• Ultra-libéralisme : quand le libéralisme perd la raison
    Ultra-libéralisme : quand le libéralisme perd la raison
    Le libéralisme économique porte en lui les germes de sa propre perversion. Quand les principes de liberté économique s’affranchissent de toute régulation, ils deviennent destructeurs : c’est l’ultra-libéralisme, cette boîte de Pandore ouverte qui menace nos sociétés.

    Vous me connaissez, je ne suis pas du genre à mâcher mes mots. Aujourd’hui, parlons d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur : la dérive du libéralisme vers ce que j’appelle l’ultra-libéralisme. Oui, je sais, certains vont me dire que ce terme n’existe pas, qu’il s’agit d’une invention de la gauche pour discréditer le libéralisme. Permettez-moi de vous démontrer le contraire.

    Le libéralisme : une idée noble dévoyée

    Commençons par le commencement. Le libéralisme économique, dans sa conception originelle, c’est quoi ? C’est l’idée que la liberté d’entreprendre, la concurrence et le marché sont les meilleurs moyens d’organiser l’économie. Adam Smith, au XVIIIe siècle, parlait de la « main invisible » du marché qui guide l’intérêt individuel vers l’intérêt collectif. Belle théorie.

    En France, nous avons une tradition libérale qui remonte à Turgot et aux physiocrates. Le libéralisme, c’est aussi l’héritage des Lumières : la liberté individuelle, la propriété privée, l’État de droit. Des valeurs que je partage, d’ailleurs. Entrepreneur depuis plus de vingt ans, je sais ce que c’est que de créer, d’innover, de prendre des risques.

    Mais voilà, entre la théorie et la pratique, il y a un monde. Et ce monde, aujourd’hui, ressemble de plus en plus à un champ de bataille où les plus forts écrasent les plus faibles sans aucune régulation.

    Ma définition de l’ultra-libéralisme

    Alors oui, je le dis haut et fort : l’ultra-libéralisme existe. Et ma définition est simple : c’est le « mauvais libéralisme ». Plus précisément, c’est un libéralisme hors de contrôle, destructeur, qui a perdu toute mesure et toute raison.

    Imaginez un moteur de voiture. Le libéralisme, c’est le moteur qui fait avancer l’économie. L’ultra-libéralisme, c’est quand vous appuyez à fond sur l’accélérateur, que vous coupez les freins et que vous foncez droit dans le mur. C’est la boîte de Pandore du libéralisme, ouverte en grand.

    Concrètement, l’ultra-libéralisme se manifeste par :

    • La dérégulation totale des marchés financiers qui conduit aux crises à répétition
    • La course au moins-disant social et fiscal entre les pays
    • La privatisation de services publics essentiels sans garde-fous
    • L’accumulation sans limite de richesses par une minorité
    • La destruction de l’environnement au nom du profit à court terme

    Les ravages de l’extrémisme économique

    Regardons les faits. La crise de 2008, dont nous subissons encore les conséquences cinq ans après, n’est-elle pas le fruit de cet ultra-libéralisme débridé ? Les banques ont joué au casino avec l’argent des épargnants, les agences de notation ont fermé les yeux, les régulateurs ont abdiqué. Résultat : des millions de chômeurs, des États surendettés, une récession mondiale.

    En Europe, que voyons-nous ? La Grèce saignée à blanc par les plans d’austérité. L’Espagne avec 26% de chômage. Le Portugal, l’Irlande, l’Italie qui vacillent. Et partout, la même recette : privatisations, coupes budgétaires, flexibilisation du marché du travail. L’ultra-libéralisme en action.

    Chez nous, en France, les délocalisations s’accélèrent. Des usines ferment pour rouvrir en Roumanie ou en Chine. Normal, me direz-vous, c’est la concurrence. Mais quelle concurrence ? Celle où un ouvrier chinois travaille 12 heures par jour pour 200 euros par mois ? Celle où les entreprises peuvent jouer les paradis fiscaux les uns contre les autres ?

    Libéralisme versus ultra-libéralisme : une question de mesure

    Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Je ne suis pas contre le libéralisme. Le libéralisme est un terme mélioratif quand on le compare à l’ultra-libéralisme, qui est péjoratif. Les deux ne sont pas opposés : l’un est la dérive de l’autre.

    Le libéralisme bien compris, c’est :

    • La liberté d’entreprendre dans un cadre régulé
    • La concurrence loyale et non faussée
    • La protection de la propriété privée ET de l’intérêt général
    • L’innovation au service du progrès humain
    • Un État qui joue son rôle d’arbitre et de stratège

    L’ultra-libéralisme, c’est quand ces principes sont poussés à l’extrême, sans garde-fous, sans limites, sans considération pour les conséquences humaines et sociales.

    Les signes qui ne trompent pas

    Comment reconnaître l’ultra-libéralisme ? Voici quelques symptômes qui devraient vous alerter :

    La financiarisation de l’économie

    Quand la finance représente une part croissante du PIB, quand les entreprises gagnent plus d’argent avec leurs placements qu’avec leur activité principale, quand les traders sont mieux payés que les ingénieurs, on a un problème. En 2013, le secteur financier représente près de 5% du PIB français, contre 2,5% il y a trente ans.

    Les inégalités explosent

    Les chiffres sont têtus. Selon l’INSEE, les 10% les plus riches possèdent 50% du patrimoine total en France. Les 1% les plus riches en détiennent 20%. Cette concentration de richesses n’a cessé de s’accentuer depuis les années 1980. Est-ce cela, la « main invisible » du marché ?

    La précarisation généralisée

    CDD, intérim, auto-entrepreneuriat forcé… La flexibilité tant vantée se traduit par une précarité croissante. Un jeune sur quatre est au chômage. Ceux qui travaillent enchaînent les contrats courts. L’ultra-libéralisme a transformé le travail en variable d’ajustement.

    Pourquoi je préfère parler d’extrême-libéralisme

    Souvent, je remplace ultra-libéral par extrême-libéral. Pourquoi ? Parce que cela traduit mieux la radicalité de cette dérive. L’extrémisme, qu’il soit politique ou économique, c’est toujours la négation de la mesure, du compromis, de l’équilibre.

    L’extrême-libéralisme, c’est l’idéologie qui considère que tout doit être soumis aux lois du marché : la santé, l’éducation, la culture, l’environnement. C’est Margaret Thatcher qui déclarait « There is no alternative ». C’est Reagan qui affirmait « Government is the problem ».

    Cette idéologie a ses grands prêtres : les économistes de l’École de Chicago, Milton Friedman en tête. Ses laboratoires : le Chili de Pinochet, la Russie d’Eltsine. Ses résultats : des sociétés fracturées, des économies instables, des démocraties affaiblies.

    L’Europe face au défi ultra-libéral

    L’Union européenne est aujourd’hui le terrain de jeu favori de l’ultra-libéralisme. La Commission européenne, sous l’influence des lobbies, pousse à toujours plus de dérégulation. La directive Bolkestein voulait mettre en concurrence les travailleurs européens. Le pacte budgétaire impose l’austérité partout.

    Regardez ce qui se passe avec la BCE. Son seul mandat : lutter contre l’inflation. Pas un mot sur l’emploi, la croissance, le bien-être des citoyens. Pendant ce temps, la Fed américaine a un double mandat qui inclut le plein emploi. Cherchez l’erreur.

    Les traités européens ont gravé dans le marbre les principes de l’ultra-libéralisme : concurrence libre et non faussée, interdiction des aides d’État, liberté totale de circulation des capitaux. Résultat : les États sont pieds et poings liés face aux marchés financiers.

    Vers un libéralisme responsable ?

    Alors, que faire ? Faut-il jeter le bébé libéral avec l’eau du bain ultra-libéral ? Non, évidemment. Ce qu’il faut, c’est retrouver un libéralisme de raison, un libéralisme tempéré, un libéralisme responsable.

    Cela passe par :

    • Une régulation forte du secteur financier
    • Une lutte déterminée contre les paradis fiscaux
    • Une protection des services publics essentiels
    • Une politique industrielle ambitieuse
    • Un rééquilibrage du partage des richesses

    Certains pays montrent la voie. L’Allemagne avec son modèle de cogestion. Les pays scandinaves avec leur flexisécurité. Même les États-Unis commencent à s’interroger sur les excès de Wall Street.

    En France, nous avons des atouts : un État fort, des services publics de qualité, un modèle social qui, malgré ses défauts, protège les plus faibles. Ne les bradons pas au nom d’un ultra-libéralisme destructeur.

    Le vrai libéralisme, c’est celui qui permet à chacun de développer ses talents, de créer, d’innover, dans un cadre qui garantit l’égalité des chances et la cohésion sociale. L’ultra-libéralisme, c’est la loi de la jungle économique où seuls les plus forts survivent.

    Vous savez quoi ? Je crois profondément à la liberté d’entreprendre. Mais une liberté sans limites devient tyrannie. C’est la leçon que nous devons retenir de ces années de crise. L’ultra-libéralisme n’est pas la solution, c’est le problème.

    Alors oui, continuons à débattre, à nous opposer sur les moyens, mais reconnaissons au moins ceci : quand le libéralisme devient extrême, quand il perd toute mesure, quand il détruit plus qu’il ne construit, il change de nature. Il devient ultra-libéralisme. Et ça, ce n’est bon pour personne.

    Pour aller plus loin

    • « La Grande Transformation » de Karl Polanyi (1944) – Une analyse prophétique des dangers du marché autorégulateur
    • « Le Prix de l’inégalité » de Joseph Stiglitz (2012) – Le prix Nobel d’économie démonte les mythes de l’ultra-libéralisme
    • « Cette crise qui n’en finit pas » de Frédéric Lordon (2013) – Une analyse sans concession de la crise financière
    • Les travaux de Thomas Piketty sur les inégalités – Des données chiffrées sur la concentration des richesses
    • Le site des Économistes Atterrés – Pour une autre vision de l’économie

    Sources et références

    • INSEE – Enquête Patrimoine 2010 sur la répartition des richesses en France
    • Eurostat – Données sur le chômage dans l’Union européenne (septembre 2013)
    • Banque de France – Part du secteur financier dans le PIB français
    • OCDE – Rapport « Toujours plus d’inégalité » (2011)
    • Commission européenne – Traités et directives sur la concurrence

    Photo : Arturo Añez / Unsplash

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  • Ultra-libéral : pourquoi j’emploie ce terme péjoratif pour dénoncer les dérives du libéralisme
    Ultra-libéral : pourquoi j’emploie ce terme péjoratif pour dénoncer les dérives du libéralisme
    Face aux critiques sur mon usage du terme « ultra-libéral », je clarifie ma position : je ne suis pas anti-libéral, je dénonce simplement les excès destructeurs d’un libéralisme devenu incontrôlable. L’ultra-libéralisme, c’est la boîte de Pandore du libéralisme ouverte.

    Le débat fait rage depuis quelques jours sur Twitter. On me reproche d’employer le terme « ultra-libéral » à tort et à travers, certains allant jusqu’à me qualifier d’anti-libéral primaire. Il est temps de clarifier les choses une bonne fois pour toutes.

    Je suis libéral. Profondément. Entrepreneur depuis plus de vingt ans, j’ai bâti mes entreprises sur les principes du libre marché, de l’innovation et de la responsabilité individuelle. Mais être libéral ne signifie pas fermer les yeux sur les dérives d’un système qui, poussé à l’extrême, finit par détruire ce qu’il prétend défendre.

    Ma définition de l’ultra-libéralisme : le mauvais côté de la Force

    Quand j’emploie le terme « ultra-libéral », je ne parle pas du libéralisme classique d’Adam Smith ou de Friedrich Hayek. Je parle de ce que j’appelle le « mauvais libéralisme » – un libéralisme hors de contrôle, destructeur, qui a perdu tout sens de la mesure et de la responsabilité sociale.

    L’ultra-libéralisme, selon ma définition, c’est la boîte de Pandore du libéralisme ouverte. C’est quand les principes libéraux deviennent des dogmes aveugles, appliqués sans discernement ni considération pour leurs conséquences humaines et sociales.

    Prenez la dérégulation financière des années 1980-1990. Au nom de la liberté des marchés, on a supprimé les garde-fous qui protégeaient l’économie réelle de la spéculation débridée. Résultat ? La crise des subprimes de 2007-2008, des millions de familles ruinées, et une récession mondiale dont nous payons encore le prix aujourd’hui.

    Est-ce cela, le libéralisme que nous voulons défendre ? Non. C’est de l’ultra-libéralisme, de l’extrême-libéralisme destructeur.

    Pourquoi « ultra » et pas simplement « néo » ?

    On me demande souvent pourquoi j’utilise le préfixe « ultra » plutôt que « néo ». La réponse est simple : le néolibéralisme est devenu un terme fourre-tout qui ne veut plus rien dire. Tout le monde l’emploie pour désigner tout et n’importe quoi, de Reagan à Hollande en passant par Blair.

    « Ultra », en revanche, marque clairement l’excès, l’extrême, le dépassement des limites raisonnables. C’est pourquoi je remplace souvent « ultra-libéral » par « extrême-libéral » – les deux termes sont pour moi synonymes et désignent la même dérive.

    Le libéralisme, c’est la recherche d’un équilibre entre liberté individuelle et bien commun. L’ultra-libéralisme, c’est quand cet équilibre est rompu au profit exclusif du premier terme de l’équation.

    Les caractéristiques de l’ultra-libéralisme

    Comment reconnaître l’ultra-libéralisme ? Voici les signes qui ne trompent pas :

    • La privatisation à outrance : quand on veut privatiser jusqu’aux services publics essentiels comme la santé, l’éducation ou même la sécurité
    • La financiarisation de l’économie : quand la spéculation rapporte plus que la production réelle
    • Le dumping social et fiscal : quand la compétition entre États se fait sur le dos des travailleurs et des services publics
    • L’individualisme exacerbé : quand « there is no such thing as society » devient un mantra
    • Le court-termisme : quand le profit trimestriel prime sur la viabilité à long terme

    Le libéralisme mélioratif vs l’ultra-libéralisme péjoratif

    C’est simple : le libéralisme est mélioratif si on le compare à l’ultra-libéralisme, qui est péjoratif. Les deux ne sont pas opposés – l’un est la perversion de l’autre.

    Le libéralisme bien compris, c’est celui qui a permis l’essor économique de l’Occident, l’innovation technologique, l’amélioration du niveau de vie. C’est le libéralisme des Trente Glorieuses, celui qui savait concilier dynamisme économique et protection sociale.

    L’ultra-libéralisme, c’est celui qui creuse les inégalités, détruit le tissu social, transforme tout en marchandise – y compris l’humain. C’est le libéralisme devenu fou, qui a oublié que l’économie doit être au service de l’homme et non l’inverse.

    Des exemples concrets de dérives ultra-libérales

    Pour ceux qui douteraient encore de la réalité de ces dérives, voici quelques exemples concrets :

    • La crise grecque : au nom du remboursement de la dette, on impose à tout un peuple une austérité qui détruit son économie
    • Les paradis fiscaux : des multinationales qui ne paient quasiment pas d’impôts pendant que les PME et les particuliers croulent sous les charges
    • La précarisation du travail : le remplacement systématique des CDI par des contrats précaires au nom de la « flexibilité »
    • La marchandisation de la santé : aux États-Unis, des gens meurent faute de pouvoir payer leurs soins

    Pourquoi cette clarification est importante

    Cette distinction entre libéralisme et ultra-libéralisme n’est pas qu’une querelle sémantique. Elle est cruciale pour l’avenir de nos sociétés.

    Si nous, libéraux modérés et responsables, ne dénonçons pas les excès de notre propre camp, nous laissons le champ libre aux populistes de tous bords. Nous leur offrons sur un plateau l’argument massue : « Vous voyez, le libéralisme mène forcément à ces dérives ! »

    Non. Le libéralisme ne mène pas forcément à l’ultra-libéralisme. Pas plus que la démocratie ne mène forcément à la démagogie ou que la religion ne mène forcément au fanatisme. Mais dans tous les cas, il faut savoir poser des limites, définir des garde-fous, accepter la régulation.

    Le rôle de l’État dans une économie libérale

    Contrairement à ce que prétendent les ultra-libéraux, l’État a un rôle crucial à jouer dans une économie libérale saine :

    • Régulateur : pour éviter les abus de position dominante et protéger la concurrence
    • Arbitre : pour garantir le respect des règles du jeu économique
    • Protecteur : pour assurer un filet de sécurité sociale minimum
    • Investisseur : pour financer les infrastructures et la recherche fondamentale
    • Stabilisateur : pour amortir les chocs économiques

    L’ultra-libéralisme nie ou minimise tous ces rôles. C’est en cela qu’il est destructeur.

    Vers un libéralisme responsable

    Alors, quel libéralisme défendre ? Un libéralisme responsable, qui reconnaît que la liberté économique doit s’exercer dans un cadre éthique et social.

    Un libéralisme qui comprend que l’entreprise n’est pas qu’une machine à cash pour les actionnaires, mais un acteur social avec des responsabilités envers ses salariés, ses clients, son territoire.

    Un libéralisme qui accepte de payer des impôts justes pour financer les biens publics dont nous bénéficions tous. Un libéralisme qui investit dans l’avenir plutôt que de tout sacrifier au profit immédiat.

    Bref, un libéralisme humain.

    Ce libéralisme-là, je le défends et le défendrai toujours. L’ultra-libéralisme, je le combats et le combattrai toujours. Non pas parce que je serais anti-libéral, mais précisément parce que je suis libéral et que je refuse de voir cette belle idée pervertie par les excès de quelques-uns.

    La prochaine fois qu’on m’accusera d’être anti-libéral parce que j’emploie le terme « ultra-libéral », je renverrai simplement à cet article. Le débat mérite mieux que les anathèmes et les simplifications.

    Pour aller plus loin

    • « La Grande Transformation » de Karl Polanyi (1944) – Une analyse prophétique des dangers du marché autorégulateur
    • « Le Prix de l’inégalité » de Joseph Stiglitz (2012) – Comment les excès du libéralisme créent des sociétés dysfonctionnelles
    • « Capitalisme et Liberté » de Milton Friedman (1962) – Pour comprendre la pensée libérale classique et ses limites
    • « La Richesse des Nations » d’Adam Smith (1776) – Le texte fondateur, plus nuancé qu’on ne le croit souvent

    Sources et références

    • Rapport de la Commission Stiglitz sur la mesure des performances économiques et du progrès social (2009)
    • « The Shock Doctrine » de Naomi Klein (2007) – Une critique documentée des dérives ultra-libérales
    • Les travaux de Thomas Piketty sur les inégalités (notamment « Les hauts revenus en France au XXe siècle », 2001)
    • Rapport du FMI « Neoliberalism: Oversold? » (2016) – Même le FMI reconnaît les excès

    Photo : Piret Ilver / Unsplash

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  • Syrie : Quand un Nobel de la Paix et un maire de Tulle jouent avec le feu
    Syrie : Quand un Nobel de la Paix et un maire de Tulle jouent avec le feu
    Alors que la crise syrienne atteint un point de non-retour, Barack Obama et François Hollande déploient une énergie considérable pour justifier une intervention militaire. Une convergence troublante entre un Nobel de la Paix et un ancien maire de Tulle qui interroge sur les véritables motivations de cette marche forcée vers la guerre.

    Je regarde, sidéré, cette valse diplomatique qui se joue en ce début septembre 2013. D’un côté, Barack Obama, prix Nobel de la Paix 2009. De l’autre, François Hollande, ancien maire de Tulle devenu président. Deux hommes que tout devrait opposer, unis dans ce qui ressemble furieusement à une course effrénée vers l’intervention militaire en Syrie.

    Le paradoxe est saisissant. Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment un lauréat du prix Nobel de la Paix peut-il déployer tant d’énergie pour convaincre le monde de la nécessité de bombarder un pays souverain ? Comment un socialiste français, héritier d’une tradition pacifiste, peut-il se retrouver plus belliqueux que les Britanniques eux-mêmes ?

    L’étrange duo de la guerre

    Barack Obama, c’est cette figure paradoxale de l’Amérique moderne. Élu en 2008 sur la promesse de mettre fin aux aventures militaires de George W. Bush, couronné du prix Nobel de la Paix avant même d’avoir accompli quoi que ce soit de concret. Le comité Nobel avait justifié ce choix par ses « efforts extraordinaires pour renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples ». Quatre ans plus tard, le voilà qui martèle la nécessité d’une frappe militaire contre le régime de Bachar el-Assad.

    François Hollande, lui, c’est l’incarnation de la province française qui accède aux plus hautes fonctions. Maire de Tulle pendant sept ans, cette petite préfecture de Corrèze de 15 000 habitants. Un parcours classique d’apparatchik socialiste, qui aurait dû logiquement le conduire à une certaine prudence en matière de politique étrangère. Erreur. Depuis l’intervention au Mali en janvier dernier, notre président semble avoir pris goût aux opérations militaires.

    Ce qui frappe, c’est l’acharnement de ces deux hommes. Alors que le Parlement britannique vient de rejeter toute intervention militaire le 29 août, que l’opinion publique mondiale est massivement opposée à une nouvelle guerre au Moyen-Orient, Obama et Hollande persistent. Ils déploient une énergie considérable, multiplient les déclarations, les consultations, les pressions diplomatiques.

    Pourquoi une telle obstination ?

    La ligne rouge et le piège rhétorique

    Tout a commencé avec cette fameuse « ligne rouge » tracée par Obama en août 2012. L’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien déclencherait automatiquement une réponse américaine, avait-il prévenu. Une déclaration qui ressemble aujourd’hui à un piège dans lequel le président américain s’est lui-même enfermé.

    Car voilà le problème : une fois la ligne rouge franchie – et les images terribles de l’attaque chimique présumée du 21 août dans la banlieue de Damas sont là pour en témoigner – comment reculer sans perdre toute crédibilité ? Obama se retrouve prisonnier de sa propre rhétorique. Le Nobel de la Paix doit maintenant prouver qu’il n’est pas un président faible.

    Hollande, de son côté, semble voir dans cette crise une opportunité. Après des débuts calamiteux sur la scène intérieure, avec une popularité en chute libre, l’intervention au Mali lui a offert un répit. La posture martiale, ça paie électoralement. Du moins à court terme. Alors pourquoi ne pas rejouer la même partition en Syrie ?

    Mais cette fois, le contexte est radicalement différent. La Syrie n’est pas le Mali. C’est un pays au cœur d’un Moyen-Orient en ébullition, avec des alliances complexes, des enjeux géopolitiques majeurs. La Russie de Poutine soutient Assad. L’Iran est dans l’équation. Le Hezbollah libanais aussi. Sans parler de la mosaïque d’oppositions syriennes, où les islamistes radicaux gagnent chaque jour du terrain.

    L’engrenage de l’escalade

    Ce qui m’inquiète le plus, c’est cette mécanique implacable de l’escalade. Une fois le processus enclenché, il devient presque impossible de l’arrêter. Les déclarations martiales appellent d’autres déclarations martiales. Les préparatifs militaires entraînent d’autres préparatifs. La logique de guerre s’installe, inexorablement.

    Je vois déjà les porte-avions américains qui convergent vers la Méditerranée orientale. Les forces françaises qui se tiennent prêtes. Les missiles de croisière qu’on arme. Toute cette machinerie de guerre qui se met en branle, avec sa propre inertie, sa propre logique.

    Et pendant ce temps, que fait-on des leçons de l’Irak ? De l’Afghanistan ? De la Libye ? Ces interventions qui devaient apporter la démocratie et la stabilité, et qui n’ont laissé que chaos et désolation. Colin Powell agitant sa fiole devant l’ONU en 2003, ça ne vous rappelle rien ? Les « preuves irréfutables » qui se révèlent être des fabrications. Les « frappes chirurgicales » qui tuent des civils. Les « opérations limitées » qui s’enlisent.

    Mais non, cette fois c’est différent, nous assure-t-on. Il ne s’agit que de « punir » Assad pour l’utilisation d’armes chimiques. Des frappes limitées, ciblées, sans troupes au sol. Vraiment ?

    Les vrais enjeux derrière le rideau de fumée moral

    Soyons clairs : personne ne défend l’utilisation d’armes chimiques. Les images de ces enfants gazés sont insoutenables. Mais est-ce vraiment de cela qu’il s’agit ? Ou bien y a-t-il d’autres enjeux, moins avouables, derrière cette soudaine indignation morale ?

    La Syrie, c’est un nœud géostratégique majeur. C’est l’allié de l’Iran, l’ennemi juré d’Israël. C’est le dernier bastion russe au Moyen-Orient, avec la base navale de Tartous. C’est aussi un pays par lequel transitent des pipelines stratégiques. Curieusement, on parle beaucoup moins de ces aspects-là.

    Et puis il y a cette étrange sélectivité de l’indignation occidentale. Des dizaines de milliers de morts en Syrie depuis 2011, tués par des armes conventionnelles, ça n’émeut pas grand monde. Mais quelques centaines tués par des gaz, et soudain c’est l’émoi général ? Les morts chimiques valent-ils plus que les morts par balles ou par bombes ?

    Je ne peux m’empêcher de penser que cette fixation sur les armes chimiques sert surtout de prétexte. Un prétexte moral inattaquable pour justifier une intervention dont les véritables motivations sont ailleurs. Renverser Assad ? Affaiblir l’Iran ? Contenir la Russie ? Sécuriser Israël ? Tout cela à la fois, probablement.

    Le spectre d’Armageddon

    Ce qui me terrifie, c’est le potentiel d’escalade incontrôlée. La Syrie n’est pas une île isolée. C’est une poudrière au cœur d’une région explosive. Une intervention occidentale pourrait déclencher une réaction en chaîne aux conséquences imprévisibles.

    Imaginons que les frappes occidentales touchent des conseillers militaires russes ou iraniens. Quelle sera la réaction de Moscou ? De Téhéran ? Et si le Hezbollah décidait de riposter en attaquant Israël ? Et si les groupes djihadistes profitaient du chaos pour s’emparer d’arsenaux chimiques ?

    Le mot Armageddon peut paraître excessif. Mais quand on joue avec le feu dans une région aussi volatile, avec autant d’acteurs aux intérêts divergents, avec autant d’armes en circulation, le pire est toujours possible. L’histoire nous l’a appris : les grandes conflagrations commencent souvent par de petites étincelles.

    Et nos deux apprentis sorciers, notre Nobel de la Paix et notre maire de Tulle, semblent décidés à allumer cette étincelle. Avec quelle légitimité ? Le Congrès américain n’a pas encore voté. Le Conseil de sécurité de l’ONU est bloqué par le veto russe. L’opinion publique est massivement hostile. Mais qu’importe, ils savent mieux que nous ce qui est bon pour la paix mondiale.

    L’impasse morale et stratégique

    Au-delà de l’ironie amère de voir un prix Nobel de la Paix pousser à la guerre, c’est toute la faillite de notre système international qui se révèle. Nous sommes face à une situation où tout le monde sait que l’intervention militaire ne résoudra rien, mais où les dirigeants se sentent obligés d’agir pour « sauver la face ».

    Car soyons honnêtes : que peuvent accomplir des frappes aériennes limitées ? Renverser Assad ? Non, ce n’est pas l’objectif affiché. Détruire ses stocks d’armes chimiques ? Techniquement très difficile et dangereux. Le « punir » ? Concept juridique douteux en droit international. Dissuader de futures utilisations ? Peut-être, mais à quel prix ?

    En réalité, nous sommes dans une logique purement symbolique. Il faut frapper pour montrer qu’on frappe. Il faut agir pour ne pas paraître faible. C’est de la politique de posture, pas de la stratégie. Et pendant ce temps, les Syriens continuent de mourir, que ce soit sous les bombes du régime ou dans les exactions des rebelles.

    La vraie question, celle que personne ne veut poser, c’est : et après ? Admettons que les frappes aient lieu. Qu’Assad soit affaibli. Qui prendra le pouvoir ? Les islamistes radicaux qui dominent de plus en plus l’opposition armée ? Est-ce vraiment une amélioration ? Veut-on vraiment d’une Syrie aux mains d’Al-Qaïda ?

    Bref. Nous voilà avec un Nobel de la Paix et un ancien maire de province qui jouent aux stratèges planétaires, prêts à déclencher une conflagration dont personne ne peut prévoir l’issue. L’énergie qu’ils déploient pour nous convaincre du bien-fondé de leur croisade est inversement proportionnelle à la clarté de leurs objectifs.

    En ce début septembre 2013, je ne peux m’empêcher de penser que nous sommes à un tournant. Soit la raison l’emportera – peut-être grâce au Congrès américain, peut-être grâce à une initiative diplomatique de dernière minute – soit nous nous engageons dans un nouveau cycle de violence au Moyen-Orient. Avec, à la manœuvre, ces deux figures improbables : un Nobel de la Paix va-t-en-guerre et un maire de Tulle qui se prend pour Napoléon.

    L’histoire jugera. Mais j’ai bien peur que son verdict ne soit sévère pour ces apprentis sorciers qui jouent avec le feu d’Armageddon.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    • Déclaration d’Obama sur la « ligne rouge » syrienne – 20 août 2012
    • Vote du Parlement britannique contre l’intervention – 29 août 2013
    • Rapport préliminaire de l’ONU sur l’attaque chimique du 21 août 2013
    • Sondages d’opinion sur l’intervention en Syrie – Gallup, septembre 2013

    Photo : Emin Huric / Unsplash

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  • Syrie : la poudrière du Moyen-Orient et le jeu dangereux des grandes puissances
    La crise syrienne atteint un point de non-retour avec l’utilisation présumée d’armes chimiques. Les États-Unis et la France préparent une intervention militaire tandis que la Russie se positionne en défenseur du régime Assad, créant les conditions d’une confrontation directe entre grandes puissances.

    Je regarde avec effroi ce qui se déroule en Syrie. Deux ans et demi après le début du conflit, nous voici au bord d’une escalade militaire internationale qui pourrait bien dépasser tout ce que nous avons connu depuis la guerre froide. Les récentes accusations d’utilisation d’armes chimiques dans la banlieue de Damas ont mis le feu aux poudres diplomatiques. Obama et Hollande, respectivement Prix Nobel de la paix et ancien maire de Tulle, déploient une énergie considérable pour justifier une intervention militaire. La situation me rappelle étrangement les prémices de la guerre en Irak en 2003.

    L’équation syrienne : un conflit aux multiples visages

    Le conflit syrien n’est pas une simple rébellion contre un dictateur. C’est devenu un enchevêtrement complexe d’intérêts divergents où s’affrontent l’armée régulière syrienne, des groupes rebelles hétéroclites, des milices islamistes radicales et, en coulisses, les grandes puissances mondiales. La ligne de fracture ne passe plus simplement entre Assad et l’opposition, mais entre des visions géopolitiques radicalement opposées.

    D’un côté, les États-Unis et la France brandissent la menace d’une intervention « limitée et ciblée » pour punir l’utilisation présumée d’armes chimiques. De l’autre, la Russie de Poutine maintient son soutien indéfectible au régime de Damas, considéré comme un allié stratégique crucial au Moyen-Orient. Entre les deux, une population syrienne prise en otage qui paie le prix fort de cette guerre par procuration.

    Ce qui me frappe, c’est l’absence totale de réflexion sur l’après. Qui pourrait remplacer Assad ? Les rebelles « modérés » tant vantés par les chancelleries occidentales ? Permettez-moi d’en douter. Sur le terrain, ce sont de plus en plus les groupes islamistes radicaux qui prennent le contrôle des zones « libérées ». Le chaos libyen post-Kadhafi devrait pourtant nous servir de leçon.

    Les armes chimiques : prétexte ou ligne rouge ?

    L’attaque chimique présumée du 21 août dans la Ghouta orientale a changé la donne. Les images terribles d’enfants gazés ont bouleversé l’opinion mondiale. Mais au-delà de l’émotion légitime, plusieurs questions restent sans réponse. Qui a vraiment utilisé ces armes ? Le régime syrien avait-il intérêt à franchir cette « ligne rouge » alors que les inspecteurs de l’ONU étaient présents à Damas ?

    Le marketing militaire bat son plein. On nous présente désormais « Bachar le chimique », une marque soigneusement construite pour justifier l’intervention. Cette rhétorique me rappelle furieusement les « armes de destruction massive » de Saddam Hussein. La manipulation de l’opinion publique suit toujours les mêmes recettes.

    Les frappes envisagées sont présentées comme « chirurgicales » et « limitées ». Mais soyons clairs : la Syrie ne restera pas sans réagir. Assad dispose encore de moyens militaires conséquents et surtout, il bénéficie du soutien actif de la Russie et de l’Iran. Une attaque occidentale pourrait déclencher une réaction en chaîne aux conséquences imprévisibles.

    Le piège de l’escalade militaire

    Ce qui m’inquiète le plus, c’est la logique d’escalade dans laquelle nous sommes engagés. Si les États-Unis et la France frappent, Poutine sera obligé de riposter pour maintenir sa crédibilité. La flotte russe est déjà positionnée en Méditerranée orientale. Un accrochage, même accidentel, entre forces occidentales et russes pourrait dégénérer rapidement.

    Nous sommes face à un scénario de type « piège de Thucydide » où deux puissances, par une série d’actions et de réactions, se retrouvent entraînées dans un conflit qu’aucune ne souhaite vraiment. La Syrie pourrait devenir le Sarajevo du XXIe siècle, le détonateur d’un conflit bien plus large.

    L’objectif réel d’une frappe occidentale reste flou. S’agit-il simplement de « punir » l’utilisation d’armes chimiques ? D’affaiblir le régime Assad ? Ou, comme je le soupçonne, l’objectif ultime est-il l’élimination physique du président syrien ? Dans ce cas, sa mise sous protection en Iran serait un coup de maître qui compliquerait singulièrement la tâche des stratèges occidentaux.

    Les acteurs régionaux et leurs agendas cachés

    La Syrie est devenue le théâtre d’une guerre par procuration où s’affrontent les ambitions régionales. L’Arabie Saoudite et le Qatar financent généreusement les groupes rebelles, y compris les plus radicaux, dans l’espoir de briser l’axe chiite Téhéran-Damas-Hezbollah. La Turquie d’Erdogan joue sa propre partition, oscillant entre soutien aux rebelles et crainte d’un Kurdistan autonome à sa frontière.

    Israël observe avec attention, partagé entre la satisfaction de voir s’affaiblir un ennemi historique et l’inquiétude face à la montée des groupes djihadistes. Le Liban voisin tremble sur ses bases, les tensions confessionnelles syriennes menaçant de raviver ses propres démons.

    L’Iran, de son côté, ne peut se permettre de perdre son allié syrien, vital pour son influence régionale et sa connexion avec le Hezbollah libanais. Téhéran a déjà engagé des conseillers militaires et des milices chiites pour soutenir Assad. Une intervention occidentale pourrait pousser l’Iran à intensifier son implication, avec le risque d’un embrasement régional.

    L’opinion publique et le spectre de l’Irak

    Les opinions publiques occidentales restent largement hostiles à une nouvelle aventure militaire au Moyen-Orient. Le souvenir cuisant de l’Irak et de l’Afghanistan pèse lourd. Les mensonges sur les armes de destruction massive irakiennes ont laissé des traces profondes. Comment croire aujourd’hui les mêmes gouvernements qui nous ont menti hier ?

    Au Royaume-Uni, le Parlement a déjà dit non à Cameron. Aux États-Unis, Obama hésite et cherche l’aval du Congrès. En France, Hollande semble plus déterminé mais l’opinion publique ne suit pas. Cette guerre annoncée manque cruellement de légitimité démocratique.

    Les médias mainstream jouent leur partition habituelle, relayant sans recul la propagande de guerre. Mais les réseaux sociaux et les médias alternatifs offrent aujourd’hui un contre-récit qui complique la tâche des va-t-en-guerre. La manipulation de l’opinion n’est plus aussi aisée qu’en 2003.

    Vers l’Armageddon ?

    Je ne peux m’empêcher de penser que nous marchons les yeux grands ouverts vers une catastrophe. Deux dirigeants occidentaux, l’un Prix Nobel de la paix, l’autre ancien maire de Tulle, semblent déterminés à déclencher ce qui pourrait devenir un Armageddon moderne. L’hubris occidental se heurte à la détermination russe et iranienne. Entre les deux, c’est le peuple syrien qui continue de souffrir.

    Une intervention militaire occidentale en Syrie ne résoudra rien. Au contraire, elle risque d’aggraver le chaos, de renforcer les extrémistes et de créer les conditions d’une confrontation directe entre grandes puissances. N’avons-nous rien appris de nos échecs passés ?

    La solution en Syrie ne peut être que politique et diplomatique. Elle passe par une négociation incluant tous les acteurs, y compris ceux que nous n’aimons pas. Elle nécessite de reconnaître que Assad, aussi détestable soit-il, reste pour l’instant le seul rempart contre une prise de pouvoir par les djihadistes. Elle exige surtout que l’Occident abandonne ses fantasmes de changement de régime et accepte la complexité du monde multipolaire qui émerge.

    Mais j’ai peu d’espoir. La machine de guerre semble lancée. Les faucons l’emportent sur les colombes. Nous fonçons vers l’abîme avec l’assurance des somnambules. Puissions-nous nous réveiller avant qu’il ne soit trop tard.

    Pour aller plus loin

    • « La Question syrienne » de Georges Corm – Une analyse historique et géopolitique du conflit syrien
    • Le blog « Un oeil sur la Syrie » – Analyses quotidiennes de la situation sur le terrain
    • Les rapports de l’International Crisis Group – Des analyses détaillées et nuancées du conflit
    • « Syrie, l’État de barbarie » de Michel Seurat – Pour comprendre les racines du régime Assad
    • Les dépêches de l’agence SANA – Le point de vue officiel syrien, à lire avec distance critique

    Sources et références

    • Rapport de Human Rights Watch sur les violations des droits de l’homme en Syrie (juin 2013)
    • Données du HCR sur les réfugiés syriens (août 2013)
    • Analyses de l’Institut français du Proche-Orient (IFPO)
    • Rapports du Centre Carnegie pour le Moyen-Orient
    • Statistiques de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH)
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  • Syrie : l’équation impossible d’une intervention occidentale
    Syrie : l’équation impossible d’une intervention occidentale
    L’intervention militaire envisagée en Syrie suite aux attaques chimiques présumées risque de déclencher une escalade incontrôlable. Face à un Assad soutenu par la Russie et l’Iran, et des rebelles infiltrés par les islamistes, l’Occident n’a que des mauvais choix.

    Le tambour de guerre résonne de plus en plus fort. Depuis les images terribles en provenance de la Ghouta orientale le 21 août dernier, montrant des centaines de victimes d’une attaque chimique présumée, la machine diplomatico-militaire occidentale s’est mise en branle. François Hollande martèle sa détermination, Barack Obama hésite mais se prépare, David Cameron a déjà essuyé un camouflet au Parlement britannique. Et pendant ce temps, Bachar el-Assad continue de bombarder son peuple, fort du soutien indéfectible de Moscou et Téhéran.

    Mais au-delà des postures morales et des déclarations martiales, une question fondamentale demeure : que peut réellement accomplir une intervention militaire en Syrie ? Et surtout, sommes-nous prêts à en assumer toutes les conséquences ?

    Le piège de la « frappe chirurgicale »

    L’option privilégiée par les stratèges occidentaux serait une série de frappes « limitées et ciblées » visant les capacités chimiques du régime. Un scénario à la libyenne, en somme, mais sans engagement au sol. Cette approche, séduisante sur le papier, relève pourtant de l’illusion dangereuse.

    D’abord, parce que la Syrie n’est pas la Libye. Le régime de Damas dispose d’une défense anti-aérienne sophistiquée, fournie et modernisée par la Russie. Les S-300 et autres systèmes Pantsir-S1 ne sont pas des jouets. Toute opération aérienne comportera des risques significatifs pour les pilotes occidentaux.

    Ensuite, et c’est là le point crucial : Assad ne restera pas les bras croisés. Contrairement à ce que semblent croire nos stratèges en chambre, la Syrie ne répliquera pas de façon mesurée à une intervention internationale précise et limitée. Au contraire. Le régime dispose de multiples moyens de riposte :

    • Activation du Hezbollah libanais contre Israël
    • Frappes de missiles balistiques sur les bases occidentales en Turquie
    • Actions terroristes via ses réseaux dormants en Europe
    • Escalade chimique massive contre les populations rebelles

    Et les Occidentaux le savent parfaitement. C’est d’ailleurs pourquoi l’hésitation est si palpable dans les chancelleries.

    L’objectif inavoué : éliminer Assad

    Soyons clairs : une attaque ciblée en Syrie aura forcément pour objectif l’élimination physique d’Assad. C’est la seule façon de « gagner » rapidement sans s’enliser. Mais là encore, le régime a anticipé. La mise sous protection du président syrien en Iran serait un coup de maître stratégique.

    Imaginez la scène : Assad réfugié à Téhéran, continuant de diriger ses troupes à distance, transformé en martyr de la résistance arabe face à l’impérialisme occidental. L’effet sur l’opinion publique régionale serait dévastateur pour nos intérêts.

    Sans compter la réaction russe. Vladimir Poutine a investi trop de capital politique et militaire en Syrie pour laisser tomber son allié sans réagir. Pour rester crédible, Poutine sera obligé de riposter en engageant le combat contre la marine et l’aviation française et américaine. Sommes-nous prêts à risquer une confrontation directe avec la Russie pour la Syrie ?

    Le dilemme des rebelles islamistes

    Mais le tableau se complique encore quand on examine qui nous soutiendrions de facto en attaquant Assad. L’Armée syrienne libre, ce fantasme médiatique d’une opposition modérée et démocratique, a largement cédé la place sur le terrain à des groupes islamistes radicaux.

    Le Front al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, contrôle des pans entiers du territoire rebelle. L’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) impose sa loi brutale dans les zones « libérées ». Ces groupes profitent du chaos pour imposer leur vision totalitaire de l’islam.

    Paradoxalement, il serait peut-être temps de venir en aide militairement à la Syrie en combattant le terrorisme islamiste aux côtés de l’armée syrienne. Oui, vous avez bien lu. Car entre un dictateur laïc et des fanatiques religieux qui décapitent, lapident et réduisent les femmes en esclavage, le choix du moindre mal s’impose.

    Mais cette option est politiquement impossible. Après avoir diabolisé Assad pendant deux ans, comment expliquer un tel revirement ? La propagande a ses limites.

    La guerre de communication fait rage

    D’ailleurs, en parlant de propagande, avez-vous remarqué comment nos médias ont soudainement introduit l’expression « Bachar le chimique » ? Un joli coup de marketing militaire qui prépare psychologiquement l’opinion à l’intervention. Plus facile de bombarder un monstre chimique qu’un président, fût-il autoritaire.

    Cette manipulation sémantique révèle la faiblesse de notre position. Si nos arguments étaient solides, aurions-nous besoin de ces artifices rhétoriques ? La vérité, c’est que nous n’avons toujours aucune preuve irréfutable de la responsabilité d’Assad dans l’attaque chimique. Les inspecteurs de l’ONU n’ont pas rendu leurs conclusions.

    Rappelons-nous l’Irak et les fameuses « armes de destruction massive » de Saddam Hussein. Colin Powell agitant sa fiole devant le Conseil de sécurité. Les « preuves irréfutables » qui se sont révélées être des fabrications. Allons-nous répéter les mêmes erreurs ?

    L’impossible équation militaire

    Au final, on ne mène pas une guerre seul contre un pays comme la Syrie. C’est une évidence que nos dirigeants semblent oublier. La Syrie, c’est :

    • Une armée de 300 000 hommes aguerris par deux ans de guerre civile
    • Des milliers de missiles balistiques pointés sur Israël et la Turquie
    • Un arsenal chimique dispersé sur des dizaines de sites
    • Le soutien logistique et militaire de l’Iran et du Hezbollah
    • La protection diplomatique et militaire de la Russie

    Face à cela, que peuvent quelques frappes aériennes ? Au mieux, elles affaibliront temporairement le régime. Au pire, elles déclencheront une escalade régionale incontrôlable.

    Et puis, admettons que par miracle nous parvenions à faire tomber Assad. Qui pour le remplacer ? Les Frères musulmans ? Les salafistes ? Un gouvernement de coalition ingouvernable comme en Irak ? Le chaos libyen ?

    La Syrie est un pays complexe, avec ses minorités alaouites, chrétiennes, druzes, kurdes. Assad, malgré tous ses crimes, garantissait un certain équilibre confessionnel. Sa chute risque de déclencher un bain de sang intercommunautaire qui fera passer la guerre civile actuelle pour une aimable plaisanterie.

    Le prix de l’inaction est-il acceptable ?

    Mais alors, me direz-vous, faut-il laisser Assad gazer son peuple en toute impunité ? C’est là tout le dilemme moral de cette crise. L’usage d’armes chimiques constitue une ligne rouge absolue depuis la Première Guerre mondiale. Ne pas réagir créerait un dangereux précédent.

    Pourtant, réagir militairement sans stratégie claire, sans objectif atteignable, sans plan pour l’après, c’est reproduire les erreurs de l’Irak et de la Libye. C’est risquer d’aggraver une situation déjà catastrophique.

    Il existe d’autres options : renforcement des sanctions, isolement diplomatique total, soutien massif aux réfugiés, création de zones humanitaires protégées aux frontières. Moins spectaculaires, certes, mais potentiellement moins destructrices.

    La vraie question est : sommes-nous prêts à assumer un nouvel Afghanistan, version moyen-orientale ? Car c’est bien ce qui nous attend si nous intervenons. Des années d’enlisement, des milliers de morts, des milliards dépensés, et au final un pays en ruines livré aux extrémistes.

    Bref. La Syrie nous place face à nos contradictions. Nous voulons la démocratie mais refusons d’accepter qu’elle puisse porter les islamistes au pouvoir. Nous dénonçons les massacres mais rechignons à accueillir les réfugiés. Nous exigeons la justice internationale mais contournons l’ONU quand elle ne va pas dans notre sens.

    Peut-être est-il temps d’admettre que nous n’avons pas de solution miracle pour la Syrie. Que parfois, l’humilité consiste à reconnaître ses limites. Avant qu’il ne soit trop tard.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    • Données sur l’armée syrienne : Institut international d’études stratégiques (IISS), 2013
    • Chiffres sur les réfugiés : Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR), septembre 2013
    • Informations sur les groupes rebelles : Centre Carnegie pour le Moyen-Orient, août 2013
    • Analyse des capacités militaires russes en Syrie : Jane’s Defence Weekly, 2013

    Photo : ‪Salah Darwish / Unsplash

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  • Syrie : La dangereuse escalade vers l’intervention militaire
    Syrie : La dangereuse escalade vers l’intervention militaire
    Les États-Unis et la France se préparent à frapper la Syrie suite aux accusations d’utilisation d’armes chimiques. Cette intervention militaire risque de déclencher une spirale incontrôlable dans une région déjà explosive.

    L’été 2013 marque un tournant décisif dans le conflit syrien. Après deux ans et demi de guerre civile qui a déjà fait plus de 100 000 morts selon l’ONU, nous voici au bord d’une internationalisation majeure du conflit. Les accusations d’utilisation d’armes chimiques le 21 août dernier dans la banlieue de Damas ont mis le feu aux poudres diplomatiques.

    Le piège de l’intervention « chirurgicale »

    François Hollande et Barack Obama nous vendent une intervention « limitée », « précise », « chirurgicale ». Ces termes rassurants cachent mal la réalité : toute frappe occidentale en Syrie ouvrira une boîte de Pandore. Je suis convaincu que la Syrie ne répliquera pas de façon mesurée à une intervention internationale. Au contraire.

    Les dirigeants occidentaux le savent parfaitement. Ils savent que Bachar el-Assad dispose encore de moyens de riposte considérables : missiles balistiques, arsenal chimique intact, soutien de l’Iran et du Hezbollah. Une « frappe limitée » pourrait rapidement dégénérer en conflit régional.

    L’objectif réel de ces frappes pose question. S’agit-il vraiment de « punir » l’utilisation d’armes chimiques ? Ou vise-t-on directement l’élimination physique d’Assad ? Dans ce cas, sa mise sous protection en Iran serait un coup de maître de Téhéran, compliquant singulièrement les plans occidentaux.

    La France en première ligne : le retour du bellicisme socialiste

    Quelle ironie amère de voir les socialistes français, historiquement pacifistes, se transformer en va-t-en-guerre ! Hollande semble vouloir endosser les habits de chef de guerre, peut-être pour faire oublier ses déboires intérieurs. Mais à quel prix ?

    Dans les prochaines heures, la France, à la queue des USA et avec à sa tête les socialistes hollandais, risque de nous envoyer en enfer. Cette formulation peut paraître excessive, mais regardons les faits :

    • Aucune preuve irréfutable sur l’auteur des attaques chimiques n’a été présentée
    • L’ONU n’a pas donné son feu vert
    • Le Parlement britannique a déjà dit non à Cameron
    • L’opinion publique française est majoritairement hostile

    Malgré tout cela, Paris persiste. On ne mène pas une guerre seul contre un pays comme la Syrie, c’est de la folie pure.

    Le jeu dangereux des alliances : vers une confrontation Est-Ouest ?

    La dimension la plus inquiétante de cette crise reste l’implication des grandes puissances. La Russie de Vladimir Poutine a clairement choisi son camp en soutenant Assad. Pour rester crédible, Poutine sera obligé de riposter en engageant potentiellement le combat contre la marine et l’aviation française et américaine.

    Nous sommes face à un scénario cauchemardesque :

    • Les États-Unis et la France frappent la Syrie
    • Assad riposte (contre Israël ? contre les bases occidentales au Moyen-Orient ?)
    • La Russie intervient pour protéger son allié
    • L’Iran entre dans la danse
    • Le conflit s’embrase

    Est-ce vraiment ce que nous voulons ? Une nouvelle guerre mondiale pour la Syrie ?

    La propagande médiatique bat son plein

    Le marketing militaire fonctionne à plein régime. On nous présente désormais « Bachar le chimique », une marque soigneusement construite pour justifier l’intervention. Cette diabolisation systématique d’Assad – aussi critiquable soit-il – sert à préparer l’opinion publique.

    Mais cette propagande occulte des questions essentielles :

    • Qui sont vraiment les « rebelles » que nous soutenons ?
    • Quelle est la part des groupes islamistes radicaux dans l’opposition ?
    • Que deviendrait la Syrie sans Assad ?
    • Les chrétiens et autres minorités seraient-ils protégés ?

    Il serait peut-être temps de venir en aide militairement à la Syrie en combattant le terrorisme islamiste aux côtés de l’armée syrienne, plutôt que de chercher à renverser le régime. Cette position peut choquer, mais regardons la Libye post-Kadhafi : est-ce vraiment un modèle de réussite ?

    L’hypocrisie britannique et le jeu d’attente de Cameron

    David Cameron a essuyé un camouflet historique au Parlement. Mais ne nous y trompons pas : une fois que les USA et la France auront démarré les frappes en Syrie, si Assad réplique, on verra combien de temps Cameron va rester spectateur.

    La pression politique et médiatique sera énorme. Les images de « représailles syriennes » tourneront en boucle. L’opinion publique britannique, aujourd’hui réticente, pourrait basculer. Et Cameron pourrait revenir devant son Parlement avec de « nouveaux éléments ».

    Qui pour remplacer Assad ?

    C’est LA question que personne ne veut vraiment poser. Très concrètement, qui pourrait remplacer Assad en Syrie ? L’opposition est fragmentée, divisée entre :

    • L’Armée syrienne libre, affaiblie et divisée
    • Les Frères musulmans, bien organisés mais peu représentatifs
    • Les groupes salafistes et jihadistes, de plus en plus puissants
    • Les Kurdes, qui poursuivent leur propre agenda

    Aucune figure consensuelle n’émerge. Aucun plan crédible pour l’après-Assad n’existe. Nous fonçons tête baissée vers le chaos, comme en Irak, comme en Libye.

    Les vraies motivations : pétrole, gaz et géopolitique

    Derrière les grands discours humanitaires se cachent des intérêts bien plus prosaïques. La Syrie est un verrou stratégique au Moyen-Orient :

    • Allié de l’Iran, elle brise l’axe sunnite pro-occidental
    • Base navale russe à Tartous, seul accès de Moscou en Méditerranée
    • Projets de gazoducs concurrents (Qatar vs Iran) transitant par son territoire
    • Frontière avec Israël et soutien au Hezbollah libanais

    La chute d’Assad modifierait radicalement l’équilibre régional. Est-ce vraiment dans notre intérêt ? Ou jouons-nous les apprentis sorciers pour le compte d’autres puissances ?

    Conclusion : le spectre de Sarkozy plane sur la Syrie

    « On va mettre la Syrie à feu et à sang ! » Cette phrase attribuée à Sarkozy s’adressant à Assad résume parfaitement l’hubris occidental. Nous croyons pouvoir remodeler le Moyen-Orient à notre guise, par la force si nécessaire.

    Mais l’Histoire nous enseigne l’humilité. L’Afghanistan, l’Irak, la Libye… Autant d’interventions « humanitaires » qui ont accouché du chaos. La Syrie sera-t-elle différente ? J’en doute fortement.

    Alors que les missiles sont armés et les avions prêts à décoller, une dernière chance existe peut-être. Celle de la raison, du dialogue, de la négociation. Mais qui écoute encore la voix de la sagesse quand les tambours de guerre résonnent si fort ?

    Dans quelques heures, quelques jours tout au plus, nous saurons si nos dirigeants ont choisi la voie de l’escalade. Si c’est le cas, préparez-vous. Car ce qui nous attend dépasse largement le cadre syrien. C’est tout l’équilibre mondial qui pourrait vaciller.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : ‪Salah Darwish / Unsplash

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  • La France à la dérive : entre violences urbaines, exil fiscal et poudrière syrienne
    La France à la dérive : entre violences urbaines, exil fiscal et poudrière syrienne
    L’été 2013 marque un tournant avec les émeutes de Trappes, la faillite historique de Detroit et l’escalade militaire en Syrie. La France, tiraillée entre ses idéaux républicains et ses réalités sociales, peine à trouver sa voie face à ces défis multiples qui annoncent des temps troubles.

    L’été 2013 restera dans les mémoires comme celui où les illusions se sont fracassées sur le mur du réel. De Trappes à Detroit, de Brétigny-sur-Orge à la Syrie, les événements s’enchaînent avec une brutalité qui laisse peu de place aux discours lénifiants. Je regarde cette France que j’aime se débattre dans ses contradictions, incapable de regarder en face les défis qui s’accumulent.

    Trappes : le miroir brisé de l’intégration républicaine

    Les émeutes de Trappes du 20 juillet 2013 révèlent l’ampleur du fossé qui sépare désormais deux France. D’un côté, celle de Benoît Hamon qui affirme sur BFMTV qu’il fait « bon vivre » à Trappes, une ville qui aurait « beaucoup changé ». De l’autre, la réalité crue d’une commune où l’application de la loi sur le voile intégral déclenche des affrontements violents.

    Mon dieu Benoît, y êtes-vous déjà allé ? Cette déconnexion des élites face à la réalité des banlieues n’est pas nouvelle, mais elle atteint des sommets d’aveuglement volontaire. Les limites de l’application de la loi anti-niqab éclatent au grand jour, et j’en reviens toujours à cette nécessité : ÉQUIPEZ LES POLICIERS DE CAMÉRAS INDIVIDUELLES ! Sans transparence, sans preuves visuelles, comment départager les versions dans ces situations explosives ?

    La solution qui s’imposera avant 20 ans face aux populations nomades inintégrables ? Des checkpoints à toutes les entrées des villes. Je sais, c’est choquant. Mais regardons la réalité en face : si la situation du pays n’évolue pas radicalement en matière sociale et sécuritaire, ces dispositifs deviendront inévitables. C’est déjà le cas dans de nombreux pays, et nous fermons les yeux sur cette dérive sécuritaire qui nous guette.

    L’échec du modèle d’intégration français

    La culture seule ne sauvera que moins de 5% des jeunes en banlieue. C’est illusoire de croire qu’on réglera ces problèmes avec des MJC et des ateliers théâtre. La solution est multiple, complexe, et nécessite une refonte totale de notre approche. Mais qui a le courage politique de le dire ? Qui ose affronter ces réalités sans tomber dans les extrêmes ?

    Detroit : le canari dans la mine de charbon

    Le 19 juillet 2013, Detroit dépose le bilan. La Motor City, symbole de la puissance industrielle américaine, devient la plus grande ville américaine à se déclarer en faillite. Plus de 100 000 créanciers ne seront jamais payés. Ce n’est que le début d’une cascade de faillites municipales qui menacent l’ensemble du système occidental.

    Cette faillite n’est pas qu’un événement économique isolé. C’est le symptôme d’un mal plus profond : la désindustrialisation massive, la fuite des capitaux, l’effondrement de la base fiscale. Detroit aujourd’hui, c’est peut-être Roubaix ou Saint-Étienne demain. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, et nous refusons de voir les signaux d’alarme.

    Le juge qui refuse dans un premier temps la procédure de faillite, la jugeant anticonstitutionnelle, illustre parfaitement notre déni collectif. Comme si le droit pouvait suspendre les lois économiques. Comme si les mots pouvaient remplacer les dollars manquants.

    L’exil fiscal : héros ou traîtres ?

    « Pourquoi moi, tout petit chef d’entreprise, je quitte la France ? » Cette question, posée dans Les Échos, résonne comme un cri du cœur. Les Français qui s’expatrient ne sont pas des lâches mais des héros, des aventuriers, des courageux ! Il faut avoir vécu l’enfer administratif et fiscal français pour comprendre ce qui pousse des entrepreneurs à tout quitter.

    Mes salariés sont ma première richesse, sûrement pas mes esclaves. Mais quand le coût total d’un employé devient prohibitif, quand les charges et taxes s’accumulent au point d’étouffer l’activité, que reste-t-il comme option ? Je suis contre les bas salaires NETS, je suis pour l’augmentation des salaires NETS par la baisse des charges ! Mais qui m’écoute ?

    L’exil fiscal opéré dans le seul but de blanchir, frauder, dissimuler est criminel. Mais l’exil de survie économique, celui de l’entrepreneur qui veut simplement continuer à créer de la valeur, c’est autre chose. C’est le symptôme d’un pays qui tue ses forces vives.

    Le modèle Tapie : la fin d’un rêve entrepreneurial

    Bernard Tapie représentait le summum des non-conformistes qui partent de tout en bas pour arriver tout en haut. Des millions d’entrepreneurs français ont rêvé de sa réussite, lui qui était leur modèle (socialiste) il n’y a pas très longtemps ! Aujourd’hui, ce modèle est mort et enterré. La France n’aime plus ses entrepreneurs, elle les suspecte, les taxe, les pousse à l’exil.

    La Syrie : la poudrière du Moyen-Orient

    En cette fin août 2013, les tambours de guerre résonnent. La France, à la queue des USA et avec à sa tête les socialistes hollandais, s’apprête à nous envoyer en enfer. L’intervention militaire en Syrie se profile, et personne ne semble mesurer les conséquences catastrophiques qui nous attendent.

    Si vous combattez contre l’armée syrienne aux côtés des rebelles, vous renforcez et armez Al-Qaïda. À moyen terme : conséquences terribles ! Le conflit syrien va produire et disséminer des milliers de combattants potentiels terroristes formés à égorger et violer. Ces hommes reviendront un jour en Europe, et nous paierons le prix de notre aveuglement.

    La Syrie ne répliquera pas de façon mesurée à une intervention internationale précise et limitée. Au contraire. Et les occidentaux le savent ! Une attaque ciblée aura forcément pour objectif l’élimination physique d’Assad. Sa mise sous protection en Iran est un joli coup qui complique encore la donne.

    L’impasse stratégique

    Je vois deux solutions, toutes deux utopiques : exterminer Assad ou exterminer les terroristes rebelles. Entre ces deux extrêmes, nous naviguons dans un océan d’incertitudes. L’Égypte, la Tunisie, la Libye, la Syrie : leurs désastreuses situations respectives ne seront pas stabilisées avant des dizaines d’années, minimum !

    Il est temps de venir en aide militairement à la Syrie en combattant le terrorisme islamiste aux côtés de l’armée syrienne ! Je sais, c’est politiquement incorrect. Mais entre deux maux, ne faut-il pas choisir le moindre ? Entre un dictateur laïc et des terroristes islamistes, le choix devrait être évident.

    Les signaux faibles d’un monde en mutation

    Au-delà de ces crises majeures, d’autres signaux annoncent les bouleversements à venir. Snowden, le plus courageux de tous les lanceurs d’alertes de l’histoire, est lâché par les alignés. Même par le pays des droits de l’Homme. Avec PRISM et XKeyscore, il montre le niveau de surveillance automatique des USA. La France doit absolument investir dans ces technologies, sous peine d’être définitivement larguée.

    Fukushima continue de contaminer silencieusement toute la côte ouest des États-Unis, depuis l’Alaska jusqu’au Mexique. Gardons un œil sur cette catastrophe au ralenti, on ne va pas être déçu des informations à venir.

    Le Bitcoin commence à attirer l’attention des régulateurs. C’est peut-être le début de la fin pour cette cryptomonnaie qui promettait de révolutionner la finance.

    Même le monde des transports semble frappé par la malédiction : Lac-Mégantic, Brétigny-sur-Orge, Saint-Jacques-de-Compostelle… La fameuse loi des séries frappe, même si statistiquement c’est improbable.

    Conclusion : la France au carrefour

    L’été 2013 marque un tournant. La France se trouve à un carrefour historique. D’un côté, le maintien d’un modèle social et républicain à bout de souffle, incapable de répondre aux défis du XXIe siècle. De l’autre, le saut dans l’inconnu d’une refonte totale de notre système.

    Les émeutes de Trappes ne sont qu’un symptôme. L’exil fiscal n’est qu’une conséquence. L’intervention en Syrie n’est qu’une fuite en avant. Derrière ces événements se cache une réalité plus profonde : la France n’a plus de projet, plus de vision, plus de direction.

    Nous sommes dans un mouvement de réduction généralisée : réduction des effectifs, réduction des ambitions, réduction des espoirs. C’est horrible et ça me déchire le cœur. Mais tant que nous refuserons de regarder la réalité en face, tant que nous préférerons les discours lénifiants aux diagnostics lucides, nous continuerons cette lente descente aux enfers.

    La question n’est plus de savoir si nous allons dans le mur. La question est de savoir à quelle vitesse, et si nous aurons le courage de donner le coup de volant salvateur avant l’impact.

    Pour aller plus loin

    Sources et références

    Photo : Amin Zabardast / Unsplash

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  • La France à la dérive : entre hypocrisie diplomatique et aveuglement stratégique
    La France à la dérive : entre hypocrisie diplomatique et aveuglement stratégique
    Alors que la France refuse l’asile à Edward Snowden et se prépare à frapper la Syrie, le pays s’enfonce dans ses contradictions. Entre tensions communautaires explosives et élites déconnectées, l’été 2013 révèle un pays qui a perdu ses repères moraux et stratégiques.

    Cet été 2013 restera dans les annales comme celui où la France a définitivement tourné le dos à ses principes. Pays des droits de l’Homme ? Laissez-moi rire. Phare de la diplomatie internationale ? Une blague de mauvais goût. Ce que je vois, moi, c’est un pays qui se couche devant les Américains, qui ferme les yeux sur ses propres fractures et qui s’apprête à déclencher une guerre dont personne ne mesure les conséquences.

    L’affaire Snowden : quand la France renonce à son âme

    Commençons par le commencement. Edward Snowden. Le lanceur d’alerte le plus courageux de l’histoire moderne vient de révéler au monde entier l’ampleur de la surveillance de masse américaine. PRISM, XKeyscore… Des programmes qui espionnent chaque citoyen, chaque communication, chaque mouvement numérique. Et que fait la France ? Rien. Pire : elle détourne le regard.

    Ce serait pourtant un signal très fort et courageux que de donner à Snowden l’asile politique en Europe et une résidence en France. Mais non. Nos dirigeants préfèrent lécher les bottes de Washington plutôt que de défendre les libertés fondamentales. Pendant ce temps, c’est le Venezuela de Maduro qui offre l’asile à Snowden. Le Venezuela ! Voilà où nous en sommes : les dictatures sud-américaines sont devenues plus courageuses que la patrie de Voltaire.

    Le plus pathétique dans cette affaire, c’est notre ministre Fleur Pellerin qui nous parle d’investir dans la cybersécurité. Investir dans quoi exactement ? Dans des systèmes pour mieux surveiller nos propres citoyens ? Parce que protéger les lanceurs d’alerte qui dénoncent ces dérives, visiblement, ce n’est pas à l’ordre du jour.

    Cette lâcheté diplomatique n’est que le symptôme d’un mal plus profond : nous sommes devenus les vassaux des États-Unis. Incapables de penser par nous-mêmes, incapables d’avoir une politique étrangère indépendante. De Gaulle doit se retourner dans sa tombe.

    Trappes : le miroir de nos fractures

    Mais pourquoi regarder à l’international quand notre propre maison brûle ? Les émeutes de Trappes en juillet dernier ont révélé ce que tout le monde refuse de voir : l’échec total de notre modèle d’intégration. Un simple contrôle d’identité lié à la loi sur le niqab, et voilà qu’une ville entière s’embrase.

    Le plus risible ? Benoît Hamon qui nous explique sur BFMTV qu’il fait « bon vivre » à Trappes. Mon dieu Benoît, y êtes-vous allé déjà ? Parce que moi, ce que je vois, c’est une ville où les forces de l’ordre sont attaquées, où des communautés entières vivent en vase clos, où la République a depuis longtemps baissé pavillon.

    On voit là les limites de l’application de la loi anti-niqab. Mais surtout, on voit l’urgence absolue d’équiper les policiers de caméras individuelles. Pourquoi ? Parce que dans ce genre de situation, il faut pouvoir établir les faits, protéger les policiers des accusations mensongères, mais aussi protéger les citoyens des bavures éventuelles.

    Christian Estrosi a raison sur un point : si on continue comme ça, dans moins de vingt ans, on aura des checkpoints à toutes les entrées des villes. C’est triste à dire, mais face à des populations qui refusent de s’intégrer, qui vivent selon leurs propres lois, quelle autre solution restera-t-il ?

    La folie guerrière syrienne

    Et comme si tout cela ne suffisait pas, voilà que François Hollande, notre ancien maire de Tulle reconverti en chef de guerre, veut nous entraîner dans le bourbier syrien. Avec son copain Obama, prix Nobel de la paix (quelle ironie !), ils déploient une énergie folle pour déclencher ce qui pourrait bien être l’Armageddon.

    Réfléchissons deux secondes. Assad est-il un dictateur ? Oui. A-t-il utilisé des armes chimiques ? Peut-être. Mais qui sont ses opposants ? Des démocrates épris de liberté ? Non. Des terroristes islamistes qui coupent les testicules de leurs ennemis et égorgent les chrétiens. Comme le dit très justement Gilbert Collard, un tyran modéré vaut mieux que des tyrans coupeurs de testicules.

    Le pire dans cette affaire, c’est l’aveuglement total de nos dirigeants. Ils croient vraiment qu’on peut faire des « frappes ciblées » sans conséquences ? La Syrie ne répliquera pas de façon mesurée à une intervention internationale. Au contraire. Et que fera Poutine, qui a déployé sa marine en Méditerranée ? Il restera les bras croisés ?

    Pour rester crédible, Poutine sera obligé de riposter. Et pour rester crédibles, Obama et Hollande seront obligés d’ouvrir le feu sur la marine russe. Voilà comment on déclenche la Troisième Guerre mondiale. Pour quoi ? Pour renverser Assad et le remplacer par des djihadistes ?

    Un pays sans boussole

    Ce qui ressort de cet été 2013, c’est l’image d’un pays qui a perdu tous ses repères. Nous avons renoncé à nos principes en refusant l’asile à Snowden. Nous fermons les yeux sur l’explosion de nos banlieues. Et nous nous préparons à une guerre dont personne ne veut, sauf quelques va-t-en-guerre de salon.

    Pendant ce temps, nos entrepreneurs croulent sous les charges. Nos policiers et pompiers se font agresser. Fukushima continue de déverser sa radioactivité dans le Pacifique (l’ancien directeur de la centrale vient de mourir d’un cancer à 58 ans, mais chut, il ne faut pas en parler). Et nos politiques ? Ils jouent aux apprentis sorciers.

    François Fillon a raison : les feux sont au rouge depuis bientôt dix ans. On est même passé au pourpre, puis à l’écarlate. On est dans le mur. Le 14 juillet, Hollande s’est fait huer tout le long des Champs-Élysées. Ce n’est pas un hasard. C’est le signe que les Français en ont marre de cette classe politique déconnectée, de ces élites qui nous mènent droit dans le précipice.

    Bref. La France de 2013, c’est un pays qui se couche devant les puissants, qui ferme les yeux sur ses problèmes internes et qui joue avec le feu sur la scène internationale. Si on continue comme ça, dans dix ans, on ne reconnaîtra plus notre pays. Mais peut-être est-ce déjà trop tard ?

    Pour aller plus loin

    • Les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance de masse (The Guardian)
    • Analyse des émeutes urbaines en France (Institut Montaigne)
    • La crise syrienne et ses enjeux géopolitiques (IFRI)
    • L’évolution du communautarisme en France (Fondation Jean Jaurès)
    • Les relations franco-américaines sous Hollande (Diploweb)

    Sources et références

    • Données sur les émeutes de Trappes – Ministère de l’Intérieur, juillet 2013
    • Révélations PRISM – Documents Snowden publiés par The Guardian, juin 2013
    • Sondages sur la popularité de François Hollande – IFOP, août 2013
    • Rapport sur la situation en Syrie – ONU, août 2013

    Photo : KOBU Agency / Unsplash

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  • Patron et salariés : qui souffre vraiment dans la crise économique ?
    Patron et salariés : qui souffre vraiment dans la crise économique ?
    Dans une économie en crise où le chômage atteint des sommets historiques, la question de qui souffre le plus entre patrons et salariés mérite d’être posée sans tabous. Une analyse décapante des vraies victimes de la crise économique.

    Je viens d’avoir un échange musclé sur Twitter avec quelqu’un qui me parle des salariés comme d’ »esclaves ». Ça me fait bondir. Mes salariés sont ma première richesse, pas mes esclaves. Mais cette vision caricaturale révèle quelque chose de plus profond : on ne comprend rien aux rapports économiques réels entre patrons et salariés.

    Alors posons la question qui fâche : dans la crise actuelle, qui souffre vraiment ?

    Le mythe du patron exploiteur et du salarié victime

    Commençons par tordre le cou à cette vision binaire. Oui, il y a des patrons voyous. Oui, il y a des abus. Mais réduire la relation patron-salarié à un rapport maître-esclave, c’est d’une bêtise confondante.

    Dans mon entreprise, comme dans des milliers de PME françaises, les salariés sont notre actif numéro un. Sans eux, pas de production, pas d’innovation, pas de croissance. C’est mathématique. Un patron qui considère ses salariés comme des esclaves est un patron qui court à sa perte.

    Le problème, c’est que cette caricature arrange tout le monde :

    • Les syndicats y trouvent leur fonds de commerce
    • Les politiques y puisent des slogans faciles
    • Les médias adorent cette dramaturgie simpliste
    • Et même certains patrons du CAC40 alimentent ce cliché par leurs excès

    Résultat ? On passe à côté de la vraie question : comment survivre ensemble dans une économie qui s’effondre ?

    La séquence actuelle : les salariés dans l’œil du cyclone

    Nous sommes actuellement dans une phase où ce sont effectivement les salariés qui trinquent en premier. Les chiffres sont implacables : le chômage explose, les plans sociaux se multiplient, la précarité s’installe.

    Pourquoi les salariés d’abord ? Simple mécanique économique :

    • Face à une baisse d’activité, l’entreprise doit réduire ses coûts
    • La masse salariale représente souvent 60 à 70% des charges
    • Les contrats de travail français rendent les ajustements lents et coûteux
    • Résultat : on licencie, on ne remplace pas, on gèle les embauches

    C’est cruel, c’est mécanique, c’est la réalité. Les salariés sont les variables d’ajustement immédiates de la crise.

    Le coût humain immédiat

    Pour un salarié licencié, c’est :

    • La perte immédiate du revenu (même si les allocations chômage amortissent)
    • L’angoisse du lendemain dans un marché du travail sinistré
    • La remise en question personnelle (« pourquoi moi ? »)
    • Les difficultés familiales qui s’ensuivent

    Ne minimisons pas cette souffrance. Elle est réelle, tangible, destructrice.

    La face cachée : quand le patron perd tout

    Mais voilà où mon analyse diverge du discours dominant : un salarié va perdre nettement moins qu’un patron quand l’entreprise coule.

    Provocateur ? Non, factuel. Laissez-moi vous expliquer.

    L’engagement financier total

    Quand je crée une entreprise, je mets sur la table :

    • Mon épargne personnelle (souvent tout)
    • Des garanties sur mes biens personnels (maison, voiture)
    • Des cautions solidaires qui m’engagent sur des années
    • Mon patrimoine familial en garantie des prêts bancaires

    Un salarié licencié perd son emploi. Un patron qui ferme perd souvent TOUT.

    La responsabilité qui tue

    Mais au-delà de l’argent, il y a quelque chose de plus dur encore. Quand vous devez licencier vos salariés – ces gens qui sont votre « première richesse » – c’est votre échec personnel que vous signez.

    J’ai vu des patrons de PME :

    • Faire des dépressions après avoir dû fermer
    • Se suicider (on en parle peu, mais c’est une réalité)
    • Divorcer sous la pression
    • Finir ruinés et interdits bancaires pour 10 ans

    Le salarié retrouvera un emploi (même si c’est dur). Le patron, lui, portera cet échec à vie.

    Tous victimes du même système

    Voilà la vérité que personne ne veut entendre : patrons et salariés sont tous les deux victimes du même système économique en faillite.

    La vraie question n’est pas « qui souffre le plus ? » mais « comment on s’en sort ensemble ? »

    Les vrais coupables

    Pendant qu’on s’écharpe sur la lutte des classes version XIXème siècle, les vrais responsables se frottent les mains :

    • Les politiques qui ont laissé filer les déficits
    • Les banques qui ont joué au casino avec notre argent
    • Les multinationales qui délocalisent en toute impunité
    • Les technocrates européens qui imposent l’austérité

    Bref, tout un système qui broie les entreprises et les hommes.

    La solidarité nécessaire

    Dans mes entreprises, j’ai toujours prôné une approche : on gagne ensemble, on perd ensemble. Ça veut dire :

    • Transparence totale sur la situation de l’entreprise
    • Partage des efforts en cas de difficultés
    • Participation aux bénéfices quand ça va bien
    • Dialogue permanent plutôt que confrontation stérile

    C’est ça, la vraie richesse d’une entreprise : cette capacité à faire corps dans la tempête.

    Sortir des clichés pour survivre

    Alors oui, en ce moment, ce sont les salariés qui morfient. Les chiffres du chômage ne mentent pas. Mais demain, quand les faillites d’entreprises vont exploser (et elles vont exploser), ce seront les patrons qui paieront le prix fort.

    Au lieu de rejouer éternellement la guerre des classes, on ferait mieux de comprendre qu’on est dans le même bateau. Un bateau qui prend l’eau de toutes parts.

    La vraie question aujourd’hui n’est pas de savoir si vos salariés sont des esclaves ou votre première richesse. La vraie question est : comment on survit ensemble à ce qui nous arrive ?

    Parce que victimes économiques, on l’est tous. Patrons, salariés, indépendants, chômeurs. Tous dans la même galère d’un système qui nous broie méthodiquement.

    Alors au lieu de nous taper dessus, si on commençait par identifier les vrais responsables ? Et si on arrêtait de tomber dans le piège de la division qui arrange tant ceux qui nous gouvernent ?

    Mes salariés ne sont pas mes esclaves. Ce sont mes partenaires de galère. Et dans la tempête qui s’annonce, on aura sacrément besoin les uns des autres.

    Pour aller plus loin

    • « La France des invisibles » de Pierre Rosanvallon – Une analyse fine des fractures sociales françaises
    • « Le Patron qui ne voulait plus être chef » d’Alexandre Gérard – Témoignage d’un entrepreneur sur les nouveaux modèles d’entreprise
    • Les rapports du Conseil d’Analyse Économique – Pour comprendre les mécanismes de la crise actuelle
    • « Ils ont failli me tuer » de Marc Simoncini – Le témoignage brut d’un entrepreneur sur les difficultés du métier

    Sources et références

    • INSEE – Enquête emploi et chômage T2 2013
    • Observatoire des entreprises – Banque de France, juillet 2013
    • Rapport Gallois sur la compétitivité, novembre 2012
    • Étude APCE sur les défaillances d’entreprises, juin 2013

    Photo : Jakub Żerdzicki / Unsplash

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  • La France de 2013 : entre chaos politique et surveillance généralisée
    La France de 2013 : entre chaos politique et surveillance généralisée
    La France de 2013 vit une crise politique et sociétale majeure, marquée par des scandales à répétition, des divisions profondes sur le mariage pour tous et la montée d’une défiance généralisée envers nos institutions. Cette période révèle l’ampleur du fossé entre les élites et le peuple, dans un contexte de surveillance globalisée qui remet en question notre souveraineté même.

    Nous sommes fin mai 2013, et je regarde la France se déchirer comme rarement. Entre les scandales politiques qui s’accumulent, les manifestations massives qui divisent le pays et les révélations sur la surveillance généralisée, j’ai le sentiment que nous vivons un tournant historique. Ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement les clivages traditionnels gauche-droite. C’est l’âme même de notre République qui vacille.

    L’effondrement de la confiance politique

    L’affaire Cahuzac a été le détonateur. Un ministre du Budget fraudeur fiscal, c’est le symbole parfait de la déconnexion totale entre nos élites et la réalité du pays. Mais au-delà du cas personnel de Jérôme Cahuzac, c’est tout un système qui est mis à nu. Comment peut-on demander des efforts aux Français quand ceux qui sont censés donner l’exemple trichent avec le fisc ?

    François Hollande, élu il y a un an sur la promesse d’être un « président normal », voit sa cote de popularité s’effondrer. Les sondages le donnent entre 26 et 29% d’opinions favorables. Du jamais vu pour un président si tôt dans son mandat. La gauche au pouvoir semble tétanisée, incapable de proposer une vision claire pour sortir le pays de la crise.

    Face à cette débâcle, l’opposition UMP reste étrangement silencieuse. Nicolas Sarkozy cultive un mutisme que je trouve « absurde et irresponsable ». Le pays a besoin de débat, d’alternatives, pas de calculs politiciens. Pendant ce temps, Marine Le Pen et le Front National se frottent les mains. Chaque scandale, chaque renoncement, chaque lâcheté politique fait le lit de l’extrême droite.

    La nécessité d’une refonte démocratique

    Ce qui me frappe, c’est l’obsolescence de nos outils démocratiques. Nous sommes en 2013, à l’ère numérique, et nous fonctionnons encore avec des mécanismes du XIXe siècle. Je milite pour la mise en place d’un vote électronique sécurisé, avec identifiant unique délivré par l’institution publique. Les démocraties modernes nécessitent que les individus puissent massivement voter, créons enfin l’outil !

    Même Barack Obama aux États-Unis est obligé d’admettre que le système américain n’est « peut-être pas vraiment une véritable démocratie ». Si la première puissance mondiale reconnaît ses limites démocratiques, qu’en est-il de nous ?

    Le mariage pour tous : une fracture civilisationnelle

    La loi sur le mariage pour tous cristallise toutes les tensions. Les manifestations se succèdent, rassemblant des centaines de milliers de personnes. Certains parlent même d’un à deux millions de manifestants pour la prochaine mobilisation. Au-delà des chiffres, c’est l’intensité de la mobilisation qui frappe.

    J’ai le sentiment que ces manifestations vont « faire la vie dure aux homos comme jamais ». On a divisé la France pour longtemps ! Ce qui devait être une avancée sociétale se transforme en guerre culturelle. Les positions se radicalisent de part et d’autre, rendant tout dialogue impossible.

    Plus grave encore, cette loi va créer « un écart civilisationnel sans précédent et insurmontable entre l’Occident et le monde arabe ». Dans un contexte géopolitique déjà tendu, nous creusons des fossés là où nous devrions construire des ponts. Cette fracture aura des conséquences durables sur nos relations internationales et notre capacité à dialoguer avec une partie du monde.

    La montée des violences urbaines

    Le 13 mai, les « célébrations » du titre du PSG au Trocadéro ont tourné au chaos. Ce ne sont « absolument PAS que des hooligans » qui ont mis Paris à feu et à sang, mais bien ce que Sarkozy appelait des « racailles ». Des dizaines de milliers de « jeunes excités » de banlieue ont déferlé sur la capitale.

    Le silence assourdissant de la gauche face à ces violences est révélateur. Paralysée par ses contradictions idéologiques, elle refuse de nommer les choses. Pendant ce temps, le Qatar, nouveau propriétaire du PSG, découvre peut-être « ce qu’est la France de 2013″…

    La surveillance généralisée : notre souveraineté en question

    Les révélations d’Edward Snowden confirment « ce que nous savons en Europe depuis plus de 10 ans » : la surveillance automatique par les USA est systématique. Mais les technologies actuelles sont « autrement plus incroyables que celles dévoilées » ! Nous ne mesurons pas encore l’ampleur de cette surveillance.

    Nos journalistes font preuve d’une naïveté confondante. Quand j’évoque des technologies comme HAARP, on me regarde avec des yeux ronds. Cette méconnaissance des enjeux technologiques est dramatique à l’heure où notre souveraineté numérique est en jeu.

    La NSA intercepte nos communications, analyse nos données, profile nos citoyens. Et nous ? Nous débattons du mariage pour tous pendant que les Américains pillent nos secrets industriels et politiques. Cette asymétrie dans la maîtrise des technologies de surveillance pose une question fondamentale : sommes-nous encore un pays souverain ?Le protectionnisme comme solution ?

    Dans ce contexte, la position d’Arnaud Montebourg sur le rachat de Dailymotion est « très intéressante, stratégique et protectionniste ». Enfin quelqu’un qui ose défendre nos intérêts ! Même Hortefeux à l’UMP demande davantage de « protection européenne », même s’il n’ose pas encore prononcer le mot « protectionnisme ».

    Nous devons protéger nos champions numériques, développer nos propres technologies de pointe. Regardez Dubaï qui s’intéresse à nos Renault Twizy ! Nous avons des atouts, des innovations, mais nous les bradons au premier venu par idéologie libre-échangiste.

    Un pays au bord de l’explosion

    La France de mai 2013 est un pays sous tension maximale. Les affaires politiques minent la confiance, les débats sociétaux fracturent la société, les violences urbaines révèlent les failles de notre modèle d’intégration, et la surveillance américaine questionne notre indépendance.

    Valérie Pécresse réclame un budget rectificatif pour 2013. Oui, c’est indispensable ! Mais au-delà des ajustements budgétaires, c’est tout notre modèle qu’il faut repenser. Nous ne pouvons plus continuer avec des recettes du passé face aux défis du présent.

    Les attentats de Boston en avril nous rappellent la fragilité de nos sociétés ouvertes. La piste tchétchène évoquée montre que les menaces sont globales et complexes. Nous devons être vigilants sans tomber dans la paranoïa, fermes sans renoncer à nos valeurs.

    Demain matin, nous saurons si Bernard Tapie sort libre de sa garde à vue ou s’il « termine une partie de sa vie en prison ». Son cas illustre parfaitement l’ambiguïté de notre époque : entre business et politique, entre réussite et corruption, entre admiration et répulsion.

    La France est à la croisée des chemins. Soit nous trouvons la force de nous réinventer, de moderniser notre démocratie, de protéger nos intérêts tout en restant ouverts au monde. Soit nous continuons à nous déchirer sur des sujets secondaires pendant que d’autres décident de notre avenir à notre place.

    Le choix nous appartient encore. Pour combien de temps ?

    Pour aller plus loin

    • « La République des copains » – Enquête sur les réseaux de pouvoir en France (La Découverte, 2012)
    • « La surveillance électronique planétaire » – Rapport du réseau Echelon (Documentation française, 2001)
    • « Le protectionnisme et ses ennemis » – Les Économistes atterrés (Les liens qui libèrent, 2012)
    • « La France périphérique » – Christophe Guilluy (Flammarion, 2010)
    • « Démocratie et technologies numériques » – Dominique Cardon (Seuil, 2010)

    Sources et références

    • Sondages Ifop sur la popularité de François Hollande (avril-mai 2013)
    • Rapports parlementaires sur l’affaire Cahuzac (Commission des finances, 2013)
    • Données du ministère de l’Intérieur sur les manifestations (2013)
    • Documents WikiLeaks sur la surveillance NSA en Europe (2010-2013)
    • Études sociologiques sur les émeutes urbaines en France (INSEE, 2005-2013)

    Photo : Marco Oriolesi / Unsplash

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