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  • BRICS, le nouveau centre de gravité du monde qui se dessine sous nos yeux
    BRICS, le nouveau centre de gravité du monde qui se dessine sous nos yeux
    L’expansion rapide des BRICS et l’afflux de candidatures dessinent un nouvel ordre mondial où les puissances occidentales traditionnelles risquent de se retrouver marginalisées. Cette transformation géopolitique majeure pourrait redéfinir les équilibres économiques planétaires dans les 15 prochaines années.

    Je regarde avec fascination cette carte du monde qui circule depuis quelques jours. Vous savez, celle qui montre en couleur tous les pays qui ont rejoint ou veulent rejoindre les BRICS. C’est vertigineux. L’Amérique du Sud, l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Asie… pratiquement toute la planète sauf une poignée de pays occidentaux. Et vous savez quoi ? Moi aussi, je veux postuler pour rejoindre les BRICS !

    Plus sérieusement, ce qui se passe actuellement avec cette alliance est d’une importance capitale pour comprendre où va notre monde. Nous assistons à rien de moins qu’à un basculement historique des centres de pouvoir économique et politique.

    Les BRICS : de club fermé à aimant planétaire

    Rappelons d’abord de quoi on parle. Les BRICS, c’est initialement le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Un acronyme inventé par un économiste de Goldman Sachs en 2001 pour désigner les économies émergentes prometteuses. Sauf que ces pays ont pris le concept au sérieux et en ont fait une véritable alliance en 2009.

    Aujourd’hui, début 2024, l’organisation vient d’accueillir de nouveaux membres : l’Arabie Saoudite, l’Iran, les Émirats arabes unis, l’Éthiopie et l’Égypte. Mais ce n’est que le début. La file d’attente des candidats s’allonge de jour en jour :

    • L’Argentine avait postulé (même si le nouveau président Milei a fait marche arrière)
    • L’Algérie frappe à la porte
    • Le Venezuela insiste
    • Le Nigeria, première économie africaine, se positionne
    • L’Indonésie, géant d’Asie du Sud-Est, manifeste son intérêt
    • Le Kazakhstan et d’autres pays d’Asie centrale regardent avec attention

    Bref, c’est la ruée. Pourquoi un tel engouement soudain ?

    La dédollarisation : le vrai game changer

    Le monde entier s’apprête à rejoindre l’Alliance BRICS. Bientôt, les États-Unis, le Canada, la France, l’Allemagne, l’Angleterre, le Luxembourg, la Belgique, Israël et l’Ukraine vont se retrouver à poil à essayer de dealer du dollar et de l’euro contre tout le reste du monde.

    Cette phrase peut paraître provocatrice, mais elle touche du doigt LE sujet central : la remise en cause de l’hégémonie du dollar. Depuis Bretton Woods en 1944, le dollar américain règne en maître sur le commerce international. Cette domination a donné aux États-Unis un pouvoir exorbitant : imprimer de la monnaie pour financer leurs déficits, imposer des sanctions économiques dévastatrices, surveiller toutes les transactions mondiales via le système SWIFT.

    Les BRICS travaillent activement à créer des alternatives :

    • Monnaie commune : Des discussions sont en cours pour créer une devise BRICS, potentiellement adossée à un panier de matières premières
    • Système de paiement alternatif : La Chine pousse son système CIPS, la Russie son SPFS, l’Inde développe ses propres solutions
    • Commerce en monnaies locales : De plus en plus d’échanges se font en yuan, roupies, réals, sans passer par le dollar
    • Réserves d’or : Les banques centrales des BRICS accumulent de l’or à un rythme jamais vu

    L’exemple du pétrole qui fait trembler le pétrodollar

    L’entrée de l’Arabie Saoudite dans les BRICS est un coup de tonnerre. Le royaume wahhabite, pilier du système pétrodollar depuis 1974, commence à accepter des paiements en yuan chinois pour son pétrole. Si le pétrole n’est plus exclusivement vendu en dollars, c’est tout l’édifice financier américain qui vacille.

    La Russie vend déjà son gaz à la Chine et à l’Inde en roubles et en yuans. L’Iran fait de même. Le Venezuela tente de contourner les sanctions en utilisant des cryptomonnaies et le troc. Un nouveau système énergétique mondial se dessine, où le dollar n’est plus roi.

    La revanche du « Sud Global »

    Ce qui frappe dans cette ruée vers les BRICS, c’est qu’elle concerne essentiellement ce qu’on appelle le « Sud Global » – ces pays longtemps considérés comme la périphérie du système mondial. L’Afrique notamment montre un intérêt massif. Après l’Afrique du Sud, l’Éthiopie et l’Égypte, c’est tout le continent qui regarde vers les BRICS.

    Pourquoi ? Parce que les BRICS offrent ce que l’Occident n’a jamais vraiment proposé :

    • Respect de la souveraineté : Pas de conditionnalités politiques humiliantes
    • Investissements massifs : La Chine a investi plus en Afrique en 20 ans que l’Europe en 60 ans
    • Transferts de technologie : Construction d’infrastructures avec formation locale
    • Commerce équitable : Échange de matières premières contre des produits manufacturés et des infrastructures

    L’exemple de Niamey et du Sahel

    Regardez ce qui se passe au Sahel. Le Niger, le Mali, le Burkina Faso tournent le dos à la France et regardent vers la Russie et la Chine. Ces pays ne veulent plus être des pré-carrés, des chasses gardées. Ils veulent commercer librement, choisir leurs partenaires, développer leurs ressources pour leur propre bénéfice.

    La base de drones française de Niamey a fermé. Les troupes occidentales plient bagage. Wagner s’installe. Les Chinois négocient l’uranium. C’est un changement d’époque qui s’opère sous nos yeux.

    Le Vatican dans les BRICS ? Le symbole ultime

    Le Vatican doit rejoindre les BRICS, il ne peut en être autrement. Cette affirmation peut surprendre, mais elle a du sens. Le pape François, premier pape du « Sud Global », comprend que le centre de gravité du catholicisme s’est déplacé. L’Amérique latine, l’Afrique, l’Asie – c’est là que l’Église catholique est vivante et en croissance.

    Un Vatican membre des BRICS serait le symbole ultime du basculement civilisationnel en cours. Ce serait reconnaître que l’Occident n’est plus le centre du monde, que d’autres modèles, d’autres valeurs, d’autres approches méritent d’être entendues et respectées.

    L’Occident face au mur de sa propre arrogance

    Pendant ce temps, que font les États-Unis et l’Europe ? Ils multiplient les sanctions, menacent, sermonnent, donnent des leçons de démocratie et de droits de l’homme. Mais plus personne n’écoute. Les sanctions contre la Russie ont échoué. L’économie russe croît. Les BRICS se renforcent.

    L’Occident s’est enfermé dans sa bulle idéologique. Il continue à croire qu’il représente « la communauté internationale » alors qu’il ne représente plus que 15% de la population mondiale et une part déclinante du PIB global. Cette déconnexion avec la réalité est dramatique.

    Les chiffres qui font mal

    • Les BRICS représentent déjà 42% de la population mondiale
    • Ils pèsent 31% du PIB mondial (en parité de pouvoir d’achat, c’est déjà plus que le G7)
    • Ils contrôlent 40% des réserves mondiales de pétrole
    • La Chine est le premier partenaire commercial de plus de 120 pays
    • La nouvelle route de la soie connecte 65% de la population mondiale

    Face à ces réalités, continuer à prétendre dicter les règles du jeu mondial relève de l’aveuglement.

    2040 : le monde selon les BRICS

    Dans un avenir relativement proche que j’évalue à moins de 16 ans, le groupe BRICS sera l’organisation dominante de la planète. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est une projection basée sur les tendances actuelles.

    Imaginez un monde où :

    • Le commerce international se fait majoritairement hors dollar
    • Les règles sont fixées à Pékin, New Delhi, Moscou, pas à Washington
    • Les technologies de pointe viennent de Chine et d’Inde
    • L’Afrique commerce principalement avec l’Asie
    • L’Amérique latine regarde vers le Pacifique, pas l’Atlantique
    • L’Europe est réduite à un marché de consommation vieillissant

    Ce monde est déjà en gestation. Les BRICS ne sont pas juste une alliance économique, c’est un projet civilisationnel alternatif. Un monde multipolaire où aucune puissance ne peut imposer sa volonté aux autres.

    Que faire face à cette tectonique des plaques géopolitiques ?

    Pour nous, Occidentaux, et particulièrement Européens, la question est cruciale. Allons-nous continuer à nous accrocher aux basques des Américains jusqu’à sombrer avec eux ? Ou allons-nous enfin comprendre que notre intérêt est de nous rapprocher de ce nouveau monde qui émerge ?

    La France a des atouts : une présence en Afrique (même déclinante), une tradition diplomatique non-alignée (le gaullisme), des technologies de pointe, une culture respectée. Mais pour les valoriser, il faudrait sortir de la soumission atlantiste et penser en termes d’intérêts nationaux et européens.

    Quelques pistes concrètes :

    • Diversifier nos réserves : Acheter de l’or, des yuans, des actifs BRICS
    • Apprendre les langues : Mandarin, hindi, arabe, portugais – les langues du futur
    • Comprendre les cultures : Sortir de notre ethnocentrisme occidental
    • Investir dans les liens : Développer des partenariats directs avec les pays BRICS
    • Penser souveraineté : Retrouver notre indépendance stratégique

    Le train BRICS est en marche. Soit nous montons dedans, soit nous restons sur le quai de la gare à regarder le monde nous dépasser. Le choix nous appartient encore. Pour combien de temps ?

    Ce qui est certain, c’est que le monde de 2040 ne ressemblera en rien à celui que nous avons connu. Les BRICS ne sont pas une mode passagère ou un club de mécontents. C’est la manifestation concrète d’un rééquilibrage historique du pouvoir mondial. Un rééquilibrage qui était inévitable après 500 ans de domination occidentale.

    Prenez très au sérieux ce qui se passe. L’histoire s’écrit sous nos yeux. Et pour une fois, ce n’est pas l’Occident qui tient la plume.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Evangeline Shaw / Unsplash

  • L’Afrique face à Gaza, le Sud global bouscule l’ordre établi
    L’Afrique face à Gaza, le Sud global bouscule l’ordre établi
    L’Afrique du Sud porte plainte contre Israël devant la Cour pénale internationale pour la situation à Gaza, suivie par la Namibie. Un tournant historique où le Sud global prend le leadership moral face à l’inaction occidentale.

    C’est une ironie de l’Histoire qui ne manque pas de sel. Alors que la France, autoproclamée « patrie des droits de l’homme », reste silencieuse, c’est de Pretoria que vient la voix de la justice internationale. L’Afrique du Sud vient de saisir la Cour pénale internationale concernant la situation à Gaza, et ce geste résonne bien au-delà des prétoires de La Haye.

    Quand l’Afrique reprend le flambeau de la justice

    Le monde se souviendra que ce n’est pas la France, mais c’est l’Afrique du Sud. Cette phrase, je l’ai écrite avec une amertume mêlée de fierté. Fierté pour ce pays qui a connu l’apartheid et qui reconnaît l’injustice quand il la voit. Amertume pour mon propre pays qui abdique ses valeurs fondamentales.

    L’initiative sud-africaine n’est pas isolée. La Namibie vient de rejoindre ce que j’appelle « l’axe du Bien » – expression provocatrice, j’en conviens, mais qui reflète le renversement moral en cours. Pendant que l’Occident tergiverse, calcule, temporise, c’est le Sud global qui ose nommer les choses.

    Cette démarche juridique n’est pas qu’une procédure administrative. C’est un acte politique majeur qui redéfinit les rapports de force internationaux. Pour la première fois depuis longtemps, ce ne sont plus les anciennes puissances coloniales qui dictent l’agenda moral mondial.

    Le réveil du Sud global

    Il faut comprendre la portée symbolique de ce moment. L’Afrique du Sud, pays qui a subi l’apartheid pendant des décennies, qui a connu la ségrégation institutionnalisée, qui a vu Nelson Mandela emprisonné 27 ans pour avoir osé réclamer l’égalité, ce pays-là se dresse aujourd’hui pour dire « stop ».

    Ce n’est pas un hasard si c’est Cyril Ramaphosa qui mène cette charge. L’ANC, le parti de Mandela, n’a jamais oublié qui l’a soutenu pendant les années sombres. Les Palestiniens étaient aux côtés des Sud-Africains dans leur lutte contre l’apartheid. Aujourd’hui, l’Afrique du Sud rend la pareille.

    Mais au-delà de la dette historique, c’est une nouvelle géopolitique qui se dessine. Le Sud global – Afrique, Amérique latine, Asie – refuse désormais de jouer les seconds rôles dans le concert des nations. Ces pays ont leurs propres valeurs, leur propre lecture du droit international, et ils entendent bien les faire valoir.

    Une diplomatie africaine en mutation

    Cette affirmation africaine sur la scène internationale ne se limite pas à la question palestinienne. On observe une transformation profonde de la diplomatie africaine :

    • Refus croissant du paternalisme occidental
    • Développement de partenariats Sud-Sud
    • Affirmation d’une voix propre dans les instances internationales
    • Remise en question des narratifs dominants

    Le continent qui a longtemps été perçu comme le réceptacle passif de l’aide internationale devient acteur de sa propre destinée diplomatique.

    La honte française et le silence européen

    « I’m French and I never been so ashamed », ai-je écrit en anglais, comme pour que le monde entier comprenne ma honte. Car oui, j’ai honte. Honte de voir mon pays, qui se gargarise de son passé révolutionnaire, qui brandit à tout bout de champ la Déclaration des droits de l’homme, rester muet face à ce qui se passe à Gaza.

    Cette honte n’est pas qu’un sentiment personnel. Elle reflète le malaise profond d’une partie croissante de la population française qui ne se reconnaît plus dans la politique étrangère de son pays. Où sont passés nos principes ? Où est notre indépendance diplomatique tant vantée ?

    L’Europe dans son ensemble fait pâle figure. Bruxelles, si prompte à donner des leçons de démocratie au monde entier, si rapide à sanctionner les violations des droits humains quand elles arrangent ses intérêts, reste étrangement silencieuse. Cette hypocrisie n’échappe à personne, et surtout pas aux pays du Sud.

    Le prix du silence

    Ce silence occidental aura des conséquences durables :

    • Perte de crédibilité morale sur la scène internationale
    • Affaiblissement du soft power occidental
    • Renforcement des alliances alternatives (BRICS, Union africaine)
    • Remise en question du leadership occidental sur les droits humains

    L’émergence d’une nouvelle architecture internationale

    Ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement la question palestinienne. C’est toute l’architecture internationale héritée de 1945 qui vacille. Le monopole occidental sur la définition du bien et du mal, du juste et de l’injuste, est contesté.

    Les institutions internationales elles-mêmes sont bousculées. La CPI, longtemps accusée de ne poursuivre que des dirigeants africains, se trouve saisie par des pays africains pour juger des actions d’un allié occidental. Le renversement est total.

    Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large de rééquilibrage des pouvoirs mondiaux. La montée en puissance économique de l’Asie, l’affirmation politique de l’Amérique latine, le réveil diplomatique de l’Afrique : tous ces éléments convergent vers un monde véritablement multipolaire.

    Les BRICS comme alternative

    L’élargissement récent des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) illustre cette dynamique. Ces pays représentent désormais :

    • Plus de 40% de la population mondiale
    • Un quart du PIB mondial
    • Une alternative crédible aux institutions de Bretton Woods
    • Une voix dissidente dans le concert des nations

    Les Palestiniens, miroir de nos contradictions

    « On avait Tintin au Congo, on va avoir les Palestiniens au Congo », ai-je noté avec une ironie amère. Cette référence à la bande dessinée colonialiste d’Hergé n’est pas anodine. Elle souligne comment l’Occident a toujours instrumentalisé les souffrances des autres à ses propres fins.

    Mais cette fois, c’est différent. Les Palestiniens ne sont plus seulement des victimes passives dont on raconte l’histoire. Ils sont devenus le symbole d’une lutte plus large contre l’injustice, un miroir dans lequel se reflètent toutes nos contradictions occidentales.

    L’idée que les Palestiniens pourraient être accueillis au Congo, au Tchad ou au Rwanda révèle aussi autre chose : la solidarité du Sud. Pendant que l’Europe ferme ses frontières et que les États-Unis regardent ailleurs, c’est l’Afrique qui ouvre ses bras. Paradoxal pour un continent lui-même confronté à d’immenses défis.

    Vers un nouvel ordre moral mondial ?

    Ce qui émerge sous nos yeux, c’est peut-être la naissance d’un nouvel ordre moral mondial. Un ordre où les anciennes puissances coloniales ne dicteraient plus unilatéralement ce qui est juste ou injuste. Un ordre où les voix du Sud compteraient autant que celles du Nord.

    Cette transformation ne sera pas sans heurts. Les puissances établies ne céderont pas facilement leur monopole moral. Mais le mouvement semble irréversible. La jeunesse mondiale, connectée et consciente, ne se satisfait plus des doubles standards et des hypocrisies diplomatiques.

    L’initiative sud-africaine à la CPI n’est qu’un début. D’autres pays suivront, d’autres voix s’élèveront. Le Sud global a trouvé sa voix, et il entend bien se faire entendre.

    Bref. Nous vivons un moment charnière de l’histoire contemporaine. Un moment où les cartes sont rebattues, où les certitudes vacillent, où de nouveaux acteurs émergent. L’Afrique du Sud et la Namibie montrent la voie. Reste à savoir si l’Occident saura entendre le message avant qu’il ne soit trop tard.

    Car au final, ce n’est pas seulement de Gaza qu’il s’agit. C’est de notre capacité collective à construire un monde plus juste, où la force ne fait plus le droit, où les principes ne sont plus à géométrie variable. Un monde où, pour reprendre les mots de Mandela, « être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. »

    La question reste ouverte : l’Occident saura-t-il se réinventer pour rester pertinent dans ce nouvel ordre mondial qui émerge ? Ou restera-t-il prisonnier de ses contradictions, spectateur impuissant de sa propre marginalisation morale ?

    Pour aller plus loin

    Sources et références