Étiquette : famille

  • Questions troublantes autour de la disparition de Lina
    Questions troublantes autour de la disparition de Lina
    La disparition de Lina, 15 ans, partie rejoindre son petit ami en train, révèle des zones d’ombre troublantes sur son entourage familial. Alors qu’une autre adolescente disparaît le même jour dans la région voisine, les questions se multiplient sur la protection des mineurs en France.

    Samedi 23 septembre 2023, Lina, 15 ans, quitte son domicile de Plaine, dans le Bas-Rhin, pour prendre le train à la gare de Saint-Blaise-la-Roche. Direction : Strasbourg, où l’attend son petit ami Tao. Elle n’arrivera jamais à destination. Cette disparition, qui mobilise depuis des centaines de personnes, soulève des questions dérangeantes sur notre société et la façon dont nous protégeons – ou ne protégeons pas – nos adolescents.

    Une adolescente seule face aux dangers

    Ce qui me frappe d’abord dans cette affaire, c’est la normalité apparente de la situation. Une adolescente de 15 ans part seule prendre un train pour rejoindre son « petit ami ». En 2023, en France. Personne ne semble s’interroger sur l’âge de ce fameux petit ami. Personne ne questionne le fait qu’une gamine de 15 ans voyage seule pour le retrouver.

    Sommes-nous à ce point déconnectés de la réalité ? Avons-nous normalisé à ce point l’exposition de nos enfants aux dangers ? Je ne peux m’empêcher d’espérer – aussi cynique que cela puisse paraître – qu’il s’agisse d’une fugue, qu’elle ait peut-être un second petit ami quelque part, qu’elle soit simplement partie vivre sa vie d’adolescente rebelle.

    Mais au fond de moi, je sais que cette hypothèse optimiste se heurte à la réalité des faits. Les fugueuses ne disparaissent pas ainsi dans la nature, sans donner de nouvelles, sans utiliser leur téléphone portable.

    Les zones d’ombre familiales

    Plus je creuse cette affaire, plus les questions s’accumulent. D’abord, il y a cette configuration familiale dont on ne sait presque rien. Quelle relation entretenaient Lina et sa mère ? On parle d’un « petit ami de la mère » – mais qui est cet homme ? Quelle place occupe-t-il dans le foyer ? Comment interagit-il avec l’adolescente ?

    Et puis, il y a cette absence criante : où était le père biologique de Lina au moment de sa disparition ? Est-il dans la vie de sa fille ? A-t-il été contacté ? Ces questions peuvent paraître intrusives, mais dans une affaire de disparition d’enfant, chaque détail compte.

    Ce qui me trouble particulièrement, c’est le silence autour de ces aspects familiaux. Dans les médias, on parle beaucoup des recherches, des battues, de la mobilisation citoyenne. Mais on évoque peu – trop peu – l’environnement dans lequel évoluait cette adolescente.

    Le mystère du petit ami

    Tao, le petit ami vers qui se rendait Lina, reste une figure énigmatique. Certes, les enquêteurs ont confirmé qu’il possède un alibi solide : il est identifié sur les caméras de vidéosurveillance de la gare de Strasbourg, présent avant même l’arrivée théorique du train de Lina. Techniquement, il est hors de cause.

    Mais pourquoi ce jeune homme n’est-il pas aux côtés de la mère de Lina ? Pourquoi ne participe-t-il pas activement aux recherches ? Son absence est d’autant plus remarquable que, dans ce genre de situation, les proches se mobilisent généralement massivement.

    Une coïncidence troublante ignorée

    Ce qui me révolte le plus dans cette affaire, c’est le silence médiatique autour d’une autre disparition. Le même jour, dans la région voisine, une autre adolescente disparaît : Minea. Strictement personne n’en parle. Pas un mot dans les grands médias. Comme si la disparition simultanée de deux adolescentes dans des départements limitrophes n’était qu’une banale coïncidence.

    Cette omission révèle les dysfonctionnements de notre système d’information. Pourquoi certaines disparitions mobilisent-elles l’attention nationale quand d’autres restent dans l’ombre ? Y a-t-il un lien entre ces deux affaires ? Les enquêteurs ont-ils exploré cette piste ?

    L’absence de couverture médiatique pour Minea pose aussi la question de l’égalité de traitement des victimes. Toutes les disparitions d’enfants méritent la même attention, la même mobilisation, les mêmes moyens.

    Les failles du système de protection

    Cette affaire met en lumière les failles béantes de notre système de protection des mineurs. Comment une adolescente de 15 ans peut-elle disparaître entre son domicile et une gare, sur un trajet qu’elle connaissait ? Quels mécanismes de surveillance et de protection avons-nous mis en place pour nos enfants ?

    La question du transport des mineurs non accompagnés mérite d’être posée. Faut-il renforcer les contrôles ? Instaurer des procédures spécifiques ? Ou au contraire, acceptons-nous collectivement que nos adolescents prennent ces risques au nom de leur autonomie ?

    L’angle mort de la prévention

    Plus largement, cette disparition interroge notre approche de la prévention. Éduquons-nous suffisamment nos enfants aux dangers qu’ils peuvent rencontrer ? Les préparons-nous à réagir face à des situations potentiellement dangereuses ?

    Les adolescents d’aujourd’hui vivent dans un monde hyperconnecté où les rencontres se font souvent en ligne, où les relations se nouent à distance. Cette nouvelle réalité nécessite une adaptation de nos messages de prévention et de nos dispositifs de protection.

    L’urgence d’agir

    Au-delà de l’émotion légitime que suscite cette disparition, nous devons tirer les leçons de cette affaire. Chaque disparition d’enfant est un échec collectif, le signe que nos filets de sécurité ont des trous béants.

    Il est urgent de repenser notre approche :

    • Renforcer la prévention dans les établissements scolaires
    • Améliorer la coordination entre les services lors des disparitions
    • Assurer une couverture médiatique équitable pour toutes les victimes
    • Questionner les normes sociales qui exposent nos adolescents
    • Développer des outils technologiques de protection adaptés

    L’affaire Lina n’est pas qu’un fait divers tragique. C’est un révélateur des dysfonctionnements de notre société. Entre l’individualisme qui isole les familles, la normalisation de comportements à risque chez les adolescents, et les angles morts de notre système de protection, nous avons collectivement failli.

    J’espère de tout cœur que Lina sera retrouvée saine et sauve. Mais quelle que soit l’issue de cette affaire, nous devrons en tirer les conséquences. Combien d’autres Lina, combien d’autres Minea devront disparaître avant que nous prenions vraiment conscience du problème ?

    La protection de nos enfants n’est pas qu’une affaire de police ou de justice. C’est l’affaire de tous. Chaque parent, chaque éducateur, chaque citoyen a un rôle à jouer. Il est temps de prendre nos responsabilités.

    Pour aller plus loin

    Photo : Jordan Bracco / Unsplash

  • Mariage homosexuel, le droit a tranché, la société pas encore
    Mariage homosexuel, le droit a tranché, la société pas encore
    Le mariage homosexuel est juridiquement réglé en France depuis la loi du 17 mai 2013, mais il ne l’est pas dans les têtes. Derrière la bataille du mot « mariage », il y a une question beaucoup plus large : que devient une société quand elle redéfinit la famille, la filiation et la place symbolique de l’homme et de la femme ?

    Il y a des sujets qui ne meurent jamais vraiment.

    On les croit enterrés par une loi, calmés par un vote, rangés dans les archives de l’Assemblée nationale. Et puis ils reviennent par la fenêtre, au détour d’une polémique, d’une manifestation, d’une émission de télé, d’un débat sur la PMA, d’une affiche de Gay Pride ou d’une déclaration un peu trop assurée d’un responsable politique.

    Le mariage homosexuel fait partie de ces sujets-là.

    En France, la loi est passée en 2013. Le Conseil constitutionnel l’a validée. Les premiers mariages ont été célébrés. L’administration a suivi. Les mairies ont signé. Les notaires ont adapté leurs modèles. Les familles ont bricolé avec le réel, comme elles le font toujours.

    Mais croire que le problème est réglé parce que le Journal officiel l’a imprimé, c’est confondre le droit et la civilisation.

    Je l’ai déjà dit sans détour : l’abrogation du mariage pour tous reste, à mes yeux, une priorité politique. Non pas parce que je serais obsédé par la vie intime des homosexuels. Franchement, chacun fait ce qu’il veut dans sa chambre, tant que les adultes sont consentants et qu’on ne vient pas transformer une préférence privée en dogme public obligatoire.

    Le sujet, ce n’est pas l’homosexualité.

    Le sujet, c’est le mariage.

    Le tour de passe-passe : arrêter de parler de Dieu pour régler le mariage

    La France a un vieux talent : elle croit pouvoir régler les tragédies humaines par des concepts administratifs.

    Sur le mariage homosexuel, l’opération a été assez simple. On a cessé de parler de Dieu, de nature, de transmission, d’altérité sexuelle, de filiation charnelle, et l’on a réduit le mariage à un contrat civil entre deux individus qui s’aiment.

    Évidemment, vu comme ça, la conclusion tombe toute seule.

    Si le mariage est seulement un contrat d’amour entre deux personnes majeures, pourquoi l’interdire à deux hommes ou à deux femmes ? Pourquoi réserver un avantage fiscal, successoral, patrimonial et symbolique aux seuls couples hétérosexuels ? Pourquoi l’État devrait-il trier les sentiments ?

    L’argument est puissant. Il est même redoutable.

    Mais il repose sur une réduction. Et les réductions, en politique, finissent souvent par exploser au visage de ceux qui les manipulent.

    Historiquement, le mariage n’a jamais été seulement une fête romantique avec traiteur, robe blanche et playlist lamentable à deux heures du matin. Il a été une institution sociale destinée à organiser plusieurs choses à la fois :

    • l’union publique d’un homme et d’une femme ;
    • la stabilité patrimoniale des familles ;
    • la reconnaissance des enfants ;
    • la transmission du nom, des biens et d’une place dans la société ;
    • la pacification des rapports sexuels dans un cadre reconnu.

    Le mariage civil français, depuis la Révolution, s’est certes détaché du sacrement religieux. Mais il n’a pas cessé pour autant d’être une institution structurante. On a retiré le prêtre, pas la logique anthropologique.

    Bref.

    En 2013, on n’a pas seulement ouvert un droit. On a changé la définition d’une institution.

    L’égalité, ce mot magique qui écrase tout

    Le mot « égalité » a servi de bulldozer.

    Il est très difficile, en France, de s’opposer à quelque chose présenté comme une avancée égalitaire. Dès que vous nuancez, vous devenez suspect. Dès que vous interrogez, vous êtes classé. Dès que vous dites « attention, il y a peut-être un effet en chaîne », on vous renvoie dans le camp des grognards, des réacs, des curés encensoir à la main et des vieilles familles qui sentent la naphtaline.

    Pratique.

    Pourtant, la vraie question n’est pas de savoir si les homosexuels sont des citoyens comme les autres. Bien sûr qu’ils le sont. Ils paient des impôts, créent des entreprises, élèvent parfois déjà des enfants, votent, divorcent, héritent, tombent malades, enterrent leurs proches, aiment et souffrent comme tout le monde.

    La question est de savoir si toutes les formes d’union doivent recevoir le même nom, le même statut et les mêmes conséquences juridiques.

    On peut être favorable à une protection maximale des couples homosexuels sans accepter automatiquement que le mariage soit redéfini. Le PACS, créé en 1999, allait déjà dans ce sens. Il a d’ailleurs été massivement utilisé, y compris par les couples hétérosexuels, preuve que la société française savait fabriquer des outils souples sans tout confondre.

    Mais le débat public n’a pas voulu de cette finesse.

    Il fallait choisir son camp. Pour ou contre l’amour. Pour ou contre l’égalité. Pour ou contre les homosexuels.

    C’est intellectuellement pauvre, mais politiquement efficace.

    On a déjà « résolu » le problème du mariage entre homosexuels en arrêtant de parler de Dieu. C’est assez français : supprimer la dimension verticale, puis déclarer que tout se vaut au sol.

    Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette méthode laisse des traces.

    Homosexualité, femmes et hommes : le grand malaise français

    Ce débat ne touche pas seulement les homosexuels. Il réveille aussi notre malaise permanent autour des hommes, des femmes et de leur place respective.

    Regardez la période actuelle. L’affaire Weinstein vient d’éclater aux États-Unis. En France, le mot-dièse « balance ton porc » est partout. Les récits de harcèlement, d’abus de pouvoir, d’avances lourdes et de carrières monnayées sexuellement se multiplient.

    Tout le monde découvre soudain ce que beaucoup savaient déjà : le sexe, le pouvoir, l’argent et la carrière sont depuis longtemps emmêlés dans un sale paquet de nœuds.

    Et ce paquet ne concerne pas seulement les hommes hétérosexuels prédateurs face aux femmes victimes. Cette grille existe, évidemment. Elle est même centrale dans beaucoup de milieux. Mais elle ne suffit pas.

    Un homme peut subir les avances déplacées d’un homme plus puissant. Une femme peut utiliser le désir d’un supérieur pour progresser. Une femme de pouvoir peut humilier, manipuler ou harceler. Un homosexuel peut être victime. Un homosexuel peut être prédateur. Un hétérosexuel peut être lâche. Une lesbienne peut être tyrannique. L’être humain est beaucoup plus inventif que les slogans.

    C’est d’ailleurs pour cela que j’ai toujours eu du mal avec les discours trop propres sur les « communautés ». Le réel n’entre pas dans les cases PowerPoint des militants.

    Plus les femmes auront des postes à responsabilité, plus elles deviendront elles aussi le « porc » de quelqu’un. Ce n’est pas une excuse pour les hommes. C’est une remarque sur le pouvoir.

    Cette phrase choque, je le sais. Elle est faite pour cela. Mais elle dit une chose simple : le problème n’est pas seulement le sexe masculin. Le problème est l’asymétrie de pouvoir.

    Quand vous donnez à quelqu’un le pouvoir d’embaucher, de promouvoir, de faire tomber, d’humilier, de financer ou de ruiner, vous créez mécaniquement une zone de prédation possible. Homme, femme, homosexuel, hétérosexuel : peu importe l’étiquette, le mécanisme est là.

    Voilà pourquoi le débat sur le mariage homosexuel ne peut pas être isolé du grand débat contemporain sur le genre, la sexualité, la famille et le pouvoir.

    Tout se tient.

    Le lobby LGBT : réalité politique ou fantasme commode ?

    Dès qu’on parle de « lobby LGBT », les uns crient au complotisme, les autres applaudissent comme si l’on venait enfin de nommer le monstre.

    Calmons-nous deux minutes.

    Un lobby, ce n’est pas nécessairement une société secrète dans une cave avec capuches et chandeliers. C’est un réseau d’influence. Des associations, des élus, des journalistes, des juristes, des artistes, des communicants, des universitaires, des fonctionnaires, des financeurs, qui poussent dans la même direction.

    Dans ce sens-là, oui, il existe un militantisme LGBT structuré. Il est visible. Il assume ses revendications. Il produit des notes, organise des marches, interpelle les pouvoirs publics, saisit les tribunaux, influence les programmes scolaires, intervient dans les médias, participe à la construction du vocabulaire acceptable.

    Et alors ? Les chasseurs le font. Les agriculteurs le font. Les syndicats le font. Les patrons le font. Les cultes le font. Les écologistes le font. Les féministes le font.

    Le vrai problème n’est donc pas l’existence d’un lobby. Le vrai problème est le privilège moral que certains groupes obtiennent dans l’espace public.

    Quand une revendication devient intouchable parce qu’elle est portée par une catégorie présentée comme historiquement opprimée, le débat démocratique se grippe. Vous ne discutez plus une proposition : vous êtes sommé de réparer une faute collective.

    Le lobby LGBT porte une lourde responsabilité lorsqu’il transforme une demande de protection légitime en programme de refonte générale de la société.

    Il faut dire les choses clairement : la dépénalisation de l’homosexualité, la lutte contre les violences, la protection contre les discriminations et la reconnaissance de la dignité des personnes homosexuelles relèvent de l’évidence dans une société civilisée.

    Mais autre chose est de dire que la différence sexuelle n’a plus aucune pertinence institutionnelle.

    Autre chose est de faire comme si la filiation pouvait devenir un simple assemblage juridique au gré des volontés adultes.

    Autre chose encore est de culpabiliser toute objection en la traitant comme une haine.

    Ce glissement-là est dangereux.

    La filiation : le vrai sujet que l’on a soigneusement évité

    On a vendu le mariage pour tous comme une affaire d’amour et d’égalité.

    Mais le cœur du réacteur, c’est la filiation.

    Le mariage ouvre un imaginaire familial. Il crée une présomption, une reconnaissance sociale, une architecture. Même si tous les couples mariés n’ont pas d’enfants, même si certains ne peuvent pas ou ne veulent pas en avoir, l’institution du mariage reste historiquement branchée sur la question de l’enfant.

    C’est pour cela que les débats sur la PMA pour les couples de femmes et les femmes seules reviennent sans cesse. Ce n’est pas une dérive inventée par les opposants. C’est une suite logique.

    Si deux femmes mariées forment un couple aussi pleinement reconnu qu’un couple homme-femme, pourquoi leur refuser l’accès à la procréation médicalement assistée ? Et si deux hommes ne peuvent pas porter d’enfant, pourquoi ne pas ouvrir demain le débat sur la gestation pour autrui ?

    On voit déjà l’engrenage rhétorique.

    À chaque étape, on nous explique que l’étape suivante n’a rien à voir. Puis, quelques années plus tard, elle devient une urgence égalitaire.

    La loi de 2013 interdit toujours la gestation pour autrui en France. La PMA, à ce jour, reste réservée aux couples hétérosexuels confrontés à une infertilité médicalement constatée. Mais politiquement, le front bouge. Le Comité consultatif national d’éthique a rendu en juin 2017 un avis favorable à l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules.

    Voilà. Nous y sommes.

    Le débat n’est donc pas clos, il se déplace.

    L’enfant n’est pas un projet d’adulte comme les autres

    Le discours dominant parle beaucoup du « désir d’enfant ». C’est une expression intéressante, et même révélatrice.

    Un désir, par définition, appartient à celui qui désire. Or l’enfant n’est pas un objet de désir comme une maison, un voyage ou une promotion professionnelle. C’est une personne. Il arrive dans une histoire qu’il n’a pas choisie.

    Bien sûr, des enfants élevés par des couples homosexuels peuvent être aimés, protégés, heureux, équilibrés. Je ne suis pas idiot. Des familles hétérosexuelles sont des enfers, des familles homosexuelles peuvent être remarquables.

    Mais l’exception heureuse ne suffit pas à définir une norme institutionnelle.

    Le droit ne se contente pas d’enregistrer des cas particuliers. Il fabrique des principes. Il dit à la société ce qu’elle considère comme normal, souhaitable, transmissible.

    Et c’est là que le bât blesse.

    La stratégie du rire : Gay Games, Gay Pride et mise en scène communautaire

    La France accueillera les Gay Games en 2018. Très bien. Des compétitions sportives ouvertes autour de la visibilité LGBT, pourquoi pas. On organise bien des événements pour toutes sortes de causes, communautés, professions ou identités.

    Mais il faut quand même interroger cette inflation de la mise en scène communautaire.

    À force de créer des événements homosexuels, des archives homosexuelles, des marches homosexuelles, des festivals homosexuels, des mémoires homosexuelles, on finit par se demander si l’objectif est l’intégration ou la séparation symbolique.

    Peut-on aussi avoir un centre d’archives pour hétérosexuels ? La question fait sourire, mais elle révèle l’asymétrie du moment.

    On me répondra que les hétérosexuels n’ont pas été persécutés comme homosexuels. C’est vrai. On me dira qu’il existe une mémoire spécifique des discriminations, des humiliations, du sida, de la clandestinité, des vies cachées. C’est vrai aussi.

    Mais la mémoire peut réparer sans enfermer.

    La visibilité peut protéger sans devenir une identité totale.

    Le risque, dans toutes les politiques identitaires, c’est de transformer une caractéristique intime en appartenance centrale. Vous n’êtes plus un citoyen qui se trouve être homosexuel. Vous devenez un membre de la communauté LGBT, avec ses codes, ses porte-parole, ses drapeaux, ses injonctions, ses ennemis désignés.

    Et si vous êtes homosexuel mais pas d’accord avec la ligne militante ? Mauvaise nouvelle : vous risquez de découvrir que les communautés autoproclamées n’aiment pas beaucoup les dissidents.

    Comme toutes les petites Églises.

    Ce que devrait être une position raisonnable, si ce mot existe encore

    Je sais bien que sur ce sujet, le mot « raisonnable » est presque comique.

    Les uns veulent sanctuariser la loi de 2013 comme si elle était descendue du Sinaï avec les tables de la République. Les autres veulent revenir à l’avant sans expliquer comment gérer les milliers de mariages déjà célébrés, les enfants déjà élevés, les patrimoines déjà organisés, les vies déjà imbriquées.

    La politique sérieuse commence pourtant par les conséquences.

    Si l’on veut rouvrir le dossier du mariage pour tous, il faut répondre à plusieurs questions concrètes :

    • que fait-on des mariages homosexuels déjà conclus ?
    • maintient-on leurs effets patrimoniaux et successoraux ?
    • crée-t-on une union civile renforcée distincte du mariage ?
    • comment protège-t-on les enfants vivant déjà dans ces familles ?
    • où place-t-on la frontière sur la PMA et la GPA ?
    • comment garantit-on la liberté de conscience des maires, enseignants, médecins et associations ?

    Ce sont des questions difficiles. Donc elles intéressent moins les plateaux télé que les slogans.

    Pour ma part, je crois qu’une société peut protéger les personnes homosexuelles sans dissoudre l’altérité sexuelle dans le droit de la famille. Je crois qu’elle peut reconnaître des unions sans appeler toutes les unions « mariage ». Je crois qu’elle peut respecter les individus sans se laisser intimider par les entrepreneurs de culpabilité.

    Et je crois surtout qu’elle doit cesser de mentir.

    Dire que le mariage homosexuel ne change rien est faux. Dire qu’il provoque mécaniquement l’effondrement instantané de la civilisation est excessif. La vérité est entre les deux, comme souvent : il change quelque chose de profond, mais lentement, par capillarité, dans les représentations, dans les manuels, dans les tribunaux, dans les administrations, dans le langage.

    La guerre culturelle ne ressemble pas toujours à une bataille rangée. Souvent, c’est une succession de formulaires.

    Conclusion : le droit peut tout dire, sauf le réel

    Le mariage homosexuel est légal. C’est un fait.

    Mais le fait juridique n’épuise pas la discussion politique, philosophique et anthropologique. Une loi peut autoriser. Elle peut organiser. Elle peut punir. Elle peut fiscaliser. Elle peut même rebaptiser.

    Elle ne peut pas abolir d’un trait de plume la différence entre un père et une mère.

    Elle ne peut pas faire disparaître la question de l’origine.

    Elle ne peut pas empêcher une société de se demander ce qu’elle transmet, à qui, et au nom de quoi.

    On me dira que le train est passé, que le débat est clos, que les opposants ont perdu, qu’il faut maintenant « avancer ». Peut-être. Mais avancer vers quoi ? Vers une société d’individus contractants, où toute limite devient une discrimination et toute frustration une oppression ?

    Je préfère encore poser la question, même mal élevé, même à contre-courant, même en agaçant les gardiens du temple progressiste.

    Parce qu’au fond, c’est bien cela le sujet : le mariage pour tous n’est pas seulement une loi sur les homosexuels. C’est une loi sur ce que nous acceptons encore d’appeler une famille.

    Et ça, clairement, ce n’est pas un détail.

    Pour aller plus loin

    Sources et références