Étiquette : contestation populaire

  • 10 septembre 2025, une mobilisation cryptique qui divise la France
    10 septembre 2025, une mobilisation cryptique qui divise la France
    Un mouvement de contestation atypique se structure autour du 10 septembre 2025, mêlant codes cryptés, références pop culture et promesses de « désorganisation structurelle ». Loin des Gilets jaunes traditionnels, cette mobilisation annonce un changement de paradigme dans les formes de protestation française.

    Les codes d’une mobilisation 2.0

    Depuis juillet 2025, un phénomène singulier agite les réseaux sociaux français. Une date circule, accompagnée de références énigmatiques : le 10 septembre 2025, un mercredi, jour de « raviolis ». Derrière cette apparente légèreté se cache une stratégie de communication sophistiquée qui rompt avec les codes traditionnels de la mobilisation sociale.

    Cette approche cryptée n’est pas anodine. Elle répond à une double logique : créer un sentiment d’appartenance chez les initiés tout en échappant aux radars des autorités. Le terme « mercredi raviolis » devient ainsi un signe de ralliement, une façon de se reconnaître entre « sachants » sans expliciter les véritables intentions du mouvement.

    L’usage du hashtag #10septembre2025 s’accompagne d’un vocabulaire particulier : « nouvelle intifada », « désorganisation structurelle », « venez comme vous êtes ». Ces expressions forgent une identité collective tout en maintenant un flou artistique sur les objectifs réels de la mobilisation.

    Au-delà des Gilets jaunes : un nouveau paradigme contestataire

    Les organisateurs de cette mobilisation revendiquent explicitement une rupture avec le mouvement des Gilets jaunes. Ils annoncent « passer à un autre niveau », promettant que les manifestants traditionnels seront « les bienvenus » mais ne seront plus « à la manœuvre ».

    Cette évolution reflète les transformations profondes du paysage contestataire français. Après l’essoufflement relatif des mouvements de ronds-points, de nouveaux acteurs émergent, armés d’une culture numérique plus aboutie et d’une approche moins centralisée de l’organisation.

    Le concept de « désorganisation structurelle » illustre cette mutation. Il ne s’agit plus de bloquer ponctuellement l’économie, mais de créer un climat d’instabilité durable, multiforme et imprévisible. Cette stratégie s’inspire des théories de la guerre asymétrique adaptées au contexte civil.

    L’appel à « venir avec vos revendications les plus légitimes, individuelles et collectives » traduit également une approche plus inclusive, cherchant à fédérer au-delà des clivages politiques traditionnels. Cette stratégie du « front populaire élargi » vise à mobiliser simultanément des publics habituellement opposés.

    La dimension technologique : outils de coordination et de résistance

    Un élément frappant de cette mobilisation réside dans l’importance accordée aux outils numériques. Les organisateurs recommandent explicitement le téléchargement de l’application BITCHAT, présentée comme essentielle à l’opération. Cette insistance révèle une dimension technologique centrale dans la stratégie déployée.

    Cette approche s’inscrit dans une tendance lourde : l’utilisation d’applications de messagerie chiffrée pour coordonner des actions de désobéissance civile. Telegram, Signal et maintenant BITCHAT deviennent les nouveaux outils de la contestation, permettant d’échapper à la surveillance traditionnelle.

    La référence aux « hackers » qui « ne voulaient pas attendre le 10 septembre » suggère également une dimension cyber dans cette mobilisation. Cette convergence entre activisme de rue et activisme numérique marque une évolution majeure des mouvements contestataires contemporains.

    L’évocation d’ »opérations de sabotage » démarrées « à minuit 00 01 » et « non détectées par les autorités » laisse entrevoir une planification minutieuse, s’appuyant sur des compétences techniques avancées et une coordination décentralisée.

    Chronologie d’une montée en tension

    L’analyse temporelle des messages révèle une escalade progressive. Parti en juillet d’appels relativement vagues, le discours se radicalise au fil des semaines. Les références au « warmup » fin août suggèrent une phase de préparation active, tandis que l’évocation de « centres commerciaux attaqués » marque un durcissement du ton.

    Cette montée en tension culmine avec l’annonce que l’opération commence « en pleine nuit à minuit 00 01 », rompant avec les codes traditionnels des manifestations diurnes. Cette temporalité nocturne évoque les stratégies de guérilla urbaine et marque une rupture symbolique forte.

    Le passage du 10 au 11 septembre, puis l’annonce d’un « acte 2 » le 18 septembre, révèlent une planification sur plusieurs semaines. Cette approche séquentielle vise probablement à maintenir la pression sur les autorités et à tester leur capacité de réaction.

    Les signaux faibles d’une radicalisation

    Certains éléments du discours interrogent sur le niveau de radicalisation réel du mouvement. L’usage d’émojis sanglants, les références à l’ »intifada », ou encore l’évocation d’actions « sales » suggèrent une volonté de transgression qui dépasse le cadre de la manifestation pacifique traditionnelle.

    Cette rhétorique de la violence, même métaphorique, s’inscrit dans une stratégie de communication destinée à marquer les esprits. Elle vise à créer un sentiment d’urgence et à différencier ce mouvement des mobilisations précédentes jugées inefficaces.

    Enjeux et perspectives d’une mobilisation inédite

    Au-delà de son aspect spectaculaire, ce mouvement révèle des mutations profondes de la société française. Il traduit une frustration croissante face aux canaux traditionnels d’expression démocratique et une recherche de nouveaux modes d’action collective.

    L’approche « venez comme vous êtes » témoigne d’une volonté d’inclusion maximale, cherchant à dépasser les clivages sociaux et politiques. Cette stratégie du grand rassemblement hétérogène pose néanmoins la question de la cohérence des revendications et de la durabilité du mouvement.

    La dimension internationale, avec des références au Népal et l’usage de hashtags multilingues, suggère une ambition qui dépasse le cadre hexagonal. Cette internationalisation des mouvements contestataires constitue un défi inédit pour les autorités nationales.

    Les défis pour l’ordre public

    Pour les forces de l’ordre, cette mobilisation représente un défi majeur. Sa nature décentralisée, sa communication cryptée et sa temporalité étalée compliquent considérablement les stratégies de prévention traditionnelles.

    L’annonce d’actions simultanées « venant de tous les côtés » vise explicitement à saturer les capacités de réaction des autorités. Cette stratégie de dispersion géographique et temporelle s’inspire des tactiques de guerre asymétrique appliquées au contexte civil.

    Reste à savoir si cette mobilisation atypique parviendra à transformer l’essai. L’histoire récente montre que les mouvements les plus spectaculaires sur les réseaux sociaux ne se traduisent pas toujours par une mobilisation effective sur le terrain. Le test de réalité du 10 septembre 2025 dira si cette nouvelle forme de contestation parvient à dépasser le stade de la communication pour devenir un véritable rapport de force politique.

    Pour aller plus loin

    Photo : Khamkéo / Unsplash

  • La France face à l’impasse politique
    La France face à l’impasse politique
    Face aux crises multiples qui secouent la France, l’incompétence manifeste de la classe politique actuelle et l’inefficacité des mouvements de contestation traditionnels dessinent un tableau inquiétant. Le pays semble engagé dans une spirale d’échecs où ni les gouvernants ni les opposants ne sont à la hauteur des enjeux historiques.

    Je regarde la situation politique française actuelle avec un mélange de consternation et d’inquiétude. Ce qui se déroule sous nos yeux n’est pas simplement une crise de plus, c’est l’effondrement en direct d’un système politique qui a perdu toute capacité à répondre aux défis de notre époque. Et le pire, c’est que tout le monde semble tétanisé face à l’ampleur du désastre.

    Une génération politique hors-sol et incompétente

    Les dirigeants politiques français actuels, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, forment une génération particulièrement médiocre. Âgés en moyenne de 35 à 45 ans, ils incarnent parfaitement ce que produit un système de sélection des élites complètement dévoyé. Ces jeunes loups aux dents longues n’ont pour la plupart jamais exercé de vraie responsabilité en dehors du microcosme politique parisien.

    Prenez n’importe lequel de ces « leaders » autoproclamés. Leur parcours est d’une prévisibilité affligeante : Sciences Po, ENA ou école de commerce, cabinet ministériel, parachutage dans une circonscription, et hop, les voilà ministres ou chefs de parti. Pas une once d’expérience du monde réel, pas la moindre confrontation avec les problèmes concrets que vivent les Français au quotidien.

    Cette inexpérience devient dramatique quand on mesure l’ampleur des défis auxquels le pays fait face :

    • Une dette publique qui explose et atteindra bientôt 120% du PIB
    • Une désindustrialisation galopante qui a détruit 2 millions d’emplois en 30 ans
    • Des fractures territoriales et sociales qui ne cessent de s’approfondir
    • Une crise migratoire que personne n’ose vraiment aborder
    • Un système de protection sociale au bord de l’implosion

    Face à ces enjeux colossaux, que proposent nos brillants trentenaires et quadragénaires ? Des éléments de langage, des postures médiatiques et des petites phrases assassines sur Twitter. C’est pathétique.

    L’illusion démocratique française

    Ce qui rend la situation encore plus préoccupante, c’est que nous vivons dans l’illusion d’une démocratie fonctionnelle. Les trois principaux mouvements politiques – la macronie au pouvoir, une gauche fragmentée et une droite en pleine décomposition – entretiennent savamment cette fiction. Ils font mine de s’opposer, organisent des débats télévisés, votent des motions de censure vouées à l’échec, mais au fond, ils participent tous au même théâtre d’ombres.

    La réalité, c’est que le pouvoir réel a depuis longtemps échappé aux institutions démocratiques traditionnelles. Les décisions importantes se prennent ailleurs : dans les couloirs de Bruxelles, dans les salles de marché de la City ou de Wall Street, dans les conseils d’administration des multinationales. Nos politiciens ne sont plus que des gestionnaires de l’impuissance, des communicants chargés de faire passer la pilule.

    Cette mascarade démocratique a des conséquences dramatiques. Elle nourrit la défiance des citoyens, alimente l’abstention record (qui dépasse régulièrement les 50% aux élections) et pousse certains vers des solutions radicales. Quand on fait croire aux gens qu’ils ont le pouvoir alors qu’ils n’ont que le droit de choisir entre des marionnettes interchangeables, il ne faut pas s’étonner de la montée de la colère.

    Le cas emblématique de la réforme des retraites

    L’épisode de la réforme des retraites de 2023 illustre parfaitement cette déconnexion. Malgré des millions de manifestants dans les rues pendant des mois, malgré une opposition massive dans l’opinion (plus de 70% contre selon tous les sondages), le gouvernement est passé en force avec le 49.3. Message subliminal : vous pouvez manifester tant que vous voulez, nous ferons ce que nous avons décidé.

    Cette arrogance du pouvoir n’est possible que parce que nos dirigeants savent qu’ils n’ont aucun compte à rendre. Ils sont protégés par un système institutionnel verrouillé, une justice aux ordres et des médias complaisants détenus par une poignée de milliardaires.

    L’impasse des mouvements de contestation

    Face à cette confiscation du pouvoir, on pourrait espérer que les mouvements de contestation représentent une alternative crédible. Hélas, là aussi, le constat est accablant. Les manifestants français, qu’ils soient de gauche ou de droite, n’ont toujours pas compris que les règles du jeu ont changé.

    Prenons l’exemple récent des identitaires qui se sont pris pour des commandos israéliens. C’est à la fois pathétique et dangereux. Pathétique parce qu’ils singent des modèles étrangers sans comprendre le contexte. Dangereux parce qu’ils risquent de déclencher une répression dont ils ne mesurent pas l’ampleur potentielle.

    Plus largement, l’inefficacité chronique des mouvements sociaux en France tient à plusieurs facteurs :

    • L’illusion du nombre : on croit encore qu’en étant nombreux dans la rue, on peut faire plier le pouvoir. C’était vrai il y a 50 ans, ce ne l’est plus aujourd’hui.
    • La naïveté tactique : les manifestations pacifiques et prévisibles sont devenues un rituel folklorique sans impact réel.
    • L’absence de vision alternative : contester c’est bien, mais proposer quoi à la place ? Le vide programmatique est abyssal.
    • La fragmentation des luttes : chacun défend son pré carré sans vision d’ensemble.

    Le cas des taxis en grève est emblématique. Je soutiens leur combat face à l’ubérisation sauvage, mais soyons lucides : leurs manifestations pacifiques n’aboutiront à rien. Le gouvernement attendra que ça se tasse, lâchera quelques miettes symboliques, et continuera sa politique de dérégulation.

    Les forces en présence : un rapport déséquilibré

    Ce que les manifestants ne comprennent pas, c’est le rapport de force réel. D’un côté, vous avez un État qui dispose de moyens de répression considérables : 250 000 policiers et gendarmes, des services de renseignement omniprésents, un arsenal juridique permettant de criminaliser à peu près n’importe quelle forme de contestation.

    De l’autre, des citoyens atomisés, surveillés en permanence via leurs smartphones, endettés et donc vulnérables économiquement, sans organisation solide ni leadership charismatique. David contre Goliath, sauf que David n’a même plus de fronde.

    Les scénarios du chaos à venir

    Dans ce contexte, plusieurs scénarios se dessinent pour les mois et années à venir, et aucun n’est réjouissant.

    Scénario 1 : La pourriture lente. Le système continue de se dégrader progressivement. Les services publics s’effondrent, la pauvreté explose, mais la population reste globalement passive, anesthésiée par les écrans et les anxiolytiques. C’est le scénario de la « brésilianisation » de la France : des îlots de richesse ultra-sécurisés au milieu d’un océan de misère.

    Scénario 2 : L’explosion sociale. Un événement déclencheur (bavure policière, nouvelle réforme antisociale, krach financier) met le feu aux poudres. Les banlieues s’embrasent, rejointes cette fois par les classes moyennes paupérisées. L’État répond par une répression féroce, instaurant de facto un régime autoritaire.

    Scénario 3 : Le coup de force politique. Face au chaos, un « homme providentiel » émerge, promettant l’ordre et la sécurité. Qu’il vienne de l’extrême droite ou qu’il se drape dans les oripeaux d’un bonapartisme 2.0, le résultat sera le même : la fin de ce qui reste de démocratie.

    Dans tous les cas, ce qui nous attend n’a rien de réjouissant. Et le plus tragique, c’est que cette descente aux enfers aurait pu être évitée si nous avions eu de vrais leaders politiques, capables de prendre les décisions courageuses qui s’imposaient il y a 20 ans.

    Que faire dans ce marasme ?

    Face à ce tableau apocalyptique, la tentation du défaitisme est grande. Pourtant, se résigner serait la pire des options. Quelques pistes pour ceux qui refusent la fatalité :

    D’abord, ouvrir les yeux. Cesser de croire aux fables qu’on nous raconte sur la démocratie française. Comprendre les vrais rapports de force, identifier les vrais détenteurs du pouvoir. La lucidité est le premier pas vers l’action efficace.

    Ensuite, s’organiser localement. Puisque le système national est verrouillé, c’est au niveau local qu’il faut reconstruire du lien social, de la solidarité, de la résilience. Circuits courts, monnaies locales, réseaux d’entraide : les alternatives existent.

    Développer son autonomie. Réduire sa dépendance au système : cultiver son jardin (au propre comme au figuré), apprendre des savoir-faire utiles, constituer des réserves, tisser des réseaux de confiance. Quand le Titanic coule, mieux vaut avoir sa propre chaloupe.

    Préparer l’après. Car il y aura un après. Les systèmes les plus solides finissent par s’effondrer. Il faudra alors des gens préparés, avec des idées claires et des compétences réelles, pour reconstruire sur les ruines. C’est maintenant qu’il faut s’y préparer.

    Conclusion : le temps des illusions est terminé

    La France vit ses dernières heures en tant que démocratie digne de ce nom. Nos dirigeants sont des incapables, nos institutions sont vermoulues, nos mouvements d’opposition sont impuissants. Le réveil sera brutal pour ceux qui croient encore au système.

    Mais cette lucidité désespérante ne doit pas nous paralyser. Au contraire, elle doit nous pousser à l’action, une action réfléchie, stratégique, adaptée aux véritables enjeux. Car si nous ne pouvons plus sauver le système, nous pouvons encore nous sauver nous-mêmes et préparer ce qui viendra après.

    La question n’est plus de savoir si ça va mal se passer – c’est acté. La question est : serez-vous prêts quand ça arrivera ? Ou continuerez-vous à croire aux contes de fées démocratiques qu’on vous sert à la télé ?

    Le choix vous appartient. Mais ne venez pas dire qu’on ne vous avait pas prévenus.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Erik Packard / Unsplash

  • Gilets Jaunes, anatomie d’une révolution populaire qui ne veut pas mourir
    Gilets Jaunes, anatomie d’une révolution populaire qui ne veut pas mourir
    Le mouvement des Gilets Jaunes, né en novembre 2018, poursuit sa mobilisation malgré une répression sans précédent. Cette révolution populaire sans leader révèle l’ampleur du fossé entre le peuple et ses élites, tout en inventant de nouvelles formes de contestation qui s’exportent dans le monde entier.

    Je ne sais pas comment l’expliquer, et en même temps je vais l’expliquer quand même. Ce qui se passe depuis novembre dernier avec les Gilets Jaunes dépasse tout ce que j’ai pu observer en trente ans d’entrepreneuriat et d’observation sociale. Nous assistons à quelque chose d’inédit : une révolution populaire qui refuse de mourir, qui se réinvente chaque samedi, et qui fait trembler un pouvoir pourtant blindé et armé jusqu’aux dents.

    Un mouvement acéphale mais structuré

    Les Gilets Jaunes n’ont pas de leader, et Éric Drouet n’est pas le meneur de ce mouvement. C’est précisément cette absence de tête pensante qui fait sa force et déstabilise complètement le pouvoir. Dès qu’un porte-parole émerge et se fait neutraliser, un autre surgit, encore plus déterminé. C’est une hydre populaire qui se régénère sans cesse.

    Cette structure horizontale n’est pas une faiblesse mais une innovation révolutionnaire. Contrairement aux mouvements sociaux traditionnels, orchestrés par des syndicats avec leurs hiérarchies et leurs négociateurs attitrés, les Gilets Jaunes fonctionnent comme un organisme vivant décentralisé. Chaque rond-point, chaque groupe Facebook, chaque assemblée locale est autonome tout en partageant une colère commune.

    Le mouvement agglomère toutes les formes de contestation et toutes les revendications. Des retraités aux chômeurs, des artisans aux employés, des provinciaux aux banlieusards, c’est la France périphérique dans toute sa diversité qui s’est levée. Cette hétérogénéité, que les commentateurs présentent comme une faiblesse, est en réalité sa principale force : impossible de diviser ce qui est déjà multiple.

    La spirale de la violence d’État

    Quand je vois les camions à eau contre les manifestants, je ne peux m’empêcher de penser à ce fameux nettoyage au Kärcher promis par Sarkozy. Qui aurait pu croire que dix ans plus tard, c’est finalement le Peuple qui est nettoyé sous pression ?

    Les images des « gueules cassées » – ces manifestants éborgnés par des tirs de LBD – circulent sur les réseaux sociaux. La répression atteint des niveaux jamais vus depuis Mai 68. Plus de 2000 blessés recensés, des dizaines d’éborgnés, des mains arrachées par des grenades GLI-F4. Face à des manifestants largement pacifiques, l’État déploie un arsenal militaire disproportionné.

    Cette violence systématique révèle la panique du pouvoir face à un mouvement qu’il ne comprend pas et ne parvient pas à contrôler. Le ministre de l’Intérieur Castaner et le secrétaire d’État Nunez échouent semaine après semaine à empêcher les manifestations, malgré les intimidations et les menaces. Les arrestations préventives, les interdictions de manifester, les gardes à vue abusives : tout est bon pour tenter d’étouffer la contestation.

    Paradoxalement, cette répression renforce la détermination des manifestants. Ce sont des types qui, tous les samedis, se font tirer comme des lapins, sans broncher. Cette résilience impressionnante témoigne de la profondeur de la colère populaire.

    L’internationalisation d’un mouvement français

    Ce qui me frappe particulièrement, c’est l’exportation spontanée du mouvement. Des Gilets Jaunes en Australie, au Royaume-Uni, et même jusqu’à Buenos Aires ! Le gilet jaune est devenu un symbole universel de la révolte des peuples contre leurs élites déconnectées.

    Cette internationalisation n’est pas anodine. Elle révèle que les problématiques soulevées par les Gilets Jaunes – précarisation, mépris des élites, confiscation démocratique – sont partagées dans tout l’Occident. Le néolibéralisme mondialisé produit partout les mêmes effets : enrichissement d’une minorité, paupérisation des classes moyennes et populaires, destruction des solidarités traditionnelles.

    L’analyse de l’ancien patron de la DGSE est éclairante à ce sujet : nous assistons à une forme nouvelle de contestation qui échappe aux grilles de lecture traditionnelles du renseignement et du maintien de l’ordre. Les services de l’État, habitués à surveiller des organisations structurées, se retrouvent démunis face à cette nébuleuse mouvante.

    Le Grand Débat : une tentative de récupération vouée à l’échec

    Le Grand Débat National lancé par Macron ne va évidemment pas mettre un terme au mouvement. Il faut être honnête et l’écrire : ça va hélas aller encore plus loin. Je crois même que cette opération de communication va renforcer la colère en révélant une fois de plus le mépris du pouvoir.

    Cette mascarade démocratique, où le président vient expliquer pendant des heures pourquoi il a raison et pourquoi le peuple a tort, illustre parfaitement le fossé qui sépare les gouvernants des gouvernés. Les cahiers de doléances modernes resteront lettre morte, comme leurs ancêtres de 1789.

    Face à ce simulacre, on peut raisonnablement imaginer que la suite du mouvement pourrait produire un ensemble d’institutions démocratiques parallèles avec des règles adaptées. Des assemblées populaires aux tribunaux citoyens, c’est tout un contre-pouvoir qui pourrait émerger de cette contestation.

    Les Foulards Rouges : la contre-révolution des nantis

    L’apparition du mouvement des Foulards Rouges est révélatrice. Cette tentative pathétique de créer un mouvement « pro-Macron » spontané montre à quel point le pouvoir est aux abois. Chapeau aux publicitaires créatifs qui accompagnent les Gilets Jaunes pour avoir grillé et trollé magistralement ce mouvement contre-révolutionnaire !

    Cette opposition factice entre Gilets Jaunes et Foulards Rouges révèle la fracture béante de la société française. D’un côté, la France qui galère, de l’autre, celle qui profite du système. Choisissez votre camp !

    Vers une radicalisation inévitable ?

    Combien de temps le mouvement restera-t-il encore pacifiste face à une police politique bête et méchante ? La question mérite d’être posée. L’arrivée annoncée de la famille Winterstein, des gitans, au sein du mouvement pourrait marquer un tournant. Ces communautés, habituées à la confrontation avec les forces de l’ordre, pourraient apporter une dimension plus conflictuelle.

    À terme, les Gilets Jaunes n’auront peut-être plus d’autre choix que d’entrer dans la clandestinité. Le gouvernement va tout tenter pour que le mouvement devienne impopulaire, multipliant les provocations et les manipulations médiatiques. Mais cette stratégie risque de se retourner contre lui.

    Les Gilets Jaunes sont apolitiques mais sont très politiques ! Cette apparente contradiction résume parfaitement la nature du mouvement : un refus du système partisan traditionnel couplé à une conscience politique aiguë. Je ne peux pas imaginer une seconde que la majorité des nouveaux députés qui siègeront à l’Assemblée après sa prochaine dissolution ne soient pas d’anciens Gilets Jaunes ou sympathisants clairement affirmés.

    L’irréversibilité du processus révolutionnaire

    Nous vivons un changement de paradigme, une révolution. Le mouvement des Gilets Jaunes fait peser une menace folle sur la tête des nantis et des élites réfractaires aux idées du Peuple, qui s’affolent. La plupart d’entre eux ne savent pas s’ils seront encore à leur place dans 3 à 5 ans.

    En vérité, nul ne sait ce que les Gilets Jaunes vont faire, mais mon intuition m’indique qu’ils vont tout démonter. Quand ? Je ne sais pas. Mais ce qui est certain, c’est que ce mouvement n’a jamais été aussi fort qu’aujourd’hui. L’incident violent de l’Acte IX, où des éléments s’en sont pris à des journalistes, n’est qu’un détail dans le dossier, certes très regrettable, mais qui ne doit pas occulter l’essentiel.

    En matière de révolution populaire, une mobilisation stable c’est une mobilisation qui progresse. Malgré le froid, la répression, la fatigue, ils sont toujours là, acte après acte. Cette persévérance extraordinaire témoigne que nous sommes face à bien plus qu’une simple contestation sociale : c’est une lame de fond qui ne retombera pas.

    Loin de moi l’idée de vouloir faire peur, mais de mon point de vue les Gilets Jaunes sont très, très loin d’avoir montré tout leur potentiel. C’est tout nouveau, ils découvrent chaque semaine de quoi ils peuvent être capables, ils se découvrent. Ça peut aller très, très loin.

    Une probabilité encore forte indique que le mouvement pourrait s’essouffler avant l’été 2019. Mais même dans ce cas, les graines sont semées. La conscience politique éveillée, les réseaux créés, la défiance installée : tout cela perdurera bien au-delà des manifestations du samedi.

    « On ne joue pas impunément avec l’exaspération de tout un peuple », comme je l’écrivais pour l’Acte X. Cette phrase résume l’aveuglement d’un pouvoir qui croit pouvoir étouffer par la force une colère légitime. L’Histoire nous enseigne que de telles stratégies finissent toujours mal pour ceux qui les emploient.

    Bref. Les Gilets Jaunes, c’est l’irréversibilité en marche. Un processus historique est enclenché, et rien ne pourra l’arrêter. Pas même les canons à eau.

    Pour aller plus loin

    Pour aller plus loin

    Photo : ev / Unsplash