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  • La dissolution express : quand Macron joue aux échecs avec la France
    Face à la montée du RN aux européennes, Emmanuel Macron a choisi la dissolution surprise de l’Assemblée nationale. Une stratégie qui ressemble à un piège tendu à l’extrême droite, mais qui pourrait bien précipiter le chaos qu’elle prétend éviter.

    Je dois vous avouer quelque chose : j’ai rarement vu un coup politique aussi audacieux et aussi dangereux à la fois. Ce dimanche 9 juin 2024, quand Emmanuel Macron a annoncé la dissolution de l’Assemblée nationale, j’ai d’abord cru à une blague. Puis j’ai compris. Le président joue aux échecs pendant que les autres jouent aux dames.

    Mais attention, jouer aux échecs ne signifie pas forcément gagner la partie. Et ce qui se profile ressemble davantage à une partie de roulette russe qu’à une stratégie de grand maître.

    Le piège diabolique tendu au RN

    Analysons froidement la situation. Le Rassemblement National vient de réaliser un score historique aux européennes. Marine Le Pen et Jordan Bardella paradent, persuadés d’avoir enfin leur chance. C’est exactement ce que Macron attendait.

    Le timing de cette dissolution est chirurgical. En mode « express », elle prend tout le monde de court. Les députés sont renvoyés dans les cordes, beaucoup n’auront pas le temps de s’organiser. Le RN, lui, va devoir improviser des candidats dans 577 circonscriptions en quelques jours.

    Mais le vrai piège est ailleurs. Macron sait parfaitement que le RN n’est pas prêt à gouverner. Pas de cadres formés, pas d’expérience du pouvoir, pas de programme crédible au-delà des slogans. En les forçant potentiellement à prendre Matignon maintenant, il leur tend la patate chaude d’un pays en crise.

    Imaginez Bardella Premier ministre face à :

    • Une dette publique qui explose
    • Des tensions sociales exacerbées
    • Les JO de Paris dans quelques semaines
    • La guerre en Ukraine qui continue
    • Une inflation galopante

    Le calcul est cynique mais pas idiot : laisser l’extrême droite se brûler les ailes au pouvoir pour mieux revenir ensuite. Sauf que ce calcul oublie un détail : et si ça tournait vraiment mal ?

    Un président en roue libre

    Il faut dire les choses comme elles sont : Emmanuel Macron semble de plus en plus déconnecté de la réalité. Cette dissolution ressemble à un coup de tête d’un homme qui n’en a plus rien à faire. Un président en dépression, comme je l’observe depuis des mois.

    Les signaux sont là. Son bronzage inexpliqué alors qu’il n’a pas vu le soleil. Ses déclarations de plus en plus erratiques. Cette manie de toucher constamment ses interlocuteurs masculins. Et surtout, cette impression qu’il joue désormais pour lui-même, pas pour la France.

    Quand on regarde son parcours depuis 2017, on voit un homme qui a progressivement glissé de la posture du « en même temps » rassembleur à celle du monarque isolé dans sa tour d’ivoire. La crise des Gilets jaunes, le Covid, les retraites… Chaque épreuve l’a un peu plus coupé du pays réel.

    Aujourd’hui, il semble vouloir tout faire exploser. Comme un joueur d’échecs qui, sentant la partie lui échapper, décide de renverser l’échiquier. Le problème, c’est que l’échiquier, c’est la France.

    Le chaos comme stratégie ?

    Ce qui m’inquiète le plus dans cette affaire, c’est que le chaos semble être devenu une stratégie assumée. Macron et son cercle rapproché – Attal, Le Maire – paraissent vouloir « tout brûler » avant de partir.

    Prenons l’exemple des JO de Paris. L’événement le plus à risque sous la présidence Macron, et il pourrait bien se barrer juste avant. C’est criminel. On parle de la sécurité de millions de personnes, de l’image de la France dans le monde, et le président joue à la roulette russe avec tout ça.

    La Nouvelle-Calédonie est un autre exemple. Macron s’y est rendu en grande pompe, a fait des promesses, et rien n’est réglé. La probabilité qu’il parvienne à rétablir durablement la paix civile ? Moins de 23% selon mes estimations. Dès qu’il aura le dos tourné, ça repartira.

    Et pendant ce temps, les vrais problèmes du pays s’accumulent :

    • Une jeunesse désespérée qui ne croit plus en rien
    • Des services publics à l’agonie
    • Une industrie qui continue de partir à l’étranger
    • Une fracture territoriale béante

    Face à ces défis monumentaux, la réponse de Macron ? Un coup de poker électoral.

    Les scénarios possibles

    Essayons d’être lucides sur ce qui nous attend. Plusieurs scénarios se dessinent, aucun n’est réjouissant.

    Scénario 1 : Le RN obtient une majorité relative
    C’est le plus probable. Bardella à Matignon, mais sans majorité absolue. Résultat : paralysie totale, instabilité permanente, et Macron qui joue les arbitres en attendant 2027.

    Scénario 2 : Une coalition improbable
    La gauche et une partie du centre s’allient pour barrer la route au RN. Mais avec quel programme ? Quelle légitimité ? Ce serait le chaos assuré.

    Scénario 3 : Le RN obtient une majorité absolue
    Le pire scénario. Un gouvernement d’extrême droite sans expérience, avec les pleins pouvoirs. Les dégâts pourraient être irréversibles.

    Scénario 4 : Macron gagne son pari
    Improbable mais pas impossible. Les Français, effrayés par la perspective du chaos, votent massivement pour les candidats macronistes. Mais même dans ce cas, quelle légitimité pour gouverner ?

    Dans tous les cas, nous nous dirigeons vers une période d’instabilité majeure. Et c’est peut-être exactement ce que veut Macron : créer tellement de chaos que les Français finiront par regretter son « en même temps ».

    La responsabilité historique

    Ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement les petits calculs politiciens. C’est l’avenir de la France qui est en jeu. Et Macron porte une responsabilité historique écrasante.

    En jouant ainsi avec le feu, il prend le risque de livrer le pays à des forces qu’il prétend combattre. C’est le paradoxe ultime : pour piéger l’extrême droite, il lui ouvre grand les portes du pouvoir.

    L’Histoire retiendra peut-être cette dissolution comme le moment où la Ve République a basculé. Où un président, par orgueil ou par calcul, a précipité la chute d’un système qu’il était censé protéger.

    Les Français méritent mieux que ces jeux dangereux. Ils méritent des dirigeants qui pensent d’abord à l’intérêt général, pas à leur stratégie personnelle. Malheureusement, ce n’est pas ce que nous avons aujourd’hui.

    Que faire maintenant ?

    Face à cette situation, la tentation du désespoir est grande. Mais nous ne pouvons pas nous permettre de baisser les bras. Quelques pistes de réflexion :

    D’abord, rester lucides. Ne pas tomber dans les pièges tendus par les uns et les autres. Analyser froidement la situation, sans céder aux sirènes du populisme facile.

    Ensuite, s’organiser localement. Si le pouvoir central devient fou, c’est au niveau local que se jouera la résilience. Créer des réseaux de solidarité, renforcer les liens communautaires.

    Enfin, préparer l’après. Car il y aura un après. Que ce soit dans un mois, un an ou cinq ans, il faudra reconstruire. Et pour ça, il faut dès maintenant réfléchir à ce que nous voulons vraiment pour ce pays.

    La période qui s’ouvre sera difficile. Peut-être même tragique. Mais c’est aussi dans ces moments que se révèlent les vrais caractères, que naissent les vraies solutions.

    Macron croit jouer aux échecs. Mais sur un échiquier en feu, même les meilleurs coups ne servent à rien. Il est temps que quelqu’un éteigne l’incendie avant qu’il ne soit trop tard.

    Bref. Le président a ouvert la boîte de Pandore. À nous maintenant de limiter les dégâts. Et de préparer la reconstruction qui devra forcément suivre le chaos annoncé.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

  • Gilets Jaunes : pourquoi la dissolution de l’Assemblée devient inévitable
    Gilets Jaunes : pourquoi la dissolution de l’Assemblée devient inévitable
    La crise des Gilets Jaunes révèle une rupture profonde entre le peuple et ses représentants. La dissolution de l’Assemblée Nationale, seule solution légale acceptable, pourrait ne pas suffire à restaurer la confiance démocratique.

    Nous y voilà. Après deux semaines de mobilisation sans précédent, les Gilets Jaunes ont réussi là où tous les mouvements sociaux précédents ont échoué : placer le pouvoir face à ses contradictions les plus profondes. Et je le dis sans détour : à ce stade, la dissolution de l’Assemblée Nationale n’est plus une option, c’est devenu une nécessité.

    Mais attention. Cette dissolution, aussi inéluctable soit-elle, ne sera qu’un début. Car derrière les gilets jaunes, c’est tout notre système représentatif qui vacille.

    Une crise de représentation sans précédent

    Regardons les faits. Emmanuel Macron a été élu avec 24% des inscrits au premier tour, puis avec une abstention record au second. L’Assemblée Nationale actuelle reflète-t-elle vraiment la diversité politique française ? Évidemment non.

    Le scrutin majoritaire à deux tours a produit une chambre d’enregistrement où La République En Marche détient 308 sièges sur 577 avec seulement 28% des suffrages exprimés au premier tour des législatives. Cette distorsion démocratique, nous la payons cash aujourd’hui.

    Les Gilets Jaunes l’ont compris instinctivement : nos institutions ne les représentent plus. Pire, elles les ignorent. Quand 70% des Français soutiennent le mouvement selon les derniers sondages, comment justifier le maintien d’une assemblée qui vote systématiquement contre leurs intérêts ?

    La fracture territoriale révélée

    Cette crise révèle aussi la fracture territoriale que nos élites persistent à ignorer. Les ronds-points occupés ne sont pas choisis au hasard : ils symbolisent cette France périphérique, celle des zones commerciales et des trajets contraints, celle qui subit de plein fouet la hausse des carburants.

    Ces territoires n’ont aucune voix à l’Assemblée. Leurs députés ? Des parachutés parisiens ou des notables locaux coupés de leurs réalités. Le résultat, c’est ce fossé béant entre les décideurs et ceux qui subissent leurs décisions.

    Dissolution : une solution légale mais insuffisante

    Dans ce contexte, la dissolution de l’Assemblée Nationale s’impose comme la seule réponse institutionnelle crédible. L’article 12 de la Constitution le permet, et les circonstances l’exigent.

    Mais soyons clairs : cette dissolution, aussi nécessaire soit-elle, ne suffira pas aux Gilets Jaunes. Pourquoi ? Parce que le problème ne réside pas seulement dans la composition actuelle de l’Assemblée, mais dans le système électoral lui-même.

    Dissoudre pour revoter avec les mêmes règles, c’est prendre le risque de reproduire les mêmes distorsions. Le scrutin majoritaire favorisera toujours les grandes formations politiques au détriment de la diversité des opinions.

    L’urgence de la proportionnelle

    C’est pourquoi toute dissolution devrait s’accompagner d’une réforme du mode de scrutin vers la proportionnelle. Cette revendication, portée depuis des décennies par de nombreux partis, trouve aujourd’hui sa justification dans la rue.

    La proportionnelle permettrait enfin une représentation fidèle de la diversité politique française. Elle donnerait une voix aux courants minoritaires, aux territoires oubliés, aux classes populaires. Elle briserait le monopole des grandes formations sur la représentation nationale.

    Le spectre de l’escalade

    Mais attention. Si le pouvoir continue à faire la sourde oreille, l’escalade devient probable. Les Gilets Jaunes ont montré leur détermination et leur capacité d’organisation. Ils ont aussi montré qu’ils n’avaient plus rien à perdre.

    Dans ce contexte, un scénario d’occupation du Parlement n’est plus à exclure. Les précédents historiques existent : de 1968 aux printemps arabes, les assemblées parlementaires ont souvent été les cibles privilégiées des mouvements populaires en quête de légitimité démocratique.

    Une telle escalade serait dramatique pour notre démocratie. Elle marquerait l’échec définitif de nos institutions représentatives et ouvrirait une période d’incertitude dont personne ne peut prévoir l’issue.

    La responsabilité du pouvoir

    C’est pourquoi la responsabilité du pouvoir est immense. Emmanuel Macron a encore les moyens d’éviter le pire en prenant les bonnes décisions. Mais le temps presse.

    Chaque jour qui passe sans réponse politique forte radicalise davantage le mouvement. Chaque déclaration méprisante, chaque tentative de minimisation de la crise alimente la colère populaire.

    Le président doit comprendre que nous ne sommes plus dans une crise sociale classique, mais face à une remise en cause profonde de notre système démocratique.

    Au-delà de la dissolution : repenser la démocratie

    Car au-delà de la dissolution, c’est tout notre modèle démocratique qui doit être repensé. Les Gilets Jaunes posent des questions fondamentales sur la représentation, la participation citoyenne, la décentralisation du pouvoir.

    Leurs assemblées populaires, leurs débats en rond-point, leur refus des porte-paroles traditionnels dessinent les contours d’une démocratie plus directe, plus participative. Une démocratie où les citoyens ne se contentent plus de voter tous les cinq ans, mais s’impliquent directement dans les décisions qui les concernent.

    Cette aspiration démocratique ne peut être balayée d’un revers de main. Elle doit être entendue, comprise, intégrée dans nos institutions.

    L’exemple suisse

    D’autres démocraties ont su évoluer. La Suisse, avec ses référendums d’initiative populaire, offre un modèle de participation citoyenne qui pourrait inspirer nos réformes. Ses citoyens votent régulièrement sur des sujets concrets, des impôts locaux aux grands projets d’infrastructure.

    Pourquoi la France ne pourrait-elle pas s’engager dans cette voie ? Pourquoi nos citoyens devraient-ils se contenter d’élire des représentants qui décident ensuite à leur place, souvent contre leur volonté ?

    L’urgence d’une réponse politique

    Le temps de l’esquive est révolu. Emmanuel Macron doit rapidement annoncer des mesures à la hauteur de la crise. La dissolution de l’Assemblée, accompagnée d’une réforme du mode de scrutin vers la proportionnelle, constituerait un premier signal fort.

    Mais il faudra aller plus loin. Référendum d’initiative populaire, décentralisation accrue, fiscalité plus juste : les chantiers sont immenses et urgents.

    Car derrière les gilets jaunes, c’est toute une France qui attend des réponses. Cette France des périphéries, des petits salaires, des trajets contraints. Cette France qui travaille dur et peine à boucler ses fins de mois. Cette France qui ne se reconnaît plus dans ses élites.

    Je souhaite le moins de morts possibles dans cette crise. Mais je crains que l’obstination du pouvoir ne nous mène vers des affrontements de plus en plus violents. Il est encore temps d’éviter le pire, mais la fenêtre de tir se rétrécit chaque jour.

    La dissolution de l’Assemblée Nationale n’est plus une question de si, mais de quand. Et plus elle tardera, plus elle risque d’être insuffisante pour calmer une colère populaire qui dépasse désormais le cadre traditionnel de la contestation sociale.

    Pour aller plus loin

    Photo : Norbu GYACHUNG / Unsplash