Je regarde, médusé, ce spectacle affligeant qui se joue depuis dimanche soir. L’UMP, ce parti qui se voulait le rassemblement de toute la droite républicaine, est en train d’imploser sous nos yeux. Et franchement, qui peut encore croire que Fillon et ses 49,95% vont gentiment cohabiter sous la direction de Copé ? C’est de la poudre aux yeux, et tout le monde le sait.
Une élection aux allures de règlement de comptes
Les chiffres donnent le vertige : 98 voix d’écart sur près de 175 000 votants. 50,05% pour Copé, 49,95% pour Fillon. Une différence si mince qu’elle en devient suspecte. D’autant plus que les accusations de fraude fusent de toutes parts. Des bureaux de vote qui ferment trop tôt, des adhérents empêchés de voter, des procurations douteuses… Le catalogue des irrégularités s’allonge d’heure en heure.
Ce qui frappe dans cette élection, c’est l’ampleur de la mobilisation : près de 70% de participation. Du jamais vu pour une élection interne. Les militants UMP ont compris que l’enjeu dépassait largement le simple choix d’un président. C’est l’âme même de leur parti qui était en jeu.
Mais au-delà des chiffres, c’est la violence des échanges qui interpelle. Les deux camps s’accusent mutuellement de tous les maux. L’équipe Fillon dénonce un « hold-up électoral », celle de Copé parle de « mauvais perdants ». Les cadres du parti s’écharpent sur les plateaux télé. C’est à se demander s’il ne faudrait pas envoyer les casques bleus pour ramener la paix !
Deux visions irréconciliables de la droite
Derrière ce duel de personnes se cache un affrontement idéologique profond. D’un côté, Copé incarne une droite décomplexée, qui n’hésite pas à flirter avec les thématiques du Front National. Son livre sur le « pain au chocolat » arraché dans les cours d’école a marqué les esprits. Il assume une ligne dure sur l’immigration et l’identité nationale.
De l’autre, Fillon représente une droite plus traditionnelle, gaulliste et sociale. Même s’il a durci son discours ces derniers mois, il reste attaché à une certaine modération. Ses soutiens dénoncent la dérive droitière de Copé et craignent une « lepénisation » du parti.
Je pressens d’ailleurs que l’UMP de Copé va continuer sa dérive vers l’extrême droite, tandis que les déçus du fillonisme pourraient être tentés par d’autres aventures. Certains évoquent déjà la création d’un nouveau parti. D’autres murmurent qu’un rapprochement avec le centre n’est pas exclu. La recomposition politique est en marche.
Les conséquences d’une fracture annoncée
Lundi soir, coup de théâtre : Fillon annonce qu’il ne conteste pas les résultats. Clap de fin ? Pas si sûr. Cette déclaration, censée apaiser les tensions, ressemble plutôt à un cessez-le-feu qu’à une véritable réconciliation. Les fillonistes gardent leurs griefs et leur amertume.
Les conséquences de cette crise sont multiples. D’abord, l’image de l’UMP en sort considérablement écornée. Comment un parti qui n’arrive pas à organiser sereinement sa propre élection interne peut-il prétendre gouverner la France ? Les Français assistent, amusés ou consternés, à ce spectacle peu glorieux.
Ensuite, c’est la capacité d’opposition qui est en jeu. Face à un gouvernement socialiste qui traverse ses propres turbulences, l’UMP devrait incarner l’alternative. Au lieu de cela, elle offre l’image d’un parti déchiré, incapable de parler d’une seule voix. François Hollande peut dormir tranquille.
Enfin, et c’est peut-être le plus grave, cette crise révèle l’épuisement d’un modèle politique. L’UMP, créée en 2002 pour rassembler toute la droite, n’arrive plus à contenir ses contradictions internes. Le grand parti attrape-tout voulu par Chirac montre ses limites.
L’ombre des affaires financières
Comme si la situation n’était pas assez compliquée, l’UMP traîne comme un boulet ses problèmes financiers. Le parti croule sous les dettes : près de 80 millions d’euros selon certaines estimations. La campagne présidentielle de Sarkozy a coûté une fortune, et les caisses sont vides.
Cette situation financière catastrophique pèse lourdement sur la crise actuelle. Qui va hériter de cette ardoise ? Comment redresser les comptes tout en finançant l’opposition ? Les deux camps s’accusent mutuellement de mauvaise gestion. C’est un peu comme se disputer la barre d’un navire en train de couler.
D’ailleurs, des rumeurs circulent déjà sur d’éventuelles irrégularités dans les comptes de campagne. Le spectre d’un nouveau scandale financier plane sur l’UMP. Après l’affaire Karachi, l’affaire Bettencourt, voilà que de nouveaux soupçons émergent. La droite française semble abonnée aux scandales.
Un avenir en pointillés
Alors, quel avenir pour l’UMP ? Les scénarios les plus fous circulent. Certains évoquent une scission pure et simple, avec deux partis distincts. D’autres parlent d’une confédération lâche, chaque camp gardant son autonomie. Les plus pessimistes prédisent une implosion totale.
Ce qui est sûr, c’est que le statu quo est intenable. On ne peut pas diriger un parti avec 50,05% des voix quand l’autre moitié vous conteste. Copé va devoir composer, négocier, amadouer. Mais a-t-il la stature pour rassembler ? Rien n’est moins sûr.
Je me demande même si l’UMP existe encore vraiment. Au-delà de l’étiquette, qu’est-ce qui unit encore ces gens ? Pas grand-chose, visiblement. C’est un peu comme ces vieux couples qui restent ensemble par habitude, mais qui n’ont plus rien à se dire.
On pourrait d’ailleurs s’amuser à imaginer les titres de films qui colleraient à cette situation : « UMP et les 7 nains » pour la multiplication des ego, « L’UMP infernale » pour l’ambiance délétère, « La planète des UMP » pour le côté science-fiction de leurs querelles, « 2001 odyssée de l’UMP » pour leur voyage vers l’inconnu, ou encore « Chérie, j’ai rétréci l’UMP » pour leur perte d’influence…
Les leçons d’une crise
Cette crise de l’UMP nous enseigne plusieurs choses sur l’état de notre démocratie. D’abord, elle montre la difficulté pour les grands partis traditionnels de se renouveler. Coincés entre leurs barons historiques et la nécessité de se moderniser, ils peinent à trouver leur voie.
Ensuite, elle révèle l’importance cruciale des processus démocratiques internes. Une élection mal organisée, contestée, peut faire imploser toute une organisation. La démocratie, ce n’est pas seulement compter des voix, c’est aussi garantir la transparence et l’équité du processus.
Enfin, elle illustre la montée des clivages idéologiques au sein même des familles politiques. La droite n’est plus ce bloc monolithique qu’elle prétendait être. Les fractures sont profondes, et elles ne se résoudront pas par de simples compromis de couloir.
Bref, l’UMP vit ses heures les plus sombres. Et pendant ce temps, les vraies questions – chômage, dette, compétitivité – passent au second plan. Les Français méritent mieux que ce spectacle désolant. Mais qui va le leur offrir ?
Pour aller plus loin
- « La droite en France de 1815 à nos jours » de René Rémond – Pour comprendre les racines historiques des divisions actuelles
- « L’UMP, un parti en crise » – Dossier spécial du Monde (novembre 2012)
- Les comptes rendus officiels de la Commission nationale des recours de l’UMP
- « La guerre des droites » de Gilles Richard – Une analyse des conflits internes à la droite française
Sources et références
- Résultats officiels de l’élection à la présidence de l’UMP, 18 novembre 2012
- Communiqués de presse des équipes Copé et Fillon, 18-19 novembre 2012
- Rapports financiers de l’UMP publiés par la Commission nationale des comptes de campagne
- Sondages OpinionWay et Ifop sur la perception de la crise par les sympathisants UMP, novembre 2012
Photo : Stephen Meslin / Unsplash

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