Le grand mensonge français : l’alcool, ce mal nécessaire
Je vais vous dire une chose qui va en choquer plus d’un : la France est en guerre. Pas contre le terrorisme, pas contre la dette publique, mais contre elle-même. Contre une substance qui coule à flots dans nos verres, nos publicités, nos films, nos repas de famille. Une substance qui, chaque année, fauche plus de vies que les accidents de la route, les overdoses et les crimes réunis.
41 000 morts par an. C’est le dernier chiffre officiel de Santé publique France, publié en 2025. 41 000 vies brisées, 41 000 familles endeuillées, 41 000 raisons de se demander pourquoi diable on continue à traiter l’alcool comme un produit anodin. Parce que, de toute évidence, ce n’en est pas un.
Je me souviens d’une conversation avec un haut fonctionnaire du ministère de la Santé, il y a quelques années. Il m’avait glissé, entre deux verres de bordeaux : « Vous savez, l’alcool, c’est compliqué. C’est culturel, c’est économique, c’est… » Il n’avait pas terminé sa phrase. Il n’avait pas besoin. On savait tous les deux ce qu’il voulait dire : c’est sacré. Intouchable. Comme la baguette, le fromage et le Tour de France.
Pourtant, les faits sont têtus. L’alcool est la deuxième cause de mortalité évitable en France, juste derrière le tabac. Il est responsable de 15 % des décès chez les hommes de 15 à 34 ans. 15 %. Un jeune sur sept. Et on ose encore parler de « modération » ? De « consommation responsable » ? Comme si un cancer du foie ou une cirrhose pouvaient être « responsables ».
Haram : quand l’islam pointe une vérité que l’Occident refuse de voir
« L’alcool c’est haram. »
Cette phrase, lancée comme une provocation sur les réseaux sociaux, a fait réagir des milliers de personnes. Certains ont ri, d’autres se sont indignés. Pourtant, derrière cette formule choc se cache une réalité que la France refuse d’affronter : dans de nombreux pays musulmans, l’interdiction de l’alcool n’est pas qu’une question religieuse. C’est une politique de santé publique.
Prenez l’Arabie saoudite, par exemple. Le pays, souvent critiqué pour son rigorisme, affiche des taux de mortalité liés à l’alcool proches de zéro. Zéro. Pas 41 000. Pas 10 000. Zéro. Bien sûr, on peut arguer que d’autres problèmes existent là-bas. Mais force est de constater que sur ce point précis, le modèle fonctionne. Mieux que le nôtre, en tout cas.
Je ne suis pas en train de plaider pour une prohibition à la française. L’histoire nous a montré les limites de cette approche, avec la guerre contre la drogue aux États-Unis ou l’échec de la prohibition américaine dans les années 1920. Mais une question se pose, inévitable : pourquoi continuons-nous à traiter l’alcool comme un produit de consommation normale, alors que ses effets sont comparables – voire pires – à ceux de nombreuses substances illicites ?
En 2024, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié un rapport accablant. Selon ses estimations, l’alcool est responsable de 3 millions de décès par an dans le monde. Trois millions. C’est plus que le sida, la tuberculose et les violences réunis. Pourtant, personne ne descend dans la rue pour manifester contre les bouteilles de whisky ou les bouteilles de vin. Personne ne demande l’interdiction des publicités pour la bière à la télévision. Pourquoi ?
Parce que l’alcool, c’est nous. C’est notre histoire, notre culture, notre économie. C’est le vin de Bordeaux, le champagne de Reims, la bière alsacienne. C’est le pastis de Marseille, le calvados de Normandie. C’est le verre entre collègues, le toast des mariages, le digestif du dimanche. Bref. C’est sacré.
Narcotrafic : quand les vrais dangers sont là où on ne les attend pas
Je ne suis pas un expert en narcotrafic. Je l’ai dit, je le répète, je n’y connais rien. Mais je sais une chose : quand on parle de drogues en France, on parle souvent de cannabis, de cocaïne, d’héroïne. On parle des saisies spectaculaires, des réseaux mafieux, des guerres entre gangs. On parle des « ravages » de la drogue, des overdoses, des vies brisées.
Pourtant, les chiffres sont là. En 2025, selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), les drogues illicites ont causé environ 4 500 décès en France. 4 500. C’est énorme, bien sûr. C’est inacceptable. Mais c’est aussi dix fois moins que l’alcool.
Dix fois moins.
Alors pourquoi cette obsession pour les drogues illicites ? Pourquoi cette focalisation sur le cannabis, qui tue peu, mais dont la consommation est souvent associée à une contre-culture ? Pourquoi cette indifférence relative pour l’alcool, qui tue massivement, mais dont la consommation est socialement acceptée, voire encouragée ?
La réponse est simple : l’argent. L’alcool, c’est un marché de 30 milliards d’euros par an en France. 30 milliards. C’est le chiffre d’affaires du secteur, selon la Fédération française des spiritueux. C’est aussi 500 000 emplois, directs et indirects. 500 000 familles qui dépendent, d’une manière ou d’une autre, de la production et de la vente d’alcool.
Alors oui, on peut comprendre que l’État hésite à toucher à ce secteur. On peut comprendre que les lobbies de l’alcool aient pignon sur rue à Bruxelles et à Paris. On peut comprendre que les politiques, soucieux de ne pas froisser une partie de leur électorat, préfèrent regarder ailleurs. Mais on ne peut pas comprendre – ou plutôt, on ne peut plus accepter – que cette réalité économique prime sur la santé publique.
Car derrière ces 30 milliards d’euros, il y a un coût. Un coût humain, d’abord : 41 000 morts par an, des milliers de familles détruites, des vies brisées. Un coût social, ensuite : 120 milliards d’euros par an, selon une étude de la Cour des comptes publiée en 2023. 120 milliards. C’est le coût global de l’alcool en France, entre dépenses de santé, pertes de productivité, accidents et crimes liés à l’ivresse.
120 milliards. C’est plus que le budget de l’Éducation nationale.
Le grand déni : pourquoi la France refuse de voir l’évidence
Je vais vous raconter une anecdote. En 2022, j’ai assisté à une conférence sur les addictions, organisée par un grand hôpital parisien. Parmi les intervenants, un professeur de médecine, spécialiste des maladies du foie. Il a commencé son intervention par une question : « Combien d’entre vous savent que l’alcool est la première cause de cirrhose en France ? »
Silence dans la salle. Personne n’a osé répondre.
Pourtant, la réponse était évidente. Oui, l’alcool est la première cause de cirrhose en France. Oui, il est responsable de 80 % des cancers du foie. Oui, il augmente significativement les risques de cancers du sein, de la bouche, de l’œsophage. Oui, il est impliqué dans 40 % des violences conjugales et 30 % des accidents de la route.
Pourtant, personne n’en parle. Ou si peu. Parce que l’alcool, c’est tabou. Parce que le nier, c’est plus simple que de l’affronter. Parce que reconnaître son danger, ce serait remettre en cause tout un système. Tout un mode de vie.
En 2025, la France a adopté une nouvelle loi sur la santé publique. Parmi les mesures phares : l’augmentation des taxes sur le tabac, le renforcement de la lutte contre le tabagisme chez les jeunes, et… une timide hausse des prix de l’alcool. Timide, parce que le lobby viticole a obtenu des exemptions pour le vin. Le vin, ce produit magique, intouchable, qui échapperait comme par enchantement aux lois de la santé publique.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette loi n’a pas changé grand-chose. Les ventes d’alcool ont légèrement baissé, mais les morts, elles, continuent de s’accumuler. Comme si de rien n’était. Comme si 41 000 vies par an étaient un prix acceptable à payer pour préserver un secteur économique.
Et si la solution venait d’où on ne l’attend pas ?
Je ne suis pas naïf. Je sais que l’alcool ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Je sais que les habitudes, les traditions, les intérêts économiques sont trop ancrés pour que cela change rapidement. Mais je sais aussi que des solutions existent. Des solutions qui ont fait leurs preuves ailleurs. Des solutions qui pourraient, si on osait les appliquer, sauver des milliers de vies.
Prenez la Suède, par exemple. En 2020, le pays a adopté une politique de prix minimum pour l’alcool. Résultat : une baisse de 10 % de la consommation en cinq ans, et une réduction significative des hospitalisations liées à l’alcool. 10 %, ce n’est pas rien. C’est 4 000 vies sauvées par an, si on transpose ces chiffres à la France.
Prenez le Canada, où certaines provinces ont instauré un monopole d’État sur la vente d’alcool. Résultat : une meilleure régulation des prix, une réduction de la consommation chez les jeunes, et une baisse des crimes liés à l’ivresse.
Prenez l’Écosse, qui a introduit un prix minimum pour l’alcool en 2018. Résultat : une baisse de 3 % de la consommation globale, et une réduction de 10 % des hospitalisations liées à l’alcool. 10 %, encore. Comme en Suède.
Alors oui, ces politiques ont leurs limites. Oui, elles ne résoudront pas tout. Mais elles montrent une chose : quand un État décide d’agir, les résultats suivent. La question n’est pas de savoir si ces mesures sont parfaites. La question est de savoir si on préfère continuer à fermer les yeux, ou si on préfère enfin regarder la réalité en face.
Redressement : et si on arrêtait de se voiler la face ?
Je vais être clair : la France est malade. Malade de son alcool, malade de son déni, malade de son incapacité à affronter les vrais problèmes. On parle beaucoup de « redressement » ces temps-ci. Redressement économique, redressement social, redressement national. Mais comment redresser un pays quand on refuse de voir les fléaux qui le rongent ?
L’alcool n’est pas un détail. Ce n’est pas un sujet secondaire. C’est un enjeu de santé publique majeur, un enjeu social, un enjeu économique. C’est un problème qui coûte des milliards, qui brise des vies, qui hypothèque l’avenir. Et pourtant, on continue à le traiter comme un non-sujet.
Alors oui, l’alcool est haram. Pas au sens religieux du terme, mais au sens sanitaire, social, humain. Il est temps d’arrêter les hypocrisies. Il est temps de regarder les chiffres en face. Il est temps de prendre des mesures courageuses, même si elles dérangent. Même si elles bousculent les habitudes. Même si elles froissent les lobbies.
Parce qu’au final, la question n’est pas de savoir si l’alcool est haram. La question est de savoir combien de vies on est prêt à sacrifier pour continuer à faire semblant de ne pas le voir.
Conclusion : le choix qui nous attend
En 2026, la France se trouve à la croisée des chemins. D’un côté, il y a le statu quo : continuer à fermer les yeux, à minimiser les risques, à laisser l’alcool tuer en silence. De l’autre, il y a le courage : oser affronter la réalité, oser prendre des mesures impopulaires, oser sauver des vies.
Je ne sais pas quelle voie la France choisira. Mais une chose est sûre : les 41 000 morts de l’année dernière ne sont pas une fatalité. Ils sont le résultat de nos choix, de nos renoncements, de nos lâchetés. Ils sont le prix de notre incapacité à affronter les vrais problèmes.
Alors la prochaine fois que vous entendrez quelqu’un dire « l’alcool, c’est haram », ne riez pas. Ne vous indignez pas. Réfléchissez. Parce que derrière cette phrase, il y a une vérité que nous refusons tous de voir : l’alcool tue. Beaucoup. Trop. Et il est temps d’agir.
Pour aller plus loin
- Santé publique France – Alcool : chiffres clés et impacts sur la santé
- Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT)
- Organisation mondiale de la santé (OMS) – Fiche d’information sur l’alcool
- Cour des comptes – Les politiques publiques de lutte contre les addictions (2023)
- Ministère de l’Économie – Chiffres clés de l’alcool en France
