Étiquette : François Fillon

  • Présidentielle 2017, une élection sous haute tension
    Présidentielle 2017, une élection sous haute tension
    L’élection présidentielle de 2017 se déroule dans un contexte inédit : aucun candidat n’est favori, les affaires judiciaires se multiplient, et certains évoquent même une possible annulation du scrutin. Une campagne qui révèle les dysfonctionnements profonds de notre système démocratique.

    Nous sommes à quelques semaines du premier tour de l’élection présidentielle, et jamais une campagne n’aura autant ressemblé à un thriller politique. Aucun candidat n’est favori de la majorité de la population. Les affaires judiciaires s’accumulent. L’hypothèse d’une annulation du scrutin n’est plus totalement farfelue.

    Je regarde cette campagne avec un mélange de fascination et d’inquiétude. Entrepreneur depuis 1992, j’ai traversé plusieurs élections présidentielles, mais celle-ci a quelque chose de différent. Quelque chose de cassé.

    Cette élection révèle en fait l’état de notre démocratie : fragmentée, en perte de confiance, où les électeurs cherchent désespérément une alternative crédible dans un paysage politique en recomposition totale.

    Le coût caché de la démocratie : quand l’argent dicte les candidatures

    Parlons d’abord de ce dont personne ne parle : le prix de la démocratie. Vous n’avez aucune idée du tarif pour être candidat à l’élection présidentielle. Ça coûte un bras.

    En général, les candidats à l’élection présidentielle ne vendent pas leur baraque pour jouer un coup de poker tous les cinq ans. Il faut des millions d’euros pour une campagne crédible : équipes, communication, déplacements, meetings. Sans compter les 500 parrainages d’élus à récolter, véritable parcours du combattant pour les candidats « hors système ».

    Cette réalité financière explique pourquoi nous nous retrouvons avec les mêmes profils, issus des mêmes réseaux, campagne après campagne. L’argent filtre les candidatures bien avant que les électeurs n’aient leur mot à dire.

    J’ai identifié 10 à 20 candidats qui n’ont pas tous les 500 parrainages à ce stade mais qui ont de bonnes idées. Ils feront probablement moins de 2% chacun, non par manque de pertinence, mais par manque de moyens.

    L’hypothèse de l’annulation : quand la Constitution prévoit l’imprévu

    Évoquons maintenant ce scénario que beaucoup jugent improbable mais qui ne l’est pas tant que ça : l’annulation de l’élection présidentielle.

    L’article 7 de la Constitution, modifié en 1974, le prévoit explicitement : « Si avant le premier tour, un des candidats décède ou se trouve empêché, le Conseil constitutionnel prononce le report de l’élection. » Le terme « empêché » est suffisamment large pour couvrir diverses situations.

    François Fillon, englué dans les affaires judiciaires, pourrait-il être considéré comme « empêché » ? Si Fillon manque à l’appel et qu’il n’est pas remplacé, l’élection pourrait être purement et simplement annulée et reportée.

    Je ne crois pas à l’existence d’un plan B pour remplacer Fillon à la dernière minute. Pour moi, le plan B, c’est l’annulation de l’élection. La probabilité reste faible, mais pas nulle.

    Cette possibilité révèle la fragilité de notre système : une démocratie moderne peut-elle dépendre à ce point de la situation judiciaire d’un candidat ?

    Marine Le Pen : la force qui redistribue les cartes

    Impossible de parler de cette élection sans évoquer Marine Le Pen. Les électeurs du Front National vont certainement peser entre 30 et 40% au premier tour. C’est une force politique gigantesque qui redistribue complètement le jeu électoral.

    J’ai lu les 144 mesures de son projet présidentiel. Il y a de très bonnes choses, quelques points d’achoppement, mais surtout une cohérence programmatique que l’on ne retrouve pas forcément ailleurs.

    Parole au peuple, démocratie de proximité, référendum pour réviser la Constitution, représentativité réelle et scrutin proportionnel, référendum d’initiative populaire : ces propositions méritent le débat. J’aimerais que chaque candidat oppose sa vision, point par point, à ces 144 engagements.

    Le fait de rassembler plus d’un électeur sur deux derrière Marine Le Pen reste improbable au second tour, mais un sur trois, sûrement. Cette progression constante du FN depuis des années interroge sur les réponses apportées par les partis traditionnels aux préoccupations des Français.

    La recomposition du paysage politique

    Cette montée en puissance du FN provoque une recomposition totale. En cas d’échec de Fillon face à Marine Le Pen au second tour, toute la droite va appeler à voter à gauche. C’est la vie, la vraie.

    Des tas d’électeurs de Fillon vont nécessairement voter pour Marine Le Pen à un moment. Cette migration des voix traditionnelles vers les extrêmes traduit une crise de confiance profonde envers l’offre politique classique.

    Les dysfonctionnements du système électoral

    Cette campagne met aussi en lumière les dysfonctionnements techniques de notre système électoral. Les problèmes avec les ordinateurs chargés du comptage des voix, les questions sur la sécurité du processus, tout cela interroge.

    Plus troublant encore : le « gonflement artificiel des voix » observé lors de certains scrutins. Une sorte de fraude sans en être une, qui ne favorise aucun candidat en particulier mais pose la question de la fiabilité du processus démocratique.

    La vraie question, c’est : pourquoi ? Dysfonctionnement technique ou manipulation ? Dans un contexte de défiance généralisée, chaque anomalie alimente les théories du complot.

    La représentativité en question

    De mon point de vue, il n’y a pas plus de 30% des électeurs qui vont voter à gauche cette année. En réserves de voix, nous avons un bon tiers pour le FN, un bon tiers pour la droite, un peu moins d’un tiers pour la gauche.

    Cette fragmentation révèle l’obsolescence de nos institutions. Le scrutin majoritaire à deux tours, conçu pour la bipolarisation droite-gauche, ne reflète plus la réalité sociologique du pays.

    Il faut repenser la représentativité. Le scrutin proportionnel, évoqué dans plusieurs programmes, permettrait une meilleure expression de la diversité des opinions.

    L’appel au « bordel démocratique »

    Face à cette situation, ma position est claire : j’irai voter pour mettre un bordel pas possible dans tout ce foutoir.

    Cette phrase peut choquer, mais elle exprime une réalité. Quand le système ne fonctionne plus, quand aucun candidat n’inspire confiance à la majorité, il faut parfois accepter le chaos créateur.

    Un RESET en politique, c’est l’abandon instantané de tous les contacts avec tous les lobbies. On repart à zéro. C’est sain.

    Au fond de moi, je sais hélas très bien que certaines décisions politiques ne peuvent être obtenues que par la force des urnes, même si cela passe par la disruption du système établi.

    Vers une nouvelle forme de démocratie ?

    Cette élection marque peut-être la fin d’un cycle. La fin de la Cinquième République telle que nous la connaissons. Les électeurs cherchent autre chose : plus de participation, plus de transparence, plus d’efficacité.

    Les propositions de référendum d’initiative populaire, de démocratie participative, de renouvellement des élites ne sont plus l’apanage des partis « antisystème ». Elles deviennent mainstream.

    Quel que soit le gagnant de l’élection présidentielle, je souhaite que toutes ses mesures promises soient démarrées dès son arrivée. Fini les promesses de campagne oubliées le lendemain de l’élection.

    Les leçons d’une campagne hors normes

    Cette présidentielle 2017 restera dans les mémoires. Elle aura révélé les failles béantes de notre système démocratique : coût prohibitif des campagnes, fragilité institutionnelle, inadéquation entre l’offre politique et les attentes citoyennes.

    Elle aura aussi montré la capacité de résistance de nos institutions face aux crises. Malgré les affaires, malgré les polémiques, malgré les tentatives de déstabilisation, l’élection aura lieu.

    Mais à quel prix ? Celui de la confiance des citoyens dans la démocratie représentative ?

    Les électeurs qui vont voter pour Fillon vont avoir un sacré problème de conscience le moment venu. C’est une simple question de morale. Cette dimension éthique, longtemps occultée, revient au centre du débat politique.

    Nous assistons peut-être aux derniers soubresauts d’un système à bout de souffle. L’élection de 2017 ne sera probablement qu’une étape vers une recomposition plus profonde de notre vie démocratique.

    La question n’est plus de savoir qui va gagner, mais comment reconstruire la confiance entre les citoyens et leurs représentants. Comment rendre la démocratie plus accessible, plus transparente, plus efficace.

    C’est tout l’enjeu des années à venir. Et il est immense.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Etienne Girardet / Unsplash

  • L’UMP en pleine décomposition : chronique d’une implosion annoncée
    L’UMP en pleine décomposition : chronique d’une implosion annoncée
    L’UMP vit ses heures les plus sombres avec une élection présidentielle interne qui vire au règlement de comptes entre Jean-François Copé et François Fillon. Au-delà du psychodrame, c’est toute la droite française qui se déchire, laissant entrevoir des recompositions politiques majeures.

    Je regarde, médusé, le spectacle affligeant que nous offre l’UMP depuis dimanche soir. Une élection interne qui devait clarifier le leadership du principal parti d’opposition tourne au vaudeville tragique. Copé proclamé vainqueur avec 98 voix d’avance sur 175 000 votants, Fillon qui conteste, des bureaux de vote oubliés… On se croirait dans une république bananière, pas dans le parti qui a gouverné la France pendant dix ans.

    Ce qui se joue sous nos yeux dépasse largement la querelle d’ego entre deux hommes. C’est l’agonie d’un modèle politique, la fin programmée du bipartisme à la française, et peut-être l’acte de naissance d’une recomposition majeure de notre paysage politique.

    Une élection qui vire au cauchemar

    Dimanche soir, Jean-François Copé se proclame vainqueur avec 50,03% des voix. Une victoire au forceps, avec 98 voix d’écart sur près de 175 000 votants. Dans n’importe quelle démocratie normale, un écart aussi faible appellerait à la prudence, voire au recomptage. Mais non, Copé fonce, prend possession de son bureau, nomme son équipe.

    Le problème ? Des irrégularités commencent à apparaître. Des bureaux de vote auraient été « oubliés » dans le décompte, notamment dans des fiefs fillonistes. La commission des recours de l’UMP elle-même évoque des « anomalies ». Fillon, qui avait d’abord reconnu sa défaite, fait machine arrière et conteste les résultats.

    On nage en plein délire. Le parti qui n’a cessé de donner des leçons de démocratie au monde entier est incapable d’organiser une élection interne propre. Les militants UMP doivent se pincer pour y croire. Après la défaite de mai, voilà que leur parti sombre dans le ridicule.

    Le plus pathétique dans cette affaire, c’est l’absence totale de hauteur de vue des protagonistes. Aucun des deux camps ne semble comprendre que ce spectacle achève de décrédibiliser une droite déjà sonnée par sa défaite présidentielle. Ils se battent pour les clés d’une maison en feu.

    Copé-Fillon : le choc de deux droites irréconciliables

    Mais au-delà du psychodrame, cette élection révèle une fracture idéologique profonde au sein de la droite française. Copé incarne une ligne dure, flirtant ouvertement avec les thèmes du Front National. Son obsession sur les « pains au chocolat », sa dénonciation du « racisme anti-blanc », ses positions sur l’immigration… Tout indique une stratégie de droitisation assumée.

    Fillon, lui, représente une droite plus traditionnelle, conservatrice sur le plan économique mais moins clivante sur les questions sociétales. Entre les deux hommes, ce n’est pas seulement une question de personnes, c’est un choix de civilisation qui se joue.

    Comment ces deux visions peuvent-elles cohabiter sous le même toit ? La réponse est simple : elles ne le peuvent pas. L’UMP est devenue une auberge espagnole où coexistent des sensibilités incompatibles. D’un côté, les héritiers du gaullisme social, de l’autre les tenants d’une droite décomplexée façon Tea Party à la française.

    Cette guerre des chefs n’est que le symptôme d’un mal plus profond : l’absence de projet politique cohérent. Depuis la défaite de Sarkozy, l’UMP n’a pas fait son aggiornamento. Elle n’a tiré aucune leçon de son échec. Au lieu de se réinventer, elle s’entre-déchire.

    Vers l’explosion de la droite française ?

    Je pressens que nous assistons aux derniers soubresauts de l’UMP telle que nous la connaissons. Cette élection calamiteuse pourrait bien être l’acte de décès du parti créé par Chirac en 2002. Les signaux sont là : des cadres qui claquent la porte, des élus qui prennent leurs distances, des militants écœurés qui déchirent leur carte.

    Deux scénarios se dessinent. Premier cas de figure : Copé l’emporte définitivement et impose sa ligne droitière. Une partie des modérés fait alors sécession, peut-être derrière Fillon, peut-être derrière un autre. On assisterait alors à la naissance d’un nouveau parti de centre-droit, laissant l’UMP dériver vers l’extrême droite.

    Deuxième hypothèse : l’élection est annulée, un nouveau scrutin est organisé. Mais le mal est fait. La défiance s’est installée, les camps se sont radicalisés. Même avec un nouveau vote, comment faire cohabiter des gens qui se détestent à ce point ?

    Dans tous les cas, le grand gagnant de cette pagaille a un nom : Marine Le Pen. Pendant que l’UMP s’autodétruit, le Front National apparaît paradoxalement comme un parti uni et discipliné. Les 18% de la présidentielle n’étaient qu’un début. Si la droite républicaine continue à imploser, le FN a un boulevard devant lui.

    L’UMPS : prophétie autoréalisatrice ?

    Il y a une ironie cruelle dans cette situation. Pendant des années, Marine Le Pen a martelé sa théorie de l’ »UMPS », dénonçant la connivence entre les deux grands partis de gouvernement. Cette rhétorique, longtemps moquée, trouve aujourd’hui une résonance troublante.

    Car que voit-on ? Un PS au pouvoir qui peine à se différencier de la politique menée par Sarkozy, notamment sur les questions économiques. Et une UMP tellement obsédée par sa guerre intestine qu’elle en oublie son rôle d’opposition. Le résultat ? Une forme d’indistinction politique qui donne du grain à moudre aux extrêmes.

    L’alternance, ce mécanisme central de notre démocratie, est en train de perdre son sens. Si PS et UMP proposent grosso modo la même chose, à quoi bon voter ? Cette convergence programmatique, couplée à l’implosion de l’UMP, ouvre la voie à une recomposition majeure du paysage politique français.

    On pourrait assister dans les mois qui viennent à l’émergence de nouvelles forces. Un pôle de centre-droit ralliant les modérés de l’UMP et de l’UDI. Une droite dure autour de Copé, tentée par le rapprochement avec le FN. Et au centre, un espace qui reste à conquérir pour qui saura dépasser le clivage gauche-droite.

    La fin d’un cycle politique

    Ce qui se joue actuellement à l’UMP dépasse largement le cadre d’une querelle de personnes. C’est tout un système politique né dans l’après-guerre qui est en train de mourir sous nos yeux. Le bipartisme à la française, cette alternance réglée entre deux grandes forces, touche à sa fin.

    Les raisons sont multiples. D’abord, l’épuisement idéologique. PS et UMP ont gouverné tour à tour sans parvenir à résoudre les problèmes structurels du pays : chômage, dette, désindustrialisation. Cette impuissance partagée a fini par les discréditer aux yeux des Français.

    Ensuite, la crise de la représentation. Les partis traditionnels apparaissent de plus en plus déconnectés des préoccupations réelles des citoyens. Entre les querelles d’appareil et les ambitions personnelles, où est passé l’intérêt général ?

    Enfin, l’émergence de nouvelles fractures. Le clivage gauche-droite, structurant depuis deux siècles, est concurrencé par d’autres oppositions : souverainistes contre européistes, mondialistes contre protectionnistes, progressistes contre conservateurs. Ces nouvelles lignes de fracture ne recoupent plus les anciens partis.

    L’UMP est la première victime de cette recomposition. Mais le PS pourrait suivre. Les Verts et le Front de Gauche tiraillent déjà la majorité. Combien de temps le Parti socialiste pourra-t-il maintenir son unité de façade ?

    Nous entrons dans une période de grande instabilité politique. Les vieux repères s’effacent, les nouvelles forces émergent. C’est à la fois inquiétant et stimulant. Inquiétant car l’instabilité peut profiter aux extrêmes. Stimulant car elle peut aussi permettre le renouvellement dont notre démocratie a cruellement besoin.

    Une chose est sûre : l’UMP telle que nous la connaissons est condamnée. Reste à savoir ce qui naîtra de ses cendres. Une droite républicaine rénovée ? Plusieurs partis concurrents ? Ou le triomphe définitif du Front National ? Les prochains mois seront décisifs.

    En attendant, le spectacle continue. Copé s’accroche à sa victoire contestée, Fillon fourbit ses armes juridiques, et les Français regardent, consternés, leurs responsables politiques se comporter comme des gamins dans une cour de récréation. Au fait, est-ce que l’UMP, ça existe encore ?

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    • Résultats officiels de l’élection à la présidence de l’UMP, 18 novembre 2012
    • Communiqués de presse de Jean-François Copé et François Fillon, 18-19 novembre 2012
    • Rapport de la Commission nationale des recours de l’UMP, novembre 2012
    • Sondages IFOP et CSA sur l’image de l’UMP, novembre 2012

    Photo : Stephen Meslin / Unsplash