L’entrepreneur face à l’État : pourquoi je défends un modèle de flexibilité responsable
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Les entrepreneurs français étouffent sous le poids des charges et des contraintes administratives. Entre les discours idéologiques déconnectés et les promesses non tenues, il est temps de proposer un modèle économique pragmatique qui permette vraiment de créer des emplois.

Je viens d’avoir un échange musclé sur Twitter avec des militants d’extrême gauche qui m’expliquent doctement comment je devrais gérer mon entreprise. Des gens qui n’ont jamais créé un seul emploi, jamais pris le moindre risque, mais qui savent mieux que nous, entrepreneurs, comment fonctionne l’économie réelle. Cette déconnexion totale entre le discours politique et la réalité du terrain me pousse à prendre la plume.

Car oui, je suis entrepreneur depuis plus de vingt ans. J’ai créé des entreprises, embauché des dizaines de personnes, traversé des crises. Et aujourd’hui, en cette fin 2013, je vois mes confrères entrepreneurs désespérer face à un système qui les étouffe progressivement.

Le mouvement des Pigeons : symptôme d’un mal profond

Souvenez-vous, il y a tout juste un an, en octobre 2012, naissait le mouvement des Pigeons. Des entrepreneurs qui se révoltaient contre le projet de taxation des plus-values de cession à 60%. Un mouvement spontané, né sur les réseaux sociaux, qui a fait reculer le gouvernement. Mais au-delà de cette victoire symbolique, qu’est-ce qui a vraiment changé ?

Les amendements se succèdent, les promesses aussi. Notre ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, multiplie les annonces. Mais sur le terrain, rien ne bouge. Les charges restent écrasantes, les contraintes administratives toujours plus lourdes, et les entrepreneurs continuent de fermer boutique.

Le problème, c’est que nos politiques ne comprennent pas ce qu’est vraiment un entrepreneur. Ils voient en nous soit des exploiteurs capitalistes assoiffés de profit, soit des vaches à lait fiscales. Jamais ils ne perçoivent la réalité : nous sommes des créateurs d’emplois, des preneurs de risques, des passionnés qui investissent leur temps, leur argent et souvent leur santé dans des projets économiques.

La petite boîte flexible : le modèle qui fonctionne

Quand je défends le modèle de la « petite boîte flexible », on m’accuse immédiatement de vouloir précariser les salariés. C’est une vision totalement erronée de la réalité entrepreneuriale. Ce que nous voulons, c’est pouvoir embaucher sans prendre le risque de mettre la clé sous la porte si l’activité ralentit.

Regardez les chiffres : en France, 90% des entreprises ont moins de 10 salariés. Ces TPE représentent près de 20% de l’emploi total. Elles sont le tissu économique de nos territoires, créent de la proximité, de l’innovation, du lien social. Mais elles sont aussi les plus fragiles face aux rigidités du système.

Les freins à l’embauche : une réalité quotidienne

Contrairement à ce que prétendent certains idéologues, les entrepreneurs ne rêvent que de pouvoir embaucher ! Mais voilà la réalité :

  • Un SMIC chargé coûte près de 1 600 euros par mois à l’employeur
  • Les procédures de licenciement peuvent durer des mois et coûter des fortunes
  • La complexité administrative décourage les plus motivés
  • L’incertitude juridique permanente paralyse la prise de décision

Dans ces conditions, comment s’étonner que les entrepreneurs hésitent à recruter ? Ce n’est pas par manque d’éthique ou par volonté d’exploiter, c’est par simple survie économique.

L’absurdité des « entreprises socialistes »

J’ai failli m’étouffer quand on m’a parlé d’ »entreprises socialistes » comme modèle alternatif. De quoi parle-t-on exactement ? Des coopératives ? Des entreprises publiques ? Des structures subventionnées qui survivent grâce à l’argent du contribuable ?

Je préfère mille fois des entrepreneurs ayant une éthique, qui créent de la valeur réelle, qui innovent, qui prennent des risques avec leur propre argent. La propriété privée n’est pas un gros mot, c’est le moteur de la créativité, de la passion, de la motivation et de l’ambition.

Regardez les pays qui ont supprimé la propriété privée : où sont leurs innovations ? Où sont leurs success stories ? L’URSS a-t-elle créé Google ? La Chine de Mao a-t-elle inventé l’iPhone ? Non, l’innovation naît de la liberté d’entreprendre, du droit de propriété, de la possibilité de récolter les fruits de son travail.

L’éthique entrepreneuriale : une réalité méconnue

Ce que les politiques ne comprennent pas, c’est que la grande majorité des entrepreneurs ont une éthique forte. Nous ne sommes pas des rapaces sans scrupules. Nous avons des valeurs :

  • Le respect de nos salariés, qui sont notre première richesse
  • La satisfaction de nos clients, sans laquelle nous disparaissons
  • L’ancrage territorial, car nous vivons là où nous travaillons
  • La transmission, car nous voulons que nos entreprises nous survivent

Mais cette éthique doit s’exercer dans un cadre économique viable. On ne peut pas demander aux entrepreneurs d’être des philanthropes tout en les écrasant de charges et de contraintes.

Le modèle gagnant-gagnant : une solution pragmatique

Quand Ségolène Royal évoque un fonctionnement « gagnant-gagnant » avec les entrepreneurs, elle touche juste. Mais pour que ce modèle fonctionne, il faut des mesures concrètes, pas des discours.

Voici ce que nous demandons vraiment :

  • Une baisse significative des charges : pas des mesurettes, mais une vraie réduction qui permette d’embaucher
  • Une simplification administrative radicale : un guichet unique, des procédures allégées
  • Une flexibilité encadrée : pouvoir adapter les effectifs sans mettre en péril l’entreprise
  • Une stabilité fiscale : arrêter de changer les règles du jeu en permanence

En échange, nous sommes prêts à nous engager sur l’emploi, la formation, l’investissement. Mais il faut nous en donner les moyens !

L’exemple allemand : pragmatisme vs idéologie

Regardez l’Allemagne : les réformes Hartz ont permis de créer un marché du travail plus flexible tout en maintenant une protection sociale. Le taux de chômage est passé de 11% en 2005 à moins de 6% aujourd’hui. Les entreprises embauchent, l’économie tourne, et les salariés trouvent du travail.

Ce n’est pas du « néolibéralisme sauvage », c’est du pragmatisme économique. On peut critiquer certains aspects de ces réformes, mais force est de constater qu’elles fonctionnent mieux que notre immobilisme français.

L’urgence d’agir : des entrepreneurs au bord du gouffre

Chaque jour, je reçois des messages d’entrepreneurs en détresse. Des hommes et des femmes qui ont tout investi dans leur projet et qui voient leur rêve s’écrouler sous le poids des charges et des contraintes. Le taux de défaillances d’entreprises explose : plus de 60 000 en 2013, un record depuis 2009.

Derrière ces chiffres, ce sont des vies brisées, des familles en difficulté, des salariés au chômage. Et pendant ce temps, nos politiques débattent de concepts abstraits, d’ »entreprises socialistes » ou de « justice fiscale », sans voir la réalité du terrain.

Il est urgent de changer de paradigme. Non pas en abandonnant toute protection sociale, mais en créant un système qui permette vraiment de créer de l’emploi et de la richesse. Un système où l’entrepreneur n’est plus vu comme l’ennemi mais comme un partenaire du développement économique.

L’entrepreneur en politique : une nécessité démocratique

Je suis convaincu que l’avenir passe par l’entrée des entrepreneurs en politique. Non pas les grands dirigeants du CAC 40 qui sont déjà bien représentés dans les cercles du pouvoir, mais les vrais entrepreneurs, ceux qui connaissent la réalité du terrain.

Nous avons besoin de voix qui portent l’expérience concrète de la création d’entreprise, de la gestion des ressources humaines, de la confrontation quotidienne avec l’administration. Des voix qui peuvent expliquer pourquoi telle mesure est inapplicable, pourquoi telle réforme va dans le mur.

C’est notre responsabilité collective d’entrepreneurs de nous engager, de porter nos idées, de défendre notre vision d’une économie dynamique et responsable. Les mouvements comme les Pigeons montrent que nous pouvons nous mobiliser. Il faut maintenant passer à l’étape suivante : proposer et construire.

Un nouveau contrat social entrepreneurial

Ce que je propose, c’est un nouveau contrat social entre les entrepreneurs, l’État et la société :

  • Les entrepreneurs s’engagent à créer de l’emploi durable, à former leurs salariés, à respecter l’environnement
  • L’État s’engage à alléger les charges et les contraintes, à simplifier les procédures, à stabiliser la fiscalité
  • La société reconnaît le rôle positif de l’entrepreneur et accepte une certaine flexibilité en échange de création d’emplois

Ce n’est pas de l’ultralibéralisme, c’est du bon sens économique. Un système où chacun y trouve son compte, où l’on sort des postures idéologiques pour entrer dans le pragmatisme.

Bref. La France a besoin de ses entrepreneurs. Nous sommes prêts à jouer notre rôle, à prendre nos responsabilités, à créer de l’emploi et de la richesse. Mais il faut nous en donner les moyens. Les discours ne suffisent plus, les mesurettes non plus. Il faut une vraie révolution culturelle qui reconnaisse enfin l’entrepreneur pour ce qu’il est : un acteur essentiel du développement économique et social de notre pays.

La balle est dans le camp du politique. Soit ils continuent à nous voir comme des ennemis à abattre ou des vaches à traire, et la France continuera son déclin économique. Soit ils acceptent de travailler avec nous, et nous pourrons ensemble construire une économie dynamique, créatrice d’emplois et socialement responsable. Le choix leur appartient. Mais le temps presse, et les entrepreneurs n’attendront pas éternellement.

Pour aller plus loin

  • Le mouvement des Pigeons – Retrouvez l’histoire et les revendications du mouvement sur les réseaux sociaux #pigeons
  • « La France des petits patrons » de Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis – Une analyse sociologique de l’entrepreneuriat en France
  • Les rapports de l’INSEE sur les TPE-PME – Pour comprendre le poids réel des petites entreprises dans l’économie française
  • « L’entrepreneur face à l’État » de François Hurel – Un témoignage d’entrepreneur devenu parlementaire
  • Les études de l’APCE (Agence Pour la Création d’Entreprises) – Des données concrètes sur la création d’entreprise en France

Sources et références

  • INSEE – Tableaux de l’économie française, édition 2013
  • Rapport Gallois sur la compétitivité, novembre 2012
  • Baromètre Ernst & Young de l’entrepreneuriat 2013
  • Données Banque de France sur les défaillances d’entreprises
  • Études OCDE sur l’emploi et le marché du travail, 2013

Photo : Nick Sorockin / Unsplash

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