Putain mais c’est pas croyable. Excusez-moi pour le langage fleuri, mais ces gens, on les arrête quand ? Cette phrase, je l’ai écrite spontanément sur Twitter ce matin. Et vous savez quoi ? Je ne la retire pas. Je ne m’excuse pas vraiment. Parce qu’il y a des moments où la politesse devient complice de l’inacceptable.
La colère comme dernier rempart de la lucidité
Nous vivons une époque étrange où l’on s’offusque davantage d’un juron que d’un mensonge d’État. Où un « putain » fait plus scandale qu’un détournement de fonds publics. Où l’on préfère la forme au fond, le vernis à la vérité.
Je fais partie de cette génération d’entrepreneurs qui a grandi avec l’idée qu’on pouvait changer les choses par le dialogue, la négociation, le compromis. Trente ans plus tard, force est de constater que pendant qu’on dialoguait poliment, d’autres pillaient allègrement.
La colère n’est pas qu’une émotion. C’est un signal d’alarme. Quand elle devient systématique, quotidienne, partagée par des millions de gens, elle révèle quelque chose de profond sur l’état de notre société.
Les raisons de s’indigner ne manquent pas
Chaque jour apporte son lot de révélations qui devraient nous révolter :
- Des ministres qui mentent effrontément devant les caméras
- Des entreprises qui fraudent en toute impunité
- Des lobbies qui dictent les lois censées les réguler
- Des médias qui relaient la propagande sans sourciller
- Des citoyens qu’on infantilise à longueur de journée
Et face à tout ça, on devrait rester polis ? Mesurés ? Respectueux ? Le respect se mérite. Il ne se décrète pas.
L’hypocrisie du langage châtié
Il y a quelque chose de profondément hypocrite dans cette obsession du langage policé. On peut détruire des vies avec des mots choisis. On peut mentir avec élégance. On peut voler avec distinction.
Les pires saloperies de l’histoire ont été commises par des gens très bien élevés. Les génocides ont été planifiés dans des salons feutrés, avec du thé et des petits gâteaux. Les crises financières ont été orchestrées par des messieurs en costume trois-pièces au vocabulaire impeccable.
Alors non, je ne m’excuserai pas d’utiliser un langage fleuri quand la situation l’exige. Parce que parfois, un bon « putain » vaut mieux que mille périphrases hypocrites.
Le piège de la bienséance
Cette obsession de la forme nous piège. Pendant qu’on débat de la pertinence d’un juron, les vrais problèmes continuent. C’est une technique de diversion vieille comme le monde :
- Déplacer le débat sur la forme plutôt que sur le fond
- Disqualifier le messager pour éviter de traiter le message
- Créer des polémiques artificielles pour masquer les vrais scandales
- Imposer des codes de conduite qui neutralisent la contestation
Bref, nous faire perdre notre temps et notre énergie sur des broutilles pendant que l’essentiel nous échappe.
Toutes ces conneries, on les arrête quand ?
Cette question, je me la pose tous les jours. Et je sais que je ne suis pas le seul. Des millions de gens se réveillent chaque matin avec cette même interrogation lancinante : jusqu’où ira-t-on dans l’absurde ?
Le problème, c’est qu’on attend toujours que quelqu’un d’autre agisse. Que « les autorités » fassent leur travail. Que « la justice » passe. Que « le système » se réforme. Mais si ces trente dernières années m’ont appris quelque chose, c’est que le système ne se réforme pas. Il s’adapte, il mute, il survit. Mais il ne change pas fondamentalement.
L’impunité comme règle, la sanction comme exception
Ce qui me révolte le plus, c’est cette impunité généralisée. On vit dans un monde où :
- Les petits délits sont sévèrement punis
- Les grands crimes restent impunis
- La justice a deux vitesses, voire trois ou quatre
- Les puissants négocient, les faibles trinquent
- L’exemplarité ne s’applique qu’aux sans-grade
Cette inversion des valeurs finit par rendre fou. Comment expliquer à nos enfants qu’il faut respecter des règles que les dirigeants violent allègrement ?
De l’indignation à l’action
Mais l’indignation seule ne suffit pas. Elle est nécessaire, elle est le carburant du changement, mais elle doit se transformer en action. Sinon, elle devient stérile, voire toxique.
Après trente ans dans l’entrepreneuriat, j’ai appris que râler ne sert à rien si on ne propose pas d’alternative. Critiquer est facile, construire est difficile. Mais c’est précisément parce que c’est difficile que c’est nécessaire.
Les pistes pour agir
Alors, concrètement, on fait quoi ? Voici quelques pistes que j’explore :
- Créer des alternatives : ne plus attendre que le système change, construire à côté
- S’organiser localement : les grandes révolutions commencent par de petites actions
- Refuser de jouer le jeu : désobéissance civile, boycott, non-coopération
- Documenter et partager : l’information est une arme, utilisons-la
- Soutenir ceux qui osent : lanceurs d’alerte, journalistes indépendants, activistes
Ce ne sont pas des solutions miracles. Il n’y en a pas. Mais c’est un début.
L’urgence de dire les choses
Nous sommes à un moment charnière. Les masques tombent, les vernis craquent, les façades s’effondrent. C’est le moment de dire les choses, crûment, directement, sans fioriture.
Oui, je continuerai à utiliser un langage fleuri quand la situation l’exige. Non, je ne m’en excuserai plus. Parce qu’entre la vulgarité des mots et la vulgarité des actes, mon choix est fait.
La vraie obscénité n’est pas dans un juron. Elle est dans l’acceptation passive de l’inacceptable. Elle est dans cette résignation collective qui nous fait dire « c’est comme ça » face à l’injustice.
Le temps de la radicalité modérée
Je ne prône pas la violence. Je ne crois pas au grand soir. Mais je crois à ce que j’appelle la « radicalité modérée » : être radical dans l’analyse, modéré dans l’action. Voir les choses telles qu’elles sont, sans concession, mais agir avec mesure et intelligence.
Cette radicalité commence par les mots. Par le refus de l’euphémisme, du politiquement correct, de la langue de bois. Par l’affirmation que oui, parfois, un bon « putain » dit plus de vérité que mille discours lénifiants.
Conclusion : l’indignation comme devoir citoyen
Alors oui, je continuerai à m’indigner. À m’énerver. À utiliser des gros mots quand la coupe est pleine. Parce que l’indignation n’est pas qu’un droit, c’est un devoir. Le devoir de ne pas accepter l’inacceptable. Le devoir de dire non. Le devoir de résister.
Et si ça dérange, tant mieux. C’est fait pour. Parce que le confort de quelques-uns ne vaut pas le malheur de tous. Parce que la politesse ne doit pas devenir complice de l’injustice. Parce qu’il y a des moments où il faut choisir son camp.
Toutes ces conneries, on les arrête quand ? La réponse est simple : quand on arrêtera de les accepter. Quand on arrêtera de s’excuser d’être en colère. Quand on comprendra que l’indignation n’est pas le problème, mais le début de la solution.
Alors non, je ne m’excuse pas pour le langage fleuri. J’assume. Et j’espère que vous aussi, vous oserez dire les choses comme elles sont. Avec vos mots, votre style, mais avec la même sincérité. Parce que c’est de ça dont on a besoin aujourd’hui : de sincérité, pas de politesse.
Pour aller plus loin
- Indignez-vous ! de Stéphane Hessel
- La désobéissance civile : définition et enjeux
- De la colère à l’action collective
- Les lanceurs d’alerte en France
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