Je vous l’avais dit. Quand on joue avec le feu en matière de géopolitique des cartels, on finit par se brûler. Et aujourd’hui, c’est tout le Mexique qui flambe.
La neutralisation de Nemesio Oseguera Cervantes, plus connu sous le nom d’ »El Mencho », chef suprême du Cartel de Jalisco Nueva Generación (CJNG), vient de déclencher ce qu’on peut qualifier sans exagération de guerre civile larvée. Une opération américaine menée sans coordination avec Mexico City qui transforme notre voisin du sud en poudrière.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que les conséquences sont immédiates et dramatiques.
L’erreur stratégique américaine qui embrase le Mexique
Les États-Unis ont frappé fort, mais ils ont frappé seuls. Cette neutralisation d’El Mencho, probablement la plus grosse prise dans la guerre contre les cartels depuis des années, s’est faite sans prévenir les autorités mexicaines. Un affront diplomatique qui se transforme aujourd’hui en catastrophe humanitaire.
Pourquoi cette approche unilatérale ? Clairement, Washington ne faisait plus confiance à Mexico City pour mener cette opération sans fuites. Le CJNG avait infiltré une bonne partie de l’appareil sécuritaire mexicain, et Trump 2.0 a préféré jouer solo plutôt que de voir leur cible s’évaporer dans la nature.
Le problème ? En décapitant le cartel sans coordination, les Américains ont laissé les autorités mexicaines face à des milliers de narcos en furie, sans plan de contingence, sans renfort, sans rien.
Résultat : le chaos total.
Le CJNG déclare la guerre à l’État mexicain
La riposte du cartel ne s’est pas fait attendre. Le CJNG a décrété une « mobilisation générale » sur tout le territoire mexicain. Comprenez : tous leurs hommes, toutes leurs cellules, tous leurs sympathisants sont appelés à s’en prendre aux forces de l’ordre et aux infrastructures gouvernementales.
Ce n’est pas du banditisme classique. C’est une insurrection organisée avec des moyens quasi-militaires.
Les images qui nous parviennent parlent d’elles-mêmes : banques incendiées, affrontements armés dans les rues, gardes civils abattus. Le cartel s’attaque méthodiquement aux symboles de l’État mexicain, créant un climat de terreur généralisée.
Mais le plus inquiétant, c’est que cette violence déborde largement du cadre habituel des règlements de comptes entre trafiquants. Les narcos menacent désormais de s’en prendre aux civils, aux touristes, à n’importe qui se trouvant sur leur chemin.
Une stratégie de terreur sans précédent
Le CJNG franchit aujourd’hui une ligne rouge. Traditionnellement, les cartels évitaient de s’attaquer aux touristes – mauvais pour les affaires et source de pressions internationales. Cette fois, ils menacent d’entrer dans les résidences privées et les hôtels pour « tuer des gens au hasard ».
Cette escalade révèle la puissance de feu du cartel et sa capacité à défier frontalement l’État mexicain. Avec un chiffre d’affaires estimé à plusieurs milliards de dollars par an, le CJNG dispose de moyens considérables : armes lourdes, véhicules blindés, drones, communications cryptées.
Face à cette machine de guerre, les forces de sécurité mexicaines semblent dépassées.
L’aéroport de Mexico fermé : des dizaines de milliers de touristes pris au piège
La situation a basculé dans le surréalisme quand l’aéroport international Benito Juárez de Mexico City a dû fermer ses portes. Le ciel mexicain est désormais interdit aux vols commerciaux, transformant le pays en zone de guerre de facto.
Des dizaines de milliers de touristes se retrouvent bloqués, dont de nombreux Français. Imaginez la scène : vous partez pour des vacances au soleil, et vous vous retrouvez coincé dans un pays en proie à une insurrection de narcos.
Ces touristes ne sont pas seulement des témoins involontaires. Ils deviennent des cibles potentielles dans une stratégie de terreur qui vise à faire plier le gouvernement mexicain par la pression internationale.
Les images de familles avec enfants bloquées dans les aéroports, incapables de rentrer chez elles, rappellent les pires crises humanitaires. Sauf qu’ici, on parle d’une destination touristique majeure transformée en zone de guerre en quelques heures.
Un coût économique colossal
Au-delà du drame humain, cette crise frappe de plein fouet l’économie mexicaine. Le tourisme représente plus de 8% du PIB mexicain et emploie des millions de personnes. Fermer l’espace aérien, c’est couper l’une des artères vitales du pays.
Les répercussions se font déjà sentir : annulations en cascade, remboursements, chute des réservations futures. Sans compter l’impact sur l’image du Mexique comme destination sûre, un travail de sape qui prendra des années à réparer.
Quand les cartels défient la souveraineté nationale
Ce qui se joue au Mexique dépasse largement un simple épisode de violence liée au trafic de drogue. C’est un défi frontal à la souveraineté de l’État mexicain.
Le CJNG démontre aujourd’hui qu’il peut paralyser des pans entiers du territoire, fermer des aéroports, tenir en échec les forces de l’ordre. En d’autres termes, exercer des prérogatives régaliennes normalement réservées à l’État.
Cette situation pose une question fondamentale : qui contrôle réellement le Mexique ? Le gouvernement élu démocratiquement ou les seigneurs de guerre du narcotrafic ?
La réponse, malheureusement, n’est plus si évidente.
L’effondrement programmé de certaines régions
Il existe désormais une probabilité très forte que le CJNG parvienne à prendre le contrôle total de certains territoires mexicains. Pas seulement l’influence habituelle des cartels, mais un contrôle territorial effectif, avec leurs propres lois, leur propre justice, leurs propres forces armées.
Un scénario à la colombienne des années 90, quand les FARC contrôlaient des départements entiers. Sauf qu’ici, on parle d’organisations criminelles infiniment plus riches et mieux équipées que les guérillas marxistes de l’époque.
Le gouvernement mexicain aura-t-il les moyens de reprendre la main ? Rapidement ? Facilement ? J’en doute fortement.
Les leçons d’une crise annoncée
Cette crise mexicaine illustre parfaitement les limites de l’approche sécuritaire pure dans la lutte antidrogue. Décapiter un cartel sans stratégie globale, c’est créer un vide que d’autres organisations criminelles ou les lieutenants du chef neutralisé vont s’empresser de combler.
Pire : c’est déclencher une guerre totale avec des moyens asymétriques, où l’État se retrouve à combattre sur tous les fronts simultanément.
L’unilatéralisme américain aggrave encore la situation. En agissant sans coordination, Washington prive Mexico City des moyens d’anticiper et de gérer les conséquences de leurs opérations. Une forme de colonialisme sécuritaire qui se retourne aujourd’hui contre tous.
Vers une internationalisation du conflit ?
La présence de milliers de touristes étrangers bloqués transforme cette crise locale en enjeu international. Les gouvernements européens, américains, canadiens vont devoir organiser des rapatriements d’urgence, mobiliser leurs services consulaires, exercer des pressions diplomatiques.
Le Mexique risque de se retrouver sous tutelle internationale de fait, avec des forces étrangères sur son territoire pour évacuer leurs ressortissants. Une humiliation supplémentaire pour un État déjà affaibli.
Quant aux cartels, ils ont désormais franchi le Rubicon. Après avoir défié ouvertement l’État mexicain et menacé des civils étrangers, ils ne pourront plus faire marche arrière. C’est la guerre totale ou la destruction.
Le Mexique vit peut-être ses dernières heures comme État fonctionnel. Et tout ça pour une opération américaine menée sans concertation.
Bravo Trump, comme je le disais. Vous venez de créer un État failli à votre porte.
Pour aller plus loin
- CJNG: Cartel de Jalisco Nueva Generación
- Drug War in Mexico
- Mexico Tourism Statistics
- US-Mexico Security Cooperation
- Nemesio Oseguera Cervantes Profile
Sources et références
Photo : Kevin Ramos / Unsplash

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