• La France de 2013 : entre colère fiscale et espoir entrepreneurial
    La France de 2013 vit une période de tensions extrêmes entre un État qui taxe toujours plus et des entrepreneurs qui fuient massivement. Les Bonnets rouges bretons incarnent cette colère populaire face à une fiscalité devenue insupportable, pendant que le gouvernement peine à convaincre de sa capacité à redresser l’économie.

    Je regarde la France de cette fin 2013 avec un mélange de tristesse et de colère. Après des décennies passées à entreprendre dans ce pays, je constate que nous avons atteint un point de non-retour. Les entrepreneurs français ne manifesteront pas. Ne demanderont plus rien. Vous ne les trouverez simplement plus ici demain.

    L’exode silencieux des forces vives

    Chaque semaine, je croise des entrepreneurs qui préparent leurs valises. Pas des exilés fiscaux millionnaires dont parlent les médias, non. Des patrons de PME, des créateurs de startups, des artisans qui n’en peuvent plus. Le phénomène est massif mais invisible : contrairement aux Bonnets rouges bretons qui manifestent bruyamment, les entrepreneurs partent en silence.

    Les chiffres officiels minimisent l’ampleur du désastre. Mais sur le terrain, la réalité est brutale : les plus dynamiques, les plus innovants, les plus courageux s’en vont. Direction la Belgique, le Luxembourg, Londres, Singapour. Partout sauf en France.

    Ce qui me frappe, c’est que ces Français qui s’expatrient ne sont pas des lâches mais des héros, des aventuriers, des courageux. Il faut du cran pour tout quitter, recommencer ailleurs, affronter l’inconnu. Mais ils n’ont plus le choix : les charges sociales, patronales et les coûts salariaux additionnels sont devenus insupportables en France.

    Le poids écrasant de la fiscalité

    Prenons un exemple concret. Un entrepreneur qui veut embaucher un salarié à 2000 euros nets devra débourser près de 4000 euros. Entre les charges patronales, les charges salariales, les taxes diverses, le coût du travail a explosé. Comment être compétitif face à nos voisins européens dans ces conditions ?

    L’État français prélève désormais plus de 46% du PIB en impôts et cotisations diverses. Un record européen. Et ce n’est pas fini : Benoît Hamon veut « verdir l’impôt ». Traduction : de nouvelles taxes écologiques qui vont noircir la vie des Français les plus actifs.

    Les Bonnets rouges : symbole d’une France qui craque

    La Bretagne peut jouer un rôle historique dans le destin de la France si les Bretons sont prêts au sacrifice ultime. Les manifestations contre l’écotaxe ne sont que la partie émergée de l’iceberg. C’est tout un peuple qui dit stop.

    L’écotaxe, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Une taxe de plus, imposée par Bruxelles, appliquée aveuglément par Paris, qui va achever de tuer ce qui reste de notre compétitivité. Les transporteurs bretons l’ont compris : c’est leur survie qui est en jeu.

    Ce que les Bretons obtiennent comme résultats en Bretagne, les Français partout ailleurs peuvent l’obtenir aussi. Le mouvement des Bonnets rouges montre la voie : face à un État sourd aux revendications légitimes, seule la révolte paye.

    Un gouvernement déconnecté des réalités

    François Hollande ose parler de reprise économique. Il affirme même que chez nous en France c’est plus rapide qu’ailleurs ! De qui se moque-t-on ? La réalité c’est que la France est en décroissance et qu’en décroissance on ne croît plus, sauf à se défaire de ce qui plombe.

    Les politiciens ne peuvent rien comprendre des problèmes des Français. Au-dessus de 8000 euros de salaire mensuel, ils ne sont pas impactés par les mesures qu’ils prennent. Ils vivent dans une bulle dorée, complètement déconnectés de la France réelle.

    L’espoir Montebourg : dernier rempart avant le naufrage ?

    Pour tous les entrepreneurs français, le dernier espoir dans le gouvernement actuel, c’est Arnaud Montebourg. C’est beaucoup pour un seul homme. Mais reconnaissons son travail pour la sauvegarde du tissu économique, pour les entreprises.

    Avec ses 34 plans pour la nouvelle France industrielle, Montebourg offre une vision. À nous entrepreneurs de développer l’activité par la recherche et l’innovation. L’autorisation donnée pour l’exploration des mines en France va dans le bon sens. Il faut aller plus loin, avec le charbon notamment.

    En 2004, la France a fermé sa dernière mine de charbon. C’est la fin de son industrie minière, l’une de ses plus grandes erreurs stratégiques. Pendant que l’Allemagne exploite encore ses ressources, nous importons massivement. Quelle aberration !

    Réindustrialiser par étapes

    Pour réindustrialiser la France, procédons par étapes. Favorisons d’abord la création d’unités d’assemblage de produits importés. C’est ainsi que la Chine a commencé avant de devenir l’usine du monde.

    Mais attention : la France ne protège absolument pas assez ses entreprises technologiques, innovantes, performantes, exportatrices dans le jeu international. Nos fleurons industriels sont rachetés les uns après les autres par des groupes étrangers.

    La montée inexorable du Front National

    Beaucoup de Français rêvent d’être Brignolais aujourd’hui. La victoire du FN à Brignoles n’est que le début. Le Front National de Marine Le Pen est potentiellement le premier parti politique de France, et c’est un immense mouvement des patriotes.

    L’UMP se trompe en tapant sur le FN. Les Français sont nettement moins dupes. Ils voient bien que les partis traditionnels n’ont plus de solutions. Le pertinent éminent géopoliticien français Aymeric Chauprade rejoint le FN. Des wagons d’experts devraient suivre.

    Comprenez bien que la France n’est pas raciste, la France est méfiante ! En France nous avons le peuple patriote le moins raciste du monde, c’est plus de 20 années de voyages qui me permettent de l’affirmer.

    La question de l’immigration

    Ceux qui traitent les Français de racistes savent que la France n’est pas raciste, mais c’est le meilleur moyen d’atteindre le FN. La vérité c’est que les Français n’aiment pas les gens irrespectueux et incivilisés. Point.

    Je suis convaincu que de nos jours les Français font parfaitement la distinction entre les immigrés intégrés assimilés et la racaille. Claude Goasguen casse le tabou de l’immigration, des frontières, des faiblesses de la France. Il valide l’argumentation du FN. C’est courageux.

    Au risque de choquer, la France aurait énormément à gagner en ouvrant un peu ses portes aux immigrés philippins. Travailleurs, respectueux, catholiques, ils s’intègrent parfaitement. Mais nous préférons subir une immigration subie plutôt que choisie.

    Un pays au bord de la rupture

    Les Français doivent comprendre qu’il n’existe qu’une seule solution objective pour que la situation s’améliore. Elle sera politique et dure. Le système actuel est à bout de souffle.

    L’abaissement de la note de la France à AA par Standard & Poor’s va annuler tous les efforts fiscaux des Français. Nous payons le prix de décennies de gabegie. La France doit absolument disposer d’agences de notation concurrentes comme les Russes avec RusRating et les Chinois avec Dagong.

    Les touristes chinois, japonais, russes, arabes sont consternés, ébranlés par ce qu’ils ont vu de la France en rentrant chez eux. Notre image internationale s’effondre. Le pays des Lumières est devenu celui des grèves et de l’insécurité.

    2013, année charnière

    Une chanson va bientôt revenir à la mode en France… « Le Chant des Partisans ». Ce n’est pas une boutade. Le niveau de tension sociale atteint des sommets. Entre l’affaire Leonarda qui ridiculise notre administration et les Bonnets rouges qui défient l’État, le pouvoir vacille.

    En 2013, en France, toujours pas d’e-Government digne de ce nom. Pendant que l’Estonie dématérialise tous ses services publics, nous en sommes encore aux formulaires papier en trois exemplaires. Comment s’étonner de notre décrochage ?

    Le deal proposé à Leonarda résume tout : « soit la France, soit ta famille ». Que tous les Français qui le peuvent quittent le pays avant qu’il ne soit trop tard, parce que là, c’est plus possible !

    Quel avenir pour la France ?

    Je souhaite de tout cœur que la France retrouve la croissance et que les choses s’équilibrent et se stabilisent. Mais soyons lucides : sans changement radical de politique économique et fiscale, nous fonçons dans le mur.

    Si on continue, la France sera Marseille, mais avant ce sera Nice, Lyon, Paris et d’autres. Des zones de non-droit qui s’étendent, une économie qui s’effondre, une population qui se divise.

    Les entrepreneurs français ont longtemps rêvé de la réussite de Bernard Tapie qui était leur modèle. Ironiquement, ce modèle était socialiste ! Aujourd’hui, ils ne rêvent plus. Ils partent.

    Ni la France et encore moins l’Europe ne céderont sur l’implémentation de l’écotaxe. Nous entrons dans un très long conflit. Les Bonnets rouges ne sont que l’avant-garde d’une révolte plus large qui gronde.

    Bref. La France de 2013 est à un tournant historique. Soit nous prenons conscience de l’urgence et nous changeons radicalement de cap. Soit nous continuons dans le déni et nous courons à la catastrophe. Le choix est entre nos mains. Pour combien de temps encore ?

    Pour aller plus loin

    Sources et références

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  • L’affaire Leonarda : quand l’émotion médiatique occulte les vrais enjeux migratoires
    L’affaire Leonarda : quand l’émotion médiatique occulte les vrais enjeux migratoires
    L’expulsion de Leonarda Dibrani, collégienne de 15 ans interpellée lors d’une sortie scolaire, révèle les failles béantes de notre système migratoire. Entre manipulation médiatique et récupération politique, cette affaire illustre parfaitement comment l’émotion peut court-circuiter la raison et renforcer paradoxalement ceux qu’on prétend combattre.

    Voilà que la France s’enflamme pour une adolescente expulsée avec sa famille vers le Kosovo. Les lycéens descendent dans la rue, les politiques s’agitent, les médias s’emballent. Mais derrière cette tempête émotionnelle se cache une réalité bien plus complexe que le simple récit manichéen qu’on nous sert.

    Je vais être direct : cette affaire Leonarda est un cas d’école de manipulation médiatique et politique. Non pas que l’expulsion d’une jeune fille soit anodine, mais la façon dont on instrumentalise cette histoire révèle tout ce qui dysfonctionne dans notre approche de l’immigration.

    L’émotion contre la loi : le piège parfait

    Commençons par les faits. Une famille rom kosovare, en situation irrégulière depuis plusieurs années, est expulsée après avoir épuisé tous les recours légaux. La particularité ? L’interpellation de la fille aînée se fait lors d’une sortie scolaire. Image choc garantie.

    Immédiatement, c’est l’embrasement. Les lycéens bloquent leurs établissements, scandalisés qu’on puisse « arracher » une camarade à sa classe. Les médias relaient en boucle l’image de cette jeune fille « parfaitement intégrée ». Les politiques de gauche dénoncent une « barbarie ».

    Mais personne ne pose les vraies questions. Pourquoi cette famille était-elle en situation irrégulière depuis si longtemps ? Pourquoi avoir attendu que les enfants soient scolarisés pour appliquer une décision de justice ? Et surtout : peut-on suspendre l’État de droit au nom de l’émotion ?

    Dura lex, sed lex. La loi est dure, mais c’est la loi. Si on commence à faire des exceptions pour les cas médiatiques, où s’arrête-t-on ? Qui décide qui mérite la compassion et qui ne la mérite pas ?

    Les vrais gagnants : les extrêmes

    Ce qui me frappe dans cette affaire, c’est l’aveuglement de ceux qui pensent défendre une noble cause. En transformant chaque expulsion en drame national, en exigeant systématiquement des passe-droits pour les cas médiatisés, ils offrent sur un plateau des arguments au Front National.

    Marine Le Pen doit se frotter les mains. Chaque manifestation lycéenne, chaque déclaration larmoyante d’un ministre, chaque éditorial compassionnel renforce son discours sur le « laxisme » et l’ »angélisme » de la gauche.

    C’est mathématique : plus on dramatise les expulsions légales, plus on alimente le sentiment que l’État ne contrôle plus rien. Plus on exige des exceptions, plus on légitime ceux qui réclament la fermeté absolue.

    Les sondages ne mentent pas. À chaque polémique de ce type, le FN gagne des points. Les Français, dans leur majorité, comprennent intuitivement qu’un État qui ne fait pas respecter ses lois perd sa légitimité.

    Le cynisme des bons sentiments

    Parlons franchement du rôle des parents dans cette histoire. Qui met ses enfants dans cette situation ? Qui les maintient pendant des années dans l’illégalité, sachant pertinemment que l’expulsion peut survenir à tout moment ?

    Je sais, c’est politiquement incorrect de le dire. On préfère s’apitoyer sur le sort des enfants plutôt que de questionner la responsabilité des adultes. Mais enfin, utiliser ses propres enfants comme boucliers humains contre une décision de justice, c’est d’un cynisme absolu.

    Et que dire de ceux qui encouragent ces stratégies ? Les associations, les collectifs, les politiques qui conseillent aux familles de « s’enraciner » pour rendre l’expulsion plus difficile ? Ils jouent avec le feu et ce sont les enfants qui se brûlent.

    La vérité, c’est que maintenir des familles dans l’illégalité pendant des années, c’est de la cruauté déguisée en humanité. C’est les condamner à vivre dans la peur, la précarité, l’exploitation.

    L’hypocrisie du système

    Ne nous voilons pas la face : cette affaire révèle surtout l’hypocrisie monumentale de notre système migratoire. D’un côté, on affirme vouloir « maîtriser les flux ». De l’autre, on laisse des familles s’installer dans l’illégalité pendant des années.

    C’est enfantin de contourner les règles actuelles. Il suffit de venir avec des enfants, de les scolariser, d’attendre. Tôt ou tard, l’émotion prendra le dessus sur le droit. Les manifestations s’organiseront. Les médias s’empareront du cas.

    Et pendant ce temps, des milliers de candidats à l’immigration légale attendent, respectent les procédures, se voient refuser des visas. Quelle image leur donne-t-on ? Que la fraude paie mieux que l’honnêteté ?

    Cette famille reviendra, c’est une évidence. Légalement ou illégalement, peu importe. Le message est passé : avec suffisamment de médiatisation et d’émotion, tout est possible. Les frontières de l’Europe sont poreuses, les contrôles inexistants.

    Le vrai débat qu’on refuse d’avoir

    Au lieu de s’agiter sur des cas individuels, ne serait-il pas temps d’avoir un vrai débat sur notre politique migratoire ? Combien de personnes voulons-nous accueillir ? Selon quels critères ? Avec quels moyens d’intégration ?

    Mais non, on préfère le spectacle. Les bons contre les méchants. Les cœurs sensibles contre les xénophobes. Pendant qu’on s’écharpe sur Leonarda, les vraies questions restent sans réponse.

    Résultat : une politique incohérente qui ne satisfait personne. Ni ceux qui veulent plus d’ouverture, ni ceux qui réclament plus de fermeté. Un entre-deux bancal qui alimente les frustrations et les extrémismes.

    Le plus ironique dans tout ça ? Cette jeune fille aurait probablement un avenir bien plus prometteur si elle apprenait l’anglais, étudiait le droit international et devenait avocate spécialisée dans les questions migratoires. Elle pourrait alors défendre efficacement d’autres familles dans sa situation.

    Mais pour ça, il faudrait sortir du registre de l’émotion et entrer dans celui de la stratégie. Comprendre les règles du jeu plutôt que de les subir. Utiliser le système plutôt que d’être utilisé par lui.

    Pour aller plus loin

    • Les politiques migratoires européennes – Rapport du Conseil de l’Europe sur l’harmonisation des procédures d’asile (2012)
    • L’immigration irrégulière en France – Étude de l’INSEE sur les flux migratoires non documentés (2013)
    • Le traitement médiatique de l’immigration – Analyse du CSA sur la représentation des migrants dans les médias français (2012)
    • Les mineurs étrangers isolés – Guide juridique de la protection de l’enfance en situation migratoire (2013)
    • L’opinion publique et l’immigration – Baromètre IFOP sur les perceptions de l’immigration en France (octobre 2013)

    Sources et références

    • Circulaire du 19 octobre 2012 relative aux conditions d’examen des demandes d’admission au séjour
    • Rapport du Défenseur des droits sur les expulsions de familles avec enfants scolarisés (juin 2013)
    • Données Eurostat sur les demandes d’asile dans l’UE (3e trimestre 2013)
    • Jurisprudence du Conseil d’État sur l’intérêt supérieur de l’enfant en droit des étrangers

    Photo : Daniel Schludi / Unsplash

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  • L’affaire Leonarda : quand l’émotion politique remplace le droit
    L’affaire Leonarda : quand l’émotion politique remplace le droit
    L’expulsion de Leonarda Dibrani, collégienne de 15 ans interpellée lors d’une sortie scolaire, déclenche une tempête politique qui révèle l’incapacité de la France à appliquer ses propres lois. Cette affaire, instrumentalisée par tous les camps politiques, illustre parfaitement comment l’émotion remplace désormais le droit dans notre République.

    Je regarde cette affaire Leonarda se dérouler depuis quelques jours avec un mélange de consternation et de dégoût. Pas pour la jeune fille elle-même – elle n’y est pour rien dans ce cirque médiatique – mais pour ce que cette histoire révèle de notre incapacité collective à faire respecter les lois de la République.

    Résumons les faits : une famille kosovare en situation irrégulière depuis 2009, déboutée de toutes ses demandes d’asile, est finalement expulsée. La particularité ? L’aînée de 15 ans est interpellée lors d’une sortie scolaire. Et voilà que tout le monde s’emballe, s’indigne, manifeste. Les lycéens bloquent leurs établissements, les politiques montent au créneau, les médias s’enflamment.

    Mais enfin, de quoi parle-t-on exactement ?

    Une famille en situation irrégulière depuis quatre ans

    La famille Dibrani est arrivée en France en janvier 2009. Ils ont demandé l’asile, ont été déboutés. Ont fait appel, ont été déboutés. Ont saisi la Cour nationale du droit d’asile, ont été déboutés. Pendant quatre ans, ils ont épuisé tous les recours possibles et imaginables. La justice française, dans sa grande mansuétude, leur a laissé le temps d’explorer toutes les voies légales.

    Le père de famille a même été condamné pour violences conjugales. Un modèle d’intégration, vraiment.

    Et maintenant, parce que l’expulsion a lieu pendant une sortie scolaire, il faudrait tout annuler ? Revenir sur quatre années de procédures ? Dire à tous ceux qui respectent les règles qu’ils sont bien bêtes de le faire ?

    Dura lex, sed lex – la loi est dure, mais c’est la loi. Ce principe fondamental du droit romain semble avoir disparu de notre République. À la place, nous avons l’émotion, les bons sentiments, et surtout, surtout, les calculs politiques.

    L’instrumentalisation politique d’une mineure

    Ce qui me révulse dans cette affaire, c’est la façon dont tous les camps politiques instrumentalisent cette adolescente. À gauche, on en fait le symbole de la « France inhumaine » qui expulse des enfants. À droite, on dénonce le laxisme et l’angélisme. Et au milieu, le gouvernement louvoie, tergiverse, cherche la solution qui fera le moins de vagues.

    Mais personne ne pose les vraies questions :

    • Pourquoi a-t-il fallu quatre ans pour exécuter une décision de justice ?
    • Comment une famille déboutée peut-elle rester sur le territoire pendant tout ce temps ?
    • Quelle est la responsabilité des parents qui maintiennent leurs enfants dans l’illégalité ?
    • Quel message envoie-t-on à tous ceux qui respectent les procédures ?

    Le plus ironique dans tout ça ? Cette instrumentalisation politique va exactement produire l’effet inverse de celui recherché. Chaque recul sur l’application du droit, chaque exception émotionnelle, chaque « cas particulier » renforce un peu plus le Front National dans l’opinion.

    Marine Le Pen doit se frotter les mains en voyant ce spectacle.

    Le piège de l’émotion démocratique

    Nous sommes entrés dans l’ère de la démocratie émotionnelle. Les faits ne comptent plus, seuls importent les sentiments. Une jeune fille interpellée devant ses camarades ? Scandale ! Peu importe que sa famille soit en situation irrégulière depuis des années. Peu importe les décisions de justice. L’image est trop forte, l’émotion trop intense.

    Cette tyrannie de l’émotion détruit progressivement l’État de droit. Car si l’on commence à faire des exceptions pour les cas « émouvants », où s’arrête-t-on ? Faut-il libérer les délinquants qui ont des enfants ? Annuler les amendes de ceux qui pleurent ? Suspendre les lois dès qu’une caméra filme ?

    Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, tente de tenir une ligne ferme. Mais combien de temps résistera-t-il à la pression médiatique ? Aux manifestations lycéennes ? Aux appels larmoyants ?

    Je parie qu’avant la fin du mois, on trouvera un « arrangement ». Une solution « humaine ». Un compromis boiteux qui ne satisfera personne et affaiblira encore un peu plus l’autorité de l’État.

    L’hypocrisie du système éducatif

    Parlons aussi de nos chers lycéens qui manifestent, bloquent leurs établissements, défilent dans les rues. Quelle belle leçon d’éducation civique ! On leur apprend que quand une loi ne leur plaît pas, il suffit de faire du bruit pour qu’elle ne s’applique plus.

    Où sont les proviseurs, les professeurs, pour leur expliquer ce qu’est un État de droit ? Pour leur enseigner que la justice ne se rend pas dans la rue mais dans les tribunaux ? Que l’émotion ne peut pas remplacer la loi ?

    Non, c’est tellement plus facile de surfer sur la vague émotionnelle. De se donner le beau rôle. De jouer les défenseurs de la veuve et de l’orphelin.

    Pendant ce temps, des milliers de familles attendent patiemment leur tour pour immigrer légalement en France. Elles remplissent des dossiers, fournissent des justificatifs, respectent les procédures. Quelle claque pour elles de voir qu’il suffit de rester illégalement et d’attendre qu’un de ses enfants soit filmé pour obtenir ce qu’elles n’arrivent pas à avoir en suivant les règles.

    Le scénario prévisible

    Permettez-moi de jouer les Nostradamus. Voici ce qui va se passer dans les prochains jours, semaines ou mois :

    D’abord, la pression médiatique et politique va continuer de monter. Les images de Leonarda au Kosovo vont faire le tour des JT. On va interviewer ses camarades de classe en larmes. Des personnalités vont prendre position.

    Ensuite, le gouvernement va chercher une porte de sortie. On parlera de « solution humanitaire », de « cas exceptionnel », de « geste républicain ». Peut-être proposera-t-on à Leonarda de revenir seule, sans sa famille. Ou alors on « découvrira » une faille dans la procédure qui permettra d’annuler l’expulsion.

    Et enfin, la famille reviendra. Légalement ou illégalement, peu importe. Parce que c’est enfantin, vraiment. Quand on voit comment cette affaire est gérée, comment les politiques paniquent, comment les médias s’emballent, on comprend que nos frontières sont des passoires et nos lois du papier mâché.

    Avant 2017 ? Je parie même avant les municipales de mars prochain. Avec peut-être un petit bonus : si elle se débrouille bien, elle pourrait revenir avec un petit ami et fonder une famille. Après tout, qui oserait expulser une femme enceinte ?

    L’avenir de Leonarda : une prophétie cynique

    Mais soyons optimistes un instant. Imaginons le meilleur scénario possible pour cette jeune fille. Son avenir, si elle est maligne, c’est d’utiliser cette notoriété soudaine à bon escient.

    Qu’elle apprenne l’anglais – indispensable dans le monde d’aujourd’hui. Qu’elle étudie le droit international – elle a maintenant une expérience personnelle unique des failles du système. Et dans une dizaine d’années, vers 23-25 ans, qu’elle devienne avocate spécialisée dans la défense des migrants.

    Quelle ironie ce serait ! La petite Leonarda, symbole malgré elle du dysfonctionnement de notre système d’immigration, devenue l’avocate qui aide d’autres à exploiter ces mêmes failles.

    C’est cynique ? Certainement. Mais pas plus que cette mascarade politique à laquelle nous assistons.

    La vraie question : quelle France voulons-nous ?

    Au-delà du cas particulier de Leonarda, cette affaire pose une question fondamentale : dans quelle France voulons-nous vivre ?

    Une France où les lois s’appliquent à tous, sans exception ? Où les procédures sont respectées, même quand c’est difficile ? Où l’État de droit n’est pas négociable ?

    Ou une France de l’émotion et de l’exception permanente ? Où il suffit de faire pleurer dans les chaumières pour obtenir des passe-droits ? Où les règles ne valent que pour ceux qui n’ont pas accès aux médias ?

    Je sais quelle France je préfère. Et je sais aussi quelle France nous sommes en train de construire. Les deux ne coïncident pas, hélas.

    Cette affaire Leonarda n’est qu’un symptôme de plus de notre déclin collectif. De notre incapacité à faire respecter nos propres règles. De notre propension à céder à la première émotion venue.

    Bref, de notre lâcheté.

    Pour aller plus loin

    • Les procédures d’asile en France : comprendre le parcours administratif
    • L’histoire de l’immigration kosovare en Europe
    • Le rôle des médias dans la construction de l’opinion publique
    • Les principes fondamentaux de l’État de droit
    • L’évolution du droit des étrangers en France depuis 2000

    Photo : Samuel Isaacs / Unsplash

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  • La défiscalisation des heures supplémentaires : entre promesses oubliées et réalité entrepreneuriale
    La défiscalisation des heures supplémentaires : entre promesses oubliées et réalité entrepreneuriale
    La défiscalisation des heures supplémentaires promise par François Hollande tarde à se concrétiser, laissant entrepreneurs et salariés dans l’expectative. Pendant ce temps, les patrons de PME réclament la possibilité d’ouvrir 7 jours sur 7 pour répondre aux besoins de leurs clients.

    J’attends. Comme des milliers d’entrepreneurs et des millions de salariés, j’attends de voir ce qu’il en est de cette fameuse défiscalisation des heures supplémentaires dont plus personne ne parle. Souvenez-vous, c’était l’une des promesses phares de François Hollande pendant la campagne présidentielle de 2012. Nous sommes fin septembre 2013, et toujours rien.

    Le silence est assourdissant. Pire, pendant que le gouvernement tergiverse sur cette mesure qui pourrait redonner du pouvoir d’achat aux salariés et de la compétitivité aux entreprises, nous, patrons de PME, nous battons contre des réglementations archaïques qui nous empêchent de répondre aux besoins de nos clients.

    La promesse oubliée de François Hollande

    Retour en arrière. Durant la campagne présidentielle de 2012, François Hollande avait promis de « rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires pour les entreprises de moins de 20 salariés ». Une mesure censée corriger partiellement la suppression totale de la défiscalisation mise en place par Nicolas Sarkozy en 2007 avec la loi TEPA.

    Cette loi Sarkozy, rappelons-le, permettait aux salariés de gagner plus sans payer plus d’impôts ni de charges sociales sur leurs heures supplémentaires. Un dispositif qui avait ses défauts, certes, mais qui avait le mérite d’exister et de mettre un peu de beurre dans les épinards de ceux qui acceptaient de travailler plus.

    La gauche l’avait critiquée, arguant qu’elle coûtait trop cher à l’État (environ 4,5 milliards d’euros par an) et qu’elle favorisait les heures supplémentaires au détriment de l’embauche. Soit. Mais une fois au pouvoir, que propose-t-elle à la place ? Un ersatz de mesure limitée aux TPE qui tarde à voir le jour.

    Nous sommes maintenant à plus d’un an de l’élection de François Hollande. La loi de finances rectificative de juillet 2012 a bien supprimé la défiscalisation des heures supplémentaires héritée de Sarkozy. Mais la nouvelle mouture promise ? Aux abonnés absents.

    Le double langage gouvernemental

    Ce qui me frappe, c’est le décalage abyssal entre les discours et les actes. D’un côté, on nous parle de « redressement productif », de « pacte de compétitivité », de soutien aux entreprises. De l’autre, on maintient des carcans réglementaires qui nous empêchent de travailler.

    Prenez mon cas. Je dirige une PME dans le secteur technologique. Mes clients sont internationaux, ils travaillent 24h/24, 7j/7. Quand un serveur tombe le dimanche, ils n’attendent pas le lundi pour qu’on intervienne. Mais voilà, la réglementation française me complique considérablement la tâche pour organiser le travail le dimanche.

    Et je ne suis pas le seul. Des milliers d’artisans, de commerçants, de prestataires de services sont dans la même situation. Nous avons des clients prêts à payer pour des services le dimanche, nous avons des salariés volontaires pour travailler ce jour-là (moyennant une rémunération majorée, bien sûr), mais nous nous heurtons à un mur réglementaire.

    C’est pour cela que j’ai interpellé directement plusieurs ministres sur Twitter. Nous exigeons simplement de pouvoir ouvrir nos entreprises 7 jours sur 7 pour servir nos clients et offrir du travail supplémentaire rémunéré à nos employés volontaires. Est-ce trop demander en 2013 ?

    La réalité économique contre l’idéologie

    Le problème de fond, c’est que nos gouvernants semblent vivre dans une bulle idéologique déconnectée de la réalité économique. Ils raisonnent encore avec des schémas des années 1970, quand l’économie était essentiellement industrielle, les marchés nationaux et la concurrence limitée.

    Aujourd’hui, nous sommes dans une économie de services mondialisée. Nos concurrents allemands, britanniques ou américains n’ont pas nos contraintes. Pendant que nous débattons de la possibilité d’ouvrir le dimanche, eux raflent les marchés.

    Prenons l’exemple du commerce en ligne. Amazon livre 7 jours sur 7. Les pure players étrangers sont ouverts 24h/24. Et nous, petits e-commerçants français, nous devons expliquer à nos clients qu’on ne peut pas traiter leur commande le dimanche parce que la loi nous l’interdit ? C’est du suicide économique programmé.

    La défiscalisation des heures supplémentaires s’inscrit dans cette même logique. Au lieu de faciliter le travail de ceux qui veulent travailler plus et gagner plus, on maintient un système qui décourage l’effort. Résultat : les salariés motivés sont frustrés, les entreprises perdent en compétitivité, et l’économie stagne.

    Les vrais enjeux derrière le débat

    Au-delà de la simple question fiscale, ce débat révèle des enjeux fondamentaux pour notre société :

    • La liberté de travailler : pourquoi empêcher ceux qui le souhaitent de travailler plus pour améliorer leur niveau de vie ?
    • La compétitivité des entreprises : comment rivaliser avec nos concurrents si nous avons les mains liées ?
    • L’adaptation aux nouveaux modes de consommation : les clients veulent du service quand ils en ont besoin, pas quand l’administration le décide
    • La création d’emplois : contrairement à ce qu’affirment certains, permettre plus de flexibilité crée des opportunités d’emploi

    Ce qui m’agace particulièrement, c’est l’argument selon lequel favoriser les heures supplémentaires empêcherait les embauches. C’est une vision statique et erronée de l’économie. Dans la réalité, une entreprise qui peut répondre à plus de demandes grâce aux heures supplémentaires génère plus de chiffre d’affaires, et finit par embaucher pour faire face à la croissance.

    J’ai vu ce phénomène des dizaines de fois dans ma carrière. Une petite boîte commence avec 3 personnes qui font des heures sup’ pour honorer les commandes. Six mois plus tard, elle embauche 2 personnes supplémentaires. Un an après, elle en est à 10 salariés. Mais si vous l’aviez bridée au départ, elle n’aurait jamais décollé.

    Les propositions concrètes des entrepreneurs

    Face à l’immobilisme gouvernemental, nous, entrepreneurs, avons des propositions concrètes et réalistes :

    • Défiscalisation totale des heures supplémentaires jusqu’à 10 heures par semaine : cela permettrait aux salariés de gagner jusqu’à 25% de plus sans surcoût pour l’entreprise
    • Liberté d’ouverture 7j/7 pour toutes les entreprises volontaires : avec majoration obligatoire de 100% pour le travail dominical
    • Assouplissement du seuil des 35 heures : possibilité de passer à 39 heures hebdomadaires par accord d’entreprise
    • Création d’un statut de « salarié entrepreneur » : pour ceux qui veulent cumuler emploi salarié et activité indépendante

    Ces mesures ne sont pas révolutionnaires. Elles existent déjà dans de nombreux pays européens qui, curieusement, affichent des taux de chômage bien inférieurs au nôtre. Mais voilà, en France, on préfère débattre pendant des mois plutôt que d’agir.

    L’urgence d’agir

    Pendant que nos gouvernants tergiversent, l’économie française continue de s’enfoncer. Le chômage atteint des records, la croissance est atone, et nos entreprises perdent des parts de marché face à la concurrence internationale.

    La défiscalisation des heures supplémentaires n’est pas une solution miracle, mais c’est un levier parmi d’autres pour redonner de la dynamique à notre économie. Couplée à une vraie libéralisation des horaires de travail, elle pourrait créer un cercle vertueux : plus de pouvoir d’achat pour les salariés, plus de flexibilité pour les entreprises, plus de services pour les consommateurs.

    Mais pour cela, il faudrait que nos dirigeants sortent de leur tour d’ivoire et écoutent ceux qui font l’économie réelle : les entrepreneurs et les salariés. Au lieu de cela, on assiste à un dialogue de sourds où les positions idéologiques l’emportent sur le pragmatisme.

    Bref. La défiscalisation des heures supplémentaires, c’est pour quand ? Le travail du dimanche libéralisé, c’est pour quand ? La fin des carcans réglementaires qui nous empêchent d’être compétitifs, c’est pour quand ?

    J’ai bien peur que la réponse soit : pas avant que la situation ne devienne tellement catastrophique qu’il n’y aura plus d’autre choix que de prendre les mesures qui s’imposent. En attendant, nous continuerons à nous battre avec un bras attaché dans le dos face à nos concurrents internationaux.

    Et vous, qu’en pensez-vous ? Faut-il attendre que l’économie française touche le fond pour enfin libérer les énergies ? Ou peut-on espérer un sursaut de lucidité de nos gouvernants ?

    Pour aller plus loin

    • Rapport du Conseil d’Analyse Économique sur les 35 heures (2012)
    • Étude comparative des régimes d’heures supplémentaires en Europe (OCDE, 2013)
    • « Le travail du dimanche en France : enjeux et perspectives » – Institut Montaigne (2013)
    • Les propositions du MEDEF sur l’assouplissement du temps de travail (septembre 2013)

    Sources et références

    • Loi n° 2007-1223 du 21 août 2007 en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat (loi TEPA)
    • Loi de finances rectificative pour 2012 (n° 2012-958 du 16 août 2012)
    • Données INSEE sur l’évolution du nombre d’heures supplémentaires (2007-2013)
    • Rapport de la Cour des comptes sur le coût de la défiscalisation des heures supplémentaires (2011)

    Photo : Vitaly Gariev / Unsplash

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  • 80 heures par semaine : quand l’administration découvre la réalité entrepreneuriale
    80 heures par semaine : quand l’administration découvre la réalité entrepreneuriale
    L’administration fiscale ne comprend pas qu’un entrepreneur puisse travailler 80 heures par semaine. Cette incompréhension illustre le décalage profond entre la réalité entrepreneuriale et la vision bureaucratique du travail, avec des conséquences directes sur la réglementation et la fiscalité des PME.

    « L’administration ne comprend pas comment vous pouvez travailler 80 heures par semaine. » Cette phrase, un agent du fisc me l’a lâchée lors d’un contrôle, avec un mélange de perplexité et de suspicion. Comme si déclarer travailler plus de deux fois les 35 heures légales était forcément le signe d’une fraude quelconque.

    Cette anecdote révèle un problème bien plus profond que la simple méconnaissance du monde entrepreneurial par l’administration. Elle illustre un décalage culturel, économique et réglementaire qui pénalise directement les créateurs de richesse de ce pays.

    La réalité méconnue du patron de PME

    Quand je dis que je travaille 80 heures par semaine, ce n’est pas une figure de style. C’est une réalité partagée par des milliers de chefs d’entreprise en France. Une étude de l’INSEE de 2010 révélait déjà que 55% des dirigeants de PME travaillent plus de 50 heures par semaine, et près d’un quart dépassent les 60 heures.

    Mais qu’est-ce que cela représente concrètement ? C’est se lever à 6h pour traiter les mails urgents avant l’ouverture. C’est enchaîner les rendez-vous clients, gérer la production, négocier avec les fournisseurs, s’occuper de l’administratif le soir. C’est travailler le samedi pour préparer la semaine suivante, et souvent le dimanche pour rattraper le retard.

    Cette charge de travail n’est pas un choix masochiste. Elle est dictée par la réalité économique : dans un marché ultra-concurrentiel, avec des marges réduites et une pression fiscale écrasante, le patron de PME n’a souvent que son temps comme variable d’ajustement.

    Le fossé culturel entre public et privé

    L’incompréhension de l’agent du fisc n’est pas anecdotique. Elle révèle un fossé culturel béant entre deux France qui ne se comprennent plus. D’un côté, une fonction publique où les 35 heures sont la norme, où les heures supplémentaires sont comptées et compensées. De l’autre, des entrepreneurs pour qui la notion même d’horaires fixes n’a aucun sens.

    Ce décalage n’est pas qu’une question de mentalité. Il a des conséquences très concrètes :

    • Les contrôles fiscaux qui considèrent comme suspect tout écart à la norme
    • Une réglementation du travail pensée pour le salariat et inadaptée à l’entrepreneuriat
    • Des charges sociales calculées sur des bases forfaitaires déconnectées de la réalité
    • Une incompréhension mutuelle qui alimente la défiance entre administration et entreprises

    Comment peut-on élaborer des politiques publiques pertinentes quand ceux qui les conçoivent n’ont aucune idée de la réalité qu’ils prétendent réguler ?

    L’hypocrisie du débat sur le temps de travail

    Pendant que les politiques débattent doctement du passage aux 32 heures ou du maintien des 35 heures, des milliers de patrons de PME continuent leurs semaines de 80 heures dans l’indifférence générale. Le paradoxe est saisissant : on légifère sur la réduction du temps de travail salarié tout en ignorant superbement ceux qui créent ces emplois.

    Plus ironique encore, ce sont souvent les mêmes qui prônent la réduction du temps de travail et qui s’offusquent du chômage de masse. Comme si la création d’emplois pouvait se faire sans l’investissement personnel démesuré de ceux qui prennent le risque d’entreprendre.

    J’exige, comme des milliers d’autres entrepreneurs, de pouvoir ouvrir nos entreprises 7 jours sur 7 si le marché le demande. Non pas pour exploiter qui que ce soit, mais pour répondre aux besoins de nos clients et offrir du travail à ceux qui le souhaitent. Car oui, il existe des salariés volontaires pour travailler le dimanche, notamment des étudiants ou des personnes cherchant un complément de revenu.

    Les vrais enjeux économiques

    Derrière cette question du temps de travail se cache un enjeu économique majeur. Dans une économie mondialisée, nos concurrents ne s’embarrassent pas de nos débats franco-français sur les 35 heures. Pendant qu’on ergote, les entrepreneurs allemands, américains ou asiatiques travaillent et conquièrent des parts de marché.

    La rigidité de notre réglementation du travail pénalise directement notre compétitivité :

    • Impossibilité d’adapter rapidement les horaires aux pics d’activité
    • Coûts prohibitifs des heures supplémentaires qui découragent la flexibilité
    • Complexité administrative qui absorbe un temps précieux
    • Risque juridique permanent pour tout écart à la norme

    Le résultat ? Des PME qui renoncent à des marchés faute de pouvoir s’adapter. Des emplois non créés. Une économie qui tourne au ralenti pendant que nos voisins accélèrent.

    Le cas spécifique du commerce et de l’artisanat

    Pour les artisans et commerçants, l’interdiction du travail dominical est particulièrement absurde. Dans de nombreux secteurs, le dimanche représente un pic d’activité potentiel. Les clients sont disponibles, ils ont envie de consommer, mais les boutiques sont fermées.

    Nos artisans volontaires pourraient parfaitement travailler 7 jours sur 7 s’il y avait un marché. Et ce marché existe ! Il suffit de voir les files d’attente devant les rares commerces autorisés à ouvrir le dimanche pour s’en convaincre.

    Repenser le modèle français

    Il est temps de sortir de cette schizophrénie française qui glorifie l’entrepreneuriat dans les discours tout en l’entravant dans les faits. Quelques pistes de réflexion :

    Reconnaître la spécificité entrepreneuriale. Un chef d’entreprise n’est pas un salarié. Son temps de travail ne peut pas être encadré de la même manière. Il faut adapter la fiscalité et les charges sociales à cette réalité.

    Libéraliser l’ouverture dominicale. Laissons les entreprises volontaires ouvrir 7 jours sur 7, avec des salariés volontaires et correctement rémunérés. Le marché régulera naturellement cette pratique.

    Simplifier drastiquement la réglementation. Chaque heure passée à remplir des formulaires est une heure perdue pour développer l’activité. La simplification administrative doit devenir une priorité absolue.

    Former les agents de l’administration. Comment peut-on contrôler efficacement ce qu’on ne comprend pas ? Des stages en entreprise pour les fonctionnaires seraient un début.

    L’entrepreneuriat, ce sacerdoce incompris

    Travailler 80 heures par semaine n’est pas une fierté, c’est une nécessité. C’est le prix à payer pour créer, développer et maintenir une entreprise dans le contexte français actuel. C’est accepter de sacrifier ses soirées, ses week-ends, parfois sa santé, pour un projet qui dépasse le simple enrichissement personnel.

    Car contrairement à ce que semble penser l’administration, la plupart des patrons de PME ne roulent pas sur l’or. Beaucoup gagnent moins que leurs salariés les mieux payés, surtout si on ramène leur rémunération au taux horaire. Mais ils continuent, portés par la passion d’entreprendre, la fierté de créer des emplois, l’envie de construire quelque chose qui leur survivra.

    Cette incompréhension administrative n’est pas qu’une anecdote amusante. Elle est le symptôme d’un mal plus profond : l’incapacité de notre système à comprendre et valoriser ceux qui prennent des risques pour créer de la richesse collective.

    Alors oui, je travaille 80 heures par semaine. Et je continuerai tant que ce sera nécessaire. Pas par masochisme, mais par nécessité économique et par passion entrepreneuriale. J’aimerais simplement que ceux qui nous gouvernent et nous contrôlent comprennent cette réalité. Est-ce vraiment trop demander ?

    Pour aller plus loin

    • « La France des petits patrons » de Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis – Une plongée dans la réalité des dirigeants de PME
    • Rapport du Conseil d’Analyse Économique sur le temps de travail (2013) – Pour comprendre les enjeux économiques
    • « L’entrepreneur et l’État » de Xavier Fontanet – Une réflexion sur les relations complexes entre entrepreneuriat et administration
    • Observatoire CGPME de l’emploi dans les PME – Des données concrètes sur la réalité des petites entreprises

    Sources et références

    • INSEE, Enquête Emploi du temps 2009-2010, « Le temps de travail des indépendants »
    • Rapport de la Commission Bailly sur l’ouverture dominicale des commerces (2013)
    • Étude CGPME « Les patrons de PME face au temps de travail » (2012)
    • Données Eurostat sur le temps de travail comparé en Europe (2013)

    Photo : Vitaly Gariev / Unsplash

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  • Ouvrir 7 jours sur 7 : le cri du cœur des entrepreneurs face aux rigidités françaises
    Ouvrir 7 jours sur 7 : le cri du cœur des entrepreneurs face aux rigidités françaises
    Face à une concurrence mondialisée et des consommateurs qui veulent tout, tout de suite, les entrepreneurs français se heurtent à un cadre légal rigide qui les empêche d’ouvrir quand leurs clients le demandent. Un paradoxe économique qui révèle les tensions profondes entre protection sociale et compétitivité.

    « Nous exigeons de pouvoir ouvrir nos entreprises 7 jours sur 7! » Ce cri du cœur, je l’ai poussé ce dimanche matin. Pas par provocation, mais par exaspération. Exaspération de voir mes concurrents étrangers rafler des marchés pendant que nous, entrepreneurs français, sommes ligotés par des règles d’un autre temps.

    Le sujet dépasse largement la simple question des heures supplémentaires ou du travail dominical. C’est toute une vision de l’entreprise et du travail qui est en jeu. D’un côté, des entrepreneurs qui veulent servir leurs clients et créer de l’emploi. De l’autre, un système qui nous en empêche au nom de principes certes louables, mais totalement déconnectés des réalités économiques de 2013.

    Le paradoxe français : protéger les salariés en tuant l’emploi

    Commençons par poser les faits. En France, le Code du travail limite strictement l’ouverture dominicale des commerces. Seuls certains secteurs y ont droit : alimentaire jusqu’à 13h, zones touristiques, services d’urgence… Pour les autres? C’est la croix et la bannière. Des dérogations au compte-gouttes, des procédures administratives kafkaïennes, et surtout, une suspicion permanente.

    Pendant ce temps, nos voisins européens avancent. En Allemagne, les Länder décident librement. Au Royaume-Uni, le Sunday Trading Act permet une large ouverture. Même l’Espagne, pourtant pas réputée pour son libéralisme économique, autorise 90 heures d’ouverture hebdomadaire dans certaines zones.

    Résultat? Les consommateurs français traversent les frontières pour faire leurs achats le dimanche. Les touristes étrangers s’étonnent de trouver portes closes dans la « capitale mondiale du shopping ». Et nous, entrepreneurs, regardons passer les opportunités.

    Le plus ironique? Cette protection censée préserver l’emploi aboutit exactement à l’inverse. Combien de jeunes seraient ravis de travailler le dimanche pour financer leurs études? Combien de salariés apprécieraient ces heures supplémentaires pour boucler leurs fins de mois? Mais non, au nom du « repos dominical », on préfère les maintenir dans la précarité.

    La défiscalisation des heures supplémentaires : une fausse bonne idée?

    François Hollande l’avait promis pendant sa campagne : remettre en cause la défiscalisation des heures supplémentaires mise en place par Nicolas Sarkozy. Un an et demi après son élection, le dispositif est toujours en sursis. Les syndicats poussent pour sa suppression totale, arguant qu’il favorise les heures sup’ au détriment de l’embauche. Le patronat, lui, défend bec et ongles ce qui reste l’un des rares leviers de flexibilité.

    Mais posons-nous la vraie question : pourquoi avons-nous besoin de défiscaliser les heures supplémentaires? Parce que le coût du travail en France est prohibitif! Entre charges patronales, charges salariales, CSG, CRDS et j’en passe, une heure supplémentaire coûte une fortune à l’entreprise pour un gain net dérisoire pour le salarié.

    La défiscalisation n’est qu’un pansement sur une jambe de bois. Ce qu’il faudrait, c’est repenser complètement notre modèle. Baisser massivement les charges sur le travail. Simplifier le mille-feuille réglementaire. Faire confiance aux entreprises et aux salariés pour s’organiser.

    Au lieu de ça, on chipote sur quelques euros de défiscalisation pendant que nos entreprises perdent en compétitivité. C’est l’arbre qui cache la forêt de nos rigidités structurelles.

    Le volontariat : ce concept révolutionnaire qui effraie

    J’ai employé sciemment le mot « volontaires » dans mes interpellations aux ministres. Volontaires! Pas « forcés », pas « exploités », mais volontaires. Des salariés qui VEULENT travailler plus pour gagner plus. Des entrepreneurs qui VEULENT servir leurs clients quand ceux-ci sont disponibles.

    Mais voilà, en France, le volontariat est suspect. On préfère croire que tout patron est un exploiteur en puissance et tout salarié une victime potentielle. Cette vision manichéenne empoisonne le dialogue social et paralyse toute réforme.

    Prenons l’exemple concret d’un restaurant. Le dimanche, les familles sortent, les touristes visitent, la demande explose. Mais impossible d’ouvrir sans se heurter à mille contraintes. Résultat? Le restaurateur perd du chiffre d’affaires, les serveurs perdent des pourboires, les clients vont ailleurs. Qui y gagne?

    Même chose pour les commerces. Un magasin de bricolage fermé le dimanche, c’est absurde! C’est justement le jour où les gens ont le temps de faire leurs travaux. Mais non, il faut protéger les salariés… contre leur propre volonté de travailler!

    La réalité du terrain contre l’idéologie

    Ce qui me frappe dans ce débat, c’est le décalage abyssal entre les décideurs et le terrain. À Paris, dans les ministères, on théorise sur le « vivre ensemble » et la « qualité de vie ». Sur le terrain, les artisans et les PME se battent pour survivre.

    Un plombier qui ne peut pas intervenir le dimanche, c’est un client qui appelle un concurrent moins regardant sur la réglementation. Un commerce fermé quand les clients sont disponibles, c’est du chiffre d’affaires qui part sur Internet ou à l’étranger.

    La digitalisation accélère encore ce phénomène. Amazon livre 7 jours sur 7. Les sites étrangers sont accessibles 24h/24. Pendant qu’on ergote sur le repos dominical, le commerce en ligne grignote inexorablement les parts de marché du commerce physique.

    Et que dire de la concurrence déloyale? Les grandes surfaces contournent allègrement la réglementation avec des concepts de « dépannage » ou des implantations en zones dérogatoires. Les petits commerces, eux, n’ont pas les moyens de jouer avec les règles. Deux poids, deux mesures.

    Vers une révolution copernicienne?

    Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas de rustines comme la défiscalisation des heures supplémentaires. C’est d’une révolution copernicienne de notre rapport au travail et à l’entreprise.

    Premier principe : faire confiance. Confiance aux entrepreneurs pour organiser leur activité. Confiance aux salariés pour négocier leurs conditions de travail. L’État doit fixer un cadre minimal, pas régenter chaque minute de nos vies professionnelles.

    Deuxième principe : la flexibilité. Le monde a changé. Les frontières sont abolies, la concurrence est mondiale, les consommateurs sont exigeants. Nos règles doivent s’adapter, pas l’inverse.

    Troisième principe : la responsabilité. Oui aux droits, mais aussi aux devoirs. Un salarié volontaire pour travailler le dimanche doit pouvoir le faire. Un entrepreneur qui abuse doit être sanctionné. Simple, non?

    Mais pour cela, il faudrait que nos dirigeants sortent de leur tour d’ivoire. Qu’ils écoutent vraiment les entrepreneurs, pas seulement les grandes fédérations patronales déconnectées du terrain. Qu’ils comprennent que derrière chaque règle absurde, il y a des emplois perdus et des opportunités manquées.

    L’urgence d’agir

    Le temps presse. Chaque jour qui passe creuse l’écart avec nos concurrents. Chaque règle maintenue par idéologie affaiblit notre tissu économique. Chaque entrepreneur découragé, c’est des emplois en moins et de la richesse qui s’évapore.

    Les ministres que j’ai interpellés – Cazeneuve, Hamon, Montebourg – connaissent ces enjeux. Mais sont-ils prêts à affronter les conservatismes? À bousculer les corporatismes? À prendre le risque politique de réformes impopulaires à court terme mais vitales à long terme?

    J’en doute. Le courage politique est une denrée rare en France. On préfère les effets d’annonce aux réformes de fond. Les symboles aux résultats. Les postures aux solutions.

    Pourtant, il suffirait de peu. Autoriser l’ouverture dominicale sur la base du volontariat. Simplifier drastiquement le Code du travail. Baisser massivement les charges. Faire confiance aux acteurs économiques. Bref, libérer les énergies au lieu de les brider.

    Est-ce trop demander? Dans la France de 2013, manifestement oui. Mais jusqu’à quand pourrons-nous maintenir ce modèle à bout de souffle? Jusqu’à quand nos entreprises accepteront-elles ce carcan? Jusqu’à quand nos jeunes tolèreront-ils d’être privés d’opportunités au nom de principes d’un autre âge?

    La balle est dans le camp du gouvernement. Nous, entrepreneurs, avons fait notre part : nous avons alerté, proposé, demandé. Si rien ne bouge, nous saurons nous souvenir de qui porte la responsabilité du déclin économique français. Et nous agirons en conséquence, que ce soit dans les urnes ou… avec nos pieds.

    Pour aller plus loin

    • « Le travail du dimanche en Europe » – Étude comparative du Centre d’analyse stratégique (2009)
    • « La défiscalisation des heures supplémentaires : bilan et perspectives » – Rapport de la Cour des comptes (2012)
    • « Libérer la croissance française » – Rapport de la Commission Attali (2008)
    • « Le coût du travail en France » – Note de l’Institut Montaigne (2013)
    • « Commerce et distribution : l’urgence de la modernisation » – Étude de la CCI Paris (2013)

    Sources et références

    • Code du travail français – Articles L3132-1 et suivants sur le repos dominical
    • Loi TEPA du 21 août 2007 sur la défiscalisation des heures supplémentaires
    • Données INSEE sur l’emploi et le temps de travail (2013)
    • Eurostat – Comparaisons européennes du temps de travail (2012)
    • Rapport Bailly sur le travail dominical (2013)

    Photo : the blowup / Unsplash

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  • La démocratie française à la croisée des chemins : entre tyrannie douce et renouveau politique
    La démocratie française à la croisée des chemins : entre tyrannie douce et renouveau politique
    La démocratie française traverse une crise profonde où la tentation de l’autojustice côtoie l’acceptation résignée d’une forme de tyrannie modérée. Entre désillusion démocratique et émergence de nouvelles propositions politiques, notre République cherche un second souffle.

    Je regarde notre démocratie se débattre dans ses contradictions et je ne peux m’empêcher d’y voir les symptômes d’une maladie plus profonde. Nous sommes en septembre 2013, et la France politique ressemble à un navire sans capitaine, où chacun rame dans sa direction en prétendant sauver le bateau.

    Gilbert Collard a récemment évoqué cette notion troublante d’ »échelle tyranique », suggérant qu’un tyran modéré vaudrait mieux que des tyrans plus brutaux. Cette réflexion, aussi provocatrice soit-elle, touche un point sensible : sommes-nous en train d’accepter l’inacceptable par peur du pire ?

    La tentation de la tyrannie modérée

    Voilà où nous en sommes : à débattre des degrés acceptables de tyrannie plutôt que de défendre la liberté. Cette résignation progressive face à l’autoritarisme soft révèle l’épuisement démocratique qui frappe notre pays.

    Depuis l’élection de François Hollande en mai 2012, le désenchantement n’a fait que croître. Les promesses de changement se sont heurtées à la réalité du pouvoir, et les citoyens oscillent entre colère et résignation. Le taux d’abstention aux dernières élections municipales partielles dépasse régulièrement les 60%, signe d’un divorce consommé entre le peuple et ses représentants.

    Ce que certains appellent pudiquement une « démocratie apaisée » ressemble de plus en plus à une dictature douce où l’on gouverne par la communication plutôt que par l’action. Les décisions importantes se prennent dans des cercles fermés, loin du débat public, pendant qu’on amuse la galerie avec des polémiques secondaires.

    L’acceptation de cette situation par une partie croissante de la population est le véritable danger. Quand on commence à trouver acceptable qu’un pouvoir soit « modérément tyrannique », on a déjà perdu une bataille essentielle : celle des principes républicains.

    La dérive vers l’autojustice : un symptôme républicain alarmant

    Plus inquiétant encore, je constate que la population glisse lentement vers un sentiment d’acceptation de l’autojustice. C’est l’un des pires scénarios républicains qui puisse se produire.

    Les affaires récentes de lynchages populaires dans certains quartiers, les appels à la justice expéditive sur les réseaux sociaux, les mouvements de « citoyens vigilants » qui se multiplient : tout cela témoigne d’une perte de confiance absolue dans les institutions judiciaires.

    Quand les citoyens n’ont plus confiance dans la justice de leur pays, quand ils estiment que les tribunaux sont soit trop laxistes, soit trop corrompus, soit trop lents, ils cherchent d’autres voies. Et ces voies mènent invariablement au chaos.

    L’histoire nous l’enseigne : les périodes où l’autojustice prévaut sont toujours des périodes sombres. La Révolution française elle-même, malgré ses idéaux nobles, a sombré dans la Terreur quand la justice populaire a remplacé la justice institutionnelle.

    Les signes avant-coureurs

    • Multiplication des patrouilles citoyennes dans les quartiers
    • Appels récurrents au rétablissement de la peine de mort sur les forums
    • Glorification médiatique des « justiciers » autoproclamés
    • Défiance record envers la magistrature (moins de 40% de confiance selon les derniers sondages)

    La démocratie véritable : un horizon qui s’éloigne ?

    Face à ce constat, certains m’interpellent : « Soyons démocrates ! » Chiche, leur dis-je. Mais alors allons au bout et créons les conditions d’une démocratie véritable, et non cette dictature douce qui se pare des atours de la République !

    Une démocratie véritable suppose plusieurs conditions fondamentales que nous avons progressivement abandonnées :

    La transparence réelle du pouvoir. Aujourd’hui, les décisions importantes se prennent dans l’opacité la plus totale. Les lobbies dictent les lois, les intérêts privés phagocytent l’intérêt général, et le citoyen n’est consulté que pour valider des choix déjà faits.

    L’éducation politique des citoyens. On ne peut avoir de démocratie sans citoyens éclairés. Or, l’éducation civique a disparu des programmes, remplacée par un vague « vivre ensemble » qui n’apprend rien des mécanismes du pouvoir.

    La responsabilité des élus. Quand un élu peut mentir, trahir ses promesses, détourner l’argent public sans jamais rendre de comptes, la démocratie n’est plus qu’une façade.

    La liberté d’expression réelle. Entre politiquement correct et lois liberticides, l’espace du débat public se rétrécit comme peau de chagrin. On ne peut plus rien dire sans risquer le procès ou l’ostracisme social.

    L’émergence de nouvelles propositions politiques

    Dans ce contexte morose, je note avec intérêt l’émergence de ce que certains appellent la « Nouvelle Politique ». Le Front National, sous l’impulsion de Marine Le Pen, propose un concept démocratique audacieux, un changement de paradigme complet.

    Qu’on soit d’accord ou non avec leurs idées, force est de constater qu’ils posent les bonnes questions : souveraineté nationale, démocratie directe, référendum d’initiative populaire, limitation des mandats, révocabilité des élus… Autant de propositions qui visent à redonner le pouvoir au peuple.

    D’autres mouvements émergent également, à gauche comme à droite, porteurs de propositions de refondation démocratique. Le Mouvement Démocrate de Bayrou, malgré ses déboires électoraux, continue de porter l’idée d’une VIe République. À gauche, le Front de Gauche de Mélenchon propose une Constituante.

    Les propositions qui émergent

    • Référendum d’initiative citoyenne
    • Révocabilité des élus en cours de mandat
    • Limitation stricte du cumul des mandats
    • Transparence totale des revenus et patrimoines des élus
    • Tirage au sort pour certaines fonctions

    Ces propositions, qu’elles viennent du FN, du MoDem ou du Front de Gauche, témoignent d’une même aspiration : en finir avec la confiscation du pouvoir par une caste politique déconnectée du réel.

    La politique de conviction : notre dernière chance ?

    Au final, je reste persuadé que la politique est toujours plus forte que tout dès lors qu’elle est mise en œuvre par des hommes et des femmes de conviction. C’est ce qui manque cruellement aujourd’hui : des politiques qui croient vraiment en ce qu’ils disent et font.

    Nous avons trop de gestionnaires et pas assez de visionnaires. Trop de communicants et pas assez de bâtisseurs. Trop de carriéristes et pas assez de serviteurs de l’État.

    La conviction politique n’est pas l’extrémisme. C’est la capacité à porter une vision, à la défendre contre vents et marées, à accepter l’impopularité temporaire pour le bien commun à long terme. De Gaulle en 1940, Mendès France en 1954, même Mitterrand en 1981 : tous ont incarné cette politique de conviction qui transforme les sociétés.

    Aujourd’hui, où sont ces femmes et ces hommes de conviction ? Se cachent-ils dans l’ombre, attendant leur heure ? Ou notre système politique les a-t-il définitivement broyés, ne laissant la place qu’aux médiocres et aux opportunistes ?

    Conclusion : l’urgence d’un sursaut républicain

    Nous sommes à la croisée des chemins. D’un côté, la pente douce vers une tyrannie molle acceptée par résignation. De l’autre, le chaos de l’autojustice et de la violence sociale. Entre les deux, un chemin étroit mais vital : celui de la refondation démocratique.

    Cette refondation ne viendra pas d’en haut. Elle ne viendra pas non plus de la rue et de la violence. Elle viendra d’un sursaut citoyen, d’une prise de conscience collective que nous méritons mieux que cette démocratie dévitalisée.

    Il nous faut retrouver le goût du débat, le courage de la confrontation d’idées, la passion de la chose publique. Il nous faut exiger de nos élus qu’ils rendent des comptes, de nos institutions qu’elles servent le peuple, de nous-mêmes que nous soyons des citoyens dignes de ce nom.

    La France a connu des heures plus sombres et s’en est toujours relevée. Mais elle ne s’en est jamais relevée par la résignation ou la violence. Elle s’en est relevée par la politique, la vraie, celle qui transforme les colères en projets et les espoirs en réalités.

    C’est ce défi qui nous attend. À nous de le relever.

    Pour aller plus loin

    • « La France en miettes » de Benjamin Stora et Thierry Fabre (2012) – Une analyse de la fragmentation de la société française
    • « Le Coup d’État permanent » de François Mitterrand (1964) – Pour comprendre les dérives du pouvoir présidentiel
    • « Qu’est-ce que la démocratie ? » de Alain Touraine (1994) – Une réflexion fondamentale sur les conditions de la démocratie
    • « La Nouvelle Question française » de Laurent Bouvet (2011) – Sur les mutations de l’identité républicaine

    Sources et références

    • Sondage IFOP sur la confiance dans la justice (juillet 2013)
    • Rapport du Ministère de l’Intérieur sur l’abstention électorale (2013)
    • Étude du CEVIPOF sur le désenchantement démocratique (2012)
    • Baromètre de la confiance politique – Sciences Po (janvier 2013)

    Photo : Marco Oriolesi / Unsplash

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  • Ultra-libéralisme : quand le libéralisme perd la raison
    Ultra-libéralisme : quand le libéralisme perd la raison
    Le libéralisme économique porte en lui les germes de sa propre perversion. Quand les principes de liberté économique s’affranchissent de toute régulation, ils deviennent destructeurs : c’est l’ultra-libéralisme, cette boîte de Pandore ouverte qui menace nos sociétés.

    Vous me connaissez, je ne suis pas du genre à mâcher mes mots. Aujourd’hui, parlons d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur : la dérive du libéralisme vers ce que j’appelle l’ultra-libéralisme. Oui, je sais, certains vont me dire que ce terme n’existe pas, qu’il s’agit d’une invention de la gauche pour discréditer le libéralisme. Permettez-moi de vous démontrer le contraire.

    Le libéralisme : une idée noble dévoyée

    Commençons par le commencement. Le libéralisme économique, dans sa conception originelle, c’est quoi ? C’est l’idée que la liberté d’entreprendre, la concurrence et le marché sont les meilleurs moyens d’organiser l’économie. Adam Smith, au XVIIIe siècle, parlait de la « main invisible » du marché qui guide l’intérêt individuel vers l’intérêt collectif. Belle théorie.

    En France, nous avons une tradition libérale qui remonte à Turgot et aux physiocrates. Le libéralisme, c’est aussi l’héritage des Lumières : la liberté individuelle, la propriété privée, l’État de droit. Des valeurs que je partage, d’ailleurs. Entrepreneur depuis plus de vingt ans, je sais ce que c’est que de créer, d’innover, de prendre des risques.

    Mais voilà, entre la théorie et la pratique, il y a un monde. Et ce monde, aujourd’hui, ressemble de plus en plus à un champ de bataille où les plus forts écrasent les plus faibles sans aucune régulation.

    Ma définition de l’ultra-libéralisme

    Alors oui, je le dis haut et fort : l’ultra-libéralisme existe. Et ma définition est simple : c’est le « mauvais libéralisme ». Plus précisément, c’est un libéralisme hors de contrôle, destructeur, qui a perdu toute mesure et toute raison.

    Imaginez un moteur de voiture. Le libéralisme, c’est le moteur qui fait avancer l’économie. L’ultra-libéralisme, c’est quand vous appuyez à fond sur l’accélérateur, que vous coupez les freins et que vous foncez droit dans le mur. C’est la boîte de Pandore du libéralisme, ouverte en grand.

    Concrètement, l’ultra-libéralisme se manifeste par :

    • La dérégulation totale des marchés financiers qui conduit aux crises à répétition
    • La course au moins-disant social et fiscal entre les pays
    • La privatisation de services publics essentiels sans garde-fous
    • L’accumulation sans limite de richesses par une minorité
    • La destruction de l’environnement au nom du profit à court terme

    Les ravages de l’extrémisme économique

    Regardons les faits. La crise de 2008, dont nous subissons encore les conséquences cinq ans après, n’est-elle pas le fruit de cet ultra-libéralisme débridé ? Les banques ont joué au casino avec l’argent des épargnants, les agences de notation ont fermé les yeux, les régulateurs ont abdiqué. Résultat : des millions de chômeurs, des États surendettés, une récession mondiale.

    En Europe, que voyons-nous ? La Grèce saignée à blanc par les plans d’austérité. L’Espagne avec 26% de chômage. Le Portugal, l’Irlande, l’Italie qui vacillent. Et partout, la même recette : privatisations, coupes budgétaires, flexibilisation du marché du travail. L’ultra-libéralisme en action.

    Chez nous, en France, les délocalisations s’accélèrent. Des usines ferment pour rouvrir en Roumanie ou en Chine. Normal, me direz-vous, c’est la concurrence. Mais quelle concurrence ? Celle où un ouvrier chinois travaille 12 heures par jour pour 200 euros par mois ? Celle où les entreprises peuvent jouer les paradis fiscaux les uns contre les autres ?

    Libéralisme versus ultra-libéralisme : une question de mesure

    Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Je ne suis pas contre le libéralisme. Le libéralisme est un terme mélioratif quand on le compare à l’ultra-libéralisme, qui est péjoratif. Les deux ne sont pas opposés : l’un est la dérive de l’autre.

    Le libéralisme bien compris, c’est :

    • La liberté d’entreprendre dans un cadre régulé
    • La concurrence loyale et non faussée
    • La protection de la propriété privée ET de l’intérêt général
    • L’innovation au service du progrès humain
    • Un État qui joue son rôle d’arbitre et de stratège

    L’ultra-libéralisme, c’est quand ces principes sont poussés à l’extrême, sans garde-fous, sans limites, sans considération pour les conséquences humaines et sociales.

    Les signes qui ne trompent pas

    Comment reconnaître l’ultra-libéralisme ? Voici quelques symptômes qui devraient vous alerter :

    La financiarisation de l’économie

    Quand la finance représente une part croissante du PIB, quand les entreprises gagnent plus d’argent avec leurs placements qu’avec leur activité principale, quand les traders sont mieux payés que les ingénieurs, on a un problème. En 2013, le secteur financier représente près de 5% du PIB français, contre 2,5% il y a trente ans.

    Les inégalités explosent

    Les chiffres sont têtus. Selon l’INSEE, les 10% les plus riches possèdent 50% du patrimoine total en France. Les 1% les plus riches en détiennent 20%. Cette concentration de richesses n’a cessé de s’accentuer depuis les années 1980. Est-ce cela, la « main invisible » du marché ?

    La précarisation généralisée

    CDD, intérim, auto-entrepreneuriat forcé… La flexibilité tant vantée se traduit par une précarité croissante. Un jeune sur quatre est au chômage. Ceux qui travaillent enchaînent les contrats courts. L’ultra-libéralisme a transformé le travail en variable d’ajustement.

    Pourquoi je préfère parler d’extrême-libéralisme

    Souvent, je remplace ultra-libéral par extrême-libéral. Pourquoi ? Parce que cela traduit mieux la radicalité de cette dérive. L’extrémisme, qu’il soit politique ou économique, c’est toujours la négation de la mesure, du compromis, de l’équilibre.

    L’extrême-libéralisme, c’est l’idéologie qui considère que tout doit être soumis aux lois du marché : la santé, l’éducation, la culture, l’environnement. C’est Margaret Thatcher qui déclarait « There is no alternative ». C’est Reagan qui affirmait « Government is the problem ».

    Cette idéologie a ses grands prêtres : les économistes de l’École de Chicago, Milton Friedman en tête. Ses laboratoires : le Chili de Pinochet, la Russie d’Eltsine. Ses résultats : des sociétés fracturées, des économies instables, des démocraties affaiblies.

    L’Europe face au défi ultra-libéral

    L’Union européenne est aujourd’hui le terrain de jeu favori de l’ultra-libéralisme. La Commission européenne, sous l’influence des lobbies, pousse à toujours plus de dérégulation. La directive Bolkestein voulait mettre en concurrence les travailleurs européens. Le pacte budgétaire impose l’austérité partout.

    Regardez ce qui se passe avec la BCE. Son seul mandat : lutter contre l’inflation. Pas un mot sur l’emploi, la croissance, le bien-être des citoyens. Pendant ce temps, la Fed américaine a un double mandat qui inclut le plein emploi. Cherchez l’erreur.

    Les traités européens ont gravé dans le marbre les principes de l’ultra-libéralisme : concurrence libre et non faussée, interdiction des aides d’État, liberté totale de circulation des capitaux. Résultat : les États sont pieds et poings liés face aux marchés financiers.

    Vers un libéralisme responsable ?

    Alors, que faire ? Faut-il jeter le bébé libéral avec l’eau du bain ultra-libéral ? Non, évidemment. Ce qu’il faut, c’est retrouver un libéralisme de raison, un libéralisme tempéré, un libéralisme responsable.

    Cela passe par :

    • Une régulation forte du secteur financier
    • Une lutte déterminée contre les paradis fiscaux
    • Une protection des services publics essentiels
    • Une politique industrielle ambitieuse
    • Un rééquilibrage du partage des richesses

    Certains pays montrent la voie. L’Allemagne avec son modèle de cogestion. Les pays scandinaves avec leur flexisécurité. Même les États-Unis commencent à s’interroger sur les excès de Wall Street.

    En France, nous avons des atouts : un État fort, des services publics de qualité, un modèle social qui, malgré ses défauts, protège les plus faibles. Ne les bradons pas au nom d’un ultra-libéralisme destructeur.

    Le vrai libéralisme, c’est celui qui permet à chacun de développer ses talents, de créer, d’innover, dans un cadre qui garantit l’égalité des chances et la cohésion sociale. L’ultra-libéralisme, c’est la loi de la jungle économique où seuls les plus forts survivent.

    Vous savez quoi ? Je crois profondément à la liberté d’entreprendre. Mais une liberté sans limites devient tyrannie. C’est la leçon que nous devons retenir de ces années de crise. L’ultra-libéralisme n’est pas la solution, c’est le problème.

    Alors oui, continuons à débattre, à nous opposer sur les moyens, mais reconnaissons au moins ceci : quand le libéralisme devient extrême, quand il perd toute mesure, quand il détruit plus qu’il ne construit, il change de nature. Il devient ultra-libéralisme. Et ça, ce n’est bon pour personne.

    Pour aller plus loin

    • « La Grande Transformation » de Karl Polanyi (1944) – Une analyse prophétique des dangers du marché autorégulateur
    • « Le Prix de l’inégalité » de Joseph Stiglitz (2012) – Le prix Nobel d’économie démonte les mythes de l’ultra-libéralisme
    • « Cette crise qui n’en finit pas » de Frédéric Lordon (2013) – Une analyse sans concession de la crise financière
    • Les travaux de Thomas Piketty sur les inégalités – Des données chiffrées sur la concentration des richesses
    • Le site des Économistes Atterrés – Pour une autre vision de l’économie

    Sources et références

    • INSEE – Enquête Patrimoine 2010 sur la répartition des richesses en France
    • Eurostat – Données sur le chômage dans l’Union européenne (septembre 2013)
    • Banque de France – Part du secteur financier dans le PIB français
    • OCDE – Rapport « Toujours plus d’inégalité » (2011)
    • Commission européenne – Traités et directives sur la concurrence

    Photo : Arturo Añez / Unsplash

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