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  • Burkini, plages et hypocrisie française, l’État se mêle de nos maillots de bain
    Burkini, plages et hypocrisie française, l’État se mêle de nos maillots de bain
    L’été 2016 a vu une vague d’interdictions du burkini déferler sur les plages françaises, de Cannes à Nice en passant par le Touquet. Derrière ces arrêtés municipaux, une question se pose : pourquoi un simple maillot de bain intégral suscite-t-il autant de passion, alors que d’autres tenues, bien plus provocatrices, sont tolérées sans sourciller ? Plongée dans un débat où la laïcité se mêle à l’hypocrisie politique.

    Un maillot de bain qui dérange plus que les partouzes sur la plage

    Je vais vous dire une chose : en France, on a le droit d’organiser des partouzes sur les plages où tout le monde est à poil, mais un burkini, ça, c’est impensable. Vous trouvez ça logique, vous ?

    Prenons un exemple concret. À Cap d’Agde, station balnéaire réputée pour son village naturiste, les libertins s’échangent en toute liberté, les couples se mélangent, et personne ne trouve rien à redire. Pourtant, à quelques centaines de kilomètres de là, à Cannes ou à Nice, une femme qui souhaite se baigner en burkini se voit infliger une amende, voire une expulsion de la plage. Le message est clair : la nudité intégrale, oui ; la pudeur, non.

    Cette contradiction n’est pas anodine. Elle révèle une forme d’hypocrisie collective, où certaines libertés sont jugées plus acceptables que d’autres. Comme si la laïcité à la française ne s’appliquait qu’à sens unique, en ciblant systématiquement les symboles associés à l’islam, tout en fermant les yeux sur d’autres pratiques, bien plus transgressives.

    Bref.

    Le burkini, une « provocation dégoûtante » ?

    Le 19 août 2016, la ville de Nice emboîte le pas à Cannes et interdit à son tour le burkini sur ses plages. Le maire, Christian Estrosi, ne mâche pas ses mots : pour lui, porter un burkini est une « provocation dégoûtante ». Une déclaration qui a fait le tour du monde, et qui a choqué bien au-delà des frontières françaises.

    Pourtant, quand on y regarde de plus près, le burkini n’a rien d’une tenue provocatrice. Conçu par une Australienne d’origine libanaise, Aheda Zanetti, ce maillot de bain intégral permet aux femmes musulmanes de se baigner tout en respectant leur pudeur. Il s’agit d’une solution pratique, moderne, et surtout, d’un choix personnel. Alors pourquoi tant de haine ?

    La réponse est simple : le burkini est devenu un symbole politique. Pour certains maires, interdire ce maillot de bain, c’est envoyer un message fort à une partie de la population. Un message qui dit : « Ici, c’est nous qui dictons les règles, et votre culture n’a pas sa place. »

    Mais à quel prix ? En faisant du burkini un enjeu politique, ces élus ont transformé un simple débat vestimentaire en une crise nationale. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la France n’en ressort pas grandie.

    Qui interdit quoi, et pourquoi ?

    Au 27 août 2016, cinq villes françaises ont déjà pris des arrêtés pour interdire le burkini : Cannes, Villeneuve-Loubet, Sisco, Le Touquet et Cogolin. Et d’autres pourraient suivre. Pourtant, ce qui est frappant, c’est que ces interdictions ne viennent pas uniquement des maires du Front National. Non, les premiers à avoir ouvert le bal sont des élus de droite, comme David Lisnard à Cannes ou Christian Estrosi à Nice.

    Pourquoi cette précipitation ? Officiellement, ces arrêtés sont justifiés par des « risques de troubles à l’ordre public ». En clair, les maires craignent que la présence de femmes en burkini ne provoque des tensions sur les plages. Mais est-ce vraiment le cas ? À Cannes, par exemple, les premiers incidents liés au burkini remontent à 2014, et ils étaient mineurs. Alors pourquoi en faire tout un plat en 2016 ?

    La réponse est à chercher du côté de la politique. En pleine période de tensions post-attentats, certains élus ont vu dans le burkini un moyen de marquer des points. En s’attaquant à ce symbole, ils envoient un signal fort à leur électorat : « Nous sommes fermes face à l’islamisme. »

    Mais cette stratégie est-elle vraiment efficace ? Rien n’est moins sûr. Car en interdisant le burkini, ces maires ne font que renforcer le sentiment d’exclusion chez une partie de la population. Et ils donnent aussi des arguments à ceux qui accusent la France de stigmatiser les musulmans.

    Le burkini, une marque déposée

    Saviez-vous que « Burkini » est une marque commerciale, déposée dans plusieurs pays, dont la France ? Ce détail a son importance, car il montre que ce maillot de bain n’est pas un simple vêtement religieux, mais bien un produit moderne, conçu pour répondre à un besoin spécifique.

    Aheda Zanetti, la créatrice du burkini, a d’ailleurs expliqué à plusieurs reprises que son invention n’avait rien à voir avec la religion. Il s’agissait avant tout de permettre aux femmes musulmanes de pratiquer des activités nautiques en toute sérénité. Et pourtant, en France, ce maillot est devenu l’objet de toutes les polémiques.

    Cette instrumentalisation du burkini est d’autant plus absurde que d’autres tenues, bien plus controversées, sont tolérées sans problème. Prenons l’exemple des piscines de Sarcelles, où des créneaux horaires sont réservés aux femmes d’une communauté religieuse. Personne ne s’en émeut. Pourtant, quand une femme porte un burkini sur une plage, c’est tout de suite la crise.

    La France, pays des Talibans ?

    Le 24 août 2016, je faisais une comparaison qui a fait bondir plus d’un : « À ma connaissance, deux peuples interdisent collectivement et massivement le burkini à ce jour : les Talibans, et les Français. »

    Bien sûr, cette phrase était volontairement provocatrice. Mais elle soulève une question légitime : comment un pays qui se revendique comme le berceau des droits de l’homme peut-il en arriver à interdire un simple maillot de bain ?

    La réponse tient en un mot : laïcité. En France, la laïcité est souvent invoquée pour justifier des mesures restrictives, comme l’interdiction du voile à l’école ou, plus récemment, du burkini sur les plages. Pourtant, la laïcité, telle qu’elle est définie par la loi de 1905, ne consiste pas à interdire les signes religieux dans l’espace public. Elle garantit la liberté de conscience et la neutralité de l’État, pas celle des citoyens.

    En interdisant le burkini, les maires français ont donc détourné le principe de laïcité à des fins politiques. Et ils ont donné l’impression que la France était prête à sacrifier ses valeurs fondamentales sur l’autel de la peur.

    Et ailleurs, comment ça se passe ?

    Pendant que la France s’enlise dans ce débat, le reste du monde observe, souvent avec incompréhension. Au Québec, par exemple, le Premier ministre Philippe Couillard a été clair : « Hors de question d’interdire aux femmes de porter le burkini à la plage. »

    Même son de cloche dans les pays musulmans. À Dubaï, par exemple, les règles sont simples : sur la plage, chacun porte ce qu’il veut, tant que la tenue est « appropriée ». Si un homme se présente en kurta, c’est le maître-nageur qui le rappelle à l’ordre. Pas de polémique, pas de crise politique, juste du bon sens.

    Et puis, il y a ces images qui circulent sur les réseaux sociaux : des plages du Liban ou de Turquie, où femmes en bikini et femmes en burkini cohabitent sans problème. Preuve que la mixité vestimentaire est possible, à condition de ne pas en faire un enjeu politique.

    Le burkini, partie de la solution ou du problème ?

    Pour moi, le burkini n’est pas un problème. Au contraire, il fait partie de la solution. Dans une société de plus en plus diversifiée, il permet à des femmes qui, autrement, ne mettraient jamais les pieds sur une plage, de profiter des joies de la baignade. C’est une avancée, pas une régression.

    Pourtant, en France, on a fait du burkini un symbole de l’islamisme radical. Comme si porter ce maillot de bain revenait à adhérer à une idéologie extrémiste. C’est absurde, et surtout, c’est contre-productif. Car en diabolisant le burkini, on pousse certaines femmes à se replier sur elles-mêmes, plutôt qu’à s’intégrer.

    Prenons un exemple. Dans les années 1960, les femmes qui portaient le bikini étaient souvent critiquées, voire insultées. Aujourd’hui, qui oserait dire que le bikini est un symbole d’oppression ? Personne. Et pourtant, à l’époque, c’était un débat tout aussi passionné que celui du burkini aujourd’hui.

    Alors, pourquoi ne pas laisser les femmes choisir ? Pourquoi ne pas accepter que certaines préfèrent le bikini, d’autres le burkini, et d’autres encore le topless ? La liberté, ce n’est pas imposer un modèle unique, mais permettre à chacun de vivre comme il l’entend.

    Un débat mondial, une indignation planétaire

    Le débat sur le burkini a dépassé les frontières françaises. Aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Australie, les médias se sont emparés du sujet, souvent pour critiquer la France. « Absurdité française », titrait un journal britannique. « La France, pays des droits de l’homme ? », s’interrogeait un quotidien américain.

    Et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon un sondage réalisé en août 2016, 64 % des Français seraient opposés au burkini, contre seulement 6 % favorables. Mais ce rejet est-il vraiment représentatif ? Pas sûr. Car ce sondage a été réalisé dans un contexte particulier, marqué par les attentats et une montée des tensions identitaires.

    Ce qui est certain, c’est que ce débat a terni l’image de la France à l’étranger. Et il a aussi révélé une fracture profonde au sein de la société française. D’un côté, ceux qui voient dans le burkini une menace pour les valeurs républicaines. De l’autre, ceux qui y voient une atteinte à la liberté individuelle.

    Et demain, que restera-t-il de cette polémique ?

    Je suis très serein sur le burkini à long terme. Un jour, les mêmes qui aujourd’hui le diabolisent devront s’excuser. Car cette polémique, comme tant d’autres, finira par passer. Et le burkini, lui, restera.

    Pourtant, cette affaire laisse un goût amer. Elle montre à quel point la France a du mal à accepter sa diversité. À quel point elle a peur de l’autre, de ce qui est différent. Et à quel point ses dirigeants sont prêts à instrumentaliser les peurs pour gagner des voix.

    Alors, oui, les plages françaises seront peut-être un jour « inondées » de femmes en burkini, comme je le prédisais il y a quelques semaines. Mais ce ne sera pas une défaite. Ce sera une victoire. La victoire d’une société qui aura enfin appris à vivre ensemble, sans chercher à imposer ses normes à tout prix.

    En attendant, une question reste en suspens : et vous, seriez-vous à l’aise sur une plage où cohabitent femmes en bikini, femmes en burkini, et femmes en topless ?

    Pour aller plus loin

    Sources et références