Catégorie : ÉCONOMIE

  • Ultra-libéral : pourquoi j’emploie ce terme péjoratif pour dénoncer les dérives du libéralisme
    Ultra-libéral : pourquoi j’emploie ce terme péjoratif pour dénoncer les dérives du libéralisme
    Face aux critiques sur mon usage du terme « ultra-libéral », je clarifie ma position : je ne suis pas anti-libéral, je dénonce simplement les excès destructeurs d’un libéralisme devenu incontrôlable. L’ultra-libéralisme, c’est la boîte de Pandore du libéralisme ouverte.

    Le débat fait rage depuis quelques jours sur Twitter. On me reproche d’employer le terme « ultra-libéral » à tort et à travers, certains allant jusqu’à me qualifier d’anti-libéral primaire. Il est temps de clarifier les choses une bonne fois pour toutes.

    Je suis libéral. Profondément. Entrepreneur depuis plus de vingt ans, j’ai bâti mes entreprises sur les principes du libre marché, de l’innovation et de la responsabilité individuelle. Mais être libéral ne signifie pas fermer les yeux sur les dérives d’un système qui, poussé à l’extrême, finit par détruire ce qu’il prétend défendre.

    Ma définition de l’ultra-libéralisme : le mauvais côté de la Force

    Quand j’emploie le terme « ultra-libéral », je ne parle pas du libéralisme classique d’Adam Smith ou de Friedrich Hayek. Je parle de ce que j’appelle le « mauvais libéralisme » – un libéralisme hors de contrôle, destructeur, qui a perdu tout sens de la mesure et de la responsabilité sociale.

    L’ultra-libéralisme, selon ma définition, c’est la boîte de Pandore du libéralisme ouverte. C’est quand les principes libéraux deviennent des dogmes aveugles, appliqués sans discernement ni considération pour leurs conséquences humaines et sociales.

    Prenez la dérégulation financière des années 1980-1990. Au nom de la liberté des marchés, on a supprimé les garde-fous qui protégeaient l’économie réelle de la spéculation débridée. Résultat ? La crise des subprimes de 2007-2008, des millions de familles ruinées, et une récession mondiale dont nous payons encore le prix aujourd’hui.

    Est-ce cela, le libéralisme que nous voulons défendre ? Non. C’est de l’ultra-libéralisme, de l’extrême-libéralisme destructeur.

    Pourquoi « ultra » et pas simplement « néo » ?

    On me demande souvent pourquoi j’utilise le préfixe « ultra » plutôt que « néo ». La réponse est simple : le néolibéralisme est devenu un terme fourre-tout qui ne veut plus rien dire. Tout le monde l’emploie pour désigner tout et n’importe quoi, de Reagan à Hollande en passant par Blair.

    « Ultra », en revanche, marque clairement l’excès, l’extrême, le dépassement des limites raisonnables. C’est pourquoi je remplace souvent « ultra-libéral » par « extrême-libéral » – les deux termes sont pour moi synonymes et désignent la même dérive.

    Le libéralisme, c’est la recherche d’un équilibre entre liberté individuelle et bien commun. L’ultra-libéralisme, c’est quand cet équilibre est rompu au profit exclusif du premier terme de l’équation.

    Les caractéristiques de l’ultra-libéralisme

    Comment reconnaître l’ultra-libéralisme ? Voici les signes qui ne trompent pas :

    • La privatisation à outrance : quand on veut privatiser jusqu’aux services publics essentiels comme la santé, l’éducation ou même la sécurité
    • La financiarisation de l’économie : quand la spéculation rapporte plus que la production réelle
    • Le dumping social et fiscal : quand la compétition entre États se fait sur le dos des travailleurs et des services publics
    • L’individualisme exacerbé : quand « there is no such thing as society » devient un mantra
    • Le court-termisme : quand le profit trimestriel prime sur la viabilité à long terme

    Le libéralisme mélioratif vs l’ultra-libéralisme péjoratif

    C’est simple : le libéralisme est mélioratif si on le compare à l’ultra-libéralisme, qui est péjoratif. Les deux ne sont pas opposés – l’un est la perversion de l’autre.

    Le libéralisme bien compris, c’est celui qui a permis l’essor économique de l’Occident, l’innovation technologique, l’amélioration du niveau de vie. C’est le libéralisme des Trente Glorieuses, celui qui savait concilier dynamisme économique et protection sociale.

    L’ultra-libéralisme, c’est celui qui creuse les inégalités, détruit le tissu social, transforme tout en marchandise – y compris l’humain. C’est le libéralisme devenu fou, qui a oublié que l’économie doit être au service de l’homme et non l’inverse.

    Des exemples concrets de dérives ultra-libérales

    Pour ceux qui douteraient encore de la réalité de ces dérives, voici quelques exemples concrets :

    • La crise grecque : au nom du remboursement de la dette, on impose à tout un peuple une austérité qui détruit son économie
    • Les paradis fiscaux : des multinationales qui ne paient quasiment pas d’impôts pendant que les PME et les particuliers croulent sous les charges
    • La précarisation du travail : le remplacement systématique des CDI par des contrats précaires au nom de la « flexibilité »
    • La marchandisation de la santé : aux États-Unis, des gens meurent faute de pouvoir payer leurs soins

    Pourquoi cette clarification est importante

    Cette distinction entre libéralisme et ultra-libéralisme n’est pas qu’une querelle sémantique. Elle est cruciale pour l’avenir de nos sociétés.

    Si nous, libéraux modérés et responsables, ne dénonçons pas les excès de notre propre camp, nous laissons le champ libre aux populistes de tous bords. Nous leur offrons sur un plateau l’argument massue : « Vous voyez, le libéralisme mène forcément à ces dérives ! »

    Non. Le libéralisme ne mène pas forcément à l’ultra-libéralisme. Pas plus que la démocratie ne mène forcément à la démagogie ou que la religion ne mène forcément au fanatisme. Mais dans tous les cas, il faut savoir poser des limites, définir des garde-fous, accepter la régulation.

    Le rôle de l’État dans une économie libérale

    Contrairement à ce que prétendent les ultra-libéraux, l’État a un rôle crucial à jouer dans une économie libérale saine :

    • Régulateur : pour éviter les abus de position dominante et protéger la concurrence
    • Arbitre : pour garantir le respect des règles du jeu économique
    • Protecteur : pour assurer un filet de sécurité sociale minimum
    • Investisseur : pour financer les infrastructures et la recherche fondamentale
    • Stabilisateur : pour amortir les chocs économiques

    L’ultra-libéralisme nie ou minimise tous ces rôles. C’est en cela qu’il est destructeur.

    Vers un libéralisme responsable

    Alors, quel libéralisme défendre ? Un libéralisme responsable, qui reconnaît que la liberté économique doit s’exercer dans un cadre éthique et social.

    Un libéralisme qui comprend que l’entreprise n’est pas qu’une machine à cash pour les actionnaires, mais un acteur social avec des responsabilités envers ses salariés, ses clients, son territoire.

    Un libéralisme qui accepte de payer des impôts justes pour financer les biens publics dont nous bénéficions tous. Un libéralisme qui investit dans l’avenir plutôt que de tout sacrifier au profit immédiat.

    Bref, un libéralisme humain.

    Ce libéralisme-là, je le défends et le défendrai toujours. L’ultra-libéralisme, je le combats et le combattrai toujours. Non pas parce que je serais anti-libéral, mais précisément parce que je suis libéral et que je refuse de voir cette belle idée pervertie par les excès de quelques-uns.

    La prochaine fois qu’on m’accusera d’être anti-libéral parce que j’emploie le terme « ultra-libéral », je renverrai simplement à cet article. Le débat mérite mieux que les anathèmes et les simplifications.

    Pour aller plus loin

    • « La Grande Transformation » de Karl Polanyi (1944) – Une analyse prophétique des dangers du marché autorégulateur
    • « Le Prix de l’inégalité » de Joseph Stiglitz (2012) – Comment les excès du libéralisme créent des sociétés dysfonctionnelles
    • « Capitalisme et Liberté » de Milton Friedman (1962) – Pour comprendre la pensée libérale classique et ses limites
    • « La Richesse des Nations » d’Adam Smith (1776) – Le texte fondateur, plus nuancé qu’on ne le croit souvent

    Sources et références

    • Rapport de la Commission Stiglitz sur la mesure des performances économiques et du progrès social (2009)
    • « The Shock Doctrine » de Naomi Klein (2007) – Une critique documentée des dérives ultra-libérales
    • Les travaux de Thomas Piketty sur les inégalités (notamment « Les hauts revenus en France au XXe siècle », 2001)
    • Rapport du FMI « Neoliberalism: Oversold? » (2016) – Même le FMI reconnaît les excès

    Photo : Piret Ilver / Unsplash

  • La France à la dérive : entre violences urbaines, exil fiscal et poudrière syrienne
    La France à la dérive : entre violences urbaines, exil fiscal et poudrière syrienne
    L’été 2013 marque un tournant avec les émeutes de Trappes, la faillite historique de Detroit et l’escalade militaire en Syrie. La France, tiraillée entre ses idéaux républicains et ses réalités sociales, peine à trouver sa voie face à ces défis multiples qui annoncent des temps troubles.

    L’été 2013 restera dans les mémoires comme celui où les illusions se sont fracassées sur le mur du réel. De Trappes à Detroit, de Brétigny-sur-Orge à la Syrie, les événements s’enchaînent avec une brutalité qui laisse peu de place aux discours lénifiants. Je regarde cette France que j’aime se débattre dans ses contradictions, incapable de regarder en face les défis qui s’accumulent.

    Trappes : le miroir brisé de l’intégration républicaine

    Les émeutes de Trappes du 20 juillet 2013 révèlent l’ampleur du fossé qui sépare désormais deux France. D’un côté, celle de Benoît Hamon qui affirme sur BFMTV qu’il fait « bon vivre » à Trappes, une ville qui aurait « beaucoup changé ». De l’autre, la réalité crue d’une commune où l’application de la loi sur le voile intégral déclenche des affrontements violents.

    Mon dieu Benoît, y êtes-vous déjà allé ? Cette déconnexion des élites face à la réalité des banlieues n’est pas nouvelle, mais elle atteint des sommets d’aveuglement volontaire. Les limites de l’application de la loi anti-niqab éclatent au grand jour, et j’en reviens toujours à cette nécessité : ÉQUIPEZ LES POLICIERS DE CAMÉRAS INDIVIDUELLES ! Sans transparence, sans preuves visuelles, comment départager les versions dans ces situations explosives ?

    La solution qui s’imposera avant 20 ans face aux populations nomades inintégrables ? Des checkpoints à toutes les entrées des villes. Je sais, c’est choquant. Mais regardons la réalité en face : si la situation du pays n’évolue pas radicalement en matière sociale et sécuritaire, ces dispositifs deviendront inévitables. C’est déjà le cas dans de nombreux pays, et nous fermons les yeux sur cette dérive sécuritaire qui nous guette.

    L’échec du modèle d’intégration français

    La culture seule ne sauvera que moins de 5% des jeunes en banlieue. C’est illusoire de croire qu’on réglera ces problèmes avec des MJC et des ateliers théâtre. La solution est multiple, complexe, et nécessite une refonte totale de notre approche. Mais qui a le courage politique de le dire ? Qui ose affronter ces réalités sans tomber dans les extrêmes ?

    Detroit : le canari dans la mine de charbon

    Le 19 juillet 2013, Detroit dépose le bilan. La Motor City, symbole de la puissance industrielle américaine, devient la plus grande ville américaine à se déclarer en faillite. Plus de 100 000 créanciers ne seront jamais payés. Ce n’est que le début d’une cascade de faillites municipales qui menacent l’ensemble du système occidental.

    Cette faillite n’est pas qu’un événement économique isolé. C’est le symptôme d’un mal plus profond : la désindustrialisation massive, la fuite des capitaux, l’effondrement de la base fiscale. Detroit aujourd’hui, c’est peut-être Roubaix ou Saint-Étienne demain. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, et nous refusons de voir les signaux d’alarme.

    Le juge qui refuse dans un premier temps la procédure de faillite, la jugeant anticonstitutionnelle, illustre parfaitement notre déni collectif. Comme si le droit pouvait suspendre les lois économiques. Comme si les mots pouvaient remplacer les dollars manquants.

    L’exil fiscal : héros ou traîtres ?

    « Pourquoi moi, tout petit chef d’entreprise, je quitte la France ? » Cette question, posée dans Les Échos, résonne comme un cri du cœur. Les Français qui s’expatrient ne sont pas des lâches mais des héros, des aventuriers, des courageux ! Il faut avoir vécu l’enfer administratif et fiscal français pour comprendre ce qui pousse des entrepreneurs à tout quitter.

    Mes salariés sont ma première richesse, sûrement pas mes esclaves. Mais quand le coût total d’un employé devient prohibitif, quand les charges et taxes s’accumulent au point d’étouffer l’activité, que reste-t-il comme option ? Je suis contre les bas salaires NETS, je suis pour l’augmentation des salaires NETS par la baisse des charges ! Mais qui m’écoute ?

    L’exil fiscal opéré dans le seul but de blanchir, frauder, dissimuler est criminel. Mais l’exil de survie économique, celui de l’entrepreneur qui veut simplement continuer à créer de la valeur, c’est autre chose. C’est le symptôme d’un pays qui tue ses forces vives.

    Le modèle Tapie : la fin d’un rêve entrepreneurial

    Bernard Tapie représentait le summum des non-conformistes qui partent de tout en bas pour arriver tout en haut. Des millions d’entrepreneurs français ont rêvé de sa réussite, lui qui était leur modèle (socialiste) il n’y a pas très longtemps ! Aujourd’hui, ce modèle est mort et enterré. La France n’aime plus ses entrepreneurs, elle les suspecte, les taxe, les pousse à l’exil.

    La Syrie : la poudrière du Moyen-Orient

    En cette fin août 2013, les tambours de guerre résonnent. La France, à la queue des USA et avec à sa tête les socialistes hollandais, s’apprête à nous envoyer en enfer. L’intervention militaire en Syrie se profile, et personne ne semble mesurer les conséquences catastrophiques qui nous attendent.

    Si vous combattez contre l’armée syrienne aux côtés des rebelles, vous renforcez et armez Al-Qaïda. À moyen terme : conséquences terribles ! Le conflit syrien va produire et disséminer des milliers de combattants potentiels terroristes formés à égorger et violer. Ces hommes reviendront un jour en Europe, et nous paierons le prix de notre aveuglement.

    La Syrie ne répliquera pas de façon mesurée à une intervention internationale précise et limitée. Au contraire. Et les occidentaux le savent ! Une attaque ciblée aura forcément pour objectif l’élimination physique d’Assad. Sa mise sous protection en Iran est un joli coup qui complique encore la donne.

    L’impasse stratégique

    Je vois deux solutions, toutes deux utopiques : exterminer Assad ou exterminer les terroristes rebelles. Entre ces deux extrêmes, nous naviguons dans un océan d’incertitudes. L’Égypte, la Tunisie, la Libye, la Syrie : leurs désastreuses situations respectives ne seront pas stabilisées avant des dizaines d’années, minimum !

    Il est temps de venir en aide militairement à la Syrie en combattant le terrorisme islamiste aux côtés de l’armée syrienne ! Je sais, c’est politiquement incorrect. Mais entre deux maux, ne faut-il pas choisir le moindre ? Entre un dictateur laïc et des terroristes islamistes, le choix devrait être évident.

    Les signaux faibles d’un monde en mutation

    Au-delà de ces crises majeures, d’autres signaux annoncent les bouleversements à venir. Snowden, le plus courageux de tous les lanceurs d’alertes de l’histoire, est lâché par les alignés. Même par le pays des droits de l’Homme. Avec PRISM et XKeyscore, il montre le niveau de surveillance automatique des USA. La France doit absolument investir dans ces technologies, sous peine d’être définitivement larguée.

    Fukushima continue de contaminer silencieusement toute la côte ouest des États-Unis, depuis l’Alaska jusqu’au Mexique. Gardons un œil sur cette catastrophe au ralenti, on ne va pas être déçu des informations à venir.

    Le Bitcoin commence à attirer l’attention des régulateurs. C’est peut-être le début de la fin pour cette cryptomonnaie qui promettait de révolutionner la finance.

    Même le monde des transports semble frappé par la malédiction : Lac-Mégantic, Brétigny-sur-Orge, Saint-Jacques-de-Compostelle… La fameuse loi des séries frappe, même si statistiquement c’est improbable.

    Conclusion : la France au carrefour

    L’été 2013 marque un tournant. La France se trouve à un carrefour historique. D’un côté, le maintien d’un modèle social et républicain à bout de souffle, incapable de répondre aux défis du XXIe siècle. De l’autre, le saut dans l’inconnu d’une refonte totale de notre système.

    Les émeutes de Trappes ne sont qu’un symptôme. L’exil fiscal n’est qu’une conséquence. L’intervention en Syrie n’est qu’une fuite en avant. Derrière ces événements se cache une réalité plus profonde : la France n’a plus de projet, plus de vision, plus de direction.

    Nous sommes dans un mouvement de réduction généralisée : réduction des effectifs, réduction des ambitions, réduction des espoirs. C’est horrible et ça me déchire le cœur. Mais tant que nous refuserons de regarder la réalité en face, tant que nous préférerons les discours lénifiants aux diagnostics lucides, nous continuerons cette lente descente aux enfers.

    La question n’est plus de savoir si nous allons dans le mur. La question est de savoir à quelle vitesse, et si nous aurons le courage de donner le coup de volant salvateur avant l’impact.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Amin Zabardast / Unsplash

  • Patron et salariés : qui souffre vraiment dans la crise économique ?
    Patron et salariés : qui souffre vraiment dans la crise économique ?
    Dans une économie en crise où le chômage atteint des sommets historiques, la question de qui souffre le plus entre patrons et salariés mérite d’être posée sans tabous. Une analyse décapante des vraies victimes de la crise économique.

    Je viens d’avoir un échange musclé sur Twitter avec quelqu’un qui me parle des salariés comme d’ »esclaves ». Ça me fait bondir. Mes salariés sont ma première richesse, pas mes esclaves. Mais cette vision caricaturale révèle quelque chose de plus profond : on ne comprend rien aux rapports économiques réels entre patrons et salariés.

    Alors posons la question qui fâche : dans la crise actuelle, qui souffre vraiment ?

    Le mythe du patron exploiteur et du salarié victime

    Commençons par tordre le cou à cette vision binaire. Oui, il y a des patrons voyous. Oui, il y a des abus. Mais réduire la relation patron-salarié à un rapport maître-esclave, c’est d’une bêtise confondante.

    Dans mon entreprise, comme dans des milliers de PME françaises, les salariés sont notre actif numéro un. Sans eux, pas de production, pas d’innovation, pas de croissance. C’est mathématique. Un patron qui considère ses salariés comme des esclaves est un patron qui court à sa perte.

    Le problème, c’est que cette caricature arrange tout le monde :

    • Les syndicats y trouvent leur fonds de commerce
    • Les politiques y puisent des slogans faciles
    • Les médias adorent cette dramaturgie simpliste
    • Et même certains patrons du CAC40 alimentent ce cliché par leurs excès

    Résultat ? On passe à côté de la vraie question : comment survivre ensemble dans une économie qui s’effondre ?

    La séquence actuelle : les salariés dans l’œil du cyclone

    Nous sommes actuellement dans une phase où ce sont effectivement les salariés qui trinquent en premier. Les chiffres sont implacables : le chômage explose, les plans sociaux se multiplient, la précarité s’installe.

    Pourquoi les salariés d’abord ? Simple mécanique économique :

    • Face à une baisse d’activité, l’entreprise doit réduire ses coûts
    • La masse salariale représente souvent 60 à 70% des charges
    • Les contrats de travail français rendent les ajustements lents et coûteux
    • Résultat : on licencie, on ne remplace pas, on gèle les embauches

    C’est cruel, c’est mécanique, c’est la réalité. Les salariés sont les variables d’ajustement immédiates de la crise.

    Le coût humain immédiat

    Pour un salarié licencié, c’est :

    • La perte immédiate du revenu (même si les allocations chômage amortissent)
    • L’angoisse du lendemain dans un marché du travail sinistré
    • La remise en question personnelle (« pourquoi moi ? »)
    • Les difficultés familiales qui s’ensuivent

    Ne minimisons pas cette souffrance. Elle est réelle, tangible, destructrice.

    La face cachée : quand le patron perd tout

    Mais voilà où mon analyse diverge du discours dominant : un salarié va perdre nettement moins qu’un patron quand l’entreprise coule.

    Provocateur ? Non, factuel. Laissez-moi vous expliquer.

    L’engagement financier total

    Quand je crée une entreprise, je mets sur la table :

    • Mon épargne personnelle (souvent tout)
    • Des garanties sur mes biens personnels (maison, voiture)
    • Des cautions solidaires qui m’engagent sur des années
    • Mon patrimoine familial en garantie des prêts bancaires

    Un salarié licencié perd son emploi. Un patron qui ferme perd souvent TOUT.

    La responsabilité qui tue

    Mais au-delà de l’argent, il y a quelque chose de plus dur encore. Quand vous devez licencier vos salariés – ces gens qui sont votre « première richesse » – c’est votre échec personnel que vous signez.

    J’ai vu des patrons de PME :

    • Faire des dépressions après avoir dû fermer
    • Se suicider (on en parle peu, mais c’est une réalité)
    • Divorcer sous la pression
    • Finir ruinés et interdits bancaires pour 10 ans

    Le salarié retrouvera un emploi (même si c’est dur). Le patron, lui, portera cet échec à vie.

    Tous victimes du même système

    Voilà la vérité que personne ne veut entendre : patrons et salariés sont tous les deux victimes du même système économique en faillite.

    La vraie question n’est pas « qui souffre le plus ? » mais « comment on s’en sort ensemble ? »

    Les vrais coupables

    Pendant qu’on s’écharpe sur la lutte des classes version XIXème siècle, les vrais responsables se frottent les mains :

    • Les politiques qui ont laissé filer les déficits
    • Les banques qui ont joué au casino avec notre argent
    • Les multinationales qui délocalisent en toute impunité
    • Les technocrates européens qui imposent l’austérité

    Bref, tout un système qui broie les entreprises et les hommes.

    La solidarité nécessaire

    Dans mes entreprises, j’ai toujours prôné une approche : on gagne ensemble, on perd ensemble. Ça veut dire :

    • Transparence totale sur la situation de l’entreprise
    • Partage des efforts en cas de difficultés
    • Participation aux bénéfices quand ça va bien
    • Dialogue permanent plutôt que confrontation stérile

    C’est ça, la vraie richesse d’une entreprise : cette capacité à faire corps dans la tempête.

    Sortir des clichés pour survivre

    Alors oui, en ce moment, ce sont les salariés qui morfient. Les chiffres du chômage ne mentent pas. Mais demain, quand les faillites d’entreprises vont exploser (et elles vont exploser), ce seront les patrons qui paieront le prix fort.

    Au lieu de rejouer éternellement la guerre des classes, on ferait mieux de comprendre qu’on est dans le même bateau. Un bateau qui prend l’eau de toutes parts.

    La vraie question aujourd’hui n’est pas de savoir si vos salariés sont des esclaves ou votre première richesse. La vraie question est : comment on survit ensemble à ce qui nous arrive ?

    Parce que victimes économiques, on l’est tous. Patrons, salariés, indépendants, chômeurs. Tous dans la même galère d’un système qui nous broie méthodiquement.

    Alors au lieu de nous taper dessus, si on commençait par identifier les vrais responsables ? Et si on arrêtait de tomber dans le piège de la division qui arrange tant ceux qui nous gouvernent ?

    Mes salariés ne sont pas mes esclaves. Ce sont mes partenaires de galère. Et dans la tempête qui s’annonce, on aura sacrément besoin les uns des autres.

    Pour aller plus loin

    • « La France des invisibles » de Pierre Rosanvallon – Une analyse fine des fractures sociales françaises
    • « Le Patron qui ne voulait plus être chef » d’Alexandre Gérard – Témoignage d’un entrepreneur sur les nouveaux modèles d’entreprise
    • Les rapports du Conseil d’Analyse Économique – Pour comprendre les mécanismes de la crise actuelle
    • « Ils ont failli me tuer » de Marc Simoncini – Le témoignage brut d’un entrepreneur sur les difficultés du métier

    Sources et références

    • INSEE – Enquête emploi et chômage T2 2013
    • Observatoire des entreprises – Banque de France, juillet 2013
    • Rapport Gallois sur la compétitivité, novembre 2012
    • Étude APCE sur les défaillances d’entreprises, juin 2013

    Photo : Jakub Żerdzicki / Unsplash

  • 2014, l’année de tous les dangers, et de toutes les audaces?

    Les français, qu’il s’agisse de particuliers ou d’entreprises, subissent une pression fiscale inédite, accentuée depuis 2012 (+10% en 2012 après +6,6% en 2011 pour les ménages). Les prélèvements obligatoires (d’une manière générale toutes les taxes ou toutes les charges non fiscales) viennent accroître considérablement les difficultés. C’est le cumul des différents prélèvements, qu’ils soient directs ou indirects, qui représente la véritable charge sur les individus et sur les entreprises.

    Les analyses sérieuses (très rarement publiées, très compliquées à démontrer et même à expliquer sauf entre économistes convaincus) qui tentent d’être exhaustives dans la prise en compte de toutes les charges directes et indirectes, démontrent qu’il n’est pas déraisonnable de considérer qu’une entreprise qui dépense 100 euros pour un salarié lui laissera au final moins de 20 euros une fois qu’on aura soustrait les prélèvements sociaux, les impôts directs, les impôts indirects, la TVA, et les innombrables autres charges obligatoires. La taxe Hollande à 75%, absurde et contre-productive pour des raisons que je ne vais même plus évoquer, devient alors toute relative.

    Les prélèvements opérés par les institutions sur les revenus des personnes physiques ou morales plongent le système social et économique dans une spirale infernale, que les politiques ont généralement beaucoup de peine à appréhender, comprendre ou même conceptualiser.

    Quand les revenus n’augmentent pas plus vite que les prélèvements, les dépenses se font mécaniquement au profit des charges obligatoires, la consommation baisse, produisant ainsi moins de revenus, ces derniers auront naturellement tendance à baisser, augmentant encore les charges et donc les prélèvements, qui eux continueront alors d’augmenter pendant que les revenus continueront à baisser, entraînant la consommation mécaniquement à la baisse également, etc, etc.

    Généralement, cet équilibre instable craque très lentement dans la mesure où depuis une trentaine d’années les efforts, toujours en augmentation, imposés aux contribuables sont soigneusement lissés, dilués, il s’agit alors d’une très lente souffrance, qui passe presque pour indolore, ne provoquant pas de brusques crises, ou quelques rares conflits sociaux très bien contrôlés.

    Les gens ont ce sentiment de payer davantage, de recevoir moins en échange, mais personne ne sait clairement identifier l’origine du mal, et le temps passe.

    Certes l’euro est passé par là entre temps, et il est désormais incontestable que les prix ont augmenté plus vite encore depuis son introduction.

    Quand des dizaines et des dizaines de taxes, de prélèvements, de charges directes ou indirectes augmentent de quelques dixièmes en pourcentage, régulièrement, mais jamais au même moment, personne ne peut suivre objectivement les hausses, ni les appréhender dans leur globalité ou dans le temps, et ce n’est toujours qu’après des années d’analyses et une bonne rétrospective qu’on réalise que « les charges sont passées de tel montant à tel autre montant en l’espace de 10 ans, en augmentant de 30% au passage, et on n’a rien vu venir », mais c’est trop tard…

    Cette fois, c’est un peu différent, l’augmentation des prélèvements sur quelques années à partir de maintenant est telle qu’on ne peut pas imaginer que cela se fasse sans dommages vraiment visibles.

    Certains pensaient qu’on allait en rester là ? Sûrement pas. La marge de manoeuvre en France est encore très importante, le niveau de vie est tellement élevé dans le pays qu’on est probablement pas prêt d’avoir touché le fond. C’est d’ailleurs l’une des principales raisons, trompeuse selon moi, qui fait qu’en France on a le sentiment d’être moins affecté par les crises que nos pays voisins, eux partant de moins haut que nous. Rassurez-vous, au sol, in fine tout le monde est au même niveau.

    L’année 2013 n’est encore rien par rapport à ce qui attend les français en 2014.

    L’effroyable impact lié à la refiscalisation des heures supplémentaires se fera dans la douleur. Les millions de salariés qui ont, à raison, profité du dispositif Sarkozy sur les heures supplémentaires (probablement l’une des meilleures mesures en France ces dernières années, objectivement) et qui ont, toujours à raison, continué à travailler plus pour tenter de gagner plus, vont déguster. La hausse de l’impôt sur les revenus va leur exploser à la figure. L’augmentation sera déjà un peu ressentie dès 2013, puis c’est le plein tarif à partir de 2014.

    Les hausses d’impôts validées entre 2011 et 2013 seront vraiment ressenties à partir de 2014.

    Gardons également à l’esprit la hausse de TVA qui passe à 20% début janvier 2014 sur l’immense majorité des produits et services, à 10% dans la restauration (et qui baissera, certes à 5% au lieu de 5,5% sur quelques produits de consommation) ayant un impact direct et immédiat sur le pouvoir d’achat des particuliers, et la trésorerie des entreprises (qui avancent cette TVA avant de la récupérer bien plus tard). Ces hausses de TVA vont s’accompagner de hausses opportunistes ou mécaniques de la quasi totalité des prix des produits et services, et pire, plus les produits sont initialement à des prix bas, plus leurs prix augmenteront en pourcentage, par la simple règle d’arrondissement des prix et leur proportionnalité, puis surtout par les hausses en cascades des différents intermédiaires (une hausse de TVA de 19,6% à 20% ne résultera jamais à une « simple » hausse des prix de 2%, mais plus probablement à une hausse catastrophique qui se situera autour de 5%, car entre le prix d’achat du prestataire initial, et le prix de vente final, tous les intermédiaires auront été impacté par la hausse du prix de l’intermédiaire de niveau inférieur).

    Tout cela, c’est sans compter sur les 10 milliards encore à trouver pour le seul bénéfice de l’État (et de sa dette financière bancaire) en 2014 et qui résulteront nécessairement, en partie au moins, à de nouvelles hausses de taxes et de prélèvements divers.

    Soyons réalistes un instant, ne serait-ce que pour être un peu mieux préparés.

    Ce qui attend le pays dans les mois et années à venir, c’est un niveau incroyable de défaillances d’entreprises, un niveau incroyable de dégradation de la trésorerie de celles qui resteront, un coût du travail toujours en hausse, des salaires qui baisseront inévitablement, et sensiblement, un nombre incroyable de gens qui vont s’appauvrir dans leur quotidien, une diminution incroyable des services rendus par les institutions, une baisse incroyable de la qualité générale des services rendus, un niveau incroyable de prélèvements obligatoires, une consommation intérieure qui va continuer à baisser, des exportations qui vont rester à un niveau faible, un nombre incroyable de malades à soutenir, et de nouveaux malades à prendre en compte, un taux de chômage insupportable, et un niveau de rémunération des inactifs terriblement insuffisant. Les rentrées fiscales vont baisser, les centaines de milliers de fonctionnaires français ne seront pas épargnés dans les difficultés.

    Nos prochains dirigeants politiques vont devoir faire preuve d’une ingéniosité, d’une compétence, d’un self-contrôle et surtout d’une audace folle pour surmonter les crises qui s’accumulent les unes aux autres.

    Les solutions objectives à envisager immédiatement sont nombreuses mais la plupart ne figurent pas aux programmes des deux partis politiques dominants.

    Le « compartimentage hermétique des risques homogènes » est selon moi la piste à suivre pour limiter l’ampleur et la propagation des difficultés. Cette technique consisterait à identifier tous les risques de même nature, puis de les contraindre provisoirement à leur niveau actuel en permettant ainsi la reconstruction de leur capacité intrinsèque à s’équilibrer. Le lien entre chaque compartiment nécessiterait alors d’être régulé et contrôlé, afin de garantir l’équilibre de l’ensemble.

    Au risque de choquer, le protectionnisme est une forme de compartimentage hermétique, la séparation des banques d’affaires et de détail est aussi une forme de compartimentage hermétique, et plein d’autres risques politiquement incorrects pourraient également faire l’objet de compartimentages, comme le contrôle et la régulation des monnaies nationales, le contrôle des énergies stratégiques, le contrôle des matières premières, les flux internationaux, etc.

    En réalité, tout est question d’objectifs stratégiques.

    En dernier ressort, veut-on sauvegarder l’État ? Ou veut-on sauvegarder la condition des citoyens ? C’est une évidence que l’ultime contrainte d’un gouvernement réside dans la sauvegarde des intérêts de l’État, c’est ainsi. Tout l’enjeu étant de faire croire (ou voir) le contraire. Et comme toujours, l’intérêt des uns fait le malheur des autres. L’Europe n’arrange rien, et pèse.

    En attendant la mise en oeuvre de mesures tellement compliquées, tellement douloureuses, ne devrait-on pas commencer par remettre dans les entreprises qui n’espèrent que cela, tous ces millions de chômeurs, en imaginant un dispositif gagnant-gagnant ? Un dispositif provisoire, face à une crise dont on ne voit pas la fin.

    La société civile supporte déjà le coût de ce chômage de masse, qu’est-ce qu’il en coûterait donc de plus ?

    La France a immédiatement besoin de renforcer la seule entité légale qui produit de la richesse, l’entreprise, et au passage, on aurait intérêt à remonter un peu (beaucoup en réalité) l’estime des seuls qui font les entreprises, les entrepreneurs, appelés aussi « les patrons », vous savez, ceux-qui prennent la majorité des risques.

    Réfléchissons. Prenez cet exemple. Un cadre au chômage, qui pourrait animer une petite équipe dans une petite entreprise et probablement dynamiser une activité en berne, est-ce qu’il est heureux chez lui à perdre son temps à chercher un travail qu’il ne trouvera pas, craindre pour son avenir, être payé 60% de son revenu optimal, ou est-ce qu’il ne serait pas mieux dans l’entreprise, qui abonderait son revenu des 40% manquant pendant une durée d’amorçage de quelques années, permettant au passage l’emploi de ses autres collaborateurs, peut-être aussi chômeurs, que l’entreprise abondera également, pour constituer cette petite équipe, qui va dynamiser l’activité, reconstruire du pouvoir d’achat, et relancer la machine…

    Souvent, les idées qui marchent le mieux sont les plus simples, les plus logiques, les plus légitimes et les plus évidentes.

  • La France en pleine recomposition : entrepreneurs en fuite, UMP en crise, FN en embuscade
    La France en pleine recomposition : entrepreneurs en fuite, UMP en crise, FN en embuscade
    La France de fin 2012 vit une triple crise : les entrepreneurs fuient massivement le pays, l’UMP implose dans une guerre des chefs pathétique, et le Front National se positionne comme première force politique. Un cocktail explosif qui annonce des lendemains difficiles.

    Je regarde la France se déliter sous mes yeux. Pas besoin d’être devin pour comprendre que nous vivons un moment charnière. Entre les entrepreneurs qui votent avec leurs pieds, une droite qui s’autodétruit et une extrême droite qui n’attend que ça, le tableau est saisissant. Permettez-moi de vous dresser le portrait sans fard de ce pays qui court à sa perte.

    Les pigeons s’envolent : l’exode silencieux des créateurs de richesse

    Vous savez ce qui me frappe le plus dans cette France de fin 2012 ? C’est le silence. Le silence assourdissant des entrepreneurs qui ne manifestent plus, qui ne demandent plus rien. Ils partent, tout simplement. Sans tambour ni trompette. Et croyez-moi, quand je dis que ces entrepreneurs qui s’exilent seront de moins en moins faciles à rapatrier, je sais de quoi je parle. Je le constate quotidiennement dans mon réseau.

    Le mouvement des « pigeons » – ces entrepreneurs qui protestent contre la hausse massive de la fiscalité sur les plus-values – n’est que la partie émergée de l’iceberg. Derrière les hashtags #geonpi qui fleurissent sur Twitter, il y a une réalité brutale : les créateurs de richesse, les innovateurs, les preneurs de risques quittent le navire France.

    Et pendant ce temps, que font nos brillants ministres ? Fleur Pellerin et Arnaud Montebourg s’agitent autour des startups numériques. Mais bon sang, il n’y a pas que le numérique dans la vie ! Les « startups industrielles », les PME traditionnelles, les entrepreneurs de tous secteurs subissent la double peine : des banques qui ne financent plus leurs investissements et un État qui les pressure fiscalement.

    Le plus ironique dans tout ça ? Google s’apprête à proposer des cartes de crédit avec des plafonds très élevés pour pallier la défaillance de nos banques. Vous imaginez le symbole ? Les GAFA qui viennent financer nos entreprises parce que notre système bancaire est aux abonnés absents.

    Florange : le symbole d’une industrie abandonnée

    Prenez l’exemple de Florange. Personne ne semble comprendre qu’il faut à tout prix empêcher l’importation d’acier qu’on peut produire sur place, même s’il est un peu plus cher. C’est pourtant la base de toute politique industrielle digne de ce nom. Mais non, on préfère laisser mourir nos usines et pleurer ensuite sur la désindustrialisation.

    Pendant ce temps, les dépenses en R&D en Chine ont augmenté de 23% en 2011, et la tendance s’accélère encore en 2012. Vous voyez le décalage ? D’un côté, des pays qui investissent massivement dans l’avenir. De l’autre, la France qui démantèle son tissu industriel et fait fuir ses entrepreneurs.

    L’UMP : chronique d’une autodestruction annoncée

    Si la fuite des entrepreneurs est dramatique, le spectacle offert par l’UMP relève de la farce. J’ai rarement vu un tel niveau de médiocrité dans la gestion d’une crise politique. François Fillon et Jean-François Copé qui se déclarent tous les deux vainqueurs de l’élection à la présidence du parti ? On nage en pleine quatrième dimension.

    Ce qui se joue là, c’est bien plus qu’une querelle d’ego surdimensionnés. C’est la transformation profonde de la droite française. Je pressens que l’UMP de Copé va dériver vers l’extrême droite, tandis que l’UMP de Fillon pourrait se rapprocher du centre, voire – tenez-vous bien – du Front National de Marine Le Pen. Les lignes bougent, les repères s’effacent.

    Le plus pathétique dans cette histoire ? L’absence assourdissante de Nicolas Sarkozy. L’ancien président reste muet alors que son parti implose. Faut-il envoyer les casques bleus à la rue de Vaugirard ? La question mérite d’être posée tant la situation dégénère.

    Un paysage politique en pleine recomposition

    Cette crise de l’UMP n’est pas anodine. Elle révèle la recomposition profonde du paysage politique français. Voici comment je vois la répartition des forces dans les mois qui viennent :

    • PS : 20% – un parti au pouvoir déjà usé
    • UMP Copé : 16% – la droite dure et décomplexée
    • UMP Fillon : 15% – les conservateurs modérés
    • UDI : 8% – le centre droit en quête d’identité
    • MoDem : 3% – l’éternel petit parti du centre
    • PC : 3% – les derniers mohicans du communisme
    • FN : 25% – et oui, désormais première force politique du pays

    Cette projection n’est pas une vue de l’esprit. C’est la conséquence logique de la triple crise que traverse le pays : économique avec la fuite des entrepreneurs, politique avec l’implosion de l’UMP, et sociale avec la montée des extrêmes.

    Le Front National : le grand bénéficiaire du chaos

    Parlons-en justement du FN. Pendant que l’UMP se déchire et que le PS déçoit, Marine Le Pen avance ses pions. Le changement de paradigme politique est en marche. Le FN va prendre une place plus « équilibrée » entre toutes les forces politiques. Traduisez : il devient fréquentable, respectable même pour une partie croissante de l’électorat.

    Ce n’est pas un hasard si François Fillon lui-même pourrait se rapprocher du FN. Les digues cèdent les unes après les autres. La stratégie de dédiabolisation de Marine Le Pen fonctionne à merveille, aidée par l’incompétence crasse de ses adversaires.

    La vraie question n’est plus de savoir si le FN arrivera au pouvoir, mais quand et avec qui. Les alliances d’hier volent en éclats, les certitudes s’effondrent. Nous entrons dans une ère d’instabilité politique chronique.

    L’Europe : la paix menacée ?

    Cette montée des extrêmes ne concerne pas que la France. Partout en Europe, les mouvements nationalistes progressent. Et c’est là que ça devient vraiment inquiétant. Quand certains évoquent des solutions radicales pour sortir de la crise, je les mets en garde : nos partenaires européens pourraient ne pas apprécier. La paix elle-même pourrait être compromise.

    Je ne dis pas ça à la légère. L’Histoire nous a appris que les crises économiques majeures, combinées à la montée des nationalismes, constituent un cocktail explosif. Nous jouons avec le feu.

    Des signaux faibles inquiétants

    D’autres signaux devraient nous alerter. Savez-vous que le hashtag #unbonjuif n’est pas censuré en Chine ou en Corée du Nord, mais en France ? Ça vous dit quelque chose sur l’état de notre liberté d’expression ? Sur la montée insidieuse de certaines formes de censure ?

    Ou encore, regardez ce qui se passe en Syrie. Le souk millénaire d’Alep détruit par les rebelles. Une honte absolue. Mais qui s’en émeut vraiment ? Nous sommes trop occupés par nos querelles intestines pour voir que le monde brûle autour de nous.

    Les solutions existent, mais qui veut les entendre ?

    Pourtant, des solutions existent. Le MoDem et d’autres réclament la proportionnelle intégrale à l’Assemblée nationale. Ce serait un début pour redonner sa voix au peuple et éviter que le FN ne capitalise seul sur le mécontentement général. Mais qui les écoute ?

    Il faudrait aussi :

    • Stopper l’hémorragie fiscale qui fait fuir les entrepreneurs
    • Relancer une vraie politique industrielle (cf. Florange)
    • Réformer en profondeur notre système bancaire
    • Reconstruire une droite républicaine crédible
    • Renouer le dialogue avec les forces vives du pays

    Mais soyons lucides : aucune de ces réformes ne sera mise en œuvre. Nos dirigeants sont trop occupés à gérer leur carrière pour s’occuper du pays.

    Conclusion : la France au bord du gouffre

    Alors voilà où nous en sommes en cette fin d’année 2012. Un pays qui voit ses entrepreneurs fuir, sa principale force d’opposition s’autodétruire, et l’extrême droite se positionner comme recours. Un cocktail détonnant qui ne présage rien de bon.

    Je ne suis pas pessimiste par nature. J’ai créé des entreprises, j’ai cru en ce pays. Mais force est de constater que nous fonçons droit dans le mur. Et le pire, c’est que tout le monde le voit venir mais personne n’agit.

    Les Américains, confrontés à la tuerie de Newtown, vont probablement armer les enseignants plutôt qu’interdire les armes. C’est leur logique, aussi absurde soit-elle. Nous, Français, face à nos crises, qu’allons-nous faire ? Continuer à nous déchirer pendant que le pays coule ?

    Une chose est sûre : 2013 s’annonce explosive. Tenez-vous prêts.

    Pour aller plus loin

    • « La France qui tombe » de Nicolas Baverez – Une analyse sans concession du déclin français
    • « Le moment est venu de dire ce que j’ai vu » de Philippe de Villiers – Un témoignage sur les coulisses du pouvoir
    • Les rapports de l’INSEE sur l’exil fiscal – Des chiffres édifiants sur la fuite des capitaux
    • « Marine Le Pen démasquée » de Caroline Fourest et Fiammetta Venner – Pour comprendre la stratégie du FN

    Sources et références

    • Mouvement des Pigeons – Collectif des entrepreneurs contre la hausse de la fiscalité (octobre 2012)
    • Crise de l’UMP – Élection contestée à la présidence du parti (novembre 2012)
    • Rapport OCDE sur les dépenses R&D – Comparaison internationale (2012)
    • Sondages OpinionWay et IFOP – Intentions de vote (novembre 2012)

    Photo : Michael McKay / Unsplash

  • La France en crise : entre exode des entrepreneurs et implosion politique
    La France en crise : entre exode des entrepreneurs et implosion politique
    La France traverse une crise profonde marquée par la révolte des entrepreneurs contre la politique fiscale socialiste et l’implosion spectaculaire de l’UMP. Cette double fracture économique et politique annonce des bouleversements majeurs dans le paysage français.

    La France va mal. Très mal même. Entre un gouvernement socialiste qui fait fuir ses entrepreneurs et une droite qui s’autodétruit dans des querelles dignes d’une cour de récréation, on assiste à un spectacle désolant qui n’augure rien de bon pour l’avenir du pays. Et pendant ce temps, nos voisins européens nous regardent avec un mélange de pitié et d’inquiétude.

    La révolte des « pigeons » : quand les entrepreneurs disent stop

    Vous avez entendu parler du mouvement des « pigeons » ? Ces entrepreneurs qui se sont levés contre le projet de taxation des plus-values de cession d’entreprise du gouvernement Ayrault ? Je les comprends parfaitement. Mieux, je les soutiens. Car derrière ce mouvement, c’est toute une vision de l’entrepreneuriat à la française qui est en jeu.

    Le problème est simple : le gouvernement socialiste considère les entrepreneurs comme des vaches à lait. Résultat ? « Les entrepreneurs français ne manifesteront pas. Ne demanderont plus rien. Vous ne les trouverez simplement plus en France. » C’est exactement ce qui est en train de se passer. J’observe quotidiennement des créateurs d’entreprise qui préparent leurs valises pour des cieux plus cléments fiscalement.

    Ce n’est pas qu’une question de startup du numérique. Les patrons de PME sont tout autant concernés. Tous des pigeons, comme je le dis souvent. Le collectif PME que je soutiens activement tire la sonnette d’alarme, mais qui écoute vraiment ?

    L’exode silencieux mais massif

    Fleur Pellerin peut toujours essayer de rassurer, la réalité est têtue : « les entrepreneurs qui s’exilent seront de moins en moins faciles à rapatrier ». Une fois qu’ils ont goûté à la liberté d’entreprendre ailleurs, pourquoi reviendraient-ils dans un pays qui les considère comme des profiteurs ?

    Les banques ne financent déjà plus les investissements. On en est réduit à imaginer que Google pourrait bientôt proposer des cartes de crédit aux entrepreneurs français ! C’est dire l’état de délabrement de notre système financier national.

    Et pendant ce temps, la Chine augmente ses dépenses de R&D de 23% en 2011. La tendance s’accélère encore en 2012. Nous sommes en train de perdre la bataille de l’innovation et de la compétitivité.

    L’implosion de l’UMP : une droite en miettes

    Si la situation économique est préoccupante, le spectacle politique offert par l’UMP ces derniers jours est simplement pathétique. La bataille Fillon-Copé pour la présidence du parti a révélé au grand jour les fractures profondes de la droite française.

    49,95% pour Fillon contre 50,05% pour Copé ? Qui peut croire qu’une telle configuration permettra une cohabitation sereine ? C’est de la poudre aux yeux. « C’était le dernier jour de l’UMP », j’en suis convaincu. Le réveil sera difficile, mais avec de nouvelles opportunités à droite.

    Vers une recomposition politique majeure

    Mon analyse ? L’UMP va montrer sa vraie nature et le Front National va prendre une place plus équilibrée entre toutes les forces politiques. Je pressens même une évolution radicale : l’UMP de Copé pourrait se transformer en extrême droite tandis que celle de Fillon pourrait se rapprocher de Marine Le Pen. Un scénario qui paraissait impensable il y a encore quelques mois.

    La situation est tellement ubuesque qu’on se demande s’il ne faudrait pas « envoyer les casques bleus » à l’UMP ! Entre contestations de résultats, annonces surprises avortées et silence assourdissant de Nicolas Sarkozy, on nage en plein vaudeville.

    Alain Juppé appelle à la raison, mais qui l’écoute encore ? Le parti est en train de s’autodétruire sous nos yeux. « UMP et les 7 nains », « L’UMP infernale », « Chérie j’ai rétréci l’UMP »… Les plaisanteries fusent sur les réseaux sociaux, mais derrière l’humour se cache une réalité dramatique pour la démocratie française.

    L’Europe en crise : entre Nobel de la paix et bruits de bottes

    Comme si la situation française n’était pas assez préoccupante, l’Europe dans son ensemble traverse une période de turbulences majeures. Le prix Nobel de la paix attribué à l’Union européenne ? Permettez-moi de rire. Après la « blague » du Nobel d’Obama, voici celle de l’Europe, « alors qu’on entend les bruits de bottes ».

    La crise économique qui secoue le continent depuis 2008 a révélé les failles profondes de la construction européenne. Les politiques d’austérité imposées aux pays du Sud créent des tensions sociales explosives. Je prédis d’ailleurs que nous connaîtrons bientôt ce qu’on appellera le « printemps européen ».

    La souveraineté nationale en question

    Un exemple frappant de notre perte de souveraineté ? « Google vs France 1-0… quand une entreprise privée américaine a le pouvoir de contraindre un état comme la France… » C’est exactement ce qui se passe avec les GAFA qui dictent leurs conditions aux États européens.

    La question de la sortie de l’euro commence à être posée sérieusement par certains responsables politiques. Mais attention : « les autres partenaires européens pourraient ne pas apprécier. La paix sera compromise. » Nous sommes pris dans un piège dont il sera difficile de sortir sans casse.

    Les signaux faibles d’un changement de paradigme

    Au-delà des crises politiques et économiques, je perçois des signaux faibles mais significatifs d’un changement profond de notre société. The Phone House ferme un tiers de ses magasins en France. Starbucks se diversifie dans le thé avec sa marque Teavana. Ces mouvements économiques apparemment anodins révèlent des transformations profondes des modes de consommation.

    François Hollande et Jean-Marc Ayrault seront « bientôt à moins de 30% dans les sondages », j’en suis persuadé. La désillusion est déjà palpable, cinq mois seulement après l’élection présidentielle. Le changement promis n’est pas au rendez-vous, et les Français commencent à s’en rendre compte.

    La montée des alternatives politiques

    Face à ce désastre, des voix s’élèvent pour proposer des alternatives. Le MoDem milite pour le vote blanc et la proportionnelle intégrale à l’Assemblée. Des idées qui méritent d’être débattues sérieusement si on veut sortir de l’impasse actuelle.

    Mais au-delà des propositions institutionnelles, c’est tout notre modèle économique et social qui doit être repensé. Comment attirer et retenir les talents et les entrepreneurs ? Comment réconcilier justice sociale et efficacité économique ? Comment retrouver notre souveraineté sans tomber dans le repli sur soi ?

    Conclusion : la France à la croisée des chemins

    La France se trouve aujourd’hui à un moment charnière de son histoire. Entre fuite des cerveaux et des capitaux, implosion de la droite républicaine, montée des extrêmes et crise européenne, les défis sont immenses. Mais les crises sont aussi des opportunités de rebond.

    Il est urgent de prendre conscience de la gravité de la situation. Les entrepreneurs qui partent aujourd’hui ne reviendront pas demain. Les fractures politiques qui se creusent laisseront des traces durables. L’Europe qui vacille pourrait bien s’effondrer.

    Demain, je serai à Luxembourg pour une conférence avec l’économiste Nouriel Roubini. J’ai hâte d’entendre son analyse de la situation. Car si nous voulons éviter le pire, il nous faut d’abord comprendre ce qui nous arrive. Et ensuite, avoir le courage de prendre les décisions qui s’imposent, même si elles sont douloureuses.

    La France a connu d’autres crises dans son histoire. Elle s’en est toujours relevée. Mais cette fois, rien n’est garanti. Tout dépendra de notre capacité collective à regarder la réalité en face et à agir en conséquence. Le temps presse.

    Pour aller plus loin

    • Le mouvement des Pigeons – Analyse approfondie de la révolte des entrepreneurs français face à la fiscalité
    • La crise de l’UMP – Chronique d’une implosion annoncée et ses conséquences sur la droite française
    • L’Europe en question – Les défis de la construction européenne face aux crises multiples
    • L’exode des entrepreneurs – Enquête sur les Français qui choisissent l’expatriation fiscale
    • Les alternatives politiques – Tour d’horizon des propositions pour sortir de la crise démocratique

    Photo : Norbu GYACHUNG / Unsplash

  • L’exode silencieux des entrepreneurs français : quand le talent fuit sans manifester
    L’exode silencieux des entrepreneurs français : quand le talent fuit sans manifester
    Les entrepreneurs français ne manifestent plus, ils votent avec leurs pieds. Face à la politique fiscale du nouveau gouvernement, l’exode des créateurs d’entreprise s’accélère dans un silence assourdissant. Un phénomène qui pourrait coûter très cher à l’économie française.

    Vous savez ce qui me frappe le plus dans la France d’octobre 2012 ? Ce n’est pas le matraquage fiscal annoncé. Ce n’est pas la diabolisation systématique de ceux qui créent de la richesse. Non, c’est le silence. Le silence assourdissant des entrepreneurs qui, un à un, plient bagage sans faire de bruit.

    Je viens de passer deux semaines à Londres et à Genève. À chaque fois, le même constat : des dizaines d’entrepreneurs français fraîchement débarqués, le regard à la fois soulagé et amer. Ils ne manifestent pas. Ils ne signent pas de pétitions. Ils partent, c’est tout.

    Le syndrome #geonpi : quand les entrepreneurs votent avec leurs pieds

    Le hashtag #geonpi (« Gens Entrepreneurs Oubliés Non Pris en considération par l’Intelligentsia ») fait fureur sur Twitter ces derniers jours. Il cristallise le sentiment d’abandon d’une génération d’entrepreneurs face à un gouvernement qui semble considérer la réussite économique comme suspecte par nature.

    Contrairement aux agriculteurs qui bloquent les routes ou aux syndicats qui défilent dans les rues, les entrepreneurs ont choisi une forme de protestation bien plus radicale : l’exil fiscal et entrepreneurial. Pas de banderoles, pas de slogans. Juste des valises et un billet d’avion.

    Les chiffres commencent à donner le vertige. Selon les estimations officieuses (car évidemment, Bercy se garde bien de communiquer là-dessus), le nombre de départs d’entrepreneurs français aurait doublé depuis mai 2012. Les destinations privilégiées ? Londres, Genève, Bruxelles, mais aussi Singapour et les États-Unis pour les plus ambitieux.

    La goutte d’eau fiscale qui fait déborder le vase entrepreneurial

    Le projet de budget 2013 présenté fin septembre a sonné comme un tocsin pour beaucoup. Taxe à 75% sur les hauts revenus, plafonnement du quotient familial, hausse de l’ISF, taxation accrue des plus-values… La liste est longue et douloureuse.

    Mais au-delà des chiffres, c’est le discours ambiant qui fait mal. Quand un ministre du Budget comme Jérôme Cahuzac semble considérer que les entrepreneurs sont des vaches à lait corvéables à merci, comment s’étonner qu’ils cherchent des pâturages plus cléments ?

    Un ami entrepreneur me confiait la semaine dernière : « Je ne suis pas parti pour payer moins d’impôts. Je suis parti parce qu’en France, on me fait sentir que je suis un salaud de gagner de l’argent en créant des emplois. »

    Les signaux d’alarme ignorés

    Depuis des mois, les signaux s’accumulent pourtant :

    • Les incubateurs parisiens voient leurs meilleurs éléments partir à Londres ou Berlin
    • Les business angels français investissent de plus en plus à l’étranger
    • Les jeunes diplômés des grandes écoles créent directement leur startup hors de France
    • Les success stories françaises (Criteo, Dailymotion, PriceMinister) installent leur siège social ailleurs

    Mais visiblement, rue de Bercy, on préfère compter les recettes fiscales à court terme plutôt que s’inquiéter de l’hémorragie de talents à long terme.

    Le piège de l’idéologie : quand la France tue sa poule aux œufs d’or

    Ce qui se joue actuellement, c’est bien plus qu’une simple optimisation fiscale. C’est une rupture profonde entre la France et ses forces vives entrepreneuriales. Une rupture qui risque de coûter très cher.

    Car contrairement à ce que semblent croire nos dirigeants, les entrepreneurs ne sont pas des rentiers parasites. Ce sont eux qui créent les emplois de demain, qui innovent, qui prennent des risques. Les faire fuir, c’est hypothéquer l’avenir économique du pays.

    L’effet domino entrepreneurial

    Le plus inquiétant, c’est l’effet d’entraînement. Quand un entrepreneur part, il emmène souvent avec lui :

    • Ses meilleurs collaborateurs
    • Son réseau de fournisseurs
    • Ses projets de développement
    • Les emplois qu’il aurait créés
    • Les impôts qu’il aurait payés (et oui, même taxés « normalement », les entrepreneurs paient des impôts !)

    C’est tout un écosystème qui se délite, pierre par pierre.

    Le réveil sera douloureux

    Je suis convaincu que nos gouvernants actuels sont sincèrement persuadés que les entrepreneurs français ne partiront pas vraiment. Qu’ils bluffent. Qu’au final, l’attachement à la France l’emportera sur les considérations économiques.

    Quelle naïveté ! Les entrepreneurs d’aujourd’hui sont nés avec l’Europe, ont grandi avec Internet, travaillent avec le monde entier. Pour eux, s’installer à Londres ou à Genève n’est pas plus compliqué que de déménager de Paris à Lyon.

    Le réveil va être brutal. D’ici quelques mois, quand les recettes fiscales s’effondreront faute de contributeurs, quand le chômage explosera faute de créateurs d’emplois, quand l’innovation française sera définitivement délocalisée… il sera trop tard pour pleurer.

    Les premiers signes du désastre

    Les indicateurs avancés sont déjà au rouge :

    • Les créations d’entreprises innovantes chutent depuis juin
    • Les levées de fonds se raréfient
    • Les projets d’embauche sont gelés
    • Les investissements sont reportés ou annulés

    Mais qui s’en soucie ? Certainement pas ceux qui pensent qu’on peut relancer l’économie en embauchant des fonctionnaires et en taxant ceux qui créent de la richesse.

    Changer de cap avant le naufrage

    Il est encore temps d’éviter le pire. Mais cela suppose un changement radical de perspective. Arrêter de considérer les entrepreneurs comme des ennemis de classe. Comprendre que leur réussite est notre réussite collective. Créer un environnement fiscal et réglementaire qui encourage la prise de risque plutôt que de la punir.

    Bref, il faudrait une révolution culturelle. Or, avec le gouvernement actuel, on en prend exactement le chemin inverse. La fuite des cerveaux et des entrepreneurs ne fait que commencer.

    Vous savez quoi ? En écrivant ces lignes, je réalise que moi aussi, pour la première fois de ma vie, je commence à regarder ailleurs. Pas par cupidité. Par lassitude. Lassitude de me battre dans un pays qui semble ne plus vouloir de ses entrepreneurs.

    Alors oui, il est urgent de changer de gouvernement, et de président. Avant qu’il ne soit définitivement trop tard. Avant que la France ne devienne un musée économique, belle mais stérile, vivant de ses souvenirs de grandeur passée pendant que le monde avance sans elle.

    Les entrepreneurs français ne manifesteront pas. Ils partiront. En silence. Et leur absence fera plus de bruit que toutes les manifestations du monde.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    • Données sur les créations d’entreprises : INSEE, octobre 2012
    • Estimations des départs d’entrepreneurs : compilation de sources bancaires privées
    • Projet de loi de finances 2013 : documents officiels du gouvernement
    • Témoignages d’entrepreneurs : entretiens directs, octobre 2012

    Photo : Xuewen Qing / Unsplash

  • France : la spirale infernale d’un pays qui se saborde
    France : la spirale infernale d’un pays qui se saborde
    La France accumule les décisions économiques contre-productives : hausse du plafond du Livret A qui assèche l’économie réelle, suppression des exonérations sur les heures supplémentaires et rigidité du marché du travail. Résultat : le chômage explose et les entreprises suffoquent.

    Trois millions de chômeurs officiels. Voilà où nous en sommes en septembre 2012. Et franchement, ce n’est qu’un début. À ce rythme, je parie sur 3,5 millions d’ici 2014. Pourquoi ? Parce que nos dirigeants accumulent les décisions économiques aberrantes avec une constance qui forcerait presque l’admiration si elle n’était pas si tragique.

    Prenez le relèvement du plafond du Livret A. Une mesure présentée comme sociale, populaire même. En réalité ? Une bombe à retardement pour notre économie. Je vais vous expliquer pourquoi cette décision, comme tant d’autres, révèle l’incompréhension profonde de nos élites face aux mécanismes économiques de base.

    Le Livret A : quand l’épargne devient un piège mortel pour l’économie

    Le gouvernement vient d’augmenter le plafond du Livret A. Bravo. Vraiment, bravo. Vous savez ce que cela signifie concrètement ? Que des milliards d’euros supplémentaires vont être soustraits à l’économie réelle pour dormir tranquillement sur des comptes défiscalisés.

    Comprenons-nous bien : le Livret A, c’est de l’argent qui ne finance ni les entreprises, ni l’innovation, ni l’emploi. C’est de l’argent stérilisé, neutralisé, castré. Dans un pays qui compte déjà 3 millions de chômeurs, encourager les Français à planquer encore plus leur épargne relève soit de l’incompétence crasse, soit du sabotage délibéré.

    Les chiffres sont édifiants : l’encours total des Livrets A et LDD dépasse déjà les 350 milliards d’euros. C’est l’équivalent de 17% du PIB français qui dort au lieu de travailler. Et on en rajoute une couche ?

    Pendant ce temps, les PME crèvent faute de financement. Les banques, gavées de liquidités dormantes, n’ont aucune incitation à prêter aux entreprises. Résultat : l’investissement productif s’effondre, l’innovation se meurt, et les emplois disparaissent. Mais rassurez-vous, l’épargne des Français est bien au chaud.

    La double peine des heures supplémentaires : comment tuer le pouvoir d’achat

    Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement s’apprête à porter un coup fatal au pouvoir d’achat des salariés. La suppression des exonérations sur les heures supplémentaires, c’est 1 à 12% de salaire net en moins pour des millions de Français. Je répète : 1 à 12% EN MOINS.

    Vous imaginez l’impact ? Un ouvrier qui complétait ses fins de mois avec quelques heures sup va voir son revenu fondre. Une caissière qui acceptait des horaires décalés pour boucler son budget va devoir faire des choix cornéliens. Et tout ça pourquoi ? Pour récupérer quelques milliards qui seront immédiatement engloutis dans le tonneau des Danaïdes de la dépense publique.

    L’ironie, c’est que cette mesure va mécaniquement réduire la consommation, donc l’activité économique, donc les recettes fiscales. C’est ce qu’on appelle scier la branche sur laquelle on est assis. Mais visiblement, à Bercy, on préfère les symboles idéologiques aux réalités économiques.

    L’effet domino sur la consommation

    Moins de revenus pour les salariés, c’est moins de consommation. Moins de consommation, c’est moins de chiffre d’affaires pour les entreprises. Moins de chiffre d’affaires, c’est moins d’embauches, voire des licenciements. Et la boucle est bouclée : on fabrique du chômage en prétendant le combattre.

    Les économistes appellent ça le multiplicateur keynésien inversé. Moi j’appelle ça de la connerie pure et simple.

    Carburants : la taxe invisible qui étrangle l’économie

    Ah, et j’oubliais le meilleur : les carburants. On frôle déjà les 2 euros le litre dans certaines stations. Ma prédiction ? 2,50 euros avant 2015. Et Moscovici qui fait comme si de rien n’était.

    Vous savez ce que représente le carburant dans l’économie française ? Tout. Les camions qui livrent vos magasins roulent au gazole. Les commerciaux qui démarchent les clients roulent à l’essence. Les artisans qui se déplacent sur les chantiers carburent au sans-plomb. Augmenter le prix du carburant, c’est augmenter le coût de TOUT.

    Un transporteur routier m’expliquait récemment que le gazole représentait 35% de ses charges. 35% ! Comment voulez-vous qu’il reste compétitif face à ses concurrents polonais ou roumains ? Comment voulez-vous qu’il maintienne ses emplois ?

    L’impact sur les zones rurales

    Et je ne parle même pas des zones rurales, où la voiture n’est pas un luxe mais une nécessité vitale. Des millions de Français n’ont pas d’autre choix que de prendre leur voiture pour aller travailler. Pour eux, l’explosion du prix des carburants, c’est une amputation pure et simple de leur pouvoir d’achat.

    Mais bon, nos élites parisiennes qui prennent le métro ne voient pas le problème.

    Le marché du travail : quand la rigidité tue l’emploi

    Arnaud Montebourg, notre ministre du Redressement productif (quelle blague ce titre), devrait écouter les entrepreneurs au lieu de pontifier. Nous avons besoin de flexibilité. F-L-E-X-I-B-I-L-I-T-É.

    Laissez-nous embaucher librement. Laissez-nous désembaucher quand c’est nécessaire. C’est la condition sine qua non pour créer de l’emploi durable. Vous savez pourquoi les patrons n’embauchent pas ? Parce qu’ils ont peur de ne pas pouvoir ajuster leurs effectifs en cas de retournement de conjoncture.

    Résultat : on préfère l’intérim, les CDD, la sous-traitance. Tout sauf le CDI qui est devenu un boulet. C’est ça que vous voulez ? Une économie de précarité généralisée ?

    L’exemple des pays qui ont réussi

    Regardez le Danemark avec sa flexisécurité. Regardez l’Allemagne avec ses réformes Hartz. Ces pays ont compris qu’un marché du travail fluide créait plus d’emplois qu’un marché rigide. Mais en France, on préfère l’immobilisme idéologique.

    Un patron de PME me confiait récemment : « J’ai trois postes à pourvoir, mais j’hésite. Si ça se passe mal, je suis coincé. » Trois emplois non créés à cause de la peur. Multipliez ça par des milliers d’entreprises, et vous comprenez pourquoi le chômage explose.

    Le nucléaire : symbole de notre déclin industriel

    Et que dire de notre filière nucléaire ? Montebourg parle de filière d’avenir. Mais de quel avenir parle-t-il ? Du démantèlement des centrales ? Parce que c’est bien la seule perspective qui se dessine.

    La France avait un avantage compétitif énorme avec son parc nucléaire. Une électricité abondante et bon marché. Un savoir-faire reconnu mondialement. Et qu’est-ce qu’on fait ? On saborde tout ça sur l’autel de l’idéologie verte.

    Pendant ce temps, la Chine construit des centrales à tour de bras. L’Inde aussi. Même les Émirats arabes unis s’y mettent. Mais nous, on préfère fermer Fessenheim et planter des éoliennes qui ne tournent que quand il y a du vent.

    La liberté d’expression : jusqu’où peut-on aller ?

    L’affaire Charlie Hebdo de cette semaine pose une vraie question. Jusqu’où peut aller la liberté d’expression ? Est-ce intelligent de publier des caricatures qui vont mettre le feu aux poudres dans le monde musulman ?

    Je défends la liberté d’expression. C’est un principe non négociable. Mais la liberté, c’est aussi la responsabilité. Quand on sait qu’une publication va déclencher des violences, des morts peut-être, est-ce vraiment le moment de jouer les provocateurs ?

    On me dira que céder à la menace, c’est renoncer à nos valeurs. Certes. Mais opposer systématiquement les communautés, est-ce vraiment défendre nos valeurs ? Ou est-ce juste remuer la merde pour le plaisir ?

    Les Roms : l’hypocrisie à son paroxysme

    Et pour finir, parlons des Roms. Tout le monde a un avis, tout le monde veut qu’ils soient « intégrés en douceur ». Très bien. J’ai une solution simple : que ceux qui prônent l’intégration les hébergent chez eux.

    C’est facile d’être généreux avec l’argent des autres. C’est facile de prôner l’accueil quand on habite un quartier protégé. Mais quand il s’agit de passer à l’acte, bizarrement, il n’y a plus personne.

    L’hypocrisie de notre société n’a jamais été aussi criante. On veut le beurre et l’argent du beurre. On veut être humaniste sans en payer le prix. On veut la bonne conscience sans les contraintes.

    David contre Goliath : quand les citoyens se rebellent

    Heureusement, certains citoyens ne se laissent pas faire. Prenez Bruno Boulefkhad. Ce type mène un combat incroyable contre les banques. Son site bruno-boulefkhad.fr est une mine d’informations pour tous ceux qui en ont marre de se faire plumer.

    C’est ça dont on a besoin. Des citoyens qui se lèvent, qui disent non, qui refusent la fatalité. Des « Boulefkhad » partout en France qui reprennent le pouvoir sur leur vie.

    Parce que si on attend que nos dirigeants nous sauvent, on peut attendre longtemps. Ils sont trop occupés à creuser le trou dans lequel ils nous enterrent.

    Conclusion : le réveil ou la chute

    Voilà où nous en sommes. Un pays qui s’autodétruit méthodiquement. Des dirigeants qui accumulent les erreurs. Une population qui subit.

    Mais jusqu’à quand ? Jusqu’à quand allons-nous accepter cette descente aux enfers ? Jusqu’à quand allons-nous laisser des incompétents décider de notre avenir ?

    La France a tous les atouts pour réussir. Des entrepreneurs brillants, des salariés compétents, des ressources abondantes. Il ne manque qu’une chose : du bon sens au sommet de l’État.

    Remettez l’entrepreneur au centre du jeu. Libérez les énergies. Arrêtez de taxer, de réglementer, d’entraver. Faites confiance aux Français au lieu de les infantiliser.

    Bref. Soit on se réveille maintenant, soit on continue la descente. À vous de choisir.

    Pour aller plus loin

    • Les Échos – Analyses économiques quotidiennes sur la situation française
    • INSEE – Statistiques officielles sur le chômage et l’économie
    • Rapport Gallois – État des lieux de la compétitivité française (à paraître)
    • OCDE – Comparaisons internationales des politiques économiques
    • Bruno-boulefkhad.fr – Combat citoyen contre les dérives bancaires

    Sources et références

    • INSEE – Chiffres du chômage août 2012
    • Banque de France – Encours Livret A et LDD 2012
    • Ministère de l’Économie – Réforme de la défiscalisation des heures supplémentaires
    • Union Française des Industries Pétrolières – Prix moyens des carburants
    • Eurostat – Comparaisons européennes du marché du travail

    Photo : KOBU Agency / Unsplash

  • Entrepreneurs et chômage : pourquoi le dialogue est rompu entre patrons et gouvernement
    Entrepreneurs et chômage : pourquoi le dialogue est rompu entre patrons et gouvernement
    La suppression des exonérations fiscales sur les heures supplémentaires va amputer le pouvoir d’achat de millions de salariés. Face à cette situation, les entrepreneurs réclament plus de flexibilité pour embaucher et licencier, mais le gouvernement semble sourd à leurs appels.

    Je regarde avec effroi ce qui se prépare pour octobre. Des millions de salariés vont voir leur fiche de paie fondre comme neige au soleil. Entre 1% et 12% de salaire net en moins, selon leur volume d’heures supplémentaires. C’est une catastrophe annoncée que personne ne semble vouloir voir venir.

    Cette mesure, c’est le symbole parfait de l’incompréhension totale entre le monde politique et la réalité économique. D’un côté, on nous parle de relancer la consommation et de lutter contre le chômage. De l’autre, on ampute directement le pouvoir d’achat de ceux qui travaillent le plus. Cherchez l’erreur.

    La double peine pour les salariés et les entreprises

    Concrètement, qu’est-ce qui va se passer ? La défiscalisation des heures supplémentaires mise en place par la loi TEPA en 2007 va disparaître. Pour un salarié au SMIC qui effectue régulièrement des heures supplémentaires, c’est jusqu’à 100 euros nets par mois qui s’envolent. Pour un cadre, la perte peut dépasser 200 euros mensuels.

    Mais le plus pervers dans cette histoire, c’est que les entreprises vont également trinquer. Les exonérations de charges patronales sur ces heures supplémentaires disparaissent aussi. Résultat : le coût du travail augmente mécaniquement. Dans un contexte économique déjà tendu, c’est la goutte d’eau qui risque de faire déborder le vase.

    Je vois déjà les conséquences dans mon entourage professionnel :

    • Des PME qui renoncent à des commandes faute de pouvoir faire travailler leurs équipes en heures sup à un coût raisonnable
    • Des salariés qui refusent désormais les heures supplémentaires, devenues moins intéressantes financièrement
    • Des tensions sociales qui montent dans les entreprises où les heures sup étaient un complément de salaire indispensable

    Le cri du cœur des entrepreneurs ignoré

    Face à cette situation, nous, entrepreneurs, ne demandons qu’une chose : de la flexibilité. Laissez-nous embaucher les chômeurs et, oui, désembaucher librement quand c’est nécessaire. C’est la condition sine qua non pour créer de l’emploi durable.

    Cette demande de flexibilité n’est pas un caprice patronal. C’est une question de survie économique. Quand je ne peux pas ajuster mes effectifs à mon carnet de commandes, je prends deux décisions :

    • Je n’embauche plus en CDI, trop risqué
    • Je délocalise ou je sous-traite à l’étranger

    Le paradoxe français est là : on veut protéger l’emploi avec des règles rigides, mais on finit par le détruire. Les pays qui ont le moins de chômage sont ceux qui ont la législation du travail la plus souple. C’est un fait, pas une opinion.

    La peur d’embaucher : un frein majeur

    Savez-vous combien coûte un licenciement économique en France ? Entre 6 mois et 2 ans de salaire selon les cas, sans compter les frais de procédure. Pour une PME, c’est potentiellement la faillite. Alors on préfère ne pas embaucher du tout.

    Cette rigidité du marché du travail crée une économie à deux vitesses :

    • Les « insiders » : salariés en CDI surprotégés mais de moins en moins nombreux
    • Les « outsiders » : jeunes, seniors, peu qualifiés, condamnés à la précarité ou au chômage

    L’entrepreneur, ce mal-aimé de la République

    Il faut remettre l’entrepreneur et le patron au centre du débat. Sans nous, pas d’emplois, pas de richesses créées, pas d’impôts pour financer les services publics. C’est une évidence que nos dirigeants semblent avoir oubliée.

    Au lieu de cela, on nous présente comme des exploiteurs, des profiteurs, voire des ennemis du peuple. Cette diabolisation permanente est contre-productive. Elle décourage l’entrepreneuriat et pousse nos meilleurs éléments à s’expatrier.

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

    • La France compte 2,5 millions d’entreprises, dont 95% ont moins de 10 salariés
    • Les PME créent 85% des emplois nouveaux
    • Le taux de création d’entreprises stagne depuis 2008

    Un dialogue de sourds avec le pouvoir

    Quand j’entends nos ministres parler d’économie, j’ai l’impression qu’ils vivent sur une autre planète. Ils n’ont jamais créé une entreprise, jamais fait un business plan, jamais négocié avec un banquier pour obtenir un prêt. Comment peuvent-ils comprendre nos problématiques ?

    Le fossé se creuse entre deux France : celle qui produit et celle qui administre. Cette fracture est dangereuse pour notre cohésion sociale et notre compétitivité économique.

    Des solutions existent pourtant

    Je ne suis pas un ultralibéral dogmatique. Je sais que le modèle social français a ses vertus. Mais il faut l’adapter aux réalités du XXIe siècle. Voici quelques pistes concrètes :

    1. Un contrat de travail unique
    Fini la distinction CDI/CDD. Un contrat unique avec des droits progressifs selon l’ancienneté. Plus de flexibilité pour l’employeur, plus de sécurité dans le temps pour le salarié.

    2. La formation tout au long de la vie
    Plutôt que de s’accrocher à des emplois obsolètes, investissons massivement dans la reconversion professionnelle. Le compte personnel de formation doit devenir une réalité, pas un gadget.

    3. Un dialogue social rénové
    Les syndicats doivent évoluer. Moins d’idéologie, plus de pragmatisme. Dans les pays nordiques, syndicats et patronat travaillent ensemble. Pourquoi pas chez nous ?

    4. Une fiscalité incitative
    Arrêtons de taxer le travail et l’investissement productif. Taxons plutôt la rente et la spéculation. C’est une question de bon sens économique.

    L’urgence d’agir avant qu’il ne soit trop tard

    La suppression des exonérations sur les heures supplémentaires n’est que la partie émergée de l’iceberg. C’est tout notre modèle économique et social qui est à repenser.

    Le chômage des jeunes explose, les seniors sont exclus du marché du travail, les entreprises délocalisent ou ferment. Pendant ce temps, on ergote sur des mesurettes qui aggravent la situation.

    Nous, entrepreneurs, sommes prêts à prendre nos responsabilités. Nous voulons embaucher, investir, innover. Mais il nous faut un cadre adapté, pas un carcan qui nous étouffe.

    La balle est dans le camp du gouvernement. Soit il continue dans l’idéologie et le déni de réalité, soit il accepte enfin d’écouter ceux qui créent la richesse et l’emploi. Le temps presse. Chaque mois qui passe, ce sont des milliers de chômeurs supplémentaires et des entreprises qui disparaissent.

    Allons-nous enfin avoir ce débat de fond sur l’emploi et l’entrepreneuriat ? Ou allons-nous continuer à nous enfoncer dans la crise en répétant les mêmes erreurs ? La réponse déterminera l’avenir économique de notre pays pour les années à venir.

    Pour aller plus loin

    • « La société de défiance » de Yann Algan et Pierre Cahuc – Une analyse des blocages du modèle social français
    • Institut Montaigne – Think tank qui publie régulièrement des études sur l’emploi et la compétitivité
    • « Le chômage, fatalité ou nécessité ? » de Pierre Cahuc et André Zylberberg – Pour comprendre les mécanismes du marché du travail
    • MEDEF – Les positions du patronat français sur la flexibilité du travail
    • Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) – Analyses économiques indépendantes

    Sources et références

    • INSEE – Statistiques sur l’emploi et le chômage (septembre 2012)
    • Loi TEPA du 21 août 2007 sur le travail, l’emploi et le pouvoir d’achat
    • Rapport du Conseil d’analyse économique sur la flexisécurité (2010)
    • Eurostat – Comparaisons européennes du marché du travail (2012)

    Photo : Tanya Prodaan / Unsplash

  • Laissez-nous embaucher les chômeurs!

    La situation ne peut plus durer. Les entreprises sont à l’agonie, mais à force de l’entendre, de le lire ou de l’écrire, cela ne veut plus rien dire. Les pouvoirs publics ne prennent pas la pleine mesure des difficultés présentes et à venir.

    Tout le monde est à peu près d’accord pour dire que le problème central des entreprises est à la fois le coût du travail qui est beaucoup trop élevé pour assurer la compétitivité, et le manque de flexibilité qui empêche l’adaptation des ressources humaines à la hausse ou à la baisse dans les entreprises (en clair, pouvoir librement embaucher quand ça va bien, mais aussi désembaucher quand ça va moins bien).

    La réponse politique de la droite c’était la « TVA sociale » ou « TVA de la compétitivité », et la réponse de la gauche c’est la « création des emplois d’avenir pour les jeunes ».

    Ces solutions, comme c’est arrivé trop souvent depuis 40 ans, ne répondront absolument pas aux problèmes, nous les professionnels de terrain, nous le savons. La TVA sociale est un mécanisme compliqué, très lourd et coûteux à implémenter, que personne ne comprendra jamais et qui ne va pratiquement rien changer dans la vie des PME. Le concept des emplois d’avenir (recyclage des « emplois jeunes ») est un patch des socialistes, un grand classique récurrent de la gauche quand elle gouverne et qui est à des kilomètres des enjeux.

    N’attendez aucune amélioration de la situation en Europe, et en France si les entreprises dans leur ensemble, l’unique force vive d’un pays, n’embrayent pas à l’unisson et avec une puissance nouvelle et des moyens réels afin de retrouver une dynamique offensive, innovante, productive et commerciale.

    Les entreprises sont sclérosées, tétanisées par ces crises à répétition depuis 10 ans, sans visibilité et sans aucune confiance, elles ne peuvent pas atteindre de nouveaux marchés, elles sont diminuées, ralenties, à la traîne, elles souffrent et ne se sentent pas en mesure de se développer, incapables d’aller de l’avant, elles stagnent dans des niveaux bas de performances, avec des petites équipes fatiguées par une productivité réclamée toujours plus intense avec toujours moins de moyens, un peu plus fragilisées chaque jour qui passe.

    En pratique, pour se développer dans les entreprises, il faut compléter ses équipes par de nouveaux éléments humains (des cadres capables de tenir des projets de développement, des concepteurs de produits ou services, si possible innovants, des collaborateurs commerciaux motivés pour conquérir les marchés, des collaborateurs en production pour fabriquer les produits et services qui auront été vendus, des collaborateurs administratifs pour superviser et contrôler l’ensemble de la chaîne, etc.).

    Pour que ces développements soient viables localement dans un système économique ouvert et mondialisé dans une Europe qui ne contrôle rien, qui taxe tout, où tout est plus cher que partout ailleurs, il faut que les coûts soient les plus bas, l’équation est… impossible à résoudre.

    Les entreprises françaises ont besoin de faire baisser le coût du travail de 25 à 50%, voilà la réalité impossible à entendre. Parlons froidement. Quand un employé « coûte » 3000 euros par mois à un patron de PME (salaire chargé), et que le salarié ne touchera que 1900 euros net imposable, l’objectif immédiat n’est pas que demain il lui « coûte » 2950 euros, mais plutôt 2000 euros, tout compris, sans pour autant que le salaire payé ne change. Voilà le besoin immédiat.

    N’imaginez pas une seconde que les propositions politiques successives qui visent à faire baisser le coût du travail de 1, 2 ou 3% soient la réponse attendue. La vraie réalité des patrons de PME dépasse largement la fausse réalité des politiciens.

    Soyons réalistes, à aucun moment il ne sera possible de faire baisser fortement le coût du travail en France de manière à provoquer « le coup de boost » nécessaire au redémarrage économique.

    Pourtant, il existe une solution jamais explorée, jamais évoquée.

    Depuis un certain temps j’essaie de faire passer mon idée d’un mécanisme que j’ai appelé « chômage transitionnel », mécanisme que j’ai modélisé et éprouvé dans de nombreux scénarios depuis plus de 5 ans, qui consiste en une audacieuse alternative à l’attentisme et que j’ai poussé auprès du feu gouvernement de droite, auprès du Medef, auprès de notre gouvernement actuel, mais je ne reçois aucun écho favorable auprès des dirigeants politiques.

    Ce mécanisme reposerait sur une coordination intelligente et pratique entre les pouvoirs publics (Pole Emploi) et les PME.

    L’idée consiste à permettre aux entreprises qui le souhaitent d’embaucher immédiatement un nombre illimité de chômeurs inscrits à Pôle Emploi, dans le cadre d’un contrat de travail « transitionnel » (sécurisé et à durée indéterminée) sans que ceux-ci ne perdent leurs droits, l’entreprise abonderait financièrement pour constituer un salaire cumulé (allocations chômage et abondement salarial) libre et négociable, « ouvert à la concurrence » (l’abondement sera libre, on peut imaginer que des négociations discrétionnaires seront possibles entre chômeurs et employeurs), le tout supervisé par un organisme dédié à ce dispositif afin de faciliter son déploiement.

    En clair, une entreprise pourrait par exemple embaucher un agent commercial, actuellement au chômage depuis quelques mois, touchant 900 euros par mois auprès de Pôle Emploi pour encore 18 mois, en lui offrant un abondement salarial de 1000 euros par mois, et surtout un véritable emploi. Ce chômeur touchera donc 1900 euros par mois, bénéficiera d’un vrai travail, et d’un véritable statut protégé pendant une durée de 18 mois, au delà, l’entreprise reprend la pleine charge de son salarié, qu’elle gardera dans la majorité des cas. Miracle, l’entreprise aura lissé à la baisse son coût du travail global.

    Je vois déjà les critiques fuser, et m’entendre dire « les entreprises et les patrons verront leur intérêt, licencieront les emplois les plus coûteux au profit des emplois transitionnels ». Oui, c’est peut-être vrai pour les grandes entreprises capitalistiques qui gèrent l’humain aussi bien qu’un singe est à l’aise avec un ordinateur, mais moi je ne parle que des PME, mon dispositif ne vise que les PME, et croyez-moi sur parole : les patrons de PME qui forment pendant 18 mois un collaborateur n’ont jamais l’idée de s’en séparer, au contraire ils le vivent comme une souffrance et un échec.

    Absolument tout le monde sort gagnant d’un tel dispositif, pratique et simple à mettre en œuvre par quelques règles de contrôle et de bon sens contre les abus.

    Plus les entreprises joueront le jeu, et elles seront nombreuses, plus on règlera le problème du chômage, du coût du travail, du dynamisme économique, du pouvoir d’achat, de la consommation, et plus on s’approchera d’une sortie de crise par le haut.

    Le « réservoir de chômeurs », au lieu d’être un centre de coût, deviendra un centre de profit pour le pays et ses entreprises, une véritable niche de ressources humaines où les entreprises viendront recruter de futurs collaborateurs que leurs précédents employeurs auront licencié sans que personne ne trouve rien à y redire, tant la fluidité et la flexibilité seront au rendez-vous.

    Le coût pour la collectivité publique restera au maximum le même qu’en temps normal, et mécaniquement va baisser fortement après la mise en place du dispositif. L’impact financier (l’effort du pays) sera donc au maximum neutre comparativement à avant.

    L’assurance chômage n’aura plus à chercher à financer des millions de chômeurs sans avenir, mais beaucoup moins en attente d’un job transitionnel que les entreprises plébisciteront. Du coup, par ricochet, le coût du travail des employés non transitionnels pourra largement diminuer après un certain temps.

    Le nombre de chômeurs sans emploi va drastiquement baisser en quelques mois.

    Les entreprises rechercheront bien sûr des chômeurs jeunes à former pour le long terme, mais recruteront également des personnels d’encadrement, plus âgés, répondant ainsi à la double problématique des chômeurs jeunes et des chômeurs âgés. L’embauche des personnels non qualifiés sera également facilitée par un coût très réduit pour l’entreprise.

    Le coût de réintégration, de mise à niveau et de formation des chômeurs va fondre comme neige au soleil, les fonds disponibles seront alors concentrés sur les chômeurs résiduels qui n’auront pas trouvé d’emploi transitionnel.

    Cerise sur le gâteau, les banques, qui de toute façon ont abandonné les entreprises, n’ont pas besoin d’être mobilisées dans la mise en œuvre du mécanisme.

    Bien sûr, partout on me dit que l’idée est vraiment étonnante de bon sens et de praticité, et de toute évidence répond à toutes les problématiques immédiates, et qu’il faut absolument parvenir à éduquer nos syndicats et nos politiciens afin de les convaincre et de parvenir à implémenter un tel dispositif salvateur.

    Pour ma part, je constate que ces dirigeants publics, ces gouvernements qui ne cessent de pousser les entreprises à innover, ne se remettent jamais suffisamment en question en innovant eux-mêmes et ne répondent jamais aux enjeux d’actualité.

    La crise est d’une ampleur telle que les réponses radicales à apporter ne peuvent qu’être insolites, audacieuses et innovantes, politiquement, économiquement et socialement.

    J’espère que mon message, désormais davantage public, sera entendu, au nom des entrepreneurs, pour le bien de tous.