Syrie : La dangereuse escalade vers l’intervention militaire
A group of tents sitting on top of a dirt field
Les États-Unis et la France se préparent à frapper la Syrie suite aux accusations d’utilisation d’armes chimiques. Cette intervention militaire risque de déclencher une spirale incontrôlable dans une région déjà explosive.

L’été 2013 marque un tournant décisif dans le conflit syrien. Après deux ans et demi de guerre civile qui a déjà fait plus de 100 000 morts selon l’ONU, nous voici au bord d’une internationalisation majeure du conflit. Les accusations d’utilisation d’armes chimiques le 21 août dernier dans la banlieue de Damas ont mis le feu aux poudres diplomatiques.

Le piège de l’intervention « chirurgicale »

François Hollande et Barack Obama nous vendent une intervention « limitée », « précise », « chirurgicale ». Ces termes rassurants cachent mal la réalité : toute frappe occidentale en Syrie ouvrira une boîte de Pandore. Je suis convaincu que la Syrie ne répliquera pas de façon mesurée à une intervention internationale. Au contraire.

Les dirigeants occidentaux le savent parfaitement. Ils savent que Bachar el-Assad dispose encore de moyens de riposte considérables : missiles balistiques, arsenal chimique intact, soutien de l’Iran et du Hezbollah. Une « frappe limitée » pourrait rapidement dégénérer en conflit régional.

L’objectif réel de ces frappes pose question. S’agit-il vraiment de « punir » l’utilisation d’armes chimiques ? Ou vise-t-on directement l’élimination physique d’Assad ? Dans ce cas, sa mise sous protection en Iran serait un coup de maître de Téhéran, compliquant singulièrement les plans occidentaux.

La France en première ligne : le retour du bellicisme socialiste

Quelle ironie amère de voir les socialistes français, historiquement pacifistes, se transformer en va-t-en-guerre ! Hollande semble vouloir endosser les habits de chef de guerre, peut-être pour faire oublier ses déboires intérieurs. Mais à quel prix ?

Dans les prochaines heures, la France, à la queue des USA et avec à sa tête les socialistes hollandais, risque de nous envoyer en enfer. Cette formulation peut paraître excessive, mais regardons les faits :

  • Aucune preuve irréfutable sur l’auteur des attaques chimiques n’a été présentée
  • L’ONU n’a pas donné son feu vert
  • Le Parlement britannique a déjà dit non à Cameron
  • L’opinion publique française est majoritairement hostile

Malgré tout cela, Paris persiste. On ne mène pas une guerre seul contre un pays comme la Syrie, c’est de la folie pure.

Le jeu dangereux des alliances : vers une confrontation Est-Ouest ?

La dimension la plus inquiétante de cette crise reste l’implication des grandes puissances. La Russie de Vladimir Poutine a clairement choisi son camp en soutenant Assad. Pour rester crédible, Poutine sera obligé de riposter en engageant potentiellement le combat contre la marine et l’aviation française et américaine.

Nous sommes face à un scénario cauchemardesque :

  • Les États-Unis et la France frappent la Syrie
  • Assad riposte (contre Israël ? contre les bases occidentales au Moyen-Orient ?)
  • La Russie intervient pour protéger son allié
  • L’Iran entre dans la danse
  • Le conflit s’embrase

Est-ce vraiment ce que nous voulons ? Une nouvelle guerre mondiale pour la Syrie ?

La propagande médiatique bat son plein

Le marketing militaire fonctionne à plein régime. On nous présente désormais « Bachar le chimique », une marque soigneusement construite pour justifier l’intervention. Cette diabolisation systématique d’Assad – aussi critiquable soit-il – sert à préparer l’opinion publique.

Mais cette propagande occulte des questions essentielles :

  • Qui sont vraiment les « rebelles » que nous soutenons ?
  • Quelle est la part des groupes islamistes radicaux dans l’opposition ?
  • Que deviendrait la Syrie sans Assad ?
  • Les chrétiens et autres minorités seraient-ils protégés ?

Il serait peut-être temps de venir en aide militairement à la Syrie en combattant le terrorisme islamiste aux côtés de l’armée syrienne, plutôt que de chercher à renverser le régime. Cette position peut choquer, mais regardons la Libye post-Kadhafi : est-ce vraiment un modèle de réussite ?

L’hypocrisie britannique et le jeu d’attente de Cameron

David Cameron a essuyé un camouflet historique au Parlement. Mais ne nous y trompons pas : une fois que les USA et la France auront démarré les frappes en Syrie, si Assad réplique, on verra combien de temps Cameron va rester spectateur.

La pression politique et médiatique sera énorme. Les images de « représailles syriennes » tourneront en boucle. L’opinion publique britannique, aujourd’hui réticente, pourrait basculer. Et Cameron pourrait revenir devant son Parlement avec de « nouveaux éléments ».

Qui pour remplacer Assad ?

C’est LA question que personne ne veut vraiment poser. Très concrètement, qui pourrait remplacer Assad en Syrie ? L’opposition est fragmentée, divisée entre :

  • L’Armée syrienne libre, affaiblie et divisée
  • Les Frères musulmans, bien organisés mais peu représentatifs
  • Les groupes salafistes et jihadistes, de plus en plus puissants
  • Les Kurdes, qui poursuivent leur propre agenda

Aucune figure consensuelle n’émerge. Aucun plan crédible pour l’après-Assad n’existe. Nous fonçons tête baissée vers le chaos, comme en Irak, comme en Libye.

Les vraies motivations : pétrole, gaz et géopolitique

Derrière les grands discours humanitaires se cachent des intérêts bien plus prosaïques. La Syrie est un verrou stratégique au Moyen-Orient :

  • Allié de l’Iran, elle brise l’axe sunnite pro-occidental
  • Base navale russe à Tartous, seul accès de Moscou en Méditerranée
  • Projets de gazoducs concurrents (Qatar vs Iran) transitant par son territoire
  • Frontière avec Israël et soutien au Hezbollah libanais

La chute d’Assad modifierait radicalement l’équilibre régional. Est-ce vraiment dans notre intérêt ? Ou jouons-nous les apprentis sorciers pour le compte d’autres puissances ?

Conclusion : le spectre de Sarkozy plane sur la Syrie

« On va mettre la Syrie à feu et à sang ! » Cette phrase attribuée à Sarkozy s’adressant à Assad résume parfaitement l’hubris occidental. Nous croyons pouvoir remodeler le Moyen-Orient à notre guise, par la force si nécessaire.

Mais l’Histoire nous enseigne l’humilité. L’Afghanistan, l’Irak, la Libye… Autant d’interventions « humanitaires » qui ont accouché du chaos. La Syrie sera-t-elle différente ? J’en doute fortement.

Alors que les missiles sont armés et les avions prêts à décoller, une dernière chance existe peut-être. Celle de la raison, du dialogue, de la négociation. Mais qui écoute encore la voix de la sagesse quand les tambours de guerre résonnent si fort ?

Dans quelques heures, quelques jours tout au plus, nous saurons si nos dirigeants ont choisi la voie de l’escalade. Si c’est le cas, préparez-vous. Car ce qui nous attend dépasse largement le cadre syrien. C’est tout l’équilibre mondial qui pourrait vaciller.

Pour aller plus loin

Sources et références

Photo : ‪Salah Darwish / Unsplash

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