Retour de Sarkozy, un come-back politique calculé
Nicolas Sarkozy annonce en août 2016 son retour pour les présidentielles 2017, malgré sa promesse d’arrêter la politique après sa défaite de 2012. Ce comeback s’accompagne d’une radicalisation de son discours et soulève de nombreuses questions sur ses motivations réelles dans un contexte d’affaires judiciaires.

«Si je perds, j’arrête la politique.» Cette phrase, Nicolas Sarkozy l’avait prononcée le 8 mars 2012, quelques semaines avant sa défaite face à François Hollande. Quatre ans plus tard, en août 2016, l’ancien président annonce dans la surprise générale sa candidature aux présidentielles 2017.

Un retour qui ne surprend finalement que ceux qui n’ont pas suivi les signes avant-coureurs. Car derrière ce comeback spectaculaire se cache une mécanique politique bien huilée et des enjeux qui dépassent largement la simple ambition personnelle.

Un retour sous contrainte judiciaire

Le timing de ce retour n’est pas anodin. Sarkozy fait face à plusieurs dossiers judiciaires majeurs qui pourraient compromettre définitivement sa carrière politique s’il restait simple citoyen.

L’affaire Bygmalion, révélée en 2014, met en lumière un système de financement occulte de sa campagne présidentielle de 2012. Les révélations d’Envoyé Spécial sur ce dossier montrent l’ampleur du dispositif mis en place pour contourner les plafonds de dépenses électorales.

Plus grave encore, l’affaire libyenne plane comme une épée de Damoclès. Les liens entre la campagne de 2007 et les financements libyens présumés constituent un dossier explosif. Certains observateurs estiment même que Saïf al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien dirigeant libyen, détient les clés qui pourraient faire tomber l’ancien président.

Dans ce contexte, le retour en politique offre une protection relative. Un candidat, puis potentiellement un président, bénéficie d’une exposition médiatique qui complique les procédures judiciaires et mobilise un soutien politique.

La machine à rester au pouvoir

Mais Sarkozy n’est pas seul dans cette aventure. Son retour sert les intérêts de tout un écosystème politique qui craint pour sa survie.

Si Marine Le Pen accède au pouvoir en 2017, des milliers de «petits caporaux» – élus locaux, cadres de partis, conseillers – verraient la fin de leur carrière politique. Ces «amis» de Sarkozy ont donc tout intérêt à ce qu’il revienne pour préserver le système en place.

Cette logique explique le soutien rapide de nombreux maires et élus locaux, malgré les casseroles judiciaires. Des «petits coups de fils bien sentis» suffisent à remettre en ligne des édiles qui s’étaient pourtant mis à genoux devant d’autres candidats potentiels.

Sarkozy devient ainsi l’outil de préservation d’un système politique menacé par la montée du Front National et le discrédit général de la classe politique traditionnelle.

Une radicalisation assumée du discours

Le Sarkozy de 2016 n’est plus celui de 2012. Les épreuves judiciaires et l’exil politique l’ont radicalisé, et cela se ressent dans chacune de ses interventions publiques.

Sa stratégie est claire : doubler le Front National sur sa droite en tenant un discours encore plus dur sur l’immigration et l’identité nationale. Quand il déclare que les immigrés maghrébins doivent se sentir «Gaulois», il sait parfaitement qu’il dit exactement ce qu’une partie de l’électorat veut entendre.

Cette radicalisation n’est pas un accident. Elle répond à une analyse politique précise : dans un contexte de montée de l’extrême droite, il faut occuper cet espace avant que Marine Le Pen ne le monopolise complètement.

Le parallèle avec l’extrême droite européenne est frappant. Comme Viktor Orbán en Hongrie ou la Ligue du Nord en Italie, Sarkozy adopte une rhétorique nationaliste assumée, loin du gaullisme social de Jacques Chirac.

Le pari risqué du « tout ou rien »

Cette stratégie de radicalisation comporte des risques majeurs. En se positionnant comme le leader d’une «véritable extrême droite française contemporaine», Sarkozy prend le risque de déborder le Front National… mais aussi de perdre une partie de son électorat traditionnel.

Les sondages de l’époque montrent que près de 80% des Français ne souhaitent pas son élection en 2017. Un rejet massif qui témoigne de l’usure de son image publique et des conséquences de ses années de pouvoir.

Car les Français n’ont pas oublié le bilan de sa présidence : explosion du chômage, crise économique, interventions militaires hasardeuses en Libye et en Syrie. Sous Sarkozy, beaucoup ont dû «travailler plus pour gagner moins», contrairement à ses promesses de campagne.

Le démantèlement du dispositif des heures supplémentaires avant même la fin de son mandat reste dans toutes les mémoires comme le symbole de ses renoncements.

L’héritage empoisonné

L’ironie de la situation veut que Hollande ait été élu massivement en 2012 précisément pour éjecter Sarkozy «le plus loin possible». Cinq ans plus tard, l’impopularité de Hollande offre paradoxalement une seconde chance à son prédécesseur.

Mais cette opportunité se construit sur les décombres de la politique française traditionnelle. Les interventions désastreuses en Libye et en Syrie, menées sous la présidence Sarkozy, continuent de produire leurs effets dramatiques. Les attentats qui frappent la France trouvent en partie leur origine dans ces aventures militaires mal préparées.

Si Sarkozy avait présenté des excuses pour ces «conneries» en Libye et en Syrie, peut-être que des vies françaises auraient pu être épargnées. Mais l’ancien président préfère la fuite en avant à l’examen de conscience.

Cette incapacité à assumer les erreurs du passé interroge sur sa capacité à gouverner différemment en cas de retour au pouvoir. Avec Sarkozy aux commandes lors d’un conflit militaire global, le risque d’escalade serait réel.

Les questions qui restent

Le retour de Sarkozy soulève de nombreuses interrogations pour l’avenir de la droite française. En cas d’échec à la primaire des Républicains, se présenterait-il aux présidentielles comme candidat hors parti ? Et si il gagne cette primaire, comment ses « opposants » pourraient-ils rester dans le même parti que lui ?

Plus fondamentalement, ce comeback révèle les failles profondes du système politique français. Quand un homme politique peut revenir sur ses promesses les plus solennelles, quand les affaires judiciaires ne constituent plus un obstacle insurmontable, c’est la crédibilité même de la parole politique qui est en jeu.

Marine Le Pen a peut-être raison quand elle affirme que «Nicolas Sarkozy ne croit pas un mot de ce qu’il dit». Cette phrase résume peut-être l’essence de ce retour : une opération purement tactique, déconnectée de toute vision politique cohérente.

Le « Sarkoshow » version 2016 promet d’être encore plus spectaculaire que les précédents. Reste à savoir si les Français sont prêts à redonner sa chance à un homme qui a déjà échoué comme ministre de l’Intérieur, ministre du Budget, ministre de l’Économie et président de la République.

Mais après tout, comme le dit si bien l’intéressé lui-même : il sait exactement ce que les gens veulent entendre. Et parfois, en politique, cela suffit.

Sources et références

Pour aller plus loin

Photo : Jametlene Reskp / Unsplash

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