Catégorie : DÉFENSE

  • MH370 : Ce que le pilote savait et n’a jamais pu dire
    MH370 : Ce que le pilote savait et n’a jamais pu dire
    Le 8 mars 2014, le Boeing 777 du vol MH370 s’évapore des radars avec 239 personnes à bord. Deux semaines plus tard, l’enquête bute sur des incohérences : un pilote équipé d’un simulateur de vol ultra-perfectionné, des trajectoires impossibles à reconstituer, et des soupçons de piratage électronique. Et si la clé de ce mystère résidait dans ce que le commandant Zaharie Ahmad Shah n’a jamais pu révéler ?

    Un pilote hors norme, un profil qui interroge

    Le commandant Zaharie Ahmad Shah n’était pas un pilote ordinaire. À 53 ans, ce vétéran de Malaysia Airlines cumulait plus de 18 000 heures de vol sur Boeing 777. Mais c’est son passe-temps qui intrigue : un simulateur de vol domestique, réplique quasi parfaite du cockpit du 777, installé dans sa maison de Kuala Lumpur. Un équipement si sophistiqué qu’il permettait de recréer des scénarios de vol réalistes, y compris des atterrissages sur des pistes improbables.

    Pourquoi un pilote expérimenté investirait-il autant dans un tel dispositif ? Les passionnés d’aviation le savent : ces simulateurs servent autant à se perfectionner qu’à explorer des situations extrêmes. Or, selon des sources policières malaisiennes, les enquêteurs ont découvert cinq exercices suspects sur son ordinateur, dont des simulations d’atterrissage sur des pistes militaires, notamment celle de la base de Diego Garcia, territoire britannique ultra-sécurisé dans l’océan Indien. Un détail troublant, révélé par le Malay Mail Online.

    De là à imaginer que Zaharie s’entraînait pour un scénario catastrophe, il n’y a qu’un pas. D’autant que le pilote possédait aussi un hydravion modèle réduit, avec lequel il s’exerçait à des amerrissages. Une coïncidence ? Peut-être. Mais dans une affaire où chaque détail compte, ces éléments dessinent le portrait d’un homme préparé à l’impossible.

    Le Boeing 777, un avion trop intelligent pour son propre bien ?

    Le Boeing 777 est une merveille de technologie. Équipé d’un système Fly-By-Wire (FBW), il peut être contrôlé intégralement par ordinateur, y compris à distance. Une caractéristique qui en fait un avion ultra-sûr… mais aussi potentiellement vulnérable. Car si le FBW permet d’éviter les erreurs humaines, il ouvre aussi la porte à des scénarios de piratage.

    Parmi les hypothèses qui circulent dans les milieux aéronautiques, celle d’une reprogrammation du plan de vol depuis le cockpit gagne du terrain. Le 18 mars, les autorités malaisiennes ont confirmé que la trajectoire du MH370 avait été modifiée manuellement. Mais était-ce vraiment le fait du pilote ? Ou d’un tiers, via une faille dans les systèmes de bord ?

    Je me suis entretenu avec des ingénieurs aéronautiques, qui préfèrent garder l’anonymat. Leur constat est sans appel : « Le 777 est conçu pour résister aux pannes, pas aux cyberattaques. Si quelqu’un a trouvé le moyen de prendre le contrôle du système FBW, les conséquences peuvent être catastrophiques. »

    Un détail technique aggrave les soupçons : le pilote automatique du 777 est capable, en théorie, de réaliser un atterrissage automatique. Une fonction normalement désactivée en vol commercial, mais qui pourrait être réactivée en cas de besoin. Et si le MH370 avait été détourné vers une piste secrète, sans que personne à bord ne puisse l’en empêcher ?

    Les radars militaires ont tout vu… mais se taisent

    Dès les premières heures de la disparition, une question s’est imposée : comment un Boeing 777 peut-il disparaître des écrans radar sans laisser de trace ? La réponse est simple : il ne peut pas. Sauf si les radars militaires, bien plus performants que les radars civils, ont choisi de ne pas intervenir.

    La Malaisie dispose d’une unité d’interception aérienne secrète, la Pasukan Khas Udara, chargée de neutraliser toute menace aérienne. Son existence est officiellement reconnue, mais ses opérations restent classifiées. Or, dans la nuit du 8 mars, le MH370 a effectué un virage à 180 degrés au-dessus de la mer de Chine méridionale, avant de survoler la péninsule malaisienne. Un comportement anormal, qui aurait dû déclencher une intervention immédiate.

    Pourtant, rien. Aucune interception, aucune tentative de contact radio. Comme si les autorités malaisiennes savaient déjà que l’avion ne représentait plus une menace… ou qu’elles avaient reçu l’ordre de le laisser filer.

    Les États-Unis, de leur côté, ont déployé des moyens colossaux pour participer aux recherches. Des satellites, des avions de reconnaissance, des navires. Une mobilisation qui contraste avec le silence des autres pays de la région. Pourquoi un tel empressement ? Certains y voient la preuve que Washington détient des informations cruciales, peut-être liées à des systèmes de surveillance électronique comme ceux de la NSA.

    La piste du fret : et si le coupable était dans la soute ?

    Le MH370 transportait 227 passagers… et 10 tonnes de fret. Parmi les colis, des batteries au lithium, un matériau hautement inflammable, ainsi que des marchandises classées « sensibles » par les douanes malaisiennes. Assez pour justifier un détournement ?

    Dans l’histoire de l’aviation, les cargaisons dangereuses ont souvent été à l’origine de catastrophes. En 1996, le vol ValuJet 592 s’est écrasé en Floride après qu’un incendie, déclenché par des générateurs d’oxygène mal stockés, a ravagé la soute. Plus récemment, en 2010, un Boeing 747 de la compagnie UPS a pris feu en vol à cause de batteries au lithium, tuant les deux pilotes.

    Mais dans le cas du MH370, l’hypothèse d’un incendie en vol ne tient pas. Les systèmes de détection des avions modernes auraient immédiatement alerté l’équipage. Reste une autre possibilité : un colis piégé, conçu pour provoquer une dépressurisation brutale. Une technique utilisée par le passé, notamment lors de l’attentat de Lockerbie en 1988, où une bombe avait fait exploser un Boeing 747 en plein vol.

    Pourtant, les analyses des débris retrouvés jusqu’ici (aucun confirmé comme provenant du MH370 au 24 mars) n’ont révélé aucune trace d’explosif. Et les technologies infrasoniques de l’ONU, capables de détecter les explosions à des milliers de kilomètres, n’ont rien enregistré cette nuit-là. Alors, que transportait vraiment cet avion ?

    Diego Garcia, la base secrète qui fait fantasmer

    Parmi les théories les plus persistantes, celle d’un atterrissage sur la base militaire de Diego Garcia revient sans cesse. Située à 3 500 km de la dernière position connue du MH370, cette île britannique abrite une piste de 3 600 mètres, assez longue pour accueillir un 777. Surtout, elle est interdite aux civils et surveillée par les services de renseignement américains.

    Les exercices découverts sur le simulateur de Zaharie Ahmad Shah incluaient des atterrissages sur des pistes similaires à celle de Diego Garcia. Une coïncidence ? Peut-être. Mais dans le contexte actuel, chaque détail prend des allures de preuve.

    Pourquoi un avion civil atterrirait-il sur une base militaire ultra-sécurisée ? Plusieurs scénarios sont envisageables :

    • Un détournement organisé par des services secrets, pour exfiltrer des passagers ou récupérer une cargaison sensible.
    • Une intervention d’urgence, si l’avion représentait une menace NRBC (nucléaire, radiologique, biologique ou chimique).
    • Une erreur de navigation, si le pilote automatique a été reprogrammé pour une destination inconnue.

    Le problème ? Aucune autorité ne confirmera jamais une telle opération. Diego Garcia est un trou noir de l’information, où les règles du droit international ne s’appliquent pas toujours. Et si le MH370 s’y trouve, nous ne le saurons probablement jamais.

    L’hypothèse du piratage électronique : et si l’avion avait été « effacé » ?

    Parmi les scénarios les plus glaçants, celui d’un piratage électronique du système de vol du 777 mérite d’être exploré. Le Fly-By-Wire repose sur des ordinateurs de bord qui communiquent en permanence avec des satellites. Une faille dans ce système pourrait permettre à un tiers de prendre le contrôle de l’avion à distance.

    Des experts en cybersécurité aéronautique m’ont confirmé que cette hypothèse n’était pas de la science-fiction. « Les protocoles de communication des avions commerciaux ne sont pas aussi sécurisés qu’on le croit. Un hacker déterminé, avec les bonnes connaissances, pourrait théoriquement interférer avec les systèmes de navigation. »

    Pire encore : et si l’avion avait été « effacé » des radars grâce à une technologie militaire secrète ? Les États-Unis et la Russie disposent de systèmes capables de brouiller les signaux radar, voire de rendre un avion invisible aux yeux des satellites. Une technologie qui, si elle était utilisée par des acteurs malveillants, pourrait expliquer pourquoi le MH370 semble s’être volatilisé.

    Dans ce cas, la disparition du vol MH370 ne serait pas un accident, mais une démonstration de force. Un message envoyé au monde entier : « Nous pouvons faire disparaître un avion de ligne sans laisser de trace. »

    Que reste-t-il comme pistes crédibles ?

    À ce stade de l’enquête, quatre hypothèses principales émergent, chacune plus troublante que la précédente :

    1. Un détournement par le pilote : Zaharie Ahmad Shah aurait reprogrammé le vol pour une raison inconnue, avant de faire amerrir l’avion dans une zone reculée de l’océan Indien.
    2. Un piratage électronique : un tiers aurait pris le contrôle du système FBW pour détourner l’avion vers une destination secrète, comme Diego Garcia.
    3. Une intervention militaire : l’avion, considéré comme une menace, aurait été abattu par la force aérienne malaisienne ou une puissance étrangère.
    4. Un accident technique : une défaillance majeure, comme une dépressurisation brutale ou un incendie en soute, aurait forcé le pilote à tenter un amerrissage d’urgence.

    Chacune de ces pistes soulève des questions sans réponses. Pourquoi le transpondeur a-t-il été coupé ? Pourquoi l’avion a-t-il effectué un virage à 180 degrés ? Pourquoi les radars militaires n’ont-ils pas réagi ? Et surtout, pourquoi personne ne semble pressé de lever le voile sur cette affaire ?

    Bref. Quinze jours après la disparition du MH370, une certitude s’impose : nous ne savons pas ce qui s’est passé. Et pire encore, nous ne sommes pas sûrs de vouloir le savoir.

    Conclusion : le silence est une réponse

    Dans cette affaire, chaque révélation soulève de nouvelles questions. Le simulateur du pilote, les exercices suspects, les radars silencieux, les cargaisons mystérieuses… Autant d’éléments qui dessinent le portrait d’un mystère bien plus grand qu’un simple accident aérien.

    Je crains que nous n’ayons jamais la vérité. Pas parce qu’elle est impossible à découvrir, mais parce qu’elle dérange trop de monde. Les autorités malaisiennes ont tout intérêt à clore rapidement cette enquête, quitte à imposer une version officielle bancale. Les États-Unis, de leur côté, ne révéleront jamais ce qu’ils savent vraiment. Et Boeing, dont la réputation est en jeu, fera tout pour éviter que l’on découvre une faille dans ses systèmes.

    Alors, que reste-t-il ? Des familles en deuil, des théories du complot qui fleurissent, et une industrie aéronautique contrainte de revoir ses protocoles de sécurité. Car une chose est sûre : si le MH370 a pu disparaître sans laisser de trace, aucun avion n’est à l’abri.

    Le commandant Zaharie Ahmad Shah emportera ses secrets dans la tombe. Mais son silence, lui, parle encore.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

  • L’Afrique après Mandela : entre mythe humanitaire et réalités géopolitiques
    L’Afrique après Mandela : entre mythe humanitaire et réalités géopolitiques
    La disparition de Nelson Mandela révèle le décalage entre le mythe construit autour de son héritage et la réalité complexe de l’Afrique du Sud. Face aux interventions militaires qui se multiplient sur le continent, une question s’impose : sommes-nous prêts à assumer le coût réel de nos ambitions africaines ?

    Nelson Mandela vient de nous quitter. Pendant que le monde entier célèbre l’icône de la réconciliation, je ne peux m’empêcher de penser que sa mort ouvre une période de vérité inconfortable. Car derrière l’hagiographie médiatique se cache une réalité que peu osent regarder en face : l’Afrique du Sud post-apartheid est loin du paradis promis, et plus largement, notre relation avec le continent africain repose sur des fondations de plus en plus fragiles.

    Le mythe Mandela face à la réalité sud-africaine

    Commençons par l’évidence que personne ne veut voir : l’Afrique du Sud de 2013 est, à bien des égards, dans une situation pire qu’avant Mandela. Je sais, c’est politiquement incorrect de le dire. Mais les chiffres sont têtus.

    Le chômage des Noirs sud-africains atteint aujourd’hui 50%. Cinquante pour cent. La moitié de la population noire, celle-là même que l’ANC était censée libérer, se retrouve sans emploi près de vingt ans après la fin de l’apartheid. L’insécurité a explosé : Johannesburg détient des records mondiaux de criminalité, les fermiers blancs sont assassinés par dizaines chaque année, et les townships restent des zones de non-droit où règnent la violence et la misère.

    L’écrasante majorité des commentateurs qui célèbrent le « miracle sud-africain » n’ont jamais mis les pieds dans le pays. Ils se contentent de répéter le narratif officiel sans voir les barbelés électrifiés qui entourent chaque maison de la classe moyenne, les vigiles armés à chaque coin de rue, la ségrégation de fait qui perdure entre communautés.

    Bien sûr, impossible de ne pas reconnaître les sublimes valeurs morales et le message universel de Mandela. L’homme était sincère, courageux, visionnaire. Mais le système a créé autour de lui un mythe qui a dépassé ses propres espoirs – et surtout, qui sert à masquer l’échec patent de la transformation promise.

    La boîte de Pandore africaine

    Maintenant que Mandela est vraiment mort, sa boîte de Pandore va-t-elle s’ouvrir ? Les tensions raciales en Afrique du Sud, contenues par le charisme de Madiba, risquent de resurgir avec violence. Les jeunes Noirs sud-africains, nés après l’apartheid mais toujours exclus de la prospérité, n’ont plus la patience de leurs aînés.

    Le parti de Julius Malema, les Economic Freedom Fighters, prône ouvertement la confiscation des terres blanches sans compensation. Les discours haineux se multiplient. La rhétorique révolutionnaire revient en force, et cette fois sans la figure tutélaire de Mandela pour prêcher la réconciliation.

    Rappelons-nous d’ailleurs que la trajectoire de Mandela lui-même a commencé par les armes et ce que le régime de l’époque qualifiait de terrorisme. L’Umkhonto we Sizwe, la branche armée de l’ANC qu’il a co-fondée, a mené des attentats meurtriers. Cette violence fondatrice est aujourd’hui occultée par l’hagiographie, mais elle reste dans les mémoires et pourrait bien inspirer une nouvelle génération.

    L’engrenage militaire français en Afrique

    Pendant que nous pleurons Mandela, nos soldats débarquent en Centrafrique. L’opération Sangaris vient s’ajouter à Serval au Mali, sans compter nos bases permanentes au Tchad, au Gabon, à Djibouti. Comprenez bien que nous avons désormais deux fronts ouverts en Afrique, et ce ne sont pas 600 hommes qu’il faudra mais 25 000 dans les dix prochaines années.

    La Centrafrique illustre parfaitement l’impasse de notre politique africaine. Faire de l’ingérence, pourquoi pas, mais ce genre de situation est juste ingérable. Entre les milices Séléka musulmanes et les anti-Balaka chrétiens, c’est un cycle de vengeance sans fin. Nos soldats peuvent au mieux protéger quelques îlots et sécuriser l’extraction de nos ressortissants.

    Car soyons honnêtes : il s’agit avant tout de protéger nos intérêts. L’uranium du Niger pour Areva, le pétrole du Gabon pour Total, les minerais stratégiques un peu partout. La France n’envoie pas ses soldats mourir par philanthropie mais pour sécuriser son approvisionnement énergétique et maintenir son influence face à la Chine.

    Le coût réel de nos ambitions africaines

    Pour préserver ces intérêts en Afrique noire, il faudra engager des dizaines de milliers de militaires pendant des décennies. C’est le prix de notre dépendance aux ressources africaines et de notre volonté de rester une puissance qui compte.

    Mais sommes-nous prêts à payer ce prix ? Nos armées sont déjà sur-engagées, sous-équipées, épuisées par des décennies d’opérations extérieures. Le budget de la Défense fond comme neige au soleil. L’opinion publique se lasse de voir nos soldats mourir pour des causes lointaines.

    Pire encore : chaque intervention militaire génère des flux migratoires. Les populations fuient les zones de conflit et tentent de rejoindre l’Europe. La déstabilisation de la Libye a ouvert les vannes. Le Sahel en guerre pousse des millions de personnes sur les routes. Notre présence militaire, censée stabiliser, finit par alimenter le chaos qu’elle prétend combattre.

    L’Europe face au défi migratoire africain

    La démographie africaine est une bombe à retardement. Le continent comptera 2,5 milliards d’habitants en 2050. Les économies locales, gangrenées par la corruption et l’instabilité, ne pourront absorber cette masse de jeunes. Des millions voudront migrer vers l’Europe.

    Face à cette perspective, nos élites sont schizophrènes. D’un côté, elles prônent l’accueil et l’ouverture. De l’autre, elles savent que l’opinion publique n’acceptera jamais une immigration massive. Christian Estrosi déclare « Jamais ! » à l’idée de migrants africains à Nice, mais ses collègues du gouvernement signent des accords de mobilité avec le Maghreb.

    Cette hypocrisie ne pourra durer. Soit nous assumons une politique d’immigration choisie et limitée, avec les moyens de la faire respecter. Soit nous subissons des arrivées massives qui déstabiliseront nos sociétés. Il n’y a pas de troisième voie.

    Repenser notre relation à l’Afrique

    L’héritage de Mandela nous oblige à regarder la vérité en face. Le modèle post-colonial français en Afrique est à bout de souffle. Nos interventions militaires sont des rustines sur une hémorragie. Notre aide au développement enrichit les élites corrompues sans améliorer le sort des populations.

    Il est temps de repenser radicalement notre relation au continent africain. Non plus comme un pré carré à défendre ou un réservoir de ressources à piller, mais comme un partenaire à part entière. Cela implique d’accepter que l’Afrique trouve sa propre voie, même si elle ne correspond pas à nos standards démocratiques.

    Cela implique aussi de dire la vérité à nos opinions publiques : oui, l’Afrique va connaître des décennies de turbulences. Oui, la pression migratoire va s’intensifier. Oui, nos intérêts économiques seront menacés. Mieux vaut s’y préparer que de faire l’autruche.

    Le véritable impact du rayonnement de Mandela sur l’Humanité va se mesurer dans les années à venir. Hélas, beaucoup vont déchanter quand ils réaliseront que le conte de fées de la réconciliation arc-en-ciel n’était qu’une parenthèse. L’Afrique réelle, avec ses défis colossaux et ses contradictions explosives, reprend ses droits.

    Alors que faire ? D’abord, arrêter de se mentir. Reconnaître que nos bonnes intentions paternalistes font souvent plus de mal que de bien. Accepter que l’Afrique n’a pas besoin de nos leçons de morale mais de partenariats économiques équitables. Et surtout, préparer nos sociétés aux bouleversements qui viennent.

    Car une chose est sûre : l’Afrique de demain ne ressemblera ni au paradis multiculturel vanté par les uns, ni à l’enfer apocalyptique craint par les autres. Ce sera un continent complexe, contrasté, en mutation permanente. À nous de décider si nous voulons l’accompagner dans cette transformation ou la subir.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Road Ahead / Unsplash

  • La France face à ses démons : entre crise syrienne et fractures intérieures
    La France face à ses démons : entre crise syrienne et fractures intérieures
    La France de 2013 traverse une période de turbulences majeures : intervention militaire imminente en Syrie malgré l’opposition populaire, montée des tensions communautaires et rejet massif du gouvernement Valls. Un tableau sombre d’un pays au bord de la rupture.

    Nous sommes fin octobre 2013, et je regarde avec effarement notre pays s’enfoncer dans une spirale d’erreurs stratégiques et de déni face aux réalités qui le rongent. D’un côté, notre gouvernement s’apprête à nous embarquer dans une aventure militaire syrienne aux conséquences potentiellement catastrophiques. De l’autre, il refuse de voir les fractures béantes qui déchirent notre société.

    Une intervention militaire contre l’avis du peuple

    Ce qui me frappe le plus dans cette affaire syrienne, c’est l’aveuglement de nos dirigeants. François Hollande et Barack Obama, ce dernier prix Nobel de la paix, déploient une énergie considérable pour déclencher ce que j’appelle sans détour un potentiel « Armageddon ». On ne mène pas une guerre à l’extérieur quand on a deux tiers de son peuple à l’intérieur qui est contre ! C’est une absurdité totale.

    Le scénario qui se dessine est terrifiant dans sa logique implacable. Si nous frappons la Syrie, Assad ne restera pas les bras croisés. Et derrière lui, il y a la Russie de Poutine. Pour rester crédible, ce dernier sera obligé de riposter en engageant le combat contre la marine et l’aviation française et américaine. En retour, Obama et Hollande devront ouvrir le feu sur les forces russes. C’est l’escalade assurée.

    Mais le pire dans tout cela, c’est que nous allons renforcer Al-Qaïda ! Si vous combattez contre l’armée syrienne aux côtés des rebelles, vous armez et renforcez les terroristes. Les conséquences à moyen terme seront terribles. Le conflit syrien va produire et disséminer des milliers de combattants potentiels, formés à égorger et violer.

    L’échec de la diplomatie occidentale

    Ce qui m’agace profondément, c’est que notre diplomatie, les Américains, ou d’autres diplomaties européennes n’ont pas su imaginer la solution russe qui commence à émerger. Où est passée l’audace diplomatique française ? Nous nous contentons de suivre aveuglément Washington dans une logique de confrontation stérile.

    La question des armes chimiques, utilisée comme prétexte à l’intervention, mérite qu’on s’y attarde. Bien sûr, personne ne doute qu’une attaque chimique a eu lieu. Mais qui en est vraiment l’auteur ? Le commanditaire ? Cette question cruciale reste sans réponse claire, et pourtant nous nous précipitons vers la guerre.

    Une France qui se délite de l’intérieur

    Pendant que nos dirigeants jouent aux apprentis sorciers en Syrie, la France elle-même se désagrège. Les événements de Trappes cet été ont montré l’ampleur du problème. Des communautés appellent à la mobilisation contre la police, et notre ministre Benoît Hamon ose dire qu’il fait « bon vivre » à Trappes. Mon Dieu, y est-il seulement allé ?

    Ce déni permanent face aux réalités de terrain est insupportable. Quand notre ministre des Transports Frédéric Cuvillier dément les comportements de dépouillement de victimes à Brétigny, il insulte l’intelligence des Français. Si on a des doutes sur ces actes de barbarie, alors ayons aussi des doutes sur l’origine accidentelle de la catastrophe.

    Le rejet massif du gouvernement

    Le 14 juillet dernier a été révélateur. J’entendais partout des gens dans le métro demander à ce que tout le monde se donne rendez-vous sur les Champs-Élysées pour huer François Hollande. Et effectivement, le Président a été copieusement sifflé tout au long de sa descente de l’avenue. Il faut souligner son « audace » et son « courage » d’avoir maintenu sa présence malgré tout.

    Mais le plus inquiétant, c’est ce chiffre : près de 9 Français sur 10 sont révulsés par le gouvernement, représenté par Manuel Valls. Jamais dans l’histoire de la Ve République nous n’avions connu un tel niveau de rejet. C’est un signal d’alarme assourdissant que nos élites refusent d’entendre.

    L’immigration et la sécurité : les tabous qui explosent

    Heureusement, certains politiques commencent à briser les tabous. Claude Goasguen ose enfin parler de l’immigration, des frontières, des faiblesses de la France. Il valide ainsi l’argumentation du Front National, et c’est tant mieux. Il est temps d’arrêter l’hypocrisie.

    Car la réalité, c’est que si on continue sur cette trajectoire, la France entière deviendra Marseille. Mais avant, ce sera Nice, Lyon, Paris et d’autres villes qui basculeront. Les bidonvilles que j’observe à Metz lors de mes déplacements, je les vois déjà s’installer dans toutes les grandes villes de France.

    Face à cette situation, la tentation de l’autojustice grandit. Christian Estrosi a raison de rappeler qu’en République, seule la violence légale est acceptable. Mais la réalité va s’imposer, et avec elle, l’autojustice deviendra inévitable si l’État continue à faillir dans ses missions régaliennes.

    La justice laxiste de Christiane Taubira

    Le cas de cette pauvre femme passée en direct dans l’émission « Des paroles et des actes » est emblématique. Son témoignage poignant ne changera rien aux décisions de Christiane Taubira ou Manuel Valls. Notre garde des Sceaux nous parle de « contraintes pénales » alternatives à la prison, mais personne ne comprend de quoi il s’agit concrètement. Que feront ces délinquants à la place de la prison ? Mystère.

    Cette justice à deux vitesses est révoltante. D’un côté, on s’acharne sur des personnalités comme Bernard Tapie, modèle de millions d’entrepreneurs français, ou on rejette à 100% les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy pour 2,4% de dépassement – ce qui est objectivement n’importe quoi. De l’autre, on relâche dans la nature des multirécidivistes dangereux.

    Les lueurs d’espoir dans la tempête

    Malgré ce tableau sombre, quelques lueurs d’espoir percent. Bertrand Piccard et son Solar Impulse traversent les États-Unis sans une goutte de kérosène, 100% solaire. C’est magnifique, fantastique, absolument génial ! Voilà le genre d’innovation et d’audace dont la France a besoin.

    Sur le plan politique, certaines voix s’élèvent avec courage. Christine Boutin, quoi qu’on en pense par ailleurs, fait preuve d’une combativité sans faille dans le dossier contre le mariage pour tous. Arnaud Montebourg a raison de proposer un projet public sur les gaz de schiste – il faut permettre aux scientifiques de chercher, d’explorer toutes les pistes énergétiques.

    Même Jean-Louis Borloo a parfois de bons éclairs de lucidité. Et curieusement, la décision du Parlement européen de lever l’immunité de Marine Le Pen pourrait lui être fortement profitable – un effet boomerang que nos élites n’ont pas anticipé.

    La nécessité d’un sursaut républicain

    Face à cette situation dramatique, j’en appelle à un véritable sursaut républicain. Comme je l’ai dit à certains responsables politiques : arrêtez de vous confronter stérilement, la France a besoin de vos talents, soyez républicains, entendez-vous et avançons !

    François Fillon a raison quand il dit que les feux sont au rouge depuis bientôt une dizaine d’années. Mais je vais plus loin : on est passé au pourpre, puis à l’écarlate. Maintenant, on est dans le mur.

    Il est urgent de s’attaquer aux vrais problèmes. D’abord les taxes et charges hors périmètre obligatoire qui étranglent nos entreprises. Ensuite, la sécurité intérieure qui se dégrade chaque jour. Enfin, une politique étrangère qui défende vraiment nos intérêts au lieu de nous embarquer dans des aventures hasardeuses.

    La France mérite mieux que ces dirigeants déconnectés qui nous mènent droit dans le mur. Il est temps que le peuple reprenne la main sur son destin, avant qu’il ne soit trop tard. Car si nous continuons sur cette trajectoire, ce n’est pas seulement une crise que nous allons traverser, c’est un effondrement complet de notre modèle de société.

    Bref. La France de 2013 est à un tournant historique. Soit nous trouvons collectivement la force de redresser la barre, soit nous sombrons dans le chaos. Le choix nous appartient encore. Pour combien de temps ?

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Lucas Lemoine / Unsplash

  • La France de 2013 : entre crise identitaire et impasses politiques
    La France de 2013 : entre crise identitaire et impasses politiques
    La France de 2013 navigue entre une diplomatie belliciste en Syrie qui divise le pays, une montée des tensions communautaires illustrée par les incidents de Trappes, et une recomposition politique qui voit le Front National gagner du terrain face à des partis traditionnels en pleine déliquescence.

    Regardez autour de vous. Écoutez les conversations dans le métro, dans les cafés. Partout, le même sentiment diffus : celui d’un pays qui ne sait plus où il va. La France de 2013, c’est un navire sans boussole, ballotté entre des crises qu’elle ne parvient plus à maîtriser. Et pendant que nos dirigeants jouent aux apprentis sorciers en Syrie, le pays se fracture de l’intérieur.

    Une diplomatie française à la dérive

    Il faut voir l’énergie déployée par François Hollande pour nous entraîner dans le bourbier syrien. Un ancien maire de Tulle qui se prend pour Churchill, aux côtés d’un prix Nobel de la paix reconverti en va-t-en-guerre. L’absurdité de la situation saute aux yeux : nous voilà prêts à bombarder un pays pour combattre un régime, tout en sachant pertinemment que nous renforcerons ainsi les terroristes d’Al-Qaïda.

    Car c’est bien là le paradoxe mortel de notre position. Si nous combattons l’armée syrienne aux côtés des rebelles, nous armons de facto les islamistes radicaux. Ces milliers de combattants formés à égorger et violer qui, demain, reviendront en Europe avec leur savoir-faire macabre. Mais cette évidence, nos dirigeants refusent de la voir.

    Le plus consternant ? Deux tiers des Français sont contre cette intervention. Deux tiers ! Dans n’importe quelle démocratie digne de ce nom, cela devrait suffire à stopper net les velléités guerrières. Mais non. Hollande persiste, entraînant la France à la queue des États-Unis dans une aventure dont personne ne maîtrise les conséquences.

    Une attaque ciblée en Syrie aura forcément pour objectif l’élimination physique d’Assad. Sa mise sous protection en Iran est un joli coup tactique qui complique singulièrement la donne.

    Et pendant ce temps, Poutine observe, attend. Croyez-vous vraiment qu’il restera les bras croisés si nous attaquons ? Pour rester crédible, il sera obligé de riposter. Et alors ? Alors nous aurons l’aviation française face à l’aviation russe au-dessus de la Méditerranée. Voilà où nous mène cette folie.

    La montée inexorable des fractures communautaires

    Mais la Syrie n’est que la partie émergée de l’iceberg. À l’intérieur, le pays se délite. Prenez Trappes. Benoît Hamon ose dire qu’il y fait « bon vivre », que la ville a « beaucoup changé ». A-t-il seulement mis les pieds dans cette commune où les tensions communautaires explosent régulièrement ?

    Les incidents de juillet dernier ne sont pas des épiphénomènes. Ils révèlent une réalité que nos élites refusent de voir : des territoires entiers échappent progressivement à la République. Des zones où la loi française ne s’applique plus vraiment, où des codes parallèles s’imposent.

    Claude Goasguen a eu le courage de briser le tabou. Oui, il y a un problème avec l’immigration non contrôlée. Oui, nos frontières sont des passoires. Oui, la France montre des signes de faiblesse inquiétants. Et pour avoir dit ces vérités, on le traite de tous les noms.

    Les bidonvilles que je vois pousser dans toutes les grandes villes ne sont pas des mirages. De Metz à Marseille, de Lyon à Paris, la misère s’installe, s’organise, créé ses propres règles. Et pendant ce temps, Christiane Taubira nous explique que la prison n’est pas la solution. Mais alors quoi ? Des « contraintes pénales » dont personne ne comprend ce qu’elles recouvrent ?

    L’exemple de Brétigny-sur-Orge

    L’accident ferroviaire de Brétigny illustre parfaitement notre déliquescence. Des infrastructures vieillissantes, un entretien minimal, et hop : 7 morts, des dizaines de blessés. Mais rassurez-vous, le ministre Cuvillier a des « doutes » sur le décompte des victimes. Des doutes ! Comme s’il ne savait même plus compter les morts dans son propre ministère.

    Cette catastrophe n’est que le symptôme d’un mal plus profond : un État qui ne remplit plus ses missions régaliennes. Les routes se dégradent, les trains déraillent, les services publics ferment. Mais on trouve toujours de l’argent pour des guerres lointaines.

    La recomposition politique en marche

    Face à ce désastre, le paysage politique traditionnel implose. L’UMP ? Regardez le cirque autour des comptes de campagne de Sarkozy. Rejetés à 100% pour un dépassement de 2,4%. C’est du grand guignol ! Pendant qu’ils se déchirent sur des broutilles comptables, le pays sombre.

    François Fillon a raison sur un point : les feux sont au rouge depuis une dizaine d’années. On est même passé au pourpre, puis à l’écarlate. Maintenant, on est dans le mur. Mais que propose-t-il ? Rien. Du vent. Des postures.

    Désormais, on ne doit plus parler de bipolarisation politique en France mais de tripolarisation. Le Front National s’impose comme une force incontournable face à des partis traditionnels discrédités.

    Et pendant ce temps, Marine Le Pen engrange. La levée de son immunité parlementaire ? Je prédis que cela lui sera fortement profitable. Chaque attaque la renforce, chaque procès la légitime. Florian Philippot impressionne par son bon sens et son réalisme sur les plateaux télé. Face aux langue de bois des uns et des autres, leur discours cash séduit.

    Le mirage économique

    Le pompon, c’est Hollande qui ose parler de reprise économique. La reprise est là, qu’il dit. Et même qu’en France, c’est plus rapide qu’ailleurs ! On croit rêver. Ou plutôt cauchemarder.

    Jean-François Copé, au moins, a le mérite de la franchise : la France n’est plus un pays où l’on peut entreprendre, réussir et gagner de l’argent. Les entrepreneurs le savent. Ceux qui le peuvent partent. Les autres subissent.

    Arnaud Montebourg veut explorer les gaz de schiste ? Pourquoi pas. Au moins, il propose quelque chose. Mais avec quels moyens ? Quelle expertise ? On a tué notre industrie, délocalisé nos cerveaux, et maintenant on voudrait jouer dans la cour des grands ?

    Les signaux faibles d’un effondrement annoncé

    Regardez les signaux faibles. Edward Snowden révèle l’ampleur de la surveillance américaine avec PRISM et XKeyscore. Et nous ? Même pas capables de lui offrir l’asile politique. Le pays des droits de l’Homme qui se couche devant Washington. Quelle honte !

    Pendant ce temps, Fukushima continue de cracher sa radioactivité. Toute la côte ouest américaine est contaminée, de l’Alaska au Mexique. Mais chut, il ne faut pas affoler les populations. Continuons à faire comme si de rien n’était.

    Les révolutions arabes ? Un désastre absolu. Égypte, Tunisie, Libye, Syrie : leurs situations respectives ne seront pas stabilisées avant des dizaines d’années. Minimum. Mais nous continuons à jouer aux apprentis sorciers, à soutenir des « printemps » qui se transforment en hivers islamistes.

    Le 14 juillet 2013 : un symbole

    Le 14 juillet dernier restera dans les mémoires. Hollande hué tout au long de sa descente des Champs-Élysées. Du jamais vu. Les Français ne cachent même plus leur mépris pour leurs dirigeants. Dans le métro, les gens se donnaient rendez-vous pour aller le conspuer.

    C’est ça, la France de 2013. Un président hué le jour de la fête nationale. Des ministres déconnectés de la réalité. Une classe politique qui s’auto-congratule pendant que le pays coule.

    Que faire ?

    Alors que faire ? D’abord, arrêter de se mentir. Reconnaître que notre modèle est à bout de souffle. Que nos élites ont failli. Que nos institutions sont inadaptées au monde moderne.

    Ensuite, rebâtir. Mais sur quelles bases ? Avec quels hommes ? Le personnel politique actuel est discrédité. Les partis traditionnels sont des coquilles vides. Reste quoi ? Le Front National qui surfe sur les peurs ? Les extrêmes qui prospèrent sur les ruines ?

    La vérité, c’est qu’on n’a pas de solution miracle. Juste des constats amers et des questions sans réponse. Comment reconstruire la confiance ? Comment refaire nation ? Comment retrouver notre place dans le monde ?

    Une chose est sûre : continuer comme ça nous mène droit dans le mur. Les Français le sentent. Ils l’expriment dans la rue, dans les urnes, dans leur défiance quotidienne. Reste à savoir si nos dirigeants finiront par l’entendre. Ou s’il faudra attendre l’explosion finale pour qu’enfin, quelque chose change.

    « Tout va bien en France », ironisais-je récemment. Non, tout ne va pas bien. Tout va même très mal. Et le pire, c’est que ceux qui pourraient changer les choses préfèrent regarder ailleurs. Jusqu’à quand ?

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Sébastien Ramage / Unsplash

  • La France face aux crises mondiales : entre impuissance et aveuglement
    La France face aux crises mondiales : entre impuissance et aveuglement
    Alors que les crises s’accumulent à l’échelle mondiale – espionnage américain, catastrophe nucléaire japonaise, guerre civile syrienne – la France semble tétanisée, incapable de définir une ligne claire et de défendre ses intérêts. Cette impuissance révèle une crise plus profonde de notre modèle politique et économique.

    Juillet 2013. Edward Snowden vient de révéler l’ampleur du système de surveillance américain. La planète entière découvre PRISM et XKeyscore. Et que fait la France ? Rien. Absolument rien. Pendant que le Venezuela de Maduro offre l’asile au lanceur d’alerte, nous restons silencieux. Pire, nous regardons ailleurs.

    Cette inaction face à Snowden n’est que la partie émergée de l’iceberg. Elle révèle une France qui a perdu sa boussole, incapable de prendre position sur les grands enjeux mondiaux, paralysée par ses propres contradictions internes. De la Syrie à Fukushima, de nos banlieues à notre économie moribonde, nous assistons impuissants à un monde qui change sans nous.

    L’affaire Snowden : quand la France renonce à ses valeurs

    Ce serait pourtant un signal fort et courageux que de donner à Snowden l’asile politique en Europe, avec une résidence en France, pays des droits de l’homme. Mais non. Nous préférons fermer les yeux sur les révélations du programme PRISM qui montrent que la NSA peut accéder à volonté aux données de millions de citoyens dans le monde.

    Les documents révélés par Snowden détaillent un système de surveillance d’une ampleur inédite. XKeyscore permet aux analystes de la NSA de fouiller dans les emails, chats, historiques de navigation de n’importe qui sans autorisation judiciaire. PRISM donne accès direct aux serveurs de Google, Facebook, Apple, Microsoft. Et nous, en France ? Nous faisons comme si de rien n’était.

    Cette lâcheté est d’autant plus incompréhensible que nous avons tout à gagner à prendre position. D’abord moralement : accueillir Snowden serait réaffirmer notre attachement aux libertés fondamentales. Ensuite stratégiquement : cela nous positionnerait comme un acteur indépendant face à l’hégémonie américaine. Enfin technologiquement : cela devrait nous pousser à investir massivement dans nos propres capacités de cybersécurité.

    Au lieu de cela, Fleur Pellerin, notre ministre déléguée au numérique, reste muette. Aucune stratégie, aucune vision, aucun investissement sérieux dans la souveraineté numérique française. Pendant ce temps, les États-Unis continuent d’aspirer nos données, de surveiller nos citoyens, de violer notre souveraineté. Et nous applaudissons.

    La poudrière syrienne : entre gesticulation et aveuglement

    Fin août 2013, la situation en Syrie atteint un point de non-retour. Des attaques chimiques sont rapportées dans la banlieue de Damas. Immédiatement, François Hollande et Barack Obama montent au créneau : il faut frapper Assad ! Punir le régime ! Intervenir militairement !

    Mais attendez. Où sont les preuves ? Qui a vraiment utilisé ces armes chimiques ? Et surtout, que se passera-t-il après les frappes ? Ces questions essentielles sont balayées d’un revers de main. Il faut agir, nous dit-on. Vite. Fort.

    La réalité sur le terrain est pourtant bien plus complexe. D’un côté, le régime d’Assad, certes autoritaire et brutal. De l’autre, une rébellion fragmentée où les groupes islamistes radicaux, dont Al-Qaïda, prennent de plus en plus d’importance. Si nous combattons l’armée syrienne aux côtés des rebelles, nous renforçons et armons de facto les terroristes. Les conséquences à moyen terme seront terribles.

    Vladimir Poutine, lui, a compris les enjeux. La Russie maintient son soutien à Assad non par amour du dictateur, mais par calcul géopolitique : mieux vaut un régime stable, même autoritaire, qu’un chaos islamiste aux portes de l’Europe. Et il a raison. L’histoire récente de l’Irak et de la Libye devrait nous avoir appris que renverser un dictateur sans plan pour la suite mène invariablement au chaos.

    Mais non. Notre ancien maire de Tulle devenu président et le prix Nobel de la paix Obama déploient une énergie folle pour déclencher ce qui pourrait devenir un véritable Armageddon. Car soyons clairs : si la France et les États-Unis frappent, la Russie ne restera pas les bras croisés. Et alors ? Sommes-nous prêts à un affrontement direct avec Moscou ? Pour quel objectif ? Avec quelle stratégie de sortie ?

    Le plus tragique, c’est que deux tiers des Français sont contre cette intervention. On ne mène pas une guerre à l’extérieur quand on a les deux tiers de son peuple à l’intérieur qui est contre ! C’est une absurdité démocratique autant que stratégique.

    Fukushima : le silence assourdissant sur la catastrophe qui vient

    Pendant que nous nous agitons sur la Syrie, une catastrophe bien plus grave se déroule dans l’indifférence générale. Fukushima continue de déverser des quantités massives d’eau radioactive dans l’océan Pacifique. L’ancien directeur de la centrale, resté héroïquement sur place pendant la catastrophe, vient de mourir d’un cancer à 58 ans. Un symbole tragique.

    Les dernières révélations sont terrifiantes. Toute la côte ouest des États-Unis, depuis l’Alaska jusqu’au Mexique, est et sera davantage contaminée par cette eau radioactive. Les courants marins transportent la contamination à travers tout le Pacifique. C’est un désastre écologique sans précédent qui se déroule au ralenti.

    Et que fait la France, pays le plus nucléarisé au monde par habitant ? Rien. Pas un mot de nos dirigeants. Pas un débat sérieux sur notre propre sécurité nucléaire. Pas un investissement massif dans les énergies renouvelables. Au contraire, nous continuons comme si de rien n’était, persuadés que « chez nous c’est différent ».

    Cette cécité volontaire est criminelle. Fukushima nous montre que même dans un pays technologiquement avancé comme le Japon, une catastrophe nucléaire majeure est possible. Les conséquences se mesurent en décennies, voire en siècles. Mais nous préférons regarder ailleurs.

    Nos banlieues : la bombe à retardement que personne ne veut voir

    Juillet 2013, Trappes. Des émeutes éclatent après un contrôle d’identité. Le commissariat est attaqué. Benoît Hamon, sur BFM TV, nous assure qu’il fait « bon vivre » à Trappes, que la ville a « beaucoup changé ». Mon dieu, Benoît, y êtes-vous allé récemment ?

    La réalité, c’est que nos banlieues sont des poudrières. Des territoires abandonnés par la République, livrés aux trafiquants et aux islamistes. Imaginez les conséquences si des attaques coordonnées de commissariats s’organisent dans nos banlieues. Ce n’est plus de la science-fiction, c’est une possibilité réelle.

    Mais nos élites préfèrent nier. Comme toujours. Claude Goasguen a le courage de casser le tabou, de parler de l’immigration incontrôlée, des frontières passoires, des faiblesses de la France. Il valide des arguments que seul le Front National osait porter jusqu’ici. Et il a raison.

    Car pendant que nous débattons du mariage pour tous – sujet certes important mais pas prioritaire – nos banlieues s’enfoncent dans la violence et le communautarisme. Les incidents de Brétigny-sur-Orge, où des cadavres auraient été dépouillés par des « jeunes », sont niés par notre ministre Cuvillier. Pourquoi ce déni systématique ? Par peur d’affronter la réalité ?

    L’économie française : le naufrage en cours

    François Fillon a raison : les feux sont au rouge depuis bientôt dix ans. On est même passé au pourpre, puis à l’écarlate. On est dans le mur ! Mais Hollande, lui, voit la reprise partout. Il nous assure même que chez nous, en France, c’est plus rapide qu’ailleurs ! L’aveuglement atteint des sommets.

    La réalité ? Des millions d’entrepreneurs fuient le pays. Ces Français qui s’expatrient ne sont pas des lâches mais des héros, des aventuriers, des courageux qui refusent de couler avec le navire. Les propriétaires de TPE et PME, premier employeur du pays et sa seule force vive, paient le prix fort de notre folie fiscale.

    Benoît Hamon veut « verdir l’impôt ». Traduction : il va noircir la vie des Français les plus actifs qui vont finir par voir rouge et voter bleu marine. Car c’est bien là que nous mène cette politique suicidaire : droit dans les bras du Front National.

    Detroit vient de se déclarer en faillite. Une ville américaine, débitrice envers plus de 100 000 créanciers qui ne seront jamais payés. Ce n’est que le début. Et nous, en France, nous continuons à dépenser sans compter, à taxer sans limite, à réglementer sans raison. Comme si les lois de l’économie ne s’appliquaient pas à nous.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : KOBU Agency / Unsplash

  • Syrie : Quand un Nobel de la Paix et un maire de Tulle jouent avec le feu
    Syrie : Quand un Nobel de la Paix et un maire de Tulle jouent avec le feu
    Alors que la crise syrienne atteint un point de non-retour, Barack Obama et François Hollande déploient une énergie considérable pour justifier une intervention militaire. Une convergence troublante entre un Nobel de la Paix et un ancien maire de Tulle qui interroge sur les véritables motivations de cette marche forcée vers la guerre.

    Je regarde, sidéré, cette valse diplomatique qui se joue en ce début septembre 2013. D’un côté, Barack Obama, prix Nobel de la Paix 2009. De l’autre, François Hollande, ancien maire de Tulle devenu président. Deux hommes que tout devrait opposer, unis dans ce qui ressemble furieusement à une course effrénée vers l’intervention militaire en Syrie.

    Le paradoxe est saisissant. Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment un lauréat du prix Nobel de la Paix peut-il déployer tant d’énergie pour convaincre le monde de la nécessité de bombarder un pays souverain ? Comment un socialiste français, héritier d’une tradition pacifiste, peut-il se retrouver plus belliqueux que les Britanniques eux-mêmes ?

    L’étrange duo de la guerre

    Barack Obama, c’est cette figure paradoxale de l’Amérique moderne. Élu en 2008 sur la promesse de mettre fin aux aventures militaires de George W. Bush, couronné du prix Nobel de la Paix avant même d’avoir accompli quoi que ce soit de concret. Le comité Nobel avait justifié ce choix par ses « efforts extraordinaires pour renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples ». Quatre ans plus tard, le voilà qui martèle la nécessité d’une frappe militaire contre le régime de Bachar el-Assad.

    François Hollande, lui, c’est l’incarnation de la province française qui accède aux plus hautes fonctions. Maire de Tulle pendant sept ans, cette petite préfecture de Corrèze de 15 000 habitants. Un parcours classique d’apparatchik socialiste, qui aurait dû logiquement le conduire à une certaine prudence en matière de politique étrangère. Erreur. Depuis l’intervention au Mali en janvier dernier, notre président semble avoir pris goût aux opérations militaires.

    Ce qui frappe, c’est l’acharnement de ces deux hommes. Alors que le Parlement britannique vient de rejeter toute intervention militaire le 29 août, que l’opinion publique mondiale est massivement opposée à une nouvelle guerre au Moyen-Orient, Obama et Hollande persistent. Ils déploient une énergie considérable, multiplient les déclarations, les consultations, les pressions diplomatiques.

    Pourquoi une telle obstination ?

    La ligne rouge et le piège rhétorique

    Tout a commencé avec cette fameuse « ligne rouge » tracée par Obama en août 2012. L’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien déclencherait automatiquement une réponse américaine, avait-il prévenu. Une déclaration qui ressemble aujourd’hui à un piège dans lequel le président américain s’est lui-même enfermé.

    Car voilà le problème : une fois la ligne rouge franchie – et les images terribles de l’attaque chimique présumée du 21 août dans la banlieue de Damas sont là pour en témoigner – comment reculer sans perdre toute crédibilité ? Obama se retrouve prisonnier de sa propre rhétorique. Le Nobel de la Paix doit maintenant prouver qu’il n’est pas un président faible.

    Hollande, de son côté, semble voir dans cette crise une opportunité. Après des débuts calamiteux sur la scène intérieure, avec une popularité en chute libre, l’intervention au Mali lui a offert un répit. La posture martiale, ça paie électoralement. Du moins à court terme. Alors pourquoi ne pas rejouer la même partition en Syrie ?

    Mais cette fois, le contexte est radicalement différent. La Syrie n’est pas le Mali. C’est un pays au cœur d’un Moyen-Orient en ébullition, avec des alliances complexes, des enjeux géopolitiques majeurs. La Russie de Poutine soutient Assad. L’Iran est dans l’équation. Le Hezbollah libanais aussi. Sans parler de la mosaïque d’oppositions syriennes, où les islamistes radicaux gagnent chaque jour du terrain.

    L’engrenage de l’escalade

    Ce qui m’inquiète le plus, c’est cette mécanique implacable de l’escalade. Une fois le processus enclenché, il devient presque impossible de l’arrêter. Les déclarations martiales appellent d’autres déclarations martiales. Les préparatifs militaires entraînent d’autres préparatifs. La logique de guerre s’installe, inexorablement.

    Je vois déjà les porte-avions américains qui convergent vers la Méditerranée orientale. Les forces françaises qui se tiennent prêtes. Les missiles de croisière qu’on arme. Toute cette machinerie de guerre qui se met en branle, avec sa propre inertie, sa propre logique.

    Et pendant ce temps, que fait-on des leçons de l’Irak ? De l’Afghanistan ? De la Libye ? Ces interventions qui devaient apporter la démocratie et la stabilité, et qui n’ont laissé que chaos et désolation. Colin Powell agitant sa fiole devant l’ONU en 2003, ça ne vous rappelle rien ? Les « preuves irréfutables » qui se révèlent être des fabrications. Les « frappes chirurgicales » qui tuent des civils. Les « opérations limitées » qui s’enlisent.

    Mais non, cette fois c’est différent, nous assure-t-on. Il ne s’agit que de « punir » Assad pour l’utilisation d’armes chimiques. Des frappes limitées, ciblées, sans troupes au sol. Vraiment ?

    Les vrais enjeux derrière le rideau de fumée moral

    Soyons clairs : personne ne défend l’utilisation d’armes chimiques. Les images de ces enfants gazés sont insoutenables. Mais est-ce vraiment de cela qu’il s’agit ? Ou bien y a-t-il d’autres enjeux, moins avouables, derrière cette soudaine indignation morale ?

    La Syrie, c’est un nœud géostratégique majeur. C’est l’allié de l’Iran, l’ennemi juré d’Israël. C’est le dernier bastion russe au Moyen-Orient, avec la base navale de Tartous. C’est aussi un pays par lequel transitent des pipelines stratégiques. Curieusement, on parle beaucoup moins de ces aspects-là.

    Et puis il y a cette étrange sélectivité de l’indignation occidentale. Des dizaines de milliers de morts en Syrie depuis 2011, tués par des armes conventionnelles, ça n’émeut pas grand monde. Mais quelques centaines tués par des gaz, et soudain c’est l’émoi général ? Les morts chimiques valent-ils plus que les morts par balles ou par bombes ?

    Je ne peux m’empêcher de penser que cette fixation sur les armes chimiques sert surtout de prétexte. Un prétexte moral inattaquable pour justifier une intervention dont les véritables motivations sont ailleurs. Renverser Assad ? Affaiblir l’Iran ? Contenir la Russie ? Sécuriser Israël ? Tout cela à la fois, probablement.

    Le spectre d’Armageddon

    Ce qui me terrifie, c’est le potentiel d’escalade incontrôlée. La Syrie n’est pas une île isolée. C’est une poudrière au cœur d’une région explosive. Une intervention occidentale pourrait déclencher une réaction en chaîne aux conséquences imprévisibles.

    Imaginons que les frappes occidentales touchent des conseillers militaires russes ou iraniens. Quelle sera la réaction de Moscou ? De Téhéran ? Et si le Hezbollah décidait de riposter en attaquant Israël ? Et si les groupes djihadistes profitaient du chaos pour s’emparer d’arsenaux chimiques ?

    Le mot Armageddon peut paraître excessif. Mais quand on joue avec le feu dans une région aussi volatile, avec autant d’acteurs aux intérêts divergents, avec autant d’armes en circulation, le pire est toujours possible. L’histoire nous l’a appris : les grandes conflagrations commencent souvent par de petites étincelles.

    Et nos deux apprentis sorciers, notre Nobel de la Paix et notre maire de Tulle, semblent décidés à allumer cette étincelle. Avec quelle légitimité ? Le Congrès américain n’a pas encore voté. Le Conseil de sécurité de l’ONU est bloqué par le veto russe. L’opinion publique est massivement hostile. Mais qu’importe, ils savent mieux que nous ce qui est bon pour la paix mondiale.

    L’impasse morale et stratégique

    Au-delà de l’ironie amère de voir un prix Nobel de la Paix pousser à la guerre, c’est toute la faillite de notre système international qui se révèle. Nous sommes face à une situation où tout le monde sait que l’intervention militaire ne résoudra rien, mais où les dirigeants se sentent obligés d’agir pour « sauver la face ».

    Car soyons honnêtes : que peuvent accomplir des frappes aériennes limitées ? Renverser Assad ? Non, ce n’est pas l’objectif affiché. Détruire ses stocks d’armes chimiques ? Techniquement très difficile et dangereux. Le « punir » ? Concept juridique douteux en droit international. Dissuader de futures utilisations ? Peut-être, mais à quel prix ?

    En réalité, nous sommes dans une logique purement symbolique. Il faut frapper pour montrer qu’on frappe. Il faut agir pour ne pas paraître faible. C’est de la politique de posture, pas de la stratégie. Et pendant ce temps, les Syriens continuent de mourir, que ce soit sous les bombes du régime ou dans les exactions des rebelles.

    La vraie question, celle que personne ne veut poser, c’est : et après ? Admettons que les frappes aient lieu. Qu’Assad soit affaibli. Qui prendra le pouvoir ? Les islamistes radicaux qui dominent de plus en plus l’opposition armée ? Est-ce vraiment une amélioration ? Veut-on vraiment d’une Syrie aux mains d’Al-Qaïda ?

    Bref. Nous voilà avec un Nobel de la Paix et un ancien maire de province qui jouent aux stratèges planétaires, prêts à déclencher une conflagration dont personne ne peut prévoir l’issue. L’énergie qu’ils déploient pour nous convaincre du bien-fondé de leur croisade est inversement proportionnelle à la clarté de leurs objectifs.

    En ce début septembre 2013, je ne peux m’empêcher de penser que nous sommes à un tournant. Soit la raison l’emportera – peut-être grâce au Congrès américain, peut-être grâce à une initiative diplomatique de dernière minute – soit nous nous engageons dans un nouveau cycle de violence au Moyen-Orient. Avec, à la manœuvre, ces deux figures improbables : un Nobel de la Paix va-t-en-guerre et un maire de Tulle qui se prend pour Napoléon.

    L’histoire jugera. Mais j’ai bien peur que son verdict ne soit sévère pour ces apprentis sorciers qui jouent avec le feu d’Armageddon.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    • Déclaration d’Obama sur la « ligne rouge » syrienne – 20 août 2012
    • Vote du Parlement britannique contre l’intervention – 29 août 2013
    • Rapport préliminaire de l’ONU sur l’attaque chimique du 21 août 2013
    • Sondages d’opinion sur l’intervention en Syrie – Gallup, septembre 2013

    Photo : Emin Huric / Unsplash

  • Syrie : la poudrière du Moyen-Orient et le jeu dangereux des grandes puissances
    La crise syrienne atteint un point de non-retour avec l’utilisation présumée d’armes chimiques. Les États-Unis et la France préparent une intervention militaire tandis que la Russie se positionne en défenseur du régime Assad, créant les conditions d’une confrontation directe entre grandes puissances.

    Je regarde avec effroi ce qui se déroule en Syrie. Deux ans et demi après le début du conflit, nous voici au bord d’une escalade militaire internationale qui pourrait bien dépasser tout ce que nous avons connu depuis la guerre froide. Les récentes accusations d’utilisation d’armes chimiques dans la banlieue de Damas ont mis le feu aux poudres diplomatiques. Obama et Hollande, respectivement Prix Nobel de la paix et ancien maire de Tulle, déploient une énergie considérable pour justifier une intervention militaire. La situation me rappelle étrangement les prémices de la guerre en Irak en 2003.

    L’équation syrienne : un conflit aux multiples visages

    Le conflit syrien n’est pas une simple rébellion contre un dictateur. C’est devenu un enchevêtrement complexe d’intérêts divergents où s’affrontent l’armée régulière syrienne, des groupes rebelles hétéroclites, des milices islamistes radicales et, en coulisses, les grandes puissances mondiales. La ligne de fracture ne passe plus simplement entre Assad et l’opposition, mais entre des visions géopolitiques radicalement opposées.

    D’un côté, les États-Unis et la France brandissent la menace d’une intervention « limitée et ciblée » pour punir l’utilisation présumée d’armes chimiques. De l’autre, la Russie de Poutine maintient son soutien indéfectible au régime de Damas, considéré comme un allié stratégique crucial au Moyen-Orient. Entre les deux, une population syrienne prise en otage qui paie le prix fort de cette guerre par procuration.

    Ce qui me frappe, c’est l’absence totale de réflexion sur l’après. Qui pourrait remplacer Assad ? Les rebelles « modérés » tant vantés par les chancelleries occidentales ? Permettez-moi d’en douter. Sur le terrain, ce sont de plus en plus les groupes islamistes radicaux qui prennent le contrôle des zones « libérées ». Le chaos libyen post-Kadhafi devrait pourtant nous servir de leçon.

    Les armes chimiques : prétexte ou ligne rouge ?

    L’attaque chimique présumée du 21 août dans la Ghouta orientale a changé la donne. Les images terribles d’enfants gazés ont bouleversé l’opinion mondiale. Mais au-delà de l’émotion légitime, plusieurs questions restent sans réponse. Qui a vraiment utilisé ces armes ? Le régime syrien avait-il intérêt à franchir cette « ligne rouge » alors que les inspecteurs de l’ONU étaient présents à Damas ?

    Le marketing militaire bat son plein. On nous présente désormais « Bachar le chimique », une marque soigneusement construite pour justifier l’intervention. Cette rhétorique me rappelle furieusement les « armes de destruction massive » de Saddam Hussein. La manipulation de l’opinion publique suit toujours les mêmes recettes.

    Les frappes envisagées sont présentées comme « chirurgicales » et « limitées ». Mais soyons clairs : la Syrie ne restera pas sans réagir. Assad dispose encore de moyens militaires conséquents et surtout, il bénéficie du soutien actif de la Russie et de l’Iran. Une attaque occidentale pourrait déclencher une réaction en chaîne aux conséquences imprévisibles.

    Le piège de l’escalade militaire

    Ce qui m’inquiète le plus, c’est la logique d’escalade dans laquelle nous sommes engagés. Si les États-Unis et la France frappent, Poutine sera obligé de riposter pour maintenir sa crédibilité. La flotte russe est déjà positionnée en Méditerranée orientale. Un accrochage, même accidentel, entre forces occidentales et russes pourrait dégénérer rapidement.

    Nous sommes face à un scénario de type « piège de Thucydide » où deux puissances, par une série d’actions et de réactions, se retrouvent entraînées dans un conflit qu’aucune ne souhaite vraiment. La Syrie pourrait devenir le Sarajevo du XXIe siècle, le détonateur d’un conflit bien plus large.

    L’objectif réel d’une frappe occidentale reste flou. S’agit-il simplement de « punir » l’utilisation d’armes chimiques ? D’affaiblir le régime Assad ? Ou, comme je le soupçonne, l’objectif ultime est-il l’élimination physique du président syrien ? Dans ce cas, sa mise sous protection en Iran serait un coup de maître qui compliquerait singulièrement la tâche des stratèges occidentaux.

    Les acteurs régionaux et leurs agendas cachés

    La Syrie est devenue le théâtre d’une guerre par procuration où s’affrontent les ambitions régionales. L’Arabie Saoudite et le Qatar financent généreusement les groupes rebelles, y compris les plus radicaux, dans l’espoir de briser l’axe chiite Téhéran-Damas-Hezbollah. La Turquie d’Erdogan joue sa propre partition, oscillant entre soutien aux rebelles et crainte d’un Kurdistan autonome à sa frontière.

    Israël observe avec attention, partagé entre la satisfaction de voir s’affaiblir un ennemi historique et l’inquiétude face à la montée des groupes djihadistes. Le Liban voisin tremble sur ses bases, les tensions confessionnelles syriennes menaçant de raviver ses propres démons.

    L’Iran, de son côté, ne peut se permettre de perdre son allié syrien, vital pour son influence régionale et sa connexion avec le Hezbollah libanais. Téhéran a déjà engagé des conseillers militaires et des milices chiites pour soutenir Assad. Une intervention occidentale pourrait pousser l’Iran à intensifier son implication, avec le risque d’un embrasement régional.

    L’opinion publique et le spectre de l’Irak

    Les opinions publiques occidentales restent largement hostiles à une nouvelle aventure militaire au Moyen-Orient. Le souvenir cuisant de l’Irak et de l’Afghanistan pèse lourd. Les mensonges sur les armes de destruction massive irakiennes ont laissé des traces profondes. Comment croire aujourd’hui les mêmes gouvernements qui nous ont menti hier ?

    Au Royaume-Uni, le Parlement a déjà dit non à Cameron. Aux États-Unis, Obama hésite et cherche l’aval du Congrès. En France, Hollande semble plus déterminé mais l’opinion publique ne suit pas. Cette guerre annoncée manque cruellement de légitimité démocratique.

    Les médias mainstream jouent leur partition habituelle, relayant sans recul la propagande de guerre. Mais les réseaux sociaux et les médias alternatifs offrent aujourd’hui un contre-récit qui complique la tâche des va-t-en-guerre. La manipulation de l’opinion n’est plus aussi aisée qu’en 2003.

    Vers l’Armageddon ?

    Je ne peux m’empêcher de penser que nous marchons les yeux grands ouverts vers une catastrophe. Deux dirigeants occidentaux, l’un Prix Nobel de la paix, l’autre ancien maire de Tulle, semblent déterminés à déclencher ce qui pourrait devenir un Armageddon moderne. L’hubris occidental se heurte à la détermination russe et iranienne. Entre les deux, c’est le peuple syrien qui continue de souffrir.

    Une intervention militaire occidentale en Syrie ne résoudra rien. Au contraire, elle risque d’aggraver le chaos, de renforcer les extrémistes et de créer les conditions d’une confrontation directe entre grandes puissances. N’avons-nous rien appris de nos échecs passés ?

    La solution en Syrie ne peut être que politique et diplomatique. Elle passe par une négociation incluant tous les acteurs, y compris ceux que nous n’aimons pas. Elle nécessite de reconnaître que Assad, aussi détestable soit-il, reste pour l’instant le seul rempart contre une prise de pouvoir par les djihadistes. Elle exige surtout que l’Occident abandonne ses fantasmes de changement de régime et accepte la complexité du monde multipolaire qui émerge.

    Mais j’ai peu d’espoir. La machine de guerre semble lancée. Les faucons l’emportent sur les colombes. Nous fonçons vers l’abîme avec l’assurance des somnambules. Puissions-nous nous réveiller avant qu’il ne soit trop tard.

    Pour aller plus loin

    • « La Question syrienne » de Georges Corm – Une analyse historique et géopolitique du conflit syrien
    • Le blog « Un oeil sur la Syrie » – Analyses quotidiennes de la situation sur le terrain
    • Les rapports de l’International Crisis Group – Des analyses détaillées et nuancées du conflit
    • « Syrie, l’État de barbarie » de Michel Seurat – Pour comprendre les racines du régime Assad
    • Les dépêches de l’agence SANA – Le point de vue officiel syrien, à lire avec distance critique

    Sources et références

    • Rapport de Human Rights Watch sur les violations des droits de l’homme en Syrie (juin 2013)
    • Données du HCR sur les réfugiés syriens (août 2013)
    • Analyses de l’Institut français du Proche-Orient (IFPO)
    • Rapports du Centre Carnegie pour le Moyen-Orient
    • Statistiques de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH)
  • Syrie : l’équation impossible d’une intervention occidentale
    Syrie : l’équation impossible d’une intervention occidentale
    L’intervention militaire envisagée en Syrie suite aux attaques chimiques présumées risque de déclencher une escalade incontrôlable. Face à un Assad soutenu par la Russie et l’Iran, et des rebelles infiltrés par les islamistes, l’Occident n’a que des mauvais choix.

    Le tambour de guerre résonne de plus en plus fort. Depuis les images terribles en provenance de la Ghouta orientale le 21 août dernier, montrant des centaines de victimes d’une attaque chimique présumée, la machine diplomatico-militaire occidentale s’est mise en branle. François Hollande martèle sa détermination, Barack Obama hésite mais se prépare, David Cameron a déjà essuyé un camouflet au Parlement britannique. Et pendant ce temps, Bachar el-Assad continue de bombarder son peuple, fort du soutien indéfectible de Moscou et Téhéran.

    Mais au-delà des postures morales et des déclarations martiales, une question fondamentale demeure : que peut réellement accomplir une intervention militaire en Syrie ? Et surtout, sommes-nous prêts à en assumer toutes les conséquences ?

    Le piège de la « frappe chirurgicale »

    L’option privilégiée par les stratèges occidentaux serait une série de frappes « limitées et ciblées » visant les capacités chimiques du régime. Un scénario à la libyenne, en somme, mais sans engagement au sol. Cette approche, séduisante sur le papier, relève pourtant de l’illusion dangereuse.

    D’abord, parce que la Syrie n’est pas la Libye. Le régime de Damas dispose d’une défense anti-aérienne sophistiquée, fournie et modernisée par la Russie. Les S-300 et autres systèmes Pantsir-S1 ne sont pas des jouets. Toute opération aérienne comportera des risques significatifs pour les pilotes occidentaux.

    Ensuite, et c’est là le point crucial : Assad ne restera pas les bras croisés. Contrairement à ce que semblent croire nos stratèges en chambre, la Syrie ne répliquera pas de façon mesurée à une intervention internationale précise et limitée. Au contraire. Le régime dispose de multiples moyens de riposte :

    • Activation du Hezbollah libanais contre Israël
    • Frappes de missiles balistiques sur les bases occidentales en Turquie
    • Actions terroristes via ses réseaux dormants en Europe
    • Escalade chimique massive contre les populations rebelles

    Et les Occidentaux le savent parfaitement. C’est d’ailleurs pourquoi l’hésitation est si palpable dans les chancelleries.

    L’objectif inavoué : éliminer Assad

    Soyons clairs : une attaque ciblée en Syrie aura forcément pour objectif l’élimination physique d’Assad. C’est la seule façon de « gagner » rapidement sans s’enliser. Mais là encore, le régime a anticipé. La mise sous protection du président syrien en Iran serait un coup de maître stratégique.

    Imaginez la scène : Assad réfugié à Téhéran, continuant de diriger ses troupes à distance, transformé en martyr de la résistance arabe face à l’impérialisme occidental. L’effet sur l’opinion publique régionale serait dévastateur pour nos intérêts.

    Sans compter la réaction russe. Vladimir Poutine a investi trop de capital politique et militaire en Syrie pour laisser tomber son allié sans réagir. Pour rester crédible, Poutine sera obligé de riposter en engageant le combat contre la marine et l’aviation française et américaine. Sommes-nous prêts à risquer une confrontation directe avec la Russie pour la Syrie ?

    Le dilemme des rebelles islamistes

    Mais le tableau se complique encore quand on examine qui nous soutiendrions de facto en attaquant Assad. L’Armée syrienne libre, ce fantasme médiatique d’une opposition modérée et démocratique, a largement cédé la place sur le terrain à des groupes islamistes radicaux.

    Le Front al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, contrôle des pans entiers du territoire rebelle. L’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) impose sa loi brutale dans les zones « libérées ». Ces groupes profitent du chaos pour imposer leur vision totalitaire de l’islam.

    Paradoxalement, il serait peut-être temps de venir en aide militairement à la Syrie en combattant le terrorisme islamiste aux côtés de l’armée syrienne. Oui, vous avez bien lu. Car entre un dictateur laïc et des fanatiques religieux qui décapitent, lapident et réduisent les femmes en esclavage, le choix du moindre mal s’impose.

    Mais cette option est politiquement impossible. Après avoir diabolisé Assad pendant deux ans, comment expliquer un tel revirement ? La propagande a ses limites.

    La guerre de communication fait rage

    D’ailleurs, en parlant de propagande, avez-vous remarqué comment nos médias ont soudainement introduit l’expression « Bachar le chimique » ? Un joli coup de marketing militaire qui prépare psychologiquement l’opinion à l’intervention. Plus facile de bombarder un monstre chimique qu’un président, fût-il autoritaire.

    Cette manipulation sémantique révèle la faiblesse de notre position. Si nos arguments étaient solides, aurions-nous besoin de ces artifices rhétoriques ? La vérité, c’est que nous n’avons toujours aucune preuve irréfutable de la responsabilité d’Assad dans l’attaque chimique. Les inspecteurs de l’ONU n’ont pas rendu leurs conclusions.

    Rappelons-nous l’Irak et les fameuses « armes de destruction massive » de Saddam Hussein. Colin Powell agitant sa fiole devant le Conseil de sécurité. Les « preuves irréfutables » qui se sont révélées être des fabrications. Allons-nous répéter les mêmes erreurs ?

    L’impossible équation militaire

    Au final, on ne mène pas une guerre seul contre un pays comme la Syrie. C’est une évidence que nos dirigeants semblent oublier. La Syrie, c’est :

    • Une armée de 300 000 hommes aguerris par deux ans de guerre civile
    • Des milliers de missiles balistiques pointés sur Israël et la Turquie
    • Un arsenal chimique dispersé sur des dizaines de sites
    • Le soutien logistique et militaire de l’Iran et du Hezbollah
    • La protection diplomatique et militaire de la Russie

    Face à cela, que peuvent quelques frappes aériennes ? Au mieux, elles affaibliront temporairement le régime. Au pire, elles déclencheront une escalade régionale incontrôlable.

    Et puis, admettons que par miracle nous parvenions à faire tomber Assad. Qui pour le remplacer ? Les Frères musulmans ? Les salafistes ? Un gouvernement de coalition ingouvernable comme en Irak ? Le chaos libyen ?

    La Syrie est un pays complexe, avec ses minorités alaouites, chrétiennes, druzes, kurdes. Assad, malgré tous ses crimes, garantissait un certain équilibre confessionnel. Sa chute risque de déclencher un bain de sang intercommunautaire qui fera passer la guerre civile actuelle pour une aimable plaisanterie.

    Le prix de l’inaction est-il acceptable ?

    Mais alors, me direz-vous, faut-il laisser Assad gazer son peuple en toute impunité ? C’est là tout le dilemme moral de cette crise. L’usage d’armes chimiques constitue une ligne rouge absolue depuis la Première Guerre mondiale. Ne pas réagir créerait un dangereux précédent.

    Pourtant, réagir militairement sans stratégie claire, sans objectif atteignable, sans plan pour l’après, c’est reproduire les erreurs de l’Irak et de la Libye. C’est risquer d’aggraver une situation déjà catastrophique.

    Il existe d’autres options : renforcement des sanctions, isolement diplomatique total, soutien massif aux réfugiés, création de zones humanitaires protégées aux frontières. Moins spectaculaires, certes, mais potentiellement moins destructrices.

    La vraie question est : sommes-nous prêts à assumer un nouvel Afghanistan, version moyen-orientale ? Car c’est bien ce qui nous attend si nous intervenons. Des années d’enlisement, des milliers de morts, des milliards dépensés, et au final un pays en ruines livré aux extrémistes.

    Bref. La Syrie nous place face à nos contradictions. Nous voulons la démocratie mais refusons d’accepter qu’elle puisse porter les islamistes au pouvoir. Nous dénonçons les massacres mais rechignons à accueillir les réfugiés. Nous exigeons la justice internationale mais contournons l’ONU quand elle ne va pas dans notre sens.

    Peut-être est-il temps d’admettre que nous n’avons pas de solution miracle pour la Syrie. Que parfois, l’humilité consiste à reconnaître ses limites. Avant qu’il ne soit trop tard.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    • Données sur l’armée syrienne : Institut international d’études stratégiques (IISS), 2013
    • Chiffres sur les réfugiés : Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR), septembre 2013
    • Informations sur les groupes rebelles : Centre Carnegie pour le Moyen-Orient, août 2013
    • Analyse des capacités militaires russes en Syrie : Jane’s Defence Weekly, 2013

    Photo : ‪Salah Darwish / Unsplash

  • Syrie : La dangereuse escalade vers l’intervention militaire
    Syrie : La dangereuse escalade vers l’intervention militaire
    Les États-Unis et la France se préparent à frapper la Syrie suite aux accusations d’utilisation d’armes chimiques. Cette intervention militaire risque de déclencher une spirale incontrôlable dans une région déjà explosive.

    L’été 2013 marque un tournant décisif dans le conflit syrien. Après deux ans et demi de guerre civile qui a déjà fait plus de 100 000 morts selon l’ONU, nous voici au bord d’une internationalisation majeure du conflit. Les accusations d’utilisation d’armes chimiques le 21 août dernier dans la banlieue de Damas ont mis le feu aux poudres diplomatiques.

    Le piège de l’intervention « chirurgicale »

    François Hollande et Barack Obama nous vendent une intervention « limitée », « précise », « chirurgicale ». Ces termes rassurants cachent mal la réalité : toute frappe occidentale en Syrie ouvrira une boîte de Pandore. Je suis convaincu que la Syrie ne répliquera pas de façon mesurée à une intervention internationale. Au contraire.

    Les dirigeants occidentaux le savent parfaitement. Ils savent que Bachar el-Assad dispose encore de moyens de riposte considérables : missiles balistiques, arsenal chimique intact, soutien de l’Iran et du Hezbollah. Une « frappe limitée » pourrait rapidement dégénérer en conflit régional.

    L’objectif réel de ces frappes pose question. S’agit-il vraiment de « punir » l’utilisation d’armes chimiques ? Ou vise-t-on directement l’élimination physique d’Assad ? Dans ce cas, sa mise sous protection en Iran serait un coup de maître de Téhéran, compliquant singulièrement les plans occidentaux.

    La France en première ligne : le retour du bellicisme socialiste

    Quelle ironie amère de voir les socialistes français, historiquement pacifistes, se transformer en va-t-en-guerre ! Hollande semble vouloir endosser les habits de chef de guerre, peut-être pour faire oublier ses déboires intérieurs. Mais à quel prix ?

    Dans les prochaines heures, la France, à la queue des USA et avec à sa tête les socialistes hollandais, risque de nous envoyer en enfer. Cette formulation peut paraître excessive, mais regardons les faits :

    • Aucune preuve irréfutable sur l’auteur des attaques chimiques n’a été présentée
    • L’ONU n’a pas donné son feu vert
    • Le Parlement britannique a déjà dit non à Cameron
    • L’opinion publique française est majoritairement hostile

    Malgré tout cela, Paris persiste. On ne mène pas une guerre seul contre un pays comme la Syrie, c’est de la folie pure.

    Le jeu dangereux des alliances : vers une confrontation Est-Ouest ?

    La dimension la plus inquiétante de cette crise reste l’implication des grandes puissances. La Russie de Vladimir Poutine a clairement choisi son camp en soutenant Assad. Pour rester crédible, Poutine sera obligé de riposter en engageant potentiellement le combat contre la marine et l’aviation française et américaine.

    Nous sommes face à un scénario cauchemardesque :

    • Les États-Unis et la France frappent la Syrie
    • Assad riposte (contre Israël ? contre les bases occidentales au Moyen-Orient ?)
    • La Russie intervient pour protéger son allié
    • L’Iran entre dans la danse
    • Le conflit s’embrase

    Est-ce vraiment ce que nous voulons ? Une nouvelle guerre mondiale pour la Syrie ?

    La propagande médiatique bat son plein

    Le marketing militaire fonctionne à plein régime. On nous présente désormais « Bachar le chimique », une marque soigneusement construite pour justifier l’intervention. Cette diabolisation systématique d’Assad – aussi critiquable soit-il – sert à préparer l’opinion publique.

    Mais cette propagande occulte des questions essentielles :

    • Qui sont vraiment les « rebelles » que nous soutenons ?
    • Quelle est la part des groupes islamistes radicaux dans l’opposition ?
    • Que deviendrait la Syrie sans Assad ?
    • Les chrétiens et autres minorités seraient-ils protégés ?

    Il serait peut-être temps de venir en aide militairement à la Syrie en combattant le terrorisme islamiste aux côtés de l’armée syrienne, plutôt que de chercher à renverser le régime. Cette position peut choquer, mais regardons la Libye post-Kadhafi : est-ce vraiment un modèle de réussite ?

    L’hypocrisie britannique et le jeu d’attente de Cameron

    David Cameron a essuyé un camouflet historique au Parlement. Mais ne nous y trompons pas : une fois que les USA et la France auront démarré les frappes en Syrie, si Assad réplique, on verra combien de temps Cameron va rester spectateur.

    La pression politique et médiatique sera énorme. Les images de « représailles syriennes » tourneront en boucle. L’opinion publique britannique, aujourd’hui réticente, pourrait basculer. Et Cameron pourrait revenir devant son Parlement avec de « nouveaux éléments ».

    Qui pour remplacer Assad ?

    C’est LA question que personne ne veut vraiment poser. Très concrètement, qui pourrait remplacer Assad en Syrie ? L’opposition est fragmentée, divisée entre :

    • L’Armée syrienne libre, affaiblie et divisée
    • Les Frères musulmans, bien organisés mais peu représentatifs
    • Les groupes salafistes et jihadistes, de plus en plus puissants
    • Les Kurdes, qui poursuivent leur propre agenda

    Aucune figure consensuelle n’émerge. Aucun plan crédible pour l’après-Assad n’existe. Nous fonçons tête baissée vers le chaos, comme en Irak, comme en Libye.

    Les vraies motivations : pétrole, gaz et géopolitique

    Derrière les grands discours humanitaires se cachent des intérêts bien plus prosaïques. La Syrie est un verrou stratégique au Moyen-Orient :

    • Allié de l’Iran, elle brise l’axe sunnite pro-occidental
    • Base navale russe à Tartous, seul accès de Moscou en Méditerranée
    • Projets de gazoducs concurrents (Qatar vs Iran) transitant par son territoire
    • Frontière avec Israël et soutien au Hezbollah libanais

    La chute d’Assad modifierait radicalement l’équilibre régional. Est-ce vraiment dans notre intérêt ? Ou jouons-nous les apprentis sorciers pour le compte d’autres puissances ?

    Conclusion : le spectre de Sarkozy plane sur la Syrie

    « On va mettre la Syrie à feu et à sang ! » Cette phrase attribuée à Sarkozy s’adressant à Assad résume parfaitement l’hubris occidental. Nous croyons pouvoir remodeler le Moyen-Orient à notre guise, par la force si nécessaire.

    Mais l’Histoire nous enseigne l’humilité. L’Afghanistan, l’Irak, la Libye… Autant d’interventions « humanitaires » qui ont accouché du chaos. La Syrie sera-t-elle différente ? J’en doute fortement.

    Alors que les missiles sont armés et les avions prêts à décoller, une dernière chance existe peut-être. Celle de la raison, du dialogue, de la négociation. Mais qui écoute encore la voix de la sagesse quand les tambours de guerre résonnent si fort ?

    Dans quelques heures, quelques jours tout au plus, nous saurons si nos dirigeants ont choisi la voie de l’escalade. Si c’est le cas, préparez-vous. Car ce qui nous attend dépasse largement le cadre syrien. C’est tout l’équilibre mondial qui pourrait vaciller.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : ‪Salah Darwish / Unsplash

  • La France à la dérive : entre hypocrisie diplomatique et aveuglement stratégique
    La France à la dérive : entre hypocrisie diplomatique et aveuglement stratégique
    Alors que la France refuse l’asile à Edward Snowden et se prépare à frapper la Syrie, le pays s’enfonce dans ses contradictions. Entre tensions communautaires explosives et élites déconnectées, l’été 2013 révèle un pays qui a perdu ses repères moraux et stratégiques.

    Cet été 2013 restera dans les annales comme celui où la France a définitivement tourné le dos à ses principes. Pays des droits de l’Homme ? Laissez-moi rire. Phare de la diplomatie internationale ? Une blague de mauvais goût. Ce que je vois, moi, c’est un pays qui se couche devant les Américains, qui ferme les yeux sur ses propres fractures et qui s’apprête à déclencher une guerre dont personne ne mesure les conséquences.

    L’affaire Snowden : quand la France renonce à son âme

    Commençons par le commencement. Edward Snowden. Le lanceur d’alerte le plus courageux de l’histoire moderne vient de révéler au monde entier l’ampleur de la surveillance de masse américaine. PRISM, XKeyscore… Des programmes qui espionnent chaque citoyen, chaque communication, chaque mouvement numérique. Et que fait la France ? Rien. Pire : elle détourne le regard.

    Ce serait pourtant un signal très fort et courageux que de donner à Snowden l’asile politique en Europe et une résidence en France. Mais non. Nos dirigeants préfèrent lécher les bottes de Washington plutôt que de défendre les libertés fondamentales. Pendant ce temps, c’est le Venezuela de Maduro qui offre l’asile à Snowden. Le Venezuela ! Voilà où nous en sommes : les dictatures sud-américaines sont devenues plus courageuses que la patrie de Voltaire.

    Le plus pathétique dans cette affaire, c’est notre ministre Fleur Pellerin qui nous parle d’investir dans la cybersécurité. Investir dans quoi exactement ? Dans des systèmes pour mieux surveiller nos propres citoyens ? Parce que protéger les lanceurs d’alerte qui dénoncent ces dérives, visiblement, ce n’est pas à l’ordre du jour.

    Cette lâcheté diplomatique n’est que le symptôme d’un mal plus profond : nous sommes devenus les vassaux des États-Unis. Incapables de penser par nous-mêmes, incapables d’avoir une politique étrangère indépendante. De Gaulle doit se retourner dans sa tombe.

    Trappes : le miroir de nos fractures

    Mais pourquoi regarder à l’international quand notre propre maison brûle ? Les émeutes de Trappes en juillet dernier ont révélé ce que tout le monde refuse de voir : l’échec total de notre modèle d’intégration. Un simple contrôle d’identité lié à la loi sur le niqab, et voilà qu’une ville entière s’embrase.

    Le plus risible ? Benoît Hamon qui nous explique sur BFMTV qu’il fait « bon vivre » à Trappes. Mon dieu Benoît, y êtes-vous allé déjà ? Parce que moi, ce que je vois, c’est une ville où les forces de l’ordre sont attaquées, où des communautés entières vivent en vase clos, où la République a depuis longtemps baissé pavillon.

    On voit là les limites de l’application de la loi anti-niqab. Mais surtout, on voit l’urgence absolue d’équiper les policiers de caméras individuelles. Pourquoi ? Parce que dans ce genre de situation, il faut pouvoir établir les faits, protéger les policiers des accusations mensongères, mais aussi protéger les citoyens des bavures éventuelles.

    Christian Estrosi a raison sur un point : si on continue comme ça, dans moins de vingt ans, on aura des checkpoints à toutes les entrées des villes. C’est triste à dire, mais face à des populations qui refusent de s’intégrer, qui vivent selon leurs propres lois, quelle autre solution restera-t-il ?

    La folie guerrière syrienne

    Et comme si tout cela ne suffisait pas, voilà que François Hollande, notre ancien maire de Tulle reconverti en chef de guerre, veut nous entraîner dans le bourbier syrien. Avec son copain Obama, prix Nobel de la paix (quelle ironie !), ils déploient une énergie folle pour déclencher ce qui pourrait bien être l’Armageddon.

    Réfléchissons deux secondes. Assad est-il un dictateur ? Oui. A-t-il utilisé des armes chimiques ? Peut-être. Mais qui sont ses opposants ? Des démocrates épris de liberté ? Non. Des terroristes islamistes qui coupent les testicules de leurs ennemis et égorgent les chrétiens. Comme le dit très justement Gilbert Collard, un tyran modéré vaut mieux que des tyrans coupeurs de testicules.

    Le pire dans cette affaire, c’est l’aveuglement total de nos dirigeants. Ils croient vraiment qu’on peut faire des « frappes ciblées » sans conséquences ? La Syrie ne répliquera pas de façon mesurée à une intervention internationale. Au contraire. Et que fera Poutine, qui a déployé sa marine en Méditerranée ? Il restera les bras croisés ?

    Pour rester crédible, Poutine sera obligé de riposter. Et pour rester crédibles, Obama et Hollande seront obligés d’ouvrir le feu sur la marine russe. Voilà comment on déclenche la Troisième Guerre mondiale. Pour quoi ? Pour renverser Assad et le remplacer par des djihadistes ?

    Un pays sans boussole

    Ce qui ressort de cet été 2013, c’est l’image d’un pays qui a perdu tous ses repères. Nous avons renoncé à nos principes en refusant l’asile à Snowden. Nous fermons les yeux sur l’explosion de nos banlieues. Et nous nous préparons à une guerre dont personne ne veut, sauf quelques va-t-en-guerre de salon.

    Pendant ce temps, nos entrepreneurs croulent sous les charges. Nos policiers et pompiers se font agresser. Fukushima continue de déverser sa radioactivité dans le Pacifique (l’ancien directeur de la centrale vient de mourir d’un cancer à 58 ans, mais chut, il ne faut pas en parler). Et nos politiques ? Ils jouent aux apprentis sorciers.

    François Fillon a raison : les feux sont au rouge depuis bientôt dix ans. On est même passé au pourpre, puis à l’écarlate. On est dans le mur. Le 14 juillet, Hollande s’est fait huer tout le long des Champs-Élysées. Ce n’est pas un hasard. C’est le signe que les Français en ont marre de cette classe politique déconnectée, de ces élites qui nous mènent droit dans le précipice.

    Bref. La France de 2013, c’est un pays qui se couche devant les puissants, qui ferme les yeux sur ses problèmes internes et qui joue avec le feu sur la scène internationale. Si on continue comme ça, dans dix ans, on ne reconnaîtra plus notre pays. Mais peut-être est-ce déjà trop tard ?

    Pour aller plus loin

    • Les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance de masse (The Guardian)
    • Analyse des émeutes urbaines en France (Institut Montaigne)
    • La crise syrienne et ses enjeux géopolitiques (IFRI)
    • L’évolution du communautarisme en France (Fondation Jean Jaurès)
    • Les relations franco-américaines sous Hollande (Diploweb)

    Sources et références

    • Données sur les émeutes de Trappes – Ministère de l’Intérieur, juillet 2013
    • Révélations PRISM – Documents Snowden publiés par The Guardian, juin 2013
    • Sondages sur la popularité de François Hollande – IFOP, août 2013
    • Rapport sur la situation en Syrie – ONU, août 2013

    Photo : KOBU Agency / Unsplash