Regardez autour de vous. Écoutez les conversations dans le métro, dans les cafés. Partout, le même sentiment diffus : celui d’un pays qui ne sait plus où il va. La France de 2013, c’est un navire sans boussole, ballotté entre des crises qu’elle ne parvient plus à maîtriser. Et pendant que nos dirigeants jouent aux apprentis sorciers en Syrie, le pays se fracture de l’intérieur.
Une diplomatie française à la dérive
Il faut voir l’énergie déployée par François Hollande pour nous entraîner dans le bourbier syrien. Un ancien maire de Tulle qui se prend pour Churchill, aux côtés d’un prix Nobel de la paix reconverti en va-t-en-guerre. L’absurdité de la situation saute aux yeux : nous voilà prêts à bombarder un pays pour combattre un régime, tout en sachant pertinemment que nous renforcerons ainsi les terroristes d’Al-Qaïda.
Car c’est bien là le paradoxe mortel de notre position. Si nous combattons l’armée syrienne aux côtés des rebelles, nous armons de facto les islamistes radicaux. Ces milliers de combattants formés à égorger et violer qui, demain, reviendront en Europe avec leur savoir-faire macabre. Mais cette évidence, nos dirigeants refusent de la voir.
Le plus consternant ? Deux tiers des Français sont contre cette intervention. Deux tiers ! Dans n’importe quelle démocratie digne de ce nom, cela devrait suffire à stopper net les velléités guerrières. Mais non. Hollande persiste, entraînant la France à la queue des États-Unis dans une aventure dont personne ne maîtrise les conséquences.
Une attaque ciblée en Syrie aura forcément pour objectif l’élimination physique d’Assad. Sa mise sous protection en Iran est un joli coup tactique qui complique singulièrement la donne.
Et pendant ce temps, Poutine observe, attend. Croyez-vous vraiment qu’il restera les bras croisés si nous attaquons ? Pour rester crédible, il sera obligé de riposter. Et alors ? Alors nous aurons l’aviation française face à l’aviation russe au-dessus de la Méditerranée. Voilà où nous mène cette folie.
La montée inexorable des fractures communautaires
Mais la Syrie n’est que la partie émergée de l’iceberg. À l’intérieur, le pays se délite. Prenez Trappes. Benoît Hamon ose dire qu’il y fait « bon vivre », que la ville a « beaucoup changé ». A-t-il seulement mis les pieds dans cette commune où les tensions communautaires explosent régulièrement ?
Les incidents de juillet dernier ne sont pas des épiphénomènes. Ils révèlent une réalité que nos élites refusent de voir : des territoires entiers échappent progressivement à la République. Des zones où la loi française ne s’applique plus vraiment, où des codes parallèles s’imposent.
Claude Goasguen a eu le courage de briser le tabou. Oui, il y a un problème avec l’immigration non contrôlée. Oui, nos frontières sont des passoires. Oui, la France montre des signes de faiblesse inquiétants. Et pour avoir dit ces vérités, on le traite de tous les noms.
Les bidonvilles que je vois pousser dans toutes les grandes villes ne sont pas des mirages. De Metz à Marseille, de Lyon à Paris, la misère s’installe, s’organise, créé ses propres règles. Et pendant ce temps, Christiane Taubira nous explique que la prison n’est pas la solution. Mais alors quoi ? Des « contraintes pénales » dont personne ne comprend ce qu’elles recouvrent ?
L’exemple de Brétigny-sur-Orge
L’accident ferroviaire de Brétigny illustre parfaitement notre déliquescence. Des infrastructures vieillissantes, un entretien minimal, et hop : 7 morts, des dizaines de blessés. Mais rassurez-vous, le ministre Cuvillier a des « doutes » sur le décompte des victimes. Des doutes ! Comme s’il ne savait même plus compter les morts dans son propre ministère.
Cette catastrophe n’est que le symptôme d’un mal plus profond : un État qui ne remplit plus ses missions régaliennes. Les routes se dégradent, les trains déraillent, les services publics ferment. Mais on trouve toujours de l’argent pour des guerres lointaines.
La recomposition politique en marche
Face à ce désastre, le paysage politique traditionnel implose. L’UMP ? Regardez le cirque autour des comptes de campagne de Sarkozy. Rejetés à 100% pour un dépassement de 2,4%. C’est du grand guignol ! Pendant qu’ils se déchirent sur des broutilles comptables, le pays sombre.
François Fillon a raison sur un point : les feux sont au rouge depuis une dizaine d’années. On est même passé au pourpre, puis à l’écarlate. Maintenant, on est dans le mur. Mais que propose-t-il ? Rien. Du vent. Des postures.
Désormais, on ne doit plus parler de bipolarisation politique en France mais de tripolarisation. Le Front National s’impose comme une force incontournable face à des partis traditionnels discrédités.
Et pendant ce temps, Marine Le Pen engrange. La levée de son immunité parlementaire ? Je prédis que cela lui sera fortement profitable. Chaque attaque la renforce, chaque procès la légitime. Florian Philippot impressionne par son bon sens et son réalisme sur les plateaux télé. Face aux langue de bois des uns et des autres, leur discours cash séduit.
Le mirage économique
Le pompon, c’est Hollande qui ose parler de reprise économique. La reprise est là, qu’il dit. Et même qu’en France, c’est plus rapide qu’ailleurs ! On croit rêver. Ou plutôt cauchemarder.
Jean-François Copé, au moins, a le mérite de la franchise : la France n’est plus un pays où l’on peut entreprendre, réussir et gagner de l’argent. Les entrepreneurs le savent. Ceux qui le peuvent partent. Les autres subissent.
Arnaud Montebourg veut explorer les gaz de schiste ? Pourquoi pas. Au moins, il propose quelque chose. Mais avec quels moyens ? Quelle expertise ? On a tué notre industrie, délocalisé nos cerveaux, et maintenant on voudrait jouer dans la cour des grands ?
Les signaux faibles d’un effondrement annoncé
Regardez les signaux faibles. Edward Snowden révèle l’ampleur de la surveillance américaine avec PRISM et XKeyscore. Et nous ? Même pas capables de lui offrir l’asile politique. Le pays des droits de l’Homme qui se couche devant Washington. Quelle honte !
Pendant ce temps, Fukushima continue de cracher sa radioactivité. Toute la côte ouest américaine est contaminée, de l’Alaska au Mexique. Mais chut, il ne faut pas affoler les populations. Continuons à faire comme si de rien n’était.
Les révolutions arabes ? Un désastre absolu. Égypte, Tunisie, Libye, Syrie : leurs situations respectives ne seront pas stabilisées avant des dizaines d’années. Minimum. Mais nous continuons à jouer aux apprentis sorciers, à soutenir des « printemps » qui se transforment en hivers islamistes.
Le 14 juillet 2013 : un symbole
Le 14 juillet dernier restera dans les mémoires. Hollande hué tout au long de sa descente des Champs-Élysées. Du jamais vu. Les Français ne cachent même plus leur mépris pour leurs dirigeants. Dans le métro, les gens se donnaient rendez-vous pour aller le conspuer.
C’est ça, la France de 2013. Un président hué le jour de la fête nationale. Des ministres déconnectés de la réalité. Une classe politique qui s’auto-congratule pendant que le pays coule.
Que faire ?
Alors que faire ? D’abord, arrêter de se mentir. Reconnaître que notre modèle est à bout de souffle. Que nos élites ont failli. Que nos institutions sont inadaptées au monde moderne.
Ensuite, rebâtir. Mais sur quelles bases ? Avec quels hommes ? Le personnel politique actuel est discrédité. Les partis traditionnels sont des coquilles vides. Reste quoi ? Le Front National qui surfe sur les peurs ? Les extrêmes qui prospèrent sur les ruines ?
La vérité, c’est qu’on n’a pas de solution miracle. Juste des constats amers et des questions sans réponse. Comment reconstruire la confiance ? Comment refaire nation ? Comment retrouver notre place dans le monde ?
Une chose est sûre : continuer comme ça nous mène droit dans le mur. Les Français le sentent. Ils l’expriment dans la rue, dans les urnes, dans leur défiance quotidienne. Reste à savoir si nos dirigeants finiront par l’entendre. Ou s’il faudra attendre l’explosion finale pour qu’enfin, quelque chose change.
« Tout va bien en France », ironisais-je récemment. Non, tout ne va pas bien. Tout va même très mal. Et le pire, c’est que ceux qui pourraient changer les choses préfèrent regarder ailleurs. Jusqu’à quand ?
Pour aller plus loin
- La guerre civile syrienne – Wikipédia
- La France et la crise syrienne (2011-2013) – Vie publique
- L’accident ferroviaire de Brétigny-sur-Orge – Wikipédia
- Les incidents de Trappes de juillet 2013 – Le Monde
Sources et références
- Sondage IFOP : Les Français et l’intervention en Syrie (2013)
- Rapport du Sénat sur la situation en Syrie (2013)
Photo : Sébastien Ramage / Unsplash


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