Étiquette : société

  • La France à la dérive : entre hypocrisie diplomatique et aveuglement stratégique
    La France à la dérive : entre hypocrisie diplomatique et aveuglement stratégique
    Alors que la France refuse l’asile à Edward Snowden et se prépare à frapper la Syrie, le pays s’enfonce dans ses contradictions. Entre tensions communautaires explosives et élites déconnectées, l’été 2013 révèle un pays qui a perdu ses repères moraux et stratégiques.

    Cet été 2013 restera dans les annales comme celui où la France a définitivement tourné le dos à ses principes. Pays des droits de l’Homme ? Laissez-moi rire. Phare de la diplomatie internationale ? Une blague de mauvais goût. Ce que je vois, moi, c’est un pays qui se couche devant les Américains, qui ferme les yeux sur ses propres fractures et qui s’apprête à déclencher une guerre dont personne ne mesure les conséquences.

    L’affaire Snowden : quand la France renonce à son âme

    Commençons par le commencement. Edward Snowden. Le lanceur d’alerte le plus courageux de l’histoire moderne vient de révéler au monde entier l’ampleur de la surveillance de masse américaine. PRISM, XKeyscore… Des programmes qui espionnent chaque citoyen, chaque communication, chaque mouvement numérique. Et que fait la France ? Rien. Pire : elle détourne le regard.

    Ce serait pourtant un signal très fort et courageux que de donner à Snowden l’asile politique en Europe et une résidence en France. Mais non. Nos dirigeants préfèrent lécher les bottes de Washington plutôt que de défendre les libertés fondamentales. Pendant ce temps, c’est le Venezuela de Maduro qui offre l’asile à Snowden. Le Venezuela ! Voilà où nous en sommes : les dictatures sud-américaines sont devenues plus courageuses que la patrie de Voltaire.

    Le plus pathétique dans cette affaire, c’est notre ministre Fleur Pellerin qui nous parle d’investir dans la cybersécurité. Investir dans quoi exactement ? Dans des systèmes pour mieux surveiller nos propres citoyens ? Parce que protéger les lanceurs d’alerte qui dénoncent ces dérives, visiblement, ce n’est pas à l’ordre du jour.

    Cette lâcheté diplomatique n’est que le symptôme d’un mal plus profond : nous sommes devenus les vassaux des États-Unis. Incapables de penser par nous-mêmes, incapables d’avoir une politique étrangère indépendante. De Gaulle doit se retourner dans sa tombe.

    Trappes : le miroir de nos fractures

    Mais pourquoi regarder à l’international quand notre propre maison brûle ? Les émeutes de Trappes en juillet dernier ont révélé ce que tout le monde refuse de voir : l’échec total de notre modèle d’intégration. Un simple contrôle d’identité lié à la loi sur le niqab, et voilà qu’une ville entière s’embrase.

    Le plus risible ? Benoît Hamon qui nous explique sur BFMTV qu’il fait « bon vivre » à Trappes. Mon dieu Benoît, y êtes-vous allé déjà ? Parce que moi, ce que je vois, c’est une ville où les forces de l’ordre sont attaquées, où des communautés entières vivent en vase clos, où la République a depuis longtemps baissé pavillon.

    On voit là les limites de l’application de la loi anti-niqab. Mais surtout, on voit l’urgence absolue d’équiper les policiers de caméras individuelles. Pourquoi ? Parce que dans ce genre de situation, il faut pouvoir établir les faits, protéger les policiers des accusations mensongères, mais aussi protéger les citoyens des bavures éventuelles.

    Christian Estrosi a raison sur un point : si on continue comme ça, dans moins de vingt ans, on aura des checkpoints à toutes les entrées des villes. C’est triste à dire, mais face à des populations qui refusent de s’intégrer, qui vivent selon leurs propres lois, quelle autre solution restera-t-il ?

    La folie guerrière syrienne

    Et comme si tout cela ne suffisait pas, voilà que François Hollande, notre ancien maire de Tulle reconverti en chef de guerre, veut nous entraîner dans le bourbier syrien. Avec son copain Obama, prix Nobel de la paix (quelle ironie !), ils déploient une énergie folle pour déclencher ce qui pourrait bien être l’Armageddon.

    Réfléchissons deux secondes. Assad est-il un dictateur ? Oui. A-t-il utilisé des armes chimiques ? Peut-être. Mais qui sont ses opposants ? Des démocrates épris de liberté ? Non. Des terroristes islamistes qui coupent les testicules de leurs ennemis et égorgent les chrétiens. Comme le dit très justement Gilbert Collard, un tyran modéré vaut mieux que des tyrans coupeurs de testicules.

    Le pire dans cette affaire, c’est l’aveuglement total de nos dirigeants. Ils croient vraiment qu’on peut faire des « frappes ciblées » sans conséquences ? La Syrie ne répliquera pas de façon mesurée à une intervention internationale. Au contraire. Et que fera Poutine, qui a déployé sa marine en Méditerranée ? Il restera les bras croisés ?

    Pour rester crédible, Poutine sera obligé de riposter. Et pour rester crédibles, Obama et Hollande seront obligés d’ouvrir le feu sur la marine russe. Voilà comment on déclenche la Troisième Guerre mondiale. Pour quoi ? Pour renverser Assad et le remplacer par des djihadistes ?

    Un pays sans boussole

    Ce qui ressort de cet été 2013, c’est l’image d’un pays qui a perdu tous ses repères. Nous avons renoncé à nos principes en refusant l’asile à Snowden. Nous fermons les yeux sur l’explosion de nos banlieues. Et nous nous préparons à une guerre dont personne ne veut, sauf quelques va-t-en-guerre de salon.

    Pendant ce temps, nos entrepreneurs croulent sous les charges. Nos policiers et pompiers se font agresser. Fukushima continue de déverser sa radioactivité dans le Pacifique (l’ancien directeur de la centrale vient de mourir d’un cancer à 58 ans, mais chut, il ne faut pas en parler). Et nos politiques ? Ils jouent aux apprentis sorciers.

    François Fillon a raison : les feux sont au rouge depuis bientôt dix ans. On est même passé au pourpre, puis à l’écarlate. On est dans le mur. Le 14 juillet, Hollande s’est fait huer tout le long des Champs-Élysées. Ce n’est pas un hasard. C’est le signe que les Français en ont marre de cette classe politique déconnectée, de ces élites qui nous mènent droit dans le précipice.

    Bref. La France de 2013, c’est un pays qui se couche devant les puissants, qui ferme les yeux sur ses problèmes internes et qui joue avec le feu sur la scène internationale. Si on continue comme ça, dans dix ans, on ne reconnaîtra plus notre pays. Mais peut-être est-ce déjà trop tard ?

    Pour aller plus loin

    • Les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance de masse (The Guardian)
    • Analyse des émeutes urbaines en France (Institut Montaigne)
    • La crise syrienne et ses enjeux géopolitiques (IFRI)
    • L’évolution du communautarisme en France (Fondation Jean Jaurès)
    • Les relations franco-américaines sous Hollande (Diploweb)

    Sources et références

    • Données sur les émeutes de Trappes – Ministère de l’Intérieur, juillet 2013
    • Révélations PRISM – Documents Snowden publiés par The Guardian, juin 2013
    • Sondages sur la popularité de François Hollande – IFOP, août 2013
    • Rapport sur la situation en Syrie – ONU, août 2013

    Photo : KOBU Agency / Unsplash

  • Boston sous le choc : analyse à chaud d’un attentat qui ébranle l’Amérique
    Boston sous le choc : analyse à chaud d’un attentat qui ébranle l’Amérique
    L’attentat du marathon de Boston soulève des questions cruciales sur la sécurité intérieure américaine et les motivations des attaquants. Alors que la traque des suspects bat son plein, l’analyse des premiers éléments révèle un acte qui pourrait être celui de loups solitaires agissant en autonomie.

    Trois jours après l’explosion qui a endeuillé le marathon de Boston, l’Amérique retient son souffle. Les images des deux suspects diffusées par le FBI ont déclenché une chasse à l’homme sans précédent. Mais au-delà de l’émotion légitime, c’est tout un système de sécurité et une société qui se retrouvent questionnés.

    Un attentat aux multiples lectures possibles

    L’attaque coordonnée du 15 avril dernier pose immédiatement la question du mobile. Qui peut vouloir frapper ainsi le cœur symbolique de l’Amérique lors d’un événement aussi populaire que le marathon de Boston ? Les premières heures ont vu fleurir toutes les hypothèses.

    D’un côté, certains pointent du doigt les groupes pro-armes à feu. Le timing de l’attaque, en plein débat sur le contrôle des armes après la tuerie de Newtown, n’est pas anodin. La date elle-même – le 15 avril, jour de la déclaration d’impôts aux États-Unis et proche de l’anniversaire de l’attentat d’Oklahoma City – pourrait suggérer une action de l’extrême droite américaine.

    De l’autre, le mode opératoire – des bombes artisanales dissimulées dans des sacs à dos – évoque davantage les méthodes du terrorisme international. Les services de renseignement scrutent les connections possibles avec des réseaux islamistes, même si aucune revendication n’est venue étayer cette piste pour l’instant.

    Mais une troisième voie se dessine, peut-être la plus troublante : celle d’individus agissant en totale autonomie, sans connexion avec des groupes organisés. Des loups solitaires motivés par une haine personnelle de l’Amérique et de ses valeurs.

    Le profil troublant des suspects

    Les informations qui filtrent sur les deux suspects – apparemment des frères – dessinent un portrait complexe. Jeunes, apparemment intégrés, rien ne semblait les prédestiner à commettre un tel acte. C’est précisément ce qui rend leur geste encore plus déstabilisant pour la société américaine.

    Si l’hypothèse de l’action autonome se confirme, nous serions face à un phénomène particulièrement inquiétant. Des individus capables de basculer dans la violence extrême sans signes avant-coureurs, sans appartenance à des réseaux surveillés. Le cauchemar absolu pour les services de sécurité.

    Cette autonomie supposée soulève des questions fondamentales. Comment des jeunes gens peuvent-ils en arriver à haïr suffisamment leur pays d’adoption pour vouloir « mettre les USA à l’envers » ? Quels mécanismes de radicalisation sont à l’œuvre, loin des mosquées surveillées et des groupes extrémistes fichés ?

    Une Amérique vulnérable malgré l’arsenal sécuritaire

    L’attentat de Boston révèle cruellement les limites du dispositif de sécurité américain post-11 septembre. Malgré les milliards investis dans la sécurité intérieure, malgré la surveillance généralisée et les restrictions de libertés acceptées au nom de la lutte antiterroriste, deux individus déterminés ont pu frapper en plein cœur d’une grande ville américaine.

    Cette vulnérabilité est d’autant plus flagrante que l’attaque a visé un événement populaire, ouvert, symbole de la vie américaine normale. Comment protéger efficacement des milliers de marathons, de parades, de rassemblements qui font le tissu social du pays ? La réponse sécuritaire a ses limites évidentes.

    Plus troublant encore, la manière dont se déroule la traque des suspects. L’ironie est cruelle si l’on découvre que ces individus qui ont semé la terreur se font finalement arrêter lors d’un banal larcin dans une supérette. Après avoir mis en échec tout l’appareil sécuritaire américain, échouer sur un vol à l’étalage révélerait l’amateurisme fondamental de leur démarche.

    Les questions qui dérangent

    Au-delà de l’enquête en cours, cet attentat pose des questions dérangeantes sur la société américaine elle-même. Si des jeunes gens apparemment intégrés peuvent basculer ainsi dans la violence nihiliste, qu’est-ce que cela dit de la capacité d’intégration du modèle américain ?

    La polarisation extrême du débat politique, l’omniprésence des armes, la violence latente qui imprègne la culture populaire, les inégalités croissantes – tous ces facteurs créent-ils un terreau propice à l’émergence de ces loups solitaires ? La question mérite d’être posée, même si elle dérange.

    Et que dire de la réaction prévisible des autorités ? Plus de surveillance, plus de contrôles, plus de restrictions. Le cycle infernal de la peur et de la sécurité qui grignote toujours un peu plus les libertés fondamentales. Benjamin Franklin avait prévenu : « Ceux qui peuvent renoncer à la liberté essentielle pour obtenir un peu de sécurité temporaire ne méritent ni la liberté ni la sécurité. »

    L’ombre du doute

    Un aspect particulièrement troublant mérite réflexion. Que se passera-t-il si le second suspect, une fois arrêté, clame son innocence ? Dans l’atmosphère survoltée actuelle, avec la pression médiatique et politique énorme, quelle place restera-t-il pour le doute raisonnable ?

    L’histoire américaine récente regorge d’exemples d’erreurs judiciaires dans des affaires hautement médiatisées. La présomption d’innocence, pilier du système judiciaire, résiste mal à la vindicte populaire et à la soif de vengeance. Les images diffusées par le FBI sont-elles suffisantes pour établir la culpabilité ? Les preuves sont-elles irréfutables ?

    Ces questions peuvent sembler déplacées dans le contexte actuel, mais elles sont essentielles. La justice expéditive n’est jamais la vraie justice. Et l’histoire nous enseigne que les périodes de crise sont propices aux errements judiciaires les plus graves.

    Vers quelle Amérique ?

    L’attentat de Boston marque peut-être un tournant. Non pas tant par son ampleur – tragique mais limitée comparée à d’autres drames – mais par ce qu’il révèle de l’état de la société américaine.

    Si l’hypothèse des loups solitaires se confirme, c’est tout le modèle de lutte antiterroriste qui devra être repensé. Comment surveiller des individus qui ne communiquent avec personne, qui se radicalisent seuls devant leur ordinateur, qui passent à l’acte sans signes avant-coureurs ?

    La tentation sera grande de renforcer encore l’arsenal sécuritaire, d’étendre la surveillance, de restreindre les libertés. Mais c’est précisément cette spirale qui pourrait alimenter la haine et le ressentiment de nouveaux candidats à la violence nihiliste.

    L’Amérique se trouve à la croisée des chemins. Soit elle cède à la peur et s’enferme dans une forteresse sécuritaire toujours plus oppressante. Soit elle trouve le courage de s’interroger sur les racines profondes de cette violence et d’y apporter des réponses autres que répressives.

    Le choix qui sera fait dans les jours et semaines à venir déterminera le visage de l’Amérique pour les années à venir. Et au-delà, c’est tout le modèle occidental qui est questionné. Car si le rêve américain produit de tels cauchemars, quelle alternative proposer à ceux qui se sentent exclus du système ?

    Boston pleure ses morts et soigne ses blessés. Mais les vraies blessures sont peut-être plus profondes, nichées au cœur d’une société qui ne sait plus comment intégrer ses marges et qui répond à la violence par toujours plus de violence. Un cercle vicieux dont on ne voit pas, hélas, comment sortir.

    Pour aller plus loin

    • « The Looming Tower » de Lawrence Wright – Une plongée dans les mécanismes de la radicalisation
    • « Columbine » de Dave Cullen – Pour comprendre la violence nihiliste en Amérique
    • Les rapports de la commission sur le 11 septembre – Les leçons non apprises
    • « Manufacturing Consent » de Noam Chomsky – Sur la manipulation médiatique en temps de crise

    Sources et références

    • Communiqués officiels du FBI sur l’enquête en cours
    • Statistiques du National Counterterrorism Center sur les attentats domestiques
    • Rapport 2012 de l’ACLU sur les libertés civiles post-11 septembre
    • Données du Pew Research Center sur la polarisation politique américaine

    Photo : Sergey Konstantinov / Unsplash