Entrepreneur en France : entre passion et parcours du combattant
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L’entrepreneuriat en France ressemble à un parcours du combattant où la passion doit sans cesse lutter contre une administration kafkaïenne et des charges écrasantes. Pourtant, nous sommes des millions à persister, convaincus que créer de la valeur et de l’emploi reste notre meilleure contribution à la société.

Je suis entrepreneur. Ce n’est pas juste mon métier, c’est ma fonction, mon identité, ma raison d’être professionnelle. Depuis plus de vingt ans dans la tech, j’ai connu les hauts et les bas, les succès et les galères. Mais jamais, au grand jamais, je n’ai ressenti une telle incompréhension entre nous, créateurs d’entreprises, et ceux qui nous gouvernent.

Le mouvement des Pigeons : quand la coupe déborde

Souvenez-vous, il y a un an à peine, en octobre 2012, naissait le mouvement des Pigeons. Des entrepreneurs de tous horizons se mobilisaient contre une taxation confiscatoire des plus-values de cession. Un mouvement spontané, viral, qui a fait trembler le gouvernement. Un an après, où en sommes-nous ? Les amendements se succèdent, les promesses aussi, mais sur le terrain, rien ne change vraiment.

Les Pigeons ont eu le mérite de mettre en lumière une réalité que nous vivons au quotidien : l’incompréhension totale entre le monde politique et celui de l’entreprise. Quand un député parle d’ »entreprises socialistes », je me demande sincèrement de quoi il parle. Une entreprise n’a pas de couleur politique. Elle a une éthique, des valeurs, une mission, mais elle reste avant tout un organisme vivant qui doit générer de la valeur pour survivre et se développer.

La réalité quotidienne de l’entrepreneur français

Permettez-moi de vous dresser le portrait-robot de l’entrepreneur français en 2013. Il n’est pas ce patron du CAC 40 que certains aiment caricaturer. Non, dans l’immense majorité des cas, c’est :

  • Un artisan qui se lève à 5h du matin et ne compte pas ses heures
  • Un auto-entrepreneur qui lance sa startup depuis son garage
  • Un petit patron qui emploie 2 à 10 personnes et jongle avec la trésorerie
  • Un indépendant qui a quitté le salariat pour vivre de sa passion

Ces hommes et ces femmes ne demandent qu’une chose : qu’on leur fasse confiance et qu’on libère leurs énergies. Ils ne réclament pas de subventions, juste qu’on arrête de leur mettre des bâtons dans les roues.

Les charges : le boulet au pied

Parlons chiffres, parlons vrai. En France, pour 100 euros de salaire net versé à un employé, l’entreprise débourse environ 180 euros. C’est l’un des taux de charges les plus élevés d’Europe. Comment voulez-vous être compétitif dans ces conditions ? Comment embaucher quand chaque recrutement représente un risque financier considérable ?

Je l’affirme haut et fort : baissez significativement les charges, et nous embaucherons. C’est mathématique. Donnez-nous de la flexibilité, et nous créerons des emplois. Ce n’est pas de l’idéologie, c’est du bon sens économique.

Le mythe de l’entrepreneur exploiteur

J’entends parfois dire que les entrepreneurs veulent « pourrir la vie sociale » de leurs employés. Quelle aberration ! Nous ne rêvons que d’une chose : pouvoir embaucher, faire grandir nos équipes, partager l’aventure entrepreneuriale. Un entrepreneur qui maltraite ses salariés est un entrepreneur qui court à sa perte. Dans une PME, l’ambiance de travail, la motivation des équipes, c’est vital.

L’urgence de la réindustrialisation

La France se désindustrialise à vitesse grand V. Entre 2000 et 2012, nous avons perdu près d’un million d’emplois industriels. Pendant ce temps, l’Allemagne renforçait sa base industrielle. La différence ? Une politique cohérente de soutien aux entreprises, des charges maîtrisées, une formation professionnelle efficace.

Il est infernal de constater qu’aucune mesure concrète n’est prise pour inciter les entrepreneurs à réindustrialiser le pays. On nous parle de « redressement productif », mais où sont les actes ? Les annonces ministérielles se succèdent, mais sur le terrain, rien ne bouge.

Ce qu’il faudrait faire (vraiment)

Voici ce que nous, entrepreneurs, attendons concrètement :

  • Baisser massivement les charges : au moins 30% pour retrouver de la compétitivité
  • Simplifier drastiquement l’administration : un guichet unique, des procédures en ligne
  • Stabiliser la fiscalité : stop aux changements permanents qui rendent toute projection impossible
  • Faciliter l’accès au financement : les banques ne prêtent qu’aux riches
  • Valoriser l’échec entrepreneurial : en France, on n’a pas le droit à l’erreur

Le modèle de la petite boîte flexible

L’immense majorité des entrepreneurs ne rêve pas de créer la prochaine multinationale. Nous voulons des structures à taille humaine, agiles, réactives. Le modèle de la petite boîte flexible, c’est :

  • Une équipe soudée de 5 à 50 personnes
  • Une capacité d’adaptation rapide aux marchés
  • Des circuits de décision courts
  • Une proximité avec les clients
  • Une culture d’entreprise forte

C’est ce tissu de PME qui fait la force d’une économie. En Allemagne, le Mittelstand représente 60% des emplois. En France, on préfère favoriser les grands groupes et étouffer les petits.

Entrepreneurs : gardons espoir malgré tout

Malgré ce tableau sombre, je refuse de baisser les bras. Nous sommes des millions d’entrepreneurs en France, et notre énergie finira par triompher de l’inertie administrative. Le mouvement des Pigeons l’a montré : quand nous nous mobilisons, nous pouvons faire bouger les lignes.

À tous les entrepreneurs qui me lisent, à ceux qui galèrent, qui doutent, qui sont tentés d’abandonner, je dis : tenez bon ! Notre pays a besoin de nous. Sans entrepreneurs, pas d’innovation, pas d’emplois, pas de croissance. Nous sommes le moteur de l’économie, même si certains politiques semblent l’oublier.

L’entrepreneuriat, c’est une philosophie de vie. C’est croire qu’on peut changer les choses, créer de la valeur, améliorer le quotidien des gens. C’est accepter le risque, l’incertitude, les nuits blanches. Mais c’est aussi la liberté de construire, d’innover, de transmettre.

Alors oui, être entrepreneur en France en 2013, c’est compliqué. Mais c’est aussi passionnant. Et je suis convaincu qu’un jour, notre pays comprendra enfin que les entrepreneurs ne sont pas le problème, mais la solution.

Pour aller plus loin

  • Le mouvement des Pigeons : Retour sur la mobilisation historique des entrepreneurs français
  • Rapport Gallois sur la compétitivité : Les 22 mesures pour redresser l’industrie française
  • CroissancePlus : L’association des entrepreneurs de croissance
  • CGPME : La voix des PME françaises
  • « La France des entrepreneurs » de Denis Payre : Témoignage d’un serial entrepreneur

Sources et références

  • INSEE : Emploi salarié dans l’industrie manufacturière (2000-2012)
  • Eurostat : Comparatif des charges sociales en Europe (2013)
  • Rapport du Conseil d’Analyse Économique sur l’entrepreneuriat (2013)
  • Baromètre Ernst & Young de l’entrepreneuriat (2013)

Photo : Izhak Agency / Unsplash

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