Auteur/autrice : Olivier Rimmel

  • Syrie : l’équation impossible d’une intervention occidentale
    Syrie : l’équation impossible d’une intervention occidentale
    L’intervention militaire envisagée en Syrie suite aux attaques chimiques présumées risque de déclencher une escalade incontrôlable. Face à un Assad soutenu par la Russie et l’Iran, et des rebelles infiltrés par les islamistes, l’Occident n’a que des mauvais choix.

    Le tambour de guerre résonne de plus en plus fort. Depuis les images terribles en provenance de la Ghouta orientale le 21 août dernier, montrant des centaines de victimes d’une attaque chimique présumée, la machine diplomatico-militaire occidentale s’est mise en branle. François Hollande martèle sa détermination, Barack Obama hésite mais se prépare, David Cameron a déjà essuyé un camouflet au Parlement britannique. Et pendant ce temps, Bachar el-Assad continue de bombarder son peuple, fort du soutien indéfectible de Moscou et Téhéran.

    Mais au-delà des postures morales et des déclarations martiales, une question fondamentale demeure : que peut réellement accomplir une intervention militaire en Syrie ? Et surtout, sommes-nous prêts à en assumer toutes les conséquences ?

    Le piège de la « frappe chirurgicale »

    L’option privilégiée par les stratèges occidentaux serait une série de frappes « limitées et ciblées » visant les capacités chimiques du régime. Un scénario à la libyenne, en somme, mais sans engagement au sol. Cette approche, séduisante sur le papier, relève pourtant de l’illusion dangereuse.

    D’abord, parce que la Syrie n’est pas la Libye. Le régime de Damas dispose d’une défense anti-aérienne sophistiquée, fournie et modernisée par la Russie. Les S-300 et autres systèmes Pantsir-S1 ne sont pas des jouets. Toute opération aérienne comportera des risques significatifs pour les pilotes occidentaux.

    Ensuite, et c’est là le point crucial : Assad ne restera pas les bras croisés. Contrairement à ce que semblent croire nos stratèges en chambre, la Syrie ne répliquera pas de façon mesurée à une intervention internationale précise et limitée. Au contraire. Le régime dispose de multiples moyens de riposte :

    • Activation du Hezbollah libanais contre Israël
    • Frappes de missiles balistiques sur les bases occidentales en Turquie
    • Actions terroristes via ses réseaux dormants en Europe
    • Escalade chimique massive contre les populations rebelles

    Et les Occidentaux le savent parfaitement. C’est d’ailleurs pourquoi l’hésitation est si palpable dans les chancelleries.

    L’objectif inavoué : éliminer Assad

    Soyons clairs : une attaque ciblée en Syrie aura forcément pour objectif l’élimination physique d’Assad. C’est la seule façon de « gagner » rapidement sans s’enliser. Mais là encore, le régime a anticipé. La mise sous protection du président syrien en Iran serait un coup de maître stratégique.

    Imaginez la scène : Assad réfugié à Téhéran, continuant de diriger ses troupes à distance, transformé en martyr de la résistance arabe face à l’impérialisme occidental. L’effet sur l’opinion publique régionale serait dévastateur pour nos intérêts.

    Sans compter la réaction russe. Vladimir Poutine a investi trop de capital politique et militaire en Syrie pour laisser tomber son allié sans réagir. Pour rester crédible, Poutine sera obligé de riposter en engageant le combat contre la marine et l’aviation française et américaine. Sommes-nous prêts à risquer une confrontation directe avec la Russie pour la Syrie ?

    Le dilemme des rebelles islamistes

    Mais le tableau se complique encore quand on examine qui nous soutiendrions de facto en attaquant Assad. L’Armée syrienne libre, ce fantasme médiatique d’une opposition modérée et démocratique, a largement cédé la place sur le terrain à des groupes islamistes radicaux.

    Le Front al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, contrôle des pans entiers du territoire rebelle. L’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) impose sa loi brutale dans les zones « libérées ». Ces groupes profitent du chaos pour imposer leur vision totalitaire de l’islam.

    Paradoxalement, il serait peut-être temps de venir en aide militairement à la Syrie en combattant le terrorisme islamiste aux côtés de l’armée syrienne. Oui, vous avez bien lu. Car entre un dictateur laïc et des fanatiques religieux qui décapitent, lapident et réduisent les femmes en esclavage, le choix du moindre mal s’impose.

    Mais cette option est politiquement impossible. Après avoir diabolisé Assad pendant deux ans, comment expliquer un tel revirement ? La propagande a ses limites.

    La guerre de communication fait rage

    D’ailleurs, en parlant de propagande, avez-vous remarqué comment nos médias ont soudainement introduit l’expression « Bachar le chimique » ? Un joli coup de marketing militaire qui prépare psychologiquement l’opinion à l’intervention. Plus facile de bombarder un monstre chimique qu’un président, fût-il autoritaire.

    Cette manipulation sémantique révèle la faiblesse de notre position. Si nos arguments étaient solides, aurions-nous besoin de ces artifices rhétoriques ? La vérité, c’est que nous n’avons toujours aucune preuve irréfutable de la responsabilité d’Assad dans l’attaque chimique. Les inspecteurs de l’ONU n’ont pas rendu leurs conclusions.

    Rappelons-nous l’Irak et les fameuses « armes de destruction massive » de Saddam Hussein. Colin Powell agitant sa fiole devant le Conseil de sécurité. Les « preuves irréfutables » qui se sont révélées être des fabrications. Allons-nous répéter les mêmes erreurs ?

    L’impossible équation militaire

    Au final, on ne mène pas une guerre seul contre un pays comme la Syrie. C’est une évidence que nos dirigeants semblent oublier. La Syrie, c’est :

    • Une armée de 300 000 hommes aguerris par deux ans de guerre civile
    • Des milliers de missiles balistiques pointés sur Israël et la Turquie
    • Un arsenal chimique dispersé sur des dizaines de sites
    • Le soutien logistique et militaire de l’Iran et du Hezbollah
    • La protection diplomatique et militaire de la Russie

    Face à cela, que peuvent quelques frappes aériennes ? Au mieux, elles affaibliront temporairement le régime. Au pire, elles déclencheront une escalade régionale incontrôlable.

    Et puis, admettons que par miracle nous parvenions à faire tomber Assad. Qui pour le remplacer ? Les Frères musulmans ? Les salafistes ? Un gouvernement de coalition ingouvernable comme en Irak ? Le chaos libyen ?

    La Syrie est un pays complexe, avec ses minorités alaouites, chrétiennes, druzes, kurdes. Assad, malgré tous ses crimes, garantissait un certain équilibre confessionnel. Sa chute risque de déclencher un bain de sang intercommunautaire qui fera passer la guerre civile actuelle pour une aimable plaisanterie.

    Le prix de l’inaction est-il acceptable ?

    Mais alors, me direz-vous, faut-il laisser Assad gazer son peuple en toute impunité ? C’est là tout le dilemme moral de cette crise. L’usage d’armes chimiques constitue une ligne rouge absolue depuis la Première Guerre mondiale. Ne pas réagir créerait un dangereux précédent.

    Pourtant, réagir militairement sans stratégie claire, sans objectif atteignable, sans plan pour l’après, c’est reproduire les erreurs de l’Irak et de la Libye. C’est risquer d’aggraver une situation déjà catastrophique.

    Il existe d’autres options : renforcement des sanctions, isolement diplomatique total, soutien massif aux réfugiés, création de zones humanitaires protégées aux frontières. Moins spectaculaires, certes, mais potentiellement moins destructrices.

    La vraie question est : sommes-nous prêts à assumer un nouvel Afghanistan, version moyen-orientale ? Car c’est bien ce qui nous attend si nous intervenons. Des années d’enlisement, des milliers de morts, des milliards dépensés, et au final un pays en ruines livré aux extrémistes.

    Bref. La Syrie nous place face à nos contradictions. Nous voulons la démocratie mais refusons d’accepter qu’elle puisse porter les islamistes au pouvoir. Nous dénonçons les massacres mais rechignons à accueillir les réfugiés. Nous exigeons la justice internationale mais contournons l’ONU quand elle ne va pas dans notre sens.

    Peut-être est-il temps d’admettre que nous n’avons pas de solution miracle pour la Syrie. Que parfois, l’humilité consiste à reconnaître ses limites. Avant qu’il ne soit trop tard.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    • Données sur l’armée syrienne : Institut international d’études stratégiques (IISS), 2013
    • Chiffres sur les réfugiés : Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR), septembre 2013
    • Informations sur les groupes rebelles : Centre Carnegie pour le Moyen-Orient, août 2013
    • Analyse des capacités militaires russes en Syrie : Jane’s Defence Weekly, 2013

    Photo : ‪Salah Darwish / Unsplash

  • Syrie : La dangereuse escalade vers l’intervention militaire
    Syrie : La dangereuse escalade vers l’intervention militaire
    Les États-Unis et la France se préparent à frapper la Syrie suite aux accusations d’utilisation d’armes chimiques. Cette intervention militaire risque de déclencher une spirale incontrôlable dans une région déjà explosive.

    L’été 2013 marque un tournant décisif dans le conflit syrien. Après deux ans et demi de guerre civile qui a déjà fait plus de 100 000 morts selon l’ONU, nous voici au bord d’une internationalisation majeure du conflit. Les accusations d’utilisation d’armes chimiques le 21 août dernier dans la banlieue de Damas ont mis le feu aux poudres diplomatiques.

    Le piège de l’intervention « chirurgicale »

    François Hollande et Barack Obama nous vendent une intervention « limitée », « précise », « chirurgicale ». Ces termes rassurants cachent mal la réalité : toute frappe occidentale en Syrie ouvrira une boîte de Pandore. Je suis convaincu que la Syrie ne répliquera pas de façon mesurée à une intervention internationale. Au contraire.

    Les dirigeants occidentaux le savent parfaitement. Ils savent que Bachar el-Assad dispose encore de moyens de riposte considérables : missiles balistiques, arsenal chimique intact, soutien de l’Iran et du Hezbollah. Une « frappe limitée » pourrait rapidement dégénérer en conflit régional.

    L’objectif réel de ces frappes pose question. S’agit-il vraiment de « punir » l’utilisation d’armes chimiques ? Ou vise-t-on directement l’élimination physique d’Assad ? Dans ce cas, sa mise sous protection en Iran serait un coup de maître de Téhéran, compliquant singulièrement les plans occidentaux.

    La France en première ligne : le retour du bellicisme socialiste

    Quelle ironie amère de voir les socialistes français, historiquement pacifistes, se transformer en va-t-en-guerre ! Hollande semble vouloir endosser les habits de chef de guerre, peut-être pour faire oublier ses déboires intérieurs. Mais à quel prix ?

    Dans les prochaines heures, la France, à la queue des USA et avec à sa tête les socialistes hollandais, risque de nous envoyer en enfer. Cette formulation peut paraître excessive, mais regardons les faits :

    • Aucune preuve irréfutable sur l’auteur des attaques chimiques n’a été présentée
    • L’ONU n’a pas donné son feu vert
    • Le Parlement britannique a déjà dit non à Cameron
    • L’opinion publique française est majoritairement hostile

    Malgré tout cela, Paris persiste. On ne mène pas une guerre seul contre un pays comme la Syrie, c’est de la folie pure.

    Le jeu dangereux des alliances : vers une confrontation Est-Ouest ?

    La dimension la plus inquiétante de cette crise reste l’implication des grandes puissances. La Russie de Vladimir Poutine a clairement choisi son camp en soutenant Assad. Pour rester crédible, Poutine sera obligé de riposter en engageant potentiellement le combat contre la marine et l’aviation française et américaine.

    Nous sommes face à un scénario cauchemardesque :

    • Les États-Unis et la France frappent la Syrie
    • Assad riposte (contre Israël ? contre les bases occidentales au Moyen-Orient ?)
    • La Russie intervient pour protéger son allié
    • L’Iran entre dans la danse
    • Le conflit s’embrase

    Est-ce vraiment ce que nous voulons ? Une nouvelle guerre mondiale pour la Syrie ?

    La propagande médiatique bat son plein

    Le marketing militaire fonctionne à plein régime. On nous présente désormais « Bachar le chimique », une marque soigneusement construite pour justifier l’intervention. Cette diabolisation systématique d’Assad – aussi critiquable soit-il – sert à préparer l’opinion publique.

    Mais cette propagande occulte des questions essentielles :

    • Qui sont vraiment les « rebelles » que nous soutenons ?
    • Quelle est la part des groupes islamistes radicaux dans l’opposition ?
    • Que deviendrait la Syrie sans Assad ?
    • Les chrétiens et autres minorités seraient-ils protégés ?

    Il serait peut-être temps de venir en aide militairement à la Syrie en combattant le terrorisme islamiste aux côtés de l’armée syrienne, plutôt que de chercher à renverser le régime. Cette position peut choquer, mais regardons la Libye post-Kadhafi : est-ce vraiment un modèle de réussite ?

    L’hypocrisie britannique et le jeu d’attente de Cameron

    David Cameron a essuyé un camouflet historique au Parlement. Mais ne nous y trompons pas : une fois que les USA et la France auront démarré les frappes en Syrie, si Assad réplique, on verra combien de temps Cameron va rester spectateur.

    La pression politique et médiatique sera énorme. Les images de « représailles syriennes » tourneront en boucle. L’opinion publique britannique, aujourd’hui réticente, pourrait basculer. Et Cameron pourrait revenir devant son Parlement avec de « nouveaux éléments ».

    Qui pour remplacer Assad ?

    C’est LA question que personne ne veut vraiment poser. Très concrètement, qui pourrait remplacer Assad en Syrie ? L’opposition est fragmentée, divisée entre :

    • L’Armée syrienne libre, affaiblie et divisée
    • Les Frères musulmans, bien organisés mais peu représentatifs
    • Les groupes salafistes et jihadistes, de plus en plus puissants
    • Les Kurdes, qui poursuivent leur propre agenda

    Aucune figure consensuelle n’émerge. Aucun plan crédible pour l’après-Assad n’existe. Nous fonçons tête baissée vers le chaos, comme en Irak, comme en Libye.

    Les vraies motivations : pétrole, gaz et géopolitique

    Derrière les grands discours humanitaires se cachent des intérêts bien plus prosaïques. La Syrie est un verrou stratégique au Moyen-Orient :

    • Allié de l’Iran, elle brise l’axe sunnite pro-occidental
    • Base navale russe à Tartous, seul accès de Moscou en Méditerranée
    • Projets de gazoducs concurrents (Qatar vs Iran) transitant par son territoire
    • Frontière avec Israël et soutien au Hezbollah libanais

    La chute d’Assad modifierait radicalement l’équilibre régional. Est-ce vraiment dans notre intérêt ? Ou jouons-nous les apprentis sorciers pour le compte d’autres puissances ?

    Conclusion : le spectre de Sarkozy plane sur la Syrie

    « On va mettre la Syrie à feu et à sang ! » Cette phrase attribuée à Sarkozy s’adressant à Assad résume parfaitement l’hubris occidental. Nous croyons pouvoir remodeler le Moyen-Orient à notre guise, par la force si nécessaire.

    Mais l’Histoire nous enseigne l’humilité. L’Afghanistan, l’Irak, la Libye… Autant d’interventions « humanitaires » qui ont accouché du chaos. La Syrie sera-t-elle différente ? J’en doute fortement.

    Alors que les missiles sont armés et les avions prêts à décoller, une dernière chance existe peut-être. Celle de la raison, du dialogue, de la négociation. Mais qui écoute encore la voix de la sagesse quand les tambours de guerre résonnent si fort ?

    Dans quelques heures, quelques jours tout au plus, nous saurons si nos dirigeants ont choisi la voie de l’escalade. Si c’est le cas, préparez-vous. Car ce qui nous attend dépasse largement le cadre syrien. C’est tout l’équilibre mondial qui pourrait vaciller.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : ‪Salah Darwish / Unsplash

  • La France à la dérive : entre violences urbaines, exil fiscal et poudrière syrienne
    La France à la dérive : entre violences urbaines, exil fiscal et poudrière syrienne
    L’été 2013 marque un tournant avec les émeutes de Trappes, la faillite historique de Detroit et l’escalade militaire en Syrie. La France, tiraillée entre ses idéaux républicains et ses réalités sociales, peine à trouver sa voie face à ces défis multiples qui annoncent des temps troubles.

    L’été 2013 restera dans les mémoires comme celui où les illusions se sont fracassées sur le mur du réel. De Trappes à Detroit, de Brétigny-sur-Orge à la Syrie, les événements s’enchaînent avec une brutalité qui laisse peu de place aux discours lénifiants. Je regarde cette France que j’aime se débattre dans ses contradictions, incapable de regarder en face les défis qui s’accumulent.

    Trappes : le miroir brisé de l’intégration républicaine

    Les émeutes de Trappes du 20 juillet 2013 révèlent l’ampleur du fossé qui sépare désormais deux France. D’un côté, celle de Benoît Hamon qui affirme sur BFMTV qu’il fait « bon vivre » à Trappes, une ville qui aurait « beaucoup changé ». De l’autre, la réalité crue d’une commune où l’application de la loi sur le voile intégral déclenche des affrontements violents.

    Mon dieu Benoît, y êtes-vous déjà allé ? Cette déconnexion des élites face à la réalité des banlieues n’est pas nouvelle, mais elle atteint des sommets d’aveuglement volontaire. Les limites de l’application de la loi anti-niqab éclatent au grand jour, et j’en reviens toujours à cette nécessité : ÉQUIPEZ LES POLICIERS DE CAMÉRAS INDIVIDUELLES ! Sans transparence, sans preuves visuelles, comment départager les versions dans ces situations explosives ?

    La solution qui s’imposera avant 20 ans face aux populations nomades inintégrables ? Des checkpoints à toutes les entrées des villes. Je sais, c’est choquant. Mais regardons la réalité en face : si la situation du pays n’évolue pas radicalement en matière sociale et sécuritaire, ces dispositifs deviendront inévitables. C’est déjà le cas dans de nombreux pays, et nous fermons les yeux sur cette dérive sécuritaire qui nous guette.

    L’échec du modèle d’intégration français

    La culture seule ne sauvera que moins de 5% des jeunes en banlieue. C’est illusoire de croire qu’on réglera ces problèmes avec des MJC et des ateliers théâtre. La solution est multiple, complexe, et nécessite une refonte totale de notre approche. Mais qui a le courage politique de le dire ? Qui ose affronter ces réalités sans tomber dans les extrêmes ?

    Detroit : le canari dans la mine de charbon

    Le 19 juillet 2013, Detroit dépose le bilan. La Motor City, symbole de la puissance industrielle américaine, devient la plus grande ville américaine à se déclarer en faillite. Plus de 100 000 créanciers ne seront jamais payés. Ce n’est que le début d’une cascade de faillites municipales qui menacent l’ensemble du système occidental.

    Cette faillite n’est pas qu’un événement économique isolé. C’est le symptôme d’un mal plus profond : la désindustrialisation massive, la fuite des capitaux, l’effondrement de la base fiscale. Detroit aujourd’hui, c’est peut-être Roubaix ou Saint-Étienne demain. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, et nous refusons de voir les signaux d’alarme.

    Le juge qui refuse dans un premier temps la procédure de faillite, la jugeant anticonstitutionnelle, illustre parfaitement notre déni collectif. Comme si le droit pouvait suspendre les lois économiques. Comme si les mots pouvaient remplacer les dollars manquants.

    L’exil fiscal : héros ou traîtres ?

    « Pourquoi moi, tout petit chef d’entreprise, je quitte la France ? » Cette question, posée dans Les Échos, résonne comme un cri du cœur. Les Français qui s’expatrient ne sont pas des lâches mais des héros, des aventuriers, des courageux ! Il faut avoir vécu l’enfer administratif et fiscal français pour comprendre ce qui pousse des entrepreneurs à tout quitter.

    Mes salariés sont ma première richesse, sûrement pas mes esclaves. Mais quand le coût total d’un employé devient prohibitif, quand les charges et taxes s’accumulent au point d’étouffer l’activité, que reste-t-il comme option ? Je suis contre les bas salaires NETS, je suis pour l’augmentation des salaires NETS par la baisse des charges ! Mais qui m’écoute ?

    L’exil fiscal opéré dans le seul but de blanchir, frauder, dissimuler est criminel. Mais l’exil de survie économique, celui de l’entrepreneur qui veut simplement continuer à créer de la valeur, c’est autre chose. C’est le symptôme d’un pays qui tue ses forces vives.

    Le modèle Tapie : la fin d’un rêve entrepreneurial

    Bernard Tapie représentait le summum des non-conformistes qui partent de tout en bas pour arriver tout en haut. Des millions d’entrepreneurs français ont rêvé de sa réussite, lui qui était leur modèle (socialiste) il n’y a pas très longtemps ! Aujourd’hui, ce modèle est mort et enterré. La France n’aime plus ses entrepreneurs, elle les suspecte, les taxe, les pousse à l’exil.

    La Syrie : la poudrière du Moyen-Orient

    En cette fin août 2013, les tambours de guerre résonnent. La France, à la queue des USA et avec à sa tête les socialistes hollandais, s’apprête à nous envoyer en enfer. L’intervention militaire en Syrie se profile, et personne ne semble mesurer les conséquences catastrophiques qui nous attendent.

    Si vous combattez contre l’armée syrienne aux côtés des rebelles, vous renforcez et armez Al-Qaïda. À moyen terme : conséquences terribles ! Le conflit syrien va produire et disséminer des milliers de combattants potentiels terroristes formés à égorger et violer. Ces hommes reviendront un jour en Europe, et nous paierons le prix de notre aveuglement.

    La Syrie ne répliquera pas de façon mesurée à une intervention internationale précise et limitée. Au contraire. Et les occidentaux le savent ! Une attaque ciblée aura forcément pour objectif l’élimination physique d’Assad. Sa mise sous protection en Iran est un joli coup qui complique encore la donne.

    L’impasse stratégique

    Je vois deux solutions, toutes deux utopiques : exterminer Assad ou exterminer les terroristes rebelles. Entre ces deux extrêmes, nous naviguons dans un océan d’incertitudes. L’Égypte, la Tunisie, la Libye, la Syrie : leurs désastreuses situations respectives ne seront pas stabilisées avant des dizaines d’années, minimum !

    Il est temps de venir en aide militairement à la Syrie en combattant le terrorisme islamiste aux côtés de l’armée syrienne ! Je sais, c’est politiquement incorrect. Mais entre deux maux, ne faut-il pas choisir le moindre ? Entre un dictateur laïc et des terroristes islamistes, le choix devrait être évident.

    Les signaux faibles d’un monde en mutation

    Au-delà de ces crises majeures, d’autres signaux annoncent les bouleversements à venir. Snowden, le plus courageux de tous les lanceurs d’alertes de l’histoire, est lâché par les alignés. Même par le pays des droits de l’Homme. Avec PRISM et XKeyscore, il montre le niveau de surveillance automatique des USA. La France doit absolument investir dans ces technologies, sous peine d’être définitivement larguée.

    Fukushima continue de contaminer silencieusement toute la côte ouest des États-Unis, depuis l’Alaska jusqu’au Mexique. Gardons un œil sur cette catastrophe au ralenti, on ne va pas être déçu des informations à venir.

    Le Bitcoin commence à attirer l’attention des régulateurs. C’est peut-être le début de la fin pour cette cryptomonnaie qui promettait de révolutionner la finance.

    Même le monde des transports semble frappé par la malédiction : Lac-Mégantic, Brétigny-sur-Orge, Saint-Jacques-de-Compostelle… La fameuse loi des séries frappe, même si statistiquement c’est improbable.

    Conclusion : la France au carrefour

    L’été 2013 marque un tournant. La France se trouve à un carrefour historique. D’un côté, le maintien d’un modèle social et républicain à bout de souffle, incapable de répondre aux défis du XXIe siècle. De l’autre, le saut dans l’inconnu d’une refonte totale de notre système.

    Les émeutes de Trappes ne sont qu’un symptôme. L’exil fiscal n’est qu’une conséquence. L’intervention en Syrie n’est qu’une fuite en avant. Derrière ces événements se cache une réalité plus profonde : la France n’a plus de projet, plus de vision, plus de direction.

    Nous sommes dans un mouvement de réduction généralisée : réduction des effectifs, réduction des ambitions, réduction des espoirs. C’est horrible et ça me déchire le cœur. Mais tant que nous refuserons de regarder la réalité en face, tant que nous préférerons les discours lénifiants aux diagnostics lucides, nous continuerons cette lente descente aux enfers.

    La question n’est plus de savoir si nous allons dans le mur. La question est de savoir à quelle vitesse, et si nous aurons le courage de donner le coup de volant salvateur avant l’impact.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Amin Zabardast / Unsplash

  • La France à la dérive : entre hypocrisie diplomatique et aveuglement stratégique
    La France à la dérive : entre hypocrisie diplomatique et aveuglement stratégique
    Alors que la France refuse l’asile à Edward Snowden et se prépare à frapper la Syrie, le pays s’enfonce dans ses contradictions. Entre tensions communautaires explosives et élites déconnectées, l’été 2013 révèle un pays qui a perdu ses repères moraux et stratégiques.

    Cet été 2013 restera dans les annales comme celui où la France a définitivement tourné le dos à ses principes. Pays des droits de l’Homme ? Laissez-moi rire. Phare de la diplomatie internationale ? Une blague de mauvais goût. Ce que je vois, moi, c’est un pays qui se couche devant les Américains, qui ferme les yeux sur ses propres fractures et qui s’apprête à déclencher une guerre dont personne ne mesure les conséquences.

    L’affaire Snowden : quand la France renonce à son âme

    Commençons par le commencement. Edward Snowden. Le lanceur d’alerte le plus courageux de l’histoire moderne vient de révéler au monde entier l’ampleur de la surveillance de masse américaine. PRISM, XKeyscore… Des programmes qui espionnent chaque citoyen, chaque communication, chaque mouvement numérique. Et que fait la France ? Rien. Pire : elle détourne le regard.

    Ce serait pourtant un signal très fort et courageux que de donner à Snowden l’asile politique en Europe et une résidence en France. Mais non. Nos dirigeants préfèrent lécher les bottes de Washington plutôt que de défendre les libertés fondamentales. Pendant ce temps, c’est le Venezuela de Maduro qui offre l’asile à Snowden. Le Venezuela ! Voilà où nous en sommes : les dictatures sud-américaines sont devenues plus courageuses que la patrie de Voltaire.

    Le plus pathétique dans cette affaire, c’est notre ministre Fleur Pellerin qui nous parle d’investir dans la cybersécurité. Investir dans quoi exactement ? Dans des systèmes pour mieux surveiller nos propres citoyens ? Parce que protéger les lanceurs d’alerte qui dénoncent ces dérives, visiblement, ce n’est pas à l’ordre du jour.

    Cette lâcheté diplomatique n’est que le symptôme d’un mal plus profond : nous sommes devenus les vassaux des États-Unis. Incapables de penser par nous-mêmes, incapables d’avoir une politique étrangère indépendante. De Gaulle doit se retourner dans sa tombe.

    Trappes : le miroir de nos fractures

    Mais pourquoi regarder à l’international quand notre propre maison brûle ? Les émeutes de Trappes en juillet dernier ont révélé ce que tout le monde refuse de voir : l’échec total de notre modèle d’intégration. Un simple contrôle d’identité lié à la loi sur le niqab, et voilà qu’une ville entière s’embrase.

    Le plus risible ? Benoît Hamon qui nous explique sur BFMTV qu’il fait « bon vivre » à Trappes. Mon dieu Benoît, y êtes-vous allé déjà ? Parce que moi, ce que je vois, c’est une ville où les forces de l’ordre sont attaquées, où des communautés entières vivent en vase clos, où la République a depuis longtemps baissé pavillon.

    On voit là les limites de l’application de la loi anti-niqab. Mais surtout, on voit l’urgence absolue d’équiper les policiers de caméras individuelles. Pourquoi ? Parce que dans ce genre de situation, il faut pouvoir établir les faits, protéger les policiers des accusations mensongères, mais aussi protéger les citoyens des bavures éventuelles.

    Christian Estrosi a raison sur un point : si on continue comme ça, dans moins de vingt ans, on aura des checkpoints à toutes les entrées des villes. C’est triste à dire, mais face à des populations qui refusent de s’intégrer, qui vivent selon leurs propres lois, quelle autre solution restera-t-il ?

    La folie guerrière syrienne

    Et comme si tout cela ne suffisait pas, voilà que François Hollande, notre ancien maire de Tulle reconverti en chef de guerre, veut nous entraîner dans le bourbier syrien. Avec son copain Obama, prix Nobel de la paix (quelle ironie !), ils déploient une énergie folle pour déclencher ce qui pourrait bien être l’Armageddon.

    Réfléchissons deux secondes. Assad est-il un dictateur ? Oui. A-t-il utilisé des armes chimiques ? Peut-être. Mais qui sont ses opposants ? Des démocrates épris de liberté ? Non. Des terroristes islamistes qui coupent les testicules de leurs ennemis et égorgent les chrétiens. Comme le dit très justement Gilbert Collard, un tyran modéré vaut mieux que des tyrans coupeurs de testicules.

    Le pire dans cette affaire, c’est l’aveuglement total de nos dirigeants. Ils croient vraiment qu’on peut faire des « frappes ciblées » sans conséquences ? La Syrie ne répliquera pas de façon mesurée à une intervention internationale. Au contraire. Et que fera Poutine, qui a déployé sa marine en Méditerranée ? Il restera les bras croisés ?

    Pour rester crédible, Poutine sera obligé de riposter. Et pour rester crédibles, Obama et Hollande seront obligés d’ouvrir le feu sur la marine russe. Voilà comment on déclenche la Troisième Guerre mondiale. Pour quoi ? Pour renverser Assad et le remplacer par des djihadistes ?

    Un pays sans boussole

    Ce qui ressort de cet été 2013, c’est l’image d’un pays qui a perdu tous ses repères. Nous avons renoncé à nos principes en refusant l’asile à Snowden. Nous fermons les yeux sur l’explosion de nos banlieues. Et nous nous préparons à une guerre dont personne ne veut, sauf quelques va-t-en-guerre de salon.

    Pendant ce temps, nos entrepreneurs croulent sous les charges. Nos policiers et pompiers se font agresser. Fukushima continue de déverser sa radioactivité dans le Pacifique (l’ancien directeur de la centrale vient de mourir d’un cancer à 58 ans, mais chut, il ne faut pas en parler). Et nos politiques ? Ils jouent aux apprentis sorciers.

    François Fillon a raison : les feux sont au rouge depuis bientôt dix ans. On est même passé au pourpre, puis à l’écarlate. On est dans le mur. Le 14 juillet, Hollande s’est fait huer tout le long des Champs-Élysées. Ce n’est pas un hasard. C’est le signe que les Français en ont marre de cette classe politique déconnectée, de ces élites qui nous mènent droit dans le précipice.

    Bref. La France de 2013, c’est un pays qui se couche devant les puissants, qui ferme les yeux sur ses problèmes internes et qui joue avec le feu sur la scène internationale. Si on continue comme ça, dans dix ans, on ne reconnaîtra plus notre pays. Mais peut-être est-ce déjà trop tard ?

    Pour aller plus loin

    • Les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance de masse (The Guardian)
    • Analyse des émeutes urbaines en France (Institut Montaigne)
    • La crise syrienne et ses enjeux géopolitiques (IFRI)
    • L’évolution du communautarisme en France (Fondation Jean Jaurès)
    • Les relations franco-américaines sous Hollande (Diploweb)

    Sources et références

    • Données sur les émeutes de Trappes – Ministère de l’Intérieur, juillet 2013
    • Révélations PRISM – Documents Snowden publiés par The Guardian, juin 2013
    • Sondages sur la popularité de François Hollande – IFOP, août 2013
    • Rapport sur la situation en Syrie – ONU, août 2013

    Photo : KOBU Agency / Unsplash

  • Patron et salariés : qui souffre vraiment dans la crise économique ?
    Patron et salariés : qui souffre vraiment dans la crise économique ?
    Dans une économie en crise où le chômage atteint des sommets historiques, la question de qui souffre le plus entre patrons et salariés mérite d’être posée sans tabous. Une analyse décapante des vraies victimes de la crise économique.

    Je viens d’avoir un échange musclé sur Twitter avec quelqu’un qui me parle des salariés comme d’ »esclaves ». Ça me fait bondir. Mes salariés sont ma première richesse, pas mes esclaves. Mais cette vision caricaturale révèle quelque chose de plus profond : on ne comprend rien aux rapports économiques réels entre patrons et salariés.

    Alors posons la question qui fâche : dans la crise actuelle, qui souffre vraiment ?

    Le mythe du patron exploiteur et du salarié victime

    Commençons par tordre le cou à cette vision binaire. Oui, il y a des patrons voyous. Oui, il y a des abus. Mais réduire la relation patron-salarié à un rapport maître-esclave, c’est d’une bêtise confondante.

    Dans mon entreprise, comme dans des milliers de PME françaises, les salariés sont notre actif numéro un. Sans eux, pas de production, pas d’innovation, pas de croissance. C’est mathématique. Un patron qui considère ses salariés comme des esclaves est un patron qui court à sa perte.

    Le problème, c’est que cette caricature arrange tout le monde :

    • Les syndicats y trouvent leur fonds de commerce
    • Les politiques y puisent des slogans faciles
    • Les médias adorent cette dramaturgie simpliste
    • Et même certains patrons du CAC40 alimentent ce cliché par leurs excès

    Résultat ? On passe à côté de la vraie question : comment survivre ensemble dans une économie qui s’effondre ?

    La séquence actuelle : les salariés dans l’œil du cyclone

    Nous sommes actuellement dans une phase où ce sont effectivement les salariés qui trinquent en premier. Les chiffres sont implacables : le chômage explose, les plans sociaux se multiplient, la précarité s’installe.

    Pourquoi les salariés d’abord ? Simple mécanique économique :

    • Face à une baisse d’activité, l’entreprise doit réduire ses coûts
    • La masse salariale représente souvent 60 à 70% des charges
    • Les contrats de travail français rendent les ajustements lents et coûteux
    • Résultat : on licencie, on ne remplace pas, on gèle les embauches

    C’est cruel, c’est mécanique, c’est la réalité. Les salariés sont les variables d’ajustement immédiates de la crise.

    Le coût humain immédiat

    Pour un salarié licencié, c’est :

    • La perte immédiate du revenu (même si les allocations chômage amortissent)
    • L’angoisse du lendemain dans un marché du travail sinistré
    • La remise en question personnelle (« pourquoi moi ? »)
    • Les difficultés familiales qui s’ensuivent

    Ne minimisons pas cette souffrance. Elle est réelle, tangible, destructrice.

    La face cachée : quand le patron perd tout

    Mais voilà où mon analyse diverge du discours dominant : un salarié va perdre nettement moins qu’un patron quand l’entreprise coule.

    Provocateur ? Non, factuel. Laissez-moi vous expliquer.

    L’engagement financier total

    Quand je crée une entreprise, je mets sur la table :

    • Mon épargne personnelle (souvent tout)
    • Des garanties sur mes biens personnels (maison, voiture)
    • Des cautions solidaires qui m’engagent sur des années
    • Mon patrimoine familial en garantie des prêts bancaires

    Un salarié licencié perd son emploi. Un patron qui ferme perd souvent TOUT.

    La responsabilité qui tue

    Mais au-delà de l’argent, il y a quelque chose de plus dur encore. Quand vous devez licencier vos salariés – ces gens qui sont votre « première richesse » – c’est votre échec personnel que vous signez.

    J’ai vu des patrons de PME :

    • Faire des dépressions après avoir dû fermer
    • Se suicider (on en parle peu, mais c’est une réalité)
    • Divorcer sous la pression
    • Finir ruinés et interdits bancaires pour 10 ans

    Le salarié retrouvera un emploi (même si c’est dur). Le patron, lui, portera cet échec à vie.

    Tous victimes du même système

    Voilà la vérité que personne ne veut entendre : patrons et salariés sont tous les deux victimes du même système économique en faillite.

    La vraie question n’est pas « qui souffre le plus ? » mais « comment on s’en sort ensemble ? »

    Les vrais coupables

    Pendant qu’on s’écharpe sur la lutte des classes version XIXème siècle, les vrais responsables se frottent les mains :

    • Les politiques qui ont laissé filer les déficits
    • Les banques qui ont joué au casino avec notre argent
    • Les multinationales qui délocalisent en toute impunité
    • Les technocrates européens qui imposent l’austérité

    Bref, tout un système qui broie les entreprises et les hommes.

    La solidarité nécessaire

    Dans mes entreprises, j’ai toujours prôné une approche : on gagne ensemble, on perd ensemble. Ça veut dire :

    • Transparence totale sur la situation de l’entreprise
    • Partage des efforts en cas de difficultés
    • Participation aux bénéfices quand ça va bien
    • Dialogue permanent plutôt que confrontation stérile

    C’est ça, la vraie richesse d’une entreprise : cette capacité à faire corps dans la tempête.

    Sortir des clichés pour survivre

    Alors oui, en ce moment, ce sont les salariés qui morfient. Les chiffres du chômage ne mentent pas. Mais demain, quand les faillites d’entreprises vont exploser (et elles vont exploser), ce seront les patrons qui paieront le prix fort.

    Au lieu de rejouer éternellement la guerre des classes, on ferait mieux de comprendre qu’on est dans le même bateau. Un bateau qui prend l’eau de toutes parts.

    La vraie question aujourd’hui n’est pas de savoir si vos salariés sont des esclaves ou votre première richesse. La vraie question est : comment on survit ensemble à ce qui nous arrive ?

    Parce que victimes économiques, on l’est tous. Patrons, salariés, indépendants, chômeurs. Tous dans la même galère d’un système qui nous broie méthodiquement.

    Alors au lieu de nous taper dessus, si on commençait par identifier les vrais responsables ? Et si on arrêtait de tomber dans le piège de la division qui arrange tant ceux qui nous gouvernent ?

    Mes salariés ne sont pas mes esclaves. Ce sont mes partenaires de galère. Et dans la tempête qui s’annonce, on aura sacrément besoin les uns des autres.

    Pour aller plus loin

    • « La France des invisibles » de Pierre Rosanvallon – Une analyse fine des fractures sociales françaises
    • « Le Patron qui ne voulait plus être chef » d’Alexandre Gérard – Témoignage d’un entrepreneur sur les nouveaux modèles d’entreprise
    • Les rapports du Conseil d’Analyse Économique – Pour comprendre les mécanismes de la crise actuelle
    • « Ils ont failli me tuer » de Marc Simoncini – Le témoignage brut d’un entrepreneur sur les difficultés du métier

    Sources et références

    • INSEE – Enquête emploi et chômage T2 2013
    • Observatoire des entreprises – Banque de France, juillet 2013
    • Rapport Gallois sur la compétitivité, novembre 2012
    • Étude APCE sur les défaillances d’entreprises, juin 2013

    Photo : Jakub Żerdzicki / Unsplash

  • La France de 2013 : entre chaos politique et surveillance généralisée
    La France de 2013 : entre chaos politique et surveillance généralisée
    La France de 2013 vit une crise politique et sociétale majeure, marquée par des scandales à répétition, des divisions profondes sur le mariage pour tous et la montée d’une défiance généralisée envers nos institutions. Cette période révèle l’ampleur du fossé entre les élites et le peuple, dans un contexte de surveillance globalisée qui remet en question notre souveraineté même.

    Nous sommes fin mai 2013, et je regarde la France se déchirer comme rarement. Entre les scandales politiques qui s’accumulent, les manifestations massives qui divisent le pays et les révélations sur la surveillance généralisée, j’ai le sentiment que nous vivons un tournant historique. Ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement les clivages traditionnels gauche-droite. C’est l’âme même de notre République qui vacille.

    L’effondrement de la confiance politique

    L’affaire Cahuzac a été le détonateur. Un ministre du Budget fraudeur fiscal, c’est le symbole parfait de la déconnexion totale entre nos élites et la réalité du pays. Mais au-delà du cas personnel de Jérôme Cahuzac, c’est tout un système qui est mis à nu. Comment peut-on demander des efforts aux Français quand ceux qui sont censés donner l’exemple trichent avec le fisc ?

    François Hollande, élu il y a un an sur la promesse d’être un « président normal », voit sa cote de popularité s’effondrer. Les sondages le donnent entre 26 et 29% d’opinions favorables. Du jamais vu pour un président si tôt dans son mandat. La gauche au pouvoir semble tétanisée, incapable de proposer une vision claire pour sortir le pays de la crise.

    Face à cette débâcle, l’opposition UMP reste étrangement silencieuse. Nicolas Sarkozy cultive un mutisme que je trouve « absurde et irresponsable ». Le pays a besoin de débat, d’alternatives, pas de calculs politiciens. Pendant ce temps, Marine Le Pen et le Front National se frottent les mains. Chaque scandale, chaque renoncement, chaque lâcheté politique fait le lit de l’extrême droite.

    La nécessité d’une refonte démocratique

    Ce qui me frappe, c’est l’obsolescence de nos outils démocratiques. Nous sommes en 2013, à l’ère numérique, et nous fonctionnons encore avec des mécanismes du XIXe siècle. Je milite pour la mise en place d’un vote électronique sécurisé, avec identifiant unique délivré par l’institution publique. Les démocraties modernes nécessitent que les individus puissent massivement voter, créons enfin l’outil !

    Même Barack Obama aux États-Unis est obligé d’admettre que le système américain n’est « peut-être pas vraiment une véritable démocratie ». Si la première puissance mondiale reconnaît ses limites démocratiques, qu’en est-il de nous ?

    Le mariage pour tous : une fracture civilisationnelle

    La loi sur le mariage pour tous cristallise toutes les tensions. Les manifestations se succèdent, rassemblant des centaines de milliers de personnes. Certains parlent même d’un à deux millions de manifestants pour la prochaine mobilisation. Au-delà des chiffres, c’est l’intensité de la mobilisation qui frappe.

    J’ai le sentiment que ces manifestations vont « faire la vie dure aux homos comme jamais ». On a divisé la France pour longtemps ! Ce qui devait être une avancée sociétale se transforme en guerre culturelle. Les positions se radicalisent de part et d’autre, rendant tout dialogue impossible.

    Plus grave encore, cette loi va créer « un écart civilisationnel sans précédent et insurmontable entre l’Occident et le monde arabe ». Dans un contexte géopolitique déjà tendu, nous creusons des fossés là où nous devrions construire des ponts. Cette fracture aura des conséquences durables sur nos relations internationales et notre capacité à dialoguer avec une partie du monde.

    La montée des violences urbaines

    Le 13 mai, les « célébrations » du titre du PSG au Trocadéro ont tourné au chaos. Ce ne sont « absolument PAS que des hooligans » qui ont mis Paris à feu et à sang, mais bien ce que Sarkozy appelait des « racailles ». Des dizaines de milliers de « jeunes excités » de banlieue ont déferlé sur la capitale.

    Le silence assourdissant de la gauche face à ces violences est révélateur. Paralysée par ses contradictions idéologiques, elle refuse de nommer les choses. Pendant ce temps, le Qatar, nouveau propriétaire du PSG, découvre peut-être « ce qu’est la France de 2013″…

    La surveillance généralisée : notre souveraineté en question

    Les révélations d’Edward Snowden confirment « ce que nous savons en Europe depuis plus de 10 ans » : la surveillance automatique par les USA est systématique. Mais les technologies actuelles sont « autrement plus incroyables que celles dévoilées » ! Nous ne mesurons pas encore l’ampleur de cette surveillance.

    Nos journalistes font preuve d’une naïveté confondante. Quand j’évoque des technologies comme HAARP, on me regarde avec des yeux ronds. Cette méconnaissance des enjeux technologiques est dramatique à l’heure où notre souveraineté numérique est en jeu.

    La NSA intercepte nos communications, analyse nos données, profile nos citoyens. Et nous ? Nous débattons du mariage pour tous pendant que les Américains pillent nos secrets industriels et politiques. Cette asymétrie dans la maîtrise des technologies de surveillance pose une question fondamentale : sommes-nous encore un pays souverain ?Le protectionnisme comme solution ?

    Dans ce contexte, la position d’Arnaud Montebourg sur le rachat de Dailymotion est « très intéressante, stratégique et protectionniste ». Enfin quelqu’un qui ose défendre nos intérêts ! Même Hortefeux à l’UMP demande davantage de « protection européenne », même s’il n’ose pas encore prononcer le mot « protectionnisme ».

    Nous devons protéger nos champions numériques, développer nos propres technologies de pointe. Regardez Dubaï qui s’intéresse à nos Renault Twizy ! Nous avons des atouts, des innovations, mais nous les bradons au premier venu par idéologie libre-échangiste.

    Un pays au bord de l’explosion

    La France de mai 2013 est un pays sous tension maximale. Les affaires politiques minent la confiance, les débats sociétaux fracturent la société, les violences urbaines révèlent les failles de notre modèle d’intégration, et la surveillance américaine questionne notre indépendance.

    Valérie Pécresse réclame un budget rectificatif pour 2013. Oui, c’est indispensable ! Mais au-delà des ajustements budgétaires, c’est tout notre modèle qu’il faut repenser. Nous ne pouvons plus continuer avec des recettes du passé face aux défis du présent.

    Les attentats de Boston en avril nous rappellent la fragilité de nos sociétés ouvertes. La piste tchétchène évoquée montre que les menaces sont globales et complexes. Nous devons être vigilants sans tomber dans la paranoïa, fermes sans renoncer à nos valeurs.

    Demain matin, nous saurons si Bernard Tapie sort libre de sa garde à vue ou s’il « termine une partie de sa vie en prison ». Son cas illustre parfaitement l’ambiguïté de notre époque : entre business et politique, entre réussite et corruption, entre admiration et répulsion.

    La France est à la croisée des chemins. Soit nous trouvons la force de nous réinventer, de moderniser notre démocratie, de protéger nos intérêts tout en restant ouverts au monde. Soit nous continuons à nous déchirer sur des sujets secondaires pendant que d’autres décident de notre avenir à notre place.

    Le choix nous appartient encore. Pour combien de temps ?

    Pour aller plus loin

    • « La République des copains » – Enquête sur les réseaux de pouvoir en France (La Découverte, 2012)
    • « La surveillance électronique planétaire » – Rapport du réseau Echelon (Documentation française, 2001)
    • « Le protectionnisme et ses ennemis » – Les Économistes atterrés (Les liens qui libèrent, 2012)
    • « La France périphérique » – Christophe Guilluy (Flammarion, 2010)
    • « Démocratie et technologies numériques » – Dominique Cardon (Seuil, 2010)

    Sources et références

    • Sondages Ifop sur la popularité de François Hollande (avril-mai 2013)
    • Rapports parlementaires sur l’affaire Cahuzac (Commission des finances, 2013)
    • Données du ministère de l’Intérieur sur les manifestations (2013)
    • Documents WikiLeaks sur la surveillance NSA en Europe (2010-2013)
    • Études sociologiques sur les émeutes urbaines en France (INSEE, 2005-2013)

    Photo : Marco Oriolesi / Unsplash

  • La France en ébullition : entre scandales politiques et montée des tensions
    La France en ébullition : entre scandales politiques et montée des tensions
    Entre scandales politiques, violences urbaines et menaces terroristes, la France de 2013 semble au bord de l’implosion. Une analyse sans concession d’une société fracturée où les élites perdent pied face à un peuple de plus en plus méfiant et des tensions communautaires exacerbées.

    Le dossier Cahuzac vient de faire l’effet d’une bombe. Un ministre du Budget fraudeur, c’est le symbole même de l’hypocrisie d’un système qui demande des efforts aux Français tout en s’exonérant de ses propres règles. Cette affaire n’est que la partie émergée de l’iceberg d’une crise de confiance généralisée qui secoue notre pays.

    L’effondrement de la crédibilité politique

    L’affaire Cahuzac révèle quelque chose de bien plus profond qu’un simple cas de fraude fiscale. C’est tout l’édifice de la Ve République qui vacille. Comment demander aux citoyens de payer leurs impôts quand le ministre censé les collecter planque son argent en Suisse ? Cette trahison symbolique marque un tournant.

    Le Parti socialiste, déjà fragilisé par des sondages catastrophiques, se retrouve pris dans une spirale infernale. François Hollande plafonne autour de 26% d’opinions favorables. Du jamais vu pour un président élu il y a à peine un an. La seule solution pour éviter l’implosion totale ? De nouvelles législatives, très vite. Mais qui osera appuyer sur le bouton ?

    Face à cette déliquescence, l’UMP n’est guère mieux lotie. L’absence assourdissante de Nicolas Sarkozy crée un vide sidéral. Le parti a besoin d’un leader charismatique, presque chamanique. Or aucune tête d’affiche actuelle n’incarne ce leadership. Ni dans l’ancienne génération, ni dans la nouvelle. C’est le paradoxe : la droite traditionnelle s’effondre au moment même où la gauche implose.

    Le peuple, désormais très bien informé grâce à Internet, ne veut plus ni du PS ni de l’UMP. C’est factuel. Les citoyens ont compris que ces deux partis leur servaient la même soupe tiède depuis des décennies. La défiance n’est plus conjoncturelle, elle est structurelle.

    Le mirage du vote électronique

    Certains voient dans le vote électronique la solution miracle pour redonner vie à notre démocratie moribonde. L’idée est séduisante : permettre aux citoyens de voter massivement, facilement, depuis chez eux. Mais attention aux fausses bonnes idées. Un vote électronique mal encadré, c’est la porte ouverte à toutes les manipulations.

    Si on doit aller dans cette direction, il faudra un identifiant unique délivré par l’institution publique et des contrôles draconiens. Les démocraties modernes nécessiteront effectivement que les individus puissent voter plus souvent, mais créons d’abord l’outil adéquat avant de se précipiter.

    La poudrière des banlieues

    Le 13 mai dernier, les « festivités » du PSG au Trocadéro ont tourné au chaos. Des dizaines de milliers de jeunes des banlieues ont convergé vers Paris. Ce n’étaient pas que des hooligans, mais ce que Sarkozy appelait pudiquement des « racailles ». Le risque était réel : si ces jeunes excités avaient décidé de vraiment « descendre » en ville, Paris aurait pu brûler.

    Le plus révélateur dans cette affaire ? Le silence assourdissant de la gauche. Pas un mot, pas une condamnation. Comme si reconnaître la réalité de ces violences urbaines revenait à trahir son camp. Cette omerta intellectuelle est criminelle. Elle empêche tout diagnostic sérieux et donc toute solution.

    Daniel Riolo, dans son livre « Racaille Football Club », décrit parfaitement cette dérive. Le football, miroir de notre société, révèle les fractures béantes qui la traversent. Entre communautarisme exacerbé et perte des valeurs républicaines, le sport roi est devenu le théâtre de toutes les dérives.

    La menace de la guerre civile

    Certains évoquent même le spectre de la guerre civile. Les Hommen, dans le contexte des manifestations contre le mariage homosexuel, n’hésitent pas à prédire « une guerre civile ». Exagération ? Peut-être. Mais on devrait prendre au sérieux le risque de guérilla urbaine, de déstabilisation sociale, de chaos.

    Les ingrédients sont réunis : une défiance généralisée envers les institutions, des communautés qui ne se parlent plus, une jeunesse désœuvrée et en colère, des élites déconnectées. Il ne manque qu’une étincelle pour que tout s’embrase.

    Le terrorisme, nouvelle normalité

    Les attentats de Boston du 15 avril ont rappelé à l’Occident sa vulnérabilité. Deux frangins tchétchènes ont réussi à terroriser les États-Unis avant de se faire prendre… en train de piquer des trucs dans un 7-Eleven. No comment ! Cette fin pathétique ne doit pas faire oublier l’essentiel : des individus isolés et motivés peuvent désormais terroriser de l’intérieur.

    Il y en a des tas, dans tous les pays occidentaux. Des jeunes radicalisés, souvent décrits comme des « anges » par leurs proches. Le père du suspect de Boston assurait que son fils était un étudiant en médecine accompli. Cette schizophrénie est terrifiante : comment détecter la menace quand elle se cache derrière le masque de la normalité ?

    L’assassinat du soldat britannique Lee Rigby à Woolwich le 22 mai s’inscrit dans cette logique. Merah à Toulouse, les Tsarnaev à Boston, les tueurs de Londres : tous sont fondamentalement connectés. Ce n’est pas du terrorisme organisé façon Al-Qaïda, mais quelque chose de plus insidieux : le terrorisme individuel, imprévisible, frappant au hasard.

    L’échec du renseignement

    Face à cette menace diffuse, nos services de renseignement semblent dépassés. Ils cherchent encore des réseaux structurés là où il n’y a que des loups solitaires. Cette inadaptation est mortelle. Il faut repenser complètement notre approche de la sécurité intérieure.

    Les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance généralisée pratiquée par la NSA ajoutent une couche d’ironie amère. Nous savions déjà en Europe que la surveillance automatique par les USA était massive. Mais l’ampleur révélée dépasse l’entendement. Et le pire ? Les technologies actuelles sont autrement plus incroyables que celles dévoilées !

    La fuite en avant économique

    Face à cette crise multiforme, que font nos dirigeants ? Ils taxent ! Toujours plus de taxes, toujours plus de prélèvements. C’est leur seule réponse à tout : taxer. Cette fuite en avant fiscale est suicidaire. Elle étouffe l’économie et exaspère les citoyens.

    Je le répète jamais assez : ceux qui peuvent et pour qui c’est justifié, videz vos comptes bancaires, achetez un coffre, et remplissez-le d’or ! La crise chypriote nous a montré que les États n’hésitent plus à ponctionner directement les comptes bancaires. La propriété privée n’est plus sacrée quand les caisses sont vides.

    Arnaud Montebourg, avec sa position sur Dailymotion, montre au moins qu’une autre voie est possible. Son approche, bien que critiquée, est intéressante, stratégique et protectionniste. Enfin quelqu’un qui ose parler de protéger nos intérêts ! Même Hortefeux à l’UMP demande davantage de « protection » européenne, même s’il n’ose pas encore prononcer le mot « protectionnisme ».

    L’Europe, bouc émissaire idéal

    L’Europe devient le bouc émissaire de tous nos maux. Les dirigeants des USA et de l’Europe nous expliquent que c’est la Russie qui provoque les tensions, notamment en Ukraine. Mais qui croit encore à ces fables ? L’Union européenne, censée nous protéger, nous affaiblit. Elle impose des règles absurdes tout en étant incapable de défendre nos intérêts face aux géants américains ou chinois.

    Barack Obama lui-même est obligé d’admettre qu’aux USA le système n’est peut-être pas vraiment une véritable démocratie. Si même le président américain doute de son propre système, où allons-nous ?

    Vers l’effondrement ?

    Tous les signaux sont au rouge. Crise politique, crise économique, crise sociale, crise sécuritaire : nous cumulons toutes les crises possibles. Le système craque de toutes parts. Les élites sont discréditées, le peuple est en colère, les communautés se déchirent, les terroristes frappent au hasard.

    La France de 2013 ressemble à un bateau ivre fonçant droit sur les récifs. Le capitaine est aux abonnés absents, l’équipage se mutine, et les passagers commencent à sauter par-dessus bord. Combien de temps avant le naufrage ?

    Face à ce tableau apocalyptique, deux attitudes sont possibles. Se voiler la face et continuer comme si de rien n’était. Ou regarder la réalité en face et agir. Pour ma part, le choix est fait. Il faut alerter, dénoncer, proposer. Même si c’est désagréable, même si ça dérange.

    Car au final, c’est notre survie collective qui est en jeu. Si nous ne réagissons pas maintenant, si nous continuons à nous bercer d’illusions, le réveil sera terrible. La France mérite mieux que cette descente aux enfers programmée. Mais pour inverser la tendance, il faudra du courage. Beaucoup de courage.

    Pour aller plus loin

    • « Racaille Football Club » de Daniel Riolo – Une plongée sans concession dans les dérives du football français
    • Les révélations d’Edward Snowden sur PRISM – Pour comprendre l’ampleur de la surveillance de masse
    • « Le Suicide français » d’Éric Zemmour (à paraître) – Une analyse de la décomposition nationale
    • Les archives du Canard Enchaîné sur l’affaire Cahuzac – Pour suivre le scandale depuis le début
    • « La France Orange Mécanique » de Laurent Obertone – Un état des lieux de l’insécurité en France

    Sources et références

    • Sondages IFOP et BVA sur la popularité de François Hollande (avril-mai 2013)
    • Rapports de police sur les incidents du Trocadéro du 13 mai 2013
    • Déclarations officielles du FBI sur les attentats de Boston (avril 2013)
    • Communiqués de Scotland Yard sur l’assassinat de Lee Rigby (mai 2013)
    • Documents révélés par Edward Snowden au Guardian et au Washington Post (juin 2013)

    Photo : Sébastien Ramage / Unsplash

  • Démocratie en crise : quand le vote ne suffit plus
    Démocratie en crise : quand le vote ne suffit plus
    Les démocraties occidentales traversent une crise de légitimité sans précédent. De l’aveu d’impuissance d’Obama aux calculs politiciens français, en passant par les mirages du vote électronique, notre système représentatif montre ses limites.

    Quand Barack Obama lui-même admet que le système américain n’est « peut-être pas vraiment une véritable démocratie », on touche au cœur du malaise contemporain. Cette confession, impensable il y a encore dix ans, révèle l’ampleur de la crise qui traverse nos sociétés occidentales.

    Je ne peux m’empêcher de penser que nous assistons à un basculement historique. Les masques tombent. Les illusions se dissipent. Et ce qui reste n’est pas joli à voir.

    L’aveu d’impuissance américain

    Le système politique américain, longtemps présenté comme le modèle démocratique par excellence, craque de toutes parts. Les lobbies contrôlent le Congrès. Wall Street dicte sa loi. Les citoyens ordinaires n’ont plus voix au chapitre.

    Cette réalité, Obama la connaît depuis son arrivée à la Maison Blanche en 2009. Mais il aura fallu quatre ans pour qu’il commence à lever le voile. Pourquoi maintenant ? Parce que son second mandat lui donne une liberté de parole qu’il n’avait pas auparavant ? Ou parce que la situation est devenue si évidente qu’il ne peut plus faire semblant ?

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon une étude de Princeton de 2012, les préférences de l’Américain moyen n’ont qu’un impact « minuscule, proche de zéro » sur les politiques publiques. En revanche, les élites économiques et les groupes d’intérêts organisés obtiennent régulièrement ce qu’ils veulent.

    Bref. La démocratie américaine est devenue une oligarchie qui ne dit pas son nom.

    La France dans la spirale du cynisme

    Pendant ce temps, en France, François Hollande plonge dans les abysses de l’impopularité. Avec 26% d’opinions favorables, il bat tous les records. Et face à la mobilisation massive contre le mariage pour tous, certains imaginent déjà les pires scénarios.

    Reporter le vote à l’Assemblée nationale pour remonter dans les sondages ? L’idée peut paraître folle. Mais dans le contexte actuel, plus rien ne surprend. La politique est devenue un jeu de dupes où tous les coups sont permis.

    Ce qui frappe, c’est l’instrumentalisation permanente du processus démocratique. Le vote n’est plus l’expression de la volonté populaire. C’est devenu un outil de manipulation, un levier pour les calculs politiciens.

    Les manifestations se succèdent. Les Français descendent dans la rue par centaines de milliers. Mais le pouvoir reste sourd. Pire, il envisage de contourner l’obstacle par des manœuvres dilatoires.

    Les symptômes d’une déconnexion profonde

    Cette déconnexion entre les élites et le peuple n’est pas nouvelle. Mais elle atteint aujourd’hui des sommets inégalés :

    • Les promesses électorales sont systématiquement trahies
    • Les consultations populaires sont ignorées (référendum de 2005)
    • Les alternances politiques ne changent rien aux politiques menées
    • Les médias mainstream relaient la pensée unique

    Face à ce constat, la défiance s’installe. Et avec elle, la tentation du repli, de l’abstention, voire de la violence.

    Le mirage technologique du vote électronique

    Dans ce contexte de crise démocratique, certains voient dans la technologie une planche de salut. Le vote électronique serait la solution miracle pour restaurer la confiance et moderniser nos institutions.

    J’entends déjà les arguments : transparence accrue, résultats instantanés, économies budgétaires, participation facilitée… Sur le papier, c’est séduisant. Dans la réalité, c’est une autre histoire.

    Le vote électronique soulève des questions fondamentales que ses promoteurs préfèrent éluder. Comment garantir le secret du vote ? Comment s’assurer de l’intégrité du processus ? Comment empêcher les manipulations ?

    Les conditions d’un vote électronique acceptable

    Si l’on devait envisager sérieusement cette option, il faudrait au minimum :

    • Un identifiant unique délivré par l’institution publique
    • Un système de contrôle transparent et vérifiable
    • Un code source ouvert et auditable
    • Des garanties constitutionnelles sur la protection des données
    • Une autorité indépendante de supervision

    Mais même avec toutes ces précautions, le risque zéro n’existe pas. Les exemples étrangers sont édifiants. Aux Pays-Bas, le vote électronique a été abandonné en 2008 après avoir constaté des failles béantes. En Allemagne, la Cour constitutionnelle l’a jugé anticonstitutionnel en 2009.

    Le problème fondamental reste le même : dans un système électronique, le citoyen perd tout contrôle sur le processus. Il doit faire confiance aveuglément à la machine et à ceux qui la contrôlent.

    Repenser la démocratie au-delà du vote

    La vraie question n’est peut-être pas de savoir comment voter, mais pourquoi voter. Si le système est verrouillé, si les dés sont pipés, à quoi bon participer à la mascarade ?

    Cette interrogation, de plus en plus de citoyens se la posent. Et l’abstention progresse élection après élection. Non pas par désintérêt, mais par lucidité.

    Il est temps de repenser notre conception de la démocratie. Le vote tous les cinq ans ne suffit plus. Il faut imaginer de nouvelles formes de participation citoyenne :

    • Référendums d’initiative populaire
    • Jurys citoyens tirés au sort
    • Budgets participatifs locaux
    • Droit de révocation des élus
    • Transparence totale des décisions publiques

    Ces pistes existent. Certaines sont expérimentées ici ou là. Mais elles se heurtent à la résistance farouche de ceux qui profitent du système actuel.

    La bataille pour le contrôle démocratique

    Car ne nous y trompons pas. Derrière les débats techniques sur le vote se cache une bataille féroce pour le contrôle du pouvoir. Les oligarchies en place n’ont aucun intérêt à voir émerger une vraie démocratie.

    Elles préfèrent maintenir l’illusion démocratique. Un théâtre d’ombres où les citoyens croient choisir alors qu’ils ne font qu’avaliser des décisions prises ailleurs.

    Cette bataille ne fait que commencer. D’un côté, des élites de plus en plus déconnectées et autoritaires. De l’autre, des peuples qui prennent conscience de leur dépossession.

    Conclusion : l’urgence d’agir

    Nous sommes à la croisée des chemins. Soit nous acceptons la dérive oligarchique et nous renonçons à nos idéaux démocratiques. Soit nous nous battons pour reconquérir le pouvoir qui nous a été confisqué.

    Cette reconquête ne passera pas par les urnes traditionnelles. Le système est trop verrouillé. Elle passera par la mobilisation citoyenne, l’innovation démocratique, la résistance aux manipulations.

    Le vote reste un outil. Mais ce n’est qu’un outil parmi d’autres. Et si nous voulons vraiment changer les choses, il faudra en inventer de nouveaux.

    La question n’est plus de savoir si notre système est vraiment démocratique. Obama lui-même a tranché. La question est : qu’allons-nous faire pour qu’il le devienne enfin ?

    Pour aller plus loin

    • « La Démocratie en Amérique » d’Alexis de Tocqueville – Pour comprendre les racines historiques de la crise démocratique américaine
    • « Le Contrat Social » de Jean-Jacques Rousseau – Les fondements philosophiques de la souveraineté populaire
    • « La Contre-démocratie » de Pierre Rosanvallon (2006) – Une analyse des nouvelles formes de participation citoyenne
    • Les travaux du Conseil de l’Europe sur la démocratie électronique – Pour une approche critique du vote électronique

    Sources et références

    • Étude de Princeton sur l’influence politique aux États-Unis (2012)
    • Décision de la Cour constitutionnelle allemande sur le vote électronique (2009)
    • Rapport du gouvernement néerlandais sur l’abandon du vote électronique (2008)
    • Baromètres d’opinion sur la popularité de François Hollande (avril 2013)

    Photo : Dmitrii Vaccinium / Unsplash

  • 2014, l’année de tous les dangers, et de toutes les audaces?

    Les français, qu’il s’agisse de particuliers ou d’entreprises, subissent une pression fiscale inédite, accentuée depuis 2012 (+10% en 2012 après +6,6% en 2011 pour les ménages). Les prélèvements obligatoires (d’une manière générale toutes les taxes ou toutes les charges non fiscales) viennent accroître considérablement les difficultés. C’est le cumul des différents prélèvements, qu’ils soient directs ou indirects, qui représente la véritable charge sur les individus et sur les entreprises.

    Les analyses sérieuses (très rarement publiées, très compliquées à démontrer et même à expliquer sauf entre économistes convaincus) qui tentent d’être exhaustives dans la prise en compte de toutes les charges directes et indirectes, démontrent qu’il n’est pas déraisonnable de considérer qu’une entreprise qui dépense 100 euros pour un salarié lui laissera au final moins de 20 euros une fois qu’on aura soustrait les prélèvements sociaux, les impôts directs, les impôts indirects, la TVA, et les innombrables autres charges obligatoires. La taxe Hollande à 75%, absurde et contre-productive pour des raisons que je ne vais même plus évoquer, devient alors toute relative.

    Les prélèvements opérés par les institutions sur les revenus des personnes physiques ou morales plongent le système social et économique dans une spirale infernale, que les politiques ont généralement beaucoup de peine à appréhender, comprendre ou même conceptualiser.

    Quand les revenus n’augmentent pas plus vite que les prélèvements, les dépenses se font mécaniquement au profit des charges obligatoires, la consommation baisse, produisant ainsi moins de revenus, ces derniers auront naturellement tendance à baisser, augmentant encore les charges et donc les prélèvements, qui eux continueront alors d’augmenter pendant que les revenus continueront à baisser, entraînant la consommation mécaniquement à la baisse également, etc, etc.

    Généralement, cet équilibre instable craque très lentement dans la mesure où depuis une trentaine d’années les efforts, toujours en augmentation, imposés aux contribuables sont soigneusement lissés, dilués, il s’agit alors d’une très lente souffrance, qui passe presque pour indolore, ne provoquant pas de brusques crises, ou quelques rares conflits sociaux très bien contrôlés.

    Les gens ont ce sentiment de payer davantage, de recevoir moins en échange, mais personne ne sait clairement identifier l’origine du mal, et le temps passe.

    Certes l’euro est passé par là entre temps, et il est désormais incontestable que les prix ont augmenté plus vite encore depuis son introduction.

    Quand des dizaines et des dizaines de taxes, de prélèvements, de charges directes ou indirectes augmentent de quelques dixièmes en pourcentage, régulièrement, mais jamais au même moment, personne ne peut suivre objectivement les hausses, ni les appréhender dans leur globalité ou dans le temps, et ce n’est toujours qu’après des années d’analyses et une bonne rétrospective qu’on réalise que « les charges sont passées de tel montant à tel autre montant en l’espace de 10 ans, en augmentant de 30% au passage, et on n’a rien vu venir », mais c’est trop tard…

    Cette fois, c’est un peu différent, l’augmentation des prélèvements sur quelques années à partir de maintenant est telle qu’on ne peut pas imaginer que cela se fasse sans dommages vraiment visibles.

    Certains pensaient qu’on allait en rester là ? Sûrement pas. La marge de manoeuvre en France est encore très importante, le niveau de vie est tellement élevé dans le pays qu’on est probablement pas prêt d’avoir touché le fond. C’est d’ailleurs l’une des principales raisons, trompeuse selon moi, qui fait qu’en France on a le sentiment d’être moins affecté par les crises que nos pays voisins, eux partant de moins haut que nous. Rassurez-vous, au sol, in fine tout le monde est au même niveau.

    L’année 2013 n’est encore rien par rapport à ce qui attend les français en 2014.

    L’effroyable impact lié à la refiscalisation des heures supplémentaires se fera dans la douleur. Les millions de salariés qui ont, à raison, profité du dispositif Sarkozy sur les heures supplémentaires (probablement l’une des meilleures mesures en France ces dernières années, objectivement) et qui ont, toujours à raison, continué à travailler plus pour tenter de gagner plus, vont déguster. La hausse de l’impôt sur les revenus va leur exploser à la figure. L’augmentation sera déjà un peu ressentie dès 2013, puis c’est le plein tarif à partir de 2014.

    Les hausses d’impôts validées entre 2011 et 2013 seront vraiment ressenties à partir de 2014.

    Gardons également à l’esprit la hausse de TVA qui passe à 20% début janvier 2014 sur l’immense majorité des produits et services, à 10% dans la restauration (et qui baissera, certes à 5% au lieu de 5,5% sur quelques produits de consommation) ayant un impact direct et immédiat sur le pouvoir d’achat des particuliers, et la trésorerie des entreprises (qui avancent cette TVA avant de la récupérer bien plus tard). Ces hausses de TVA vont s’accompagner de hausses opportunistes ou mécaniques de la quasi totalité des prix des produits et services, et pire, plus les produits sont initialement à des prix bas, plus leurs prix augmenteront en pourcentage, par la simple règle d’arrondissement des prix et leur proportionnalité, puis surtout par les hausses en cascades des différents intermédiaires (une hausse de TVA de 19,6% à 20% ne résultera jamais à une « simple » hausse des prix de 2%, mais plus probablement à une hausse catastrophique qui se situera autour de 5%, car entre le prix d’achat du prestataire initial, et le prix de vente final, tous les intermédiaires auront été impacté par la hausse du prix de l’intermédiaire de niveau inférieur).

    Tout cela, c’est sans compter sur les 10 milliards encore à trouver pour le seul bénéfice de l’État (et de sa dette financière bancaire) en 2014 et qui résulteront nécessairement, en partie au moins, à de nouvelles hausses de taxes et de prélèvements divers.

    Soyons réalistes un instant, ne serait-ce que pour être un peu mieux préparés.

    Ce qui attend le pays dans les mois et années à venir, c’est un niveau incroyable de défaillances d’entreprises, un niveau incroyable de dégradation de la trésorerie de celles qui resteront, un coût du travail toujours en hausse, des salaires qui baisseront inévitablement, et sensiblement, un nombre incroyable de gens qui vont s’appauvrir dans leur quotidien, une diminution incroyable des services rendus par les institutions, une baisse incroyable de la qualité générale des services rendus, un niveau incroyable de prélèvements obligatoires, une consommation intérieure qui va continuer à baisser, des exportations qui vont rester à un niveau faible, un nombre incroyable de malades à soutenir, et de nouveaux malades à prendre en compte, un taux de chômage insupportable, et un niveau de rémunération des inactifs terriblement insuffisant. Les rentrées fiscales vont baisser, les centaines de milliers de fonctionnaires français ne seront pas épargnés dans les difficultés.

    Nos prochains dirigeants politiques vont devoir faire preuve d’une ingéniosité, d’une compétence, d’un self-contrôle et surtout d’une audace folle pour surmonter les crises qui s’accumulent les unes aux autres.

    Les solutions objectives à envisager immédiatement sont nombreuses mais la plupart ne figurent pas aux programmes des deux partis politiques dominants.

    Le « compartimentage hermétique des risques homogènes » est selon moi la piste à suivre pour limiter l’ampleur et la propagation des difficultés. Cette technique consisterait à identifier tous les risques de même nature, puis de les contraindre provisoirement à leur niveau actuel en permettant ainsi la reconstruction de leur capacité intrinsèque à s’équilibrer. Le lien entre chaque compartiment nécessiterait alors d’être régulé et contrôlé, afin de garantir l’équilibre de l’ensemble.

    Au risque de choquer, le protectionnisme est une forme de compartimentage hermétique, la séparation des banques d’affaires et de détail est aussi une forme de compartimentage hermétique, et plein d’autres risques politiquement incorrects pourraient également faire l’objet de compartimentages, comme le contrôle et la régulation des monnaies nationales, le contrôle des énergies stratégiques, le contrôle des matières premières, les flux internationaux, etc.

    En réalité, tout est question d’objectifs stratégiques.

    En dernier ressort, veut-on sauvegarder l’État ? Ou veut-on sauvegarder la condition des citoyens ? C’est une évidence que l’ultime contrainte d’un gouvernement réside dans la sauvegarde des intérêts de l’État, c’est ainsi. Tout l’enjeu étant de faire croire (ou voir) le contraire. Et comme toujours, l’intérêt des uns fait le malheur des autres. L’Europe n’arrange rien, et pèse.

    En attendant la mise en oeuvre de mesures tellement compliquées, tellement douloureuses, ne devrait-on pas commencer par remettre dans les entreprises qui n’espèrent que cela, tous ces millions de chômeurs, en imaginant un dispositif gagnant-gagnant ? Un dispositif provisoire, face à une crise dont on ne voit pas la fin.

    La société civile supporte déjà le coût de ce chômage de masse, qu’est-ce qu’il en coûterait donc de plus ?

    La France a immédiatement besoin de renforcer la seule entité légale qui produit de la richesse, l’entreprise, et au passage, on aurait intérêt à remonter un peu (beaucoup en réalité) l’estime des seuls qui font les entreprises, les entrepreneurs, appelés aussi « les patrons », vous savez, ceux-qui prennent la majorité des risques.

    Réfléchissons. Prenez cet exemple. Un cadre au chômage, qui pourrait animer une petite équipe dans une petite entreprise et probablement dynamiser une activité en berne, est-ce qu’il est heureux chez lui à perdre son temps à chercher un travail qu’il ne trouvera pas, craindre pour son avenir, être payé 60% de son revenu optimal, ou est-ce qu’il ne serait pas mieux dans l’entreprise, qui abonderait son revenu des 40% manquant pendant une durée d’amorçage de quelques années, permettant au passage l’emploi de ses autres collaborateurs, peut-être aussi chômeurs, que l’entreprise abondera également, pour constituer cette petite équipe, qui va dynamiser l’activité, reconstruire du pouvoir d’achat, et relancer la machine…

    Souvent, les idées qui marchent le mieux sont les plus simples, les plus logiques, les plus légitimes et les plus évidentes.

  • Boston sous le choc : analyse à chaud d’un attentat qui ébranle l’Amérique
    Boston sous le choc : analyse à chaud d’un attentat qui ébranle l’Amérique
    L’attentat du marathon de Boston soulève des questions cruciales sur la sécurité intérieure américaine et les motivations des attaquants. Alors que la traque des suspects bat son plein, l’analyse des premiers éléments révèle un acte qui pourrait être celui de loups solitaires agissant en autonomie.

    Trois jours après l’explosion qui a endeuillé le marathon de Boston, l’Amérique retient son souffle. Les images des deux suspects diffusées par le FBI ont déclenché une chasse à l’homme sans précédent. Mais au-delà de l’émotion légitime, c’est tout un système de sécurité et une société qui se retrouvent questionnés.

    Un attentat aux multiples lectures possibles

    L’attaque coordonnée du 15 avril dernier pose immédiatement la question du mobile. Qui peut vouloir frapper ainsi le cœur symbolique de l’Amérique lors d’un événement aussi populaire que le marathon de Boston ? Les premières heures ont vu fleurir toutes les hypothèses.

    D’un côté, certains pointent du doigt les groupes pro-armes à feu. Le timing de l’attaque, en plein débat sur le contrôle des armes après la tuerie de Newtown, n’est pas anodin. La date elle-même – le 15 avril, jour de la déclaration d’impôts aux États-Unis et proche de l’anniversaire de l’attentat d’Oklahoma City – pourrait suggérer une action de l’extrême droite américaine.

    De l’autre, le mode opératoire – des bombes artisanales dissimulées dans des sacs à dos – évoque davantage les méthodes du terrorisme international. Les services de renseignement scrutent les connections possibles avec des réseaux islamistes, même si aucune revendication n’est venue étayer cette piste pour l’instant.

    Mais une troisième voie se dessine, peut-être la plus troublante : celle d’individus agissant en totale autonomie, sans connexion avec des groupes organisés. Des loups solitaires motivés par une haine personnelle de l’Amérique et de ses valeurs.

    Le profil troublant des suspects

    Les informations qui filtrent sur les deux suspects – apparemment des frères – dessinent un portrait complexe. Jeunes, apparemment intégrés, rien ne semblait les prédestiner à commettre un tel acte. C’est précisément ce qui rend leur geste encore plus déstabilisant pour la société américaine.

    Si l’hypothèse de l’action autonome se confirme, nous serions face à un phénomène particulièrement inquiétant. Des individus capables de basculer dans la violence extrême sans signes avant-coureurs, sans appartenance à des réseaux surveillés. Le cauchemar absolu pour les services de sécurité.

    Cette autonomie supposée soulève des questions fondamentales. Comment des jeunes gens peuvent-ils en arriver à haïr suffisamment leur pays d’adoption pour vouloir « mettre les USA à l’envers » ? Quels mécanismes de radicalisation sont à l’œuvre, loin des mosquées surveillées et des groupes extrémistes fichés ?

    Une Amérique vulnérable malgré l’arsenal sécuritaire

    L’attentat de Boston révèle cruellement les limites du dispositif de sécurité américain post-11 septembre. Malgré les milliards investis dans la sécurité intérieure, malgré la surveillance généralisée et les restrictions de libertés acceptées au nom de la lutte antiterroriste, deux individus déterminés ont pu frapper en plein cœur d’une grande ville américaine.

    Cette vulnérabilité est d’autant plus flagrante que l’attaque a visé un événement populaire, ouvert, symbole de la vie américaine normale. Comment protéger efficacement des milliers de marathons, de parades, de rassemblements qui font le tissu social du pays ? La réponse sécuritaire a ses limites évidentes.

    Plus troublant encore, la manière dont se déroule la traque des suspects. L’ironie est cruelle si l’on découvre que ces individus qui ont semé la terreur se font finalement arrêter lors d’un banal larcin dans une supérette. Après avoir mis en échec tout l’appareil sécuritaire américain, échouer sur un vol à l’étalage révélerait l’amateurisme fondamental de leur démarche.

    Les questions qui dérangent

    Au-delà de l’enquête en cours, cet attentat pose des questions dérangeantes sur la société américaine elle-même. Si des jeunes gens apparemment intégrés peuvent basculer ainsi dans la violence nihiliste, qu’est-ce que cela dit de la capacité d’intégration du modèle américain ?

    La polarisation extrême du débat politique, l’omniprésence des armes, la violence latente qui imprègne la culture populaire, les inégalités croissantes – tous ces facteurs créent-ils un terreau propice à l’émergence de ces loups solitaires ? La question mérite d’être posée, même si elle dérange.

    Et que dire de la réaction prévisible des autorités ? Plus de surveillance, plus de contrôles, plus de restrictions. Le cycle infernal de la peur et de la sécurité qui grignote toujours un peu plus les libertés fondamentales. Benjamin Franklin avait prévenu : « Ceux qui peuvent renoncer à la liberté essentielle pour obtenir un peu de sécurité temporaire ne méritent ni la liberté ni la sécurité. »

    L’ombre du doute

    Un aspect particulièrement troublant mérite réflexion. Que se passera-t-il si le second suspect, une fois arrêté, clame son innocence ? Dans l’atmosphère survoltée actuelle, avec la pression médiatique et politique énorme, quelle place restera-t-il pour le doute raisonnable ?

    L’histoire américaine récente regorge d’exemples d’erreurs judiciaires dans des affaires hautement médiatisées. La présomption d’innocence, pilier du système judiciaire, résiste mal à la vindicte populaire et à la soif de vengeance. Les images diffusées par le FBI sont-elles suffisantes pour établir la culpabilité ? Les preuves sont-elles irréfutables ?

    Ces questions peuvent sembler déplacées dans le contexte actuel, mais elles sont essentielles. La justice expéditive n’est jamais la vraie justice. Et l’histoire nous enseigne que les périodes de crise sont propices aux errements judiciaires les plus graves.

    Vers quelle Amérique ?

    L’attentat de Boston marque peut-être un tournant. Non pas tant par son ampleur – tragique mais limitée comparée à d’autres drames – mais par ce qu’il révèle de l’état de la société américaine.

    Si l’hypothèse des loups solitaires se confirme, c’est tout le modèle de lutte antiterroriste qui devra être repensé. Comment surveiller des individus qui ne communiquent avec personne, qui se radicalisent seuls devant leur ordinateur, qui passent à l’acte sans signes avant-coureurs ?

    La tentation sera grande de renforcer encore l’arsenal sécuritaire, d’étendre la surveillance, de restreindre les libertés. Mais c’est précisément cette spirale qui pourrait alimenter la haine et le ressentiment de nouveaux candidats à la violence nihiliste.

    L’Amérique se trouve à la croisée des chemins. Soit elle cède à la peur et s’enferme dans une forteresse sécuritaire toujours plus oppressante. Soit elle trouve le courage de s’interroger sur les racines profondes de cette violence et d’y apporter des réponses autres que répressives.

    Le choix qui sera fait dans les jours et semaines à venir déterminera le visage de l’Amérique pour les années à venir. Et au-delà, c’est tout le modèle occidental qui est questionné. Car si le rêve américain produit de tels cauchemars, quelle alternative proposer à ceux qui se sentent exclus du système ?

    Boston pleure ses morts et soigne ses blessés. Mais les vraies blessures sont peut-être plus profondes, nichées au cœur d’une société qui ne sait plus comment intégrer ses marges et qui répond à la violence par toujours plus de violence. Un cercle vicieux dont on ne voit pas, hélas, comment sortir.

    Pour aller plus loin

    • « The Looming Tower » de Lawrence Wright – Une plongée dans les mécanismes de la radicalisation
    • « Columbine » de Dave Cullen – Pour comprendre la violence nihiliste en Amérique
    • Les rapports de la commission sur le 11 septembre – Les leçons non apprises
    • « Manufacturing Consent » de Noam Chomsky – Sur la manipulation médiatique en temps de crise

    Sources et références

    • Communiqués officiels du FBI sur l’enquête en cours
    • Statistiques du National Counterterrorism Center sur les attentats domestiques
    • Rapport 2012 de l’ACLU sur les libertés civiles post-11 septembre
    • Données du Pew Research Center sur la polarisation politique américaine

    Photo : Sergey Konstantinov / Unsplash