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  • Grand bouleversement du travail, un tiers des emplois va disparaître d’ici 2046
    Grand bouleversement du travail, un tiers des emplois va disparaître d’ici 2046
    Un tiers des emplois mondiaux pourrait disparaître d’ici 2046, touchant particulièrement les secteurs tertiaire et industriel. Cette transformation pousse déjà les travailleurs occidentaux à envisager des opportunités dans les pays émergents, tandis que les entreprises peinent à retenir une main-d’œuvre jeune aux attentes radicalement différentes.

    Je vais être direct : nous sommes en train de vivre la plus grande transformation du marché du travail depuis la révolution industrielle. Et contrairement à ce que racontent les prophètes de malheur, ce n’est pas 90% des emplois qui vont disparaître. C’est « seulement » un tiers. Mais ce tiers va tout changer.

    La réalité brutale des chiffres : 33% d’emplois en moins

    Soyons précis. Quand j’analyse les tendances actuelles, je vois clairement qu’environ un tiers du secteur tertiaire va être automatisé ou simplement disparaître. Le tertiaire, c’est 52% des emplois dans le monde. Ajoutez à cela un tiers des secteurs primaire et secondaire qui vont subir le même sort. Au total ? Un bon tiers de tous les emplois actuels n’existeront plus dans 20 ans.

    C’est énorme, mais ce n’est pas l’apocalypse. La nuance est importante. Les discours catastrophistes qui prédisent la fin du travail humain passent à côté de l’essentiel : nous sommes face à une redistribution, pas à une extinction.

    L’automatisation et l’intelligence artificielle ne sont plus des concepts futuristes. Elles transforment déjà nos bureaux, nos usines, nos services. Les caissiers automatiques se multiplient. Les chatbots remplacent les centres d’appels. Les algorithmes prennent des décisions d’investissement. Les robots assemblent nos voitures. C’est maintenant, pas dans un futur lointain.

    Le paradoxe Amazon : des conditions exceptionnelles, mais personne ne reste

    Prenons un exemple concret qui illustre parfaitement le décalage actuel. Les conditions de travail chez Amazon France sont objectivement excellentes. Salaires corrects, avantages sociaux, formations… Sur le papier, c’est le jackpot pour un jeune sans qualification.

    Pourtant, la réalité est brutale : l’immense majorité des jeunes recrutés ne tiennent pas plus de quelques semaines. Quelques mois dans le meilleur des cas. Puis ils démissionnent ou sont renvoyés chez leurs parents.

    Le problème n’est pas dans les conditions de travail. Il est dans le décalage fondamental entre ce que proposent les entreprises et ce qu’attendent les nouvelles générations. Les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas les mêmes références, les mêmes valeurs, les mêmes attentes que leurs aînés.

    Ils ont grandi avec Internet, les réseaux sociaux, l’immédiateté. Ils voient des influenceurs gagner des fortunes en postant des vidéos. Ils entendent parler de crypto-millionnaires de 25 ans. Alors forcément, scanner des colis 8 heures par jour, même bien payé, ça ne fait plus rêver.

    Les vrais chiffres du turnover

    Les statistiques du secteur logistique sont édifiantes :

    • Taux de rotation annuel supérieur à 150% dans certains entrepôts
    • Durée moyenne d’emploi : moins de 6 mois pour les moins de 25 ans
    • Coût de recrutement et formation en explosion
    • Pénurie chronique de main-d’œuvre malgré des salaires en hausse

    Ce n’est pas spécifique à Amazon. C’est un phénomène généralisé dans tous les secteurs qui proposent des emplois répétitifs, même bien rémunérés.

    La nouvelle géographie mondiale du travail

    Face à cette transformation, une nouvelle carte du travail se dessine. Les opportunités ne disparaissent pas, elles se déplacent. Et c’est là que ça devient intéressant.

    Les pays les moins favorisés et les moins occidentalisés vont devenir les nouveaux eldorados de l’emploi. Pourquoi ? Parce qu’ils sont en phase de développement accéléré. Ils construisent leurs infrastructures, développent leurs industries, modernisent leurs services. Ils ont besoin de compétences, d’expertise, de savoir-faire.

    Les Occidentaux qui vont perdre leur travail ici devraient pouvoir, sans trop de difficultés, trouver des opportunités là-bas. C’est un retournement historique. Pendant des siècles, les flux migratoires allaient du Sud vers le Nord. Demain, ils iront du Nord vers le Sud.

    Les secteurs porteurs dans les pays émergents

    Concrètement, voici où se trouvent les opportunités :

    • Infrastructure : ingénieurs, chefs de projet, experts en construction
    • Éducation : formateurs, consultants, développeurs de programmes
    • Santé : médecins, infirmiers, gestionnaires hospitaliers
    • Technologies : développeurs, data scientists, experts cybersécurité
    • Agriculture moderne : agronomes, spécialistes de l’irrigation, experts en biotechnologies

    L’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud-Est, certaines régions d’Amérique latine… Ces zones vont absorber une part croissante de la main-d’œuvre qualifiée occidentale. C’est déjà en train de se produire, mais le mouvement va s’accélérer.

    Les compétences qui survivront à la tempête

    Dans ce contexte de bouleversement, quelles compétences resteront valorisées ? La réponse tient en trois mots : créativité, relationnel, adaptabilité.

    Les machines excellent dans la répétition, l’analyse de données, l’optimisation. Elles sont nulles en créativité authentique, en empathie, en capacité à gérer l’imprévu. C’est là que l’humain garde son avantage.

    Les métiers qui combinent expertise technique et intelligence émotionnelle seront les grands gagnants. Un plombier qui sait expliquer, rassurer, conseiller vaudra plus qu’un ingénieur qui ne sait que calculer. Un commercial qui comprend vraiment les besoins de ses clients survivra à tous les chatbots du monde.

    La formation continue, nouvelle assurance-vie professionnelle

    L’époque où on apprenait un métier à 20 ans pour l’exercer jusqu’à la retraite est révolue. Définitivement. La nouvelle norme, c’est l’apprentissage permanent.

    Les travailleurs qui s’en sortiront sont ceux qui acceptent cette réalité. Qui se forment en permanence. Qui changent de secteur quand le leur décline. Qui voient le changement comme une opportunité, pas comme une menace.

    Les gouvernements et les entreprises commencent à peine à comprendre l’ampleur du défi. Les systèmes de formation actuels sont totalement inadaptés. Ils forment à des métiers qui n’existeront plus, avec des méthodes d’un autre siècle.

    Le choc des générations : pourquoi les jeunes ne veulent plus de nos emplois

    Revenons au paradoxe initial. Pourquoi les jeunes boudent-ils des emplois correctement payés ? La réponse dépasse largement la question du salaire.

    Cette génération a grandi dans un monde d’abondance relative et d’opportunités infinies (au moins en apparence). Elle voit des pairs devenir millionnaires sur TikTok. Elle connaît des développeurs de 25 ans qui gagnent 150 000 euros par an en remote. Elle a intégré que la stabilité n’existe plus.

    Dans ce contexte, accepter un travail répétitif, même bien payé, c’est accepter de renoncer à ses rêves. C’est s’avouer vaincu avant même d’avoir essayé. C’est incompatible avec leur vision du monde.

    Les entreprises qui l’ont compris adaptent leur modèle. Elles proposent de la flexibilité, du sens, des perspectives d’évolution rapide. Les autres continuent à se plaindre que « les jeunes ne veulent plus travailler ». Elles ont tort. Les jeunes veulent travailler. Mais pas comme leurs parents.

    Se préparer à la tempête : stratégies de survie professionnelle

    Alors, concrètement, comment se préparer à ce tsunami ? Voici mes recommandations, fruit de 30 ans d’observation du marché du travail :

    1. Diversifiez vos compétences. Ne misez jamais tout sur une seule expertise. Apprenez des langues, maîtrisez les outils numériques, développez des soft skills.

    2. Cultivez votre réseau international. Les opportunités de demain seront globales. Un réseau limité à votre ville ou votre pays est un handicap.

    3. Restez mobile. Géographiquement et mentalement. L’attachement excessif à un lieu ou à un mode de vie est un luxe que peu pourront se permettre.

    4. Investissez dans votre formation. En permanence. Les MOOCs, les certifications en ligne, les bootcamps… Les moyens de se former n’ont jamais été aussi accessibles.

    5. Développez une mentalité entrepreneuriale. Même en tant que salarié. Ceux qui pensent comme des entrepreneurs s’adaptent mieux aux changements.

    Le monde du travail de 2046 sera méconnaissable. Un tiers des emplois actuels auront disparu, c’est vrai. Mais de nouveaux auront émergé. La géographie du travail aura été bouleversée. Les compétences valorisées auront changé.

    Ceux qui acceptent cette réalité et s’y préparent ont toutes les chances de s’en sortir. Les autres… Eh bien, ils rejoindront les rangs de ceux qui regrettent le bon vieux temps. Un temps qui ne reviendra jamais.

    La question n’est pas de savoir si ce changement est souhaitable ou non. Il arrive, point. La seule question qui compte : serez-vous du côté des gagnants ou des perdants de cette transformation ?

    Pour aller plus loin

  • 30 ans à remplacer les humains, confession d’un vétéran de la Tech
    30 ans à remplacer les humains, confession d’un vétéran de la Tech
    Depuis plus de 30 ans, je conçois des systèmes pour remplacer les humains au travail. Cette confession explore les paradoxes d’une vie consacrée à l’automatisation, entre innovation technologique et questions existentielles sur l’avenir du travail humain.

    Je travaille très dur dans l’industrie de la Tech depuis que je suis gamin, presque jour et nuit sans prendre de vacances, ça fait donc plus de 30 ans. Cette phrase, je pourrais la répéter comme un mantra. Ou comme un aveu. Car derrière cette fierté du travailleur acharné se cache une réalité plus complexe : j’ai passé ma vie à imaginer et concevoir des systèmes et des technologies pour remplacer les humains au travail.

    Vous avez bien lu. Trois décennies à œuvrer pour que des machines fassent ce que des hommes et des femmes faisaient avant. Dans tous les domaines. Sans distinction. Avec une efficacité redoutable et une conviction inébranlable. Du moins, c’est ce que je croyais.

    L’enfant prodige devenu architecte de l’automatisation

    Tout a commencé dans les années 90. J’étais ce gamin fasciné par les ordinateurs, celui qui préférait coder plutôt que de jouer au foot. À l’époque, l’informatique était encore cette terre promise où tout restait à inventer. Les PC venaient à peine d’arriver dans les foyers, Internet balbutiait, et nous, les « geeks » comme on nous appelait avec condescendance, nous rêvions déjà de changer le monde.

    Et nous l’avons fait. Oh que oui, nous l’avons fait.

    Premier job à 16 ans : automatiser la comptabilité d’une PME locale. Trois employés sur cinq ont perdu leur poste. « Progrès », disait le patron. « Efficacité », applaudissaient les investisseurs. Moi ? J’étais fier de mon code élégant, de mes algorithmes optimisés. Les conséquences humaines ? Ce n’était pas mon problème. J’étais payé pour innover, pas pour philosopher.

    Cette mentalité m’a porté pendant des années. Start-up après start-up, projet après projet, j’ai gravi les échelons de cette industrie impitoyable. Mon CV ? Un cimetière d’emplois rendus obsolètes. Secrétaires remplacées par des assistants vocaux. Ouvriers évincés par des robots. Analystes supplantés par des algorithmes de machine learning. La liste est longue. Trop longue.

    La mécanique implacable du remplacement

    Laissez-moi vous expliquer comment ça fonctionne, cette machine à broyer l’emploi humain. C’est d’une simplicité déconcertante :

    • On identifie une tâche répétitive ou prévisible
    • On la décompose en processus élémentaires
    • On code une solution qui fait mieux, plus vite, moins cher
    • On vend ça comme une « optimisation nécessaire »

    Le tour est joué. Et ça marche dans tous les secteurs. Tous. Sans exception.

    Prenez la logistique. En 2010, j’ai participé à la conception d’un système de gestion d’entrepôt entièrement automatisé. Résultat : 200 manutentionnaires remplacés par 20 techniciens de maintenance. Gain de productivité : 300%. Coût humain : 180 familles dans la précarité. Mais les chiffres étaient beaux sur les PowerPoint des actionnaires.

    Ou encore le secteur bancaire. Entre 2015 et 2020, mes équipes ont développé des chatbots et des systèmes d’analyse automatisée qui ont rendu obsolètes des milliers de conseillers clientèle. Les banques jubilaient. Les clients râlaient un peu au début, puis s’y sont habitués. Les employés ? Ils ont rejoint les statistiques du chômage.

    L’accélération exponentielle

    Ce qui me frappe aujourd’hui, c’est la vitesse à laquelle tout s’accélère. Dans les années 90, il fallait des années pour déployer un système. Maintenant ? Quelques mois suffisent. L’IA générative, le cloud computing, les API… Tout conspire à rendre le remplacement toujours plus rapide, toujours plus efficace.

    Et nous ne sommes qu’au début. Les technologies que nous développons actuellement vont pulvériser des pans entiers de l’économie. Comptables, juristes, médecins, journalistes… Personne n’est à l’abri. Même nous, les développeurs, commençons à voir poindre notre propre obsolescence avec les outils de génération de code automatique.

    Le prix de l’obsession

    Travailler jour et nuit, sans vacances, pendant 30 ans. Vous savez ce que ça fait à un homme ? Ça le transforme en machine. Ironique, non ? À force de vouloir remplacer l’humain, je suis devenu moi-même un automate. Réveil à 5h, code jusqu’à minuit, repeat. Week-ends ? Connais pas. Famille ? Sacrifiée sur l’autel de l’innovation.

    Ma femme m’a quitté il y a dix ans. « Tu aimes plus tes algorithmes que ta famille », qu’elle disait. Elle avait raison. Mes enfants ? Ils me connaissent à peine. J’étais trop occupé à « changer le monde » pour les voir grandir. Aujourd’hui, ils travaillent dans des secteurs que mes technologies menacent directement. L’ironie est cruelle.

    Cette obsession a un coût physiologique aussi. Burnouts à répétition, problèmes cardiaques, anxiété chronique… Mon corps me rappelle régulièrement que l’humain n’est pas conçu pour fonctionner comme une machine. Mais l’adrénaline de la création, l’ivresse du pouvoir technologique, c’est une drogue dure. Difficile de décrocher.

    Les questionnements tardifs

    C’est seulement ces dernières années que les questions ont commencé à me tarauder. Qu’est-ce qu’on est en train de construire, au juste ? Une société où l’humain n’a plus sa place ? Un monde gouverné par l’efficacité pure, dénué de toute empathie ?

    Je regarde les jeunes développeurs qui arrivent dans l’industrie, brillants, enthousiastes, convaincus qu’ils vont « make the world a better place ». Je me revois à leur âge. Ils ne voient pas encore les conséquences. Ou ils s’en fichent. Après tout, ils font partie des gagnants du système. Pour l’instant.

    L’avenir du travail humain : entre dystopie et adaptation

    Alors, quel avenir pour le travail humain ? La question me hante. D’un côté, l’optimiste en moi veut croire que nous saurons nous adapter, comme nous l’avons toujours fait. De nouveaux métiers émergeront, l’humain trouvera sa place dans cette nouvelle économie. C’est le discours officiel, celui qu’on sert dans les conférences tech.

    Mais le réaliste en moi voit autre chose. Je vois une société à deux vitesses : d’un côté, une élite technologique qui possède et contrôle les outils d’automatisation. De l’autre, une masse croissante de « superflus économiques », maintenus à flot par un revenu universel minimal. Est-ce vraiment le progrès que nous voulions ?

    Les solutions existent pourtant. Taxation des robots, réduction du temps de travail, formation continue, économie du partage… Mais qui a vraiment intérêt à les mettre en place ? Certainement pas ceux qui profitent du système actuel. Et ils ont le pouvoir.

    Le paradoxe du créateur

    Le plus troublant dans tout ça, c’est que je continue. Malgré les doutes, malgré les questionnements, je reste devant mon écran, à coder, à concevoir, à automatiser. Pourquoi ? Par habitude ? Par passion ? Par incapacité à faire autre chose ? Un peu de tout ça, sans doute.

    C’est le paradoxe du créateur de technologie : nous sommes à la fois les architectes et les victimes potentielles du monde que nous construisons. Nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis, avec une précision chirurgicale et un enthousiasme déconcertant.

    Conclusion : l’humain face à son obsolescence programmée

    Après 30 ans dans cette industrie, je n’ai pas de réponse définitive. Juste des questions qui me réveillent la nuit. Sommes-nous en train de créer un paradis technologique ou un enfer déshumanisé ? L’efficacité justifie-t-elle tous les sacrifices ? Quel sens donner à l’existence humaine quand les machines font tout mieux que nous ?

    Ce que je sais, c’est que nous sommes à un tournant. Les technologies que nous développons aujourd’hui définiront la société de demain. Et cette responsabilité est écrasante. Nous, les « techies », nous avons entre les mains un pouvoir démesuré. La question est : saurons-nous l’utiliser avec sagesse ?

    Je n’ai pas la réponse. Mais au moins, je commence à me poser les bonnes questions. C’est déjà ça. Après 30 ans, il était temps.

    Bref. Si vous me cherchez, je serai devant mon écran. En train de coder. Comme toujours. Mais avec, peut-être, un peu plus de conscience des enjeux. C’est un début.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Mohammad Rahmani / Unsplash

  • « L’intelligence artificielle » n’existe pas, pourquoi je refuse cette imposture technologique
    « L’intelligence artificielle » n’existe pas, pourquoi je refuse cette imposture technologique
    L’intelligence artificielle telle qu’on nous la présente aujourd’hui n’existe pas. Ce ne sont que des algorithmes, parfois sophistiqués, mais toujours dépourvus de la moindre intelligence réelle. Un développeur qui a créé son premier système conversationnel en 1986 décrypte l’imposture.

    Je suis un gros nul en intelligence artificielle.

    Voilà, c’est dit. Après 37 ans à développer des systèmes conversationnels, des moteurs d’inférence et ce qu’on appelle aujourd’hui pompeusement des « IA », je peux enfin l’avouer : je n’ai jamais créé la moindre intelligence. Juste des algorithmes. Des lignes de code qui simulent, qui imitent, qui donnent l’illusion. Mais jamais qui pensent.

    Cette confession n’est pas un aveu de faiblesse. C’est un cri d’alarme face à l’imposture technologique la plus massive de notre époque.

    Mon premier « ChatGPT » tournait sur Amstrad en 1986

    Laissez-moi vous raconter une anecdote. En 1986, j’ai développé mon premier logiciel conversationnel. Un programme qui tournait sur Amstrad CPC, avec ses 64 Ko de mémoire vive. Ce système était déjà capable de tenir une conversation, de répondre à des questions, d’apprendre de ses interactions. On appelait ça un « système expert » à l’époque.

    Deux ans plus tard, en 1988, je créais un logiciel d’aide au diagnostic médical d’urgence. Il posait des questions, analysait les symptômes, proposait des diagnostics probables. Les médecins étaient bluffés. « C’est magique ! » disaient-ils. Non, c’était juste un arbre de décision sophistiqué avec une base de connaissances médicales.

    Vous savez quoi ? Fondamentalement, ChatGPT ne fait rien de plus. Oh bien sûr, il a accès à des milliards de paramètres au lieu de mes quelques milliers. Il tourne sur des serveurs surpuissants au lieu d’un ordinateur 8 bits. Mais le principe reste le même : pattern matching, statistiques, probabilités. Pas d’intelligence.

    La seule vraie différence ? Le marketing.

    L’affaire du petit Grégory ou comment l’IA déshumanise

    Fin avril 2023, une vidéo fait le buzz. On y voit le petit Grégory Villemin, assassiné en 1984, « ressuscité » par l’IA pour raconter son histoire. Les médias s’extasient devant cette prouesse technologique. Moi, j’ai envie de vomir.

    Ce n’est pas « l’IA » qui fait parler cet enfant mort. C’est un algorithme d’animation faciale couplé à une synthèse vocale. Des effets spéciaux qu’on trouve dans n’importe quel jeu vidéo moderne. Mais surtout, c’est l’œuvre de codeurs sans cœur, sans humanité, sans éthique.

    Parce que voilà le vrai problème de ce qu’on appelle l’IA : elle nous déshumanise. Elle nous fait oublier qu’il y a des limites morales à ne pas franchir. Elle transforme la tragédie humaine en spectacle technologique.

    Et le pire ? On applaudit.

    La technologie n’est jamais neutre

    Chaque ligne de code porte en elle les biais de son créateur. Chaque algorithme reflète une vision du monde. Quand un développeur programme un système, il y injecte forcément ses propres préjugés, ses propres limitations, sa propre idéologie.

    C’est mathématique : un algorithme ne peut pas être plus intelligent que celui qui l’a conçu. Il peut être plus rapide, traiter plus de données, mais il restera toujours prisonnier de la logique qu’on lui a imposée.

    La grande arnaque du GAI (General Artificial Intelligence)

    Aujourd’hui, on ne parle plus simplement d’IA mais de GAI – General Artificial Intelligence. Cette nouvelle appellation désigne tout système informatique qui effectue ou « apprend » n’importe quelle tâche cognitive. En gros, on a élargi la définition pour y inclure tout et n’importe quoi.

    Un correcteur orthographique ? C’est de l’IA. Un filtre Instagram ? De l’IA. Un tableau Excel avec des formules ? Bientôt de l’IA aussi, pourquoi pas.

    Cette inflation sémantique n’est pas innocente. Elle sert à justifier des investissements colossaux, à créer une bulle spéculative, à vendre du rêve aux investisseurs et du cauchemar aux travailleurs.

    Le vrai objectif : remplacer l’humain

    Parlons franchement. L’IA intéresse les entreprises pour une seule raison : se débarrasser des employés. Oh, on vous dira que c’est pour « augmenter la productivité » ou « libérer l’humain des tâches répétitives ». Foutaises.

    Dans moins de 9 ans, des logiciels d’automatisation gavés de pseudo-IA produiront en quelques minutes autant de travail administratif ou commercial qu’un employé en une journée. Et ils ne demanderont ni augmentation, ni congés, ni respect.

    Prenez les agences de voyage. Aujourd’hui déjà, une IA peut concevoir un voyage sur mesure : dates, budget, préférences, tout y passe. Le résultat ? Des milliers d’emplois qui vont disparaître. Et on ose appeler ça du progrès.

    La monnaie algorithmique : le prochain cauchemar

    Mais attendez, le meilleur reste à venir. La prochaine étape, c’est la monnaie numérique programmable. J’appelle ça la « monnaie algorithmique ». Une monnaie qui ne sera pas simplement digitale, mais « intelligente ».

    Imaginez : votre argent qui décide lui-même comment il peut être dépensé. Des euros qui refusent d’acheter de l’alcool après 22h. Des dollars qui s’autodétruisent si vous ne les dépensez pas dans le mois. Une monnaie qui vous surveille, vous juge, vous contrôle.

    Science-fiction ? Non, c’est en développement. Les banques centrales du monde entier planchent dessus. Et devinez quoi ? Elles appellent ça une innovation.

    Mon IA qui vous surveille au travail

    Puisqu’on en est aux confessions, laissez-moi vous parler de ma dernière création. La nuit dernière, j’ai terminé l’implémentation d’une intelligence artificielle qui apprend et supervise la manière dont un opérateur humain organise son travail.

    Cette IA « amicale » observe vos actions, analyse vos pauses, mesure votre productivité. Elle apprend vos habitudes, détecte vos faiblesses, optimise votre rendement. Big Brother en version corporate.

    Pourquoi je développe ça ? Parce que si je ne le fais pas, d’autres le feront. Et au moins, moi, j’ai encore assez de conscience pour vous prévenir : méfiez-vous de ces outils. Ils ne sont pas vos amis.

    L’IA, technologie rêvée des comploteurs

    On me demande parfois : « Peut-on comploter avec de l’IA ? » Ma réponse est toujours la même : « L’IA est la technologie rêvée des comploteurs. »

    Création de fausses preuves, manipulation de masse, surveillance généralisée, contrôle social… Tout devient possible et automatisable. Les complotistes ont encore de beaux jours devant eux. La chasse aux comploteurs vient à peine de commencer.

    Alors, c’est quoi la vraie intelligence ?

    Marie-Estelle Dupont l’a parfaitement résumé : la vraie intelligence, c’est la capacité à ressentir, à compatir, à créer du sens. C’est ce qui nous rend humains. Et ça, aucun algorithme ne pourra jamais le reproduire.

    Un algorithme peut simuler l’empathie en analysant des patterns émotionnels. Il peut générer des réponses qui semblent compatissantes. Mais il ne ressent rien. Il ne comprend pas la souffrance, la joie, l’amour. Il calcule.

    L’intelligence humaine, c’est cette étincelle inexplicable qui nous fait pleurer devant un coucher de soleil, rire d’une absurdité, nous indigner d’une injustice. C’est notre capacité à transcender la logique pure pour toucher à quelque chose de plus grand.

    Bref.

    Je continuerai à développer des systèmes algorithmiques. C’est mon métier, ma passion même. Mais je refuserai toujours de les appeler « intelligents ». Ce ne sont que des outils, potentiellement dangereux, toujours limités.

    La vraie question n’est pas de savoir si l’IA va nous remplacer. C’est de savoir si nous allons accepter de nous laisser déshumaniser par des machines qui ne comprennent rien à ce que nous sommes.

    Alors la prochaine fois qu’on vous vendra de l’IA miraculeuse, souvenez-vous : derrière chaque « intelligence artificielle » se cache un algorithme bête et discipliné, écrit par un humain faillible, au service d’intérêts qui ne sont probablement pas les vôtres.

    Et ça, c’est la seule vérité intelligente dans toute cette affaire.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : A Chosen Soul / Unsplash