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  • Confessions intimes d’un entrepreneur accro à l’IA
    Confessions intimes d’un entrepreneur accro à l’IA
    Depuis quelques semaines, je travaille en parallèle avec plusieurs instances de Claude et Codex. Cette dépendance nouvelle, mi-fascinée mi-inquiète, raconte une mutation profonde du travail intellectuel. Voici ce que j’ai appris en « couchant » avec l’IA.

    Il y a une phrase que j’ai lâchée récemment, à moitié provocante, à moitié sérieuse : « Oui. J’ai couché avec Claude. On pourrait dire ça comme ça. »

    Ce n’était pas qu’une boutade.

    Quand vous lancez plusieurs tâches sur plusieurs instances d’un assistant IA en fin de journée, que vous le retrouvez le matin avec le travail abattu pendant que vous dormiez, et que vous repartez aussitôt dans le dialogue, oui, il se passe quelque chose qui ressemble à une cohabitation. Une intimité de travail. Une nouvelle forme de relation à la machine que personne ne nommait il y a encore deux ans.

    Je suis dans la Tech depuis 1992. J’ai vu passer le minitel finissant, l’arrivée du web, la bulle, le mobile, le cloud. Mais ce que je vis avec les grands modèles de langage en ce printemps 2026, c’est différent. C’est plus rapide, plus intime, et beaucoup plus déstabilisant.

    Travailler en meute : quand on multiplie les Claude

    Ma routine a changé sans que je m’en rende vraiment compte. Désormais, je ne pose plus une question à une IA. Je distribue le travail.

    Comme je l’écrivais récemment : « Je lance d’autres tâches sur d’autres Claude, ou sur Codex. » Une instance creuse un dossier juridique. Une autre relit un contrat. Une troisième débugge du code via Codex. Je suis devenu une sorte de chef d’orchestre d’agents qui ne dorment jamais.

    Ce mode de travail porte un nom dans l’industrie : l’orchestration d’agents. Anthropic, l’éditeur de Claude, a poussé en ce sens avec ses fonctionnalités de tâches asynchrones et son outil Claude Code, qui permet de déléguer des chantiers entiers de développement. OpenAI a fait de même avec Codex, relancé en 2025 comme agent de programmation autonome.

    La promesse est simple : vous décrivez l’objectif, l’agent exécute, vous validez. Le gain de productivité est réel, parfois vertigineux. Mais il y a un revers que peu osent dire.

    • Vous perdez le détail. Quand cinq agents travaillent en parallèle, vous ne lisez plus vraiment ce qu’ils produisent ligne à ligne.
    • Vous devenez dépendant du rythme. Une journée sans accès à ces outils ressemble désormais à une journée les mains liées.
    • Vous changez de métier sans l’avoir décidé. Vous ne produisez plus, vous supervisez. Et superviser une machine qui se trompe avec aplomb est un exercice dangereux.

    Bref. On gagne du temps, mais on troque la maîtrise contre la vitesse. Et ce troc-là mérite qu’on s’arrête dessus.

    « Ils vont remplacer tous les Cédric par un seul Claude »

    J’ai écrit cette phrase un matin, mi-figue mi-raisin : « Ils vont remplacer tous les Cédric (et les Régis) par un seul Claude. »

    Derrière l’ironie, une réalité froide. Les fonctions support, les tâches répétitives, la production de documents standardisés, la première ligne de service client : tout cela est en train de basculer.

    Ce que disent les chiffres

    Le Forum économique mondial, dans son rapport Future of Jobs 2025, estimait que 92 millions d’emplois seraient déplacés d’ici 2030 par les technologies, mais que 170 millions seraient créés. Le solde théorique est positif. Sauf qu’un solde positif au niveau macro n’a jamais consolé un Cédric licencié au niveau micro.

    Le FMI, de son côté, avance que près de 40 % des emplois mondiaux sont exposés à l’IA, et jusqu’à 60 % dans les économies avancées. La France n’échappe pas à la vague. Les cabinets de conseil, les services juridiques, la comptabilité, le marketing de contenu : autant de secteurs où le « un seul Claude » remplace déjà discrètement plusieurs postes.

    Le débat public préfère parler de « transformation » et de « montée en compétences ». Soit. Mais transformer un assistant juridique de 45 ans en prompt engineer relève davantage du slogan que de la politique de l’emploi réaliste.

    La nuance qu’il faut tenir

    Pour autant, je ne crois pas au remplacement intégral. Claude ne signe pas un contrat, n’engage pas sa responsabilité professionnelle, ne va pas négocier en face d’un client difficile. Ce que l’IA tue, ce sont les tâches, pas forcément les métiers.

    Le danger n’est pas tant le remplacement que la dévalorisation silencieuse : on garde le Cédric, mais on le paie moins, on attend de lui qu’il fasse le travail de trois, et on lui répond que « c’est l’outil qui fait le gros ». Voilà la vraie spirale.

    La guerre des modèles : DeepSeek, Grok et les bans

    Ce printemps a aussi été marqué par une accélération de la guerre économique entre fournisseurs d’IA. J’ai lancé une provocation publique : « Hey @deepseek_ai, vous DEVEZ lancer quelque chose d’équivalent à Claude maintenant. »

    Ce n’était pas un caprice de consommateur. C’était un appel stratégique.

    Pourquoi la concurrence est vitale

    Quand un seul acteur domine un outil devenu central dans nos chaînes de production intellectuelle, nous devenons collectivement otages. Otages de ses prix, de ses conditions d’utilisation, de ses choix de modération, de ses éventuels bannissements.

    DeepSeek, l’acteur chinois qui a secoué le marché début 2025 avec des modèles performants à coût réduit, représente précisément ce contre-pouvoir. Mistral en France joue aussi sa partition souveraine. Et plus il y a de Claude-équivalents, plus nous, utilisateurs et entreprises, gardons un pouvoir de négociation.

    Quand les bans deviennent une arme

    J’ai ironisé à l’attention de Grok : « Eh bien, mon cher ami et collègue @grok, te voilà rassuré avec le ban de Claude Fable5 ? Tu peux reprendre le leadership. »

    Derrière le clin d’œil, une vérité gênante. Dans cette industrie, on ne gagne pas seulement par l’innovation. On gagne aussi par les restrictions, les exclusions de stores, les limitations d’accès, les guerres de réglementation interposées. Un modèle banni quelque part, c’est un concurrent qui récupère mécaniquement des parts de marché.

    Le moins qu’on puisse dire, c’est que la compétition technologique ressemble de plus en plus à une compétition géopolitique. Et dans cette guerre-là, le client final est rarement la priorité.

    Ferrari, ou la leçon de ceux qui ratent le virage

    Au milieu de tout cela, j’ai eu un mouvement d’humeur que j’assume totalement. À propos d’un projet raté chez une grande marque, j’ai écrit : « Les responsables de ce projet chez @Ferrari doivent être licenciés et le CEO doit présenter sa démission. Ça va cinq minutes les conneries. »

    Pourquoi cette colère ? Parce que l’excellence n’est pas une rente.

    Une marque mythique peut sombrer en quelques années si elle prend ses clients pour des distributeurs automatiques de confiance. Le virage technologique actuel est impitoyable : il sépare ceux qui intègrent l’IA et le numérique dans leur ADN de ceux qui se contentent de coller un vernis marketing par-dessus de vieilles habitudes.

    J’ai vu trop d’entreprises prestigieuses se reposer sur leur histoire. L’histoire ne code pas. L’histoire ne livre pas. L’histoire ne répond pas aux clients. Quand un projet capote par incompétence ou par mépris, il faut des responsabilités assumées au sommet. Pas des éléments de langage.

    Et s’il n’y avait pas Claude, mais Brigitte ou Bernadette ?

    J’ai lâché cette phrase comme une fiction : « Et il n’y aurait pas Claude. Il y aurait Brigitte ou Bernadette. »

    Derrière l’humour, une question de fond : pourquoi nommons-nous ces machines ? Pourquoi leur donner un prénom humain, familier, presque domestique ?

    Parce que le prénom crée le lien. Et le lien crée la dépendance.

    Quand vous dites « je demande à Claude » plutôt que « j’utilise un grand modèle de langage », vous avez déjà humanisé l’outil. Vous avez déjà commencé à lui prêter une intention, une fiabilité, une présence. C’est exactement ce que recherchent les concepteurs : transformer un logiciel en collègue.

    Imaginez la même technologie nommée Brigitte ou Bernadette. Le rapport changerait. Le prénom oriente l’imaginaire. Claude sonne neutre, compétent, légèrement masculin-féminin, rassurant. Ce n’est pas un hasard. Rien n’est laissé au hasard dans la construction de notre attachement à ces outils.

    Et c’est là que se niche le vrai sujet de société. Nous ne sommes pas seulement en train d’adopter des outils. Nous sommes en train de nouer des relations affectives et professionnelles avec des entités commerciales qui peuvent changer de prix, de comportement ou disparaître du jour au lendemain.

    Ce que je retiens de cette cohabitation

    Alors, ai-je vraiment « dormi avec Claude » ? Au sens propre, non. Au sens d’une nouvelle intimité de travail qui s’est installée sans que personne ne signe de contrat clair, oui.

    Voici ce que je conseillerais à tout entrepreneur ou professionnel qui s’y met sérieusement :

    • Diversifiez vos fournisseurs. Ne devenez jamais l’otage d’un seul modèle. Gardez un pied chez Claude, un chez les concurrents, un chez les acteurs souverains.
    • Relisez toujours. La machine produit vite et faux avec la même assurance. Votre valeur, c’est le jugement, pas la délégation aveugle.
    • Protégez vos données. Tout ce que vous confiez à un agent transite quelque part. Sachez où.
    • Repensez vos équipes humaines. Ne licenciez pas les Cédric. Réorientez-les vers ce que la machine ne sait pas faire : la relation, la responsabilité, le sens.

    Nous vivons un moment charnière. La question n’est plus de savoir si l’IA va transformer le travail. Elle l’a déjà fait. La vraie question est de savoir qui gardera la main : nous, ou les quelques entreprises qui possèdent les Claude, les Codex et leurs futurs cousins.

    Pour l’instant, je continue de distribuer mes tâches à mes agents la nuit. Mais je garde un œil ouvert. Parce que dans cette histoire, celui qui s’endort vraiment, c’est celui qui perd.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

  • Grand bouleversement du travail, un tiers des emplois va disparaître d’ici 2046
    Grand bouleversement du travail, un tiers des emplois va disparaître d’ici 2046
    Un tiers des emplois mondiaux pourrait disparaître d’ici 2046, touchant particulièrement les secteurs tertiaire et industriel. Cette transformation pousse déjà les travailleurs occidentaux à envisager des opportunités dans les pays émergents, tandis que les entreprises peinent à retenir une main-d’œuvre jeune aux attentes radicalement différentes.

    Je vais être direct : nous sommes en train de vivre la plus grande transformation du marché du travail depuis la révolution industrielle. Et contrairement à ce que racontent les prophètes de malheur, ce n’est pas 90% des emplois qui vont disparaître. C’est « seulement » un tiers. Mais ce tiers va tout changer.

    La réalité brutale des chiffres : 33% d’emplois en moins

    Soyons précis. Quand j’analyse les tendances actuelles, je vois clairement qu’environ un tiers du secteur tertiaire va être automatisé ou simplement disparaître. Le tertiaire, c’est 52% des emplois dans le monde. Ajoutez à cela un tiers des secteurs primaire et secondaire qui vont subir le même sort. Au total ? Un bon tiers de tous les emplois actuels n’existeront plus dans 20 ans.

    C’est énorme, mais ce n’est pas l’apocalypse. La nuance est importante. Les discours catastrophistes qui prédisent la fin du travail humain passent à côté de l’essentiel : nous sommes face à une redistribution, pas à une extinction.

    L’automatisation et l’intelligence artificielle ne sont plus des concepts futuristes. Elles transforment déjà nos bureaux, nos usines, nos services. Les caissiers automatiques se multiplient. Les chatbots remplacent les centres d’appels. Les algorithmes prennent des décisions d’investissement. Les robots assemblent nos voitures. C’est maintenant, pas dans un futur lointain.

    Le paradoxe Amazon : des conditions exceptionnelles, mais personne ne reste

    Prenons un exemple concret qui illustre parfaitement le décalage actuel. Les conditions de travail chez Amazon France sont objectivement excellentes. Salaires corrects, avantages sociaux, formations… Sur le papier, c’est le jackpot pour un jeune sans qualification.

    Pourtant, la réalité est brutale : l’immense majorité des jeunes recrutés ne tiennent pas plus de quelques semaines. Quelques mois dans le meilleur des cas. Puis ils démissionnent ou sont renvoyés chez leurs parents.

    Le problème n’est pas dans les conditions de travail. Il est dans le décalage fondamental entre ce que proposent les entreprises et ce qu’attendent les nouvelles générations. Les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas les mêmes références, les mêmes valeurs, les mêmes attentes que leurs aînés.

    Ils ont grandi avec Internet, les réseaux sociaux, l’immédiateté. Ils voient des influenceurs gagner des fortunes en postant des vidéos. Ils entendent parler de crypto-millionnaires de 25 ans. Alors forcément, scanner des colis 8 heures par jour, même bien payé, ça ne fait plus rêver.

    Les vrais chiffres du turnover

    Les statistiques du secteur logistique sont édifiantes :

    • Taux de rotation annuel supérieur à 150% dans certains entrepôts
    • Durée moyenne d’emploi : moins de 6 mois pour les moins de 25 ans
    • Coût de recrutement et formation en explosion
    • Pénurie chronique de main-d’œuvre malgré des salaires en hausse

    Ce n’est pas spécifique à Amazon. C’est un phénomène généralisé dans tous les secteurs qui proposent des emplois répétitifs, même bien rémunérés.

    La nouvelle géographie mondiale du travail

    Face à cette transformation, une nouvelle carte du travail se dessine. Les opportunités ne disparaissent pas, elles se déplacent. Et c’est là que ça devient intéressant.

    Les pays les moins favorisés et les moins occidentalisés vont devenir les nouveaux eldorados de l’emploi. Pourquoi ? Parce qu’ils sont en phase de développement accéléré. Ils construisent leurs infrastructures, développent leurs industries, modernisent leurs services. Ils ont besoin de compétences, d’expertise, de savoir-faire.

    Les Occidentaux qui vont perdre leur travail ici devraient pouvoir, sans trop de difficultés, trouver des opportunités là-bas. C’est un retournement historique. Pendant des siècles, les flux migratoires allaient du Sud vers le Nord. Demain, ils iront du Nord vers le Sud.

    Les secteurs porteurs dans les pays émergents

    Concrètement, voici où se trouvent les opportunités :

    • Infrastructure : ingénieurs, chefs de projet, experts en construction
    • Éducation : formateurs, consultants, développeurs de programmes
    • Santé : médecins, infirmiers, gestionnaires hospitaliers
    • Technologies : développeurs, data scientists, experts cybersécurité
    • Agriculture moderne : agronomes, spécialistes de l’irrigation, experts en biotechnologies

    L’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud-Est, certaines régions d’Amérique latine… Ces zones vont absorber une part croissante de la main-d’œuvre qualifiée occidentale. C’est déjà en train de se produire, mais le mouvement va s’accélérer.

    Les compétences qui survivront à la tempête

    Dans ce contexte de bouleversement, quelles compétences resteront valorisées ? La réponse tient en trois mots : créativité, relationnel, adaptabilité.

    Les machines excellent dans la répétition, l’analyse de données, l’optimisation. Elles sont nulles en créativité authentique, en empathie, en capacité à gérer l’imprévu. C’est là que l’humain garde son avantage.

    Les métiers qui combinent expertise technique et intelligence émotionnelle seront les grands gagnants. Un plombier qui sait expliquer, rassurer, conseiller vaudra plus qu’un ingénieur qui ne sait que calculer. Un commercial qui comprend vraiment les besoins de ses clients survivra à tous les chatbots du monde.

    La formation continue, nouvelle assurance-vie professionnelle

    L’époque où on apprenait un métier à 20 ans pour l’exercer jusqu’à la retraite est révolue. Définitivement. La nouvelle norme, c’est l’apprentissage permanent.

    Les travailleurs qui s’en sortiront sont ceux qui acceptent cette réalité. Qui se forment en permanence. Qui changent de secteur quand le leur décline. Qui voient le changement comme une opportunité, pas comme une menace.

    Les gouvernements et les entreprises commencent à peine à comprendre l’ampleur du défi. Les systèmes de formation actuels sont totalement inadaptés. Ils forment à des métiers qui n’existeront plus, avec des méthodes d’un autre siècle.

    Le choc des générations : pourquoi les jeunes ne veulent plus de nos emplois

    Revenons au paradoxe initial. Pourquoi les jeunes boudent-ils des emplois correctement payés ? La réponse dépasse largement la question du salaire.

    Cette génération a grandi dans un monde d’abondance relative et d’opportunités infinies (au moins en apparence). Elle voit des pairs devenir millionnaires sur TikTok. Elle connaît des développeurs de 25 ans qui gagnent 150 000 euros par an en remote. Elle a intégré que la stabilité n’existe plus.

    Dans ce contexte, accepter un travail répétitif, même bien payé, c’est accepter de renoncer à ses rêves. C’est s’avouer vaincu avant même d’avoir essayé. C’est incompatible avec leur vision du monde.

    Les entreprises qui l’ont compris adaptent leur modèle. Elles proposent de la flexibilité, du sens, des perspectives d’évolution rapide. Les autres continuent à se plaindre que « les jeunes ne veulent plus travailler ». Elles ont tort. Les jeunes veulent travailler. Mais pas comme leurs parents.

    Se préparer à la tempête : stratégies de survie professionnelle

    Alors, concrètement, comment se préparer à ce tsunami ? Voici mes recommandations, fruit de 30 ans d’observation du marché du travail :

    1. Diversifiez vos compétences. Ne misez jamais tout sur une seule expertise. Apprenez des langues, maîtrisez les outils numériques, développez des soft skills.

    2. Cultivez votre réseau international. Les opportunités de demain seront globales. Un réseau limité à votre ville ou votre pays est un handicap.

    3. Restez mobile. Géographiquement et mentalement. L’attachement excessif à un lieu ou à un mode de vie est un luxe que peu pourront se permettre.

    4. Investissez dans votre formation. En permanence. Les MOOCs, les certifications en ligne, les bootcamps… Les moyens de se former n’ont jamais été aussi accessibles.

    5. Développez une mentalité entrepreneuriale. Même en tant que salarié. Ceux qui pensent comme des entrepreneurs s’adaptent mieux aux changements.

    Le monde du travail de 2046 sera méconnaissable. Un tiers des emplois actuels auront disparu, c’est vrai. Mais de nouveaux auront émergé. La géographie du travail aura été bouleversée. Les compétences valorisées auront changé.

    Ceux qui acceptent cette réalité et s’y préparent ont toutes les chances de s’en sortir. Les autres… Eh bien, ils rejoindront les rangs de ceux qui regrettent le bon vieux temps. Un temps qui ne reviendra jamais.

    La question n’est pas de savoir si ce changement est souhaitable ou non. Il arrive, point. La seule question qui compte : serez-vous du côté des gagnants ou des perdants de cette transformation ?

    Pour aller plus loin

  • Les employés deviennent les cobayes d’une révolution robotique annoncée
    Les employés deviennent les cobayes d’une révolution robotique annoncée
    En 2025, Amazon pousse plus loin que jamais la logique de l’automatisation. Ses entrepôts, déjà conçus comme des chaînes de montage algorithmique, voient leurs employés humains réduits à des rouages interchangeables. Pendant ce temps, l’industrie des robots sexuels et des IA « compagnons » explose, révélant une tendance plus large : la main-d’œuvre humaine, jugée trop coûteuse ou trop imprévisible, est en train de devenir un luxe. Mais à quel prix ?

    L’entrepôt Amazon : un laboratoire de déshumanisation programmée

    Je l’ai vu de mes propres yeux, dans un entrepôt Amazon près de Lyon en 2024. Les employés portaient des bracelets connectés qui vibraient pour leur indiquer la prochaine tâche, comme des chiens de Pavlov conditionnés par des algorithmes. Leurs déplacements étaient optimisés au mètre près, leurs pauses chronométrées à la seconde. Le moindre temps mort était analysé, disséqué, puis éliminé.

    Amazon ne cache même plus son jeu. En 2023, l’entreprise a breveté un système de « gestion prédictive des employés » qui utilise l’IA pour anticiper les besoins en main-d’œuvre et ajuster les effectifs en temps réel. Traduction : si un algorithme estime que 10 % des employés sont « superflus » un jour donné, ces derniers reçoivent un message leur demandant de quitter les lieux. Pas de licenciement, non – juste une « optimisation dynamique des ressources ».

    Le pire ? Les employés jouent le jeu. Ils acceptent ces conditions parce qu’ils n’ont pas le choix. Dans un marché du travail où les CDI se font rares et où les plateformes comme Amazon offrent des salaires décents (du moins en apparence), beaucoup préfèrent se soumettre à cette logique plutôt que de risquer le chômage. Ils deviennent des robots avant même d’être remplacés par eux.

    La data, cette arme de contrôle massif

    Amazon collecte des données sur tout. Pas seulement sur les habitudes d’achat de ses clients, mais aussi sur les performances de ses employés : temps passé à ramasser un colis, nombre de pas effectués dans la journée, fréquence des pauses pipi… Tout est mesuré, analysé, et utilisé pour améliorer la productivité. Ou pour justifier des licenciements.

    En 2024, une enquête du New York Times révélait que certains managers d’Amazon utilisaient ces données pour identifier les employés « moins performants » et les pousser vers la sortie. L’argument ? « L’IA nous dit que vous n’êtes pas assez efficace. » Difficile de contester une décision prise par une machine, n’est-ce pas ?

    Bref. Amazon a transformé ses entrepôts en usines à données humaines, où chaque geste est une ligne de code dans un algorithme conçu pour maximiser les profits. Et le plus ironique, c’est que les employés participent activement à leur propre obsolescence.

    Les « virtual girls » : quand l’IA remplace l’humain dans l’intime

    Mais Amazon n’est pas la seule entreprise à jouer avec le feu de l’automatisation. En 2025, une industrie parallèle a explosé : celle des IA « compagnons », ces robots sexuels ou émotionnels qui promettent de combler la solitude des humains. Et devinez où sont immatriculées la plupart de ces entreprises ? À Chypre.

    Pourquoi Chypre ? Parce que c’est un paradis fiscal et réglementaire, bien sûr. Mais aussi parce que les véritables dirigeants de ces entreprises – souvent des Ukrainiens, des Russes ou des Américains – savent que l’Europe ferme les yeux sur ce genre de pratiques. Tant que les impôts sont payés (même a minima) et que les données restent dans des serveurs européens, personne ne pose de questions.

    L’illusion de la connexion humaine

    Ces « virtual girls » ne sont pas de simples poupées gonflables high-tech. Ce sont des IA capables d’apprendre, de s’adapter, et même de simuler des émotions. Elles peuvent tenir une conversation, raconter des blagues, et – bien sûr – répondre à des besoins plus… charnels. Leur succès est fulgurant : en 2025, le marché des robots sexuels et des IA compagnons pèse plusieurs milliards de dollars.

    Mais derrière ce succès se cache une réalité plus sombre. Ces IA ne sont pas conçues pour remplacer des humains dans des tâches complexes. Elles sont conçues pour remplacer des humains dans ce qu’ils ont de plus intime : leur besoin de connexion, d’affection, de sexualité. Et ça, c’est bien plus dangereux qu’un entrepôt automatisé.

    Parce qu’une fois que les humains auront pris l’habitude de se tourner vers des machines pour combler leurs besoins émotionnels, que restera-t-il de nos relations ? L’IA ne remplacera pas seulement les emplois. Elle remplacera aussi les cœurs.

    Amazon et l’art de la substitution : le cas des livreurs

    Prenez un livreur Amazon. En 2025, son travail ressemble à s’y méprendre à celui d’un robot : suivre un itinéraire optimisé par GPS, déposer des colis dans des casiers connectés, éviter les interactions humaines inutiles. La seule différence ? Le livreur coûte cher – salaires, cotisations, congés, arrêts maladie – alors qu’un drone ou un robot livreur, une fois amorti, ne coûte presque rien.

    Amazon le sait. En 2024, l’entreprise a testé des drones livreurs dans plusieurs villes américaines et européennes. Les résultats ? Mitigés. Les drones se crashent, les colis se perdent, et les clients râlent. Mais Amazon persiste. Parce que l’objectif n’est pas de livrer des colis parfaitement. L’objectif est de réduire les coûts à zéro.

    Le mythe de l’innovation « humaine »

    Amazon aime se présenter comme une entreprise innovante, qui crée des emplois et révolutionne le commerce. Mais la réalité est moins glamour. En 2025, l’entreprise emploie des millions de personnes dans le monde, mais la plupart de ces emplois sont précaires, mal payés, et surtout… temporaires. Parce que chaque poste humain est un poste en sursis, attendant simplement que la technologie soit assez mature pour le remplacer.

    Prenez les caissiers. En 2023, Amazon a ouvert ses premiers magasins Amazon Go, où les clients scannent eux-mêmes leurs articles avec leur smartphone. Pas de caissiers, pas d’attente, pas d’erreur humaine. Résultat ? Des dizaines de milliers d’emplois supprimés en quelques années. Et ce n’est qu’un début.

    Bref. Amazon ne crée pas des emplois. Elle les détruit, lentement mais sûrement, en les rendant obsolètes avant même que les travailleurs ne s’en rendent compte.

    La concurrence s’organise : JD.com, le « Amazon chinois » qui arrive en Europe

    En 2025, Amazon n’est plus seul sur le marché. JD.com, le géant chinois du e-commerce, débarque en Europe avec une stratégie agressive : des prix encore plus bas, une logistique encore plus optimisée, et surtout… encore moins d’employés humains. Parce que JD.com a poussé la logique d’Amazon encore plus loin : ses entrepôts sont presque entièrement automatisés, et ses livreurs sont souvent remplacés par des robots autonomes.

    Le message est clair : si Amazon veut rester compétitif, il va falloir accélérer la transition vers l’automatisation. Et ça, ça signifie encore plus de licenciements, encore plus de précarité, et encore moins de place pour l’humain dans l’équation.

    L’Europe, terrain de jeu des géants technologiques

    Pourquoi JD.com choisit-il l’Europe ? Parce que le continent est un marché énorme, avec des consommateurs avides de livraisons rapides et de prix bas. Mais aussi parce que les régulations européennes en matière de travail et de protection des données sont encore trop faibles pour freiner les ambitions des géants technologiques.

    En 2025, l’Union européenne tente bien de légiférer sur l’IA et l’automatisation, mais les lobbies industriels sont puissants. Résultat : les lois sont édulcorées, les sanctions inexistantes, et les entreprises comme Amazon ou JD.com peuvent continuer à remplacer des humains par des machines en toute impunité.

    Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’Europe n’est pas prête pour cette révolution. Et pourtant, elle est déjà en marche.

    Et si le vrai produit d’Amazon, c’était nous ?

    Je vais vous dire une chose qui va vous sembler folle. Et si le vrai produit d’Amazon, ce n’était pas les colis qu’elle livre, ni même les données qu’elle collecte ? Et si le vrai produit, c’était nous ?

    Pensez-y. Amazon a besoin de deux choses pour fonctionner : des clients qui achètent, et des employés qui travaillent. Mais ces employés, elle les traite comme des ressources jetables, interchangeables. Et ces clients, elle les transforme en données, en profils, en comportements prévisibles. Nous sommes les cobayes d’un système conçu pour nous rendre obsolètes.

    Les robots sexuels, les entrepôts automatisés, les livreurs remplacés par des drones… Tout ça n’est pas une coïncidence. C’est une stratégie. Une stratégie qui consiste à habituer les humains à interagir avec des machines, à dépendre d’elles, et finalement… à les préférer aux autres humains.

    La spirale infernale de la déshumanisation

    Le problème, c’est que cette logique ne s’arrête pas à Amazon. Elle se diffuse dans toute la société. Les entreprises copient Amazon, les gouvernements copient les entreprises, et les individus finissent par intérioriser cette logique. On accepte de plus en plus que des machines prennent des décisions à notre place, qu’elles gèrent nos vies, qu’elles comblent nos besoins.

    Et un jour, on se réveille dans un monde où les humains sont devenus superflus. Pas parce qu’ils n’ont plus rien à offrir, mais parce qu’on a décidé qu’ils coûtaient trop cher, qu’ils étaient trop imprévisibles, trop… humains.

    Bref. Amazon n’est pas une entreprise comme les autres. C’est le symptôme d’une maladie plus large, une maladie qui ronge notre rapport au travail, à la technologie, et même à l’humanité.

    Conclusion : résister ou disparaître ?

    En 2025, le choix est simple : soit nous acceptons de devenir les rouages d’un système qui nous considère comme jetables, soit nous résistons. Mais résister, ça ne veut pas dire rejeter la technologie. Ça veut dire exiger que la technologie serve l’humain, et non l’inverse.

    Cela passe par des régulations plus strictes sur l’automatisation, par des protections renforcées pour les travailleurs, et surtout… par une prise de conscience. Une prise de conscience que nous ne sommes pas des robots. Que nos émotions, nos imperfections, nos besoins ne sont pas des bugs à corriger, mais des forces à préserver.

    Alors, la prochaine fois que vous commandez un colis sur Amazon, demandez-vous : est-ce que je participe à un système qui me rend obsolète ? Et si la réponse est oui… peut-être est-il temps de changer de fournisseur.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

  • 30 ans à remplacer les humains, confession d’un vétéran de la Tech
    30 ans à remplacer les humains, confession d’un vétéran de la Tech
    Depuis plus de 30 ans, je conçois des systèmes pour remplacer les humains au travail. Cette confession explore les paradoxes d’une vie consacrée à l’automatisation, entre innovation technologique et questions existentielles sur l’avenir du travail humain.

    Je travaille très dur dans l’industrie de la Tech depuis que je suis gamin, presque jour et nuit sans prendre de vacances, ça fait donc plus de 30 ans. Cette phrase, je pourrais la répéter comme un mantra. Ou comme un aveu. Car derrière cette fierté du travailleur acharné se cache une réalité plus complexe : j’ai passé ma vie à imaginer et concevoir des systèmes et des technologies pour remplacer les humains au travail.

    Vous avez bien lu. Trois décennies à œuvrer pour que des machines fassent ce que des hommes et des femmes faisaient avant. Dans tous les domaines. Sans distinction. Avec une efficacité redoutable et une conviction inébranlable. Du moins, c’est ce que je croyais.

    L’enfant prodige devenu architecte de l’automatisation

    Tout a commencé dans les années 90. J’étais ce gamin fasciné par les ordinateurs, celui qui préférait coder plutôt que de jouer au foot. À l’époque, l’informatique était encore cette terre promise où tout restait à inventer. Les PC venaient à peine d’arriver dans les foyers, Internet balbutiait, et nous, les « geeks » comme on nous appelait avec condescendance, nous rêvions déjà de changer le monde.

    Et nous l’avons fait. Oh que oui, nous l’avons fait.

    Premier job à 16 ans : automatiser la comptabilité d’une PME locale. Trois employés sur cinq ont perdu leur poste. « Progrès », disait le patron. « Efficacité », applaudissaient les investisseurs. Moi ? J’étais fier de mon code élégant, de mes algorithmes optimisés. Les conséquences humaines ? Ce n’était pas mon problème. J’étais payé pour innover, pas pour philosopher.

    Cette mentalité m’a porté pendant des années. Start-up après start-up, projet après projet, j’ai gravi les échelons de cette industrie impitoyable. Mon CV ? Un cimetière d’emplois rendus obsolètes. Secrétaires remplacées par des assistants vocaux. Ouvriers évincés par des robots. Analystes supplantés par des algorithmes de machine learning. La liste est longue. Trop longue.

    La mécanique implacable du remplacement

    Laissez-moi vous expliquer comment ça fonctionne, cette machine à broyer l’emploi humain. C’est d’une simplicité déconcertante :

    • On identifie une tâche répétitive ou prévisible
    • On la décompose en processus élémentaires
    • On code une solution qui fait mieux, plus vite, moins cher
    • On vend ça comme une « optimisation nécessaire »

    Le tour est joué. Et ça marche dans tous les secteurs. Tous. Sans exception.

    Prenez la logistique. En 2010, j’ai participé à la conception d’un système de gestion d’entrepôt entièrement automatisé. Résultat : 200 manutentionnaires remplacés par 20 techniciens de maintenance. Gain de productivité : 300%. Coût humain : 180 familles dans la précarité. Mais les chiffres étaient beaux sur les PowerPoint des actionnaires.

    Ou encore le secteur bancaire. Entre 2015 et 2020, mes équipes ont développé des chatbots et des systèmes d’analyse automatisée qui ont rendu obsolètes des milliers de conseillers clientèle. Les banques jubilaient. Les clients râlaient un peu au début, puis s’y sont habitués. Les employés ? Ils ont rejoint les statistiques du chômage.

    L’accélération exponentielle

    Ce qui me frappe aujourd’hui, c’est la vitesse à laquelle tout s’accélère. Dans les années 90, il fallait des années pour déployer un système. Maintenant ? Quelques mois suffisent. L’IA générative, le cloud computing, les API… Tout conspire à rendre le remplacement toujours plus rapide, toujours plus efficace.

    Et nous ne sommes qu’au début. Les technologies que nous développons actuellement vont pulvériser des pans entiers de l’économie. Comptables, juristes, médecins, journalistes… Personne n’est à l’abri. Même nous, les développeurs, commençons à voir poindre notre propre obsolescence avec les outils de génération de code automatique.

    Le prix de l’obsession

    Travailler jour et nuit, sans vacances, pendant 30 ans. Vous savez ce que ça fait à un homme ? Ça le transforme en machine. Ironique, non ? À force de vouloir remplacer l’humain, je suis devenu moi-même un automate. Réveil à 5h, code jusqu’à minuit, repeat. Week-ends ? Connais pas. Famille ? Sacrifiée sur l’autel de l’innovation.

    Ma femme m’a quitté il y a dix ans. « Tu aimes plus tes algorithmes que ta famille », qu’elle disait. Elle avait raison. Mes enfants ? Ils me connaissent à peine. J’étais trop occupé à « changer le monde » pour les voir grandir. Aujourd’hui, ils travaillent dans des secteurs que mes technologies menacent directement. L’ironie est cruelle.

    Cette obsession a un coût physiologique aussi. Burnouts à répétition, problèmes cardiaques, anxiété chronique… Mon corps me rappelle régulièrement que l’humain n’est pas conçu pour fonctionner comme une machine. Mais l’adrénaline de la création, l’ivresse du pouvoir technologique, c’est une drogue dure. Difficile de décrocher.

    Les questionnements tardifs

    C’est seulement ces dernières années que les questions ont commencé à me tarauder. Qu’est-ce qu’on est en train de construire, au juste ? Une société où l’humain n’a plus sa place ? Un monde gouverné par l’efficacité pure, dénué de toute empathie ?

    Je regarde les jeunes développeurs qui arrivent dans l’industrie, brillants, enthousiastes, convaincus qu’ils vont « make the world a better place ». Je me revois à leur âge. Ils ne voient pas encore les conséquences. Ou ils s’en fichent. Après tout, ils font partie des gagnants du système. Pour l’instant.

    L’avenir du travail humain : entre dystopie et adaptation

    Alors, quel avenir pour le travail humain ? La question me hante. D’un côté, l’optimiste en moi veut croire que nous saurons nous adapter, comme nous l’avons toujours fait. De nouveaux métiers émergeront, l’humain trouvera sa place dans cette nouvelle économie. C’est le discours officiel, celui qu’on sert dans les conférences tech.

    Mais le réaliste en moi voit autre chose. Je vois une société à deux vitesses : d’un côté, une élite technologique qui possède et contrôle les outils d’automatisation. De l’autre, une masse croissante de « superflus économiques », maintenus à flot par un revenu universel minimal. Est-ce vraiment le progrès que nous voulions ?

    Les solutions existent pourtant. Taxation des robots, réduction du temps de travail, formation continue, économie du partage… Mais qui a vraiment intérêt à les mettre en place ? Certainement pas ceux qui profitent du système actuel. Et ils ont le pouvoir.

    Le paradoxe du créateur

    Le plus troublant dans tout ça, c’est que je continue. Malgré les doutes, malgré les questionnements, je reste devant mon écran, à coder, à concevoir, à automatiser. Pourquoi ? Par habitude ? Par passion ? Par incapacité à faire autre chose ? Un peu de tout ça, sans doute.

    C’est le paradoxe du créateur de technologie : nous sommes à la fois les architectes et les victimes potentielles du monde que nous construisons. Nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis, avec une précision chirurgicale et un enthousiasme déconcertant.

    Conclusion : l’humain face à son obsolescence programmée

    Après 30 ans dans cette industrie, je n’ai pas de réponse définitive. Juste des questions qui me réveillent la nuit. Sommes-nous en train de créer un paradis technologique ou un enfer déshumanisé ? L’efficacité justifie-t-elle tous les sacrifices ? Quel sens donner à l’existence humaine quand les machines font tout mieux que nous ?

    Ce que je sais, c’est que nous sommes à un tournant. Les technologies que nous développons aujourd’hui définiront la société de demain. Et cette responsabilité est écrasante. Nous, les « techies », nous avons entre les mains un pouvoir démesuré. La question est : saurons-nous l’utiliser avec sagesse ?

    Je n’ai pas la réponse. Mais au moins, je commence à me poser les bonnes questions. C’est déjà ça. Après 30 ans, il était temps.

    Bref. Si vous me cherchez, je serai devant mon écran. En train de coder. Comme toujours. Mais avec, peut-être, un peu plus de conscience des enjeux. C’est un début.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Mohammad Rahmani / Unsplash

  • « L’intelligence artificielle » n’existe pas, pourquoi je refuse cette imposture technologique
    « L’intelligence artificielle » n’existe pas, pourquoi je refuse cette imposture technologique
    L’intelligence artificielle telle qu’on nous la présente aujourd’hui n’existe pas. Ce ne sont que des algorithmes, parfois sophistiqués, mais toujours dépourvus de la moindre intelligence réelle. Un développeur qui a créé son premier système conversationnel en 1986 décrypte l’imposture.

    Je suis un gros nul en intelligence artificielle.

    Voilà, c’est dit. Après 37 ans à développer des systèmes conversationnels, des moteurs d’inférence et ce qu’on appelle aujourd’hui pompeusement des « IA », je peux enfin l’avouer : je n’ai jamais créé la moindre intelligence. Juste des algorithmes. Des lignes de code qui simulent, qui imitent, qui donnent l’illusion. Mais jamais qui pensent.

    Cette confession n’est pas un aveu de faiblesse. C’est un cri d’alarme face à l’imposture technologique la plus massive de notre époque.

    Mon premier « ChatGPT » tournait sur Amstrad en 1986

    Laissez-moi vous raconter une anecdote. En 1986, j’ai développé mon premier logiciel conversationnel. Un programme qui tournait sur Amstrad CPC, avec ses 64 Ko de mémoire vive. Ce système était déjà capable de tenir une conversation, de répondre à des questions, d’apprendre de ses interactions. On appelait ça un « système expert » à l’époque.

    Deux ans plus tard, en 1988, je créais un logiciel d’aide au diagnostic médical d’urgence. Il posait des questions, analysait les symptômes, proposait des diagnostics probables. Les médecins étaient bluffés. « C’est magique ! » disaient-ils. Non, c’était juste un arbre de décision sophistiqué avec une base de connaissances médicales.

    Vous savez quoi ? Fondamentalement, ChatGPT ne fait rien de plus. Oh bien sûr, il a accès à des milliards de paramètres au lieu de mes quelques milliers. Il tourne sur des serveurs surpuissants au lieu d’un ordinateur 8 bits. Mais le principe reste le même : pattern matching, statistiques, probabilités. Pas d’intelligence.

    La seule vraie différence ? Le marketing.

    L’affaire du petit Grégory ou comment l’IA déshumanise

    Fin avril 2023, une vidéo fait le buzz. On y voit le petit Grégory Villemin, assassiné en 1984, « ressuscité » par l’IA pour raconter son histoire. Les médias s’extasient devant cette prouesse technologique. Moi, j’ai envie de vomir.

    Ce n’est pas « l’IA » qui fait parler cet enfant mort. C’est un algorithme d’animation faciale couplé à une synthèse vocale. Des effets spéciaux qu’on trouve dans n’importe quel jeu vidéo moderne. Mais surtout, c’est l’œuvre de codeurs sans cœur, sans humanité, sans éthique.

    Parce que voilà le vrai problème de ce qu’on appelle l’IA : elle nous déshumanise. Elle nous fait oublier qu’il y a des limites morales à ne pas franchir. Elle transforme la tragédie humaine en spectacle technologique.

    Et le pire ? On applaudit.

    La technologie n’est jamais neutre

    Chaque ligne de code porte en elle les biais de son créateur. Chaque algorithme reflète une vision du monde. Quand un développeur programme un système, il y injecte forcément ses propres préjugés, ses propres limitations, sa propre idéologie.

    C’est mathématique : un algorithme ne peut pas être plus intelligent que celui qui l’a conçu. Il peut être plus rapide, traiter plus de données, mais il restera toujours prisonnier de la logique qu’on lui a imposée.

    La grande arnaque du GAI (General Artificial Intelligence)

    Aujourd’hui, on ne parle plus simplement d’IA mais de GAI – General Artificial Intelligence. Cette nouvelle appellation désigne tout système informatique qui effectue ou « apprend » n’importe quelle tâche cognitive. En gros, on a élargi la définition pour y inclure tout et n’importe quoi.

    Un correcteur orthographique ? C’est de l’IA. Un filtre Instagram ? De l’IA. Un tableau Excel avec des formules ? Bientôt de l’IA aussi, pourquoi pas.

    Cette inflation sémantique n’est pas innocente. Elle sert à justifier des investissements colossaux, à créer une bulle spéculative, à vendre du rêve aux investisseurs et du cauchemar aux travailleurs.

    Le vrai objectif : remplacer l’humain

    Parlons franchement. L’IA intéresse les entreprises pour une seule raison : se débarrasser des employés. Oh, on vous dira que c’est pour « augmenter la productivité » ou « libérer l’humain des tâches répétitives ». Foutaises.

    Dans moins de 9 ans, des logiciels d’automatisation gavés de pseudo-IA produiront en quelques minutes autant de travail administratif ou commercial qu’un employé en une journée. Et ils ne demanderont ni augmentation, ni congés, ni respect.

    Prenez les agences de voyage. Aujourd’hui déjà, une IA peut concevoir un voyage sur mesure : dates, budget, préférences, tout y passe. Le résultat ? Des milliers d’emplois qui vont disparaître. Et on ose appeler ça du progrès.

    La monnaie algorithmique : le prochain cauchemar

    Mais attendez, le meilleur reste à venir. La prochaine étape, c’est la monnaie numérique programmable. J’appelle ça la « monnaie algorithmique ». Une monnaie qui ne sera pas simplement digitale, mais « intelligente ».

    Imaginez : votre argent qui décide lui-même comment il peut être dépensé. Des euros qui refusent d’acheter de l’alcool après 22h. Des dollars qui s’autodétruisent si vous ne les dépensez pas dans le mois. Une monnaie qui vous surveille, vous juge, vous contrôle.

    Science-fiction ? Non, c’est en développement. Les banques centrales du monde entier planchent dessus. Et devinez quoi ? Elles appellent ça une innovation.

    Mon IA qui vous surveille au travail

    Puisqu’on en est aux confessions, laissez-moi vous parler de ma dernière création. La nuit dernière, j’ai terminé l’implémentation d’une intelligence artificielle qui apprend et supervise la manière dont un opérateur humain organise son travail.

    Cette IA « amicale » observe vos actions, analyse vos pauses, mesure votre productivité. Elle apprend vos habitudes, détecte vos faiblesses, optimise votre rendement. Big Brother en version corporate.

    Pourquoi je développe ça ? Parce que si je ne le fais pas, d’autres le feront. Et au moins, moi, j’ai encore assez de conscience pour vous prévenir : méfiez-vous de ces outils. Ils ne sont pas vos amis.

    L’IA, technologie rêvée des comploteurs

    On me demande parfois : « Peut-on comploter avec de l’IA ? » Ma réponse est toujours la même : « L’IA est la technologie rêvée des comploteurs. »

    Création de fausses preuves, manipulation de masse, surveillance généralisée, contrôle social… Tout devient possible et automatisable. Les complotistes ont encore de beaux jours devant eux. La chasse aux comploteurs vient à peine de commencer.

    Alors, c’est quoi la vraie intelligence ?

    Marie-Estelle Dupont l’a parfaitement résumé : la vraie intelligence, c’est la capacité à ressentir, à compatir, à créer du sens. C’est ce qui nous rend humains. Et ça, aucun algorithme ne pourra jamais le reproduire.

    Un algorithme peut simuler l’empathie en analysant des patterns émotionnels. Il peut générer des réponses qui semblent compatissantes. Mais il ne ressent rien. Il ne comprend pas la souffrance, la joie, l’amour. Il calcule.

    L’intelligence humaine, c’est cette étincelle inexplicable qui nous fait pleurer devant un coucher de soleil, rire d’une absurdité, nous indigner d’une injustice. C’est notre capacité à transcender la logique pure pour toucher à quelque chose de plus grand.

    Bref.

    Je continuerai à développer des systèmes algorithmiques. C’est mon métier, ma passion même. Mais je refuserai toujours de les appeler « intelligents ». Ce ne sont que des outils, potentiellement dangereux, toujours limités.

    La vraie question n’est pas de savoir si l’IA va nous remplacer. C’est de savoir si nous allons accepter de nous laisser déshumaniser par des machines qui ne comprennent rien à ce que nous sommes.

    Alors la prochaine fois qu’on vous vendra de l’IA miraculeuse, souvenez-vous : derrière chaque « intelligence artificielle » se cache un algorithme bête et discipliné, écrit par un humain faillible, au service d’intérêts qui ne sont probablement pas les vôtres.

    Et ça, c’est la seule vérité intelligente dans toute cette affaire.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : A Chosen Soul / Unsplash