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  • Entrepreneur en France : entre passion et parcours du combattant
    Entrepreneur en France : entre passion et parcours du combattant
    L’entrepreneuriat en France ressemble à un parcours du combattant où la passion doit sans cesse lutter contre une administration kafkaïenne et des charges écrasantes. Pourtant, nous sommes des millions à persister, convaincus que créer de la valeur et de l’emploi reste notre meilleure contribution à la société.

    Je suis entrepreneur. Ce n’est pas juste mon métier, c’est ma fonction, mon identité, ma raison d’être professionnelle. Depuis plus de vingt ans dans la tech, j’ai connu les hauts et les bas, les succès et les galères. Mais jamais, au grand jamais, je n’ai ressenti une telle incompréhension entre nous, créateurs d’entreprises, et ceux qui nous gouvernent.

    Le mouvement des Pigeons : quand la coupe déborde

    Souvenez-vous, il y a un an à peine, en octobre 2012, naissait le mouvement des Pigeons. Des entrepreneurs de tous horizons se mobilisaient contre une taxation confiscatoire des plus-values de cession. Un mouvement spontané, viral, qui a fait trembler le gouvernement. Un an après, où en sommes-nous ? Les amendements se succèdent, les promesses aussi, mais sur le terrain, rien ne change vraiment.

    Les Pigeons ont eu le mérite de mettre en lumière une réalité que nous vivons au quotidien : l’incompréhension totale entre le monde politique et celui de l’entreprise. Quand un député parle d’ »entreprises socialistes », je me demande sincèrement de quoi il parle. Une entreprise n’a pas de couleur politique. Elle a une éthique, des valeurs, une mission, mais elle reste avant tout un organisme vivant qui doit générer de la valeur pour survivre et se développer.

    La réalité quotidienne de l’entrepreneur français

    Permettez-moi de vous dresser le portrait-robot de l’entrepreneur français en 2013. Il n’est pas ce patron du CAC 40 que certains aiment caricaturer. Non, dans l’immense majorité des cas, c’est :

    • Un artisan qui se lève à 5h du matin et ne compte pas ses heures
    • Un auto-entrepreneur qui lance sa startup depuis son garage
    • Un petit patron qui emploie 2 à 10 personnes et jongle avec la trésorerie
    • Un indépendant qui a quitté le salariat pour vivre de sa passion

    Ces hommes et ces femmes ne demandent qu’une chose : qu’on leur fasse confiance et qu’on libère leurs énergies. Ils ne réclament pas de subventions, juste qu’on arrête de leur mettre des bâtons dans les roues.

    Les charges : le boulet au pied

    Parlons chiffres, parlons vrai. En France, pour 100 euros de salaire net versé à un employé, l’entreprise débourse environ 180 euros. C’est l’un des taux de charges les plus élevés d’Europe. Comment voulez-vous être compétitif dans ces conditions ? Comment embaucher quand chaque recrutement représente un risque financier considérable ?

    Je l’affirme haut et fort : baissez significativement les charges, et nous embaucherons. C’est mathématique. Donnez-nous de la flexibilité, et nous créerons des emplois. Ce n’est pas de l’idéologie, c’est du bon sens économique.

    Le mythe de l’entrepreneur exploiteur

    J’entends parfois dire que les entrepreneurs veulent « pourrir la vie sociale » de leurs employés. Quelle aberration ! Nous ne rêvons que d’une chose : pouvoir embaucher, faire grandir nos équipes, partager l’aventure entrepreneuriale. Un entrepreneur qui maltraite ses salariés est un entrepreneur qui court à sa perte. Dans une PME, l’ambiance de travail, la motivation des équipes, c’est vital.

    L’urgence de la réindustrialisation

    La France se désindustrialise à vitesse grand V. Entre 2000 et 2012, nous avons perdu près d’un million d’emplois industriels. Pendant ce temps, l’Allemagne renforçait sa base industrielle. La différence ? Une politique cohérente de soutien aux entreprises, des charges maîtrisées, une formation professionnelle efficace.

    Il est infernal de constater qu’aucune mesure concrète n’est prise pour inciter les entrepreneurs à réindustrialiser le pays. On nous parle de « redressement productif », mais où sont les actes ? Les annonces ministérielles se succèdent, mais sur le terrain, rien ne bouge.

    Ce qu’il faudrait faire (vraiment)

    Voici ce que nous, entrepreneurs, attendons concrètement :

    • Baisser massivement les charges : au moins 30% pour retrouver de la compétitivité
    • Simplifier drastiquement l’administration : un guichet unique, des procédures en ligne
    • Stabiliser la fiscalité : stop aux changements permanents qui rendent toute projection impossible
    • Faciliter l’accès au financement : les banques ne prêtent qu’aux riches
    • Valoriser l’échec entrepreneurial : en France, on n’a pas le droit à l’erreur

    Le modèle de la petite boîte flexible

    L’immense majorité des entrepreneurs ne rêve pas de créer la prochaine multinationale. Nous voulons des structures à taille humaine, agiles, réactives. Le modèle de la petite boîte flexible, c’est :

    • Une équipe soudée de 5 à 50 personnes
    • Une capacité d’adaptation rapide aux marchés
    • Des circuits de décision courts
    • Une proximité avec les clients
    • Une culture d’entreprise forte

    C’est ce tissu de PME qui fait la force d’une économie. En Allemagne, le Mittelstand représente 60% des emplois. En France, on préfère favoriser les grands groupes et étouffer les petits.

    Entrepreneurs : gardons espoir malgré tout

    Malgré ce tableau sombre, je refuse de baisser les bras. Nous sommes des millions d’entrepreneurs en France, et notre énergie finira par triompher de l’inertie administrative. Le mouvement des Pigeons l’a montré : quand nous nous mobilisons, nous pouvons faire bouger les lignes.

    À tous les entrepreneurs qui me lisent, à ceux qui galèrent, qui doutent, qui sont tentés d’abandonner, je dis : tenez bon ! Notre pays a besoin de nous. Sans entrepreneurs, pas d’innovation, pas d’emplois, pas de croissance. Nous sommes le moteur de l’économie, même si certains politiques semblent l’oublier.

    L’entrepreneuriat, c’est une philosophie de vie. C’est croire qu’on peut changer les choses, créer de la valeur, améliorer le quotidien des gens. C’est accepter le risque, l’incertitude, les nuits blanches. Mais c’est aussi la liberté de construire, d’innover, de transmettre.

    Alors oui, être entrepreneur en France en 2013, c’est compliqué. Mais c’est aussi passionnant. Et je suis convaincu qu’un jour, notre pays comprendra enfin que les entrepreneurs ne sont pas le problème, mais la solution.

    Pour aller plus loin

    • Le mouvement des Pigeons : Retour sur la mobilisation historique des entrepreneurs français
    • Rapport Gallois sur la compétitivité : Les 22 mesures pour redresser l’industrie française
    • CroissancePlus : L’association des entrepreneurs de croissance
    • CGPME : La voix des PME françaises
    • « La France des entrepreneurs » de Denis Payre : Témoignage d’un serial entrepreneur

    Sources et références

    • INSEE : Emploi salarié dans l’industrie manufacturière (2000-2012)
    • Eurostat : Comparatif des charges sociales en Europe (2013)
    • Rapport du Conseil d’Analyse Économique sur l’entrepreneuriat (2013)
    • Baromètre Ernst & Young de l’entrepreneuriat (2013)

    Photo : Izhak Agency / Unsplash

  • La France peut-elle encore sauver ses PME ? Chronique d’un désastre annoncé

    En 2013, je tirais déjà la sonnette d’alarme sur l’asphyxie progressive des PME françaises par un système fiscal et réglementaire délirant. Aujourd’hui, le constat est sans appel : nous avons tué l’entrepreneuriat français, et avec lui, notre capacité à créer de l’emploi durable.

    Le jour où Christian s’est donné la mort

    19 novembre 2013. Je reçois un appel qui me glace le sang. Christian, un ami entrepreneur, vient de mettre fin à ses jours. Encore un. Oui, vous avez bien lu : encore un. Car Christian n’était pas le premier de mes confrères entrepreneurs à craquer sous le poids insupportable de ce système qui broie les créateurs de richesse.

    Ce jour-là, j’ai compris que nous étions entrés dans une phase terminale. Quand des hommes et des femmes qui ont consacré leur vie à construire, à employer, à innover, préfèrent la mort à la continuation de leur combat entrepreneurial, c’est que le système a atteint un niveau de toxicité absolue.

    Permettez-moi de vous raconter ce que j’observais déjà en 2013, et pourquoi la situation actuelle n’est que la conséquence logique d’un aveuglement politique criminel.

    L’équation impossible de l’entrepreneur français

    Imaginez-vous un instant dans la peau d’un patron de PME en 2013. Votre produit se vend 20 euros. Dessus, l’État prélève déjà 3,33 euros de TVA (à l’époque). Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg fiscal.

    Sur chaque salarié que vous embauchez, les charges représentent entre 45% et 60% du salaire net. Concrètement ? Pour qu’un employé touche 1500 euros nets, l’entreprise débourse entre 2700 et 3000 euros. Et je ne parle même pas des « coûts additionnels » : formation obligatoire, médecine du travail, assurances diverses, équipements de sécurité…

    Mais le plus révoltant dans cette histoire ? La marge nette des entreprises est souvent inférieure au montant de TVA qu’elles collectent pour l’État. Vous avez bien lu : l’État gagne plus sur vos ventes que vous-même qui prenez tous les risques.

    La spirale infernale des charges

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

    • Charges patronales : 42% du salaire brut en moyenne
    • Charges salariales : 23% du salaire brut
    • Impôt sur les sociétés : 33,33% (à l’époque)
    • Contribution économique territoriale
    • Taxe sur les salaires
    • Formation professionnelle
    • Et j’en passe…

    Face à ce matraquage fiscal, quelle est la solution proposée par nos génies de Bercy ? Augmenter la TVA au 1er janvier 2014, bien sûr ! Parce que quand on étouffe, la meilleure solution est évidemment de serrer encore plus fort la corde autour du cou.

    Le mythe de la flexibilité à la française

    En 2013, j’appelais déjà à une vraie flexibilité du marché du travail. Pas celle des grandes entreprises du CAC40 qui licencient par milliers tout en versant des dividendes records. Non, je parlais de la flexibilité pour les TPE et PME, celles qui représentent 99% du tissu entrepreneurial français.

    Savez-vous combien d’entrepreneurs m’ont confié qu’ils embaucheraient « demain matin » s’ils pouvaient adapter leurs effectifs à leur carnet de commandes sans risquer les prud’hommes à chaque ajustement ? Des centaines de milliers d’emplois potentiels, bloqués par la peur du licenciement impossible.

    Le paradoxe de la protection qui tue l’emploi

    Le code du travail français, avec ses 3000 pages, est devenu une machine à tuer l’emploi. Plus on « protège » les salariés en poste, moins on donne de chances aux chômeurs d’être embauchés. C’est mathématique : si je ne peux pas ajuster mes effectifs en cas de baisse d’activité, je n’embauche pas en cas de hausse. Je préfère faire des heures sup ou refuser des commandes.

    Résultat ? 3,3 millions de chômeurs en 2013, et la situation n’a fait qu’empirer depuis. Bravo les génies.

    La grande hypocrisie du travail dominical

    Autre combat que je menais en 2013 : le droit pour les entreprises volontaires d’ouvrir 7 jours sur 7, en employant des salariés volontaires. Notez bien : volontaires des deux côtés.

    Mais non, en France, on préfère l’idéologie à la pragmatique. Pendant que nos voisins européens adaptent leurs horaires aux nouveaux modes de consommation, nous restons figés dans une vision datée du repos dominical obligatoire.

    Savez-vous ce qui se passe concrètement ? Les consommateurs commandent sur Amazon le dimanche. Les livreurs étrangers livrent. Et nos commerces ferment. Brillant.

    L’exemple Leroy Merlin

    Prenons Leroy Merlin, qui était déjà dans le collimateur en 2013 pour ses ouvertures dominicales. Cette enseigne est réputée pour ses bons salaires et ses conditions de travail correctes. Les employés qui travaillent le dimanche sont volontaires et bien payés. Où est le problème ?

    Le problème, c’est qu’en France, on préfère l’uniformité mortifère à la liberté créatrice. On préfère 100% de chômeurs « protégés » à 80% d’actifs libres de leurs choix.

    2013 : L’année où tout a basculé

    Avec le recul, 2013 apparaît comme l’année charnière. C’est l’année où :

    • La taxe à 75% sur les hauts revenus (rétroactive !) a envoyé un signal désastreux aux entrepreneurs
    • Les Bonnets Rouges ont montré que la coupe était pleine
    • Fagor-Brandt a mis la clé sous la porte, emportant avec elle des marques mythiques
    • Le gouvernement américain a connu son « shutdown », montrant qu’même la première puissance mondiale pouvait vaciller

    Mais surtout, c’est l’année où j’ai vu pour la première fois des patrons, des salariés, des chômeurs et des retraités manifester ensemble. Les Bonnets Rouges n’étaient pas un mouvement catégoriel, c’était le cri de désespoir d’une France qui travaille et qui étouffe.

    La prophétie du chômage perpétuel

    Le 7 novembre 2013, j’écrivais : « La vérité c’est que absolument jamais plus à l’avenir le monde connaîtra le plein emploi. » Dix ans plus tard, force est de constater que j’avais raison. Mais pas pour les raisons technologiques que certains invoquaient. Non, si nous n’avons plus le plein emploi, c’est parce que nous avons tué systématiquement tous ceux qui créaient de l’emploi.

    Les vraies solutions que personne ne veut entendre

    En 2013, je proposais déjà des solutions simples :

    • Baisser les charges d’au moins 30% – pas des « baisses » de hausse, de vraies baisses
    • Instaurer une vraie flexibilité – embaucher et débaucher selon l’activité, sans procédure kafkaïenne
    • Libérer le travail dominical – pour ceux qui le souhaitent des deux côtés
    • Simplifier drastiquement – un code du travail de 50 pages maximum
    • Arrêter la rétroactivité fiscale – c’est du vol pur et simple

    Ces mesures ne sont ni de droite ni de gauche. Elles sont du bon sens. Mais en France, le bon sens est révolutionnaire.

    Le modèle allemand qu’on refuse de voir

    Pendant ce temps, l’Allemagne appliquait les réformes Hartz, flexibilisait son marché du travail, et devenait le moteur économique de l’Europe. Nous, on taxait à 75% et on s’étonnait que les entrepreneurs fuient.

    La différence fondamentale ? En Allemagne, on considère que « les SEULS qui créent de la richesse sont les travailleurs ET leurs patrons, unis dans une même communauté de destin. » En France, on oppose systématiquement les uns aux autres.

    Épilogue : Le prix de l’aveuglement

    Dix ans après, quel bilan ? Les PME continuent de fermer, le chômage reste structurellement élevé, et la France a perdu sa place dans la compétition mondiale. Les « champions nationaux » qu’on nous vantait sont rachetés les uns après les autres par des fonds étrangers.

    Christian est mort pour rien. Son entreprise a fermé, ses employés sont au chômage, et personne n’a retenu la leçon. On continue à empiler les normes, les taxes, les contraintes, comme si de rien n’était.

    La vérité, c’est que nous avons collectivement choisi la mort lente de notre économie plutôt que les réformes nécessaires. Nous avons préféré l’illusion de la protection à la réalité de la prospérité. Et aujourd’hui, nous en payons le prix fort.

    Mais peut-être qu’un jour, quand il ne restera plus que les mastodontes du CAC40 et les fonctionnaires, on se souviendra qu’il existait autrefois en France des entrepreneurs passionnés, des PME innovantes, et des patrons qui considéraient leurs salariés comme leur « première richesse ».

    Ce jour-là, il sera trop tard.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    • INSEE – Tableaux de l’économie française 2014
    • Rapport Gallois sur la compétitivité (2012)
    • Études d’impact de la loi de sécurisation de l’emploi (2013)
    • Baromètre Ernst & Young de l’attractivité de la France (2013)
    • Données Eurostat sur le coût du travail en Europe (2013)
  • La défiscalisation des heures supplémentaires : entre promesses oubliées et réalité entrepreneuriale
    La défiscalisation des heures supplémentaires : entre promesses oubliées et réalité entrepreneuriale
    La défiscalisation des heures supplémentaires promise par François Hollande tarde à se concrétiser, laissant entrepreneurs et salariés dans l’expectative. Pendant ce temps, les patrons de PME réclament la possibilité d’ouvrir 7 jours sur 7 pour répondre aux besoins de leurs clients.

    J’attends. Comme des milliers d’entrepreneurs et des millions de salariés, j’attends de voir ce qu’il en est de cette fameuse défiscalisation des heures supplémentaires dont plus personne ne parle. Souvenez-vous, c’était l’une des promesses phares de François Hollande pendant la campagne présidentielle de 2012. Nous sommes fin septembre 2013, et toujours rien.

    Le silence est assourdissant. Pire, pendant que le gouvernement tergiverse sur cette mesure qui pourrait redonner du pouvoir d’achat aux salariés et de la compétitivité aux entreprises, nous, patrons de PME, nous battons contre des réglementations archaïques qui nous empêchent de répondre aux besoins de nos clients.

    La promesse oubliée de François Hollande

    Retour en arrière. Durant la campagne présidentielle de 2012, François Hollande avait promis de « rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires pour les entreprises de moins de 20 salariés ». Une mesure censée corriger partiellement la suppression totale de la défiscalisation mise en place par Nicolas Sarkozy en 2007 avec la loi TEPA.

    Cette loi Sarkozy, rappelons-le, permettait aux salariés de gagner plus sans payer plus d’impôts ni de charges sociales sur leurs heures supplémentaires. Un dispositif qui avait ses défauts, certes, mais qui avait le mérite d’exister et de mettre un peu de beurre dans les épinards de ceux qui acceptaient de travailler plus.

    La gauche l’avait critiquée, arguant qu’elle coûtait trop cher à l’État (environ 4,5 milliards d’euros par an) et qu’elle favorisait les heures supplémentaires au détriment de l’embauche. Soit. Mais une fois au pouvoir, que propose-t-elle à la place ? Un ersatz de mesure limitée aux TPE qui tarde à voir le jour.

    Nous sommes maintenant à plus d’un an de l’élection de François Hollande. La loi de finances rectificative de juillet 2012 a bien supprimé la défiscalisation des heures supplémentaires héritée de Sarkozy. Mais la nouvelle mouture promise ? Aux abonnés absents.

    Le double langage gouvernemental

    Ce qui me frappe, c’est le décalage abyssal entre les discours et les actes. D’un côté, on nous parle de « redressement productif », de « pacte de compétitivité », de soutien aux entreprises. De l’autre, on maintient des carcans réglementaires qui nous empêchent de travailler.

    Prenez mon cas. Je dirige une PME dans le secteur technologique. Mes clients sont internationaux, ils travaillent 24h/24, 7j/7. Quand un serveur tombe le dimanche, ils n’attendent pas le lundi pour qu’on intervienne. Mais voilà, la réglementation française me complique considérablement la tâche pour organiser le travail le dimanche.

    Et je ne suis pas le seul. Des milliers d’artisans, de commerçants, de prestataires de services sont dans la même situation. Nous avons des clients prêts à payer pour des services le dimanche, nous avons des salariés volontaires pour travailler ce jour-là (moyennant une rémunération majorée, bien sûr), mais nous nous heurtons à un mur réglementaire.

    C’est pour cela que j’ai interpellé directement plusieurs ministres sur Twitter. Nous exigeons simplement de pouvoir ouvrir nos entreprises 7 jours sur 7 pour servir nos clients et offrir du travail supplémentaire rémunéré à nos employés volontaires. Est-ce trop demander en 2013 ?

    La réalité économique contre l’idéologie

    Le problème de fond, c’est que nos gouvernants semblent vivre dans une bulle idéologique déconnectée de la réalité économique. Ils raisonnent encore avec des schémas des années 1970, quand l’économie était essentiellement industrielle, les marchés nationaux et la concurrence limitée.

    Aujourd’hui, nous sommes dans une économie de services mondialisée. Nos concurrents allemands, britanniques ou américains n’ont pas nos contraintes. Pendant que nous débattons de la possibilité d’ouvrir le dimanche, eux raflent les marchés.

    Prenons l’exemple du commerce en ligne. Amazon livre 7 jours sur 7. Les pure players étrangers sont ouverts 24h/24. Et nous, petits e-commerçants français, nous devons expliquer à nos clients qu’on ne peut pas traiter leur commande le dimanche parce que la loi nous l’interdit ? C’est du suicide économique programmé.

    La défiscalisation des heures supplémentaires s’inscrit dans cette même logique. Au lieu de faciliter le travail de ceux qui veulent travailler plus et gagner plus, on maintient un système qui décourage l’effort. Résultat : les salariés motivés sont frustrés, les entreprises perdent en compétitivité, et l’économie stagne.

    Les vrais enjeux derrière le débat

    Au-delà de la simple question fiscale, ce débat révèle des enjeux fondamentaux pour notre société :

    • La liberté de travailler : pourquoi empêcher ceux qui le souhaitent de travailler plus pour améliorer leur niveau de vie ?
    • La compétitivité des entreprises : comment rivaliser avec nos concurrents si nous avons les mains liées ?
    • L’adaptation aux nouveaux modes de consommation : les clients veulent du service quand ils en ont besoin, pas quand l’administration le décide
    • La création d’emplois : contrairement à ce qu’affirment certains, permettre plus de flexibilité crée des opportunités d’emploi

    Ce qui m’agace particulièrement, c’est l’argument selon lequel favoriser les heures supplémentaires empêcherait les embauches. C’est une vision statique et erronée de l’économie. Dans la réalité, une entreprise qui peut répondre à plus de demandes grâce aux heures supplémentaires génère plus de chiffre d’affaires, et finit par embaucher pour faire face à la croissance.

    J’ai vu ce phénomène des dizaines de fois dans ma carrière. Une petite boîte commence avec 3 personnes qui font des heures sup’ pour honorer les commandes. Six mois plus tard, elle embauche 2 personnes supplémentaires. Un an après, elle en est à 10 salariés. Mais si vous l’aviez bridée au départ, elle n’aurait jamais décollé.

    Les propositions concrètes des entrepreneurs

    Face à l’immobilisme gouvernemental, nous, entrepreneurs, avons des propositions concrètes et réalistes :

    • Défiscalisation totale des heures supplémentaires jusqu’à 10 heures par semaine : cela permettrait aux salariés de gagner jusqu’à 25% de plus sans surcoût pour l’entreprise
    • Liberté d’ouverture 7j/7 pour toutes les entreprises volontaires : avec majoration obligatoire de 100% pour le travail dominical
    • Assouplissement du seuil des 35 heures : possibilité de passer à 39 heures hebdomadaires par accord d’entreprise
    • Création d’un statut de « salarié entrepreneur » : pour ceux qui veulent cumuler emploi salarié et activité indépendante

    Ces mesures ne sont pas révolutionnaires. Elles existent déjà dans de nombreux pays européens qui, curieusement, affichent des taux de chômage bien inférieurs au nôtre. Mais voilà, en France, on préfère débattre pendant des mois plutôt que d’agir.

    L’urgence d’agir

    Pendant que nos gouvernants tergiversent, l’économie française continue de s’enfoncer. Le chômage atteint des records, la croissance est atone, et nos entreprises perdent des parts de marché face à la concurrence internationale.

    La défiscalisation des heures supplémentaires n’est pas une solution miracle, mais c’est un levier parmi d’autres pour redonner de la dynamique à notre économie. Couplée à une vraie libéralisation des horaires de travail, elle pourrait créer un cercle vertueux : plus de pouvoir d’achat pour les salariés, plus de flexibilité pour les entreprises, plus de services pour les consommateurs.

    Mais pour cela, il faudrait que nos dirigeants sortent de leur tour d’ivoire et écoutent ceux qui font l’économie réelle : les entrepreneurs et les salariés. Au lieu de cela, on assiste à un dialogue de sourds où les positions idéologiques l’emportent sur le pragmatisme.

    Bref. La défiscalisation des heures supplémentaires, c’est pour quand ? Le travail du dimanche libéralisé, c’est pour quand ? La fin des carcans réglementaires qui nous empêchent d’être compétitifs, c’est pour quand ?

    J’ai bien peur que la réponse soit : pas avant que la situation ne devienne tellement catastrophique qu’il n’y aura plus d’autre choix que de prendre les mesures qui s’imposent. En attendant, nous continuerons à nous battre avec un bras attaché dans le dos face à nos concurrents internationaux.

    Et vous, qu’en pensez-vous ? Faut-il attendre que l’économie française touche le fond pour enfin libérer les énergies ? Ou peut-on espérer un sursaut de lucidité de nos gouvernants ?

    Pour aller plus loin

    • Rapport du Conseil d’Analyse Économique sur les 35 heures (2012)
    • Étude comparative des régimes d’heures supplémentaires en Europe (OCDE, 2013)
    • « Le travail du dimanche en France : enjeux et perspectives » – Institut Montaigne (2013)
    • Les propositions du MEDEF sur l’assouplissement du temps de travail (septembre 2013)

    Sources et références

    • Loi n° 2007-1223 du 21 août 2007 en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat (loi TEPA)
    • Loi de finances rectificative pour 2012 (n° 2012-958 du 16 août 2012)
    • Données INSEE sur l’évolution du nombre d’heures supplémentaires (2007-2013)
    • Rapport de la Cour des comptes sur le coût de la défiscalisation des heures supplémentaires (2011)

    Photo : Vitaly Gariev / Unsplash

  • 80 heures par semaine : quand l’administration découvre la réalité entrepreneuriale
    80 heures par semaine : quand l’administration découvre la réalité entrepreneuriale
    L’administration fiscale ne comprend pas qu’un entrepreneur puisse travailler 80 heures par semaine. Cette incompréhension illustre le décalage profond entre la réalité entrepreneuriale et la vision bureaucratique du travail, avec des conséquences directes sur la réglementation et la fiscalité des PME.

    « L’administration ne comprend pas comment vous pouvez travailler 80 heures par semaine. » Cette phrase, un agent du fisc me l’a lâchée lors d’un contrôle, avec un mélange de perplexité et de suspicion. Comme si déclarer travailler plus de deux fois les 35 heures légales était forcément le signe d’une fraude quelconque.

    Cette anecdote révèle un problème bien plus profond que la simple méconnaissance du monde entrepreneurial par l’administration. Elle illustre un décalage culturel, économique et réglementaire qui pénalise directement les créateurs de richesse de ce pays.

    La réalité méconnue du patron de PME

    Quand je dis que je travaille 80 heures par semaine, ce n’est pas une figure de style. C’est une réalité partagée par des milliers de chefs d’entreprise en France. Une étude de l’INSEE de 2010 révélait déjà que 55% des dirigeants de PME travaillent plus de 50 heures par semaine, et près d’un quart dépassent les 60 heures.

    Mais qu’est-ce que cela représente concrètement ? C’est se lever à 6h pour traiter les mails urgents avant l’ouverture. C’est enchaîner les rendez-vous clients, gérer la production, négocier avec les fournisseurs, s’occuper de l’administratif le soir. C’est travailler le samedi pour préparer la semaine suivante, et souvent le dimanche pour rattraper le retard.

    Cette charge de travail n’est pas un choix masochiste. Elle est dictée par la réalité économique : dans un marché ultra-concurrentiel, avec des marges réduites et une pression fiscale écrasante, le patron de PME n’a souvent que son temps comme variable d’ajustement.

    Le fossé culturel entre public et privé

    L’incompréhension de l’agent du fisc n’est pas anecdotique. Elle révèle un fossé culturel béant entre deux France qui ne se comprennent plus. D’un côté, une fonction publique où les 35 heures sont la norme, où les heures supplémentaires sont comptées et compensées. De l’autre, des entrepreneurs pour qui la notion même d’horaires fixes n’a aucun sens.

    Ce décalage n’est pas qu’une question de mentalité. Il a des conséquences très concrètes :

    • Les contrôles fiscaux qui considèrent comme suspect tout écart à la norme
    • Une réglementation du travail pensée pour le salariat et inadaptée à l’entrepreneuriat
    • Des charges sociales calculées sur des bases forfaitaires déconnectées de la réalité
    • Une incompréhension mutuelle qui alimente la défiance entre administration et entreprises

    Comment peut-on élaborer des politiques publiques pertinentes quand ceux qui les conçoivent n’ont aucune idée de la réalité qu’ils prétendent réguler ?

    L’hypocrisie du débat sur le temps de travail

    Pendant que les politiques débattent doctement du passage aux 32 heures ou du maintien des 35 heures, des milliers de patrons de PME continuent leurs semaines de 80 heures dans l’indifférence générale. Le paradoxe est saisissant : on légifère sur la réduction du temps de travail salarié tout en ignorant superbement ceux qui créent ces emplois.

    Plus ironique encore, ce sont souvent les mêmes qui prônent la réduction du temps de travail et qui s’offusquent du chômage de masse. Comme si la création d’emplois pouvait se faire sans l’investissement personnel démesuré de ceux qui prennent le risque d’entreprendre.

    J’exige, comme des milliers d’autres entrepreneurs, de pouvoir ouvrir nos entreprises 7 jours sur 7 si le marché le demande. Non pas pour exploiter qui que ce soit, mais pour répondre aux besoins de nos clients et offrir du travail à ceux qui le souhaitent. Car oui, il existe des salariés volontaires pour travailler le dimanche, notamment des étudiants ou des personnes cherchant un complément de revenu.

    Les vrais enjeux économiques

    Derrière cette question du temps de travail se cache un enjeu économique majeur. Dans une économie mondialisée, nos concurrents ne s’embarrassent pas de nos débats franco-français sur les 35 heures. Pendant qu’on ergote, les entrepreneurs allemands, américains ou asiatiques travaillent et conquièrent des parts de marché.

    La rigidité de notre réglementation du travail pénalise directement notre compétitivité :

    • Impossibilité d’adapter rapidement les horaires aux pics d’activité
    • Coûts prohibitifs des heures supplémentaires qui découragent la flexibilité
    • Complexité administrative qui absorbe un temps précieux
    • Risque juridique permanent pour tout écart à la norme

    Le résultat ? Des PME qui renoncent à des marchés faute de pouvoir s’adapter. Des emplois non créés. Une économie qui tourne au ralenti pendant que nos voisins accélèrent.

    Le cas spécifique du commerce et de l’artisanat

    Pour les artisans et commerçants, l’interdiction du travail dominical est particulièrement absurde. Dans de nombreux secteurs, le dimanche représente un pic d’activité potentiel. Les clients sont disponibles, ils ont envie de consommer, mais les boutiques sont fermées.

    Nos artisans volontaires pourraient parfaitement travailler 7 jours sur 7 s’il y avait un marché. Et ce marché existe ! Il suffit de voir les files d’attente devant les rares commerces autorisés à ouvrir le dimanche pour s’en convaincre.

    Repenser le modèle français

    Il est temps de sortir de cette schizophrénie française qui glorifie l’entrepreneuriat dans les discours tout en l’entravant dans les faits. Quelques pistes de réflexion :

    Reconnaître la spécificité entrepreneuriale. Un chef d’entreprise n’est pas un salarié. Son temps de travail ne peut pas être encadré de la même manière. Il faut adapter la fiscalité et les charges sociales à cette réalité.

    Libéraliser l’ouverture dominicale. Laissons les entreprises volontaires ouvrir 7 jours sur 7, avec des salariés volontaires et correctement rémunérés. Le marché régulera naturellement cette pratique.

    Simplifier drastiquement la réglementation. Chaque heure passée à remplir des formulaires est une heure perdue pour développer l’activité. La simplification administrative doit devenir une priorité absolue.

    Former les agents de l’administration. Comment peut-on contrôler efficacement ce qu’on ne comprend pas ? Des stages en entreprise pour les fonctionnaires seraient un début.

    L’entrepreneuriat, ce sacerdoce incompris

    Travailler 80 heures par semaine n’est pas une fierté, c’est une nécessité. C’est le prix à payer pour créer, développer et maintenir une entreprise dans le contexte français actuel. C’est accepter de sacrifier ses soirées, ses week-ends, parfois sa santé, pour un projet qui dépasse le simple enrichissement personnel.

    Car contrairement à ce que semble penser l’administration, la plupart des patrons de PME ne roulent pas sur l’or. Beaucoup gagnent moins que leurs salariés les mieux payés, surtout si on ramène leur rémunération au taux horaire. Mais ils continuent, portés par la passion d’entreprendre, la fierté de créer des emplois, l’envie de construire quelque chose qui leur survivra.

    Cette incompréhension administrative n’est pas qu’une anecdote amusante. Elle est le symptôme d’un mal plus profond : l’incapacité de notre système à comprendre et valoriser ceux qui prennent des risques pour créer de la richesse collective.

    Alors oui, je travaille 80 heures par semaine. Et je continuerai tant que ce sera nécessaire. Pas par masochisme, mais par nécessité économique et par passion entrepreneuriale. J’aimerais simplement que ceux qui nous gouvernent et nous contrôlent comprennent cette réalité. Est-ce vraiment trop demander ?

    Pour aller plus loin

    • « La France des petits patrons » de Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis – Une plongée dans la réalité des dirigeants de PME
    • Rapport du Conseil d’Analyse Économique sur le temps de travail (2013) – Pour comprendre les enjeux économiques
    • « L’entrepreneur et l’État » de Xavier Fontanet – Une réflexion sur les relations complexes entre entrepreneuriat et administration
    • Observatoire CGPME de l’emploi dans les PME – Des données concrètes sur la réalité des petites entreprises

    Sources et références

    • INSEE, Enquête Emploi du temps 2009-2010, « Le temps de travail des indépendants »
    • Rapport de la Commission Bailly sur l’ouverture dominicale des commerces (2013)
    • Étude CGPME « Les patrons de PME face au temps de travail » (2012)
    • Données Eurostat sur le temps de travail comparé en Europe (2013)

    Photo : Vitaly Gariev / Unsplash