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  • L’actualité tragique rencontre la défiance populaire à Strasbourg
    L’actualité tragique rencontre la défiance populaire à Strasbourg
    L’attentat de Strasbourg du 11 décembre 2018 cristallise la défiance populaire envers les institutions. Le timing de l’attaque, en pleine mobilisation des Gilets Jaunes, alimente les soupçons d’instrumentalisation politique et révèle une fracture profonde dans la société française.

    Mardi soir, 20h. Le marché de Noël de Strasbourg vient de vivre l’horreur. Un homme armé a ouvert le feu, faisant plusieurs morts et blessés. L’assaillant, identifié comme Chérif Chekatt, est en fuite. Mais au-delà du drame humain, c’est la temporalité de cet événement qui interpelle. Nous sommes en pleine crise des Gilets Jaunes, et ce timing ne passe pas inaperçu.

    Un timing qui interroge

    Voilà quatre semaines que la France vit au rythme des samedis jaunes. Le mouvement, parti d’une contestation de la taxe carbone, s’est mué en révolte populaire contre le système. Et justement, ce samedi 15 décembre s’annonçait comme l’acte V, potentiellement le plus massif depuis le début de la mobilisation.

    L’attentat de Strasbourg tombe donc à pic. Trop à pic pour certains. Les ronds-points bruissent de questions : est-ce vraiment un hasard si cet événement survient maintenant ? La machine médiatique, qui depuis un mois ne parle que des Gilets Jaunes, bascule instantanément sur l’attentat. Les chaînes d’info en continu déroulent leurs éditions spéciales, les experts défilent, l’émotion prend le pas sur la colère sociale.

    Je ne suis pas complotiste. Mais force est de constater que le timing interroge. D’autant plus quand on sait que Chérif Chekatt était fiché S, surveillé, et qu’il devait être interpellé le matin même pour une affaire de droit commun. Comment un individu sous surveillance peut-il passer à l’acte si facilement ?

    La mort qui fait taire

    48 heures après l’attaque, Chérif Chekatt est abattu par les forces de l’ordre dans le quartier du Neudorf. Fin de l’histoire. Ou plutôt, fin de toute possibilité d’en savoir plus. Car avec sa mort, c’est tout un pan de vérité qui disparaît.

    Comme à chaque fois dans ce genre d’affaires, le suspect meurt. Pas de procès, pas d’interrogatoire public, pas de révélations embarrassantes. Mohamed Merah en 2012, les frères Kouachi et Amedy Coulibaly en 2015, et maintenant Chérif Chekatt. Le schéma se répète avec une régularité troublante.

    On nous dira qu’il était armé, qu’il menaçait les policiers. C’est probablement vrai. Mais cela n’empêche pas de s’interroger : pourquoi nos services, pourtant parmi les plus performants au monde, ne parviennent-ils jamais à capturer vivants ces individus ? Pourquoi cette systématique de l’élimination ?

    Les questions resteront sans réponse. Les zones d’ombre demeureront. Et dans quelques mois, quand l’émotion sera retombée, plus personne ne s’interrogera sur les circonstances exactes de cette tragédie.

    L’activation : un concept qui dérange

    J’emploie volontairement le terme « activation » concernant Chekatt. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Un individu fiché, connu, surveillé, qui soudainement passe à l’acte. Qu’est-ce qui déclenche ce basculement ? Qu’est-ce qui « active » un terroriste dormant ?

    Les services de renseignement connaissent bien ce phénomène. Un individu peut rester des années dans les radars sans jamais passer à l’acte. Puis soudain, quelque chose se produit. Un déclencheur. Une rencontre, un événement, une manipulation parfois.

    Dans le cas de Strasbourg, le timing parfait avec la crise des Gilets Jaunes pose question. S’agit-il d’un pur hasard ? D’un calcul de l’assaillant lui-même ? Ou y a-t-il eu des éléments extérieurs qui ont précipité son passage à l’acte ?

    Ces questions ne sont pas du complotisme. Elles relèvent de l’analyse rationnelle d’une situation complexe. Mais dans le climat actuel, oser les poser vous range immédiatement dans la catégorie des « conspirationnistes ».

    La défiance populaire : symptôme d’une crise profonde

    Ce qui m’a le plus marqué ces derniers jours, c’est la réaction sur les ronds-points. J’ai passé du temps avec les Gilets Jaunes, j’ai écouté, discuté. Et le constat est sans appel : l’immense majorité – je dirais même la quasi-totalité – est convaincue qu’il s’agit d’une opération montée.

    « PSYOP », « false flag », « opération sous fausse bannière »… Le vocabulaire emprunté aux théories du complot fleurit. Mais au-delà des mots, c’est surtout une défiance absolue envers le pouvoir et les médias qui s’exprime.

    Cette défiance n’est pas née avec Strasbourg. Elle s’est construite au fil des années, des mensonges d’État, des manipulations médiatiques, des promesses non tenues. Le nuage de Tchernobyl qui s’arrête à la frontière, les armes de destruction massive en Irak, les promesses de campagne jamais respectées… La liste est longue des trahisons qui ont érodé la confiance.

    Aujourd’hui, cette défiance atteint des sommets. Quand un drame survient, la première réaction n’est plus la compassion ou l’unité nationale, mais le soupçon. « À qui profite le crime ? », demandent les Gilets Jaunes. Et dans leur esprit, la réponse est évidente : au pouvoir, qui voit là une opportunité de détourner l’attention et de justifier un durcissement sécuritaire.

    Les précédents qui alimentent le doute

    Il faut reconnaître que l’histoire récente donne des arguments à ceux qui doutent. L’opération Gladio en Italie, révélée dans les années 90, a montré que des services secrets occidentaux n’hésitaient pas à commanditer des attentats pour influencer l’opinion publique.

    Plus près de nous, l’affaire Mohamed Merah a révélé d’étranges connexions avec les services de renseignement. Bernard Squarcini, ancien patron de la DCRI, a lui-même reconnu que Merah avait été approché par les services.

    Ces révélations, parcellaires et souvent tardives, alimentent la machine à douter. Si on nous a menti hier, pourquoi nous dirait-on la vérité aujourd’hui ? La question est légitime, même si elle ouvre la porte à toutes les dérives.

    L’impossible vérité

    Le problème fondamental, c’est que nous ne saurons jamais la vérité complète sur Strasbourg. Chekatt est mort, emportant ses secrets. Les services de renseignement ne révéleront jamais l’intégralité de ce qu’ils savaient. Les politiques continueront à instrumentaliser le drame à leurs fins.

    Et pendant ce temps, la fracture se creuse. D’un côté, ceux qui acceptent le récit officiel et appellent à l’unité nationale face au terrorisme. De l’autre, ceux qui voient dans chaque drame une manipulation du pouvoir.

    Cette fracture est le véritable danger. Car une société qui ne peut plus s’accorder sur les faits, qui vit dans des réalités parallèles, est une société condamnée à l’implosion.

    Le drame de Strasbourg révèle ainsi bien plus qu’un simple fait divers terroriste. Il met en lumière la crise profonde de confiance qui mine notre société. Une crise que le mouvement des Gilets Jaunes ne fait qu’amplifier et révéler.

    Samedi, l’acte V aura bien lieu. Les Gilets Jaunes seront dans la rue, peut-être moins nombreux, peut-être pas. Mais une chose est sûre : la défiance sera toujours là, plus forte que jamais. Et tant que le pouvoir ne comprendra pas qu’il ne s’agit pas de complotisme mais d’une crise de légitimité profonde, rien ne pourra s’arranger.

    Car au fond, peu importe que Strasbourg soit ou non une « opération ». Ce qui compte, c’est que des millions de Français le pensent. Et ça, c’est le véritable signal d’alarme que nos élites devraient entendre.

    Pour aller plus loin

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Elliott Ledain / Unsplash

  • C’est quoi ces conneries encore ? Chronique d’une exaspération française
    C’est quoi ces conneries encore ? Chronique d’une exaspération française
    L’expression « C’est quoi ces conneries encore ? » cristallise l’exaspération croissante des Français face à une actualité politique et sociale qui semble échapper à tout contrôle rationnel. Cette chronique d’une indignation ordinaire révèle les fractures profondes de notre époque.

    « C’est quoi ces conneries encore ? » Cette phrase, je l’ai écrite des dizaines de fois ces derniers mois. Pas par plaisir, croyez-moi. Par pure exaspération.

    Quand je regarde l’actualité depuis le début de l’année, j’ai l’impression de vivre dans un monde devenu fou. Chaque jour apporte son lot d’absurdités, de décisions incompréhensibles, de situations kafkaïennes qui me laissent pantois.

    Et je ne suis pas le seul. Cette expression résonne chez beaucoup de Français qui, comme moi, observent avec stupéfaction le spectacle quotidien de notre époque.

    L’accumulation de l’absurde

    Prenez les événements de ces premiers mois de 2016. Les attentats de Bruxelles, les polémiques incessantes, les décisions politiques ubuesques, les affaires qui s’enchaînent…

    À chaque fois, la même réaction : « Mais c’est quoi ce délire ? » Cette question rhétorique traduit plus qu’une simple incompréhension. Elle exprime un sentiment de dépossession face à des événements qui semblent échapper à toute logique.

    L’affaire Cahuzac nous avait déjà habitués à l’improbable. Mais là, nous atteignons des sommets. Chaque semaine apporte sa dose de révélations, de rebondissements, de situations si grotesques qu’elles défieraient l’imagination du plus créatif des scénaristes.

    « Je ne crois rien ni personne, et même ce que je vois, je ne le crois pas », ai-je écrit un jour. Cette phrase résume parfaitement l’état d’esprit dans lequel nous plonge cette accumulation d’absurdités.

    La politique spectacle poussée à l’extrême

    Ce qui me frappe le plus, c’est la théâtralisation permanente de la vie politique. Tout devient prétexte à polémique, à posture, à communication.

    On parle d’argent public pour des animateurs de jeux télévisés. On assiste à des débats surréalistes sur des sujets qui mériteraient un minimum de sérieux. Les responsables politiques semblent avoir perdu tout sens des priorités.

    « C’est complètement fou, on parle d’un type qui anime un jeu, et on parle d’argent public, fruit des travailleurs. » Cette observation révèle l’écart grandissant entre les préoccupations réelles des citoyens et l’agenda médiatico-politique.

    Pendant que les Français s’inquiètent pour leur avenir, leur emploi, leur sécurité, nos dirigeants s’enlisent dans des querelles byzantines qui ne font qu’alimenter le sentiment de déconnexion.

    L’information en mode panique permanente

    Les médias portent une lourde responsabilité dans cette ambiance délétère. L’information en continu a créé une course permanente au scoop, au sensationnel, à l’émotion.

    Chaque événement est amplifié, dramatisé, analysé sous tous les angles jusqu’à l’écœurement. Le moindre fait divers devient une affaire d’État. La moindre déclaration politique déclenche un tsunami médiatique.

    Cette surenchère informationnelle contribue à créer un climat d’anxiété permanente. Les citoyens sont bombardés d’informations contradictoires, de révélations fracassantes qui se révèlent souvent être des pétards mouillés.

    « À quoi ça sert de dévoiler des trucs comme ça, sauf à déstabiliser le pouvoir ? », me suis-je demandé face à certaines révélations. Cette question soulève un problème fondamental : l’information sert-elle encore à informer ou uniquement à faire du buzz ?

    La montée de la défiance généralisée

    Cette accumulation d’absurdités nourrit un sentiment de défiance généralisée envers les institutions, les médias, les élites. Les Français ne croient plus en rien ni personne.

    Les sondages le confirment mois après mois : la confiance s’effrite dans tous les domaines. Confiance dans le gouvernement, dans les partis politiques, dans les médias, dans l’avenir même du pays.

    Cette défiance n’est pas sans conséquences. Elle alimente la montée des extrêmes, le repli sur soi, la tentation du « tous pourris ». Elle fragilise les fondements même de notre démocratie.

    « Personne ne se réjouit. Des gens attendent le signal. » Cette phrase, écrite en observant les tensions sociales, traduit un malaise profond. Quand les citoyens perdent confiance dans le système, ils cherchent d’autres voies, parfois dangereuses.

    L’exaspération comme symptôme

    Mon exaspération récurrente face aux « conneries » de l’actualité n’est pas qu’une réaction personnelle. Elle révèle un symptôme plus large : celui d’une société française qui ne se reconnaît plus dans ses dirigeants et ses institutions.

    Cette exaspération, je la ressens chez beaucoup de mes concitoyens. Dans les conversations, sur les réseaux sociaux, dans les sondages d’opinion. Partout, la même lassitude, la même incompréhension face à un système qui semble dysfonctionner.

    « Quel avenir pour la Société Générale ? », me suis-je demandé en observant les turbulences du secteur bancaire. Mais au-delà de cette entreprise particulière, c’est la question de l’avenir de notre société tout entière qui se pose.

    Comment reconstruire la confiance ? Comment redonner du sens à l’action politique ? Comment sortir de cette spirale de l’absurde qui nous entraîne vers le bas ?

    Vers une prise de conscience salutaire ?

    Paradoxalement, cette accumulation d’absurdités pourrait finir par provoquer une prise de conscience salutaire. Quand le système atteint de tels niveaux de dysfonctionnement, il finit par s’auto-détruire.

    « On va bien rigoler le jour J », ai-je écrit avec un humour grinçant. Mais derrière cette ironie se cache une vérité : les Français finiront par dire stop. Par exiger autre chose. Par refuser cette médiocrité généralisée.

    Les signaux sont déjà là. Dans les urnes, dans la rue, dans les sondages. La colère monte, l’exaspération grandit. Tôt ou tard, cette énergie négative se transformera en force de changement.

    La question n’est plus de savoir si le changement aura lieu, mais sous quelle forme. Sera-t-il démocratique et pacifique, ou violent et chaotique ? Tout dépendra de la capacité de nos élites à entendre cette exaspération et à y répondre.

    En attendant, je continuerai à poser cette question qui résume si bien notre époque : « C’est quoi ces conneries encore ? » En espérant qu’un jour, elle ne sera plus d’actualité.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Julie Ricard / Unsplash