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  • L’Italie face au virus, chronique d’un pays en quarantaine
    L’Italie face au virus, chronique d’un pays en quarantaine
    L’Italie devient le premier pays européen à imposer un confinement massif face au Covid-19, isolant des millions de personnes dans le nord du pays. Une situation dramatique qui révèle les failles de la solidarité européenne et soulève des questions troublantes sur les origines de cette crise.

    Je regarde avec stupéfaction ce qui se passe en Italie. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, un pays européen impose un confinement massif à sa population. Des villes entières sont bouclées, des millions de personnes assignées à résidence. C’est du jamais vu dans l’Europe moderne.

    Ce qui me frappe d’abord, c’est l’anomalie statistique. L’Italie compte environ 300 000 résidents chinois, contre 700 000 en France. Pourtant, c’est l’Italie qui se retrouve en première ligne face à cette épidémie venue de Chine. Comment expliquer cette disproportion ? Les routes commerciales ? Le hasard d’un super-propagateur ? Ou quelque chose de plus troublant ?

    Un confinement d’une ampleur inédite

    Le 23 février, onze villes italiennes sont placées en lockdown. C’est le début d’une escalade vertigineuse. En quelques jours, ce sont douze provinces du Nord qui sont isolées du reste du pays et du monde. Milan, capitale économique, Venise, joyau touristique – toutes verrouillées.

    Les chiffres donnent le vertige : nous parlons de plusieurs dizaines de millions de personnes concernées. Des Italiens, mais aussi des milliers d’Européens présents dans ces régions pour affaires ou tourisme, tous pris au piège.

    Le 4 mars, toutes les écoles ferment sur l’ensemble du territoire italien. Le lendemain, c’est au tour des cinémas et salles de spectacle. Le pays se barricade progressivement, secteur par secteur.

    Sur les réseaux sociaux, des médecins italiens lancent des cris d’alarme. Ils affirment que la situation dans les hôpitaux est « inimaginable » et « complètement hors de contrôle ». Ils n’ont jamais été préparés à une telle pandémie, disent-ils. Ces témoignages glaçants nous parviennent comme des messages de détresse depuis une zone de guerre sanitaire.

    La fuite éperdue des populations

    Face au confinement annoncé, la panique s’empare de nombreux habitants du Nord. Des scènes surréalistes se produisent : des files interminables aux gares, des embouteillages monstres aux sorties d’autoroute. Chacun tente de fuir avant que le piège ne se referme.

    La police italienne se déploie pour empêcher ces exodes. Des contrôles stricts sont mis en place. Qui peut sortir ? Uniquement ceux qui ont une « urgence absolue ». Mais qu’est-ce qu’une urgence absolue quand on craint pour sa vie et celle de sa famille ?

    Je me mets à la place d’un chef de famille dans cette zone. Que faire ? Rester et risquer la contamination dans une région qui semble abandonnée ? Ou tenter de fuir, quitte à propager le virus ailleurs ? Dilemme cornélien que des millions d’Italiens affrontent en ce moment même.

    Le courage politique face à la catastrophe

    Il faut reconnaître une chose : les dirigeants italiens font preuve d’un courage politique rare. Imposer un tel confinement, c’est sacrifier l’économie du pays. Le tourisme, pilier de l’économie italienne, s’effondre. Qui envisage encore de partir en vacances en Italie cet été ? Personne.

    Les conséquences vont au-delà de l’économique. C’est tout un mode de vie qui est remis en cause. Les Italiens devront-ils renoncer aux pâtes et aux pizzas si les chaînes d’approvisionnement sont rompues ? Question triviale en apparence, mais qui touche au cœur de l’identité nationale.

    Ce courage italien contraste cruellement avec l’attentisme français et allemand. Nous savons pourtant que le virus ne s’arrête pas aux frontières. L’exemple du match Juventus-Lyon est édifiant : 3000 supporters italiens du Nord autorisés à venir en France alors que leur région est déjà touchée. C’est de l’inconscience pure.

    L’Europe aux abonnés absents

    Ce qui me scandalise le plus dans cette crise, c’est le silence assourdissant de l’Europe. Où est la solidarité européenne tant vantée ? L’Italie, membre fondateur de l’Union, se retrouve seule face à la catastrophe.

    Pas d’aide médicale massive. Pas de coordination sanitaire. Pas même un message fort de soutien. L’Europe regarde-t-elle avec indifférence l’effondrement d’un de ses membres les plus eurocritiques ? La tentation de l’Italexit n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui.

    Cette absence de réaction européenne soulève des questions troublantes. À qui profite l’affaiblissement de l’Italie ? Qui a intérêt à voir ce pays s’effondrer économiquement et socialement ?

    Des questions qui dérangent

    Je vais poser les questions qui fâchent. Cette concentration anormale de cas en Italie est-elle vraiment le fruit du hasard ? Pourquoi l’Italie et pas l’Allemagne ou la France, qui ont des communautés chinoises plus importantes ?

    Certains parlent d’une possible attaque bactériologique. L’hypothèse peut sembler folle, mais regardons les faits : un pays stratégique de l’UE, connu pour son euroscepticisme croissant, se retrouve paralysé du jour au lendemain. Les conséquences géopolitiques sont énormes.

    Je ne prétends pas avoir les réponses. Mais je refuse de fermer les yeux sur ces anomalies. Trop d’éléments ne collent pas dans le récit officiel de la simple épidémie naturelle.

    L’échec annoncé du confinement ?

    Au-delà des théories, une réalité s’impose : nous devons envisager l’échec possible du confinement italien. Si des millions de personnes enfermées ensemble ne parviennent pas à enrayer l’épidémie, que faire ?

    Les images de fuite éperdue que nous voyons aujourd’hui pourraient n’être qu’un avant-goût. Si la situation empire, comment contenir des populations désespérées ? L’armée italienne a-t-elle les moyens de maintenir un tel dispositif dans la durée ?

    Plus inquiétant encore : si le confinement échoue en Italie, quel modèle alternatif adopter ? La Chine a réussi son confinement grâce à un appareil d’État totalitaire. L’Italie démocratique peut-elle obtenir les mêmes résultats ?

    Nous devons dès maintenant réfléchir à d’autres options. Le confinement total est-il la seule solution ? Existe-t-il des approches plus ciblées, moins destructrices économiquement et socialement ? Ces questions urgentes restent sans réponse.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Lawrence Krowdeed / Unsplash

  • Effondrement du pont Morandi à Gênes, les vraies questions
    Effondrement du pont Morandi à Gênes, les vraies questions
    L’effondrement du pont Morandi à Gênes le 14 août 2018 soulève des questions troublantes sur les causes réelles de la catastrophe. Entre l’hypothèse officielle de la foudre et les responsabilités d’Autostrade per l’Italia, propriété des Benetton, l’enquête révèle les failles du système italien de gestion des infrastructures.

    Le 14 août 2018, à 11h36, plusieurs centaines de mètres du viaduc Polcevera s’effondrent dans un fracas épouvantable. Ce pont autoroutier, plus connu sous le nom de pont Morandi du nom de son concepteur, enjambait depuis 1967 une zone urbaine densément peuplée de Gênes.

    L’un des trois piliers principaux s’écroule totalement, emportant avec lui deux sections de l’autoroute A10. Le bilan provisoire fait état de 43 morts et de dizaines de blessés. Mais au-delà du drame humain, cette catastrophe révèle des dysfonctionnements profonds dans la gestion des infrastructures italiennes.

    Une catastrophe annoncée depuis 2016

    « Le pont Morandi est un échec de l’ingénierie, il faudra le remplacer. » Cette déclaration d’Antonio Brencich, professeur à la faculté d’ingénierie de Gênes, date de 2016. Deux ans avant la catastrophe.

    La démolition du viaduc était officiellement envisagée depuis cette date. Le budget nécessaire était controversé car « absolument colossal » selon les termes employés à l’époque. Cette démolition programmée vient finalement de se réaliser partiellement, mais aux frais des assurances et au prix de dizaines de vies humaines.

    Le pont Morandi, inauguré en 1967, était déjà considéré comme vieillissant. Sa conception en béton précontraint avec des haubans, révolutionnaire à l’époque, présentait des faiblesses connues des ingénieurs. Les câbles de précontrainte étaient particulièrement sensibles à la corrosion dans l’environnement marin de Gênes.

    Plusieurs rapports d’expertise avaient pointé la nécessité de travaux de rénovation lourds. Mais entre les coûts astronomiques et la complexité technique, les décisions ont été reportées d’année en année.

    L’hypothèse de la foudre : crédible ou commode ?

    Dès les premières heures, la police italienne évoque la possibilité qu’un orage violent soit à l’origine de l’effondrement. Des témoins affirment avoir vu « un éclair » frapper la base du pylône principal pendant l’orage. Le béton se serait alors effrité, provoquant l’effondrement.

    Cette version des faits se précise rapidement. D’autres témoignages évoquent « des lueurs » près du pylône et « des bruits de canon », puis l’édifice qui se met à « vaciller sur sa base » avant de s’écrouler.

    Pourtant, cette hypothèse divise profondément les experts. Michel Virlogeux, l’ingénieur concepteur du viaduc de Millau, ne croit pas à l’hypothèse de la foudre. Il rappelle que « ce n’est pas la première fois qu’un viaduc s’effondre mais qu’à chaque fois c’est lié à une action extérieure généralement humaine ».

    Agathoklis Giaralis, directeur adjoint du Centre de recherche sur les structures de génie civil de l’Université de Londres, est encore plus catégorique : « Impossible que la foudre soit à l’origine de la catastrophe, ça n’est jamais arrivé nulle part. »

    Selon lui, « l’origine du problème n’est certainement pas la structure du viaduc, il y a eu quelque chose au niveau des fondations, de la base. » Une analyse qui contredit les premières observations, puisque de nouvelles photos du pylône montrent que la base est quasiment intacte.

    Les Benetton dans la tourmente

    Peu de gens savent que derrière cette catastrophe se cache l’un des empires industriels les plus puissants d’Italie. Autostrade per l’Italia, la société concessionnaire de l’A10, appartient à Atlantia, elle-même contrôlée par la famille Benetton.

    Cette révélation change complètement la donne. Les Benetton, connus mondialement pour leur marque de vêtements, contrôlent en réalité un vaste empire qui s’étend bien au-delà du textile. Atlantia gère plus de 3000 kilomètres d’autoroutes en Italie, générant des milliards d’euros de revenus annuels.

    Le président d’Autostrade, Fabio Cerchiai, et son directeur général Giovanni Castellucci, affirment que leurs ponts sont sûrs, maintenus et surveillés. Ils demandent qu’une enquête permette de découvrir ce qui est à l’origine de la catastrophe.

    Mais cette position défensive ne convainc pas. Le gouvernement populiste italien, arrivé au pouvoir quelques mois plus tôt, avait pourtant minimisé les préoccupations de sécurité concernant le pont de Gênes, les qualifiant de « conte de fées » avant la catastrophe.

    Un impact économique dévastateur

    L’effondrement du pont Morandi ne se résume pas à un drame humain. Il s’agit d’une catastrophe économique majeure pour l’Italie du Nord. Le port commercial de Gênes est le plus important d’Italie, et l’A10 constitue un axe stratégique pour le commerce européen.

    Les conséquences sont « terrifiantes » selon les premières estimations. Le déblaiement et la sécurisation du site nécessiteront entre 3 et 6 mois. Pour retrouver une autoroute A10 rétablie et opérationnelle, il faudra compter entre 2 et 3 ans selon les experts.

    Certains spécialistes évoquent même 3 à 5 ans pour reconstruire complètement un nouveau viaduc. En attendant, tout le trafic de marchandises entre la France, l’Italie du Nord et l’Europe de l’Est doit être détourné, générant des surcoûts considérables.

    L’impact sur l’économie ligure sera durable. Les entreprises locales, les commerces, les habitants du quartier sous le pont : tous subissent les conséquences d’une défaillance qui aurait pu être évitée.

    Une enquête qui tarde à venir

    Selon les premières investigations, c’est un étai qui se serait rompu, provoquant le déséquilibre et l’effondrement du pont. L’hypothèse de la foudre continue d’être « sérieusement étudiée » malgré le scepticisme des experts internationaux.

    Mais qui mène réellement cette enquête ? Les travaux de déblaiement ont déjà commencé dans certaines zones, mais on ne sait toujours pas quels sont les experts désignés ni selon quels protocoles ils opèrent.

    La France a ouvert sa propre enquête après l’effondrement, reconnaissant implicitement que les conséquences dépassent les frontières italiennes. Cette initiative française souligne les lacunes de la réponse italienne.

    « J’ai l’impression que personne ne cherche vraiment à savoir ce qui a provoqué la catastrophe du viaduc Morandi de Gênes », constatais-je il y a quelques jours. « On va nous expliquer que la foudre a frappé le pont et qu’il s’est ensuite écroulé. Phénomène naturel donc. »

    Au-delà de l’accident, les responsabilités

    Pour le moment, la catastrophe du viaduc Morandi reste officiellement d’origine accidentelle. Cette qualification arrange bien des intérêts. Un accident naturel, imprévisible, causé par un phénomène météorologique exceptionnel : voilà qui limite considérablement les responsabilités.

    Pourtant, les éléments s’accumulent pour dresser le portrait d’une négligence organisée. Un pont vieillissant, des alertes ignorées, des travaux reportés, une surveillance insuffisante : tous les ingrédients d’une catastrophe annoncée étaient réunis.

    L’effondrement d’un viaduc autoroutier traversant et surplombant une zone urbaine est « tout simplement insupportable ». Aucun édifice de ce genre ne devrait être autorisé à présenter de tels risques pour la population.

    Davide Ricci, témoin direct de la catastrophe, témoigne : « Les débris sont tombés 20 mètres devant ma voiture. D’abord le pylône central s’est effondré, puis tout le reste est tombé. » Son récit illustre la violence de l’effondrement et la chance qu’ont eue certains automobilistes d’échapper au pire.

    Cette catastrophe révèle les failles d’un système où les infrastructures critiques sont gérées par des entités privées dont l’objectif premier reste la rentabilité. Entre l’intérêt public et les dividendes des actionnaires, le choix semble avoir été fait depuis longtemps.

    Les vraies questions commencent maintenant. Qui va payer ? Qui va assumer les responsabilités ? Et surtout, comment éviter qu’une telle tragédie se reproduise ailleurs en Europe, sur d’autres infrastructures vieillissantes gérées selon les mêmes logiques ?

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Benja Godin / Unsplash

  • L’Italie populiste défie l’Europe, Rome redevient rebelle
    L’Italie populiste défie l’Europe, Rome redevient rebelle
    L’Italie de Matteo Salvini et Luigi Di Maio défie ouvertement l’Union européenne sur l’immigration et les finances publiques. Cette nouvelle donne politique transforme la péninsule en laboratoire du populisme européen, avec des conséquences qui dépassent largement ses frontières.

    L’Italie fait du bruit. Depuis l’investiture du gouvernement Conte le 1er juin 2018, la péninsule s’est transformée en épicentre de la contestation anti-européenne. Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur et chef de la Ligue, multiplie les provocations contre Bruxelles tandis que Luigi Di Maio, vice-Premier ministre du Mouvement 5 Étoiles, prépare un budget qui fait trembler les technocrates de la Commission.

    Cette Italie-là ne ressemble plus à celle, docile et européiste, que nous connaissions. Elle redécouvre sa vocation historique de puissance méditerranéenne indépendante, quitte à bousculer l’ordre établi.

    Et franchement, il était temps qu’on en parle sérieusement.

    La révolution populiste à l’italienne

    Le séisme électoral du 4 mars 2018 a bouleversé le paysage politique italien. La Ligue de Salvini explose à 17,4% des voix, le Mouvement 5 Étoiles devient le premier parti avec 32,7%. Les partis traditionnels s’effondrent : le Parti démocrate de Matteo Renzi chute à 18,8%, Forza Italia de Berlusconi stagne à 14%.

    Cette coalition improbable entre populistes de droite et de gauche forme le gouvernement le plus eurosceptique que l’Italie ait connu depuis sa fondation. Leur « Contrat pour le gouvernement du changement » lit comme un manifeste anti-establishment : revenu de citoyenneté, flat tax, remise en cause des traités européens.

    Giuseppe Conte, juriste inconnu du grand public, devient Premier ministre. Mais les vrais patrons, ce sont Salvini à l’Intérieur et Di Maio au Développement économique et au Travail. Deux hommes, deux visions, un objectif commun : casser les codes.

    Le message est clair : l’Italie ne sera plus le bon élève de l’Europe.

    L’Aquarius et la diplomatie du fait accompli

    L’affaire de l’Aquarius illustre parfaitement cette nouvelle donne. Le 10 juin 2018, Salvini refuse l’accostage du navire humanitaire transportant 629 migrants secourus en Méditerranée. « Les ports italiens sont fermés », déclare-t-il sèchement.

    Cette décision provoque un tollé européen. Emmanuel Macron dénonce une attitude « cynique et irresponsable ». Pedro Sánchez, nouveau Premier ministre espagnol, propose d’accueillir le navire à Valence. L’Aquarius navigue pendant des jours en Méditerranée, symbole d’une Europe divisée sur la question migratoire.

    Mais Salvini ne cède pas. Il transforme cette crise en victoire politique, démontrant que l’Italie peut imposer ses conditions à ses partenaires européens. Les sondages le confirment : sa popularité grimpe, la Ligue progresse dans les enquêtes d’opinion.

    Cette stratégie de confrontation révèle une réalité dérangeante : l’Italie a compris qu’elle pouvait faire chanter l’Europe sur l’immigration. Première porte d’entrée des migrants en provenance de Libye, elle menace désormais de les laisser partir vers le nord si on ne l’aide pas.

    Le bras de fer budgétaire qui s’annonce

    Sur le plan économique, Rome prépare un budget 2019 qui s’annonce explosif. Le gouvernement Conte promet un déficit à 2,4% du PIB pour financer ses réformes phares : le revenu de citoyenneté (780 euros par mois pour les plus démunis) et la flat tax à 15% pour les indépendants.

    Ces mesures coûteront entre 50 et 80 milliards d’euros selon les estimations. Problème : l’Italie croule déjà sous une dette publique de 2.300 milliards d’euros, soit 131% du PIB. Les marchés s’inquiètent, l’écart de taux avec l’Allemagne se creuse.

    Bruxelles observe cette dérive avec inquiétude. La Commission européenne a déjà ouvert une procédure pour déficit excessif contre l’Italie en 2009. Elle pourrait récidiver si Rome persiste dans sa fuite en avant budgétaire.

    Mais Di Maio assume : « Nous avons été élus pour changer les choses, pas pour faire plaisir à Bruxelles ». Cette posture de défiance systématique traduit une évolution profonde de la classe politique italienne, désormais convaincue que l’austérité européenne a échoué.

    Rome contre Bruxelles : un divorce annoncé ?

    Cette montée des tensions interroge sur l’avenir de l’Italie dans l’Union européenne. Pays fondateur de la CEE en 1957, la péninsule était jusqu’ici l’un des piliers de la construction européenne. Cette époque semble révolue.

    Salvini multiplie les déclarations anti-européennes. Il dénonce régulièrement « les bureaucrates de Bruxelles » et « les banquiers de Francfort ». Di Maio n’est pas en reste, accusant l’Allemagne de « colonialisme économique » et réclamant une renégociation des traités européens.

    Cette rhétorique trouve un écho croissant dans l’opinion publique italienne. Selon un sondage Ipsos de mai 2018, 59% des Italiens jugent négative l’appartenance à l’Union européenne, contre 37% en 2013. L’euro, symbole de l’intégration européenne, divise désormais le pays : 47% souhaitent son maintien, 41% son abandon.

    Face à cette dérive, les institutions européennes semblent démunies. Elles ne peuvent pas exclure l’Italie de l’Union – les traités ne le prévoient pas. Elles ne peuvent pas non plus fermer les yeux sur les violations répétées des règles budgétaires.

    L’effet domino européen

    L’expérience italienne dépasse largement le cadre national. Elle constitue un laboratoire grandeur nature du populisme au pouvoir en Europe. Viktor Orbán en Hongrie, Mateusz Morawiecki en Pologne observent avec attention cette confrontation entre Rome et Bruxelles.

    Si l’Italie réussit à imposer ses conditions à l’Europe sans subir de sanctions majeures, elle ouvrira la voie à d’autres contestations. L’effet domino pourrait alors emporter l’édifice européen tel que nous le connaissons.

    Cette perspective effraie les dirigeants européens traditionnels. Emmanuel Macron multiplie les appels du pied vers Rome, proposant une « refondation de l’Europe » pour éviter l’éclatement. Angela Merkel temporise, espérant que la crise se tassera d’elle-même.

    Mais l’Italie populiste ne semble pas disposée à faire marche arrière. Elle a trouvé dans la contestation européenne un ressort politique puissant, qui lui permet de mobiliser son électorat tout en masquant ses difficultés intérieures.

    Un réveil brutal pour l’Europe

    Cette crise italienne révèle les fragilités profondes du projet européen. Construite sur un consensus élitaire, l’Union européenne peine à intégrer la contestation populaire. Elle découvre brutalement que ses règles ne s’imposent que si les gouvernements nationaux acceptent de les respecter.

    L’Italie teste aujourd’hui les limites de ce système. Elle vérifie jusqu’où elle peut aller dans la transgression sans subir de sanctions irréversibles. Cette expérimentation grandeur nature interroge sur la solidité des institutions européennes.

    Car au-delà des postures politiciennes, les enjeux sont considérables. L’Italie reste la troisième économie de la zone euro, un pays de 60 millions d’habitants au cœur de la Méditerranée. Sa déstabilisation aurait des conséquences continentales.

    Alors oui, il va falloir « recadrer un peu l’Italien », comme je l’écrivais récemment. Mais ce recadrage ne pourra pas se faire par la force ou les sanctions. Il devra passer par une refondation en profondeur du projet européen, capable d’intégrer les aspirations populaires sans renoncer à ses valeurs fondamentales.

    L’alternative, c’est l’explosion. Et personne, pas même Salvini, ne peut sérieusement souhaiter ce scénario catastrophe.

    Pour aller plus loin

    Sources et références