Catégorie : POLITIQUE

  • L’exode silencieux des entrepreneurs français : quand le talent fuit sans manifester
    L’exode silencieux des entrepreneurs français : quand le talent fuit sans manifester
    Les entrepreneurs français ne manifestent plus, ils votent avec leurs pieds. Face à la politique fiscale du nouveau gouvernement, l’exode des créateurs d’entreprise s’accélère dans un silence assourdissant. Un phénomène qui pourrait coûter très cher à l’économie française.

    Vous savez ce qui me frappe le plus dans la France d’octobre 2012 ? Ce n’est pas le matraquage fiscal annoncé. Ce n’est pas la diabolisation systématique de ceux qui créent de la richesse. Non, c’est le silence. Le silence assourdissant des entrepreneurs qui, un à un, plient bagage sans faire de bruit.

    Je viens de passer deux semaines à Londres et à Genève. À chaque fois, le même constat : des dizaines d’entrepreneurs français fraîchement débarqués, le regard à la fois soulagé et amer. Ils ne manifestent pas. Ils ne signent pas de pétitions. Ils partent, c’est tout.

    Le syndrome #geonpi : quand les entrepreneurs votent avec leurs pieds

    Le hashtag #geonpi (« Gens Entrepreneurs Oubliés Non Pris en considération par l’Intelligentsia ») fait fureur sur Twitter ces derniers jours. Il cristallise le sentiment d’abandon d’une génération d’entrepreneurs face à un gouvernement qui semble considérer la réussite économique comme suspecte par nature.

    Contrairement aux agriculteurs qui bloquent les routes ou aux syndicats qui défilent dans les rues, les entrepreneurs ont choisi une forme de protestation bien plus radicale : l’exil fiscal et entrepreneurial. Pas de banderoles, pas de slogans. Juste des valises et un billet d’avion.

    Les chiffres commencent à donner le vertige. Selon les estimations officieuses (car évidemment, Bercy se garde bien de communiquer là-dessus), le nombre de départs d’entrepreneurs français aurait doublé depuis mai 2012. Les destinations privilégiées ? Londres, Genève, Bruxelles, mais aussi Singapour et les États-Unis pour les plus ambitieux.

    La goutte d’eau fiscale qui fait déborder le vase entrepreneurial

    Le projet de budget 2013 présenté fin septembre a sonné comme un tocsin pour beaucoup. Taxe à 75% sur les hauts revenus, plafonnement du quotient familial, hausse de l’ISF, taxation accrue des plus-values… La liste est longue et douloureuse.

    Mais au-delà des chiffres, c’est le discours ambiant qui fait mal. Quand un ministre du Budget comme Jérôme Cahuzac semble considérer que les entrepreneurs sont des vaches à lait corvéables à merci, comment s’étonner qu’ils cherchent des pâturages plus cléments ?

    Un ami entrepreneur me confiait la semaine dernière : « Je ne suis pas parti pour payer moins d’impôts. Je suis parti parce qu’en France, on me fait sentir que je suis un salaud de gagner de l’argent en créant des emplois. »

    Les signaux d’alarme ignorés

    Depuis des mois, les signaux s’accumulent pourtant :

    • Les incubateurs parisiens voient leurs meilleurs éléments partir à Londres ou Berlin
    • Les business angels français investissent de plus en plus à l’étranger
    • Les jeunes diplômés des grandes écoles créent directement leur startup hors de France
    • Les success stories françaises (Criteo, Dailymotion, PriceMinister) installent leur siège social ailleurs

    Mais visiblement, rue de Bercy, on préfère compter les recettes fiscales à court terme plutôt que s’inquiéter de l’hémorragie de talents à long terme.

    Le piège de l’idéologie : quand la France tue sa poule aux œufs d’or

    Ce qui se joue actuellement, c’est bien plus qu’une simple optimisation fiscale. C’est une rupture profonde entre la France et ses forces vives entrepreneuriales. Une rupture qui risque de coûter très cher.

    Car contrairement à ce que semblent croire nos dirigeants, les entrepreneurs ne sont pas des rentiers parasites. Ce sont eux qui créent les emplois de demain, qui innovent, qui prennent des risques. Les faire fuir, c’est hypothéquer l’avenir économique du pays.

    L’effet domino entrepreneurial

    Le plus inquiétant, c’est l’effet d’entraînement. Quand un entrepreneur part, il emmène souvent avec lui :

    • Ses meilleurs collaborateurs
    • Son réseau de fournisseurs
    • Ses projets de développement
    • Les emplois qu’il aurait créés
    • Les impôts qu’il aurait payés (et oui, même taxés « normalement », les entrepreneurs paient des impôts !)

    C’est tout un écosystème qui se délite, pierre par pierre.

    Le réveil sera douloureux

    Je suis convaincu que nos gouvernants actuels sont sincèrement persuadés que les entrepreneurs français ne partiront pas vraiment. Qu’ils bluffent. Qu’au final, l’attachement à la France l’emportera sur les considérations économiques.

    Quelle naïveté ! Les entrepreneurs d’aujourd’hui sont nés avec l’Europe, ont grandi avec Internet, travaillent avec le monde entier. Pour eux, s’installer à Londres ou à Genève n’est pas plus compliqué que de déménager de Paris à Lyon.

    Le réveil va être brutal. D’ici quelques mois, quand les recettes fiscales s’effondreront faute de contributeurs, quand le chômage explosera faute de créateurs d’emplois, quand l’innovation française sera définitivement délocalisée… il sera trop tard pour pleurer.

    Les premiers signes du désastre

    Les indicateurs avancés sont déjà au rouge :

    • Les créations d’entreprises innovantes chutent depuis juin
    • Les levées de fonds se raréfient
    • Les projets d’embauche sont gelés
    • Les investissements sont reportés ou annulés

    Mais qui s’en soucie ? Certainement pas ceux qui pensent qu’on peut relancer l’économie en embauchant des fonctionnaires et en taxant ceux qui créent de la richesse.

    Changer de cap avant le naufrage

    Il est encore temps d’éviter le pire. Mais cela suppose un changement radical de perspective. Arrêter de considérer les entrepreneurs comme des ennemis de classe. Comprendre que leur réussite est notre réussite collective. Créer un environnement fiscal et réglementaire qui encourage la prise de risque plutôt que de la punir.

    Bref, il faudrait une révolution culturelle. Or, avec le gouvernement actuel, on en prend exactement le chemin inverse. La fuite des cerveaux et des entrepreneurs ne fait que commencer.

    Vous savez quoi ? En écrivant ces lignes, je réalise que moi aussi, pour la première fois de ma vie, je commence à regarder ailleurs. Pas par cupidité. Par lassitude. Lassitude de me battre dans un pays qui semble ne plus vouloir de ses entrepreneurs.

    Alors oui, il est urgent de changer de gouvernement, et de président. Avant qu’il ne soit définitivement trop tard. Avant que la France ne devienne un musée économique, belle mais stérile, vivant de ses souvenirs de grandeur passée pendant que le monde avance sans elle.

    Les entrepreneurs français ne manifesteront pas. Ils partiront. En silence. Et leur absence fera plus de bruit que toutes les manifestations du monde.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    • Données sur les créations d’entreprises : INSEE, octobre 2012
    • Estimations des départs d’entrepreneurs : compilation de sources bancaires privées
    • Projet de loi de finances 2013 : documents officiels du gouvernement
    • Témoignages d’entrepreneurs : entretiens directs, octobre 2012

    Photo : Xuewen Qing / Unsplash

  • France : la spirale infernale d’un pays qui se saborde
    France : la spirale infernale d’un pays qui se saborde
    La France accumule les décisions économiques contre-productives : hausse du plafond du Livret A qui assèche l’économie réelle, suppression des exonérations sur les heures supplémentaires et rigidité du marché du travail. Résultat : le chômage explose et les entreprises suffoquent.

    Trois millions de chômeurs officiels. Voilà où nous en sommes en septembre 2012. Et franchement, ce n’est qu’un début. À ce rythme, je parie sur 3,5 millions d’ici 2014. Pourquoi ? Parce que nos dirigeants accumulent les décisions économiques aberrantes avec une constance qui forcerait presque l’admiration si elle n’était pas si tragique.

    Prenez le relèvement du plafond du Livret A. Une mesure présentée comme sociale, populaire même. En réalité ? Une bombe à retardement pour notre économie. Je vais vous expliquer pourquoi cette décision, comme tant d’autres, révèle l’incompréhension profonde de nos élites face aux mécanismes économiques de base.

    Le Livret A : quand l’épargne devient un piège mortel pour l’économie

    Le gouvernement vient d’augmenter le plafond du Livret A. Bravo. Vraiment, bravo. Vous savez ce que cela signifie concrètement ? Que des milliards d’euros supplémentaires vont être soustraits à l’économie réelle pour dormir tranquillement sur des comptes défiscalisés.

    Comprenons-nous bien : le Livret A, c’est de l’argent qui ne finance ni les entreprises, ni l’innovation, ni l’emploi. C’est de l’argent stérilisé, neutralisé, castré. Dans un pays qui compte déjà 3 millions de chômeurs, encourager les Français à planquer encore plus leur épargne relève soit de l’incompétence crasse, soit du sabotage délibéré.

    Les chiffres sont édifiants : l’encours total des Livrets A et LDD dépasse déjà les 350 milliards d’euros. C’est l’équivalent de 17% du PIB français qui dort au lieu de travailler. Et on en rajoute une couche ?

    Pendant ce temps, les PME crèvent faute de financement. Les banques, gavées de liquidités dormantes, n’ont aucune incitation à prêter aux entreprises. Résultat : l’investissement productif s’effondre, l’innovation se meurt, et les emplois disparaissent. Mais rassurez-vous, l’épargne des Français est bien au chaud.

    La double peine des heures supplémentaires : comment tuer le pouvoir d’achat

    Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement s’apprête à porter un coup fatal au pouvoir d’achat des salariés. La suppression des exonérations sur les heures supplémentaires, c’est 1 à 12% de salaire net en moins pour des millions de Français. Je répète : 1 à 12% EN MOINS.

    Vous imaginez l’impact ? Un ouvrier qui complétait ses fins de mois avec quelques heures sup va voir son revenu fondre. Une caissière qui acceptait des horaires décalés pour boucler son budget va devoir faire des choix cornéliens. Et tout ça pourquoi ? Pour récupérer quelques milliards qui seront immédiatement engloutis dans le tonneau des Danaïdes de la dépense publique.

    L’ironie, c’est que cette mesure va mécaniquement réduire la consommation, donc l’activité économique, donc les recettes fiscales. C’est ce qu’on appelle scier la branche sur laquelle on est assis. Mais visiblement, à Bercy, on préfère les symboles idéologiques aux réalités économiques.

    L’effet domino sur la consommation

    Moins de revenus pour les salariés, c’est moins de consommation. Moins de consommation, c’est moins de chiffre d’affaires pour les entreprises. Moins de chiffre d’affaires, c’est moins d’embauches, voire des licenciements. Et la boucle est bouclée : on fabrique du chômage en prétendant le combattre.

    Les économistes appellent ça le multiplicateur keynésien inversé. Moi j’appelle ça de la connerie pure et simple.

    Carburants : la taxe invisible qui étrangle l’économie

    Ah, et j’oubliais le meilleur : les carburants. On frôle déjà les 2 euros le litre dans certaines stations. Ma prédiction ? 2,50 euros avant 2015. Et Moscovici qui fait comme si de rien n’était.

    Vous savez ce que représente le carburant dans l’économie française ? Tout. Les camions qui livrent vos magasins roulent au gazole. Les commerciaux qui démarchent les clients roulent à l’essence. Les artisans qui se déplacent sur les chantiers carburent au sans-plomb. Augmenter le prix du carburant, c’est augmenter le coût de TOUT.

    Un transporteur routier m’expliquait récemment que le gazole représentait 35% de ses charges. 35% ! Comment voulez-vous qu’il reste compétitif face à ses concurrents polonais ou roumains ? Comment voulez-vous qu’il maintienne ses emplois ?

    L’impact sur les zones rurales

    Et je ne parle même pas des zones rurales, où la voiture n’est pas un luxe mais une nécessité vitale. Des millions de Français n’ont pas d’autre choix que de prendre leur voiture pour aller travailler. Pour eux, l’explosion du prix des carburants, c’est une amputation pure et simple de leur pouvoir d’achat.

    Mais bon, nos élites parisiennes qui prennent le métro ne voient pas le problème.

    Le marché du travail : quand la rigidité tue l’emploi

    Arnaud Montebourg, notre ministre du Redressement productif (quelle blague ce titre), devrait écouter les entrepreneurs au lieu de pontifier. Nous avons besoin de flexibilité. F-L-E-X-I-B-I-L-I-T-É.

    Laissez-nous embaucher librement. Laissez-nous désembaucher quand c’est nécessaire. C’est la condition sine qua non pour créer de l’emploi durable. Vous savez pourquoi les patrons n’embauchent pas ? Parce qu’ils ont peur de ne pas pouvoir ajuster leurs effectifs en cas de retournement de conjoncture.

    Résultat : on préfère l’intérim, les CDD, la sous-traitance. Tout sauf le CDI qui est devenu un boulet. C’est ça que vous voulez ? Une économie de précarité généralisée ?

    L’exemple des pays qui ont réussi

    Regardez le Danemark avec sa flexisécurité. Regardez l’Allemagne avec ses réformes Hartz. Ces pays ont compris qu’un marché du travail fluide créait plus d’emplois qu’un marché rigide. Mais en France, on préfère l’immobilisme idéologique.

    Un patron de PME me confiait récemment : « J’ai trois postes à pourvoir, mais j’hésite. Si ça se passe mal, je suis coincé. » Trois emplois non créés à cause de la peur. Multipliez ça par des milliers d’entreprises, et vous comprenez pourquoi le chômage explose.

    Le nucléaire : symbole de notre déclin industriel

    Et que dire de notre filière nucléaire ? Montebourg parle de filière d’avenir. Mais de quel avenir parle-t-il ? Du démantèlement des centrales ? Parce que c’est bien la seule perspective qui se dessine.

    La France avait un avantage compétitif énorme avec son parc nucléaire. Une électricité abondante et bon marché. Un savoir-faire reconnu mondialement. Et qu’est-ce qu’on fait ? On saborde tout ça sur l’autel de l’idéologie verte.

    Pendant ce temps, la Chine construit des centrales à tour de bras. L’Inde aussi. Même les Émirats arabes unis s’y mettent. Mais nous, on préfère fermer Fessenheim et planter des éoliennes qui ne tournent que quand il y a du vent.

    La liberté d’expression : jusqu’où peut-on aller ?

    L’affaire Charlie Hebdo de cette semaine pose une vraie question. Jusqu’où peut aller la liberté d’expression ? Est-ce intelligent de publier des caricatures qui vont mettre le feu aux poudres dans le monde musulman ?

    Je défends la liberté d’expression. C’est un principe non négociable. Mais la liberté, c’est aussi la responsabilité. Quand on sait qu’une publication va déclencher des violences, des morts peut-être, est-ce vraiment le moment de jouer les provocateurs ?

    On me dira que céder à la menace, c’est renoncer à nos valeurs. Certes. Mais opposer systématiquement les communautés, est-ce vraiment défendre nos valeurs ? Ou est-ce juste remuer la merde pour le plaisir ?

    Les Roms : l’hypocrisie à son paroxysme

    Et pour finir, parlons des Roms. Tout le monde a un avis, tout le monde veut qu’ils soient « intégrés en douceur ». Très bien. J’ai une solution simple : que ceux qui prônent l’intégration les hébergent chez eux.

    C’est facile d’être généreux avec l’argent des autres. C’est facile de prôner l’accueil quand on habite un quartier protégé. Mais quand il s’agit de passer à l’acte, bizarrement, il n’y a plus personne.

    L’hypocrisie de notre société n’a jamais été aussi criante. On veut le beurre et l’argent du beurre. On veut être humaniste sans en payer le prix. On veut la bonne conscience sans les contraintes.

    David contre Goliath : quand les citoyens se rebellent

    Heureusement, certains citoyens ne se laissent pas faire. Prenez Bruno Boulefkhad. Ce type mène un combat incroyable contre les banques. Son site bruno-boulefkhad.fr est une mine d’informations pour tous ceux qui en ont marre de se faire plumer.

    C’est ça dont on a besoin. Des citoyens qui se lèvent, qui disent non, qui refusent la fatalité. Des « Boulefkhad » partout en France qui reprennent le pouvoir sur leur vie.

    Parce que si on attend que nos dirigeants nous sauvent, on peut attendre longtemps. Ils sont trop occupés à creuser le trou dans lequel ils nous enterrent.

    Conclusion : le réveil ou la chute

    Voilà où nous en sommes. Un pays qui s’autodétruit méthodiquement. Des dirigeants qui accumulent les erreurs. Une population qui subit.

    Mais jusqu’à quand ? Jusqu’à quand allons-nous accepter cette descente aux enfers ? Jusqu’à quand allons-nous laisser des incompétents décider de notre avenir ?

    La France a tous les atouts pour réussir. Des entrepreneurs brillants, des salariés compétents, des ressources abondantes. Il ne manque qu’une chose : du bon sens au sommet de l’État.

    Remettez l’entrepreneur au centre du jeu. Libérez les énergies. Arrêtez de taxer, de réglementer, d’entraver. Faites confiance aux Français au lieu de les infantiliser.

    Bref. Soit on se réveille maintenant, soit on continue la descente. À vous de choisir.

    Pour aller plus loin

    • Les Échos – Analyses économiques quotidiennes sur la situation française
    • INSEE – Statistiques officielles sur le chômage et l’économie
    • Rapport Gallois – État des lieux de la compétitivité française (à paraître)
    • OCDE – Comparaisons internationales des politiques économiques
    • Bruno-boulefkhad.fr – Combat citoyen contre les dérives bancaires

    Sources et références

    • INSEE – Chiffres du chômage août 2012
    • Banque de France – Encours Livret A et LDD 2012
    • Ministère de l’Économie – Réforme de la défiscalisation des heures supplémentaires
    • Union Française des Industries Pétrolières – Prix moyens des carburants
    • Eurostat – Comparaisons européennes du marché du travail

    Photo : KOBU Agency / Unsplash

  • Entrepreneurs et chômage : pourquoi le dialogue est rompu entre patrons et gouvernement
    Entrepreneurs et chômage : pourquoi le dialogue est rompu entre patrons et gouvernement
    La suppression des exonérations fiscales sur les heures supplémentaires va amputer le pouvoir d’achat de millions de salariés. Face à cette situation, les entrepreneurs réclament plus de flexibilité pour embaucher et licencier, mais le gouvernement semble sourd à leurs appels.

    Je regarde avec effroi ce qui se prépare pour octobre. Des millions de salariés vont voir leur fiche de paie fondre comme neige au soleil. Entre 1% et 12% de salaire net en moins, selon leur volume d’heures supplémentaires. C’est une catastrophe annoncée que personne ne semble vouloir voir venir.

    Cette mesure, c’est le symbole parfait de l’incompréhension totale entre le monde politique et la réalité économique. D’un côté, on nous parle de relancer la consommation et de lutter contre le chômage. De l’autre, on ampute directement le pouvoir d’achat de ceux qui travaillent le plus. Cherchez l’erreur.

    La double peine pour les salariés et les entreprises

    Concrètement, qu’est-ce qui va se passer ? La défiscalisation des heures supplémentaires mise en place par la loi TEPA en 2007 va disparaître. Pour un salarié au SMIC qui effectue régulièrement des heures supplémentaires, c’est jusqu’à 100 euros nets par mois qui s’envolent. Pour un cadre, la perte peut dépasser 200 euros mensuels.

    Mais le plus pervers dans cette histoire, c’est que les entreprises vont également trinquer. Les exonérations de charges patronales sur ces heures supplémentaires disparaissent aussi. Résultat : le coût du travail augmente mécaniquement. Dans un contexte économique déjà tendu, c’est la goutte d’eau qui risque de faire déborder le vase.

    Je vois déjà les conséquences dans mon entourage professionnel :

    • Des PME qui renoncent à des commandes faute de pouvoir faire travailler leurs équipes en heures sup à un coût raisonnable
    • Des salariés qui refusent désormais les heures supplémentaires, devenues moins intéressantes financièrement
    • Des tensions sociales qui montent dans les entreprises où les heures sup étaient un complément de salaire indispensable

    Le cri du cœur des entrepreneurs ignoré

    Face à cette situation, nous, entrepreneurs, ne demandons qu’une chose : de la flexibilité. Laissez-nous embaucher les chômeurs et, oui, désembaucher librement quand c’est nécessaire. C’est la condition sine qua non pour créer de l’emploi durable.

    Cette demande de flexibilité n’est pas un caprice patronal. C’est une question de survie économique. Quand je ne peux pas ajuster mes effectifs à mon carnet de commandes, je prends deux décisions :

    • Je n’embauche plus en CDI, trop risqué
    • Je délocalise ou je sous-traite à l’étranger

    Le paradoxe français est là : on veut protéger l’emploi avec des règles rigides, mais on finit par le détruire. Les pays qui ont le moins de chômage sont ceux qui ont la législation du travail la plus souple. C’est un fait, pas une opinion.

    La peur d’embaucher : un frein majeur

    Savez-vous combien coûte un licenciement économique en France ? Entre 6 mois et 2 ans de salaire selon les cas, sans compter les frais de procédure. Pour une PME, c’est potentiellement la faillite. Alors on préfère ne pas embaucher du tout.

    Cette rigidité du marché du travail crée une économie à deux vitesses :

    • Les « insiders » : salariés en CDI surprotégés mais de moins en moins nombreux
    • Les « outsiders » : jeunes, seniors, peu qualifiés, condamnés à la précarité ou au chômage

    L’entrepreneur, ce mal-aimé de la République

    Il faut remettre l’entrepreneur et le patron au centre du débat. Sans nous, pas d’emplois, pas de richesses créées, pas d’impôts pour financer les services publics. C’est une évidence que nos dirigeants semblent avoir oubliée.

    Au lieu de cela, on nous présente comme des exploiteurs, des profiteurs, voire des ennemis du peuple. Cette diabolisation permanente est contre-productive. Elle décourage l’entrepreneuriat et pousse nos meilleurs éléments à s’expatrier.

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

    • La France compte 2,5 millions d’entreprises, dont 95% ont moins de 10 salariés
    • Les PME créent 85% des emplois nouveaux
    • Le taux de création d’entreprises stagne depuis 2008

    Un dialogue de sourds avec le pouvoir

    Quand j’entends nos ministres parler d’économie, j’ai l’impression qu’ils vivent sur une autre planète. Ils n’ont jamais créé une entreprise, jamais fait un business plan, jamais négocié avec un banquier pour obtenir un prêt. Comment peuvent-ils comprendre nos problématiques ?

    Le fossé se creuse entre deux France : celle qui produit et celle qui administre. Cette fracture est dangereuse pour notre cohésion sociale et notre compétitivité économique.

    Des solutions existent pourtant

    Je ne suis pas un ultralibéral dogmatique. Je sais que le modèle social français a ses vertus. Mais il faut l’adapter aux réalités du XXIe siècle. Voici quelques pistes concrètes :

    1. Un contrat de travail unique
    Fini la distinction CDI/CDD. Un contrat unique avec des droits progressifs selon l’ancienneté. Plus de flexibilité pour l’employeur, plus de sécurité dans le temps pour le salarié.

    2. La formation tout au long de la vie
    Plutôt que de s’accrocher à des emplois obsolètes, investissons massivement dans la reconversion professionnelle. Le compte personnel de formation doit devenir une réalité, pas un gadget.

    3. Un dialogue social rénové
    Les syndicats doivent évoluer. Moins d’idéologie, plus de pragmatisme. Dans les pays nordiques, syndicats et patronat travaillent ensemble. Pourquoi pas chez nous ?

    4. Une fiscalité incitative
    Arrêtons de taxer le travail et l’investissement productif. Taxons plutôt la rente et la spéculation. C’est une question de bon sens économique.

    L’urgence d’agir avant qu’il ne soit trop tard

    La suppression des exonérations sur les heures supplémentaires n’est que la partie émergée de l’iceberg. C’est tout notre modèle économique et social qui est à repenser.

    Le chômage des jeunes explose, les seniors sont exclus du marché du travail, les entreprises délocalisent ou ferment. Pendant ce temps, on ergote sur des mesurettes qui aggravent la situation.

    Nous, entrepreneurs, sommes prêts à prendre nos responsabilités. Nous voulons embaucher, investir, innover. Mais il nous faut un cadre adapté, pas un carcan qui nous étouffe.

    La balle est dans le camp du gouvernement. Soit il continue dans l’idéologie et le déni de réalité, soit il accepte enfin d’écouter ceux qui créent la richesse et l’emploi. Le temps presse. Chaque mois qui passe, ce sont des milliers de chômeurs supplémentaires et des entreprises qui disparaissent.

    Allons-nous enfin avoir ce débat de fond sur l’emploi et l’entrepreneuriat ? Ou allons-nous continuer à nous enfoncer dans la crise en répétant les mêmes erreurs ? La réponse déterminera l’avenir économique de notre pays pour les années à venir.

    Pour aller plus loin

    • « La société de défiance » de Yann Algan et Pierre Cahuc – Une analyse des blocages du modèle social français
    • Institut Montaigne – Think tank qui publie régulièrement des études sur l’emploi et la compétitivité
    • « Le chômage, fatalité ou nécessité ? » de Pierre Cahuc et André Zylberberg – Pour comprendre les mécanismes du marché du travail
    • MEDEF – Les positions du patronat français sur la flexibilité du travail
    • Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) – Analyses économiques indépendantes

    Sources et références

    • INSEE – Statistiques sur l’emploi et le chômage (septembre 2012)
    • Loi TEPA du 21 août 2007 sur le travail, l’emploi et le pouvoir d’achat
    • Rapport du Conseil d’analyse économique sur la flexisécurité (2010)
    • Eurostat – Comparaisons européennes du marché du travail (2012)

    Photo : Tanya Prodaan / Unsplash

  • Laissez-nous embaucher les chômeurs!

    La situation ne peut plus durer. Les entreprises sont à l’agonie, mais à force de l’entendre, de le lire ou de l’écrire, cela ne veut plus rien dire. Les pouvoirs publics ne prennent pas la pleine mesure des difficultés présentes et à venir.

    Tout le monde est à peu près d’accord pour dire que le problème central des entreprises est à la fois le coût du travail qui est beaucoup trop élevé pour assurer la compétitivité, et le manque de flexibilité qui empêche l’adaptation des ressources humaines à la hausse ou à la baisse dans les entreprises (en clair, pouvoir librement embaucher quand ça va bien, mais aussi désembaucher quand ça va moins bien).

    La réponse politique de la droite c’était la « TVA sociale » ou « TVA de la compétitivité », et la réponse de la gauche c’est la « création des emplois d’avenir pour les jeunes ».

    Ces solutions, comme c’est arrivé trop souvent depuis 40 ans, ne répondront absolument pas aux problèmes, nous les professionnels de terrain, nous le savons. La TVA sociale est un mécanisme compliqué, très lourd et coûteux à implémenter, que personne ne comprendra jamais et qui ne va pratiquement rien changer dans la vie des PME. Le concept des emplois d’avenir (recyclage des « emplois jeunes ») est un patch des socialistes, un grand classique récurrent de la gauche quand elle gouverne et qui est à des kilomètres des enjeux.

    N’attendez aucune amélioration de la situation en Europe, et en France si les entreprises dans leur ensemble, l’unique force vive d’un pays, n’embrayent pas à l’unisson et avec une puissance nouvelle et des moyens réels afin de retrouver une dynamique offensive, innovante, productive et commerciale.

    Les entreprises sont sclérosées, tétanisées par ces crises à répétition depuis 10 ans, sans visibilité et sans aucune confiance, elles ne peuvent pas atteindre de nouveaux marchés, elles sont diminuées, ralenties, à la traîne, elles souffrent et ne se sentent pas en mesure de se développer, incapables d’aller de l’avant, elles stagnent dans des niveaux bas de performances, avec des petites équipes fatiguées par une productivité réclamée toujours plus intense avec toujours moins de moyens, un peu plus fragilisées chaque jour qui passe.

    En pratique, pour se développer dans les entreprises, il faut compléter ses équipes par de nouveaux éléments humains (des cadres capables de tenir des projets de développement, des concepteurs de produits ou services, si possible innovants, des collaborateurs commerciaux motivés pour conquérir les marchés, des collaborateurs en production pour fabriquer les produits et services qui auront été vendus, des collaborateurs administratifs pour superviser et contrôler l’ensemble de la chaîne, etc.).

    Pour que ces développements soient viables localement dans un système économique ouvert et mondialisé dans une Europe qui ne contrôle rien, qui taxe tout, où tout est plus cher que partout ailleurs, il faut que les coûts soient les plus bas, l’équation est… impossible à résoudre.

    Les entreprises françaises ont besoin de faire baisser le coût du travail de 25 à 50%, voilà la réalité impossible à entendre. Parlons froidement. Quand un employé « coûte » 3000 euros par mois à un patron de PME (salaire chargé), et que le salarié ne touchera que 1900 euros net imposable, l’objectif immédiat n’est pas que demain il lui « coûte » 2950 euros, mais plutôt 2000 euros, tout compris, sans pour autant que le salaire payé ne change. Voilà le besoin immédiat.

    N’imaginez pas une seconde que les propositions politiques successives qui visent à faire baisser le coût du travail de 1, 2 ou 3% soient la réponse attendue. La vraie réalité des patrons de PME dépasse largement la fausse réalité des politiciens.

    Soyons réalistes, à aucun moment il ne sera possible de faire baisser fortement le coût du travail en France de manière à provoquer « le coup de boost » nécessaire au redémarrage économique.

    Pourtant, il existe une solution jamais explorée, jamais évoquée.

    Depuis un certain temps j’essaie de faire passer mon idée d’un mécanisme que j’ai appelé « chômage transitionnel », mécanisme que j’ai modélisé et éprouvé dans de nombreux scénarios depuis plus de 5 ans, qui consiste en une audacieuse alternative à l’attentisme et que j’ai poussé auprès du feu gouvernement de droite, auprès du Medef, auprès de notre gouvernement actuel, mais je ne reçois aucun écho favorable auprès des dirigeants politiques.

    Ce mécanisme reposerait sur une coordination intelligente et pratique entre les pouvoirs publics (Pole Emploi) et les PME.

    L’idée consiste à permettre aux entreprises qui le souhaitent d’embaucher immédiatement un nombre illimité de chômeurs inscrits à Pôle Emploi, dans le cadre d’un contrat de travail « transitionnel » (sécurisé et à durée indéterminée) sans que ceux-ci ne perdent leurs droits, l’entreprise abonderait financièrement pour constituer un salaire cumulé (allocations chômage et abondement salarial) libre et négociable, « ouvert à la concurrence » (l’abondement sera libre, on peut imaginer que des négociations discrétionnaires seront possibles entre chômeurs et employeurs), le tout supervisé par un organisme dédié à ce dispositif afin de faciliter son déploiement.

    En clair, une entreprise pourrait par exemple embaucher un agent commercial, actuellement au chômage depuis quelques mois, touchant 900 euros par mois auprès de Pôle Emploi pour encore 18 mois, en lui offrant un abondement salarial de 1000 euros par mois, et surtout un véritable emploi. Ce chômeur touchera donc 1900 euros par mois, bénéficiera d’un vrai travail, et d’un véritable statut protégé pendant une durée de 18 mois, au delà, l’entreprise reprend la pleine charge de son salarié, qu’elle gardera dans la majorité des cas. Miracle, l’entreprise aura lissé à la baisse son coût du travail global.

    Je vois déjà les critiques fuser, et m’entendre dire « les entreprises et les patrons verront leur intérêt, licencieront les emplois les plus coûteux au profit des emplois transitionnels ». Oui, c’est peut-être vrai pour les grandes entreprises capitalistiques qui gèrent l’humain aussi bien qu’un singe est à l’aise avec un ordinateur, mais moi je ne parle que des PME, mon dispositif ne vise que les PME, et croyez-moi sur parole : les patrons de PME qui forment pendant 18 mois un collaborateur n’ont jamais l’idée de s’en séparer, au contraire ils le vivent comme une souffrance et un échec.

    Absolument tout le monde sort gagnant d’un tel dispositif, pratique et simple à mettre en œuvre par quelques règles de contrôle et de bon sens contre les abus.

    Plus les entreprises joueront le jeu, et elles seront nombreuses, plus on règlera le problème du chômage, du coût du travail, du dynamisme économique, du pouvoir d’achat, de la consommation, et plus on s’approchera d’une sortie de crise par le haut.

    Le « réservoir de chômeurs », au lieu d’être un centre de coût, deviendra un centre de profit pour le pays et ses entreprises, une véritable niche de ressources humaines où les entreprises viendront recruter de futurs collaborateurs que leurs précédents employeurs auront licencié sans que personne ne trouve rien à y redire, tant la fluidité et la flexibilité seront au rendez-vous.

    Le coût pour la collectivité publique restera au maximum le même qu’en temps normal, et mécaniquement va baisser fortement après la mise en place du dispositif. L’impact financier (l’effort du pays) sera donc au maximum neutre comparativement à avant.

    L’assurance chômage n’aura plus à chercher à financer des millions de chômeurs sans avenir, mais beaucoup moins en attente d’un job transitionnel que les entreprises plébisciteront. Du coup, par ricochet, le coût du travail des employés non transitionnels pourra largement diminuer après un certain temps.

    Le nombre de chômeurs sans emploi va drastiquement baisser en quelques mois.

    Les entreprises rechercheront bien sûr des chômeurs jeunes à former pour le long terme, mais recruteront également des personnels d’encadrement, plus âgés, répondant ainsi à la double problématique des chômeurs jeunes et des chômeurs âgés. L’embauche des personnels non qualifiés sera également facilitée par un coût très réduit pour l’entreprise.

    Le coût de réintégration, de mise à niveau et de formation des chômeurs va fondre comme neige au soleil, les fonds disponibles seront alors concentrés sur les chômeurs résiduels qui n’auront pas trouvé d’emploi transitionnel.

    Cerise sur le gâteau, les banques, qui de toute façon ont abandonné les entreprises, n’ont pas besoin d’être mobilisées dans la mise en œuvre du mécanisme.

    Bien sûr, partout on me dit que l’idée est vraiment étonnante de bon sens et de praticité, et de toute évidence répond à toutes les problématiques immédiates, et qu’il faut absolument parvenir à éduquer nos syndicats et nos politiciens afin de les convaincre et de parvenir à implémenter un tel dispositif salvateur.

    Pour ma part, je constate que ces dirigeants publics, ces gouvernements qui ne cessent de pousser les entreprises à innover, ne se remettent jamais suffisamment en question en innovant eux-mêmes et ne répondent jamais aux enjeux d’actualité.

    La crise est d’une ampleur telle que les réponses radicales à apporter ne peuvent qu’être insolites, audacieuses et innovantes, politiquement, économiquement et socialement.

    J’espère que mon message, désormais davantage public, sera entendu, au nom des entrepreneurs, pour le bien de tous.

  • La France perdra encore plus d’un million d’emplois ces 5 prochaines années

    Le ministre du Redressement Productif a une mission absolument capitale. Réanimer l’industrie française, réindustrialiser le pays et relancer la machine à fabriquer des emplois.

    Si le challenge est de taille, Montebourg va très vite se confronter à des réalités bien plus insurmontables encore.

    Absolument rien dans le pays ne pourrait permettre une telle relance même à moyen terme, une relance qui demande une dynamique politique et une énergie jamais dépensée, bien au delà de ce qui a pu exister après la seconde guerre mondiale.

    La puissance destructrice des diverses crises que nous subissons en même temps (crise bancaire, crise des crédits, crise de l’endettement, crise sociale, crise des matières premières, crise énergétique), est telle qu’elle va continuer avec force d’amplifier le mouvement de décroissance (d’ailleurs paradoxalement tant rêvé par notre ministre), ajoutant toujours de nouveaux problèmes aux problèmes déjà existants, et cette décroissance non désirée sera effectivement subie avec ce que j’appelle une « tendre violence socio-économique », tant elle détruit lentement, petit à petit, mais elle finira par détruire l’essentiel.

    La situation française peut se résumer au travers de quelques indicateurs très éloquents.

    Les porteurs de projets sont rares dans la petite ou la grande industrie.

    Les entrepreneurs industriels sont quasiment inexistants dans le pays.

    Les investisseurs privés sont presque impossibles à convaincre.

    Les banques ne prêtent plus un euro depuis bien longtemps maintenant, et les conditions d’accès au financement sont répulsives.

    Les coûts de production au niveau local sont bien au delà du raisonnable, loin des réalités économiques internationales, incompressibles et ne laisseraient aucune chance à la pérennité d’une implantation au delà de 3 années.

    Le marché du travail n’est pas assez flexible, les contraintes employeur bien trop grandes.

    Surtout, les besoins sont comblés, et ça, c’est quelque chose qu’il faut bien intégrer à un moment, et qui est complètement occulté dans les discussions. Ce que je veux expliquer, c’est que la France n’est pas réellement dans une situation de « besoin industriel », les réseaux d’approvisionnements fonctionnent très bien dans tous les domaines, les flux de marchandises arrivent de tous les coins du monde, il n’y a quasiment rien qu’on ait besoin de faire fabriquer en France dans les années à venir, qui n’est pas déjà fabriqué ailleurs, moins cher.

    Techniquement, en pratique, même si nous construisions des usines demain dans le cadre d’un plan de réindustrialisation séduisant et financièrement attractif, rien ne dit qu’on ne continuerait pas à importer massivement et moins cher, condamnant toutes ces PMI à leur triste sort, leurs investisseurs et salariés également.

    Pour sortir fièrement et volontairement du trou que nous avons peu à peu creusé avec l’aide de nos éminents dirigeants ces 40 dernières années, les mesures à prendre seraient d’une incorrection politique totale, et surtout absolument incompatibles avec, soit les promesses du Président Hollande, soit la culture socialiste de nos actuels dirigeants.

    Même Sarkozy n’est pas parvenu en cinq années à mettre en oeuvre un chouïa de ce qu’il convenait de faire, et certaines de ses rares excellentes mesures (comme l’exonération des heures supplémentaires par exemple) n’ont même pas survécu quatre années.

    Libéralisation et flexibilité du marché du travail, par un retour aux 44 heures légales, sans obligation au delà de 35 heures, tout se faisant sur la base du volontariat.
    Emploi des chômeurs dans les entreprises, pourquoi pas au coût de la collectivité dans un premier temps et dans le cadre d’un plan national de relance très courageux.
    Travail le dimanche optionnel mais rendu possible légalement, l’employeur ne pouvant pas contraindre, chacun restant libre.
    Exonération intégrale des charges de tous les employés âgés de moins de 26 ans, ou de plus de 52 ans.
    Exonération des charges patronales sur tous les emplois à temps plein, créés dans les deux années à venir.
    Création d’un « contrat unique d’embauche », simplifié, et à durée indéterminée par défaut.
    Limiter le pouvoir de blocage par des syndicats sous-représentatifs, mais augmenter leur pouvoir de discussion social, intra-entreprise, la condition du salarié en France étant assurée par la législation du travail, le travailleur français profite déjà de ce qui se fait de mieux dans le monde, on en voit d’ailleurs à quel prix.

    Même si toutes ces mesures étaient prises dans les trois prochains mois, cela ne suffirait pas à faire fléchir la tendance économique baissière du pays, il faudrait encore d’autres mesures nationales, plus larges.

    Séparation de la banque « du grand public » et de la banque « des entreprises », afin de créer un réseau de banques destinées uniquement aux PME et entreprises, avec des spécialistes issus des métiers.
    Création d’une banque nationale publique, très bien approvisionnée, destinée au financement des projets d’entreprises, concurrente assumée des banques privées.
    Déploiement de cellules de médiations du crédit avec de véritables moyens légaux pour contraindre les banques à faire leur travail et rien que leur travail, à savoir prêter de l’argent pour le développement économique, à chaque fois que les projets présentent des contres garanties suffisantes et un potentiel indiscutable quel qu’il soit (potentiel social et économique).
    Limitation drastique mais progressive de tout ce qui est importé actuellement, mais qui pourra être produit localement.

    Et tout cela ne concerne que la France. Je n’ouvre même pas le sujet au plan européen.

    Pour que la France cesse de perdre un peu moins de 20000 emplois par mois (en moyenne sur les dernières années), et alors que la crise socio-économique n’en est qu’à ses débuts et va s’étendre sur plus de dix années encore au moins, je ne vois aucune autre alternative que la mise en place groupée de toutes les mesures que je viens d’énumérer, et je me garde bien d’en évoquer d’autres encore plus audacieuses, les populations n’étant pas encore prêtes à les entendre.

    Vous l’avez compris, à peu près rien de ce qu’il est nécessaire de mettre en oeuvre à mon sens ne sera fait, et donc la France continuera à s’enfoncer dans une spirale dont on ne voit pas la fin, emportée dans sa tourmente européenne, mais aussi mondiale, et perdra encore plus d’un million d’emplois dans les cinq années à venir, très lentement, tout tranquillement.

    En signe d’espoir, anticipons qu’au moins, dans le même temps, on sera parvenu à construire des centaines de milliers d’emplois précaires, ce qui estompera les dommages sociaux, et limitera la casse.

  • L’Europe de demain sera la Chine d’hier

    Je me souviens encore de ce cadre chinois, qui travaillait dans une entreprise très en forme, et qui me disait début octobre 2011 à Beijing, sur un ton bien affirmé, « Les chinois méritent de vivre comme les européens, la roue tourne, vous avez assez profité de la crédulité de la Chine ».

    Cette phrase ironique mais fondée résume bien la situation dans laquelle nous sommes.

    Ces dernières années, il y a quelque chose qui n’a pas échappé aux observateurs de la Chine.

    L’Europe est en décroissance, économique et sociale.

    Quand la Chine affiche des taux de croissance à deux chiffres, et que le peuple ne s’est jamais trouvé plus libre et plus heureux qu’aujourd’hui.

    L’Europe est désindustrialisée, il faudrait des investissements immenses et une énergie folle pour réindustrialiser, et surtout du temps, beaucoup de temps.

    La Chine est hyper-industrialisée, dispose d’une capacité d’investissement très forte. Le parc industriel est moderne, à la pointe des technologies, toujours renouvelé. On est toujours effaré de voir le nombre d’entreprises chinoises qui affichent fièrement leurs normes ISO difficilement acquises, comme pour dire au monde « regardez, ne dites pas que nos usines sont minables, regardez nos certifications ISO, pouvez-vous en faire autant chez vous? ».

    Le peuple européen est assisté, usé par les déceptions de promesses non tenues, usé par l’écart grandissant entre les utopies d’une classe moyenne en déconfiture, et les rêves toujours plus inaccessibles.

    Le peuple chinois est combattif, vif, adaptatif, autonome, polyvalent, mieux formé, mieux éduqué, tenu par une culture, des traditions et un patriotisme unifié, il part de zéro et chaque jour un peu plus voit ses espoirs se transformer en nouvelles réalités.

    L’insécurité et la criminalité augmente en Europe, quand elles n’ont jamais été aussi basses en Chine.

    C’est vrai, en Chine il y a des caméras de surveillance partout, il y a du flicage, mais qui est-ce que ça gêne à part les criminels ou ceux qui veulent le désordre?

    Les infrastructures européennes sont vieillissantes, obsolètes, et leur maintenance est toujours plus difficiles et coûteuse.

    Alors qu’en Chine, les infrastructures anciennes sont détruites, et de plus modernes sont reconstruites par dessus, à une vitesse folle. Des infrastructures plus démesurées, plus écologiques, plus respectueuses et répondant mieux aux attentes de la nouvelle Chine.

    En Europe, chaque jour de plus en plus de gens s’appauvrissent et se précarisent.

    En Chine, chaque minute de plus en plus de gens s’enrichissent et voient leur condition s’améliorer.

    Nos écoles, nos universités, le système éducatif européen est en grand péril, la qualité n’est plus du tout au rendez-vous depuis longtemps, les jeunes sont sous-formés, sous-éduqués, sous-instruits, en France beaucoup d’entre eux ne savent pas écrire un français correct à leur âge adulte, et ne connaissent rien du monde.

    En Chine, le système éducatif est incroyablement efficace, inutile d’en dire plus.

    En Europe, on a pas pris la mesure de la puissance chinoise… et de la rancoeur des chinois vis à vis des pays qui les exploite.

    En Chine, on est en train de comprendre ce que signifie être le pays le plus puissant du monde.

    En Europe, nous parlons, parlons, parlons et parlons encore d’écologie et de protection de l’environnement.

    En Chine, depuis longtemps il n’y a quasiment plus de deux roues à essence, tout est converti au silence des moteurs électriques, et des entreprises modernes fleurissent partout pour transformer votre véhicule à essence en véhicule hybride avec une technologie qui existe déjà, et qui va en s’améliorant. Beaucoup d’entreprises sont déjà éco-friendly, de manière effective.

    En Europe, nous parions tout sur le nucléaire, avec l’immense risque que cela représente.

    En Chine, on fait déjà depuis longtemps de l’électricité propre avec l’eau, la terre, le vent, la mer, le soleil, et très peu de nucléaire.

    En Europe, nous continuons à dire et à croire que « la chine fabrique des copies de mauvaise qualité de ce que nous inventons et créons ».

    Alors qu’en Chine, ils sourient car ils savent que leurs usines produisent la qualité qu’on leur demande, alors que pour leur marché national interne, la qualité est bien présente, souvent meilleure que ce qui existe chez nous. D’ailleurs ils savent aussi que depuis longtemps déjà, ils n’en sont plus à « dupliquer » ou « copier », mais ils inventent, ils imaginent, ils conçoivent, bien plus vite et souvent bien mieux désormais que nos ingénieurs européens.

    Combien sont surpris de voir en Chine le niveau de qualité des produits qui existent sur le marché, alors qu’ils nous exportent une qualité inférieure.

    Les temps changent.

    Avant, en Europe on achetait les produits chinois quelques centimes, et on pouvait profiter de faire des marges confortables dans le dos des enfants qui travaillaient 14 heures par jour dans les usines enfoncées dans le pays entre deux rizières.

    Désormais, les prix augmentent, et la qualité s’impose à nous, de moins en moins nous ne pourrons payer le prix chinois. Et de plus en plus ça sera difficile pour nous, car aucune autre alternative ne s’offrira rapidement à nous, sans d’incroyables souffrances.

    Les usines sont gigantesques et tellement nombreuses, regroupées dans des « parcs industriels sécurisés » à thèmes technologiques, biotechnologiques, métallurgiques, pharmaceutiques, alimentaires, etc…

    Si la Chine était ce qu’on dit qu’elle est, croyez-vous qu’on puisse y faire fabriquer intégralement l’Airbus A320 dans l’usine de Tianjin?

    En Europe, la démocratie montre ses limites tous les jours, et les peuples, sensés diriger leur destin sont trompés, trahis, humiliés par des élites qu’ils n’ont même pas élu. Et on critique le communisme, on explique que c’est pire.

    En Chine, on plaisante de la démocratie, on dit « regardez, venez voir si nous ne sommes pas un peuple libre qui vit en paix et en harmonie, demandez un visa et venez visiter la nouvelle Chine pour juger ». Bien sûr, les chinois reconnaissent qu’il y a 20 ans encore c’était très difficile, et qu’encore aujourd’hui la corruption existe, qu’il y a des dysfonctionnements, mais quand ils comparent leur politique paisible à ce qui se passe en Europe, ils s’en amusent. C’est bien pire chez vous, disent-ils.

    La Chine a changé si vite en quelques années, que tout le monde est bluffé.

    Je comprends la chance des chinois d’être dans un mouvement de croissance rapide et d’alignement sur le modèle de vie « à l’occidentale », mais ils sont 1,3 milliards et je sais aussi en mon âme et conscience que ce « booming » économique et social ne peut pas continuer longtemps. Quelque chose va forcément les arrêter net dans leur élan, car en pratique, d’ici quelques années à niveau de croissance constant, il faudrait plusieurs fois les capacités terrestres actuelles pour combler l’appétit chinois.

    Nul ne sait comment réagiront les chinois devant le fait accompli. Ce peuple d’apparence pacifique, jamais agressif contre quiconque, immensément généreux, qui s’est laissé exploiter, qui prête son argent pour financer la croissance de ses clients, malgré lui, et qui va peut-être bientôt se retrouver face à la plus difficile des réalités.

    Mon grand père disait qu’un jour, nous verrons des chinois traverser le Rhin et venir jusqu’à nos portes.

    Mais il ne disait jamais pourquoi ou pour y faire quoi.

  • Banques contre États, la guerre économique nous rattrape dans l’économie réelle!

    Je ne vais pas revenir sur la modification majeure intervenue en 1973 à propos du financement des investissements publics par les marchés, je ne vais pas non plus expliquer ce qu’est la finance occidentale historiquement depuis sa création, ne pas entrer dans les détails de la globalisation et ce qu’a été la libération du système financier international ni même parler de Bretton Woods. L’internet permet à chacun d’entre nous de se faire une idée assez juste de ce qui s’est joué, dans le dos des peuples, depuis le début de l’ère capitaliste.

    Pour mieux comprendre ce qui suit, je recommande d’aller s’informer sur ce qu’est l’accord « Glass Steagall ». Là encore, votre surprise sera grande.

    LES BANQUIERS TOUS PUISSANTS

    Si on entend partout et depuis toujours que « les banquiers sont des voleurs », c’est qu’il doit y avoir un semblant de vérité quelque part, n’est-ce pas?

    Je vais faire très simple volontairement.

    Depuis très longtemps, et de façon exponentielle, les banques prêtent de l’argent. L’idée était même de faire en sorte qu’elles aient un rôle « social et économique » majeur : assurer le financement de l’investissement et du développement économique.

    Ce rôle, noble, a été souhaité plutôt par « le politique » dans son « univers », mais « le financier » est dans son propre univers et le moins qu’on puisse dire c’est que les intérêts des uns ne sont pas ceux des autres.

    Par la force des choses, le financier, prêteur, est toujours celui qui détermine le destin du demandeur, par l’acceptation ou non des financements et des crédits. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on estime que ce sont les banquiers qui dirigent le monde, et par extension qui se superposent aux pouvoirs politiques, eux-mêmes suspendus aux appréciations et desiderata des financiers (qui ne font pas de politique).

    Au début, et dans le meilleur des mondes, tout va bien. Mais prêter de l’argent implique nécessairement de créer de l’endettement, donc du risque.

    Bien entendu, il n’est pas question pour les créanciers de ne pas être remboursés.

    Pour pouvoir faire plier leurs débiteurs en cas de défaillance de remboursement, les banques ont au moins trois armes redoutables.

    La première arme, c’est la pression financière et psychologique induite, le débiteur, piégé par la dette, se voit acculé de nouveaux frais complémentaires augmentant son dû, au travers de relances constantes, d’agios et de frais divers. Le fait d’être « tenu » par son banquier en ayant l’impression de ne rien pouvoir faire génère un malaise psychologique plus ou moins important du type « tout puissant contre impuissant ».

    La deuxième arme, c’est bien sûr le dispositif législatif confortable qui leur permet de saisir les biens et de mettre quiconque, personne physique ou morale, à terre très rapidement après l’avoir pillé et dépecé le débiteur et ses cautions éventuelles.

    La troisième arme, c’est la fermeture pure et simple du robinet à liquidités. Pour un particulier, une entreprise ou une institution, la menace de ne plus pouvoir emprunter signifie bien souvent la fin de son histoire, avec banqueroute et faillite.

    En réalité, il y a même une quatrième arme secrète, le fichage informatique automatisé, qui empêche quasiment toute tentative de rebond à l’avenir une fois que vous avez été identifié défaillant.

    Si le débiteur est une personne physique, un individu, la ruine et la déchéance silencieuse est au bout du chemin, avec bien souvent un drame humain et un brusque retour à la réalité la plus dure.

    Si le débiteur est une personne morale, une entreprise, éventuellement une administration, une autre banque, une collectivité publique ou même un État, la banqueroute est inéluctable (même si elle peut être artificiellement retardée un certain temps, ou atténuée) avec, en cascade, une multitude de situations dramatiques incalculables tant tout est lié dans le système actuel.

    Les banquiers sont souvent perçus comme des gens très durs et sans cœur, ils ont des fonctionnements particuliers, se sentent intouchables et adoptent des attitudes et des comportements curieux, leur univers, assez hermétique, est très spécial.

    D’une manière générale, les banquiers parviennent toujours à « avoir le dessus » sur leurs « clients débiteurs », rarement l’inverse. Ceci vient du fait qu’ils sont ceux qui tiennent les reines de la finance.

    Au plus haut niveau de l’échelle, ils étaient convaincus, jusqu’à récemment encore, qu’à chaque crise économique, chaque fois que nécessaire, les États viendraient à leur secours quoi qu’il arrive.

    DES OFFICINES DE L’OMBRE CONTRE LES INTÉRÊTS DES PEUPLES?

    Si la spirale de l’endettement et l’assèchement des crédits forment un premier problème, il existe un autre sujet de grande inquiétude : la spéculation sur les marchés financiers.

    Désormais, dans les mêmes institutions financières, devenues des organismes très complexes, vous y trouvez la banque de détail, la banque commerciale, la banque privée, la banque d’investissement et l’assurance.

    Tout y est amalgamé au mépris du bon sens, si bien que l’argent difficilement gagné, déposé dans sa banque par un individu « en toute sécurité », est en réalité « joué » par des « traders » dans les places de marchés des officines bancaires qui ont pignon sur rue, pour parfois être perdu, sans que personne ne puisse rien y faire, et en totale contradiction (morale et technique) avec le fameux accord Glass Steagall qui prévoit la séparation de la banque commerciale et de la banque d’investissement.

    Les gens qui travaillent dans le milieu bancaire subissent progressivement un « formatage » des esprits, mais il convient de nuancer en fonction de la position et du job dans l’organisation.

    Entre votre conseiller bancaire, qui gère vos comptes, et les traders, les investisseurs dans les salles de marchés, les spéculateurs, et ceux qui créent les « produits dérivés », les « sous-jacents » et autres pépites financières comme les « warrants » ou les « turbos », il y a un gouffre!

    Soyez sûr d’une chose, votre conseiller financier est inoffensif et ne sait quasiment rien de ce qui est réellement fait avec votre argent, son superviseur et son directeur d’agence presque autant, par contre, plus haut dans la hiérarchie, dans le cœur et la tête du système bancaire, il y a des individus très dangereux, qui sont des spéculateurs, et leurs dirigeants.

    Pour la plupart, ils n’ont plus aucune morale ni aucune humanité, aucune conscience profonde des réalités, ni sociales, ni économiques, ne sont ni intéressés par la politique qu’ils regardent de haut, ni par le devenir des peuples globalement, ils manipulent des sommes d’argent absolument énormes, sont eux-mêmes payés des fortunes pour leurs « performances ». Ces gens sont centrés sur eux-mêmes, et ne s’intéressent qu’à leurs avantages. Le tout, à court terme.

    Le principal reproche qu’on peut leur faire est qu’ils jouent avec l’argent des gens et des entreprises, qu’ils jouent à faire descendre et monter les cours des matières premières, qu’ils instaurent un « climat d’instabilité » et de « volatilité » si bien qu’il n’est plus possible d’avoir une vision sereine et de long terme.

    Ces gens là ne sont pas très nombreux, ils ne représentent qu’un petit pourcentage du milieu bancaire, on ne sait pas très bien combien, ni qui ils sont, ni où ils sont, mais ils sont là, et ils tiennent entre les mains un pouvoir absolument considérable, aujourd’hui largement au delà de n’importe quelle puissance politique.

    Le pouvoir de mettre au tapis toute l’organisation de la civilisation humaine moderne, dans un vaste chaos désorganisé, car ils ne maîtrisent absolument rien de ce qu’ils font!

    QUELLE EST LA NATURE VÉRITABLE DE LA CRISE ÉCONOMIQUE GLOBALE?

    C’est assez simple.

    Nous (toutes les « entités » de notre système occidental, depuis l’individu jusqu’à l’État en passant par les milliers de structures intermédiaires) vivons à crédit, au dessus de nos moyens, nous avons emprunté des milliards de milliards depuis des dizaines d’années pour maintenir notre leadership de modèle civilisationnel.

    Le souci est que nous avons emprunté à des organismes financiers privés, surtout depuis 40 ans. Avec intérêts.

    Ces organismes, il faut les rembourser. Avec les intérêts cumulés.

    Et comme nous ne parvenons jamais à rembourser ce que nous devons, puisque nous nous développons constamment et très vite, avons toujours de nouveaux besoins qu’il faut toujours financer à crédit, il faut toujours emprunter davantage chaque année, pour arriver au point de devoir emprunter de l’argent afin de rembourser les intérêts de nos précédents emprunts.

    Et même en pratiquant ainsi, ça n’est jamais suffisant.

    Situation totalement absurde, mais pourtant vérifiée dans tout le système occidental, les USA et l’Europe en première ligne, au grand damne des économistes silencieux (et tellement courageux!) qui crient au feu.

    Hélas, pour d’innombrables raisons qui nous échappent ou pas, notre magnifique modèle sociétal ne produit jamais assez de richesses pour faire face à ses obligations financières et à ses échéances.

    Du coup, les organismes financiers maintiennent une pression forte sur leurs débiteurs, en usant de leurs armes favorites.

    Les débiteurs négocient des prorogations de délai de remboursement, ce qui n’annule pas leur dette, mais au contraire l’augmente dans la durée (effet d’atténuation temporaire par « lissage »).

    L’engorgement, l’étranglement est inévitable à un moment.

    Avant la crise, en cas de défaillance, les créanciers s’attaquaient comme ils pouvaient aux « plus petits » et cela n’était pas très visible, du coup, de manière latente, le système financier dégénérait tranquillement vers « le seuil de non retournement ».

    Au début de la première séquence de la crise entre 2007 et 2009, la dégradation du système financier est soudainement visible du fait d’une défaillance majeure de plusieurs énormes sociétés (Lehman Brothers, AIG, etc.) faisant risquer un premier effondrement systémique, et les États ont été contraints de renflouer les banques par l’abondement massif d’argent public (impensable, pourtant c’est bien ce qui se passe depuis le fameux plan « Paulson »).

    Mais à un moment, c’est l’État lui même qui ne peut plus faire face, ses ressources ne permettant plus de payer ses dettes aux échéances prévues, ni de pouvoir renflouer les malheureux banquiers.

    Du coup, il y a un sérieux problème, puisque les banques ne financeront plus rien, tant qu’elles n’auront pas la garantie d’être protégées à tout prix, et il n’y a aucune solution de remplacement pour les États, sauf à renoncer au capitalisme, au libéralisme, et à la globalisation.

    Nous sommes arrivés à ce moment précis, où les banques ne reculeront pas, et où, tout en haut de l’échelle, les États ne pourront plus payer.

    Ce n’est pas un combat politique. Les politiques sont dépassés et finissent par n’avoir plus aucune influence sur les marchés financiers.

    Ce n’est pas une guerre criminelle et meurtrière. Les banques n’ont pas d’armées, ni de matériel militaire, et il n’y a pas de combats ni victimes directes. Les États ne vont pas se défendre en attaquant militairement les institutions bancaires.

    C’est une « guerre dématérialisée », une véritable guerre économique contre laquelle on n’a pas de moyen de défense évident, sauf à renoncer à tout ce qui a été mis en place.

    Une guerre « qui se fait virtuellement entre protagonistes de nature différente », mais dont les victimes sont pourtant bien dans le monde réel, et qui va produire beaucoup de drames individuels mais aussi collectifs, visibles.

    Une guerre qui se déroule d’abord sur les marchés financiers, dans les bourses du monde entier, où les cours des valeurs et les « notes de solvabilité » des institutions sont « attaqués » à la moindre rumeur, à toute vitesse, de n’importe où et par n’importe qui.

    Cette situation est assez inédite, puisque selon moi, contrairement à ce qui est indiqué par les gouvernements, ce n’est pas la pire crise que nous connaissons depuis 1930, mais plutôt la pire crise depuis le XVème siècle.

    Autrement dit, absolument personne ne peut anticiper ce qui va se produire, on peut juste pressentir que cela sera terrible en terme de chaos socio-économique pendant plusieurs années.

    QUI SONT LES ENNEMIS DES ÉTATS?

    D’abord, je rappelle que les États, c’est nous. Le peuple.

    Oui, c’est bien toujours le peuple qui dirige chez nous, et pour simplifier les processus démocratiques, nous votons pour des hommes et des femmes politiques sensés nous représenter et prendre les décisions que nous voulons, à notre place.

    Si on attaque l’État, on attaque le peuple.

    Je rappelle également que l’argent des États, c’est le nôtre, au travers des taxes et des impôts. Nos politiciens, qui dirigent nos États pour notre compte, gèrent notre argent.

    Et pour finir, bien entendu l’argent qui sert à rembourser les dettes que nous avons contractées auprès des banques internationales, c’est encore notre argent.

    Ces dettes sont donc les nôtres, mais est-ce vraiment ce que nous voulions? Pas sûr.

    Nos créanciers sont des banques, mais pas l’agence bancaire au coin de votre rue. Non, je parle des sièges financiers, des grandes banques internationales, des institutions majeures, des banques tout en haut d’un système pyramidal, situées dans les capitales financières mondiales, notamment à New York, à Londres, au Luxembourg, et ailleurs…

    Dans ces banques, nos ennemis sont les spéculateurs, des individus complètement en dehors des réalités, ils jouent avec l’argent des peuples en misant à la hausse mais aussi à la baisse sur la valeur des entreprises qui font travailler les gens, au risque de fragiliser davantage. Il n’y a aucune humanité ni aucune morale, la seule règle c’est « faire du pognon ». Ces gens sont tellement dans un autre monde, coupés des réalités sociales et économiques, qu’ils ne mesurent plus du tout l’impact de leurs décisions dans le temps.

    Et comme si ça ne suffisait pas, tous ces spéculateurs utilisent trois techniques légales sans aucune gêne : la « vente à découvert », l’effet « levier » et les « ordres robotisés ».

    La « vente à découvert » permet de miser à la baisse sur une valeur, si on considère que telle ou telle valeur d’actif ou telle action « a une chance » de baisser, alors on se renforce dessus à la baisse, on spécule sur le fait qu’elle va baisser, concrètement si une entreprise, une banque ou un État est fragile, même sur la base d’une rumeur, on peut gagner de l’argent, beaucoup d’argent en fragilisant d’avantage, en toute légalité, simplement en vendant d’abord au cours du marché (on vend ce qu’on ne possède pas), puis en rachetant sa position plus tard, quand le cours sera encore plus bas, au passage on prend sa marge car on aura acheté plus tard moins cher ce qu’on aura vendu plus tôt plus cher, invraisemblable dans le monde réel, mais légal et courant sur les marchés financiers.

    Le « levier » permet de miser des centaines de fois plus d’argent qu’on dispose vraiment, en prenant des risques considérables (l’affaire Kerviel est un bon exemple, mais ne croyez pas que cela leur a servi de leçon). Ce phénomène est très parlant avec un exemple concret. Si une valeur est à 10 euros à l’instant T, et que vous disposez d’une liquidité de 10 euros pour investir, vous utilisez un levier 400 (les leviers forts sont réservés aux meilleurs traders), vous achetez donc légalement 400 actions à 10 euros, donc pour 4000 euros (vous dépensez donc 3990 euros que vous ne possédez pas, allez savoir par quel miracle, mais tout est prévu), et si l’action passe à 10,1 euros l’instant T+1, vous revendez vos 400 actions à 10,1 euros, et vous empochez 4040 euros, soit 40 euros de marge, alors que vous n’aviez que 10 euros, vous voilà avec 50 euros de liquidités et vous avez remboursé les 3990 euros « empruntés ». Vous répétez cela autant de fois que vous le pouvez, vous ne gagnez bien sûr pas à tous les coups, mais « en moyennant », parfois on s’en sort bien. Le drame arrive bien sûr lorsque les cours baissent, que vous êtes très exposé par un gros levier, et là vous perdez des sommes que vous ne pouvez pas rembourser (Kerviel, cas d’école).

    Les « ordres robotisés » en rafales automatiques, ce sont des programmes informatiques, des algorithmes, créés par les spéculateurs ingénieux et privilégiés, qui vont envoyer des millions d’ordres d’achats et de vente espacés de quelques millisecondes, pour profiter d’écarts de cours minimes sur les valeurs (parfois avec une différence à 3 ou 4 chiffres après la virgule). Quand vous envoyez des millions d’ordres sur des millions d’euros qui ne génèrent des marges que de quelques centaines d’euros à chaque fois, à la fin de la journée, vous avez généré un bénéfice absolument énorme, et tout ceci est hors de contrôle. On estime que sur le NYSE à New York, des milliards d’opérations robotisées sont réalisées chaque jour, représentant la majorité des opérations en réalité.

    Franchement, à quoi cela rime-t-il de miser en bourse par des allers-retours sur les actions qui se font parfois en « intraday » sur la même journée (activité de trader qui consiste à acheter et vendre une action plusieurs fois dans la même journée pour saisir les opportunités qui se présentent dans la même journée)? C’est bien loin de ce qu’on attendait des bourses, historiquement.

    QUELLES SONT LES MESURES D’URGENCE À ENVISAGER POUR SE DÉFENDRE?

    Puisque nous sommes déjà en guerre, aujourd’hui il n’est plus vraiment question de négocier, et puis d’ailleurs qui devrait négocier avec qui dans ce vaste système complexe désorganisé?

    Les peuples (s’ils étaient forts et courageux), par l’utopique voie républicaine et politique, pourraient donc déclarer officiellement (par la voix de leurs représentants) la guerre à la spéculation financière, et la combattre.

    Pour bien faire les choses, il faudrait pouvoir éliminer purement et simplement toute entité en capacité d’investir sur les marchés pour spéculer. En clair, il faudrait interdire la spéculation (à unique but lucratif), pour n’autoriser que l’investissement (profitant à l’intérêt général).

    Les marchés financiers ne devraient définitivement plus être comparés à des casinos géants totalement légaux. Le mot « miser » (ou l’expression « jouer en bourse ») devrait être banni pour être remplacé par « investir ».

    Dans toutes les banques du monde, il faudrait supprimer les officines plus ou moins discrètes (et secrètes) qui construisent des « produits financiers opaques et complexes » commercialisés à des gens qui n’y comprennent rien, il faut supprimer les « produits dérivés ».

    Bien entendu, il faudrait également interdire la spéculation sur les matières premières, et d’une manière générale interdire toute spéculation sur ce qui va à l’encontre de l’intérêt général (alimentation, produits de nécessité, santé, eau, pétrole, électricité, métaux, etc.).

    Il faudrait par ailleurs interdire la vente à découvert, l’effet de levier et bannir les ordres robotisés automatiques.

    En gros, pour bien faire il faudrait revenir en arrière de plusieurs dizaines d’années, en urgence.

    La sérénité, l’apaisement et la stabilité devrait être l’objectif, plutôt que l’affolement et la fluctuation « en temps réel ». Tout va trop vite, le rythme des choses devrait se « désaccélérer » (décroissance, puis déglobalisation). Le système ne doit pas avoir le dessus sur nous, mais au contraire, nous devrions garder toujours le dessus sur le système, et les technologies devraient être repensées pour nous y aider, plutôt que de nous contraindre.

    Bien entendu, il est impératif que le politique reprenne le contrôle sur le financier, même s’il fallait nationaliser la plupart des institutions financières.

    La solution ultime consistera bien entendu à ne plus autoriser le moindre paradis financier, et donc fiscal, partout sur la planète.

    La sauvegarde de notre monde moderne vaut bien quelques dizaines de milliers d’emplois perdus dans la haute finance?

    Hélas pour eux, je crains que les banquiers aient bientôt à devoir raser les murs, et se faire plus discrets.

  • « Protectionnisme raisonné », « frontières commerciales intelligentes », « taxes équilibrantes à l’importation », de grandes idées modernes?…

    J’ai tendance à dire qu’il faudrait pouvoir enseigner Maurice Allais aux futurs économistes, au moins pour qu’ils aient plusieurs scénarios mondialistes possibles et ensuite pour qu’ils apprennent à réfléchir par eux mêmes et développer leur instinct critique.

    C’est affligeant de réaliser que la France disposait d’un Nobel Économique, et qu’il n’est jamais cité en référence par les conseillers économiques des institutions politiques, d’ailleurs questionnez n’importe quel « économiste médiatique », il sera bien incapable de vous décrire le travail d’Allais dans sa substance.

    « Protectionnisme raisonné », « frontières commerciales intelligentes », ou encore « taxes équilibrantes à l’importation », des grandes idées modernes mais politiquement incorrectes. Tant mieux!

    LA SITUATION OBJECTIVE.

    On ne peut plus continuer à délocaliser la production industrielle des pays riches auprès des pays exportateurs à faible coût de main d’œuvre et à protection sociale quasiment nulle. C’est devenu indécent.

    C’est une vision politique de court terme qui a pu fonctionner pendant quelques dizaines d’années, et qui a été mise en œuvre successivement par des politiciens pas du tout visionnaires.

    Outre le fait que ce soit criminel, et exceptionnellement hypocrite car on sait bien que la marge bénéficiaire reviendra aux capitalistes purs et durs (les « financiers » du système in fine) et que les travailleurs pauvres seront toujours exploités dès leur plus jeune âge, ne leur laissant aucune chance de s’émanciper.

    C’est aussi se tirer une balle dans le pied à long terme, car nous, pays occidentaux, principaux bénéficiaires de production offshore, allons perdre progressivement de quoi financer notre haut niveau de protection sociale, après notre capacité à innover et à produire les choses que nous consommons.

    C’est à peu près déjà la situation dans laquelle nous nous trouvons désormais.

    En étudiant de près les travaux de l’unique Prix Nobel d’Économie français, Maurice Allais, on découvre à la fois ce qui explique la situation paradoxale dans laquelle le monde se trouve, mais aussi les solutions innovantes, originales et pratiques à mettre en œuvre pour se sortir de la tourmente.

    Au risque de choquer encore, je crois que les grandes idées de demain, c’est le « protectionnisme raisonné » et les « frontières commerciales intelligentes ».

    LE DÉSÉQUILIBRE ÉCONOMIQUE POUR LES NULS.

    Pour faire simple, par un exemple que tout un chacun pourra comprendre, prenons le cas d’un distributeur français de t-shirts.

    En France, il n’y a plus aucun fabricant de t-shirts, ils ont tous disparus, ils créaient pourtant des milliers d’emplois dans le textile il n’y a pas si longtemps et l’industrie textile française a toujours été fleurissante.

    Notre distributeur, il y a 10 ou 20 ans, pouvait faire fabriquer en France ses t-shirts pour 5 à 10 euros (30 à 65 francs à l’époque). Le distributeur n’était pas vraiment sollicité à l’époque par les pays exportateurs à faible coûts de main d’œuvre, et le choix de sous-traitants étrangers était plus ou moins limité, on était pas encore dans la « mondialisation » telle qu’on la connaît aujourd’hui.

    Le fabricant français, fournisseur du distributeur dans notre exemple, avait un prix de revient de 2 à 5 euros, et pouvait espérer une belle marge commerciale à deux chiffres lui permettant de faire prospérer son industrie textile en France, d’embaucher, de former, d’innover par l’investissement.

    Dernièrement, avec l’internet qui diffuse une large offre internationale, qui accélère les « collaborations globales » entre offres et demandes et la logistique internationale (« global forwarding logistic services ») qui permet de transporter n’importe quelle marchandise d’un point à un autre du monde sans réelles contraintes et à coût maîtrisé, notre distributeur est sollicité par des fournisseurs de pays exportateurs à faible coût de main d’œuvre.

    Les fournisseurs asiatiques vont proposer désormais à notre distributeur un t-shirt de qualité équivalent ou supérieure à ce qui se produisait en France (oui, je sais que c’est choquant de lire ça, mais sans qu’on ait eu le temps de s’en rendre compte, les chinois ont par exemple considérablement augmenté leur niveau de qualité, au point qu’on ne puisse plus vraiment affirmer que « produit chinois » signifie nécessairement « basse qualité », et il n’y a pas que les chinois en Asie par ailleurs) à un prix qui sera peut-être 2 ou 3 fois inférieur, malgré le coût du transport.

    Notre distributeur, charmé par les offres de services qui se sont multipliées et la facilité de traiter avec les fournisseurs exportateurs à bas coûts a inévitablement abandonné son producteur local pour s’approvisionner là où il pouvait espérer de meilleures marges.

    Du même coup, il a aussi baissé son chiffre d’affaire avec le temps, en proposant à des tarifs finaux moins élevés des produits qu’il a importé moins cher, baissant également sa marge, non pas en pourcentage, car elle a explosé « magiquement », mais en valeur nominale, et c’est là un des autres points cruciaux qui a échappé à tous les baratineurs défenseurs de cette mondialisation là.

    En effet, en achetant un produit 8 euros fabriqué en France, qu’on vendait 15 euros, on réalisait 7 euros de marge nominale, soit 45% de marge environ sur le prix de vente, prix de vente qui était d’ailleurs acceptable pour le marché local, l’ensemble du système étant « maintenu ou orienté vers le haut » (c’est à dire qu’on ne cherchait pas le prix bas à tout prix, mais l’équilibre entre offre et demande locale).

    Mais en achetant ce même produit en Asie, à 2 euros, on va avoir tendance à le vendre 7 euros, on va afficher une superbe marge de près de 70%, mais uniquement 5 euros de marge nominale. Dans le même mouvement, on va avoir tendance à « orienter le système vers le bas » (c’est à dire chercher à vendre encore moins cher, convaincu que c’est la panacé, produire donc moins de résultats in fine, ne pouvant plus ensuite assurer les niveaux de revenus d’avant).

    Pour ce même article, le chiffre d’affaire va baisser de plus de 50%, il faudra vendre deux fois plus de produits pour être sûr de gagner plus d’argent que dans le scénario initial.

    Vous connaissez beaucoup de commerçants qui vendent deux fois plus d’articles, qui consolident leur chiffre d’affaires et qui voient leur marge bénéficiaire nominale augmenter avec la mondialisation ? Pas moi. Par contre j’entends surtout des commerçants qui se plaignent.

    L’idée qui consiste à dire qu’il faut pouvoir contrôler ce qu’on importe pour réguler les prix est objectivement intéressante. Je regrette qu’elle soit rejetée à Gauche et à Droite, mais ça ne m’étonne pas. Les solutions de demain ne viendront pas des mouvements politiques au pouvoir, obsolètes et indirectement corrompus.

    LA SOLUTION MIRACULEUSE (QUI NE RELÈVE PAS DU MIRACLE MAIS DU COURAGE POLITIQUE).

    Je dis que si un produit peut être fabriqué sur le marché local (en France pour ce qui nous concerne, ou en Europe si on veut l’envisager sur le plan européen en second temps), il faut pouvoir privilégier la fabrication locale, c’est le « protectionnisme raisonné ».

    On n’empêchera pas un distributeur d’importer un produit identique ou similaire à 2 euros, lorsque ce dernier peut être fabriqué localement à 8 euros.

    Par contre, on doit pouvoir demander à ce distributeur de contribuer à un « fond d’équilibre commercial » entre le marché local et international, par une taxe à l’importation.

    Que ce fournisseur paye sa marchandise 2 euros à son partenaire asiatique, mais alors qu’on le taxe également de 6 euros supplémentaire pour que son prix de revient ne fasse jamais concurrence à ce qui peut se produire localement.

    Cette taxe reviendra à l’industrie « pénalisée » par les importations de produits des pays à bas coûts (pour financer notamment les investissements locaux dans l’industrie respective, ou le maintient du haut niveau de protection sociale par un système à définir), et/ou viendra en crédit des pays exportateurs à bas coûts, les contraignants à consommer des marchandises produites dans notre pays, à nos coûts et à leur destination.

    Bien entendu, ce modèle tel que je l’ai expliqué est volontairement simpliqué et vulgarisé, mais j’en décris le grand mécanisme d’équilibre.

    Chaque industrie, chaque secteur d’activité devra disposer d’un organisme de contrôle et de régulation des prix, le plus neutralisé possible, le législateur estimera quels seront les produits et les secteurs industriels concernés par cette régulation équilibrante, en concertation avec les corporations.

    Ce qui se produit avec le t-shirt en exemple, se reproduit également à l’infini dans tous les secteurs d’activité, hélas sans qu’on parvienne à contrôler quoi que ce soit, c’est la « mondialisation », la « globalisation » destructrice.

    Le seul mouvement politique qui envisage de mettre en œuvre de telles politiques volontairement nouvelles et inspirées, c’est le Front National derrière Marine Le Pen.

    J’appelle l’Europe à rapidement mettre Maurice Allay au programme de ses économistes les plus influents et à pimenter la vie économique européenne par un peu de protectionnisme raisonné.

    Que la France donne rapidement le rythme d’une politique économique volontaire et innovante, pour le bien des peuples.

  • Le “plan Paulson”, plus grand hold-up du siècle?

    Le 19 septembre 2008 est un jour historique, on ne le dira jamais assez.

    Toutes les bourses du monde affichent d’indécentes hausses, incohérentes et surréalistes en tenant compte de la situation économique mondiale. Interrogez les traders et ils vous répondront qu’ils sont outrés et bleuffés par un événement surprenant qui les dépasse totalement. Personne n’a jamais vu ça auparavant.

    Le “plan Paulson” imaginé par le Secrétaire américain au Trésor Henry Paulson est passé par là. Ma conviction est qu’on assiste plutôt impuissants au plus grand hold-up du siècle, applaudit évidemment par tous les médias internationaux (surtout occidentaux) tous dupés. J’ai de la tristesse pour nos amis contribuables américains, je ne suis pas convaincu qu’ils savent ce qui les attend au tournant.

    Partout on vous explique que le “plan Paulson” a probablement sauvé la finance américaine et donc mondiale, alors qu’en réalité, il fait peser une nouvelle charge de plus de 1,000,000,000,000.00 de dollars (1000 milliards, et probablement bien au delà) sur les contribuables américains, en “isolant” les “fonds toxiques” des établissements financiers, en les faisant supporter par les fonds publics, qui vont les assumer dans une “structure” créée à cet effet. Selon les experts, le coût de cette opération pourrait atteindre 3500$ par américain, ou les dépasser.

    Mais ce plan interdit également ce qu’on appelle la “VAD”, la vente à découvert, ce mystérieux mécanisme (spéculatif puisqu’on parle de bourse) bien connu des traders qui permettait de vendre ce qu’on ne possède pas, avant de l’acheter un peu plus tard, à bon compte. Qu’est-ce que permettait la VAD? Tout simplement de gagner de l’argent lorsque le marché était baissier, mais aussi de “réguler à la baisse”, de contenir les dégringolades de cours et d’empêcher leur brutalité, car il y avait toujours des acheteurs, même à la baisse. Ainsi, on bourse, on gagnait toujours, que ça monte, ou que ça descende. Malheureusement, le revers de la médaille c’est que dans un marché profondément baissier où tout le monde venait à parier sur les baisses, faire en sorte qu’il reparte à la hausse relevait de l’utopie, et c’est bien dans cette situation là que nous étions.

    Désormais, les gendarmes boursiers aux USA (SEC), en Angleterre (FSA) et en France (AMF) ont décidé, en 48h d’interdire la VAD… “temporairement” disent-ils.

    Du coup, les hausses historiques enregistrées, à mon avis, sont essentiellement dues aux rachats de titres liés à ces nouvelles règles du jeu, et pas du tout à la confiance retrouvée dans les marchés. J’imagine au contraire que suite à ces opérations, la confiance sera encore plus limitée désormais. La bourse, c’est une grande part de psychologie, et tout le monde est effrayé, tétanisé même!

    On peut discuter beaucoup de l’opportunité ou non de la vente à découvert et de la spéculation financière dans les deux sens, et on peut entendre ici ou là dire que c’est une bonne décision et finalement du bon sens de supprimer la possibilité de gagner de l’argent dans un mouvement baissier, et qu’en bourse, il est moral de ne gagner de l’argent que dans un mouvement haussier.

    N’oublions pas les fondamentaux de la crise. Le plan imposé au monde par les autorités américaines n’élimine absolument pas le problème de fond, il ne sauve que les capitalistes stratégiques, et ceux que j’appelle les banquiers supérieurs. En aucun cas il ne résout les problèmes des gens anonymes, qui perdent ou vont perdre leur job, qui sont surimposés et abusés par toujours plus de taxes, qui n’ont plus accès au crédit, qui ont perdu ou vont perdre leur maison, et qui ne peuvent plus consommer. Le “plan Paulson” ne résout pas la crise, c’est une décision de courte-vue uniquement pour sauver très temporairement le système.

    Pour ma part, je parie que la crise systémique globale sera plus forte encore, et que tout ceci ne contribuera qu’à l’attiser davantage.

    Quoi qu’on en dise, la tendance lourde mondiale, surtout en occident, c’est la baisse. La décroissance, et sûrement pas la hausse dans les conditions actuelles.

    La majorité des traders pariaient sur un enfoncement des marchés, au moins à moyen terme. S’ils ne peuvent plus faire gagner de l’argent à leurs patrons en misant sur les baisses, que le marché est baissier et qu’on leur impose de gagner sur les hausses, comment le système financier va-t-il pouvoir générer des profits dans un tel marché?

    Le système financier mondial, ultra-capitaliste et ultra-libéral est cette fois définitivement remis en question. Le “plan Paulson” a le mérite de le démontrer, il donne raison aux détracteurs du système global, car c’est bien une institution publique qui vient au secours d’une institution privée, impensable. Maintenant il faut repenser la finance mondiale, très vite, car c’est elle qui assure le développement exponentiel qu’on a connu jusqu’alors (et dont il sera très douloureux, pour ne pas dire dramatique, de se passer).

    Certains spécialistes évoquent la piste du système utilisé dans le monde arabo-musulman, avec les principes de la Charia transposés en matière bancaire et financière. Mais qui serait prêt à franchir le pas, en occident, en Europe, aux USA?…

    Pour aller encore plus loin dans la recherche des conditions qui ont amené le gouvernement américain à une action stratégique majeure et à son interventionnisme en milieu privé, il existe d’autres hypothèses.

    En effet, il y a une autre façon d’interpréter les mesures hallucinantes prises par les régulateurs des marchés en occident visant à interdire la vente à découvert. On peut très bien imaginer que ce changement brutal de règle du jeu cache en réalité une “contre-mesure militaire” (active ou préventive) en pleine guerre économique mondiale?

    Qui peut affirmer aujourd’hui que le monde occidental n’était pas attaqué dernièrement au cœur de son système (ou ne le serait pas prochainement), là où ça fait le plus mal, par une ou des puissances qui visaient les intérêts économiques et financiers, en profitant d’une économie déjà malmenée, et en les faisant s’effondrer, par des opérations massives, continues et diluées, toutes baissières.

    Mais dans le même temps, qui peut affirmer que le monde occidental n’a pas essayé de frapper, avec les mêmes armes, peut-être avec plus ou moins de succès, dans l’antre financière de ses ennemis?

    Observons bien ce qui se passe, les péripéties récentes de la place financière russe sont un bon exemple à mon avis, de ce qu’il est possible de faire dans ce domaine.

  • Quel avenir pour les entrepreneurs?

    Je suis de ceux qui estiment qu’on ne parle pas assez des entrepreneurs, je trouve qu’on n’en dit jamais assez de bien.

    J’en profite pour leur rendre hommage, surtout en ces temps de crise, ils sont en première ligne, en pleine guerre économique mondiale, et doivent jongler quotidiennement avec des nouveaux problèmes qui les dépassent bien souvent.

    Les entrepreneurs, parce qu’on les appelle aussi patrons, ne sont pas considérés à leur juste valeur dans la société.

    Prenons garde de ne jamais confondre les « élites », ces haut dirigeants des grandes entreprises capitalistes qui ont des intérêts discutables, avec les millions de patrons de petites entreprises à taille humaine, qui se battent pour leur liberté d’entreprendre, ou simplement pour préserver ce qu’ils ont su créer.

    Tous ces gens qui ont des idées, qui les mettent en œuvre, qui vivent de leurs initiatives, qui prennent des risques financiers souvent considérables en s’endettant, permettent à beaucoup d’autres, employés et collaborateurs, directs ou indirects, d’en vivre sans en avoir les soucis.

    Je sais que c’est politiquement correct d’affirmer que sans les travailleurs, sans les employés, il n’y a pas d’entreprise, et donc pas de patrons, mais ce n’est pas manquer de respect aux employés que de rappeler que sans les entrepreneurs, sans les patrons, il n’y aurait jamais d’emplois, donc d’employés. Les uns nécessitent les autres. Néanmoins, contrairement à la question de savoir qui de l’œuf ou de la poule vient en premier, pour qu’il y ait des employés, il faut d’abord créer une entreprise à partir d’une idée et du courage d’un entrepreneur, c’est seulement une fois l’activité lancée qu’on peut envisager de créer de nouveaux emplois.

    Toute société moderne nécessite des entrepreneurs qui ont des idées, à l’origine d’entreprises, à l’origine d’activités économiques, à l’origine de nouveaux emplois, à l’origine de la consommation. La boucle est bouclée. Tout ce qui viendrait enrayer cette logique, enraye le système, et compromet la cohésion sociale.

    De mon point de vue, les entrepreneurs, quels qu’ils soient, d’où qu’ils viennent, représentent la première richesse de la communauté, et c’est à ce titre que je demande qu’ils soient respectés, dignement et simplement pour ce qu’ils sont, et ce qu’ils apportent.

    La crise financière mondiale que nous traversons met en exergue l’un des principaux problèmes : le financement des projets d’entreprises, le financement du développement ou celui des investissements.

    De l’avis de tous, les banques, en plus de faire de l’argent sur le dos de leurs clients, devraient jouer un rôle primordial et stratégique : assurer le financement du développement et de l’investissement, pour perpétuer continuellement et sans faille l’économie réelle des sociétés humaines.

    Depuis de nombreuses années maintenant, les banques ne jouaient plus vraiment ce rôle, et avaient privilégié de « fabriquer » de l’argent « virtuellement » avec toujours plus d’argent « virtuel », notamment au travers des places financières et des mécanismes et produits financiers qu’elles ont inventé, au lieu de financer plus largement l’initiative économique, le développement de l’économie réelle.

    La France regorge de talents, paraît-il, alors il faut sans plus attendre permettre à tous ceux et celles qui ont des prédispositions à s’engager dans de nouvelles activités en assurant le financement de leurs (bonnes) idées, et de leurs projets (réalistes).

    Il faut financer la matérialisation des idées pour les transformer en réalisations concrètes chaque fois que c’est possible, c’est à dire en entreprises viables, en activités économiques réelles.

    Hélas, aujourd’hui, la plupart du temps lorsque quelqu’un a une (bonne) idée, il ne trouve jamais le financement pour son investissement initial, c’est un véritable chemin de croix que de trouver des fonds pour se lancer y compris dans un vrai projet viable.

    Le gouvernement français, sous l’impulsion du Président Sarkozy a bien compris l’enjeu stratégique que représentent les petites entreprises et les entrepreneurs, et a pris des mesures très intéressantes pour les protéger contre le tsunami de la crise mondiale.

    Le déploiement très rapide d’un dispositif de soutient aux P.M.E., au travers des « Parrains P.M.E. » ou des « Médiateurs » est un premier succès, même s’il est encore insuffisant. Au moins il aura permis de résoudre un certain nombre de problèmes immédiats, et de « prendre la température ».

    L’utilisation plus intensive et mieux organisée d’organismes tels qu’Oséo pour financer le développement est une excellente chose aussi, même si encore une fois, les procédures sont trop longues pour aboutir.

    Quels sont les problèmes des entrepreneurs aujourd’hui, en pleine crise ?

    – les banques ne financent pas les projets qui ne présentent pas les garanties nécessaires (pour faire simple, on prête un euro contre un euro en garantie en face),

    – les banques ne financent ni le stock ni le fond de roulement, alors que pour vendre, quand elles ont des marchés, les entreprises nécessitent d’avoir du stock d’avance,

    – les banques limitent ou annulent les découverts « autorisés » ou « tolérés », alors que la trésorerie des entreprises est toujours plus tendue, les délais de paiement des clients s’allongent par ailleurs,

    – les assureurs-crédit limitent ou annulent les garanties auprès des fournisseurs ou des grossistes au moindre incident, contraignant les petites entreprises à devoir payer comptant leurs marchandises, alors qu’elles n’ont souvent pas de trésorerie,

    – les contrôles fiscaux sont toujours plus nombreux, dans un système devenu plus sécuritaire, il faut que l’état puisse contrôler pour avoir confiance, hélas lorsque le monde de l’entreprise à taille humaine rencontre l’univers du contrôle fiscal, souvent ils ne se comprennent pas, et ils ne bataillent pas à armes égales,

    – les services du Trésor Public ne facilitent pas les choses en ne remboursant pas rapidement les crédits d’impôts ou de TVA, parfois le Trésor Public, donc l’État doit des dizaines de milliers d’euros à des petites entreprises, qui doivent attendre des mois pour être remboursées, ou même avoir l’autorisation d’en faire simplement la demande !

    – les charges patronales, sociales et générales augmentent continuellement, compromettant la compétitivité des entreprises et activités locales face aux entreprises et activités mondiales.

    On ne pourra pas résoudre rapidement tous les problèmes des entrepreneurs, mais je souhaite qu’on puisse au moins en résoudre un : le financement des projets de développement et le financement des bonnes idées.

    Il n’est plus acceptable que dans un pays comme la France, ce soient des banquiers qui décident, souvent en petit comité, de l’éligibilité au financement de tel ou tel projet. Chacun son métier. Qui peut prétendre aujourd’hui que les banquiers ont à eux seuls les compétences pour comprendre la vision d’un entrepreneur, saisir toute la pertinence d’une nouvelle idée ?

    Je souhaite que tout dossier de financement de projet d’entreprise refusé par une banque soit systématiquement audité par un comité d’entrepreneurs et de business développeurs dont c’est le métier que de créer de l’activité économique, à qui on demandera un avis qui devra être entendu.

    Avec un avis favorable, l’État apporterait une caution financière suffisante, permettant à la banque de débloquer le financement du projet à un taux préférentiel pour l’entrepreneur, porteur du projet.

    Un organisme tel qu’Oséo pourrait parfaitement mettre en place, dans chaque région, une équipe d’entrepreneurs et d’experts dans différents secteurs d’activité, qui auraient leur mot à dire lorsqu’une banque rejette le financement d’un projet de création d’entreprise ou d’investissement, et qui pourraient faire basculer la balance dans le bon sens.

    Trouvons ces experts, trouvons ces entrepreneurs déjà établis qui pourront comprendre leurs homologues, trouvons ces business développeurs, ces gens qui savent comment, à partir d’une idée, produire de l’activité, de manière sécurisée et viable. Au lieu de les voir partir à l’étranger où ils sont compris et reconnus, gardons-les, et utilisons leurs compétences !

    Je sais que l’avenir est très sombre, mais si toutes les énergies créatives, si toutes les bonnes volontés se réunissent, la crise pourrait se transformer en une nouvelle chance de transformer nos institutions, et d’en réformer leur fonctionnement.