Catégorie : ÉCONOMIE

  • Barnier, et le gouvernement est déjà mort-né
    Barnier, et le gouvernement est déjà mort-né
    Nommé le 5 septembre après cinquante et un jours de gouvernement démissionnaire, Michel Barnier n’a toujours pas d’équipe onze jours plus tard. Derrière le calme apparent, l’arithmétique parlementaire, le mur budgétaire et la dépendance au Rassemblement national dessinent une équation insoluble. Je vous explique pourquoi je considère cet attelage comme mort-né, et quels signaux concrets surveiller dans les semaines qui viennent.

    Le 5 septembre, à 12h30, l’Élysée lâche enfin le nom. Michel Barnier, 73 ans, Premier ministre de la République française.

    Cinquante et un jours d’attente depuis la démission de Gabriel Attal, le 16 juillet. Un record sous la Vᵉ République. Et pour quel résultat ? Un ancien ministre de l’Environnement de 1993, négociateur du Brexit, sixième chef de gouvernement d’Emmanuel Macron, issu d’un groupe parlementaire qui pèse 47 députés sur 577.

    Ma réaction a été immédiate, et je n’en retire pas une ligne : ce gouvernement est mort-né. Il ne tiendra pas. Il tombera. Reste à comprendre pourquoi — et surtout à quoi le vérifier.

    Chronologie d’un choix par élimination

    Rappelons la séquence, parce qu’elle explique tout. Le 9 juin, au soir des européennes, Emmanuel Macron dissout l’Assemblée nationale. Personne ne le lui demandait. Le 7 juillet, le second tour accouche d’une chambre coupée en trois blocs dont aucun n’approche la majorité absolue de 289 sièges.

    Le Nouveau Front populaire arrive premier avec environ 193 élus. Le bloc central macroniste tombe autour de 166. Le Rassemblement national et ses alliés ciottistes atteignent 142 députés, soit le plus gros groupe unique de l’hémicycle. Les Républicains, eux, se comptent à 47.

    Suivent deux mois d’un ballet stupéfiant : une trêve olympique décrétée par le chef de l’État, le refus de nommer Lucie Castets proposée par la gauche, des ballons d’essai à répétition — Bernard Cazeneuve, Xavier Bertrand, Karim Bouamrane — et des « consultations » à l’Élysée qui ressemblaient surtout à des séances de casting.

    Au bout du compte : Barnier. Pas parce qu’il incarne un projet, mais parce qu’il était le seul nom sur lequel le Rassemblement national acceptait de ne pas dégainer immédiatement la censure. Voilà toute la vérité de cette nomination.

    Lisez bien. Barnier va évidemment échouer. Et ça va se constater assez vite.

    L’arithmétique, cette science implacable

    On peut discuter à l’infini du caractère, de l’expérience ou du « sens de l’État » de Michel Barnier. On ne discute pas les chiffres.

    Pour renverser un gouvernement, l’article 49 de la Constitution exige 289 voix sur une motion de censure. Additionnez le Nouveau Front populaire (193) et le Rassemblement national avec ses alliés (142) : vous obtenez 335. Trente-cinq de plus que nécessaire, sans compter les non-inscrits.

    Autrement dit, la survie du gouvernement Barnier ne dépend ni de son programme, ni de son talent, ni de sa communication. Elle dépend exclusivement de la volonté de Marine Le Pen de ne pas voter avec La France insoumise. Un Premier ministre sous conditions. Une tutelle, disons-le.

    Sous la Vᵉ République, une seule motion de censure a jamais abouti : celle du 5 octobre 1962, contre le gouvernement Pompidou. Cette rareté rassure les commentateurs. Elle ne devrait pas : en 1962, comme aujourd’hui, il avait suffi d’une convergence contre-nature entre des oppositions que tout séparait par ailleurs.

    La question RN : provocation ou lucidité ?

    Dès le 5 septembre, j’ai avancé une hypothèse qui a fait grincer des dents.

    Lisez bien. J’estime crédible que le Premier ministre Barnier puisse nommer un ou plusieurs ministres issus du Rassemblement national.

    Officiellement, c’est exclu. Michel Barnier l’a répété, les Républicains le jurent, le bloc central s’étranglerait. Sur le plan formel, je veux bien admettre que la probabilité soit faible à court terme.

    Mais regardons la réalité en face. Un gouvernement qui doit demander chaque semaine la permission de vivre à un groupe de 142 députés, qui devra arbitrer ses textes en fonction de ses lignes rouges, qui négociera la loi de finances sous sa menace : ce gouvernement associe déjà le Rassemblement national à l’exercice du pouvoir. Sans portefeuille, sans photo sur le perron, sans responsabilité. La meilleure position possible pour un parti qui vise 2027.

    C’est là toute l’ironie : en écartant le RN des postes, on lui offre l’influence sans le coût. Et si demain la crise budgétaire s’aggrave, l’idée d’un « gouvernement d’union nationale » élargi cessera d’être une provocation de blogueur pour devenir une option de sortie de crise. On en reparlera.

    Le paradoxe du gouvernement fantôme

    Onze jours après sa nomination, à l’heure où j’écris ces lignes, Michel Barnier n’a toujours pas de gouvernement. Les commentateurs y voient un signe de faiblesse. Je crois qu’ils se trompent d’analyse.

    Lisez bien. Le Premier ministre Barnier n’a pas besoin de se hâter de nommer de nouveaux ministres : il bénéficie de toute une équipe de ministres démissionnaires formés, opérationnels et en capacité de gérer toutes sortes d’affaires courantes ou pas, aussi longtemps qu’il faudra.

    Un gouvernement démissionnaire n’est pas un gouvernement mort. Il expédie les affaires courantes, signe les arrêtés, verse les prestations, paie les fonctionnaires, engage les crédits votés. La France a fonctionné cinquante et un jours ainsi, Jeux olympiques inclus, sans que le pays s’effondre. Cette découverte est politiquement dévastatrice : elle démontre qu’un gouvernement politique n’est pas indispensable au fonctionnement de l’appareil d’État.

    Le corollaire est cruel pour l’exécutif. Si l’administration tourne sans ministres, à quoi servent les ministres ? Question qu’on ne posait pas avant l’été. Elle est désormais dans toutes les têtes.

    Le casting, ou l’art de fabriquer des mines

    Chaque nom qui circule est un problème potentiel. On a vu resurgir, dès les premiers jours, le vote de Michel Barnier en 1981 contre l’abrogation des dispositions pénales discriminant les relations homosexuelles — un vote qu’il a lui-même qualifié d’erreur depuis, mais qui, dans une Assemblée où les droits LGBT sont un marqueur transpartisan, revient comme un boomerang à chaque prise de parole.

    On a aussi vu ressurgir la question, jamais tranchée, de la probité exigée des ministres. Le précédent est là : une ministre de la Culture mise en examen pour corruption est restée en fonction jusqu’à la démission du gouvernement Attal. Alors quand j’ai lu qu’une personnalité condamnée à une peine de prison avec sursis était présentée comme fréquentable, j’ai souri : à ce niveau d’exigence, effectivement, plus rien n’empêche personne d’entrer au gouvernement.

    Bref. Chaque nomination créera un mécontent de plus, dans un attelage qui n’a aucune marge pour se permettre des mécontents.

    Le mur budgétaire arrive, et il n’est pas négociable

    Le vrai piège n’est pas politique, il est comptable. Et le calendrier est implacable.

    Le projet de loi de finances pour 2025 doit être déposé au plus tard le premier mardi d’octobre. Le Parlement dispose ensuite de 70 jours pour l’examiner. Cela signifie que le gouvernement Barnier, avant même d’être complètement constitué, doit produire dans les quinze jours le document le plus explosif de la décennie.

    Les données de départ :

    • Déficit public 2023 : 5,5 % du PIB, soit environ 154 milliards d’euros, très au-delà de la cible affichée par Bercy.
    • Dette publique : plus de 3 100 milliards d’euros, autour de 110-112 % du PIB.
    • Une procédure pour déficit excessif ouverte contre la France par le Conseil de l’Union européenne en juillet 2024.
    • Une dégradation de la note souveraine par Standard & Poor’s fin mai 2024, de AA à AA-.
    • Une charge de la dette qui devient le deuxième poste de dépense de l’État et progresse mécaniquement avec la remontée des taux.

    Pour tenir une trajectoire crédible en 2025, il faut trouver plusieurs dizaines de milliards d’euros. Par des économies — donc en fâchant les fonctionnaires, les collectivités, les retraités, le secteur de la santé. Ou par des impôts — donc en fâchant les entreprises, les classes moyennes et la moitié du bloc central qui a fait campagne sur le contraire.

    Et il faut le faire sans majorité, avec un budget adoptable soit par miracle, soit par l’article 49.3, soit par ordonnances si le Parlement ne tranche pas dans les 70 jours. Chacune de ces options est une invitation à la censure.

    Sans déconner, il croit que le Barnier c’était la réponse à donner ? Ça va faire mal.

    Ce n’est pas de la mauvaise humeur. C’est une lecture de bilan comptable. Quand j’ai repris des entreprises en difficulté, j’ai appris une règle : on ne découvre jamais la mauvaise nouvelle le premier jour, on la découvre au troisième audit. Michel Barnier va découvrir une situation nettement plus dégradée que ce qu’on lui a présenté à l’Élysée. C’est toujours ainsi.

    Breton, ou le signal envoyé depuis Bruxelles

    Aujourd’hui même, 16 septembre, Thierry Breton annonce sa démission de la Commission européenne, avec une lettre acide adressée à Ursula von der Leyen, évoquant une gouvernance « douteuse ». Paris propose dans la foulée un autre nom pour le poste français.

    Breton prochain ministre de l’Économie du gouvernement Barnier…

    C’était dit avec un sourire. Mais l’hypothèse mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle éclaire deux choses.

    D’abord, l’état du rapport de force entre Paris et Bruxelles. Perdre un commissaire au portefeuille lourd — marché intérieur, industrie, numérique, avec le DSA et le DMA dans les mains — au moment précis où la France entre en procédure pour déficit excessif, ce n’est pas un détail protocolaire. C’est un affaiblissement net de l’influence française.

    Ensuite, l’état du vivier. Que le nom d’un ancien commissaire, ex-PDG d’Atos et de France Télécom, ancien ministre de l’Économie de Jacques Chirac, circule immédiatement pour Bercy dit tout du recyclage permanent du même personnel. On change les visages, on garde la mécanique. Même chose, mais différemment. Et ce n’est pas ce genre de rotation qui produira une politique nouvelle.

    La part humaine : un poste qu’on ne refuse pas

    Un mot sur la dimension personnelle, parce qu’elle compte plus qu’on ne le croit dans les décisions politiques. La rumeur parisienne veut que Michel Barnier ait hésité, longuement, avant d’accepter, et que son épouse l’ait convaincu de dire oui.

    Je ne sais pas si c’est exact et je m’en méfie comme de toute rumeur de couloir. Mais l’hypothèse est révélatrice de quelque chose de très réel : à 73 ans, après une carrière commencée au conseil général de la Savoie en 1973, on n’accepte pas Matignon pour redresser les comptes publics. On l’accepte pour le couronnement.

    Or un Premier ministre qui vit sa nomination comme un aboutissement personnel ne démissionnera pas. Il s’accrochera. Il acceptera des compromis qu’il aurait refusés dix ans plus tôt. Il subira la censure plutôt que de partir. Ce qui garantit que la chute, quand elle viendra, sera brutale et non négociée.

    Ce qu’il faut surveiller, concrètement

    Un pronostic sans critère de vérification, c’est de l’astrologie. Voici donc la grille de lecture que j’utilise, et que je vous propose d’utiliser pour vérifier — ou infirmer — mon analyse dans les semaines qui viennent.

    • Le spread OAT-Bund. L’écart entre les taux français et allemands à dix ans, qui s’est tendu vers 80 points de base après la dissolution. C’est le thermomètre le plus honnête du pays : les marchés ne votent pas, ils tarifent.
    • La date de dépôt du PLF 2025. Un dépôt tardif ou un budget « technique » sans mesures nouvelles signifierait que le gouvernement renonce d’emblée à gouverner.
    • Le recours au 49.3. Le premier usage marquera le passage en mode survie. Il déclenchera mécaniquement les motions de censure.
    • Les votes du Rassemblement national, texte par texte. Ce n’est pas la parole publique qui compte, ce sont les scrutins publics, consultables sur le site de l’Assemblée.
    • La position du Parti socialiste. Tant que le PS reste soudé au sein du NFP, l’addition des voix de censure est arithmétiquement gagnante.
    • Les revues des agences de notation. Un nouvel abaissement en cours d’examen budgétaire serait un accélérateur de crise.

    Notez enfin ce paramètre décisif : l’article 12 de la Constitution interdit une nouvelle dissolution avant l’expiration d’un délai d’un an, soit avant juillet 2025. Si le gouvernement tombe d’ici là, il n’y a pas de porte de sortie électorale. Il faudra nommer un autre Premier ministre dans la même Assemblée, avec la même arithmétique. C’est cela, l’impasse.

    Et si je me trompais ?

    Par honnêteté, examinons l’hypothèse inverse. Trois scénarios peuvent prolonger la vie de ce gouvernement.

    Le premier : le calcul froid du Rassemblement national. Faire tomber Barnier en octobre, c’est endosser une part du chaos et priver le parti de sa position d’arbitre confortable. Laisser pourrir jusqu’aux municipales de 2026, puis à la présidentielle, peut être stratégiquement plus rentable.

    Le deuxième : la fracture de la gauche. Si le Parti socialiste décide de ne pas voter la censure avec le RN, l’addition ne fonctionne plus. Cette hypothèse existe, mais elle coûterait très cher au PS auprès de son électorat.

    Le troisième : la peur du vide. Aucun député ne souhaite être comptable d’une crise financière. La lâcheté collective est un remarquable stabilisateur institutionnel.

    Je prends ces objections au sérieux. Elles peuvent décaler l’échéance de quelques mois. Elles ne changent pas la nature du problème : un gouvernement dont la survie repose sur le calcul tactique de son principal adversaire n’est pas un gouvernement, c’est un sursis. Et un sursis, par définition, ça expire.

    Ce que cette séquence raconte vraiment

    Au-delà de Michel Barnier, cette affaire signe l’épuisement d’un modèle. La Vᵉ République avait été taillée pour un exécutif fort adossé au fait majoritaire. Depuis juin 2022, le fait majoritaire n’existe plus. Depuis juillet 2024, il est même devenu inatteignable.

    Nos voisins vivent cela depuis des décennies : coalitions, contrats de gouvernement écrits, culture du compromis assumée. Nous n’avons rien de tout cela — ni la culture, ni les textes, ni le personnel politique formé à cet exercice. Nous avons à la place un président qui nomme un Premier ministre choisi pour ne pas déplaire à l’opposition qu’il dit combattre.

    Alors oui, je le maintiens : ce gouvernement est mort-né. Non par acharnement contre un homme dont la carrière européenne mérite le respect, mais parce que les conditions de sa naissance rendent sa survie impossible.

    La seule question qui reste ouverte est celle du calendrier. Budget d’automne ? Hiver ? Printemps 2025, quand la dissolution redeviendra juridiquement possible ? Et surtout : que fera-t-on après, avec la même Assemblée et une situation financière encore dégradée ?

    Gardez cet article. On le relira.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

  • Elon Musk : la chute d’une icône de la Tech
    Elon Musk : la chute d’une icône de la Tech
    L’été 2024 révèle le vrai visage d’Elon Musk à travers une série de polémiques et de comportements controversés. Entre conflits familiaux exposés publiquement et dérives sur les réseaux sociaux, l’icône de la tech perd progressivement son aura de visionnaire inspirant.

    Je l’ai longtemps observé avec une certaine fascination, comme beaucoup d’entre nous dans l’écosystème tech. Elon Musk incarnait cette figure du entrepreneur disruptif, celui qui repousse les limites et transforme des secteurs entiers. Mais l’été 2024 aura été celui de tous les dévoilements.

    Ne me parlez plus jamais d’Elon Musk en bien. Ne me le présentez jamais comme un leader de la Tech, ne me dites jamais qu’il est inspirant ou qu’il est un modèle pour les générations futures.

    Cette déclaration peut paraître brutale, mais elle reflète une réalité que beaucoup refusent encore de voir. L’homme le plus riche du monde révèle depuis plusieurs semaines un visage qui n’a plus rien d’inspirant.

    L’effondrement moral en temps réel

    Depuis juillet 2024, nous assistons à ce que je qualifie d’effondrement moral en temps réel sur X. Les semaines se succèdent et les dérapages s’accumulent. Musk utilise sa propre plateforme comme une tribune personnelle où se mélangent théories du complot, attaques personnelles et positions politiques de plus en plus radicales.

    Ce n’est plus le PDG visionnaire de Tesla ou de SpaceX qui s’exprime, mais un homme qui semble avoir perdu tout sens des responsabilités. Quand on possède une fortune estimée à plus de 200 milliards de dollars et une influence planétaire, chaque mot compte.

    Ses prises de position récentes sur des sujets géopolitiques sensibles, ses attaques contre des personnalités publiques et ses théories complotistes révèlent une dérive inquiétante. Comment peut-on encore considérer comme un modèle quelqu’un qui utilise son influence pour propager la division ?

    Quand la famille témoigne

    Le témoignage le plus accablant vient paradoxalement de sa propre famille. Sa fille Vivian Jenna Wilson, devenue majeure, a publiquement décrit son père comme une personne absente, narcissique et incapable d’empathie réelle.

    De toute évidence, Elon Musk est l’homme que sa propre fille décrit. Quand vos propres enfants vous dénoncent publiquement, il devient difficile de maintenir l’image du génie bienveillant.

    Les révélations de Vivian Wilson ne sont pas des attaques gratuites d’une adolescente rebelle. Elles dressent le portrait d’un père absent, obsédé par son image publique au détriment de ses relations familiales. Elle évoque un homme qui prétend défendre la liberté d’expression tout en tentant de contrôler et manipuler son entourage proche.

    Cette fracture familiale publique illustre parfaitement le décalage entre l’image soigneusement construite du visionnaire et la réalité d’un homme qui semble incapable de relations humaines authentiques.

    Les conséquences judiciaires s’accumulent

    Les dérives de Musk ne restent pas sans conséquences. Plusieurs procédures judiciaires se dessinent, notamment aux États-Unis et en Europe. Les experts juridiques estiment que certains dossiers pourraient représenter des enjeux financiers à huit chiffres en dollars.

    Ces procédures ne concernent pas seulement ses activités entrepreneuriales, mais aussi ses comportements sur les réseaux sociaux et ses prises de position publiques. Diffamation, manipulation de marché, non-respect des régulations européennes : les griefs s’accumulent.

    J’espère sincèrement voir des actions également aux États-Unis contre Musk. Il est temps que la justice rappelle que la fortune et l’influence ne placent personne au-dessus des lois.

    Le paradoxe est saisissant : l’homme qui prétend défendre la liberté d’expression se retrouve poursuivi pour ses excès de langage. Ses avocats vont devoir justifier des années de tweets problématiques et de déclarations controversées.

    L’illusion du génie self-made

    Il faut déconstruire le mythe. Musk n’est pas le génie self-made que beaucoup imaginent. Né dans une famille aisée d’Afrique du Sud, il a bénéficié d’un environnement privilégié et d’opportunités exceptionnelles.

    Ses succès entrepreneuriaux, bien réels, reposent largement sur des équipes d’ingénieurs brillants et des financements publics massifs. Tesla a survécu grâce aux crédits carbone et aux subventions gouvernementales. SpaceX prospère avec les contrats de la NASA.

    Je suis certain de faire mieux que lui si on me donne sa fortune, son réseau et ses opportunités de départ. Cette affirmation peut sembler présomptueuse, mais elle soulève une question fondamentale : que reste-t-il du mythe Musk une fois qu’on retire les privilèges de départ ?

    Son véritable talent réside dans la communication et le marketing personnel. Il a su vendre une image, créer une marque personnelle puissante. Mais cette stratégie montre aujourd’hui ses limites quand la réalité rattrape la fiction.

    Les leçons pour l’écosystème tech

    La chute de Musk doit nous interroger sur nos modèles dans l’industrie technologique. Pourquoi avons-nous été si nombreux à le vénérer ? Pourquoi avons-nous confondu réussite financière et exemplarité morale ?

    L’écosystème tech a une tendance problématique à idolâtrer ses figures les plus médiatiques. Nous créons des héros sans nous interroger sur leurs valeurs réelles ou leur impact social. Cette fascination pour les « disrupteurs » nous aveugle souvent sur leurs dérives.

    Les véritables leaders de la tech sont ceux qui innovent tout en respectant leurs équipes, leurs familles et la société. Ils ne cherchent pas la polémique permanente ni la provocation gratuite. Ils construisent durablement, sans sacrifier leur humanité sur l’autel de la notoriété.

    Il est temps de promouvoir d’autres modèles, plus discrets peut-être, mais infiniment plus respectables. Des entrepreneurs qui révolutionnent leurs secteurs sans révolutionner leur personnalité ou leurs valeurs fondamentales.

    Vers une réévaluation nécessaire

    L’été 2024 marque un point de non-retour dans la perception publique de Musk. Les révélations familiales, les dérives comportementales et les conséquences judiciaires dessinent le portrait d’un homme en perdition morale.

    Cette chute était-elle prévisible ? Rétrospectivement, les signes étaient là depuis longtemps. Les attaques contre les journalistes, les théories du complot, les manipulations de cours de bourse : tout pointait vers cette dérive.

    Nous avons collectivement fermé les yeux, éblouis par les succès de Tesla et SpaceX. Nous avons excusé l’inexcusable au nom de l’innovation. Cette complaisance a permis l’escalade que nous observons aujourd’hui.

    Il est temps de séparer l’œuvre de l’homme. Tesla et SpaceX continueront probablement leur développement, portées par des équipes compétentes. Mais Elon Musk, lui, ne peut plus prétendre incarner les valeurs positives de l’innovation technologique.

    Le retour sur terre s’impose. Pour lui comme pour nous tous qui avons cru au mythe. L’industrie tech mérite mieux que cette caricature de visionnaire. Elle mérite des leaders authentiques, respectueux et responsables.

    L’histoire retiendra peut-être Musk comme un entrepreneur influent de son époque. Mais elle retiendra surtout comment le pouvoir et la notoriété peuvent transformer un innovateur en démagogue. Une leçon que nous ne devons pas oublier.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Prometheus 🔥 / Unsplash

  • Venezuela, le pétrole maudit et la guerre de l’ombre
    Venezuela, le pétrole maudit et la guerre de l’ombre
    Le Venezuela traverse une crise politique majeure où s’affrontent les intérêts occidentaux et la souveraineté nationale. Au cœur de cette bataille : des réserves pétrolières colossales qui pourraient alimenter le pays pendant plus d’un millénaire.

    Ce matin, Caracas s’embrase. Les images qui nous parviennent montrent une capitale sous tension, des manifestations qui prennent de l’ampleur, et un pouvoir qui vacille. Mais derrière ces scènes de chaos apparent se cache une réalité bien plus complexe et troublante. Une réalité qui sent le pétrole à plein nez.

    Permettez-moi de vous raconter une histoire. Celle d’un pays qui possède tellement de pétrole qu’il pourrait continuer à en extraire pendant treize siècles. Oui, vous avez bien lu : 1300 ans de réserves au rythme actuel. Et celle des puissances occidentales qui regardent ce trésor avec des yeux de prédateurs affamés.

    L’or noir vénézuélien : une malédiction déguisée en bénédiction

    Les chiffres donnent le vertige. Le Venezuela détient les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde : environ 303 milliards de barils selon l’OPEP. Pour mettre cela en perspective, c’est plus que l’Arabie Saoudite, plus que l’Iran, plus que l’Irak. C’est un océan de pétrole qui dort sous les pieds des Vénézuéliens.

    Au rythme actuel de production et de consommation du pays, ces réserves représentent effectivement plus de 1300 ans d’autonomie énergétique. Un calcul simple mais vertigineux qui explique bien des convoitises.

    Mais voilà le paradoxe cruel : cette richesse fabuleuse est aussi la source de tous les maux du Venezuela. Le pays souffre de ce que les économistes appellent la « maladie hollandaise » – une dépendance excessive aux exportations de matières premières qui étouffe les autres secteurs de l’économie. Quand le pétrole représente 95% de vos exportations et 25% de votre PIB, vous êtes à la merci des fluctuations du marché mondial.

    Nicolás Maduro, héritier politique d’Hugo Chávez, comprend parfaitement cette équation. Il sait que son pays vit et meurt par le pétrole. Il sait aussi que cette richesse attire les vautours.

    Le scénario ukrainien : un modèle qui se répète ?

    Ce qui se passe aujourd’hui au Venezuela présente des similitudes troublantes avec ce qui s’est passé en Ukraine. Dans les deux cas, on retrouve les mêmes ingrédients :

    • Un pays stratégiquement important pour les ressources énergétiques
    • Un gouvernement qui refuse de s’aligner sur les intérêts occidentaux
    • Une opposition soutenue par Washington et ses alliés
    • Des manifestations « spontanées » qui éclatent au moment opportun

    L’Ukraine était le corridor énergétique entre la Russie et l’Europe. Le Venezuela est le coffre-fort pétrolier de l’Amérique latine. Dans les deux cas, contrôler ces pays signifie contrôler des flux énergétiques majeurs.

    Les méthodes sont rodées : financement de l’opposition, campagnes médiatiques massives, sanctions économiques pour affaiblir le gouvernement en place, puis le chaos orchestré dans les rues. On l’a vu à Kiev en 2014, on le voit à Caracas aujourd’hui.

    Les acteurs de l’ombre : qui tire vraiment les ficelles ?

    L’opposition vénézuélienne, menée par des figures comme Juan Guaidó hier et d’autres aujourd’hui, ne cache même plus ses liens avec Washington. Les rencontres avec des responsables américains sont publiques, les financements via des ONG sont documentés, le soutien politique est affiché.

    Mais pourquoi cet intérêt soudain des États-Unis pour la « démocratie » vénézuélienne ? La réponse tient en trois lettres : P-D-V. Petróleos de Venezuela S.A., la compagnie pétrolière nationale. Celle qui contrôle l’extraction et l’exportation de tout ce pétrole.

    Sous Chávez puis Maduro, PDVSA a été nationalisée et ses profits redistribués (avec plus ou moins de succès, certes) via des programmes sociaux. Les compagnies pétrolières américaines, qui dominaient le secteur avant Chávez, ont été largement exclues. Vous commencez à comprendre l’équation ?

    Les sanctions américaines contre le Venezuela ont un objectif clair : asphyxier l’économie pour provoquer un changement de régime. Elles interdisent aux entreprises américaines de commercer avec PDVSA, gèlent les avoirs vénézuéliens aux États-Unis, et tentent d’isoler le pays du système financier international.

    La résistance vénézuélienne : David contre Goliath

    Face à cette pression énorme, le Venezuela résiste. Comment ? D’abord en diversifiant ses partenaires commerciaux. La Chine, la Russie, l’Iran et la Turquie sont devenus des alliés économiques cruciaux. Le pétrole vénézuélien continue de couler, mais vers l’Est plutôt que vers l’Ouest.

    Ensuite, le pays développe des mécanismes de contournement des sanctions. Cryptomonnaies, troc, accords bilatéraux… La créativité est au rendez-vous pour survivre au blocus économique.

    Mais soyons honnêtes : la situation est difficile. L’hyperinflation a ravagé l’économie, des millions de Vénézuéliens ont émigré, les pénuries sont récurrentes. Les sanctions occidentales ont atteint leur objectif de faire souffrir la population, dans l’espoir qu’elle se retourne contre son gouvernement.

    L’enjeu géopolitique : bien plus que du pétrole

    Au-delà du pétrole, le Venezuela représente un enjeu symbolique majeur. C’est le dernier bastion du « socialisme du XXIe siècle » en Amérique latine, après la chute ou l’affaiblissement des gouvernements progressistes en Équateur, au Brésil, en Argentine.

    Pour Washington, reprendre le contrôle du Venezuela signifierait :

    • Retrouver l’accès aux gigantesques réserves pétrolières
    • Éliminer un allié de la Russie et de la Chine dans la région
    • Envoyer un message clair : l’Amérique latine reste la « chasse gardée » des États-Unis
    • Contrôler un point stratégique du commerce maritime caribéen

    Pour Moscou et Pékin, soutenir Caracas c’est maintenir un pied en Amérique latine et défier l’hégémonie américaine dans la région. C’est aussi sécuriser des approvisionnements pétroliers à long terme et des marchés pour leurs entreprises.

    Les leçons de l’Histoire : quand le pétrole dicte la politique

    L’histoire nous enseigne que les pays riches en pétrole qui osent défier l’ordre occidental subissent souvent le même sort. L’Irak de Saddam Hussein, la Libye de Kadhafi… La liste est longue et sanglante.

    Le schéma est toujours le même : diabolisation du dirigeant, accusations (vraies ou fausses) de violations des droits de l’homme, sanctions économiques, puis intervention directe ou indirecte pour un « changement de régime ». Curieusement, les dictatures alliées de l’Occident ne subissent jamais le même traitement…

    Le Venezuela de Maduro n’est certainement pas un paradis démocratique. Les critiques sur la gestion économique, la corruption, les restrictions des libertés sont en partie fondées. Mais est-ce vraiment cela qui motive l’acharnement occidental ? Ou est-ce plutôt ces 303 milliards de barils qui dorment sous terre ?

    Que nous réserve l’avenir ?

    Alors que j’écris ces lignes, la situation à Caracas reste explosive. Les prochains jours seront cruciaux. Plusieurs scénarios sont possibles :

    Le gouvernement Maduro pourrait tenir bon, comme il l’a fait lors des précédentes tentatives de déstabilisation. L’armée reste pour l’instant loyale, et une partie significative de la population, notamment dans les quartiers populaires, continue de soutenir le chavisme.

    L’opposition pourrait réussir à mobiliser suffisamment pour paralyser le pays et forcer des négociations. Mais sans le soutien de l’armée, un changement de régime par la force semble peu probable.

    Le plus probable ? Une longue guerre d’usure, où les sanctions occidentales continueront d’affaiblir l’économie vénézuélienne, dans l’espoir d’une implosion du régime. Pendant ce temps, la population continuera de souffrir, prise en otage entre des intérêts géopolitiques qui la dépassent.

    Une chose est sûre : tant que le Venezuela aura du pétrole, il restera dans le viseur des grandes puissances. Ces 1300 ans de réserves sont à la fois sa plus grande richesse et sa plus terrible malédiction. Le pétrole qui devrait assurer la prospérité du pays est devenu l’enjeu d’une bataille géopolitique sans merci.

    La question qui me taraude, et qui devrait vous tarauder aussi : combien de temps encore accepterons-nous que des peuples entiers soient sacrifiés sur l’autel des intérêts pétroliers ? Combien de Venezuela, d’Irak, de Libye faudra-t-il pour que nous disions stop ?

    Le drame vénézuélien n’est pas seulement celui d’un pays. C’est le miroir de notre monde, où la soif d’énergie fossile continue de dicter la politique internationale, au mépris des peuples et de leur souveraineté. Jusqu’à quand ?

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Jorge Brito / Unsplash

  • La France, ce pays ‘très spécial’ que nos élites voudraient voir à genoux
    La France, ce pays ‘très spécial’ que nos élites voudraient voir à genoux
    Face aux discours catastrophistes sur le déclin français, l’auteur analyse pourquoi la France reste un pays stratégique dans l’échiquier mondial. Entre manipulation des élites et résilience populaire, il décrypte les enjeux cachés derrière le pessimisme ambiant et met en garde contre les fausses solutions politiques.

    Ceux qui nous expliquent que la France seule est perdue sont des menteurs honteux. Je le dis, je le répète, et je le maintiens. Depuis quarante ans que j’observe la vie politique française, j’ai rarement vu une telle convergence de discours défaitistes, une telle orchestration du désespoir. Mais derrière cette symphonie du déclin, se cache une réalité bien différente.

    La France, ce pays ‘très spécial dans le dispositif’

    Pour ceux qui n’ont pas encore compris, la France est un pays très spécial dans le dispositif mondial. Ce n’est pas une formule creuse, c’est une réalité géopolitique que nos dirigeants semblent avoir oubliée, ou pire, qu’ils cherchent délibérément à masquer.

    Regardez la carte. La France, c’est :

    • Le seul pays européen présent sur tous les océans
    • La deuxième zone économique exclusive maritime au monde
    • Une puissance nucléaire indépendante
    • Un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU

    Prenez la Nouvelle-Calédonie, par exemple. Nouméa est à 16 700 km de Paris. Vous réalisez ? C’est presque la moitié de la circonférence de la Terre. Et pourtant, c’est la France. Cette présence mondiale n’est pas un vestige colonial poussiéreux, c’est un atout stratégique majeur dans le monde multipolaire qui se dessine.

    Mais voilà, on préfère nous faire croire que nous sommes finis, dépassés, has-been. Pourquoi ? Parce qu’un pays qui doute de lui-même est plus facile à manipuler.

    Le grand mensonge de l’intégration ‘impossible’

    Un autre refrain qu’on nous serine : la France ne saurait plus intégrer, assimiler. Foutaises ! La France a toujours su intégrer et assimiler, souvent durement, les Italiens, Polonais, Portugais mais aussi tous les Maghrébins. Mon père, mineur de fond, en est la preuve vivante.

    Le vrai problème n’est pas la capacité d’intégration de la France. Le vrai problème, c’est qu’on a cessé d’exiger l’intégration. On a remplacé l’assimilation républicaine par le communautarisme mou. On a troqué l’exigence contre la complaisance.

    Regardez Jean Messiha. La vérité, c’est qu’il a poussé trop loin l’assimilation. Il est devenu tellement français que tout déborde par les extrémités. Ses tweets sont des trésors de la langue française : « coprolithes », « nidoreux », « petit babilan », « à cuculle ». Qui d’autre utilise encore ce vocabulaire ?

    L’intégration fonctionne quand on y croit et qu’on l’exige. Elle échoue quand on baisse les bras et qu’on accepte le repli communautaire.

    Les faux sauveurs et les vraies impasses

    Face à ce marasme organisé, que nous propose-t-on ? Des sauveurs providentiels qui promettent monts et merveilles. Permettez-moi d’être clair : c’est du flan.

    Jordan Bardella et le RN ? Il n’y a pas pire moment que maintenant pour diriger la France. Les conditions ne sont absolument pas réunies pour qu’une équipe RN, même coalisée, puisse obtenir le moindre résultat. Le gouvernement Bardella ne pourra absolument pas mettre en place la moindre mesure décisive pour améliorer de façon sensible la vie des Français.

    Pourquoi ? Parce que :

    • Les contraintes européennes sont verrouillées
    • La dette publique limite toute marge de manœuvre
    • L’appareil d’État est hostile
    • Les marchés financiers sanctionneraient immédiatement

    Les Français de droite dure qui vont voter pour ces petits caniches du RN vont se faire enfumer comme rarement. C’est cruel à dire, mais c’est la réalité.

    Quant à Éric Zemmour, c’est désormais à lui de prendre ses responsabilités. Abandonner Reconquête à Marion Maréchal et partir en vacances loin et longtemps pour sauver la France, ou sauver sa place de président et survivre avec 5% ad vitam aeternam ?

    Le courage politique, denrée rare

    Dans ce paysage désolé, quelques figures émergent. Ça fait 40 ans que j’observe la vie politique française et je crois que je n’ai pas vu un député plus courageux qu’Aurélien Guiraud, parce que là, il joue sa vie. Quand on dénonce vraiment le système, on prend des risques réels.

    François Fillon aussi. C’était le meilleur candidat pour diriger la France. On l’a descendu en flammes. Pourquoi ? Parce qu’il voulait vraiment réformer, vraiment changer les choses. Le système ne pardonne pas à ceux qui menacent ses privilèges.

    Bruno Le Maire, lui, déclare avoir « sauvé la France ». On croit rêver. Sauvé de quoi ? Pour aller où ? La qualité française, c’est désormais en dessous de la qualité chinoise, si je comprends bien l’affaire Jean Paul Gaultier.

    Le peuple français, dernier rempart

    Alors, tout est foutu ? Non. Bien sûr que non. C’est le peuple qui peut déterminer le destin de la France, évidemment pas ses représentants.

    « Français libres, égaux et fraternels, levez-vous. » Ce n’est pas un slogan creux. C’est un appel à la conscience collective. La France n’est pas une porcherie ! Nous avons encore les moyens de notre destin.

    Mais il faut arrêter de croire aux sauveurs. Il faut arrêter d’attendre le messie politique. Il faut comprendre que :

    • Le changement viendra de la base, pas du sommet
    • La reconquête sera culturelle avant d’être politique
    • La France a les atouts pour rebondir
    • Notre modèle social peut être sauvé s’il est réformé

    La France de demain : entre déclin organisé et sursaut salvateur

    Nous sommes à la croisée des chemins. D’un côté, les forces du déclin organisé, celles qui ont intérêt à voir la France affaiblie, docile, alignée. De l’autre, l’énergie vitale d’un peuple qui refuse de mourir.

    La France reste ce pays spécial dans le dispositif. Avec ses contradictions, ses forces, ses faiblesses. Avec ses « droitardés » et ses gauchistes, ses intégrés et ses communautaristes, ses élites déconnectées et son peuple resilient.

    Le foot, c’est la vie. « Ici c’est Paris ». Ces slogans populaires disent quelque chose de profond : la France vit encore, vibre encore, espère encore. Ne laissons pas les marchands de désespoir nous voler cette énergie.

    La question n’est pas de savoir si la France peut se relever. La question est de savoir si nous, Français, accepterons de nous relever. Ou si nous préférerons le confort morbide du déclin consenti.

    Moi, j’ai fait mon choix. Et vous ?

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Michael McKay / Unsplash

  • Macron, sa Calédonie et ses JO
    Macron, sa Calédonie et ses JO
    Emmanuel Macron a passé dix-sept heures à Nouméa pour éteindre un incendie qui brûle depuis quarante ans. Entre une Calédonie à feu et à sang, des Jeux olympiques transformés en opération de sécurité militarisée et un discours de la Sorbonne où la « Nation européenne » remplace la France, le printemps 2024 révèle un président dont l’horizon n’est plus celui de son pays. Voici pourquoi je pense que ni la Calédonie, ni le 9 juin ne changeront quoi que ce soit.

    Avant-hier matin, heure de Nouméa, l’avion présidentiel atterrit à La Tontouta. Dix-sept heures sur place, une réunion avec les élus loyalistes et indépendantistes, une photo devant les carcasses calcinées de Nouméa, une annonce — la réforme constitutionnelle « ne sera pas passée en force » — et retour à Paris.

    Dix-sept heures. Pour un territoire où sept personnes sont mortes en dix jours, dont deux gendarmes. Où l’aéroport international est fermé aux vols commerciaux. Où le patronat local chiffre déjà les dégâts à plus d’un milliard d’euros, soit près d’un cinquième du PIB de l’archipel.

    Je l’ai écrit avant son départ, et je le maintiens.

    J’estime que Président Macron ne parviendra probablement pas à rétablir la paix civile en Calédonie, la probabilité pour que ça se produise est inférieure à 23 % de chance. Une période calme pourrait être observée quelques jours mais dès qu’il aura le dos tourné…

    Ce n’est pas du pessimisme de salon. C’est une lecture froide de ce qui se joue là-bas, et de ce que ce président est — ou n’est plus — capable de faire.

    Calédonie : trente-six ans de patience détruits en trois semaines

    Reprenons, parce que la plupart des commentateurs découvrent la Nouvelle-Calédonie comme on découvre un pays étranger. En 1988, après l’assaut de la grotte d’Ouvéa et une quasi-guerre civile, Michel Rocard arrache les accords de Matignon. Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur se serrent la main. Tjibaou sera assassiné par les siens l’année suivante pour ce geste.

    En 1998, l’accord de Nouméa institue un compromis d’une intelligence rare : transferts progressifs de compétences, citoyenneté calédonienne, « destin commun », et surtout un corps électoral restreint pour les scrutins locaux. Gelé définitivement en 2007. En clair : arrivé après 1998, vous ne votez pas aux provinciales. C’est une entorse assumée à l’égalité républicaine, contrepartie d’une décolonisation négociée.

    Trois référendums d’autodétermination plus tard — 56,7 % de non en 2018, 53,3 % en 2020, puis 96,3 % en 2021 avec un boycott indépendantiste massif et 56 % d’abstention — le processus de Nouméa est juridiquement épuisé. Il fallait inventer la suite.

    La suite choisie par Paris ? Un projet de loi constitutionnelle dégelant le corps électoral, adopté par le Sénat en avril, puis par l’Assemblée nationale dans la nuit du 14 au 15 mai. Environ 25 000 électeurs supplémentaires, soit près de 15 % du corps électoral. Pour les indépendantistes, une dilution mécanique et définitive du vote kanak. Le lendemain, l’archipel s’embrasait.

    Ce que dix-sept heures ne peuvent pas régler

    Ma question est simple et je la repose : quel problème concret des Kanaks Emmanuel Macron a-t-il réglé sur place ?

    Le prix du panier alimentaire, 70 % plus cher qu’en métropole ? L’effondrement de la filière nickel, avec des usines à l’arrêt et un modèle économique subventionné qui ne tient plus face à l’Indonésie ? Le chômage des jeunes de la province Nord et des Îles ? Les inégalités patrimoniales entre le Grand Nouméa et le reste du territoire ?

    Rien de tout cela n’est dans les annonces. Ce qui est dans les annonces, c’est un report — la réforme n’est pas retirée, elle est suspendue jusqu’à fin juin — et un appel au dialogue avec des interlocuteurs qui, pour partie, ne se reconnaissent plus dans le FLNKS historique. La CCAT, cette structure née en novembre 2023, est portée par une génération née après l’accord de Nouméa. Elle n’a pas signé les accords. Elle ne se sent tenue par aucune promesse de 1988.

    C’est là que le calcul devient implacable. On ne rétablit pas une paix civile avec 3 000 gendarmes et une visite éclair quand la question posée est celle de la souveraineté et du partage des richesses. J’avais écrit que pour que la Calédonie française reste française, il faudrait que le président s’installe sur place aussi longtemps qu’il le faudrait. Personne ne l’a fait. Personne ne le fera.

    « La Nation européenne » : le glissement de l’horizon

    Pourquoi ce désengagement ? Parce que le cadre mental du président n’est plus national. Le 25 avril, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, il prononce un discours de près de deux heures dont la phrase qui restera est : « notre Europe peut mourir ». Sept ans après son premier discours au même endroit, il réclame un changement de « paradigme » — préférence européenne, défense commune, doublement du budget de l’Union, europe « puissance ».

    On peut trouver l’analyse pertinente. Je la trouve d’ailleurs partiellement juste sur le fond : l’Europe est effectivement en train de décrocher économiquement et technologiquement. Mais lisez le texte et cherchez la France. Elle y est comme un moyen, jamais comme une fin.

    Président Macron n’en a plus rien à foutre de la France, c’est la nouvelle génération, ce qui compte c’est la Nation européenne désormais pour lui. Les deux générations après lui c’est encore pire, ils sont au-delà du concept de nationalité.

    Le contraste est saisissant quand on regarde ses partenaires. En janvier, il était l’invité d’honneur de la fête de la République indienne à Jaipur, aux côtés de Narendra Modi — qu’il avait reçu comme invité d’honneur du 14 Juillet six mois plus tôt. Pendant que Modi mène sa campagne électorale sur un nationalisme hindou assumé, sans le moindre complexe, notre président explique que le salut passe par la dilution des souverainetés.

    Même dissonance sur l’immigration. Rishi Sunak fait adopter en avril sa loi sur le Rwanda, dit crûment ce qu’il veut faire des déboutés du droit d’asile, et l’Union européenne adopte au même moment son Pacte asile et migration — procédures accélérées aux frontières, mécanisme de « solidarité obligatoire », centres de tri. Sunak dit tout haut ce qu’Attal et Macron pensent tout bas, et ce que Bruxelles écrit en petits caractères. La différence n’est pas de nature, elle est de franchise.

    Des dossiers de guerre confiés à des débutants

    Il y a un deuxième problème, plus grave que l’idéologie : la compétence.

    Les gamins autour de Président Macron, et Macron lui-même, n’ont pas les compétences requises pour gérer de tels dossiers. On avait prévenu.

    Regardez l’attelage. Un Premier ministre de 35 ans, le plus jeune de l’histoire de la République. Un ministre des Affaires étrangères de 38 ans, ancien conseiller en communication devenu patron d’un parti avant de devenir chef de la diplomatie française. Un cabinet présidentiel où l’on gère la Calédonie comme un dossier interministériel de plus, entre deux séquences de communication.

    Le résultat le plus spectaculaire de cette impréparation, c’est l’Ukraine. Depuis février, le président laisse entendre que l’envoi de troupes au sol « ne doit pas être exclu », puis précise début mai qu’il l’envisagerait si le front russe percait et si Kiev le demandait. On peut débattre de l’intérêt stratégique de l’ambiguïté. On peut aussi constater que l’armée française aligne aujourd’hui de l’ordre de 200 000 militaires d’active, avec des stocks de munitions calibrés pour des opérations expéditionnaires, pas pour une guerre d’attrition de haute intensité contre une puissance nucléaire.

    Alors disons-le sans détour : si ce président déploie des militaires français en Ukraine contre la Russie, nous serons vraiment dans un très mauvais scénario. Et ce ne sont pas les commentateurs bruxellois qui expliquent que « la voix de la France porte et est respectée » qui iront sur place.

    Choose France, JO 2024 : le président-influenceur

    Ce qui fonctionne, en revanche, c’est la machine de communication. Et je le dis sans ironie complète : c’est probablement le meilleur influenceur que la Ve République ait produit. Photos de boxe en noir et blanc, mise en scène permanente, occupation totale de l’espace numérique, discours-fleuves à l’architecture soignée.

    Le 13 mai, septième édition de Choose France à Versailles : 15 milliards d’euros d’investissements étrangers annoncés, 56 projets, un record. La France est présentée pour la cinquième année consécutive comme le pays le plus attractif d’Europe pour les investissements étrangers. Et là, je veux être honnête, y compris contre mon propre camp critique.

    Moi je veux savoir ce que Marine Le Pen compte faire à la place de Président Macron avec des trucs comme #chooseFrance car rien n’indique qu’elle ne ferait pas pire.

    Poser la question, c’est déjà reconnaître qu’il y a quelque chose à préserver. Les annonces de Versailles ne sont pas des créations d’emplois vérifiées — ce sont des intentions, souvent recyclées d’une année sur l’autre, et l’écart entre annonce et réalisation reste la grande zone d’ombre de l’exercice. Mais un pays qui capte des capitaux vaut mieux qu’un pays qui les fait fuir. Ceux qui veulent gouverner devront dire ce qu’ils mettent à la place, précisément, chiffres en main. Pour l’instant, silence.

    Les JO, ou la France transformée en camp retranché

    L’autre grande opération de communication s’ouvre le 26 juillet. Et je persiste : on n’en veut pas de ces JO-là, que ce soit clair.

    Non par détestation du sport, mais parce que l’objet a changé de nature. Une cérémonie d’ouverture sur la Seine dont la jauge est passée de 600 000 à environ 300 000 spectateurs, avec un « plan B » évoqué par le président lui-même à la mi-avril — repli sur le Trocadéro ou le Stade de France en cas de menace. Environ 45 000 policiers et gendarmes mobilisés le jour de l’ouverture, 18 000 militaires sur l’ensemble des Jeux, des renforts de polices étrangères, des périmètres à QR code pour circuler chez soi.

    Côté finances, le comité d’organisation affiche un budget d’environ 4,4 milliards d’euros majoritairement privé, auquel s’ajoutent les 4,4 milliards de la Solideo pour les ouvrages, la sécurité publique, les transports, les hôpitaux. La Cour des comptes rappelle depuis des mois que la facture publique sera nettement supérieure aux estimations initiales. Et pendant les Jeux, il faudra effectivement mettre les bouchées doubles sur la sécurité, parce que le pays entier sera une cible pendant trois semaines.

    Un pays qui doit militariser sa capitale pour organiser une fête, ce n’est pas un pays qui rayonne. C’est un pays qui se protège.

    Le 9 juin ne changera rien, et il le sait

    Dans quinze jours, les Français votent pour le Parlement européen. Les sondages donnent la liste du Rassemblement national autour de 31 à 33 %, celle de la majorité entre 15 et 17 %, avec un Parti socialiste redevenu compétitif. Le Premier ministre est monté lui-même sur le ring face à Jordan Bardella jeudi soir, ce qui est en soi un aveu de faiblesse : on n’envoie pas le chef du gouvernement débattre avec une tête de liste quand on est confiant.

    Mais soyons lucides sur les conséquences. Le président n’a strictement rien à faire du résultat du 9 juin, et rien ne changera ensuite. Une élection européenne à la proportionnelle, sans enjeu de pouvoir exécutif national, avec une abstention qui dépassera probablement les 50 % : c’est un sondage grandeur nature, pas un transfert de souveraineté. Il n’y aura ni dissolution, ni changement de cap, ni inflexion sur la Calédonie, l’Ukraine ou l’Europe.

    Ce qui se joue est ailleurs : dans la fabrication d’un rapport de force pour 2027, et dans la lente dévitalisation du sentiment national chez les générations qui viennent. C’est le pari implicite de ce président. Il perdra peut-être les élections intermédiaires, mais il aura installé un cadre — européen, post-national, technocratique — que ses successeurs auront le plus grand mal à défaire.

    Ce qu’il faut surveiller dans les prochaines semaines

    • Fin juin en Calédonie : si aucun accord global n’émerge, la réforme constitutionnelle revient sur la table. Ce serait le scénario du rallumage immédiat.
    • Le nickel : sans plan de sauvetage crédible de la filière, aucun accord politique ne tiendra. L’économie de l’archipel est le vrai dossier, personne n’en parle.
    • La réouverture de La Tontouta aux vols commerciaux : c’est l’indicateur le plus fiable du retour au calme réel, bien plus que les communiqués officiels.
    • La séquence olympique : le moindre incident majeur entre le 26 juillet et le 11 août aura des conséquences politiques hors de proportion.
    • Le discours d’après-9 juin : écoutez bien s’il parle de la France ou de l’Europe. Vous saurez où nous en sommes.

    Reste une question que je pose sincèrement, sans posture. Ce président a construit sa carrière sur l’idée que la nation était un cadre dépassé et que l’histoire allait dans son sens. Trois référendums en Calédonie, la guerre en Ukraine, le repli protectionniste américain et l’affirmation décomplexée de l’Inde ou de la Turquie disent exactement le contraire.

    Que fait-on d’un chef d’État dont la grille de lecture est démentie par les faits, mais qui dispose encore de trois ans de pouvoir plein ? Bref. On attend, et on regarde brûler.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

  • Face au délire ambiant : chronique d’un monde qui perd la tête
    Face au délire ambiant : chronique d’un monde qui perd la tête
    Entre janvier et avril 2024, le monde semble avoir basculé dans une spirale d’absurdités et de tensions extrêmes. De la Cour internationale de justice aux agriculteurs en colère, des déclarations politiques délirantes aux bruits de guerre, je décrypte ce chaos ambiant avec la distance critique nécessaire.

    Depuis le début de cette année 2024, j’ai l’impression de vivre dans un film dystopique mal écrit. Chaque jour apporte son lot de nouvelles plus aberrantes les unes que les autres. Entre les gesticulations politiques, les tensions internationales qui s’exacerbent et les décisions qui défient le bon sens, on se demande vraiment où va le monde. Permettez-moi de partager avec vous ma lecture de cette période troublée.

    La poudrière internationale : quand la justice devient théâtre

    Le 11 janvier 2024 restera gravé dans ma mémoire. Ce jour-là, la Cour internationale de justice devait se pencher sur l’affaire opposant l’Afrique du Sud à Israël concernant Gaza. J’ai suivi les débats en direct, et ce que j’ai vu m’a profondément marqué. D’un côté, des juristes sud-africains invoquant la Convention sur le génocide, de l’autre, la défense israélienne rejetant en bloc toutes les accusations.

    Ce qui m’a frappé, c’est le décalage entre la gravité des enjeux et le cirque médiatique qui s’est organisé autour. Les réseaux sociaux se sont enflammés, chacun campant sur ses positions idéologiques. Pendant ce temps, sur le terrain, des civils continuaient de mourir. La justice internationale, censée être un rempart contre la barbarie, ressemblait davantage à un théâtre où chacun joue son rôle sans que rien ne change vraiment.

    L’affaire a révélé quelque chose de plus profond : l’impuissance des institutions internationales face aux crises majeures. La CIJ peut bien rendre des ordonnances, qui les fait respecter ? Cette question lancinante me hante depuis. Nous avons créé des structures censées garantir la paix et la justice, mais elles semblent désormais n’être que des façades derrière lesquelles se cachent les mêmes rapports de force brutaux qu’autrefois.

    Le poids de l’histoire et l’aveuglement du présent

    Ce qui me désole particulièrement, c’est de voir comment l’histoire se répète sous nos yeux sans que personne ne semble capable de l’arrêter. L’Afrique du Sud, forte de son expérience de l’apartheid, pensait pouvoir faire entendre raison. Mais dans ce monde où la raison a cédé la place à l’émotion et à la propagande, même les leçons du passé semblent inaudibles.

    Les réactions politiques françaises à cette affaire ont été révélatrices. Entre ceux qui criaient au scandale et ceux qui applaudissaient, j’ai cherché en vain une voix mesurée, capable d’analyser la situation sans tomber dans le manichéisme. Cette polarisation extrême de l’opinion publique est symptomatique de notre époque : on ne débat plus, on s’invective.

    La France en ébullition : agriculteurs, politiques et délires collectifs

    Fin janvier, c’est le monde agricole français qui s’est embrasé. Les tracteurs ont envahi les routes, bloquant les axes stratégiques. J’ai passé des heures à discuter avec des agriculteurs sur les barrages. Leur colère était palpable, légitime même. Écrasés entre des normes européennes kafkaïennes et une concurrence déloyale, ils voyaient leur métier mourir à petit feu.

    Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est la récupération politique immédiate de leur mouvement. Chaque parti y est allé de sa petite phrase, de sa solution miracle. Marine Le Pen promettait de « sauver l’agriculture française », Gabriel Attal multipliait les annonces, et pendant ce temps, les vrais problèmes restaient entiers. Cette instrumentalisation systématique de la détresse populaire me répugne profondément.

    Le gouvernement a fini par lâcher quelques miettes : suspension de certaines normes, promesses de simplification administrative. Mais fondamentalement, rien n’a changé. Les agriculteurs sont rentrés chez eux, épuisés, avec le sentiment amer d’avoir été une fois de plus bernés. Et dans six mois, un an, ils seront de nouveau sur les routes, parce que les causes profondes de leur mal-être n’auront pas été traitées.

    Le cirque médiatique et politique

    Durant cette période, j’ai été particulièrement attentif aux déclarations de nos « élites » politiques. François Hollande, dans un élan de créativité, nous a gratifiés d’analyses dont l’absurdité n’avait d’égale que sa prétention. D’autres ont suivi, chacun essayant de surenchérir dans la démagogie et la simplicité.

    Ce qui me frappe, c’est cette déconnexion totale entre la classe politique et la réalité du terrain. Ils vivent dans leur bulle parisienne, entre deux plateaux télé et trois déjeuners au Fouquet’s, et prétendent comprendre les problèmes du pays. Cette imposture permanente finira mal, très mal même.

    Les bruits de bottes : vers un embrasement généralisé ?

    Février et mars ont vu monter crescendo les tensions internationales. L’Ukraine, toujours. Mais aussi des bruits de guerre nouveaux, des alliances qui se reconfigurent, des menaces à peine voilées. J’observe tout cela avec une inquiétude grandissante. Nous sommes en train de rejouer les années 1930, avec les mêmes erreurs, les mêmes aveuglements.

    Le plus inquiétant, c’est l’enthousiasme belliqueux de certains. Des intellectuels, des politiques, des éditorialistes appellent ouvertement à « montrer nos muscles », à « ne pas céder ». Mais céder à quoi ? Montrer nos muscles à qui ? Ces va-t-en-guerre de salon n’ont visiblement aucune idée de ce qu’est vraiment une guerre. Ils jouent avec le feu, inconscients des conséquences potentiellement apocalyptiques de leurs rodomontades.

    La question de la conscription est revenue sur le tapis. Certains parlent déjà de mobilisation, de préparation au combat. Je regarde la jeunesse française et je me demande : sont-ils prêts à mourir pour des causes qu’ils ne comprennent même pas ? Cette génération élevée dans le confort relatif de la paix européenne se retrouve soudain face à la perspective d’un conflit majeur. Le réveil risque d’être brutal.

    L’Europe, colosse aux pieds d’argile

    Dans ce contexte tendu, l’Union européenne révèle sa fragilité structurelle. Incapable de parler d’une seule voix, divisée sur tous les sujets majeurs, elle ressemble de plus en plus à un navire sans capitaine dans la tempête. Les institutions bruxelloises continuent de produire des normes et des règlements, comme si de rien n’était, pendant que le monde brûle autour d’elles.

    Cette impuissance européenne me désole d’autant plus que l’idée européenne reste, à mes yeux, porteuse d’espoir. Mais entre l’idée et sa réalisation, il y a un gouffre que nos technocrates semblent incapables de combler. Résultat : les peuples se détournent, les nationalismes resurgissent, et le projet européen se délite sous nos yeux.

    L’absurdité au quotidien : chronique d’un délitement

    Au-delà des grandes questions géopolitiques, c’est dans le quotidien que l’absurdité de notre époque se révèle le plus crûment. Les polémiques stériles se succèdent à un rythme effréné. Un jour c’est la tour Eiffel qui rouille (et là, j’ai découvert avec stupéfaction l’ampleur du problème), le lendemain c’est une nouvelle affaire de mœurs impliquant tel ou tel politique.

    Cette accumulation de micro-scandales crée un bruit de fond permanent qui empêche toute réflexion sérieuse. Nous sommes bombardés d’informations contradictoires, de fake news, de manipulations en tout genre. Le citoyen lambda ne sait plus à quel saint se vouer, oscillant entre colère et résignation.

    J’ai particulièrement été frappé par certaines décisions gouvernementales totalement déconnectées de la réalité. Des ministres qui annoncent des mesures inapplicables, des lois votées dans l’urgence et aussitôt contournées, des promesses jamais tenues… Cette gouvernance par l’absurde finit par saper les fondements mêmes de notre démocratie.

    Les réseaux sociaux, amplificateurs de folie

    Dans ce chaos ambiant, les réseaux sociaux jouent un rôle d’amplificateur terrifiant. Chaque événement, même le plus anodin, devient prétexte à hystérie collective. Les algorithmes, programmés pour maximiser l’engagement, privilégient systématiquement le sensationnel, le clivant, l’outrancier.

    Je passe beaucoup de temps sur Twitter, et ce que j’y vois me consterne souvent. Des hordes d’internautes s’invectivent sur des sujets qu’ils ne maîtrisent pas, répétant des éléments de langage glanés ici ou là. Le débat démocratique a cédé la place au pugilat numérique, où celui qui crie le plus fort a raison.

    Que faire face à ce délire ambiant ?

    Face à ce tableau peu reluisant, la tentation du découragement est forte. Pourtant, je refuse de céder au nihilisme ambiant. Si le monde semble devenir fou, raison de plus pour garder la tête froide et continuer à analyser, décrypter, comprendre.

    Il me semble urgent de retrouver une forme de rationalité dans le débat public. Cela passe par une éducation renforcée à l’esprit critique, par une régulation plus stricte des réseaux sociaux, par une responsabilisation des médias et des politiques. Mais surtout, cela nécessite que chacun d’entre nous fasse l’effort de s’informer sérieusement, de vérifier ses sources, de ne pas céder aux sirènes du sensationnalisme.

    Je crois aussi qu’il faut renouer avec l’action locale, concrète. Face aux grands délires mondiaux, c’est dans la proximité que peuvent naître les solutions. Les agriculteurs l’ont compris, qui s’organisent en circuits courts. Les citoyens aussi, qui multiplient les initiatives solidaires. C’est peut-être là, dans ce retour au réel, au tangible, que se trouve une partie de la réponse.

    L’urgence d’une refondation

    Plus fondamentalement, c’est tout notre système qu’il faudrait repenser. Nos institutions sont à bout de souffle, nos élites décrédibilisées, nos modèles économiques et sociaux obsolètes. Nous avons besoin d’une refondation profonde, qui ne viendra pas d’en haut mais devra émerger de la base.

    Cette refondation passera nécessairement par des moments difficiles. Les crises actuelles ne sont que les prémices de bouleversements plus profonds. Mais c’est aussi dans ces moments de chaos que peuvent naître les innovations les plus fécondes. À condition de ne pas céder à la panique et de garder le cap de la raison.

    En attendant, je continue d’observer, d’analyser, de témoigner. C’est ma modeste contribution à la compréhension de cette époque troublée. Et si mes interrogations répétées (« C’est quoi ces conneries ? ») peuvent sembler triviales, elles expriment en réalité une exigence : celle de ne pas accepter l’inacceptable, de ne pas normaliser l’absurde.

    Car c’est bien de cela qu’il s’agit : dans un monde qui perd la boule, le simple fait de continuer à s’indigner, à questionner, à refuser la résignation, est déjà une forme de résistance. Modeste, certes, mais nécessaire. Car si nous cessons de nous étonner de l’absurdité ambiante, alors nous aurons définitivement perdu.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Jr Korpa / Unsplash

  • BRICS, le nouveau centre de gravité du monde qui se dessine sous nos yeux
    BRICS, le nouveau centre de gravité du monde qui se dessine sous nos yeux
    L’expansion rapide des BRICS et l’afflux de candidatures dessinent un nouvel ordre mondial où les puissances occidentales traditionnelles risquent de se retrouver marginalisées. Cette transformation géopolitique majeure pourrait redéfinir les équilibres économiques planétaires dans les 15 prochaines années.

    Je regarde avec fascination cette carte du monde qui circule depuis quelques jours. Vous savez, celle qui montre en couleur tous les pays qui ont rejoint ou veulent rejoindre les BRICS. C’est vertigineux. L’Amérique du Sud, l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Asie… pratiquement toute la planète sauf une poignée de pays occidentaux. Et vous savez quoi ? Moi aussi, je veux postuler pour rejoindre les BRICS !

    Plus sérieusement, ce qui se passe actuellement avec cette alliance est d’une importance capitale pour comprendre où va notre monde. Nous assistons à rien de moins qu’à un basculement historique des centres de pouvoir économique et politique.

    Les BRICS : de club fermé à aimant planétaire

    Rappelons d’abord de quoi on parle. Les BRICS, c’est initialement le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Un acronyme inventé par un économiste de Goldman Sachs en 2001 pour désigner les économies émergentes prometteuses. Sauf que ces pays ont pris le concept au sérieux et en ont fait une véritable alliance en 2009.

    Aujourd’hui, début 2024, l’organisation vient d’accueillir de nouveaux membres : l’Arabie Saoudite, l’Iran, les Émirats arabes unis, l’Éthiopie et l’Égypte. Mais ce n’est que le début. La file d’attente des candidats s’allonge de jour en jour :

    • L’Argentine avait postulé (même si le nouveau président Milei a fait marche arrière)
    • L’Algérie frappe à la porte
    • Le Venezuela insiste
    • Le Nigeria, première économie africaine, se positionne
    • L’Indonésie, géant d’Asie du Sud-Est, manifeste son intérêt
    • Le Kazakhstan et d’autres pays d’Asie centrale regardent avec attention

    Bref, c’est la ruée. Pourquoi un tel engouement soudain ?

    La dédollarisation : le vrai game changer

    Le monde entier s’apprête à rejoindre l’Alliance BRICS. Bientôt, les États-Unis, le Canada, la France, l’Allemagne, l’Angleterre, le Luxembourg, la Belgique, Israël et l’Ukraine vont se retrouver à poil à essayer de dealer du dollar et de l’euro contre tout le reste du monde.

    Cette phrase peut paraître provocatrice, mais elle touche du doigt LE sujet central : la remise en cause de l’hégémonie du dollar. Depuis Bretton Woods en 1944, le dollar américain règne en maître sur le commerce international. Cette domination a donné aux États-Unis un pouvoir exorbitant : imprimer de la monnaie pour financer leurs déficits, imposer des sanctions économiques dévastatrices, surveiller toutes les transactions mondiales via le système SWIFT.

    Les BRICS travaillent activement à créer des alternatives :

    • Monnaie commune : Des discussions sont en cours pour créer une devise BRICS, potentiellement adossée à un panier de matières premières
    • Système de paiement alternatif : La Chine pousse son système CIPS, la Russie son SPFS, l’Inde développe ses propres solutions
    • Commerce en monnaies locales : De plus en plus d’échanges se font en yuan, roupies, réals, sans passer par le dollar
    • Réserves d’or : Les banques centrales des BRICS accumulent de l’or à un rythme jamais vu

    L’exemple du pétrole qui fait trembler le pétrodollar

    L’entrée de l’Arabie Saoudite dans les BRICS est un coup de tonnerre. Le royaume wahhabite, pilier du système pétrodollar depuis 1974, commence à accepter des paiements en yuan chinois pour son pétrole. Si le pétrole n’est plus exclusivement vendu en dollars, c’est tout l’édifice financier américain qui vacille.

    La Russie vend déjà son gaz à la Chine et à l’Inde en roubles et en yuans. L’Iran fait de même. Le Venezuela tente de contourner les sanctions en utilisant des cryptomonnaies et le troc. Un nouveau système énergétique mondial se dessine, où le dollar n’est plus roi.

    La revanche du « Sud Global »

    Ce qui frappe dans cette ruée vers les BRICS, c’est qu’elle concerne essentiellement ce qu’on appelle le « Sud Global » – ces pays longtemps considérés comme la périphérie du système mondial. L’Afrique notamment montre un intérêt massif. Après l’Afrique du Sud, l’Éthiopie et l’Égypte, c’est tout le continent qui regarde vers les BRICS.

    Pourquoi ? Parce que les BRICS offrent ce que l’Occident n’a jamais vraiment proposé :

    • Respect de la souveraineté : Pas de conditionnalités politiques humiliantes
    • Investissements massifs : La Chine a investi plus en Afrique en 20 ans que l’Europe en 60 ans
    • Transferts de technologie : Construction d’infrastructures avec formation locale
    • Commerce équitable : Échange de matières premières contre des produits manufacturés et des infrastructures

    L’exemple de Niamey et du Sahel

    Regardez ce qui se passe au Sahel. Le Niger, le Mali, le Burkina Faso tournent le dos à la France et regardent vers la Russie et la Chine. Ces pays ne veulent plus être des pré-carrés, des chasses gardées. Ils veulent commercer librement, choisir leurs partenaires, développer leurs ressources pour leur propre bénéfice.

    La base de drones française de Niamey a fermé. Les troupes occidentales plient bagage. Wagner s’installe. Les Chinois négocient l’uranium. C’est un changement d’époque qui s’opère sous nos yeux.

    Le Vatican dans les BRICS ? Le symbole ultime

    Le Vatican doit rejoindre les BRICS, il ne peut en être autrement. Cette affirmation peut surprendre, mais elle a du sens. Le pape François, premier pape du « Sud Global », comprend que le centre de gravité du catholicisme s’est déplacé. L’Amérique latine, l’Afrique, l’Asie – c’est là que l’Église catholique est vivante et en croissance.

    Un Vatican membre des BRICS serait le symbole ultime du basculement civilisationnel en cours. Ce serait reconnaître que l’Occident n’est plus le centre du monde, que d’autres modèles, d’autres valeurs, d’autres approches méritent d’être entendues et respectées.

    L’Occident face au mur de sa propre arrogance

    Pendant ce temps, que font les États-Unis et l’Europe ? Ils multiplient les sanctions, menacent, sermonnent, donnent des leçons de démocratie et de droits de l’homme. Mais plus personne n’écoute. Les sanctions contre la Russie ont échoué. L’économie russe croît. Les BRICS se renforcent.

    L’Occident s’est enfermé dans sa bulle idéologique. Il continue à croire qu’il représente « la communauté internationale » alors qu’il ne représente plus que 15% de la population mondiale et une part déclinante du PIB global. Cette déconnexion avec la réalité est dramatique.

    Les chiffres qui font mal

    • Les BRICS représentent déjà 42% de la population mondiale
    • Ils pèsent 31% du PIB mondial (en parité de pouvoir d’achat, c’est déjà plus que le G7)
    • Ils contrôlent 40% des réserves mondiales de pétrole
    • La Chine est le premier partenaire commercial de plus de 120 pays
    • La nouvelle route de la soie connecte 65% de la population mondiale

    Face à ces réalités, continuer à prétendre dicter les règles du jeu mondial relève de l’aveuglement.

    2040 : le monde selon les BRICS

    Dans un avenir relativement proche que j’évalue à moins de 16 ans, le groupe BRICS sera l’organisation dominante de la planète. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est une projection basée sur les tendances actuelles.

    Imaginez un monde où :

    • Le commerce international se fait majoritairement hors dollar
    • Les règles sont fixées à Pékin, New Delhi, Moscou, pas à Washington
    • Les technologies de pointe viennent de Chine et d’Inde
    • L’Afrique commerce principalement avec l’Asie
    • L’Amérique latine regarde vers le Pacifique, pas l’Atlantique
    • L’Europe est réduite à un marché de consommation vieillissant

    Ce monde est déjà en gestation. Les BRICS ne sont pas juste une alliance économique, c’est un projet civilisationnel alternatif. Un monde multipolaire où aucune puissance ne peut imposer sa volonté aux autres.

    Que faire face à cette tectonique des plaques géopolitiques ?

    Pour nous, Occidentaux, et particulièrement Européens, la question est cruciale. Allons-nous continuer à nous accrocher aux basques des Américains jusqu’à sombrer avec eux ? Ou allons-nous enfin comprendre que notre intérêt est de nous rapprocher de ce nouveau monde qui émerge ?

    La France a des atouts : une présence en Afrique (même déclinante), une tradition diplomatique non-alignée (le gaullisme), des technologies de pointe, une culture respectée. Mais pour les valoriser, il faudrait sortir de la soumission atlantiste et penser en termes d’intérêts nationaux et européens.

    Quelques pistes concrètes :

    • Diversifier nos réserves : Acheter de l’or, des yuans, des actifs BRICS
    • Apprendre les langues : Mandarin, hindi, arabe, portugais – les langues du futur
    • Comprendre les cultures : Sortir de notre ethnocentrisme occidental
    • Investir dans les liens : Développer des partenariats directs avec les pays BRICS
    • Penser souveraineté : Retrouver notre indépendance stratégique

    Le train BRICS est en marche. Soit nous montons dedans, soit nous restons sur le quai de la gare à regarder le monde nous dépasser. Le choix nous appartient encore. Pour combien de temps ?

    Ce qui est certain, c’est que le monde de 2040 ne ressemblera en rien à celui que nous avons connu. Les BRICS ne sont pas une mode passagère ou un club de mécontents. C’est la manifestation concrète d’un rééquilibrage historique du pouvoir mondial. Un rééquilibrage qui était inévitable après 500 ans de domination occidentale.

    Prenez très au sérieux ce qui se passe. L’histoire s’écrit sous nos yeux. Et pour une fois, ce n’est pas l’Occident qui tient la plume.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Evangeline Shaw / Unsplash

  • Agriculteurs en colère, votre révolte ne suffira pas sans convergence des luttes
    Agriculteurs en colère, votre révolte ne suffira pas sans convergence des luttes
    Alors que les agriculteurs français bloquent routes et autoroutes depuis janvier 2024, leur mouvement révèle les limites d’une contestation sectorielle face à une crise systémique. Sans convergence avec l’ensemble des Français en colère, leur révolte risque de s’éteindre dans les promesses creuses du gouvernement.

    Depuis le 19 janvier, les tracteurs envahissent les routes françaises. L’A64 près de Toulouse, les préfectures, les centres de distribution : partout, les agriculteurs manifestent leur colère. Mais au-delà du spectacle médiatique des convois de tracteurs, une question cruciale se pose : ce mouvement peut-il vraiment changer la donne sans embrasser une cause plus large ?

    Je l’affirme depuis le début : si les agriculteurs ne roulent que pour leur boutique, ils vont se faire enfumer. Les promesses d’Attal, les négociations avec les préfets, tout ça n’est que de la poudre aux yeux. La vraie bataille se joue ailleurs, et elle nécessite l’union de tous les Français en colère.

    Une crise agricole qui dépasse largement le monde paysan

    Les revendications des agriculteurs sont légitimes : normes environnementales impossibles à respecter, concurrence déloyale, prix d’achat dérisoires, charges écrasantes. Mais ces problèmes ne sont que la partie émergée d’un iceberg bien plus massif.

    L’agriculture française est prise dans un étau. D’un côté, les normes européennes toujours plus contraignantes, imposées par des bureaucrates déconnectés de la réalité du terrain. De l’autre, la grande distribution qui pressure les prix jusqu’à l’asphyxie. Entre les deux, des exploitants qui travaillent 70 heures par semaine pour gagner moins que le SMIC.

    Mais voilà le problème : ces difficultés touchent aussi les millions d’artisans, d’autoentrepreneurs, d’indépendants et de petits patrons français. Les charges sociales qui écrasent un éleveur de vaches laitières sont les mêmes qui tuent le petit commerce de centre-ville. Les normes absurdes qui empêchent un maraîcher de vendre ses tomates sont cousines de celles qui paralysent l’artisan du bâtiment.

    C’est pour ça que je martèle ce message : les agriculteurs doivent comprendre qu’ils ne sont qu’un maillon d’une chaîne de souffrance économique bien plus vaste. Leur combat est notre combat à tous.

    La stratégie gouvernementale : diviser pour mieux régner

    Gabriel Attal, notre jeune Premier ministre, maîtrise parfaitement l’art de l’enfumage politique. Sa stratégie est claire : promettre quelques mesurettes, lâcher du lest sur des points secondaires, et attendre que le mouvement s’essouffle.

    Le 26 janvier, il a annoncé placer l’agriculture « au-dessus » de tout le reste. Au-dessus de la santé ? De l’éducation ? De la défense ? Évidemment, c’est du pipeau. Mais ça fait les gros titres et ça calme temporairement les esprits.

    Pendant ce temps, le gouvernement documente méthodiquement chaque action, chaque blocage, chaque dégradation. Les agriculteurs qui pensent manifester pacifiquement ne réalisent pas qu’ils constituent des dossiers judiciaires contre eux-mêmes. Les amendes et les poursuites viendront plus tard, quand les caméras seront parties et que l’opinion publique sera passée à autre chose.

    Cette tactique n’est pas nouvelle. C’est exactement ce qui s’est passé avec les Gilets jaunes : on laisse le mouvement s’exprimer, on fait quelques concessions symboliques, puis on réprime dans le silence médiatique. La seule différence, c’est que les agriculteurs ont des tracteurs au lieu de gilets fluorescents.

    Les limites du pacifisme face à un système verrouillé

    Les agriculteurs veulent mener des actions « pacifiques et non-violentes ». Des blocages « non-bloquants », des manifestations avec des « dégradations non-dégradantes ». Cette contradiction dans les termes révèle toute l’impasse de leur stratégie.

    Comment espérer faire plier un système qui vous méprise depuis des décennies avec des méthodes aussi timorées ? Les tracteurs sont impressionnants, certes, mais si leurs conducteurs n’ont pas la détermination d’aller au bout, ils ne servent à rien.

    Je ne prône pas la violence gratuite, mais il faut être lucide : sans rapport de force réel, sans menace crédible sur les intérêts vitaux du système, rien ne changera. Bloquer un supermarché local pendant quelques heures n’inquiète personne à Bercy ou à Bruxelles.

    Les vrais leviers existent pourtant. La logistique des grandes surfaces, les plateformes de distribution, les axes routiers stratégiques, voire les aéroports comme Roissy-Charles de Gaulle : voilà où se trouvent les points de pression efficaces. Mais pour les activer, il faut accepter le conflit, pas le fuir.

    La mémoire courte du 4 mars 1976

    Les anciens s’en souviennent : le 4 mars 1976, à Montredon-Labessonnié dans le Tarn, la manifestation viticole avait dégénéré. Deux morts, des dizaines de blessés. C’est ce spectre qui plane sur le mouvement actuel et qui explique en partie la frilosité des leaders syndicaux agricoles.

    Mais entre la violence aveugle et la soumission résignée, il existe un espace pour l’action déterminée et stratégique. C’est cet espace que les agriculteurs doivent investir s’ils veulent vraiment changer la donne.

    La convergence des luttes : seule issue possible

    La solution, je la répète depuis le début : les Français en colère doivent converger. Gilets jaunes, artisans, petits patrons, salariés pressurés, tous ceux qui subissent ce système mortifère doivent faire front commun.

    Les agriculteurs ont les tracteurs, mais les Gilets jaunes ont l’expérience de la confrontation avec les forces de l’ordre. Les petits patrons ont les 4×4 et les fourgonnettes, les forestiers ont même des engins blindés. Ensemble, ils forment une force que le gouvernement ne pourra pas ignorer.

    Cette convergence commence déjà à se dessiner. En Moselle, près de la frontière allemande, des connexions se créent entre agriculteurs français et allemands. Les Gilets jaunes rejoignent les convois de tracteurs. Les restaurateurs, qui ont avalé des couleuvres pendant la crise du pass sanitaire, commencent à relever la tête.

    Mais pour que cette convergence devienne réalité, il faut que les agriculteurs acceptent de dépasser leur vision corporatiste. Leurs problèmes ne sont pas uniques, ils sont le symptôme d’un mal plus profond qui ronge toute la société française.

    L’horizon du Frexit

    Au fond, si on analyse lucidement la situation, une seule solution permettrait de résoudre durablement les problèmes de l’agriculture française : sortir du carcan européen. Les normes absurdes, la concurrence déloyale, la bureaucratie kafkaïenne, tout vient de Bruxelles.

    Sans l’équivalent d’un Frexit, c’est-à-dire une reprise en main de notre souveraineté agricole, alimentaire et économique, tous les efforts des agriculteurs seront vains. On leur jettera quelques miettes, on allégera temporairement certaines contraintes, mais le système continuera de les broyer inexorablement.

    Cette perspective peut sembler radicale, mais elle est la seule cohérente avec l’ampleur des défis. Continuer à mendier des aménagements marginaux dans un système structurellement hostile, c’est signer son arrêt de mort à petit feu.

    Les leçons à tirer pour l’avenir

    Le mouvement des agriculteurs de janvier-février 2024 restera dans l’histoire comme un rendez-vous manqué si les acteurs n’en tirent pas les bonnes leçons.

    Première leçon : la colère sectorielle ne suffit pas face à une crise systémique. Tant que chaque profession, chaque corporation défendra son pré carré, le pouvoir continuera de diviser pour mieux régner.

    Deuxième leçon : le pacifisme béat est une impasse. Sans rapport de force crédible, sans capacité de nuisance réelle, aucune négociation sérieuse n’est possible. Les tracteurs sont des outils formidables, encore faut-il avoir le courage de s’en servir efficacement.

    Troisième leçon : l’ennemi n’est pas le voisin Gilet jaune ou le petit patron en galère. L’ennemi, c’est ce système technocratique qui nous asphyxie tous, de Bruxelles à Paris, en passant par les multinationales de l’agroalimentaire et de la grande distribution.

    Les agriculteurs ont entre leurs mains une opportunité historique. Ils peuvent être le catalyseur d’un mouvement de libération nationale, ou se contenter de négocier leur survie pour quelques années de plus. Le choix leur appartient, mais le temps presse.

    Si le mouvement s’éteint sans résultats tangibles, sans vision d’avenir, sans convergence réelle, alors ce sera la fin de l’agriculture française telle que nous la connaissons. Et avec elle, c’est un pan entier de notre identité, de notre souveraineté et de notre avenir qui disparaîtra.

    Les tracteurs sont dans les rues. Les Français attendent. L’histoire jugera si cette colère aura su se transformer en révolution ou si elle n’aura été qu’un baroud d’honneur de plus dans la longue agonie de la France productive.

    Pour aller plus loin

    Photo : Ieva Brinkmane / Unsplash

  • Quand la rouille révèle les failles cachées de nos infrastructures métalliques
    Quand la rouille révèle les failles cachées de nos infrastructures métalliques
    La corrosion des structures métalliques révèle des problèmes d’infrastructure souvent cachés, nécessitant des interventions coûteuses et complexes. Les enjeux dépassent le simple aspect technique pour toucher aux questions économiques et stratégiques.

    J’ai récemment observé des images troublantes de structures métalliques gravement attaquées par la corrosion. Ces clichés m’ont rappelé une réalité que l’on préfère souvent ignorer : nos infrastructures vieillissent, et parfois de façon dramatique.

    Quand je vois des pièces de jointures rivetées si attaquées que leur intégrité structurelle devient douteuse, je me pose des questions. Combien d’autres structures sont dans le même état ? Combien de ponts, de bâtiments industriels, de gradins sportifs présentent des signes similaires de dégradation avancée ?

    La corrosion, ce mal silencieux des structures métalliques

    La corrosion des métaux n’est pas un phénomène nouveau, mais son impact sur nos infrastructures modernes prend une ampleur particulière. Les structures en acier, omniprésentes dans notre environnement urbain, sont particulièrement vulnérables à ce processus d’oxydation.

    Le processus de corrosion suit une logique implacable. L’acier, au contact de l’oxygène et de l’humidité, forme des oxydes de fer – cette rouille rougeâtre que nous connaissons tous. Mais contrairement à l’aluminium qui forme une couche protectrice, la rouille de l’acier est poreuse et continue de progresser vers le cœur du métal.

    Cette progression n’est pas uniforme. Elle s’accélère dans certaines zones : les points de fixation, les soudures, les zones de contrainte mécanique. C’est exactement ce que révèlent ces images de structures où les rivets et les assemblages montrent une dégradation avancée.

    Les facteurs d’accélération

    Plusieurs éléments aggravent le phénomène. L’exposition aux intempéries, bien sûr, mais aussi la pollution atmosphérique, les sels de déneigement, l’humidité stagnante. Dans les environnements industriels ou portuaires, les vapeurs acides accélèrent encore le processus.

    La conception initiale joue un rôle crucial. Les structures des années 1960-1980, construites avec des aciers moins résistants et des techniques de protection moins performantes, montrent aujourd’hui leurs limites. Les systèmes d’évacuation des eaux défaillants créent des zones d’accumulation d’humidité particulièrement destructrices.

    Diagnostic : entre visible et caché

    Le plus troublant dans cette affaire de corrosion, c’est l’écart entre ce qui se voit et ce qui se cache. Une structure peut paraître solide en surface tout en étant gravement compromise dans ses éléments porteurs.

    Les techniques de diagnostic modernes révèlent souvent des surprises désagréables. L’inspection par ultrasons peut détecter une perte d’épaisseur de 30% là où l’œil nu ne percevait qu’une légère décoloration. Les examens endoscopiques dans les structures creuses révèlent parfois des dégradations internes dramatiques.

    J’ai eu l’occasion d’observer des expertises sur des structures industrielles où la corrosion avait progressé de l’intérieur vers l’extérieur. Les propriétaires découvraient avec stupeur que leurs installations, apparemment saines, nécessitaient une réfection complète.

    La question de la généralisation

    Quand on découvre une corrosion avancée sur une partie d’une structure, la question cruciale devient : est-ce un cas isolé ou le symptôme d’un problème généralisé ? Cette interrogation conditionne l’ampleur des travaux nécessaires et leur coût.

    L’expérience montre que la corrosion suit souvent des logiques systémiques. Si les conditions d’exposition sont similaires, si les matériaux et techniques de construction sont identiques, la dégradation touche généralement l’ensemble de la structure avec des intensités variables.

    Le coût colossal de la remise en état

    Remettre en état une structure métallique gravement corrodée représente un défi technique et financier considérable. Les interventions ne se limitent jamais au simple ponçage et à la nouvelle peinture.

    Il faut d’abord démonter, nettoyer, évaluer chaque élément. Certaines pièces nécessitent un remplacement complet, d’autres peuvent être réparées par soudage ou renforcement. Le processus de sablage pour éliminer toute trace de corrosion génère des quantités importantes de déchets toxiques.

    Les coûts s’envolent rapidement. Une rénovation complète peut représenter 60 à 80% du coût de construction neuve, parfois plus si la structure doit rester en service pendant les travaux. Les contraintes d’accès, de sécurité, d’environnement multiplient les difficultés.

    L’exemple des infrastructures sportives

    Les gradins métalliques des stades illustrent parfaitement cette problématique. Exposés aux intempéries, soumis aux vibrations des foules, ils subissent des contraintes particulièrement sévères. Leur rénovation nécessite souvent une fermeture partielle des installations, avec un impact économique majeur pour les exploitants.

    La sécurité du public impose des normes strictes qui compliquent encore les interventions. Chaque élément doit être certifié, testé, validé par des organismes de contrôle. Le moindre doute sur l’intégrité structurelle peut conduire à une fermeture préventive.

    Les enjeux industriels et stratégiques

    Au-delà des aspects techniques, la problématique de la corrosion révèle des enjeux industriels plus larges. La rénovation de nos infrastructures représente un marché considérable qui attise les convoitises.

    Certains secteurs industriels trouvent dans cette nécessité de rénovation des opportunités de développement. Les fabricants de revêtements anticorrosion, les entreprises spécialisées dans la réhabilitation des structures, les bureaux d’études techniques voient leurs carnets de commandes se remplir.

    Cette dynamique économique pose des questions sur l’objectivité des diagnostics. Quand les mêmes entreprises qui détectent les problèmes proposent ensuite les solutions, le risque de surévaluation des besoins existe. La frontière entre nécessité technique et opportunité commerciale peut parfois s’estomper.

    La dimension géopolitique des matériaux

    La rénovation massive de nos infrastructures soulève aussi des questions d’approvisionnement en matières premières. L’acier inoxydable, les alliages spéciaux, les revêtements haute performance nécessitent des métaux rares dont l’approvisionnement dépend souvent de pays tiers.

    Le cobalt, indispensable pour certains alliages résistants à la corrosion, provient majoritairement de régions géopolitiquement instables. Cette dépendance crée une vulnérabilité stratégique que les industriels de l’armement connaissent bien, eux qui utilisent ces mêmes matériaux pour leurs productions.

    Prévention : mieux vaut anticiper que subir

    Face à ces défis, la prévention devient cruciale. Les nouvelles constructions intègrent désormais des solutions anticorrosion dès la conception : aciers galvanisés, revêtements multicouches, systèmes de protection cathodique pour les structures enterrées.

    La maintenance préventive, longtemps négligée, retrouve ses lettres de noblesse. Des inspections régulières, des retouches de peinture ciblées, le remplacement préventif des éléments les plus exposés permettent d’éviter les dégradations majeures.

    Les technologies de surveillance continue se développent. Des capteurs intégrés dans les structures peuvent détecter les premiers signes de corrosion et alerter les gestionnaires. Ces systèmes, encore coûteux, commencent à équiper les infrastructures critiques.

    L’innovation au service de la durabilité

    La recherche sur les matériaux anticorrosion progresse rapidement. Les revêtements nanostructurés, les aciers autoréparants, les systèmes de protection active ouvrent de nouvelles perspectives. Certaines innovations permettent d’atteindre des durées de vie de 50 ans sans maintenance majeure.

    Mais ces solutions restent coûteuses et leur mise en œuvre nécessite une expertise pointue. L’écart se creuse entre les nouvelles constructions, bénéficiant de ces avancées, et le parc existant qui vieillit avec les technologies d’hier.

    Quand je regarde ces images de structures corrodées, je ne peux m’empêcher de penser à toutes celles que nous n’avons pas encore inspectées. Combien de nos infrastructures cachent-elles des faiblesses similaires ? La question n’est pas de savoir si nous découvrirons d’autres cas, mais quand et dans quelle ampleur.

    Cette réalité nous oblige à repenser notre rapport à l’infrastructure. Construire ne suffit plus, il faut maintenir, surveiller, anticiper. Le coût de cette vigilance peut paraître élevé, mais il reste dérisoire comparé au prix de l’inaction.

    Pour aller plus loin

  • Inflation 2024, les sanctions contre la Russie font flamber nos prix
    Inflation 2024, les sanctions contre la Russie font flamber nos prix
    Les sanctions contre la Russie ont provoqué une redirection massive de produits de grande consommation vers les marchés européens, contribuant à l’inflation actuelle. Cette situation révèle les mécanismes cachés de la hausse des prix et interroge sur l’acceptation sociale de cette dégradation du pouvoir d’achat.

    Je viens de mettre la main sur des informations qui vont vous faire comprendre pourquoi votre caddie coûte de plus en plus cher. Et croyez-moi, ce n’est pas ce que vous pensez.

    Depuis le début de 2024, l’inflation continue de peser sur le budget des ménages français. Mais derrière les chiffres officiels se cache une réalité que peu de monde connaît : la guerre en Ukraine et les sanctions contre la Russie ont créé un gigantesque effet domino sur nos rayons de supermarché.

    La redirection silencieuse des flux commerciaux

    J’ai découvert que de nombreux produits de grande distribution qui étaient initialement destinés aux marchés de l’Europe de l’Est, et principalement à la Russie, ont été massivement redirigés fin 2022 et en 2023 vers les marchés d’Europe occidentale.

    Cette redirection n’est pas anodine. Elle concerne des volumes considérables de marchandises qui se retrouvent soudainement sur nos marchés, perturbant l’équilibre offre-demande que les distributeurs avaient soigneusement calibré.

    Concrètement, des produits conçus pour des marchés où les prix sont traditionnellement plus bas se retrouvent vendus en France avec des marges recalculées à la hausse. Le résultat ? Une inflation « importée » qui s’ajoute aux autres facteurs inflationnistes.

    Les mécanismes cachés de cette inflation

    Cette situation révèle plusieurs phénomènes interconnectés. D’abord, les industriels qui perdaient brutalement leurs débouchés russes ont dû trouver de nouveaux marchés rapidement.

    Plutôt que d’ajuster leur production, beaucoup ont choisi de rediriger leurs stocks existants vers l’Europe occidentale. Problème : ces produits n’étaient pas calibrés pour nos marchés en termes de prix.

    Ensuite, les distributeurs français se sont retrouvés avec une offre modifiée qu’ils ont dû intégrer dans leurs circuits. Cette intégration s’est souvent traduite par des hausses de prix pour maintenir leurs marges habituelles.

    L’explosion des prix alimentaires en 2024

    Les tarifs du retail grande consommation que j’ai pu consulter pour ce début 2024 montrent des hausses spectaculaires. Nous parlons d’augmentations qui dépassent largement l’inflation officielle annoncée.

    Ces hausses touchent particulièrement les produits alimentaires de base, ceux-là même qui représentent une part importante du budget des ménages modestes. Huiles, conserves, produits laitiers, céréales : tous ces secteurs connaissent des augmentations à deux chiffres.

    Le plus troublant dans cette histoire, c’est que ces hausses sont validées sans que la population ne se mobilise réellement. On assiste à une acceptation passive d’une dégradation manifeste du pouvoir d’achat.

    Le rôle des politiques monétaires et fiscales

    Comme si cette inflation « importée » ne suffisait pas, les décisions politiques viennent l’aggraver. Chaque mesure fiscale supplémentaire, chaque taxe nouvelle se répercute directement sur les prix à la consommation.

    Les entreprises ne font que répercuter sur les consommateurs les surcoûts qu’on leur impose. C’est mathématique : 2% de charges supplémentaires égalent 2% d’augmentation minimum pour le consommateur final.

    Cette spirale inflationniste révèle l’incohérence des politiques publiques qui prétendent lutter contre l’inflation tout en multipliant les mesures qui l’alimentent.

    L’acceptation sociale de l’appauvrissement

    Ce qui me frappe le plus dans cette situation, c’est l’absence totale de réaction populaire face à cette dégradation du niveau de vie. Les prix flambent, les salaires stagnent, et pourtant les rues restent calmes.

    Il fut un temps où de telles hausses auraient provoqué des mouvements sociaux d’ampleur. Aujourd’hui, on observe une résignation qui interroge sur l’état de notre société.

    Cette acceptation passive profite évidemment à tous les acteurs de la chaîne : industriels, distributeurs, et gouvernement peuvent continuer leurs pratiques sans craindre de contestation majeure.

    Les conséquences à long terme

    Cette situation n’est pas temporaire. Les circuits commerciaux qui se reconfigurent aujourd’hui vont structurer les prix de demain. Les nouveaux équilibres qui se mettent en place risquent de s’installer durablement.

    Pour les ménages, cela signifie une adaptation forcée à un niveau de vie dégradé. Les arbitrages budgétaires deviennent la norme, et les classes moyennes voient leur capacité de consommation s’éroder progressivement.

    Les entreprises, elles, s’habituent à ces nouvelles marges. Une fois les hausses intégrées, il devient très difficile de faire machine arrière, même si les causes initiales disparaissent.

    Vers une inflation structurelle

    Ce que nous vivons aujourd’hui n’est probablement que le début d’une inflation plus profonde et plus durable. Les mécanismes mis en place par la crise ukrainienne et les sanctions contre la Russie vont continuer à produire leurs effets.

    La mondialisation que nous avons connue pendant des décennies se reconfigure sous nos yeux. Cette reconfiguration a un coût, et ce coût, c’est le consommateur qui le paie.

    Les chaînes d’approvisionnement se complexifient, les circuits se rallongent, les intermédiaires se multiplient. Chaque étape supplémentaire génère des coûts supplémentaires qui finissent dans nos caddies.

    Face à cette réalité, deux questions se posent : jusqu’où cette inflation peut-elle aller sans provoquer de réaction sociale ? Et surtout, combien de temps les ménages français pourront-ils supporter cette dégradation de leur pouvoir d’achat ?

    Une chose est certaine : cette inflation n’a rien de conjoncturel. Elle est le symptôme d’une transformation profonde de notre économie, et nous n’en sommes qu’au début.

    Pour aller plus loin

    Photo : Fethi Benattallah / Unsplash