Étiquette : Saïf al-Islam Kadhafi

  • Désastre annoncé et trahison des généraux en Libye
    Désastre annoncé et trahison des généraux en Libye
    En février 2026, la Libye est un champ de ruines. Les promesses de stabilité après la chute de Kadhafi se sont envolées, remplacées par une guerre larvée entre factions rivales, des milices incontrôlables et une économie en lambeaux. Ce qui choque aujourd’hui, ce n’est pas l’ampleur du désastre – prévisible depuis des années – mais l’impunité de ceux qui l’ont orchestré, et la complicité des puissances étrangères qui jouent avec le feu libyen.

    Le silence assourdissant autour de Saïf al-Islam Kadhafi

    Le 3 février 2026, une vidéo circule sur les réseaux sociaux. On y voit Saïf al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien dictateur, s’exprimer depuis une résidence inconnue. Son discours est flou, ses propos ambigus, mais une chose est claire : il est toujours en vie, et il compte bien jouer un rôle dans l’avenir de la Libye.

    Pourquoi cette apparition provoque-t-elle une telle onde de choc ? Parce qu’elle rappelle une vérité que beaucoup avaient tenté d’enterrer : la Libye n’a jamais vraiment tourné la page Kadhafi. Après la chute du régime en 2011, les espoirs d’une transition démocratique ont rapidement cédé la place à une guerre civile. Et aujourd’hui, en 2026, les mêmes acteurs – ou leurs héritiers – se disputent le pouvoir, comme si rien n’avait changé.

    Saïf al-Islam, condamné à mort par contumace en 2015, puis amnistié en 2021 dans des circonstances troubles, incarne cette continuité. Son retour sur le devant de la scène n’est pas une surprise, mais une confirmation : la Libye est toujours prisonnière de son passé. Et ce passé, personne ne semble vouloir le régler.

    « C’est une véritable catastrophe. Je suis profondément choqué et révolté. »

    Ces mots, je les ai écrits le 3 février. Pas par naïveté, mais par colère. Parce que ce qui se passe en Libye n’est pas une fatalité. C’est le résultat d’années d’aveuglement, de calculs cyniques et d’abandon. La communauté internationale a tourné le dos à la Libye dès que le pétrole a cessé de couler à flots. Les Nations Unies ont multiplié les conférences sans jamais imposer de solutions. Et les Libyens, eux, paient le prix du sang.

    2011-2026 : quinze ans de chaos organisé

    Pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter à 2011. La chute de Mouammar Kadhafi, après 42 ans de dictature, aurait dû ouvrir une nouvelle ère. Au lieu de cela, elle a plongé le pays dans le chaos. Les milices qui avaient combattu le régime se sont retournées les unes contre les autres, transformant la Libye en un champ de bataille.

    En 2014, le pays se scinde en deux : à l’ouest, le Gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par l’ONU, basé à Tripoli ; à l’est, le Parlement de Tobrouk, soutenu par le maréchal Khalifa Haftar et son Armée nationale libyenne (ANL). Pendant des années, cette division a paralysé le pays, chaque camp étant soutenu par des puissances étrangères aux intérêts divergents.

    La Turquie et le Qatar ont armé le GNA, tandis que l’Égypte, les Émirats arabes unis et la Russie ont soutenu Haftar. La France, officiellement neutre, a été accusée d’avoir fourni un appui logistique à l’ANL. Pendant ce temps, les Libyens subissaient les conséquences : pénuries, inflation galopante, corruption généralisée.

    En 2020, un cessez-le-feu est enfin signé, suivi d’élections prévues pour décembre 2021. Mais ces élections n’ont jamais eu lieu. Les divisions entre les factions étaient trop profondes, les ingérences étrangères trop nombreuses. Et depuis, la situation n’a fait qu’empirer.

    L’effondrement économique : le vrai visage du désastre

    En 2026, la Libye est au bord de la faillite. Le pays, qui dépend à 95 % de ses exportations de pétrole, voit ses revenus s’effondrer. Les champs pétrolifères sont régulièrement bloqués par des milices qui réclament des rançons ou des postes au gouvernement. En janvier 2026, la production est tombée à moins de 500 000 barils par jour, contre 1,6 million avant 2011.

    Les conséquences pour la population sont dramatiques. Le dinar libyen a perdu plus de 90 % de sa valeur depuis 2011. Les salaires des fonctionnaires ne sont plus versés que sporadiquement. Les hôpitaux manquent de tout : médicaments, équipements, personnel. Et la crise humanitaire s’aggrave, avec plus de 400 000 déplacés internes, selon les chiffres du Rapport des besoins humanitaires 2025.

    Pourtant, personne ne semble s’en soucier. Les grandes puissances ont d’autres priorités : la guerre en Ukraine, les tensions en mer de Chine, les crises migratoires en Méditerranée. La Libye n’est plus qu’un dossier parmi d’autres, un problème à gérer en coulisses, loin des projecteurs.

    La trahison des généraux : quand l’armée devient une milice

    Le 3 mars 2026, un nouveau coup de théâtre secoue la Libye. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, un groupe d’officiers supérieurs annonce la destitution des principaux généraux de l’Armée nationale libyenne (ANL), accusés de corruption et de trahison. À leur place, des « jeunes officiers compétents » sont promus, sans que personne ne sache vraiment qui ils sont.

    « C’est une catastrophe, ils ont remplacé les Généraux par des gamelins. »

    Cette phrase, je l’ai écrite avec un mélange d’amertume et de résignation. Parce que ce qui se passe en Libye en 2026 n’est pas une révolution, mais une farce. Les généraux qui ont dirigé l’ANL pendant des années – Khalifa Haftar en tête – étaient loin d’être des saints. Mais au moins, ils avaient une certaine expérience, une certaine légitimité aux yeux d’une partie de la population.

    Leur remplacement par des inconnus, des « gamelins » comme je les appelle, est le symptôme d’un mal plus profond : l’effondrement de l’État libyen. L’armée, qui aurait dû être le dernier rempart contre le chaos, est devenue une milice comme les autres, soumise aux caprices des factions et aux ingérences étrangères.

    Qui sont ces nouveaux généraux ?

    Les noms des nouveaux promus circulent sur les réseaux sociaux, mais personne ne sait vraiment qui ils sont. Certains seraient des proches de Saïf al-Islam Kadhafi, d’autres des hommes de paille des milices de l’ouest. Ce qui est sûr, c’est qu’ils n’ont ni l’expérience ni la légitimité pour diriger une armée.

    Leur nomination est un coup de poker. Un pari risqué, qui pourrait soit stabiliser la situation, soit plonger le pays dans une nouvelle guerre civile. Car en Libye, les généraux ne sont pas de simples militaires. Ils sont des acteurs politiques, des chefs de guerre, des hommes d’affaires. Leur remplacement par des inconnus est perçu comme une provocation par les milices rivales, qui pourraient voir là une opportunité de reprendre les armes.

    Et c’est là que le bât blesse. Parce que ces « gamelins » ne sont pas arrivés au pouvoir par hasard. Ils sont le résultat d’un système qui a favorisé l’incompétence, la corruption et le clientélisme. Un système où les postes ne s’obtiennent pas par le mérite, mais par les alliances et les pots-de-vin.

    La responsabilité de la communauté internationale

    Face à ce désastre, une question s’impose : où est la communauté internationale ? Où sont les Nations Unies, l’Union européenne, les États-Unis ? Pourquoi personne n’agit pour empêcher la Libye de sombrer ?

    La réponse est simple : parce que personne n’a intérêt à ce que la Libye se stabilise. Pour les puissances régionales – Turquie, Égypte, Émirats –, la Libye est un terrain de jeu où elles peuvent régler leurs comptes sans risquer une guerre ouverte. Pour les grandes puissances – États-Unis, Russie, Chine –, la Libye est un dossier secondaire, un problème à gérer en coulisses, sans s’impliquer directement.

    Et pour l’Europe ? La Libye est avant tout un problème migratoire. Depuis 2015, l’Union européenne a dépensé des milliards d’euros pour « stabiliser » la Libye et empêcher les migrants de traverser la Méditerranée. Mais ces fonds ont surtout servi à armer des milices, à corrompre des fonctionnaires et à enrichir des trafiquants. Résultat : la Libye est toujours aussi instable, et les migrants continuent de mourir en mer.

    En 2026, l’Union européenne a réduit ses financements, lassée par l’absence de résultats. Les ONG, elles, sont de plus en plus critiques, dénonçant une politique migratoire qui repose sur la violation des droits humains. Mais rien ne change. Parce que personne ne veut vraiment que ça change.

    Le cynisme des puissances étrangères

    La Russie, elle, a trouvé en Libye un terrain d’expérimentation. Depuis 2019, le groupe Wagner – une société militaire privée proche du Kremlin – opère en Libye, soutenant l’ANL de Khalifa Haftar. Officiellement, Moscou nie toute implication. Mais les preuves sont accablantes : armes russes, mercenaires sur le terrain, soutien logistique.

    Pour la Russie, la Libye est un moyen de contrer l’influence occidentale en Afrique du Nord, et de sécuriser des contrats pétroliers. Pour les États-Unis, c’est un dossier secondaire, tant que le chaos ne déborde pas sur les pays voisins. Et pour la Chine, c’est une opportunité d’investir dans les infrastructures, en échange de contrats juteux.

    Bref. La Libye est un pays sacrifié, un laboratoire à ciel ouvert où les grandes puissances testent leurs stratégies sans se soucier des conséquences pour la population.

    Et maintenant ?

    En février 2026, la Libye est au bord du gouffre. Les institutions sont en lambeaux, l’économie est à genoux, et les milices se disputent les derniers morceaux du gâteau. Les généraux ont été remplacés par des inconnus, et personne ne sait ce que l’avenir réserve.

    Pourtant, une chose est sûre : le désastre libyen n’est pas une fatalité. Il est le résultat de quinze ans d’erreurs, de calculs cyniques et d’abandon. La communauté internationale a tourné le dos à la Libye dès que le pétrole a cessé d’intéresser. Les puissances régionales ont transformé le pays en un champ de bataille. Et les Libyens, eux, paient le prix du sang.

    Alors, que faire ? Faut-il encore croire en une solution politique ? Faut-il espérer que les nouvelles autorités – aussi incompétentes soient-elles – parviendront à stabiliser le pays ? Ou faut-il se résoudre à l’idée que la Libye est condamnée à sombrer dans le chaos ?

    Une chose est certaine : tant que les grandes puissances continueront de jouer avec le feu libyen, tant que les milices continueront de faire la loi, et tant que les généraux – qu’ils soient expérimentés ou « gamelins » – continueront de trahir leur pays, la Libye restera un champ de ruines.

    Et les Libyens, eux, continueront de payer le prix.

    Pour aller plus loin

    Sources et références