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  • Macron, sa Calédonie et ses JO
    Macron, sa Calédonie et ses JO
    Emmanuel Macron a passé dix-sept heures à Nouméa pour éteindre un incendie qui brûle depuis quarante ans. Entre une Calédonie à feu et à sang, des Jeux olympiques transformés en opération de sécurité militarisée et un discours de la Sorbonne où la « Nation européenne » remplace la France, le printemps 2024 révèle un président dont l’horizon n’est plus celui de son pays. Voici pourquoi je pense que ni la Calédonie, ni le 9 juin ne changeront quoi que ce soit.

    Avant-hier matin, heure de Nouméa, l’avion présidentiel atterrit à La Tontouta. Dix-sept heures sur place, une réunion avec les élus loyalistes et indépendantistes, une photo devant les carcasses calcinées de Nouméa, une annonce — la réforme constitutionnelle « ne sera pas passée en force » — et retour à Paris.

    Dix-sept heures. Pour un territoire où sept personnes sont mortes en dix jours, dont deux gendarmes. Où l’aéroport international est fermé aux vols commerciaux. Où le patronat local chiffre déjà les dégâts à plus d’un milliard d’euros, soit près d’un cinquième du PIB de l’archipel.

    Je l’ai écrit avant son départ, et je le maintiens.

    J’estime que Président Macron ne parviendra probablement pas à rétablir la paix civile en Calédonie, la probabilité pour que ça se produise est inférieure à 23 % de chance. Une période calme pourrait être observée quelques jours mais dès qu’il aura le dos tourné…

    Ce n’est pas du pessimisme de salon. C’est une lecture froide de ce qui se joue là-bas, et de ce que ce président est — ou n’est plus — capable de faire.

    Calédonie : trente-six ans de patience détruits en trois semaines

    Reprenons, parce que la plupart des commentateurs découvrent la Nouvelle-Calédonie comme on découvre un pays étranger. En 1988, après l’assaut de la grotte d’Ouvéa et une quasi-guerre civile, Michel Rocard arrache les accords de Matignon. Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur se serrent la main. Tjibaou sera assassiné par les siens l’année suivante pour ce geste.

    En 1998, l’accord de Nouméa institue un compromis d’une intelligence rare : transferts progressifs de compétences, citoyenneté calédonienne, « destin commun », et surtout un corps électoral restreint pour les scrutins locaux. Gelé définitivement en 2007. En clair : arrivé après 1998, vous ne votez pas aux provinciales. C’est une entorse assumée à l’égalité républicaine, contrepartie d’une décolonisation négociée.

    Trois référendums d’autodétermination plus tard — 56,7 % de non en 2018, 53,3 % en 2020, puis 96,3 % en 2021 avec un boycott indépendantiste massif et 56 % d’abstention — le processus de Nouméa est juridiquement épuisé. Il fallait inventer la suite.

    La suite choisie par Paris ? Un projet de loi constitutionnelle dégelant le corps électoral, adopté par le Sénat en avril, puis par l’Assemblée nationale dans la nuit du 14 au 15 mai. Environ 25 000 électeurs supplémentaires, soit près de 15 % du corps électoral. Pour les indépendantistes, une dilution mécanique et définitive du vote kanak. Le lendemain, l’archipel s’embrasait.

    Ce que dix-sept heures ne peuvent pas régler

    Ma question est simple et je la repose : quel problème concret des Kanaks Emmanuel Macron a-t-il réglé sur place ?

    Le prix du panier alimentaire, 70 % plus cher qu’en métropole ? L’effondrement de la filière nickel, avec des usines à l’arrêt et un modèle économique subventionné qui ne tient plus face à l’Indonésie ? Le chômage des jeunes de la province Nord et des Îles ? Les inégalités patrimoniales entre le Grand Nouméa et le reste du territoire ?

    Rien de tout cela n’est dans les annonces. Ce qui est dans les annonces, c’est un report — la réforme n’est pas retirée, elle est suspendue jusqu’à fin juin — et un appel au dialogue avec des interlocuteurs qui, pour partie, ne se reconnaissent plus dans le FLNKS historique. La CCAT, cette structure née en novembre 2023, est portée par une génération née après l’accord de Nouméa. Elle n’a pas signé les accords. Elle ne se sent tenue par aucune promesse de 1988.

    C’est là que le calcul devient implacable. On ne rétablit pas une paix civile avec 3 000 gendarmes et une visite éclair quand la question posée est celle de la souveraineté et du partage des richesses. J’avais écrit que pour que la Calédonie française reste française, il faudrait que le président s’installe sur place aussi longtemps qu’il le faudrait. Personne ne l’a fait. Personne ne le fera.

    « La Nation européenne » : le glissement de l’horizon

    Pourquoi ce désengagement ? Parce que le cadre mental du président n’est plus national. Le 25 avril, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, il prononce un discours de près de deux heures dont la phrase qui restera est : « notre Europe peut mourir ». Sept ans après son premier discours au même endroit, il réclame un changement de « paradigme » — préférence européenne, défense commune, doublement du budget de l’Union, europe « puissance ».

    On peut trouver l’analyse pertinente. Je la trouve d’ailleurs partiellement juste sur le fond : l’Europe est effectivement en train de décrocher économiquement et technologiquement. Mais lisez le texte et cherchez la France. Elle y est comme un moyen, jamais comme une fin.

    Président Macron n’en a plus rien à foutre de la France, c’est la nouvelle génération, ce qui compte c’est la Nation européenne désormais pour lui. Les deux générations après lui c’est encore pire, ils sont au-delà du concept de nationalité.

    Le contraste est saisissant quand on regarde ses partenaires. En janvier, il était l’invité d’honneur de la fête de la République indienne à Jaipur, aux côtés de Narendra Modi — qu’il avait reçu comme invité d’honneur du 14 Juillet six mois plus tôt. Pendant que Modi mène sa campagne électorale sur un nationalisme hindou assumé, sans le moindre complexe, notre président explique que le salut passe par la dilution des souverainetés.

    Même dissonance sur l’immigration. Rishi Sunak fait adopter en avril sa loi sur le Rwanda, dit crûment ce qu’il veut faire des déboutés du droit d’asile, et l’Union européenne adopte au même moment son Pacte asile et migration — procédures accélérées aux frontières, mécanisme de « solidarité obligatoire », centres de tri. Sunak dit tout haut ce qu’Attal et Macron pensent tout bas, et ce que Bruxelles écrit en petits caractères. La différence n’est pas de nature, elle est de franchise.

    Des dossiers de guerre confiés à des débutants

    Il y a un deuxième problème, plus grave que l’idéologie : la compétence.

    Les gamins autour de Président Macron, et Macron lui-même, n’ont pas les compétences requises pour gérer de tels dossiers. On avait prévenu.

    Regardez l’attelage. Un Premier ministre de 35 ans, le plus jeune de l’histoire de la République. Un ministre des Affaires étrangères de 38 ans, ancien conseiller en communication devenu patron d’un parti avant de devenir chef de la diplomatie française. Un cabinet présidentiel où l’on gère la Calédonie comme un dossier interministériel de plus, entre deux séquences de communication.

    Le résultat le plus spectaculaire de cette impréparation, c’est l’Ukraine. Depuis février, le président laisse entendre que l’envoi de troupes au sol « ne doit pas être exclu », puis précise début mai qu’il l’envisagerait si le front russe percait et si Kiev le demandait. On peut débattre de l’intérêt stratégique de l’ambiguïté. On peut aussi constater que l’armée française aligne aujourd’hui de l’ordre de 200 000 militaires d’active, avec des stocks de munitions calibrés pour des opérations expéditionnaires, pas pour une guerre d’attrition de haute intensité contre une puissance nucléaire.

    Alors disons-le sans détour : si ce président déploie des militaires français en Ukraine contre la Russie, nous serons vraiment dans un très mauvais scénario. Et ce ne sont pas les commentateurs bruxellois qui expliquent que « la voix de la France porte et est respectée » qui iront sur place.

    Choose France, JO 2024 : le président-influenceur

    Ce qui fonctionne, en revanche, c’est la machine de communication. Et je le dis sans ironie complète : c’est probablement le meilleur influenceur que la Ve République ait produit. Photos de boxe en noir et blanc, mise en scène permanente, occupation totale de l’espace numérique, discours-fleuves à l’architecture soignée.

    Le 13 mai, septième édition de Choose France à Versailles : 15 milliards d’euros d’investissements étrangers annoncés, 56 projets, un record. La France est présentée pour la cinquième année consécutive comme le pays le plus attractif d’Europe pour les investissements étrangers. Et là, je veux être honnête, y compris contre mon propre camp critique.

    Moi je veux savoir ce que Marine Le Pen compte faire à la place de Président Macron avec des trucs comme #chooseFrance car rien n’indique qu’elle ne ferait pas pire.

    Poser la question, c’est déjà reconnaître qu’il y a quelque chose à préserver. Les annonces de Versailles ne sont pas des créations d’emplois vérifiées — ce sont des intentions, souvent recyclées d’une année sur l’autre, et l’écart entre annonce et réalisation reste la grande zone d’ombre de l’exercice. Mais un pays qui capte des capitaux vaut mieux qu’un pays qui les fait fuir. Ceux qui veulent gouverner devront dire ce qu’ils mettent à la place, précisément, chiffres en main. Pour l’instant, silence.

    Les JO, ou la France transformée en camp retranché

    L’autre grande opération de communication s’ouvre le 26 juillet. Et je persiste : on n’en veut pas de ces JO-là, que ce soit clair.

    Non par détestation du sport, mais parce que l’objet a changé de nature. Une cérémonie d’ouverture sur la Seine dont la jauge est passée de 600 000 à environ 300 000 spectateurs, avec un « plan B » évoqué par le président lui-même à la mi-avril — repli sur le Trocadéro ou le Stade de France en cas de menace. Environ 45 000 policiers et gendarmes mobilisés le jour de l’ouverture, 18 000 militaires sur l’ensemble des Jeux, des renforts de polices étrangères, des périmètres à QR code pour circuler chez soi.

    Côté finances, le comité d’organisation affiche un budget d’environ 4,4 milliards d’euros majoritairement privé, auquel s’ajoutent les 4,4 milliards de la Solideo pour les ouvrages, la sécurité publique, les transports, les hôpitaux. La Cour des comptes rappelle depuis des mois que la facture publique sera nettement supérieure aux estimations initiales. Et pendant les Jeux, il faudra effectivement mettre les bouchées doubles sur la sécurité, parce que le pays entier sera une cible pendant trois semaines.

    Un pays qui doit militariser sa capitale pour organiser une fête, ce n’est pas un pays qui rayonne. C’est un pays qui se protège.

    Le 9 juin ne changera rien, et il le sait

    Dans quinze jours, les Français votent pour le Parlement européen. Les sondages donnent la liste du Rassemblement national autour de 31 à 33 %, celle de la majorité entre 15 et 17 %, avec un Parti socialiste redevenu compétitif. Le Premier ministre est monté lui-même sur le ring face à Jordan Bardella jeudi soir, ce qui est en soi un aveu de faiblesse : on n’envoie pas le chef du gouvernement débattre avec une tête de liste quand on est confiant.

    Mais soyons lucides sur les conséquences. Le président n’a strictement rien à faire du résultat du 9 juin, et rien ne changera ensuite. Une élection européenne à la proportionnelle, sans enjeu de pouvoir exécutif national, avec une abstention qui dépassera probablement les 50 % : c’est un sondage grandeur nature, pas un transfert de souveraineté. Il n’y aura ni dissolution, ni changement de cap, ni inflexion sur la Calédonie, l’Ukraine ou l’Europe.

    Ce qui se joue est ailleurs : dans la fabrication d’un rapport de force pour 2027, et dans la lente dévitalisation du sentiment national chez les générations qui viennent. C’est le pari implicite de ce président. Il perdra peut-être les élections intermédiaires, mais il aura installé un cadre — européen, post-national, technocratique — que ses successeurs auront le plus grand mal à défaire.

    Ce qu’il faut surveiller dans les prochaines semaines

    • Fin juin en Calédonie : si aucun accord global n’émerge, la réforme constitutionnelle revient sur la table. Ce serait le scénario du rallumage immédiat.
    • Le nickel : sans plan de sauvetage crédible de la filière, aucun accord politique ne tiendra. L’économie de l’archipel est le vrai dossier, personne n’en parle.
    • La réouverture de La Tontouta aux vols commerciaux : c’est l’indicateur le plus fiable du retour au calme réel, bien plus que les communiqués officiels.
    • La séquence olympique : le moindre incident majeur entre le 26 juillet et le 11 août aura des conséquences politiques hors de proportion.
    • Le discours d’après-9 juin : écoutez bien s’il parle de la France ou de l’Europe. Vous saurez où nous en sommes.

    Reste une question que je pose sincèrement, sans posture. Ce président a construit sa carrière sur l’idée que la nation était un cadre dépassé et que l’histoire allait dans son sens. Trois référendums en Calédonie, la guerre en Ukraine, le repli protectionniste américain et l’affirmation décomplexée de l’Inde ou de la Turquie disent exactement le contraire.

    Que fait-on d’un chef d’État dont la grille de lecture est démentie par les faits, mais qui dispose encore de trois ans de pouvoir plein ? Bref. On attend, et on regarde brûler.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

  • Eurovision 2024, la musique devient champ de bataille géopolitique
    Eurovision 2024, la musique devient champ de bataille géopolitique
    L’Eurovision 2024 révèle une politisation sans précédent du concours musical, transformant la scène en tribune géopolitique. Cette instrumentalisation annonce-t-elle le même scénario pour les JO de Paris ?

    Samedi soir, devant nos écrans. L’Eurovision bat son plein. Mais quelque chose cloche. Les paillettes et les chorégraphies kitsch ont laissé place aux drapeaux palestiniens, aux slogans politiques et aux huées. Ce qui devait être une célébration de la diversité musicale européenne s’est mué en champ de bataille idéologique.

    Je regarde cette débâcle avec consternation. Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment un concours de chansons créé pour rapprocher les peuples après la Seconde Guerre mondiale est-il devenu le théâtre d’affrontements aussi violents ?

    La participation israélienne : une bombe à retardement

    La présence d’Eden Golan, représentante d’Israël, cristallise toutes les tensions. Dans le contexte actuel du conflit à Gaza, sa simple participation transforme l’Eurovision en referendum géopolitique. Les manifestations se multiplient dans les rues de Malmö. Les appels au boycott fusent sur les réseaux sociaux.

    Ce qui me frappe, c’est l’hypocrisie du système. L’Union Européenne de Radiodiffusion (UER) prétend que l’Eurovision est apolitique. Vraiment ? Alors pourquoi la Russie a-t-elle été exclue après l’invasion de l’Ukraine en 2022 ? Pourquoi la Biélorussie a-t-elle vu sa chanson censurée en 2021 pour son contenu politique ?

    La réalité, c’est que l’Eurovision n’a jamais été neutre. Depuis sa création en 1956, le concours reflète les tensions géopolitiques de son époque :

    • 1969 : quatre pays gagnent ex-aequo dans un contexte de guerre froide
    • 1982 : le Royaume-Uni gagne pendant la guerre des Malouines
    • 2016 : l’Ukraine remporte avec une chanson sur la déportation des Tatars de Crimée
    • 2022 : l’Ukraine gagne à nouveau en pleine guerre contre la Russie

    Mais cette année, nous franchissons un cap. La politisation n’est plus sous-jacente, elle est frontale, assumée, revendiquée.

    Bilal Hassani : le symbole d’une France qui se cherche

    Et au milieu de ce chaos, je repense à Bilal Hassani. Notre représentant français de 2019, artiste non-binaire d’origine marocaine, qui avait déjà suscité la polémique. Sa participation interrogeait : comment un artiste ouvertement queer et de culture musulmane serait-il reçu, notamment à Tel Aviv où se déroulait le concours cette année-là ?

    Bilal incarnait alors tous les paradoxes de notre époque. D’un côté, célébré comme symbole de diversité et de tolérance. De l’autre, cible d’attaques haineuses venues de tous bords. Son cas illustre parfaitement comment l’Eurovision est devenue un miroir grossissant de nos fractures sociétales.

    La question qui se pose : dans le contexte actuel, un artiste comme Bilal pourrait-il encore représenter la France ? Ou serions-nous paralysés par la peur de froisser tel ou tel camp ? La culture de l’annulation et la polarisation extrême des opinions rendent désormais impossible tout consensus.

    L’instrumentalisation des minorités

    Ce qui me dérange profondément, c’est comment les minorités sexuelles et ethniques sont instrumentalisées dans ces débats. On brandit la tolérance LGBT+ comme un étendard occidental face à un Orient supposément arriéré. On utilise des artistes comme Bilal Hassani comme des pions sur l’échiquier géopolitique.

    Pendant ce temps, les véritables enjeux de discrimination et d’inclusion sont noyés dans le vacarme des slogans. Les artistes eux-mêmes deviennent otages de causes qui les dépassent.

    Le précédent inquiétant pour les JO 2024

    Ce qui se passe à l’Eurovision devrait nous alarmer. Car dans deux mois, Paris accueillera les Jeux Olympiques. Et je prédis que nous allons vivre la même chose, en pire.

    Imaginez. Des athlètes arborant des keffiehs sur les podiums. Des drapeaux palestiniens brandis dans les tribunes. Des manifestations aux abords des sites olympiques. Des appels au boycott. Des polémiques sur la participation de tel ou tel pays.

    Les JO ont toujours eu une dimension politique, c’est indéniable :

    • 1936 : les Jeux de Berlin instrumentalisés par le régime nazi
    • 1972 : l’attentat de Munich contre la délégation israélienne
    • 1980 et 1984 : les boycotts croisés pendant la guerre froide
    • 2008 : les polémiques sur les droits de l’homme en Chine
    • 2014 : Sotchi et les lois anti-LGBT russes

    Mais ce qui nous attend cet été risque d’être d’une autre ampleur. La guerre à Gaza aura probablement encore des répercussions. Les tensions communautaires en France sont à leur paroxysme. Macron et son gouvernement marchent sur des œufs.

    La sécurité : le défi impossible

    Comment sécuriser des Jeux dans ce contexte ? Les autorités françaises prévoient déjà un dispositif sans précédent : 45 000 policiers et gendarmes, 20 000 agents de sécurité privés, possiblement des militaires. Mais peut-on vraiment empêcher toute forme de protestation politique ?

    Le Comité International Olympique (CIO) interdit théoriquement toute manifestation politique pendant les compétitions. La règle 50 de la Charte olympique est claire : « Aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique. »

    Mais qui y croit encore ? Cette règle sera-t-elle appliquée de manière équitable ? Ou verrons-nous, comme à l’Eurovision, une application à géométrie variable selon les intérêts en jeu ?

    La fin de l’illusion universaliste

    Ce qui se joue, au fond, c’est l’effondrement de l’idéal universaliste qui sous-tendait ces grands événements internationaux. L’Eurovision devait unir l’Europe par la musique. Les JO devaient rassembler le monde par le sport. Ces beaux principes volent en éclats face à la réalité des conflits contemporains.

    Nous assistons à une tribalisation accélérée. Chaque camp se replie sur ses certitudes. Le dialogue devient impossible. La nuance est perçue comme une trahison. Vous êtes soit avec nous, soit contre nous.

    Dans ce contexte, des événements comme l’Eurovision ou les JO deviennent des caisses de résonance pour ces antagonismes. Ils amplifient les divisions au lieu de les transcender.

    Le rôle des réseaux sociaux

    Les réseaux sociaux jouent un rôle déterminant dans cette escalade. Twitter, Instagram, TikTok transforment chaque micro-événement en polémique mondiale. Un geste, un drapeau, une phrase sortie de son contexte peuvent déclencher des tsunamis de haine.

    Les algorithmes favorisent les contenus clivants. La modération devient plus émotionnelle. Les bulles de filtres renforcent les biais de confirmation. Résultat : nous vivons dans des réalités parallèles irréconciliables.

    Que faire face à cette dérive ?

    Franchement, je n’ai pas de solution miracle. Comment dépolitiser des événements qui, par leur nature même, sont politiques ? Comment créer des espaces de célébration commune dans un monde fracturé ?

    Peut-être faut-il accepter cette réalité et adapter nos attentes. Cesser de prétendre que le sport ou la musique peuvent transcender la politique. Reconnaître que ces événements sont des miroirs de nos sociétés, avec leurs beautés et leurs laideurs.

    Ou peut-être faut-il repenser entièrement ces formats. Créer de nouveaux espaces, de nouvelles règles, de nouveaux modes de participation qui prennent en compte la complexité du monde actuel.

    Une chose est sûre : continuer comme si de rien n’était n’est plus une option. L’Eurovision 2024 nous montre que le roi est nu. Les JO de Paris confirmeront probablement ce diagnostic.

    Alors, préparons-nous. L’été sera chaud, et pas seulement à cause du réchauffement climatique. Les paillettes et les médailles ne suffiront plus à masquer les fractures béantes de notre époque.

    La question n’est plus de savoir si ces événements seront politisés. Elle est de savoir comment nous allons gérer cette politisation inévitable. Avec intelligence et nuance ? Ou dans l’hystérie et la violence ?

    Je crains de connaître déjà la réponse.

    Pour aller plus loin

    Photo : Kao Rodriguez / Unsplash