle des mécanismes complexes mêlant fragilités psychiatriques, manipulation numérique et enjeux géopolitiques. Une analyse au-delà des raccourcis médiatiques s’impose pour comprendre ce phénomène et éviter la stigmatisation de l’Islam.

    Je pense que nous faisons une très mauvaise analyse du terrorisme islamiste. Cette conviction me frappe chaque jour davantage en observant le traitement médiatique et politique des attentats qui frappent la France depuis 2015.

    Nous interprétons systématiquement ces actes comme « de la barbarie criminelle au nom de la religion ». Cette grille de lecture, aussi rassurante soit-elle, nous aveugle sur la réalité des mécanismes à l’œuvre.

    Le piège de l’interprétation religieuse

    L’erreur fondamentale consiste à plaquer une explication purement religieuse sur des phénomènes autrement plus complexes. Quand un individu commet un attentat en criant « Allahu akbar », notre réflexe collectif se limite à y voir l’expression d’un fanatisme religieux.

    Pourtant, l’analyse des profils révèle une tout autre réalité. Les « tueurs musulmans » de ces dernières années présentent tous des pathologies psychiatriques connues. Ils sont déséquilibrés, fragiles psychologiquement, souvent en rupture sociale.

    Cette fragilité constitue le terreau idéal pour la manipulation. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : l’exploitation de prédispositions psychiatriques pour fabriquer du terrorisme islamiste.

    Les « imams Google » : nouveaux manipulateurs

    L’immense majorité de ces individus sont endoctrinés via Internet. Ils tombent sous l’influence de ce qu’on peut appeler les « imams Google » – des manipulateurs qui opèrent depuis l’ombre du web.

    Ces prédateurs numériques ciblent spécifiquement les profils vulnérables : jeunes en quête d’identité, délinquants en rupture, malades mentaux isolés. Ils leur proposent un récit héroïque, une cause à laquelle se raccrocher.

    Le processus relève davantage de l’émulation et de l’identification que de la conviction religieuse. Ces individus reproduisent des schémas comportementaux qu’on leur a inculqués, dans une logique pathologique de reconnaissance et d’appartenance.

    Contextualiser sans excuser

    Contextualiser le terrorisme ne signifie pas l’excuser. Le terrorisme ultraviolent reste insupportable, inacceptable, absolument horrible. Mais refuser de le replacer dans son contexte nous condamne à l’inefficacité.

    Objectivement, il paraît cohérent que des musulmans, même extrêmes, se retournent contre ceux qu’ils perçoivent comme producteurs d’injustice constante. Les interventions militaires occidentales au Moyen-Orient, le soutien à des régimes autoritaires, les inégalités criantes : autant d’éléments qui alimentent un sentiment de revanche.

    Cette dimension géopolitique échappe largement au débat public français. On préfère l’explication religieuse, plus simple, plus vendable médiatiquement.

    L’industrie de la peur

    Car le terrorisme islamiste fait tourner plusieurs industries à plein régime, à commencer par l’armement. La « guerre contre le terrorisme » génère des budgets considérables, justifie des interventions militaires, légitime la restriction des libertés.

    Cette économie de la peur a ses bénéficiaires. Elle transforme chaque attentat en argument pour renforcer l’appareil sécuritaire, pour durcir la législation, pour alimenter les tensions communautaires.

    Les dégâts collatéraux : islamophobie et fracture sociale

    La grille de lecture dominante produit des effets dévastateurs sur la cohésion sociale. Après chaque attentat, l’immense majorité des gens pensent que l’Islam c’est mal, que les musulmans c’est mal, que les Arabes c’est mal.

    Cette amalgame systématique nourrit une islamophobie décomplexée. L’impunité devient totale : c’est open bar en matière de discrimination anti-musulmane.

    Les musulmans ne cessent pourtant de rappeler que ces jihadistes mafieux ne sont pas des musulmans au sens spirituel du terme. Mais cette voix se perd dans le brouhaha médiatique et politique.

    L’échec de la laïcité

    Rendre invisibles nos musulmans et nos juifs dans l’espace public, ce n’est plus de la laïcité. C’est en réalité l’échec de la laïcité.

    Une certaine droite réclame désormais une loi contre l’Islam. Cette dérive autoritaire, aussi grossière qu’un camion, révèle l’ampleur des dégâts causés par notre mauvaise analyse du phénomène terroriste.

    Car cette peur généralisée de l’Islam radical repose sur un malentendu fondamental. L’Islam éclairé, l’Islam des Lumières, reste parfaitement compatible avec la République. Même Marine Le Pen l’a récemment reconnu, dans un moment de lucidité politique.

    Vers une approche plus intelligente

    Face au terrorisme, le plaisir constitue une arme, selon Salman Rushdie. Cette formule, apparemment paradoxale, mérite réflexion.

    Annuler des événements festifs ne constitue pas un recul devant le terrorisme quand il s’agit de protéger les populations. Mais céder à la peur permanente, renoncer à nos modes de vie, stigmatiser nos concitoyens musulmans : voilà les vraies victoires terroristes.

    L’approche policière actuelle s’avère parfaitement inadaptée au risque terroriste. Elle traite les symptômes sans s’attaquer aux causes : manipulation numérique, fragilités psychiatriques, frustrations géopolitiques.

    Identifier les vrais responsables

    Il faut vérifier qui se cache derrière les « imams Google ». Où opèrent-ils ? Qui les finance ? Quels réseaux les protègent ? Ces questions dérangent car elles mènent vers des pistes géopolitiques complexes.

    Tout résistant peut devenir terroriste dans les derniers moments de sa radicalité. Mais sera qualifié de terroriste bien avant, dès qu’il dérange l’ordre établi. Cette relativité du terme « terrorisme » selon les rapports de force géopolitiques mérite d’être soulignée.

    L’urgence du changement de paradigme

    En cristallisant tout autour de l’islamisme depuis l’été 2014, nous avons commis une erreur irréparable. Cette focalisation obsessionnelle nous aveugle sur d’autres menaces : le terrorisme d’extrême-droite tue plus que le terrorisme islamiste dans certains pays.

    Sans compter que tabac et alcool tuent nettement plus que tous les terrorismes réunis. Mais ces morts-là ne font pas vendre de journaux ni gagner d’élections.

    Nos dirigeants gèrent au jour le jour des petites crises avec « un peu de terrorisme par-ci par-là ». Cette gestion de l’urgence permanente empêche toute réflexion de fond sur les causes profondes du phénomène.

    Il est temps de sortir de cette spirale. Le terrorisme a certes un effet négatif sur l’emploi et produit du chômage. Mais se focaliser uniquement sur ses conséquences économiques ou sécuritaires revient à passer à côté de l’essentiel.

    Comprendre pour mieux combattre : voilà l’enjeu. Car tant que nous refuserons de faire l’analyse correcte du terrorisme islamiste, nous resterons dans l’inefficacité et alimenterons les fractures sociales.

    La question n’est plus de savoir si de nouveaux attentats auront lieu. Ils auront lieu. La question est de savoir si nous saurons enfin les analyser correctement pour les prévenir efficacement, sans sacrifier nos valeurs ni nos concitoyens musulmans sur l’autel de la peur.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : KOBU Agency / Unsplash

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