La France peut-elle encore sauver ses PME ? Chronique d’un désastre annoncé

En 2013, je tirais déjà la sonnette d’alarme sur l’asphyxie progressive des PME françaises par un système fiscal et réglementaire délirant. Aujourd’hui, le constat est sans appel : nous avons tué l’entrepreneuriat français, et avec lui, notre capacité à créer de l’emploi durable.

Le jour où Christian s’est donné la mort

19 novembre 2013. Je reçois un appel qui me glace le sang. Christian, un ami entrepreneur, vient de mettre fin à ses jours. Encore un. Oui, vous avez bien lu : encore un. Car Christian n’était pas le premier de mes confrères entrepreneurs à craquer sous le poids insupportable de ce système qui broie les créateurs de richesse.

Ce jour-là, j’ai compris que nous étions entrés dans une phase terminale. Quand des hommes et des femmes qui ont consacré leur vie à construire, à employer, à innover, préfèrent la mort à la continuation de leur combat entrepreneurial, c’est que le système a atteint un niveau de toxicité absolue.

Permettez-moi de vous raconter ce que j’observais déjà en 2013, et pourquoi la situation actuelle n’est que la conséquence logique d’un aveuglement politique criminel.

L’équation impossible de l’entrepreneur français

Imaginez-vous un instant dans la peau d’un patron de PME en 2013. Votre produit se vend 20 euros. Dessus, l’État prélève déjà 3,33 euros de TVA (à l’époque). Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg fiscal.

Sur chaque salarié que vous embauchez, les charges représentent entre 45% et 60% du salaire net. Concrètement ? Pour qu’un employé touche 1500 euros nets, l’entreprise débourse entre 2700 et 3000 euros. Et je ne parle même pas des « coûts additionnels » : formation obligatoire, médecine du travail, assurances diverses, équipements de sécurité…

Mais le plus révoltant dans cette histoire ? La marge nette des entreprises est souvent inférieure au montant de TVA qu’elles collectent pour l’État. Vous avez bien lu : l’État gagne plus sur vos ventes que vous-même qui prenez tous les risques.

La spirale infernale des charges

Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

  • Charges patronales : 42% du salaire brut en moyenne
  • Charges salariales : 23% du salaire brut
  • Impôt sur les sociétés : 33,33% (à l’époque)
  • Contribution économique territoriale
  • Taxe sur les salaires
  • Formation professionnelle
  • Et j’en passe…

Face à ce matraquage fiscal, quelle est la solution proposée par nos génies de Bercy ? Augmenter la TVA au 1er janvier 2014, bien sûr ! Parce que quand on étouffe, la meilleure solution est évidemment de serrer encore plus fort la corde autour du cou.

Le mythe de la flexibilité à la française

En 2013, j’appelais déjà à une vraie flexibilité du marché du travail. Pas celle des grandes entreprises du CAC40 qui licencient par milliers tout en versant des dividendes records. Non, je parlais de la flexibilité pour les TPE et PME, celles qui représentent 99% du tissu entrepreneurial français.

Savez-vous combien d’entrepreneurs m’ont confié qu’ils embaucheraient « demain matin » s’ils pouvaient adapter leurs effectifs à leur carnet de commandes sans risquer les prud’hommes à chaque ajustement ? Des centaines de milliers d’emplois potentiels, bloqués par la peur du licenciement impossible.

Le paradoxe de la protection qui tue l’emploi

Le code du travail français, avec ses 3000 pages, est devenu une machine à tuer l’emploi. Plus on « protège » les salariés en poste, moins on donne de chances aux chômeurs d’être embauchés. C’est mathématique : si je ne peux pas ajuster mes effectifs en cas de baisse d’activité, je n’embauche pas en cas de hausse. Je préfère faire des heures sup ou refuser des commandes.

Résultat ? 3,3 millions de chômeurs en 2013, et la situation n’a fait qu’empirer depuis. Bravo les génies.

La grande hypocrisie du travail dominical

Autre combat que je menais en 2013 : le droit pour les entreprises volontaires d’ouvrir 7 jours sur 7, en employant des salariés volontaires. Notez bien : volontaires des deux côtés.

Mais non, en France, on préfère l’idéologie à la pragmatique. Pendant que nos voisins européens adaptent leurs horaires aux nouveaux modes de consommation, nous restons figés dans une vision datée du repos dominical obligatoire.

Savez-vous ce qui se passe concrètement ? Les consommateurs commandent sur Amazon le dimanche. Les livreurs étrangers livrent. Et nos commerces ferment. Brillant.

L’exemple Leroy Merlin

Prenons Leroy Merlin, qui était déjà dans le collimateur en 2013 pour ses ouvertures dominicales. Cette enseigne est réputée pour ses bons salaires et ses conditions de travail correctes. Les employés qui travaillent le dimanche sont volontaires et bien payés. Où est le problème ?

Le problème, c’est qu’en France, on préfère l’uniformité mortifère à la liberté créatrice. On préfère 100% de chômeurs « protégés » à 80% d’actifs libres de leurs choix.

2013 : L’année où tout a basculé

Avec le recul, 2013 apparaît comme l’année charnière. C’est l’année où :

  • La taxe à 75% sur les hauts revenus (rétroactive !) a envoyé un signal désastreux aux entrepreneurs
  • Les Bonnets Rouges ont montré que la coupe était pleine
  • Fagor-Brandt a mis la clé sous la porte, emportant avec elle des marques mythiques
  • Le gouvernement américain a connu son « shutdown », montrant qu’même la première puissance mondiale pouvait vaciller

Mais surtout, c’est l’année où j’ai vu pour la première fois des patrons, des salariés, des chômeurs et des retraités manifester ensemble. Les Bonnets Rouges n’étaient pas un mouvement catégoriel, c’était le cri de désespoir d’une France qui travaille et qui étouffe.

La prophétie du chômage perpétuel

Le 7 novembre 2013, j’écrivais : « La vérité c’est que absolument jamais plus à l’avenir le monde connaîtra le plein emploi. » Dix ans plus tard, force est de constater que j’avais raison. Mais pas pour les raisons technologiques que certains invoquaient. Non, si nous n’avons plus le plein emploi, c’est parce que nous avons tué systématiquement tous ceux qui créaient de l’emploi.

Les vraies solutions que personne ne veut entendre

En 2013, je proposais déjà des solutions simples :

  • Baisser les charges d’au moins 30% – pas des « baisses » de hausse, de vraies baisses
  • Instaurer une vraie flexibilité – embaucher et débaucher selon l’activité, sans procédure kafkaïenne
  • Libérer le travail dominical – pour ceux qui le souhaitent des deux côtés
  • Simplifier drastiquement – un code du travail de 50 pages maximum
  • Arrêter la rétroactivité fiscale – c’est du vol pur et simple

Ces mesures ne sont ni de droite ni de gauche. Elles sont du bon sens. Mais en France, le bon sens est révolutionnaire.

Le modèle allemand qu’on refuse de voir

Pendant ce temps, l’Allemagne appliquait les réformes Hartz, flexibilisait son marché du travail, et devenait le moteur économique de l’Europe. Nous, on taxait à 75% et on s’étonnait que les entrepreneurs fuient.

La différence fondamentale ? En Allemagne, on considère que « les SEULS qui créent de la richesse sont les travailleurs ET leurs patrons, unis dans une même communauté de destin. » En France, on oppose systématiquement les uns aux autres.

Épilogue : Le prix de l’aveuglement

Dix ans après, quel bilan ? Les PME continuent de fermer, le chômage reste structurellement élevé, et la France a perdu sa place dans la compétition mondiale. Les « champions nationaux » qu’on nous vantait sont rachetés les uns après les autres par des fonds étrangers.

Christian est mort pour rien. Son entreprise a fermé, ses employés sont au chômage, et personne n’a retenu la leçon. On continue à empiler les normes, les taxes, les contraintes, comme si de rien n’était.

La vérité, c’est que nous avons collectivement choisi la mort lente de notre économie plutôt que les réformes nécessaires. Nous avons préféré l’illusion de la protection à la réalité de la prospérité. Et aujourd’hui, nous en payons le prix fort.

Mais peut-être qu’un jour, quand il ne restera plus que les mastodontes du CAC40 et les fonctionnaires, on se souviendra qu’il existait autrefois en France des entrepreneurs passionnés, des PME innovantes, et des patrons qui considéraient leurs salariés comme leur « première richesse ».

Ce jour-là, il sera trop tard.

Pour aller plus loin

Sources et références

  • INSEE – Tableaux de l’économie française 2014
  • Rapport Gallois sur la compétitivité (2012)
  • Études d’impact de la loi de sécurisation de l’emploi (2013)
  • Baromètre Ernst & Young de l’attractivité de la France (2013)
  • Données Eurostat sur le coût du travail en Europe (2013)