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  • Barnier, et le gouvernement est déjà mort-né
    Barnier, et le gouvernement est déjà mort-né
    Nommé le 5 septembre après cinquante et un jours de gouvernement démissionnaire, Michel Barnier n’a toujours pas d’équipe onze jours plus tard. Derrière le calme apparent, l’arithmétique parlementaire, le mur budgétaire et la dépendance au Rassemblement national dessinent une équation insoluble. Je vous explique pourquoi je considère cet attelage comme mort-né, et quels signaux concrets surveiller dans les semaines qui viennent.

    Le 5 septembre, à 12h30, l’Élysée lâche enfin le nom. Michel Barnier, 73 ans, Premier ministre de la République française.

    Cinquante et un jours d’attente depuis la démission de Gabriel Attal, le 16 juillet. Un record sous la Vᵉ République. Et pour quel résultat ? Un ancien ministre de l’Environnement de 1993, négociateur du Brexit, sixième chef de gouvernement d’Emmanuel Macron, issu d’un groupe parlementaire qui pèse 47 députés sur 577.

    Ma réaction a été immédiate, et je n’en retire pas une ligne : ce gouvernement est mort-né. Il ne tiendra pas. Il tombera. Reste à comprendre pourquoi — et surtout à quoi le vérifier.

    Chronologie d’un choix par élimination

    Rappelons la séquence, parce qu’elle explique tout. Le 9 juin, au soir des européennes, Emmanuel Macron dissout l’Assemblée nationale. Personne ne le lui demandait. Le 7 juillet, le second tour accouche d’une chambre coupée en trois blocs dont aucun n’approche la majorité absolue de 289 sièges.

    Le Nouveau Front populaire arrive premier avec environ 193 élus. Le bloc central macroniste tombe autour de 166. Le Rassemblement national et ses alliés ciottistes atteignent 142 députés, soit le plus gros groupe unique de l’hémicycle. Les Républicains, eux, se comptent à 47.

    Suivent deux mois d’un ballet stupéfiant : une trêve olympique décrétée par le chef de l’État, le refus de nommer Lucie Castets proposée par la gauche, des ballons d’essai à répétition — Bernard Cazeneuve, Xavier Bertrand, Karim Bouamrane — et des « consultations » à l’Élysée qui ressemblaient surtout à des séances de casting.

    Au bout du compte : Barnier. Pas parce qu’il incarne un projet, mais parce qu’il était le seul nom sur lequel le Rassemblement national acceptait de ne pas dégainer immédiatement la censure. Voilà toute la vérité de cette nomination.

    Lisez bien. Barnier va évidemment échouer. Et ça va se constater assez vite.

    L’arithmétique, cette science implacable

    On peut discuter à l’infini du caractère, de l’expérience ou du « sens de l’État » de Michel Barnier. On ne discute pas les chiffres.

    Pour renverser un gouvernement, l’article 49 de la Constitution exige 289 voix sur une motion de censure. Additionnez le Nouveau Front populaire (193) et le Rassemblement national avec ses alliés (142) : vous obtenez 335. Trente-cinq de plus que nécessaire, sans compter les non-inscrits.

    Autrement dit, la survie du gouvernement Barnier ne dépend ni de son programme, ni de son talent, ni de sa communication. Elle dépend exclusivement de la volonté de Marine Le Pen de ne pas voter avec La France insoumise. Un Premier ministre sous conditions. Une tutelle, disons-le.

    Sous la Vᵉ République, une seule motion de censure a jamais abouti : celle du 5 octobre 1962, contre le gouvernement Pompidou. Cette rareté rassure les commentateurs. Elle ne devrait pas : en 1962, comme aujourd’hui, il avait suffi d’une convergence contre-nature entre des oppositions que tout séparait par ailleurs.

    La question RN : provocation ou lucidité ?

    Dès le 5 septembre, j’ai avancé une hypothèse qui a fait grincer des dents.

    Lisez bien. J’estime crédible que le Premier ministre Barnier puisse nommer un ou plusieurs ministres issus du Rassemblement national.

    Officiellement, c’est exclu. Michel Barnier l’a répété, les Républicains le jurent, le bloc central s’étranglerait. Sur le plan formel, je veux bien admettre que la probabilité soit faible à court terme.

    Mais regardons la réalité en face. Un gouvernement qui doit demander chaque semaine la permission de vivre à un groupe de 142 députés, qui devra arbitrer ses textes en fonction de ses lignes rouges, qui négociera la loi de finances sous sa menace : ce gouvernement associe déjà le Rassemblement national à l’exercice du pouvoir. Sans portefeuille, sans photo sur le perron, sans responsabilité. La meilleure position possible pour un parti qui vise 2027.

    C’est là toute l’ironie : en écartant le RN des postes, on lui offre l’influence sans le coût. Et si demain la crise budgétaire s’aggrave, l’idée d’un « gouvernement d’union nationale » élargi cessera d’être une provocation de blogueur pour devenir une option de sortie de crise. On en reparlera.

    Le paradoxe du gouvernement fantôme

    Onze jours après sa nomination, à l’heure où j’écris ces lignes, Michel Barnier n’a toujours pas de gouvernement. Les commentateurs y voient un signe de faiblesse. Je crois qu’ils se trompent d’analyse.

    Lisez bien. Le Premier ministre Barnier n’a pas besoin de se hâter de nommer de nouveaux ministres : il bénéficie de toute une équipe de ministres démissionnaires formés, opérationnels et en capacité de gérer toutes sortes d’affaires courantes ou pas, aussi longtemps qu’il faudra.

    Un gouvernement démissionnaire n’est pas un gouvernement mort. Il expédie les affaires courantes, signe les arrêtés, verse les prestations, paie les fonctionnaires, engage les crédits votés. La France a fonctionné cinquante et un jours ainsi, Jeux olympiques inclus, sans que le pays s’effondre. Cette découverte est politiquement dévastatrice : elle démontre qu’un gouvernement politique n’est pas indispensable au fonctionnement de l’appareil d’État.

    Le corollaire est cruel pour l’exécutif. Si l’administration tourne sans ministres, à quoi servent les ministres ? Question qu’on ne posait pas avant l’été. Elle est désormais dans toutes les têtes.

    Le casting, ou l’art de fabriquer des mines

    Chaque nom qui circule est un problème potentiel. On a vu resurgir, dès les premiers jours, le vote de Michel Barnier en 1981 contre l’abrogation des dispositions pénales discriminant les relations homosexuelles — un vote qu’il a lui-même qualifié d’erreur depuis, mais qui, dans une Assemblée où les droits LGBT sont un marqueur transpartisan, revient comme un boomerang à chaque prise de parole.

    On a aussi vu ressurgir la question, jamais tranchée, de la probité exigée des ministres. Le précédent est là : une ministre de la Culture mise en examen pour corruption est restée en fonction jusqu’à la démission du gouvernement Attal. Alors quand j’ai lu qu’une personnalité condamnée à une peine de prison avec sursis était présentée comme fréquentable, j’ai souri : à ce niveau d’exigence, effectivement, plus rien n’empêche personne d’entrer au gouvernement.

    Bref. Chaque nomination créera un mécontent de plus, dans un attelage qui n’a aucune marge pour se permettre des mécontents.

    Le mur budgétaire arrive, et il n’est pas négociable

    Le vrai piège n’est pas politique, il est comptable. Et le calendrier est implacable.

    Le projet de loi de finances pour 2025 doit être déposé au plus tard le premier mardi d’octobre. Le Parlement dispose ensuite de 70 jours pour l’examiner. Cela signifie que le gouvernement Barnier, avant même d’être complètement constitué, doit produire dans les quinze jours le document le plus explosif de la décennie.

    Les données de départ :

    • Déficit public 2023 : 5,5 % du PIB, soit environ 154 milliards d’euros, très au-delà de la cible affichée par Bercy.
    • Dette publique : plus de 3 100 milliards d’euros, autour de 110-112 % du PIB.
    • Une procédure pour déficit excessif ouverte contre la France par le Conseil de l’Union européenne en juillet 2024.
    • Une dégradation de la note souveraine par Standard & Poor’s fin mai 2024, de AA à AA-.
    • Une charge de la dette qui devient le deuxième poste de dépense de l’État et progresse mécaniquement avec la remontée des taux.

    Pour tenir une trajectoire crédible en 2025, il faut trouver plusieurs dizaines de milliards d’euros. Par des économies — donc en fâchant les fonctionnaires, les collectivités, les retraités, le secteur de la santé. Ou par des impôts — donc en fâchant les entreprises, les classes moyennes et la moitié du bloc central qui a fait campagne sur le contraire.

    Et il faut le faire sans majorité, avec un budget adoptable soit par miracle, soit par l’article 49.3, soit par ordonnances si le Parlement ne tranche pas dans les 70 jours. Chacune de ces options est une invitation à la censure.

    Sans déconner, il croit que le Barnier c’était la réponse à donner ? Ça va faire mal.

    Ce n’est pas de la mauvaise humeur. C’est une lecture de bilan comptable. Quand j’ai repris des entreprises en difficulté, j’ai appris une règle : on ne découvre jamais la mauvaise nouvelle le premier jour, on la découvre au troisième audit. Michel Barnier va découvrir une situation nettement plus dégradée que ce qu’on lui a présenté à l’Élysée. C’est toujours ainsi.

    Breton, ou le signal envoyé depuis Bruxelles

    Aujourd’hui même, 16 septembre, Thierry Breton annonce sa démission de la Commission européenne, avec une lettre acide adressée à Ursula von der Leyen, évoquant une gouvernance « douteuse ». Paris propose dans la foulée un autre nom pour le poste français.

    Breton prochain ministre de l’Économie du gouvernement Barnier…

    C’était dit avec un sourire. Mais l’hypothèse mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle éclaire deux choses.

    D’abord, l’état du rapport de force entre Paris et Bruxelles. Perdre un commissaire au portefeuille lourd — marché intérieur, industrie, numérique, avec le DSA et le DMA dans les mains — au moment précis où la France entre en procédure pour déficit excessif, ce n’est pas un détail protocolaire. C’est un affaiblissement net de l’influence française.

    Ensuite, l’état du vivier. Que le nom d’un ancien commissaire, ex-PDG d’Atos et de France Télécom, ancien ministre de l’Économie de Jacques Chirac, circule immédiatement pour Bercy dit tout du recyclage permanent du même personnel. On change les visages, on garde la mécanique. Même chose, mais différemment. Et ce n’est pas ce genre de rotation qui produira une politique nouvelle.

    La part humaine : un poste qu’on ne refuse pas

    Un mot sur la dimension personnelle, parce qu’elle compte plus qu’on ne le croit dans les décisions politiques. La rumeur parisienne veut que Michel Barnier ait hésité, longuement, avant d’accepter, et que son épouse l’ait convaincu de dire oui.

    Je ne sais pas si c’est exact et je m’en méfie comme de toute rumeur de couloir. Mais l’hypothèse est révélatrice de quelque chose de très réel : à 73 ans, après une carrière commencée au conseil général de la Savoie en 1973, on n’accepte pas Matignon pour redresser les comptes publics. On l’accepte pour le couronnement.

    Or un Premier ministre qui vit sa nomination comme un aboutissement personnel ne démissionnera pas. Il s’accrochera. Il acceptera des compromis qu’il aurait refusés dix ans plus tôt. Il subira la censure plutôt que de partir. Ce qui garantit que la chute, quand elle viendra, sera brutale et non négociée.

    Ce qu’il faut surveiller, concrètement

    Un pronostic sans critère de vérification, c’est de l’astrologie. Voici donc la grille de lecture que j’utilise, et que je vous propose d’utiliser pour vérifier — ou infirmer — mon analyse dans les semaines qui viennent.

    • Le spread OAT-Bund. L’écart entre les taux français et allemands à dix ans, qui s’est tendu vers 80 points de base après la dissolution. C’est le thermomètre le plus honnête du pays : les marchés ne votent pas, ils tarifent.
    • La date de dépôt du PLF 2025. Un dépôt tardif ou un budget « technique » sans mesures nouvelles signifierait que le gouvernement renonce d’emblée à gouverner.
    • Le recours au 49.3. Le premier usage marquera le passage en mode survie. Il déclenchera mécaniquement les motions de censure.
    • Les votes du Rassemblement national, texte par texte. Ce n’est pas la parole publique qui compte, ce sont les scrutins publics, consultables sur le site de l’Assemblée.
    • La position du Parti socialiste. Tant que le PS reste soudé au sein du NFP, l’addition des voix de censure est arithmétiquement gagnante.
    • Les revues des agences de notation. Un nouvel abaissement en cours d’examen budgétaire serait un accélérateur de crise.

    Notez enfin ce paramètre décisif : l’article 12 de la Constitution interdit une nouvelle dissolution avant l’expiration d’un délai d’un an, soit avant juillet 2025. Si le gouvernement tombe d’ici là, il n’y a pas de porte de sortie électorale. Il faudra nommer un autre Premier ministre dans la même Assemblée, avec la même arithmétique. C’est cela, l’impasse.

    Et si je me trompais ?

    Par honnêteté, examinons l’hypothèse inverse. Trois scénarios peuvent prolonger la vie de ce gouvernement.

    Le premier : le calcul froid du Rassemblement national. Faire tomber Barnier en octobre, c’est endosser une part du chaos et priver le parti de sa position d’arbitre confortable. Laisser pourrir jusqu’aux municipales de 2026, puis à la présidentielle, peut être stratégiquement plus rentable.

    Le deuxième : la fracture de la gauche. Si le Parti socialiste décide de ne pas voter la censure avec le RN, l’addition ne fonctionne plus. Cette hypothèse existe, mais elle coûterait très cher au PS auprès de son électorat.

    Le troisième : la peur du vide. Aucun député ne souhaite être comptable d’une crise financière. La lâcheté collective est un remarquable stabilisateur institutionnel.

    Je prends ces objections au sérieux. Elles peuvent décaler l’échéance de quelques mois. Elles ne changent pas la nature du problème : un gouvernement dont la survie repose sur le calcul tactique de son principal adversaire n’est pas un gouvernement, c’est un sursis. Et un sursis, par définition, ça expire.

    Ce que cette séquence raconte vraiment

    Au-delà de Michel Barnier, cette affaire signe l’épuisement d’un modèle. La Vᵉ République avait été taillée pour un exécutif fort adossé au fait majoritaire. Depuis juin 2022, le fait majoritaire n’existe plus. Depuis juillet 2024, il est même devenu inatteignable.

    Nos voisins vivent cela depuis des décennies : coalitions, contrats de gouvernement écrits, culture du compromis assumée. Nous n’avons rien de tout cela — ni la culture, ni les textes, ni le personnel politique formé à cet exercice. Nous avons à la place un président qui nomme un Premier ministre choisi pour ne pas déplaire à l’opposition qu’il dit combattre.

    Alors oui, je le maintiens : ce gouvernement est mort-né. Non par acharnement contre un homme dont la carrière européenne mérite le respect, mais parce que les conditions de sa naissance rendent sa survie impossible.

    La seule question qui reste ouverte est celle du calendrier. Budget d’automne ? Hiver ? Printemps 2025, quand la dissolution redeviendra juridiquement possible ? Et surtout : que fera-t-on après, avec la même Assemblée et une situation financière encore dégradée ?

    Gardez cet article. On le relira.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

  • Remaniement ministériel : quand la rue réclame des têtes
    Remaniement ministériel : quand la rue réclame des têtes
    La pression monte sur plusieurs ministres du gouvernement Philippe, notamment Christophe Castaner et Laurent Nuñez, accusés de mauvaise gestion de la crise des Gilets jaunes. Alors que les appels au remaniement se multiplient, Emmanuel Macron hésite encore à trancher.

    Depuis le début de l’année 2019, une question revient de façon obsédante dans les couloirs de l’Élysée et sur les réseaux sociaux : combien de temps encore Emmanuel Macron va-t-il garder certains de ses ministres ?

    La crise des Gilets jaunes, qui s’étire depuis novembre 2018, a révélé au grand jour les faiblesses de plusieurs membres du gouvernement. Au premier rang desquels Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, et Laurent Nuñez, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur.

    Ces deux hommes incarnent aujourd’hui, aux yeux d’une partie de l’opinion publique, tout ce qui dysfonctionne dans la gestion de cette crise sociale sans précédent.

    Castaner et Nuñez : un duo dans la tourmente

    Christophe Castaner cumule les maladresses depuis sa nomination au ministère de l’Intérieur en octobre 2018. Ancien patron d’En Marche !, il découvre les réalités du terrain avec une naïveté qui confine parfois à l’amateurisme.

    Sa gestion des manifestations du samedi révèle une méconnaissance profonde des enjeux sécuritaires. Chaque week-end apporte son lot de violences, de blessés graves, parfois d’éborgnés, sans que le ministre ne parvienne à adapter sa stratégie.

    Laurent Nuñez, son secrétaire d’État, n’arrange rien. Ancien patron de la DGSI, il applique à la gestion de l’ordre public les méthodes du renseignement intérieur. Résultat : une approche technocratique qui ignore totalement la dimension politique et sociale du mouvement.

    Les forces de l’ordre elles-mêmes ne s’y trompent pas. En privé, elles critiquent ouvertement leurs ministres de tutelle. Cette défiance interne mine l’autorité du duo Castaner-Nuñez et complique encore leur action.

    Quand la vie privée rattrape la fonction publique

    Au-delà des questions de compétence, c’est aussi le comportement personnel de certains ministres qui interroge. L’épisode du « Saturday Night Fever » de Castaner au restaurant Noto en mars 2019 illustre parfaitement cette déconnexion avec la réalité du pays.

    Voir un ministre de l’Intérieur, marié, batifoler en public avec une maîtresse pendant que la France brûle chaque samedi, cela pose question. Non pas sur sa vie privée – chacun fait ce qu’il veut – mais sur son sens des responsabilités et sa compréhension de sa fonction.

    Cette légèreté dans un contexte aussi tendu révèle un décalage profond entre l’élite politique et les préoccupations des Français. Comment prendre au sérieux un ministre qui semble davantage préoccupé par ses sorties nocturnes que par la sécurité du pays ?

    Les réseaux sociaux n’ont pas manqué de s’emparer de l’affaire, transformant le ministre en objet de moquerie. Une situation intenable pour l’exécutif.

    Schiappa : entre polémiques et grand écart communicationnel

    Marlène Schiappa n’échappe pas non plus aux critiques. La secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes multiplie les sorties médiatiques hasardeuses.

    Son passage programmé dans l’émission de Cyril Hanouna pour parler du Grand Débat National a fait grincer des dents. Choisir « Touche pas à mon poste », émission réputée pour sa vulgarité, pour porter un message politique sérieux relève de l’aberration communicationnelle.

    Cette stratégie de présence médiatique tous azimuts dessert finalement son message. Au lieu de porter les combats féministes avec la gravité qu’ils méritent, elle transforme ses interventions en spectacle, diluant son propos dans le divertissement.

    Les associations féministes elles-mêmes commencent à prendre leurs distances avec une ministre qui semble plus préoccupée par son image que par l’efficacité de son action.

    L’art délicat du remaniement

    Face à cette accumulation de dysfonctionnements, Emmanuel Macron se trouve dans une position délicate. Procéder à un remaniement reviendrait à admettre ses erreurs de casting. Ne rien faire, c’est prendre le risque de voir la situation s’aggraver encore.

    Le président hésite d’autant plus que remplacer ses ministres en pleine crise des Gilets jaunes pourrait être perçu comme un aveu de faiblesse. Mais maintenir des équipes discréditées l’est tout autant.

    Plusieurs noms circulent déjà pour d’éventuels remplacements. Aurore Bergé, députée des Yvelines et figure montante d’En Marche !, fait l’objet de spéculations pour un portefeuille ministériel. Claire O’Petit, autre parlementaire en vue, est également citée.

    Ces profils de jeunes députées dynamiques correspondraient à la volonté présidentielle de renouvellement. Reste à savoir si elles auraient l’expérience nécessaire pour gérer des crises d’une telle ampleur.

    Les leçons d’une crise gouvernementale

    Cette séquence révèle les limites du système macroniste. En privilégiant la loyauté personnelle à la compétence technique, Emmanuel Macron s’est entouré de profils certes dévoués, mais parfois inadaptés aux responsabilités qui leur incombent.

    L’exemple de Castaner est emblématique : excellent organisateur de parti politique, il se révèle un piètre ministre de l’Intérieur. Le passage de la politique partisane à l’action gouvernementale nécessite des qualités différentes que tous ne possèdent pas.

    Cette crise ministérielle interroge aussi sur la capacité d’Emmanuel Macron à reconnaître ses erreurs et à les corriger. Un président fort sait parfois sacrifier ses proches quand l’intérêt général l’exige.

    La nomination récente de Sibeth Ndiaye comme porte-parole du gouvernement ne va pas dans le sens de l’apaisement. Cette ancienne conseillère communication, réputée pour ses sorties polémiques, risque d’ajouter de la confusion à la confusion.

    Vers un gouvernement de combat ?

    La France traverse une crise sociale majeure qui nécessite un gouvernement à la hauteur des enjeux. Les Gilets jaunes ont révélé une fracture profonde entre les élites et le peuple. Continuer avec les mêmes équipes reviendrait à ignorer ce message.

    Un remaniement s’impose, non pas pour faire diversion, mais pour redonner crédibilité et efficacité à l’action gouvernementale. Cela implique de nommer des personnalités expérimentées, capables de comprendre les attentes populaires et d’y répondre concrètement.

    Le temps presse. Chaque samedi qui passe avec les mêmes ministres discredités enfonce un peu plus le gouvernement dans l’impasse. Emmanuel Macron doit trancher, et vite.

    Car au-delà des personnes, c’est la méthode qui doit changer. Gouverner, ce n’est pas communiquer. C’est agir, avec compétence et détermination. Les Français attendent des résultats, pas des effets d’annonce.

    La question n’est plus de savoir si un remaniement aura lieu, mais quand et avec quelle ampleur. L’avenir du quinquennat pourrait bien s’y jouer.

    Sources et références

    Pour aller plus loin

    Photo : Norbu GYACHUNG / Unsplash

  • La France face à ses démons : entre crise syrienne et fractures intérieures
    La France face à ses démons : entre crise syrienne et fractures intérieures
    La France de 2013 traverse une période de turbulences majeures : intervention militaire imminente en Syrie malgré l’opposition populaire, montée des tensions communautaires et rejet massif du gouvernement Valls. Un tableau sombre d’un pays au bord de la rupture.

    Nous sommes fin octobre 2013, et je regarde avec effarement notre pays s’enfoncer dans une spirale d’erreurs stratégiques et de déni face aux réalités qui le rongent. D’un côté, notre gouvernement s’apprête à nous embarquer dans une aventure militaire syrienne aux conséquences potentiellement catastrophiques. De l’autre, il refuse de voir les fractures béantes qui déchirent notre société.

    Une intervention militaire contre l’avis du peuple

    Ce qui me frappe le plus dans cette affaire syrienne, c’est l’aveuglement de nos dirigeants. François Hollande et Barack Obama, ce dernier prix Nobel de la paix, déploient une énergie considérable pour déclencher ce que j’appelle sans détour un potentiel « Armageddon ». On ne mène pas une guerre à l’extérieur quand on a deux tiers de son peuple à l’intérieur qui est contre ! C’est une absurdité totale.

    Le scénario qui se dessine est terrifiant dans sa logique implacable. Si nous frappons la Syrie, Assad ne restera pas les bras croisés. Et derrière lui, il y a la Russie de Poutine. Pour rester crédible, ce dernier sera obligé de riposter en engageant le combat contre la marine et l’aviation française et américaine. En retour, Obama et Hollande devront ouvrir le feu sur les forces russes. C’est l’escalade assurée.

    Mais le pire dans tout cela, c’est que nous allons renforcer Al-Qaïda ! Si vous combattez contre l’armée syrienne aux côtés des rebelles, vous armez et renforcez les terroristes. Les conséquences à moyen terme seront terribles. Le conflit syrien va produire et disséminer des milliers de combattants potentiels, formés à égorger et violer.

    L’échec de la diplomatie occidentale

    Ce qui m’agace profondément, c’est que notre diplomatie, les Américains, ou d’autres diplomaties européennes n’ont pas su imaginer la solution russe qui commence à émerger. Où est passée l’audace diplomatique française ? Nous nous contentons de suivre aveuglément Washington dans une logique de confrontation stérile.

    La question des armes chimiques, utilisée comme prétexte à l’intervention, mérite qu’on s’y attarde. Bien sûr, personne ne doute qu’une attaque chimique a eu lieu. Mais qui en est vraiment l’auteur ? Le commanditaire ? Cette question cruciale reste sans réponse claire, et pourtant nous nous précipitons vers la guerre.

    Une France qui se délite de l’intérieur

    Pendant que nos dirigeants jouent aux apprentis sorciers en Syrie, la France elle-même se désagrège. Les événements de Trappes cet été ont montré l’ampleur du problème. Des communautés appellent à la mobilisation contre la police, et notre ministre Benoît Hamon ose dire qu’il fait « bon vivre » à Trappes. Mon Dieu, y est-il seulement allé ?

    Ce déni permanent face aux réalités de terrain est insupportable. Quand notre ministre des Transports Frédéric Cuvillier dément les comportements de dépouillement de victimes à Brétigny, il insulte l’intelligence des Français. Si on a des doutes sur ces actes de barbarie, alors ayons aussi des doutes sur l’origine accidentelle de la catastrophe.

    Le rejet massif du gouvernement

    Le 14 juillet dernier a été révélateur. J’entendais partout des gens dans le métro demander à ce que tout le monde se donne rendez-vous sur les Champs-Élysées pour huer François Hollande. Et effectivement, le Président a été copieusement sifflé tout au long de sa descente de l’avenue. Il faut souligner son « audace » et son « courage » d’avoir maintenu sa présence malgré tout.

    Mais le plus inquiétant, c’est ce chiffre : près de 9 Français sur 10 sont révulsés par le gouvernement, représenté par Manuel Valls. Jamais dans l’histoire de la Ve République nous n’avions connu un tel niveau de rejet. C’est un signal d’alarme assourdissant que nos élites refusent d’entendre.

    L’immigration et la sécurité : les tabous qui explosent

    Heureusement, certains politiques commencent à briser les tabous. Claude Goasguen ose enfin parler de l’immigration, des frontières, des faiblesses de la France. Il valide ainsi l’argumentation du Front National, et c’est tant mieux. Il est temps d’arrêter l’hypocrisie.

    Car la réalité, c’est que si on continue sur cette trajectoire, la France entière deviendra Marseille. Mais avant, ce sera Nice, Lyon, Paris et d’autres villes qui basculeront. Les bidonvilles que j’observe à Metz lors de mes déplacements, je les vois déjà s’installer dans toutes les grandes villes de France.

    Face à cette situation, la tentation de l’autojustice grandit. Christian Estrosi a raison de rappeler qu’en République, seule la violence légale est acceptable. Mais la réalité va s’imposer, et avec elle, l’autojustice deviendra inévitable si l’État continue à faillir dans ses missions régaliennes.

    La justice laxiste de Christiane Taubira

    Le cas de cette pauvre femme passée en direct dans l’émission « Des paroles et des actes » est emblématique. Son témoignage poignant ne changera rien aux décisions de Christiane Taubira ou Manuel Valls. Notre garde des Sceaux nous parle de « contraintes pénales » alternatives à la prison, mais personne ne comprend de quoi il s’agit concrètement. Que feront ces délinquants à la place de la prison ? Mystère.

    Cette justice à deux vitesses est révoltante. D’un côté, on s’acharne sur des personnalités comme Bernard Tapie, modèle de millions d’entrepreneurs français, ou on rejette à 100% les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy pour 2,4% de dépassement – ce qui est objectivement n’importe quoi. De l’autre, on relâche dans la nature des multirécidivistes dangereux.

    Les lueurs d’espoir dans la tempête

    Malgré ce tableau sombre, quelques lueurs d’espoir percent. Bertrand Piccard et son Solar Impulse traversent les États-Unis sans une goutte de kérosène, 100% solaire. C’est magnifique, fantastique, absolument génial ! Voilà le genre d’innovation et d’audace dont la France a besoin.

    Sur le plan politique, certaines voix s’élèvent avec courage. Christine Boutin, quoi qu’on en pense par ailleurs, fait preuve d’une combativité sans faille dans le dossier contre le mariage pour tous. Arnaud Montebourg a raison de proposer un projet public sur les gaz de schiste – il faut permettre aux scientifiques de chercher, d’explorer toutes les pistes énergétiques.

    Même Jean-Louis Borloo a parfois de bons éclairs de lucidité. Et curieusement, la décision du Parlement européen de lever l’immunité de Marine Le Pen pourrait lui être fortement profitable – un effet boomerang que nos élites n’ont pas anticipé.

    La nécessité d’un sursaut républicain

    Face à cette situation dramatique, j’en appelle à un véritable sursaut républicain. Comme je l’ai dit à certains responsables politiques : arrêtez de vous confronter stérilement, la France a besoin de vos talents, soyez républicains, entendez-vous et avançons !

    François Fillon a raison quand il dit que les feux sont au rouge depuis bientôt une dizaine d’années. Mais je vais plus loin : on est passé au pourpre, puis à l’écarlate. Maintenant, on est dans le mur.

    Il est urgent de s’attaquer aux vrais problèmes. D’abord les taxes et charges hors périmètre obligatoire qui étranglent nos entreprises. Ensuite, la sécurité intérieure qui se dégrade chaque jour. Enfin, une politique étrangère qui défende vraiment nos intérêts au lieu de nous embarquer dans des aventures hasardeuses.

    La France mérite mieux que ces dirigeants déconnectés qui nous mènent droit dans le mur. Il est temps que le peuple reprenne la main sur son destin, avant qu’il ne soit trop tard. Car si nous continuons sur cette trajectoire, ce n’est pas seulement une crise que nous allons traverser, c’est un effondrement complet de notre modèle de société.

    Bref. La France de 2013 est à un tournant historique. Soit nous trouvons collectivement la force de redresser la barre, soit nous sombrons dans le chaos. Le choix nous appartient encore. Pour combien de temps ?

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Lucas Lemoine / Unsplash