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a couple of people standing next to each other holding signs

La Grèce au bord du gouffre : quand l’Europe joue avec le feu géopolitique

En bref : Le référendum grec du 5 juillet 2015 sur l’acceptation du plan d’austérité européen révèle les failles profondes de l’Union. Face à l’intransigeance de la troïka, la Grèce pourrait se tourner vers la Russie, redessinant la carte géopolitique européenne.

Le 5 juillet 2015, le peuple grec est appelé aux urnes pour répondre à une question qui dépasse largement ses frontières. Derrière l’apparente technicité du référendum se cache un enjeu civilisationnel : l’Europe peut-elle continuer à imposer l’austérité à ses peuples au nom de dogmes économiques ? Et surtout, que se passera-t-il si la Grèce dit non ?

Une question référendaire qui révèle tout

La formulation même de la question soumise aux Grecs est édifiante : « Acceptez-vous le projet d’accord soumis par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international lors de l’Eurogroupe du 25 juin 2015 ? » Une question si complexe et technique que le Conseil d’État grec a failli la rejeter.

Franchement, si des Grecs répondent oui à ça, ils sont balaises. Car derrière ce jargon bureaucratique se cache une réalité brutale : accepter de s’enfoncer encore plus dans la pauvreté pour rembourser une dette qui ne fait qu’enrichir les créanciers. Avec un taux d’intérêt à 3%, la dette grecque de 340 milliards d’euros rapporte 10 milliards par an aux créanciers. Vous comprenez ? 10 milliards d’euros de rente annuelle sur la misère d’un peuple.

L’image de Giorgos Chatzifotiadis, 77 ans, effondré devant une banque fermée, restera comme le symbole de cette Europe qui lamine ses citoyens les plus fragiles. C’est ça, le visage humain de l’austérité imposée par Bruxelles.

Le piège de l’austérité perpétuelle

Si les Grecs disent oui, ils resteront pauvres et endettés sur plusieurs générations. S’ils disent non, ils resteront pauvres et endettés. Voilà l’équation infernale dans laquelle la troïka a enfermé la Grèce. Un délai de grâce de 20 années avant de débuter le remboursement de la dette ? Ça me paraît équilibré, c’est ce qu’il faut pour rebondir. Mais non, l’Europe préfère la punition à la reconstruction.

Le paradoxe est criant : 34 milliards d’euros de la dette sont détenus par des « investisseurs privés », des personnes physiques ou morales qui se croyaient au casino. Pourquoi les peuples devraient-ils payer pour les paris perdus des spéculateurs ?

Cette logique mortifère n’est pas propre à la Grèce. En France, malgré une hausse insupportable des impôts, des prélèvements et des taxes depuis trois ans, le déficit ne cesse de s’aggraver. L’austérité ne résout rien, elle aggrave tout. Comme pour le Japon et les USA, l’Europe devra injecter davantage de sa monnaie de singe dans la lessiveuse, contre les Peuples.

La tentation russe : le grand basculement géopolitique

C’est là que le jeu devient vraiment dangereux pour l’Europe. S’ils disent non, il y a une probabilité élevée que la Russie finance allègrement la Grèce, ce qui pourrait changer leur destin sombre. Bien entendu, Tsipras ne peut pas le dire comme ça, mais ça ne fait aucun doute qu’un axe gréco-russe va prendre une nouvelle dimension.

Et si vraiment la Russie, avec la puissance des BRICS derrière elle, vient en soutien de la Grèce, la géopolitique européenne va changer de visage. Imaginez : un pays membre de l’UE et de l’OTAN qui bascule dans l’orbite russe. Ce serait un séisme politique majeur, une brèche béante dans le dispositif occidental.

Les signaux sont déjà là. Moscou observe attentivement, prête à saisir l’opportunité. Pour Poutine, ce serait une revanche éclatante sur les sanctions occidentales et un pied-de-biche idéal pour fracturer l’unité européenne.

L’aveuglement des élites européennes

Ce qui se passe en Grèce est expérimental. Il faut absolument qu’on observe tout ça avec beaucoup d’attention. Ça pourrait surprendre. Si la troïka laisse faire le référendum, c’est peut-être qu’elle pense que les conséquences ne sont pas si graves que ça. Erreur monumentale.

Les prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et Paul Krugman appellent le peuple grec à voter non. Des soutiens de poids pour Tsipras qui montrent que l’opposition à l’austérité n’est pas le fait de quelques gauchistes illuminés, mais d’économistes reconnus mondialement.

Si le oui l’emporte dimanche, ça va déclencher des violences urbaines généralisées dans les rues d’Athènes. Un scénario qui pourrait nécessiter l’intervention des pays européens « amis », comme l’Allemagne ou la France, pour ramener le calme. On imagine déjà les images : des soldats européens dans les rues grecques pour imposer l’austérité. Le symbole serait désastreux.

Les leçons pour la France

Cette crise grecque devrait nous faire réfléchir sur notre propre situation. En France, tout ce qui est en rapport avec l’argent est sclérosé. Pour très, très longtemps. Bordel, c’est quand même pas compliqué de relancer un pays comme la France. Virez-moi tous ces branleurs et ces branquignoles.

Il faut des freezones industrielles, des freezones commerciales, des villes nouvelles, des centaines de gratte-ciels. Mais non, on préfère s’enfermer dans des dogmes économiques mortifères et regarder notre industrie partir en lambeaux.

Le rejet de la demande d’asile d’Assange par la France me fait honte. C’est symptomatique de notre alignement servile sur des intérêts qui ne sont pas les nôtres. Pour lancer des alertes, si vous êtes un mec célibataire, il faut absolument aller en Russie. Vous me remercierez plus tard.

Un dimanche qui pourrait tout changer

Mardi ou mercredi, il n’y aura plus un rond dans l’immense majorité des banques grecques. Elles cesseront de fournir leurs clients. Jeudi ou vendredi, des tas de gens ne pourront plus subvenir à leurs besoins élémentaires. D’ici une semaine, les supermarchés seront vides.

C’est dans ce contexte apocalyptique que les Grecs doivent choisir. Entre la soumission à une Europe qui les écrase et le saut dans l’inconnu. Peuple de Grèce, s’il vous plaît, dites NON à l’austérité demain, et ouvrez la boîte de Pandore pour nous tous.

En vérité, il n’est pas certain que le peuple grec dise non dimanche. La peur de l’inconnu est puissante. Mais qu’ils votent oui ou non, une chose est certaine : l’Europe telle que nous la connaissons est en train de mourir. Et peut-être est-ce une bonne chose. Car de ses cendres pourrait naître quelque chose de plus juste, de plus humain, de plus respectueux des peuples.

Vous pouvez tourner le problème dans tous les sens pendant 107 ans si vous voulez, ça m’est égal. La réalité finira par s’imposer : on ne peut pas construire une union sur la misère et le mépris des peuples. La Grèce nous le rappelle brutalement. Reste à savoir si nous saurons entendre la leçon.

Pour aller plus loin

  • « La stratégie du choc » de Naomi Klein – Pour comprendre comment les crises sont utilisées pour imposer des politiques néolibérales
  • « Conversations entre adultes » de Yanis Varoufakis – Le témoignage de l’ex-ministre grec des Finances sur les négociations avec la troïka
  • Les analyses de Joseph Stiglitz sur la crise grecque dans ses tribunes du New York Times
  • « Dette : 5000 ans d’histoire » de David Graeber – Pour une perspective historique sur la dette

Sources et références

  • Données sur la dette grecque : Eurostat, juin 2015
  • Déclarations de Stiglitz et Krugman : Financial Times, 3 juillet 2015
  • Analyse des taux d’intérêt : Banque de Grèce, rapport trimestriel Q2 2015
  • Sondages pré-référendaires : Public Issue, 2-4 juillet 2015

Photo : Evita Paraskevopoulou / Unsplash