Archives de catégorie : ÉCONOMIE

Les riches pays arabes vont-ils sauver notre monde?

Le “plan Paulson” qui visait à “sauver” les institutions financières américaines, historique et très critiqué, n’a pas été adopté par la Chambre des représentants aux USA.

Désormais, il n’y a plus de solution officiellement, et le problème est devenu tellement énorme qu’il peut engendrer d’un jour à l’autre un cataclysme sur toute la planète en faisant radicalement exploser le système capitaliste et financier international, pour finalement le réduire à néant.

Soyons très objectifs, et revenons un peu sur les fondamentaux de la crise.

Le “système” mondialisé que nous connaissons dans nos civilisations avancées est basé exclusivement sur le développement exponentiel, sur la consommation exponentielle et sur la production exponentielle.

Désormais, l’idée que dans un “monde fini rien ne peut être exponentiel” a fait son chemin dans les consciences. La confiance dans ce “système” est fortement altérée, et à peu près rien ne pourrait inverser la tendance.

Dans la mesure où on ne peut pas se développer de manière exponentielle, le “système” arrive à son “point de rupture”, au pire moment de l’histoire.

De plus, en occident, nous sommes intimement dépendants de produits primaires tels que le pétrole, le gaz et d’autres encore que nous devons acheter, de plus en plus cher, en dehors de notre périmètre. Depuis toujours, nous n’avons cessé de transférer notre cash auprès des pays producteurs (nous avons fortement enrichi les arabes, et dans une moindre mesure les chinois, les russes…) en échange de produits primaires, que nous avons depuis consommé. De plus, nous avons initié des guerres et sommes associés à des troubles sur toute la planète, et l’image de l’occident s’est terriblement dégradée.

Nous les occidentaux, nous ne sommes crédibles que lorsque nous sommes très puissants, or à l’allure où vont les choses, nos civilisations modernes vont se retrouver assez rapidement au tapis pour un bon moment.

J’entends dire “c’est le moment, il faut changer le système, il faut repenser la finance internationale, trouver des nouvelles règles”. Le FMI se propose de s’en charger, s’il est mandaté, il se sent “investissable” pour cette mission.

Malheureusement, nous ne disposons pas de beaucoup de temps, et qui est en mesure d’imposer, au niveau international, dans un délai record, des nouvelles règles acceptables par toutes les parties? Bush? Sarkozy? Les chinois? Les russes? Les arabes?

Que faut-il faire désormais? Fermer les places financières quelques semaines? Quelques mois? C’est possible, c’est certainement une option qu’il aurait fallu retenir, hélas en sacrifiant des centaines de milliers d’emplois dans le domaine de la finance et de la haute finance.

Une autre option existe pourtant, elle n’est pas encore très évidente, mais elle pourrait bien s’imposer. Regardons simplement au Moyen-Orient, du côté des riches pays arabes.

Nous sommes le 29 septembre 2008, le Ramadan se termine aujourd’hui, on s’apprête à fêter l’Eid, et peut-être qu’après, d’ici quelques jours, et d’après ce qui se dit, on va passer à d’autres choses très sérieuses.

Depuis plus de 50 ans, les pays occidentaux ont enrichi les monarchies du Golfe (Koweït, Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis, Bahreïn, Qatar…). Nul ne sait précisément de quel pactole ils disposent, tous réunis, mais on avance les chiffres faramineux de plusieurs dizaines de milliers de milliards de dollars.

Le plan pour sauver la finance américaine, c’était 700 milliards de dollars.

Les arabes disposent probablement de plus de 100 000 milliards de dollars d’actifs et de liquidités. C’est à dire plus de 140 fois le coût du fameux plan évoqué plus haut.

Globalement, lorsqu’ils seront décidés à le faire, ils pourraient racheter instantanément la dette des USA et celle de l’Europe. En quelques jours.

Mais qu’est-ce que les arabes peuvent racheter et contrôler, s’ils le désirent?

C’est très facile de répondre à cette question. Avec la chute vertigineuse des valeurs boursières respectives, techniquement ils peuvent prendre le contrôle des banques, mais aussi des entreprises, les petites comme les grandes. Les institutions très rapidement ensuite. Et tout ça sans bouger de chez eux, ou en utilisant leurs places financières ultramodernes.

Dubaï, par exemple, pourrait être le cœur (et la tête) de cette immense prise de contrôle à distance, redoutable d’efficacité.

Libre à eux, ensuite, de faire appliquer les règles de leur propre système (avec notamment les principes de la charia) sur nos territoires, puisqu’ils seront des actionnaires majeurs.

Nous sommes au beau milieu d’un mouvement à 180°, qui a peut-être commencé le 11 septembre 2001, et qui se terminera dans les prochaines années, avec à la clé des bouleversements de civilisation considérables, et un changement géopolitique d’une amplitude jamais observée. De nouvelles opportunités pourrait s’offrir à ceux qui sauront les saisir.

Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir s’il faut en avoir peur ou pas.

La question serait plutôt… Vont-ils le faire?

TVA à 5,5% dans la restauration : parlons un langage vrai

Depuis des années, le sujet de la TVA réduite à 5,5 % dans la restauration française est un thème récurrent.

Le dossier est régulièrement porté à bout de bras par les Présidents et les gouvernements français qui se succèdent comme s’il était des plus stratégiques.

Presque 20 ans d’inertie, c’est aussi un bon indicateur pour mesurer la réactivité et la vélocité du “système décisionnel européen” et de sa capacité à intervenir et à trancher.

C’est aussi et surtout un écran de fumée cache-misère, qui masque d’innombrables autres problèmes parfois plus sérieux mais ayant moins de relais médiatiques.

Parlons un langage vrai.

– Est-ce qu’une TVA réduite dans la restauration va créer de l’emploi?

J’affirme que non car les entreprises de restauration ont besoin de générer de la marge, je ne parle pas de profit ou de bénéfices, je parle simplement de marge. De quoi sécuriser leur activité et leur investissement. Par ailleurs, on sait qu’il n’y a pas de main d’œuvre qualifiée, formée et motivée immédiatement disponible. Le contrat d’embauche de type CDI est pire que la peste aux yeux des patrons, et on ne peut pas leur donner tort en observant ce qui se passe dans les tribunaux prud’hommaux. Qui peut conseiller aujourd’hui à un patron en le regardant droit dans les yeux “n’hésitez pas à embaucher du personnel au travers un contrat de type CDI, allez-y même les yeux fermés!”. Et ce raisonnement n’est bien sûr pas valable uniquement dans le domaine de la restauration, hélas.

– Est-ce qu’une TVA réduite va favoriser la baisse des prix pour le consommateur?

J’affirme là encore que non, puisque pour les raisons évoquées ci-dessus, la priorité absolue désormais pour les entreprises de restauration, c’est la protection de la marge, surtout en période d’inflation. En aucun cas les prix ne vont baisser (en théorie, une note de 100 € taxée à 19,6 % devrait passer à 88,21 € taxée à 5,5 % soit une baisse de moins de 12 % sur le prix total pour le client final). Dans la réalité concrète, les prix n’évolueront quasiment pas à la baisse, ou en tout cas de manière très insignifiante dans la majorité des restaurants. Quelques temps après la baisse de TVA dans la restauration, j’explique déjà que les prix continueront même à progresser, encore plus vite. La mécanique est très simple. Aujourd’hui, un restaurateur a d’énormes problèmes de conscience lorsqu’il augmente son prix car il sait qu’avec une TVA à presque 20 %, l’impact sur le tarif client est immédiatement ressenti. Demain, avec une TVA réduite à 5,5 % il n’y a plus de problème de conscience, et l’augmentation de prix est d’autant plus facile à appliquer.

Pire. Je vois un autre problème, jamais soulevé, à destination des entreprises. En effet, une grosse partie du marché de la restauration concerne les professionnels qui fréquentent les restaurants et récupèrent la TVA sur les notes. Aujourd’hui, sur une note de 100 €, l’entreprise récupère 16,39 € de TVA et voit sa charge passer à 83,61 € alors que demain, si l’on considère que globalement les prix ne baisseront pas, l’entreprise verra sa charge passer à 94,78 €, soit une hausse de plus de 13 %. Comment réagiront les entreprises qui envoient leur personnel prendre leurs repas dans les restaurants? Elles augmenteront les prix de leurs produits, pour protéger leur propre rentabilité, une fois de plus.

– Est-ce que la TVA réduite est juste pour un restaurateur français?

Évidemment que oui, car une majorité de pays en Europe pratiquent déjà la TVA réduite inférieure bien souvent à 10%, voire super-réduite à 3% (non vous ne rêvez pas) : privilège du Luxembourg. Ces différences fiscales ne sont pratiquement jamais évoquées sur la place publique et elle ne semblent pas passionner le débat. Pourtant, qui peut défendre ces injustices, l’Europe argumente depuis toujours en expliquant que c’est pour “préserver la fiscalité initiale des pays concernés au moment de leur intégration à l’Europe”. Totalement idiot comme raisonnement, puisque l’objectif absolu en Europe devrait être l’uniformisation rapide et cohérente du système fiscal sur le marché intérieur, pourquoi pas branche par branche.

– Est-ce que la TVA réduite dans la restauration aura un impact sur le marché intérieur?

Objectivement oui, un impact énorme même, surtout dans les larges zones frontalières où la concurrence est très inégale et injuste, puisqu’il peut favoriser l’égalisation et l’équilibre concurrentiel. C’est justement dans ces zones frontalières où l’Europe prend tout son sens, puisque c’est là que la mixité et le brassage des peuples d’Europe se pratique, et où tout peut se comparer très facilement. L’idéal serait qu’en France, comme au Luxembourg par exemple, à qualité égale, le prix d’un repas soit globalement le même et que surtout l’entrepreneur, le patron du restaurant, qu’il soit français ou luxembourgeois, puisse vivre dignement et tirer avantage de son investissement coûteux et risqué, de manière acceptable.

– Est-ce que la TVA réduite dans la restauration est juste par rapport aux autres métiers?

Je suis convaincu que non, et pire, cela va forcément générer des convoitises sur le plan national, et même sur le marché intérieur. On peut même raisonner plus globalement : pourquoi tel métier mérite une TVA à 5,5% alors que tel autre mériterait une TVA normale à 19,6%? Ou encore, pourquoi tel métier mérite une TVA réduite dans tel pays, et le même métier une TVA normale dans tel autre pays au sein de l’Europe?

Le traitement égalitaire, la justice et l’équilibre fiscal restent plus que jamais une problématique centrale en Europe.

Alors oui pour un taux super-réduit à 3% dans la restauration, partout en Europe…

L’essence à plus de 2 euros le litre peut-être pour bientôt!

Nous observons depuis quelques mois un mouvement spéculatif autour du prix du baril de pétrole.

Certains évoquent une bulle qui va se dégonfler, d’autres, plus nombreux estiment qu’on s’installe dans une tendance lourde, haussière et de long terme. Dans tous les cas, le consensus est à un baril plutôt cher, au delà de 120$ à moyen terme.

Dans le même temps, la parité euro dollar actuellement très défavorable va finir par se dénouer au profit d’une hausse rééquilibrante du dollar face à l’euro d’ici quelques mois, ce qui va avoir un effet de levier dévastateur sur le prix du brut, payé en dollar en zone euro.

Dans l’hypothèse d’un baril cher, en pratique plus le dollar va se réévaluer face à l’euro, plus le prix payé par les européens sera élevé. L’argumentation qui consiste à dire que la zone euro protège durablement est totalement imaginaire et illusoire, c’est simplement un concours de circonstance très temporaire et fragile.

Par exemple, un baril installé à 150$ dans un marché où le dollar vaudrait 1,20 ou 1,30 euros, aurait pour effet de mettre le prix du sans plomb 95 autour de 2 euros, en quelques mois seulement.

Le paradoxe infernal, c’est que la Banque Centrale Européenne, et beaucoup de dirigeants européens travaillent fortement avec les américains pour ramener une parité euro dollar acceptable (c’est à dire nettement plus attractive et équilibrée qu’aujourd’hui), tout en affirmant qu’ils travaillent aussi pour que le pétrole baisse de prix.

Cette équation est irrésolvable. Dans un sens comme dans l’autre, les drames sont inévitables, économiques et sociaux. Selon moi, ce n’est qu’un début.

Plusieurs solutions existent, toutes très difficiles à mettre en œuvre et elles ne le seront probablement jamais. On évoque par exemple la suppression pure et simple de la cotation du baril des marchés financiers, des pressions sur les pays producteurs, y compris des pressions qui se feraient menaçantes et unilatérales ou encore la diminution des taxes gouvernementales.

Les états européens ne sont pas favorables à un plafonnement des taxes gouvernementales sur le prix de l’essence, et de toute manière leur inertie sera très forte avant que des mesures soient mises en œuvre. Probablement que les gouvernements seront contraints par les peuples à intervenir, ce qui veut dire une forme de révolte de grande ampleur.

Par ailleurs, aucune étude sérieuse ne se hasarde à évaluer l’inflation générale dans le cas où le pétrole reste cher. Le phénomène de stagflation, qui n’est pas retenu par Christine Lagarde la Ministre de l’Économie, reste donc hélas le scénario le plus probable, auquel nous sommes donc le moins préparés, y compris au plus haut niveau.

Sommes-nous à la veille d’un trouble majeur?

Le gouvernement français vient d’annoncer un taux de chômage historiquement bas puisqu’il revient à son niveau de 1983 (25 ans plus tôt, à 7,5% de la population active).

C’est formidable, n’est-ce pas? La tendance baissière est si forte que nous sommes à un cheveu du plein emploi (le Président Sarkozy s’y était engagé il n’y a pas si longtemps, il pourrait bien y parvenir visiblement).

Nul doute que selon la nouvelle formule de calcul de l’INSEE, ce taux est correct.

Dans le même temps, on ne peut pas critiquer l’acharnement visible et audible des ministres à vouloir réformer et changer le pays, sous l’impulsion d’un Président énergique, présent et actif.

Mais ce taux de 7,5% est-il celui qui donne la réelle image du chômage dans notre pays?

Il paraît évident que non. Pour le gouvernement, seuls un peu plus de 7 français sur 100 en capacité de fournir un travail nécessaire seraient des chômeurs. Qui peut croire cela?

Je suis un observateur avisé de la société, mais je suis surtout un entrepreneur exigeant, et dans mon métier, la prise en compte des paramètres est cruciale, autant que leur interprétation. J’ai donc besoin, comme tout décideur, des bons paramètres, des bonnes variables, au bon moment.

On n’imagine pas le nombre de décisions stratégiques, toutes placées dans leur contexte et à leur niveau, qui sont prises et les actions qui découlent d’une statistique donnée. Si la statistique est faussée, les décisions engagées ont bien souvent des répercussions catastrophiques.

Pour moi, le chômage doit être défini comme l’inactivité même partielle d’une personne en capacité de travailler et qui le nécessite, à plus forte raison lorsque le revenu de son travail ne lui permet pas de vivre régulièrement et sereinement, “selon les standards occidentaux”. Ces standards évoluant sans cesse.

Une personne “en capacité de travailler et qui le nécessite” dans la société occidentale, c’est quelqu’un, un homme ou une femme, qui a entre 18 et 65 ans, qui peut fournir un travail afin d’en générer un revenu, qui est dépendante du “système économique tel qu’il est conçu” pour subvenir à ses besoins les plus variés, qui ne soit pas ni scolarisé, ni malade au point de devoir être assisté par la société.

Les hommes et les femmes qui ont décidé de ne pas travailler en ayant la possibilité de vivre de leurs propres ressources, ou de celles de leurs proches ne sont pas concernées (femmes au foyer par exemple).

Depuis bien longtemps je ne me fis plus aveuglément aux données officielles. Je préfère bâtir mes projets, avoir ma propre idée et ma vision de long terme en tenant compte également des informations “grises” (peu vérifiables car peu documentées et officieuses), perçues plus réalistes, et qui circulent ou qui sont glanées dans “les milieux bien informés”.

Quel est donc le véritable taux de “chômage” en France? Probablement plus proche de 19% que de 7,5%. Ce qui change absolument tout. Certains estiment même qu’il dépasse nettement les 20% pour atteindre le quart de la population active, vous imaginez?

On peut s’amuser ainsi à évoquer d’autres données. Par exemple, la hausse des prix des produits de consommation courante depuis 10 ans, a-t-elle été de 15 à 17% si l’on s’en tient aux statistiques INSEE (+1,5% par an en moyenne basse), ou plutôt de 62 à 65% (voir plus sur certaines catégories de produits) si l’on considère que les prix ont augmenté réellement de 4,5% par an en moyenne basse ces dix dernières années?

Rappelez-vous il y a 15 ans, comme il était “prestigieux” de toucher un salaire de 10000 francs par mois, ce palier psychologique était important. Aujourd’hui, est-ce que vous avez l’impression que 1500 euros (l’équivalent de 10000 de nos anciens francs) suffisent à atteindre la moitié ou les deux tiers d’un mois pour vivre sereinement? Et combien gagnent plus que 1500 euros par mois, 15 ans après?…

De toute évidence, le nombre de pauvres augmente à grande vitesse, et dans le même moment, les pauvres s’enrichissent beaucoup plus lentement que les riches.

Le plus inquiétant, c’est que la tendance est loin de pouvoir s’inverser, au contraire, elle va nettement se consolider sur sa lancée avec les difficultés qui arrivent à nous, ou nous à elles.

Pour moi, la hausse du prix du pétrole va jouer un rôle déterminant dans le processus de “renversement” du système occidental, et pire, il n’est pas réellement intégré dans les stratégiques politiques de court et moyen terme.

Nous paierons bientôt le baril à 120$, puis des seuils comme 140$ à 180$ seront à portée des marchés dans les années qui suivront.

On ne réalise pas à quel point du prix du pétrole dépend intimement et absolument tout notre mécano économique et social.

Que dire encore de l’euro face au dollar, on nous assure qu’il nous protège, peut-être, c’est un point de vue, celui de Trichet notamment, il doit avoir ses raisons. L’écart économique entre la zone USD et la zone EUR se creuse à une vitesse folle. Certains évoquent un euro contre deux dollars prochainement. On y est presque, effectivement.

N’oublions pas que depuis de nombreuses années déjà, c’est hors de la zone EUR que la croissance est la plus forte et la plus dynamique, et que sur ces marchés, tout se négociera encore pendant longtemps en USD. L’Europe n’a donc aucune chance de pouvoir en profiter.

Qui peut en prédire les effets? Personne précisément, on sait juste qu’ils seront… dramatiques pour les peuples.

D’ailleurs, parlons croissance. En France, elle est annoncée et maintenue autour de 2 à 2,5% en 2008, que ce soit le Premier Ministre ou la Ministre de l’Économie, ils en sont convaincus, sur quelle base et sur quelles études, on ne sait pas. En réalité, il se dit que depuis quelques années, peut-être 2 ou 3 ans, la France n’est ni en croissance, ni même en stagnation, mais en “croissance déficitaire”. C’est très différent. C’est la décroissance.

Notre monde moderne est suspendu à certaines données économiques fondamentales (comme le prix du pétrole). Des populations civilisées, à priori structurées, vivant selon des “hauts standards humains” et qui semblent protégées par leurs institutions, telles que les nôtres, pourraient bien être retournées comme des crêpes, en l’espace de quelques années, à partir d’un certain seuil, mais on ne pourra pas le démontrer avant qu’il ne soit trop tard. Ni dire exactement comment cela va se produire, et avec quels effets.

C’est le principe de l’élastique qui va rompre lorsqu’il est trop étiré, on sait qu’il va rompre, mais on ne sait pas vraiment à quel moment.

Nous sommes à la veille d’un trouble majeur. Certains, personnes morales ou physiques, s’en sortiront néanmoins, mieux que la plupart, à condition d’y être bien préparé.

Stigmatiser les entrepreneurs est une erreur capitale, renoncer au CPE en serait une autre

Je souhaite exprimer une idée très simple, le plus clairement possible et sans ambiguïté.

Personne ne peut assurer à quiconque un travail illimité. La sécurité absolue d’avoir un emploi demain est une utopie. Demander à des patrons, donc des employeurs de garantir un travail perpétuel à leurs employés, sous une forme ou une autre, sans tenir compte de paramètres qualitatifs économiques et humains fluctuant dans le temps est la pire chose qu’on pourrait imaginer. Ce n’est tout simplement pas possible dans notre système économique global.

Par contre, on peut parfaitement affirmer sans se tromper que l’objectif évident des patrons, à qui je préfère le terme plus moderne d’entrepreneurs, est de maintenir et de développer leurs activités. Pour y parvenir, ils doivent nécessairement embaucher des collaborateurs, et donc créer des emplois. Si les collaborateurs qu’ils embauchent sont des éléments qualitatifs, l’activité est d’autant plus stimulée, tout le monde y gagne par principe.

Nous parlons là des entreprises très petites, moyennes, petites industries, des artisans et des travailleurs indépendants, qui composent l’écrasante majorité des entrepreneurs. J’écarte bien sûr de mon raisonnement les quelques acteurs majeurs internationaux, généralement côtés en bourse, qui ont un mode de gestion des personnels humains déplorable, bien entendu. Parlons donc de choses à échelle humaine. Parlons de la réalité de ce que vivent la quasi-totalité des patrons, qui n’est pas du tout la même réalité que dans les très grosses entreprises.

Les hommes et les femmes qui entreprennent sont des individus qui aspirent sans doute plus que d’autres à la liberté dans toutes ses formes et qu’il faut maintenir libres. En contrepartie de quoi ils stimulent l’économie du pays et peuvent même transmettre leur passion d’entreprendre, pouvant ainsi créer une émulation au sein de la population, visant à toujours plus d’activité, et donc d’emplois. Plus vous les enfermez et vous leur ferez subir des contraintes, moins ils seront combatifs, moins ils seront motivés, moins ils investiront leur énergie et moins ils agiront pour la cause commune, ou en intégrant d’autres individus à leur dynamique. Comme ils forment la seule et l’unique puissance créatrice d’emplois, en les bridant, on doit dès lors s’attendre à faire face à de sérieuses difficultés, les mots sont probablement trop faibles.

Les entrepreneurs ont toujours besoin de respirer et d’avancer. Tant qu’on ne les étouffe pas, ils resteront productifs en terme de projets nouveaux, et donc d’emplois nouveaux. Malheureusement, désormais ils sont déjà en passe d’être asphyxiés.

Aujourd’hui, les entrepreneurs subissent plus que jamais les pires pressions individuelles, et on se demande bien comment il est encore possible pour eux de les surmonter. Pression économique d’abord, ils voient leurs activités diminuer et ne parviennent pas à faire face à la concurrence internationale, européenne ou locale, souvent scandaleuse, déloyale, inéquitable et injuste. Pression sociale ensuite, ils sont critiqués et montrés du doigts par 70% de la population qui estime qu’ils ne pensent qu’à eux, et qu’ils se moquent bien de l’avenir de leurs employés, on dit d’eux qu’ils s’enrichissent sur le dos de leurs salariés, qu’eux sont les riches, et les autres les pauvres. Pression Fiscale également, leurs entreprises et eux-mêmes sont soumis à des taxes directes et indirectes qui dépassent le seuil de l’indécence. Pression financière, avec des charges fonctionnelles, structurelles, salariales, et patronales toujours plus importantes, ne cessant jamais de grimper, les coûts augmentent systématiquement et perpétuellement, les banquiers serrent les vis, et chaque jour il faut faire face à de nouvelles difficultés (pour 1000 euros payés net à un employé, il en coûtera plus de 2500 euros au patron, charges salariales, patronales, mais aussi fonctionnelles, opérationnelles et de formation incluses, donc bien plus du double). Pression psychologique finalement, avec des troubles comportementaux légitimes dans de telles conditions, qui peuvent avoir des conséquences multiples sur le plan relationnel vis à vis de leur entourage, de leurs salariés, de la population, de la justice, de la politique, du gouvernement, du système tout entier (des sentiments divers comme le doute, la suspicion, la méfiance, l’inquiétude, la paranoïa, la désolation, la déprime, l’incompréhension, la rupture peuvent légitimement prendre naissance lorsque des situations complexes s’installent dans la durée, bloquant ainsi l’individu dans une sorte d’impasse où il ne peut pas ni avancer ni reculer avec tout le poids de sa structure qui lui pèse, pouvant conduire à la liquidation de sa société et à sa faillite personnelle). Tout ceci serait insupportable à vivre pour la grande majorité des personnes. Pourtant, il y a une catégorie de gens, les entrepreneurs, pour qui c’est désormais le lot quotidien.

Gardons toujours à l’esprit qu’un employeur est un individu qui va prendre des risques majeurs pour lui, pour sa famille, et pour les gens dont il a la charge et la responsabilité.

Aujourd’hui par le fait d’innombrables causes et conséquences que je ne vais pas lister car on en connaît tous au moins deux ou trois qui nous sembleront évidentes en fonction de nos propres expériences, il y a une « crise de confiance profonde » entre les employeurs, la population et le pouvoir politique.

En réalité, ce qui se passe est simple. Les gens cherchent des responsables au fait qu’il n’y a pas suffisamment de travail, et que le peu de travail qu’on peut trouver est sous-payé, et souvent précaire. Les entrepreneurs sont stigmatisés, on considère qu’ils portent une responsabilité importante dans le marasme social. Pourtant ils sont également des victimes, à leur niveau. Je sais que c’est difficile à admettre, mais on ne peut pas reprocher à un entrepreneur de vouloir protéger ses investissements, sa création, ce qu’il considère comme ses projets, ses idées, et le temps et l’énergie qu’il aura dû consacrer à la réalisation de ses rêves ou de ses passions. Les plus grandes difficultés pour les décideurs c’est d’avoir des perspectives claires et sécurisantes, de la visibilité devant soit, et de pouvoir faire marche arrière quand cela devient nécessaire pour la survie de l’outil de travail. On ne peut pas demander aux entrepreneurs de voir dans un brouillard épais, tout en se déplaçant avec des boulets solidement fixés à leurs deux jambes.

Dans le système économique tel qu’il existe aujourd’hui, quand l’activité augmente, il me paraît évident qu’on doit pouvoir embaucher, et créer des emplois libérés de toutes contraintes irréalistes, illogiques ou farfelues, et quand l’activité économique baisse, on doit pouvoir alléger les structures, ce qui leur permettra par ailleurs de rebondir ultérieurement au moment propice, regénérant de l’emploi. Dans un système fermé, pour une structure donnée, on ne peut pas garantir un accroissement constant, régulier et un cadre sécurisé qui pourrait garantir l’emploi et augmenter de manière permanente l’embauche.

En expliquant cela, je fais simplement preuve de bon sens. Penchez-vous une seconde sur la question en toute objectivité et regardez les choses en face pour le comprendre.

Par ailleurs, j’ajoute qu’on ne doit pas considérer que l’emploi est un dû, mais il doit se mériter. En contrepartie il doit bien entendu être rétribué loyalement, honnêtement, équitablement et de manière juste, dans le respect de toutes les parties.

Je sais que les syndicats vont avoir un peu de mal avec moi sur ce sujet sensible, mais il ne m’a pas semblé qu’un seul syndicat ait pu créer un jour un seul emploi dans le cadre d’un projet d’entreprise qu’il aurait mené, depuis l’idée originale jusqu’à la création de la structure, en n’ayant jamais à critiquer les contraintes qu’il aura à subir.

Mon sentiment profond est que les syndicats sont en dehors des réalités, et ils n’ont plus aucune légitimité à mes yeux, ils polluent et parasitent le système, corrompent les idées des salariés, et finissent par les tromper. Les syndicats sont à repenser totalement. Mais c’est un autre débat.

Pour en revenir à l’initiative, le mécanisme est toujours le même. Des entrepreneurs ont des idées pour développer l’activité. Ils mettent sur pieds leurs projets avec leur énergie et leurs ressources financières. Ils chercheront à recruter des collaborateurs qui devront nécessairement être des gens formés et adaptables, fiables, loyaux, honnêtes, intègres, et bien sûr travailleurs, avec une conscience professionnelle et du respect partagé. Ensuite, comme dans toute entreprise humaine, des difficultés peuvent survenir, et il faut pouvoir revenir en arrière de façon intelligente et responsable.

Depuis un certain temps déjà, force est de constater qu’il devient de plus en plus difficile de trouver sur le marché des demandeurs d’emploi motivés par le travail, formés à la réalité de l’entreprise, loyaux, honnêtes, intègres et respectueux, notamment dans les catégories des nouveaux entrants.

Une majorité de jeunes qui cherchent du travail n’a aucune idée de comment travailler, comment être productif, quelles sont les attentes des employeurs, que signifie la conscience professionnelle, que signifie l’implication en entreprise, le travail collaboratif, le respect de la hiérarchie, l’investissement fait par les autres pour soi, la rentabilité. La plupart ne savent pas correctement ni lire ni écrire, et ne disposent pas des ressources élémentaires pour s’intégrer dans un cadre professionnel « en production », dans la réalité de terrain. Les entreprises ont besoin d’éléments opérationnels. Le système leur propose des jeunes « qualifiés » à tout, sauf bien sûr à être prêts à travailler.

D’un côté vous avez des employeurs qui ne parviennent pas à impliquer les jeunes dans leur démarche d’entreprise, et de l’autre côté vous avez des jeunes qui veulent travailler le moins possible, pour gagner le plus possible, et immédiatement. C’est encore faire preuve de bon sens que de faire cette constatation, qui débouche sur une impasse absolue.

Au milieu vous avez la machine à produire des travailleurs, le système éducatif.

Pour bien comprendre le fond du problème, il faut déjà admettre que le système éducatif français est calamiteux. Les enseignants et professeurs sont déprimés par l’incapacité qu’ils ont à faire leur travail de transmission des connaissances, sans parler de l’amélioration des connaissances déjà acquises. Dans bien des cas, les élèves sont désintéressés, insolents et irrespectueux, condamnant ainsi toutes les démarches éducatives, ils n’ont pas conscience de ce qu’est le travail, de ce qu’il implique comme démarche personnelle. La productivité du système éducatif français (sous-entendu à générer des individus responsables et consciencieux) est anéantie.

Aujourd’hui, les écoles, les lycées et les universités sont des garderies. Les professeurs sont de simples animateurs, presque des surveillants dans un environnement turbulent et improductif. Un système qui coûte une fortune aux actifs, pour un résultat déplorable, miséreux je dirais.

Par ailleurs, les élèves pourraient en apprendre plus sur l’internet, et plus vite, que pendant une session de cours en classe.

On ne parvient pas à transmettre les connaissances de base aux élèves, comment peut-on imaginer pouvoir les intéresser au travail? Admettons que la « qualité moyenne » d’un jeune à la recherche d’un emploi, et son « aptitude » au travail sont loin de pouvoir convaincre un employeur. A qui le reprocher? Au système éducatif trop laxiste, aux parents qui baissent les bras, aux politiques qui se succèdent sans jamais oser réformer, aux jeunes eux-mêmes et à tout ce qui fait que nous sommes tous dépassés par les événements, tant tout est de plus en plus complexe.

Bien entendu, tous les jeunes qui entrent dans le marché du travail ne sont pas des illettrés, ne sont pas mal élevés ou irrespectueux, et ne sont pas des incapables, mais une proportion non négligeable et croissante d’entre eux le sont désormais. Les employeurs le savent, ils ne peuvent donc pas négliger ce paramètre au moment de l’embauche, et les conditions actuelles légales font qu’un employeur a deux possibilités, soit il ne se trompe pas et il embauche un collaborateur dont il va être fier, et dont il n’aura jamais à se plaindre, soit il se trompe et il va connaître des situations conflictuelles aux conséquences multiples et déplorables, parce qu’il ne pourra pas facilement s’en détacher.

Prenez connaissance des dossiers qui sont traités dans les institutions prud’homales. Écoutez les patrons scandalisés qui affirment qu’ils n’embaucheront plus jamais personne, et surtout plus des jeunes, parce qu’ils ont eu à se défendre face à un employé à qui les syndicats expliquent qu’il aura toujours gain de cause et qu’il ne faut pas hésiter à attaquer son ex-employeur (jackpot à la clé).

La rupture de confiance est un fait, c’est désormais inutile d’en débattre. C’est un fait de société avéré pour qui est observateur.

Un employeur ne pourra plus prendre de risques avec un nouvel entrant dès le premier jour et pour une durée indéterminée, sans avoir pu expérimenter avec lui son chemin dans l’entreprise, et construire peu à peu une confiance quand c’est possible, surtout dans les entreprises qui ont moins de 20 salariés, et je le répète, il s’agit de l’écrasante majorité des cas.

Je considère que la confiance se mérite et se gagne avec des preuves et des engagements, et sur une période longue. Une période d’essai de 30, 60 ou même 90 jours ne permettra jamais de se faire une idée précise et juste, et ne laissera à personne le temps de créer un climat de confiance et de sereinité, propice à la prise d’initiatives et de risques maîtrisés.

Les employeurs ont désormais besoin de s’assurer qu’ils peuvent à la fois faire confiance en l’avenir et en leurs futurs employés, sans quoi ils ne créeront plus d’emplois parce qu’ils ont des craintes légitimes et fondamentales.

Le gouvernement français propose un « CNE » et un « CPE » pour les jeunes de moins de 26 ans, des contrats à durée illimitée, qui présentent la particularité de pouvoir être rompus par l’une ou l’autre des parties presque sans condition dans les deux premières années.

Voilà des nouveaux « outils » qui pourraient permettre de redonner un peu de confiance et d’énergie aux employeurs, qui pourront ainsi décider d’embaucher des jeunes, de financer leur formation et leur donner une expérience à faire valoir plus tard s’ils ne restent pas dans l’entreprise. Les jeunes, en retour devront faire preuve de respect, de vélocité, d’implication et de capacité d’intégration, c’est bien la moindre des choses quand on a gagné un premier emploi, un deuxième ou un troisième, qui sont à chaque fois autant de nouvelles expériences qui marqueront le début de leur vie professionnelle.

Avec de tels « outils », l’entreprise sait qu’elle a deux ans pour s’assurer que son nouvel élément s’intègre parfaitement à son nouveau travail, et qu’au pire si l’intégration échoue, elle peut mettre un terme à l’embauche (ce qui semble bien légitime, d’autant qu’à ma connaissance, il n’existe pas d’entrepreneurs qui investissent sur des collaborateurs avec un objectif de s’en séparer moins de deux ans plus tard, ce qui serait contre-productif et illogique), et le jeune employé bénéficie d’une période de deux ans pour s’intégrer et pour montrer qui il est vraiment, reconnaissant du travail qu’on lui offre, dans la mesure où il a accepté de le faire.

Je vais vous le dire comme je le pense. Quand on expérimente la relation humaine, le contact étroit avec les gens, le rapport employeur/employé, deux ans ce n’est pas trop long pour savoir si on a affaire à quelqu’un de bien, et pour l’un, et pour l’autre, par contre c’est une durée idéale pour décider à terme d’intégrer définitivement l’employé si l’expérience a été fructueuse.

Ces nouveaux contrats ne sont pas la solution au problème de l’emploi ni à celui de la crise économique, mais constituent des éléments de réponse. Avant de renoncer à une initiative, il vaut mieux parfois l’éprouver. Et si en plus, par miracle, les charges des entreprises pouvaient baisser de manière significative en contrepartie d’embauches solides, nous pourrions dire que nous avançons.

Et si le commerce électronique était un vecteur de déclin économique?

Les indicateurs sont au vert et la tendance est à l’optimisme dans le secteur du « e-business ». Les marchands en ligne se frottent les mains, leur chiffre d’affaire double tous les ans depuis 2001. Pourtant des doutes nombreux pesaient sur eux après l’effondrement cauchemardesque de la fameuse « bulle spéculative boursière des valeurs technologiques ». Les internautes, qui pour la moitié ont effectué au moins un achat en ligne en 2005, découvrent un moyen fort pratique d’acheter des marchandises ou des services, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, et à des tarifs qui semblent plus compétitifs que dans le commerce traditionnel. Les banques se réjouissent également, leurs flux électroniques augmentent, d’autant que leur traitement est moins coûteux, et les risques sont finalement moins importants que prévus compte tenu du volume, risques qui sont par ailleurs de mieux en mieux maîtrisés par l’ensemble des intervenants, vendeurs et acheteurs.

A priori, tout irait pour le mieux, dans le meilleur des mondes, et pourvu que ça continu, pense-t-on. Les gouvernements n’hésitent pas à abonder dans ce sens.

En effet, l’internet commercial a tout pour plaire, tout le monde s’y retrouve. Les consommateurs naviguent sur des sites marchands, qui sont en réalité des catalogues électroniques, à partir desquels ils peuvent commander tout ce dont ils rêvent en payant par carte bancaire, les marchands électroniques profitent de l’engouement récent pour ce nouveau mode de consommation et développent leurs affaires, et les banquiers ponctionnent leur commission non négligeable de l’ordre de 0,4 à 2% sur chaque transaction bancaire, en n’ayant presque rien à faire en contrepartie.

Mais voilà que derrière ce portrait d’une apparente et très prometteuse nouvelle ère internet en plein essor se dessinent des aspects quelque peu perturbants pour celui qui s’y intéresse d’un peu plus près.

Qui sont les marchands sur l’internet? Beaucoup de petits commerçants pas encore rentables qui développent des activités de quelques milliers d’euros par mois en ligne mais surtout un petit nombre de gros-faiseurs, qui se partagent 80% des parts de marché du commerce électronique. Des mastodontes de la vente en ligne, parfois nationaux, parfois continentaux, parfois internationaux qui font beaucoup parler d’eux dans les médias, et qui gesticulent aussi et surtout en bourse en faisant des vagues à coups de dizaines de millions de dollars ou d’euros.

Tous ces marchands sont devenus (ou étaient déjà) des spécialistes par nature de la vente par correspondance, la classique et très controversée « VPC », désormais à la mode internet. La distribution directe, en d’autres termes, qui fait depuis longtemps concurrence aux réseaux de distribution traditionnels. Ces structures, pour les plus opérationnelles d’entre-elles, et elles tendent toutes à devenir hyper-opérationnelles, bénéficient de systèmes d’informations et de processus d’automatisation poussés à l’extrême grâce au « tout numérique », depuis l’avant-vente jusqu’à l’après-vente en passant par les services commerciaux, les services clients, l’acquisition des commandes, le traitement administratif dématérialisé, etc. Leurs plateformes commerciales et logistiques ont la capacité de traiter d’immenses quantités de commandes, avec finalement relativement peu d’infrastructures, et très peu de moyens, techniques ou humains.

Certains sites marchands communiquent sur le fait qu’ils gèrent 1000, pour d’autres 5000 commandes par jour en période d’euphorie, et quelques dizaines de préparateurs de commande ou d’employés au picking suffisent. Effectivement, il ne faut pas hésiter à le souligner, le commerce électronique emploi relativement peu de monde, par rapport aux volumes traités. Combien faudrait-il d’employés dans un commerce traditionnel pour gérer 1000 achats quotidiens, et quelle infrastructure faudrait-il? Sûrement pas moins de 30 personnes comme dans une structure de vente directe qui aurait ce volume de business. L’optimisation et l’automatisation sont des éléments très présents chez les marchands électroniques, y compris au travers des ressources humaines.

L’un des facteurs stratégiques qui fait que le commerce électronique, et plus largement la vente directe par l’internet, a le vent en poupe, c’est le paramètre prix. En effet, si les consommateurs achètent sur l’internet, c’est d’abord parce qu’ils ont le sentiment d’avoir accès à des tarifs plus avantageux que dans les magasins traditionnels.

Le mécanisme est désormais connu, les consommateurs utilisent les magasins traditionnels et les réseaux traditionnels pour choisir le produit qu’ils veulent acheter, pour le voir physiquement, pour l’évaluer ou le toucher, pour obtenir les conseils de vendeurs, puis rentrent chez eux comparer les prix sur l’internet, et une fois leur choix arrêté, ils passent à la caisse, en ligne, et généralement auprès de l’un ou l’autre des poids lourds du secteur concerné.

Bien souvent, les marchands électroniques utilisent indirectement, mais de manière parfaitement consciente, leurs concurrents (ou partenaires dans le cas de relation revendeur/fabricant) au travers des réseaux de distribution traditionnels comme de simples « show-room », bien malgré eux, et bien entendu sans jamais leur faire profiter des retombées commerciales.

La stratégie de l’écrasement des prix, qui peut sembler profitable aux consommateurs, a pour conséquence de diminuer considérablement les marges brutes. Parallèlement, il faut évoquer la suppression des intermédiaires, qui est bien souvent le seul moyen pour parvenir à baisser les prix. Tout ceci conduit à l’effondrement progressif des réseaux de distribution traditionnels qui vivent des marges d’activité, et qui emploient des centaines de milliers de gens rien qu’en France.

Comprimer un prix, revient à supprimer de la marge brute, et des intermédiaires, donc de l’emploi, donc du service, et de rogner sur la qualité. Rien ne permet d’affirmer que cette façon d’envisager une économie moderne soit la panacée, bien au contraire, et nous tomberons probablement tous d’accord là dessus. Au final, même si l’individu a gagné quelques pourcents sur son prix d’achat, c’est toute l’économie globale qui en paiera les erreurs. En outre, rien ne permet de garantir la pérennité des réseaux traditionnels face à la toute puissance de la vente directe sur l’internet, qui fait de l’écrasement des prix sa stratégie de conquête.

De plus en plus, les marchands électroniques sont des semi-grossistes, des grossistes, voire même des fabricants, qui étouffent ou annihilent les réseaux de distribution traditionnels, en leur faisant une concurrence déloyale éhontée. En effet, pouvons-nous trouver normal que des grossistes vendent en direct (ou indirectement par le biais d’enseignes leur appartenant) par l’internet à des clients finaux à des prix inférieurs à ceux qu’ils offrent à leurs revendeurs? Pouvons-nous trouver normal que des fabricants d’ordinateurs vendent leurs équipements à des clients finaux à des prix inférieurs à ceux que leurs propres distributeurs peuvent pratiquer? Pouvons-nous trouver normal que des voyagistes vendent des billets électroniques en direct à des prix plus compétitifs que les mêmes vendus par des agences de voyage?

Les innombrables revendeurs ou distributeurs qui sont autant d’innombrables P.M.E. ou T.P.E., qui se fournissent généralement à des tarifs plus élevés, ou quand ils ont de la chance aux mêmes conditions que les prix de vente des mastodontes de la distribution directe ne peuvent plus vivre de leur marge d’activité, puisque les repères des consommateurs sont les prix pratiqués par ceux qui tiennent le marché sur l’internet.

Par conséquent, les distributeurs indirects, les commerçants traditionnels, les petits commerçants en ligne auront tendance naturellement à « maigrir » économiquement, puis progressivement disparaître naturellement en laissant leur place aux acteurs majeurs de la vente directe sur l’internet, qui ont une soif de développement exponentiel, et les moyens de leurs ambitions.

La compression des prix de vente directe, la centralisation des activités de commerce et la suppression des intermédiaires supprime de l’emploi qualitatif, du service de proximité, c’est indéniable. N’attendons pas de l’internet commercial qu’il nous apporte du bien être à moyen terme, mais plutôt un formatage de notre manière de consommer, encadré strictement par un mode opératoire bien déterminé, qui va déchanter dans bien des domaines, pas tous, certes, mais dans de nombreux domaines où l’internet sera inévitable.

Je le dis souvent, même si par ailleurs j’ai été un des pionniers dans la vente en ligne dès 1996, et que je continue à y consacrer une grande partie de mon énergie, pour moi les sites marchands ne sont rien d’autre que des distributeurs automatiques de marchandises ou de services à domicile, à travers l’écran de son ordinateur, et il ne faut pas attendre grand chose de plus de la plupart de ceux qui occupent tout l’écran, sauf à de rares exceptions.

L’autre inquiétude grandissante concerne l’émergence et la progression de ce qu’on appelle le « C to C », le « consumer to consumer », le commerce entre particuliers, qui échappe totalement aux réseaux professionnels, totalement défiscalisé, puisque les particuliers vendent entre particuliers, sans encadrement juridique, et hors contrôle gouvernemental. Qui peut dire si ce « troc » fera ou non du mal aux entreprises commerciales? Moi je pense humblement pouvoir affirmer qu’il en fera, d’ailleurs vous penserez sûrement pareil en y réfléchissant bien.

Pour ne pas sombrer dans le pessimisme, je pense qu’il faudrait prendre certaines mesures urgentes, comme empêcher les fabricants de vendre sur l’internet en direct sans intermédiaires à des conditions de prix déloyales par rapport aux réseaux traditionnels, et interdire aux grossistes de vendre aux clients finaux sans leurs intermédiaires historiques, qui sont les distributeurs et autres revendeurs par vocation.

Plutôt que de se lancer dans la vente directe, que les fabricants et grossistes travaillent plutôt sur des systèmes qui permettraient aux revendeurs et aux distributeurs de passer leurs commandes par l’internet, en leur garantissant une marge d’activité cohérente, qu’ils aident à renforcer leurs réseaux de distribution, et que les commerçants nombreux, petits ou grands soient les véritables interlocuteurs au service des consommateurs. Que les marges brutes des intermédiaires soient préservées et protégées. Rappelons-nous que chaque intermédiaire est une structure commerciale qui génère de l’emploi, et donc du pouvoir d’achat, qui fait tourner l’économie.

Avec l’internet commercial tel qu’il se dessine, nous assistons à ce que j’appelle la « convergence économique globale » (que d’autres appelleront également la « mondialisation »), de moins en moins d’interlocuteurs, qui vendent de plus en plus de marchandise et de moins en moins cher, avec de moins en moins de marge, de plus en plus de manière automatisée, avec de moins en moins de services, avec de moins en moins d’infrastructures, de manière de plus en plus centralisée, et avec de moins en moins de personnels humains, pour générer de plus en plus de gains mais profitant à de moins en moins de personnes.

Combattre le chômage est une question de courage et d’audace

Les gouvernements se heurtent consécutivement à l’inextricable problème de l’emploi et du chômage, sans jamais parvenir à le résoudre. En France par exemple, mais cela est valable pour d’autres pays d’Europe (comme l’Allemagne), le chômage ne cesse d’augmenter depuis 25 ans, pour frôler et dépasser les 10% de la population active en 2005. En réalité, ce sont surtout plus de 20% de cette même population dite active, peut être 30% qui sont en situation de revenus faibles à très faibles, du fait de contrats de travail à mi-temps ou à temps partiels.

Des solutions existent pourtant, je ne cesse de le penser et de le répéter. Elles s’appuient sur un seul des éléments fondateurs de notre république et des sociétés civilisées, il s’agit de la Liberté.

La liberté d’entreprendre, ou de ne pas entreprendre. La liberté de choisir de faire ou de ne pas faire. La liberté d’agir ou de ne pas agir. La liberté de vouloir changer certaines choses, la liberté d’essayer au moins.

Je propose un certain nombre de pistes à explorer, toutes devraient être mises en œuvre conjointement. Aucune ne nécessite un énorme effort gouvernemental, mis à part une volonté d’agir pour l’emploi, contre le chômage, courageusement.

Horaires élargis, augmentation de l’amplitude d’ouverture.

Dans un pays comme la France, mais dans bien d’autres également, il est quasiment impossible d’envisager de consommer ou d’espérer un service en dehors des plages d’ouverture classiques, qui sont grossièrement 9h à 12h et 14h à 18h. Les entreprises se bornent à ces horaires traditionnels hérités d’on ne sait quand. Obtenir un service, un conseil, ou même tenter d’acheter quelque chose en dehors de ces horaires est devenu impossible. Des centaines de milliers de petites entreprises et commerces sont fermés plus des deux tiers du temps exploitable économiquement. Comment peut-on espérer alors que leur activité économique soit stimulée, et comment espérer pouvoir leur permettre de créer des emplois, ne serait-ce que pour occuper le temps d’ouverture élargi? Le principal problème étant surtout que leurs horaires d’ouverture coïncide avec l’horaire de travail de leurs clients potentiels. Qui n’a pas regretté un soir, en sortant du travail, ne pas pouvoir visiter tel ou tel magasin avec l’idée d’acheter quelque chose, même tard? Je pense qu’il est crédible d’envisager la mise en place d’horaires de travail élargis au delà des horaires conventionnels. Le changement des habitudes se fera progressivement et sans contraintes. Les entreprises qui le souhaitent doivent pouvoir mettre en place une plus grande amplitude d’ouverture, depuis tôt le matin jusqu’à tard le soir, en s’engageant à embaucher du personnel volontaire pour ce type d’horaire. Les employés ne devront pas travailler plus s’ils ne le souhaitent pas et ne devront pas subir de contraintes ou de conditions, ceux qui souhaitent librement travailler plus pourront ainsi être mieux rémunérés, ceux qui ne le souhaitent pas verront leurs salaires maintenus, et les nouveaux employés volontaires pour des horaires élargis non conventionnels seront les bienvenus. Le gouvernement devra supprimer les charges sociales et salariales sur les emplois créés en dehors des horaires conventionnels par profession ou par entreprise, ce qui stimulera les entrepreneurs à élargir leur amplitude d’ouverture, sans en subir un éventuel poids financier tout en garantissant le succès d’une telle opération, les revenus des employés n’étant pas altérés ni diminués, au contraire. Tout ceci devra être déployé en toute liberté, sans conditions restrictives, sans contraintes insurmontables de part et d’autre, et en respectant les choix prioritaire des employés. Je sais que nous trouverons des centaines de milliers de futurs employés qui apprécieraient de travailler entre 16h et 22h par exemple, de disposer ainsi de toutes leurs matinées et des dizaines de milliers d’entreprises qui souhaiteraient tenter l’aventure en permettant à leurs clients de venir les rencontrer après 18h, jusqu’à tard le soir, tous les jours. Les syndicats participeront activement à la mise en place d’un tel dispositif, en veillant à ce que les acquis soient maintenus, et en respectant les employeurs et leurs salariés volontaires qui désirent sortir du cadre traditionnel.

Par exemple, une entreprise de 8 salariés dont les activités seraient la distribution et les services informatiques et qui ouvre habituellement et traditionnellement de 9h à 18h, en fermant le vendredi à 17h et en ouvrant le lundi à 10h, pourrait très bien embaucher 2 nouveaux employés volontaires pour travailler en horaires élargis de 15h à 22h, ainsi l’amplitude d’ouverture et de service de cette entreprise va passer de 9h à 22h, la clientèle sera ravie, et l’entreprise ne subira pas la charge financière indirecte liée à cette nouvelle initiative heureuse puisque les heures au delà de 18h seront exonérées de charge. D’autant qu’entre 15h et 18h, l’équipe sera renforcée, ce qui va améliorer le travail collaboratif et la formation des nouvelles recrues.

Cette notion d’élargissement des horaires qui s’appliquera prioritairement au secteur privé pourrait parfaitement fonctionner également dans le secteur public, notamment dans l’éducation, sur la base du volontariat. Les professeurs qui souhaiteraient enseigner le soir pourraient le faire, et les élèves qui souhaiteraient prendre leurs cours en soirée le pourraient également. L’aménagement est à discuter de manière ouverte sans que rien ne soit imposé, dans l’intérêt de tous.

Comment trouver immédiatement 15% de temps d’ouverture stratégique supplémentaires pour les entreprises?

En ouvrant le dimanche et les jours fériés, bien évidemment. Le dimanche représente un septième du temps d’activité potentiel, par conséquent en permettant aux entreprises qui le veulent et aux employés qui le souhaitent d’ouvrir le dimanche, c’est ainsi pas moins de 15% de temps de travail en plus qui est débloqué, autant à combler par la création de nouveaux emplois. Et je sais combien cette idée va faire bondir les récalcitrants. Pourtant que personne ne s’inquiète ou ne s’offusque, il n’est pas question d’imposer à quiconque de devoir travailler un dimanche, les employeurs qui ne veulent pas ouvrir le dimanche ne seront pas pénalisés, les employés qui ne veulent pas travailler le dimanche n’y seront pas contraints, seuls les volontaires, embauchés sur cette base, seront plébiscités. Encore une fois, la liberté et le volontariat seront indispensables et centraux dans les négociations. Combien de dizaines de milliers de jeunes et moins jeunes rêvent de travailler le dimanche dans une entreprise qui leur plaît? Combien de dizaines de milliers de clients frustrés rêvent de faire leur shopping au calme le dimanche? Et combien d’employés qui travailleraient le dimanche aimeraient disposer ainsi de temps libre en semaine en compensation. Je ne parle même pas de la dynamisation sociale et économique, regardez comme la France est triste et morose le dimanche sans toutes ses activités vivantes liées à la dynamique économique et commerciale. Le mot d’ordre, c’est la liberté, laissons les entrepreneurs disposer de la possibilité d’ouvrir le dimanche s’ils le souhaitent et de recruter des employés volontaires pour ce poste. Les entreprises craignent pour la rentabilité de l’ouverture le dimanche, le gouvernement devra exonérer de charge les emplois créés en dehors des ouvertures conventionnelles, notamment les jours fériés et les dimanches. Le risque pour l’employeur étant alors limité, c’est lui qui prend l’initiative, elle est aidée par l’état, qui est soulagé de ne pas avoir à supporter la charge de chômeurs qui auront ainsi trouvé un emploi. L’état demandera une contrepartie, il imposera que les entreprises qui souhaitent ouvrir le dimanche devront embaucher au moins une nouvelle personne à plein temps en contrat à durée indéterminée ou en contrat nouvelle embauche, pour obtenir l’exonération des charges les dimanches et jours fériés.

Par exemple, une entreprise de 5 employés spécialisée dans la décoration, et qui ouvre traditionnellement du mardi au samedi de 9h à 18h pourrait embaucher une sixième personne volontaire pour travailler le dimanche, et même pourquoi pas le lundi. L’amplitude d’ouverture de cette entreprise serait alors sans interruption du lundi au dimanche, de 9h à 18h au moins. La nouvelle recrue sera exonérée de charges pour son travail le dimanche, et pourra en toute liberté choisir un jour de repos en semaine, pourquoi pas le samedi. Pour que cela fonctionne, il faut intégrer de la liberté et du volontariat, une fois de plus, dans la relation entrepreneur/employé/état. Les syndicats veilleront à la bonne coordination de l’ensemble dans le respect des choix et des libertés de chacun.

Ce dispositif d’ouverture le dimanche pourra s’appliquer au secteur privé, comme au secteur public bien entendu.

Exonération exceptionnelle de charges pour un emploi traditionnel créé dans les 6 mois.

Le chômage est un tel fléau qu’il nécessite que des mesures exceptionnelles et originales soient prises. Une mesure toute simple pourrait être impulsée par un gouvernement audacieux, telle une opération spéciale délimitée dans le temps. Elle consisterait à permettre aux entrepreneurs de TPE ou PME d’embaucher dans les 6 mois jusqu’à deux nouveaux salariés en contrat à durée indéterminée ou en contrat nouvelle embauche en étant totalement exonéré de charges à vie sur ces deux emplois créés. La mesure permettrait une diminution immédiate et conséquente du nombre de chômeurs, un allégement immédiat des charges qui incombent à l’état ou aux pouvoirs publics, une amélioration immédiate de la vivacité des entreprises qui vont accroître ainsi leur dynamique commerciale et productive. C’est un pari à prendre. C’est une mesure fantastique qui pourrait résoudre d’innombrables problèmes. Un nouveau souffle pour l’état, pour les chômeurs, pour le pouvoir d’achat, pour dynamiser tout un pays et souder socialement toute la population. Économiquement, tout le monde est gagnant, et surtout l’état, qui prend en charge indirectement aujourd’hui tous les chômeurs. Demain, la charge serait idéalement supportée par les entreprises, elles même gagnantes puisqu’elles renforcent leurs effectifs dans le but de mieux se développer, tout en étant exonérées des charges sociales et patronales sur au moins deux de leurs employés. Cette impulsion, qui n’est pas irréaliste, est très attendue par des dizaines de milliers d’entrepreneurs qui ne peuvent plus embaucher du fait du coût du travail.

Les syndicats auraient un rôle crucial social et médiateur dans une telle mesure, ils s’assureraient que les employés exonérés ne soient pas privilégiés par rapport aux employés déjà en place avant la mesure, notamment en veillant à ce que les niveaux de rémunération soient équilibrés et justes pour tout le personnel. L’état pourrait demander des contreparties, par exemple l’entreprise devra maintenir son effectif initial tant que des emplois exonérés y sont toujours présents, au risque de perdre les avantages acquis du point de vue des exonérations de charges.

J’imagine qu’une telle mesure pourrait déboucher sur la création de centaines de milliers d’emplois dans un délai de 6 mois.

Faciliter immédiatement l’embauche des seniors.

On le sait, les chômeurs jeunes ont des difficultés à trouver un emploi, mais on peut légitimement penser que les mesures citées plus haut vont résoudre une partie de ce problème, il reste néanmoins une tranche non négligeable de la population qui éprouve également des difficultés à trouver un travail, ce sont les seniors, même si paradoxalement ce sont les personnels les plus opérationnels. Là aussi, une impulsion courageuse de l’état pourrait immédiatement régler le problème. Les entreprises hésitent à embaucher des gens de plus de 50 ans, craignant qu’ils leur coûtent trop cher du fait de leur éventuel manque de rentabilité au travail ou de leur lenteur. La solution consisterait alors à exonérer les seniors d’une importante partie de leurs charges patronales et salariales. Les entreprises pourraient alors embaucher ces gens en toute sérénité, l’état pourrait demander des contreparties, notamment en s’assurant que les jeunes ne soient pas négligés dans les stratégies d’embauche, et les syndicats pourraient une fois de plus jouer un rôle de médiateur vigilant. Par ailleurs, une entreprise qui dispose de « cadres » seniors est bien plus sûre qu’une entreprise qui n’embauche que des jeunes sous-formés. Pour ma part, je trouve indispensable qu’une entreprise intègre du personnel multigénérationnel.

J’ai toujours segmenté la population en quatre groupes. Ceux qui peuvent et qui veulent, ceux qui peuvent mais qui ne veulent pas, ceux qui ne peuvent pas mais qui veulent, et finalement ceux qui ne peuvent pas et qui ne veulent pas non plus. Des intervenants sociaux peuvent facilement catégoriser un individu dans l’un ou l’autre de ces groupes. Si nous pratiquions ainsi, nous pourrions facilement savoir vers qui canaliser nos efforts, par exemple il faudrait donner toutes ses chances à ceux qui peuvent et qui veulent (les employés volontaires, les forces vives, les entrepreneurs, etc.), il faudrait recadrer ceux qui peuvent mais qui ne veulent pas (les fainéants et autres individus qui profitent du système), il faudrait véritablement aider ceux qui ne peuvent pas mais qui veulent (les gens biens qui veulent s’en sortir mais qui rament et qui nécessitent une assistance), et il faut médicaliser et encadrer ceux qui ne peuvent pas et qui ne veulent pas (les malades et autres individus qui devront rester à l’écart malgré eux et qui nécessitent une attention particulière du fait de leur incapacité à vivre une vie normale).

Libérons les énergies créatives, aux économistes d’intégrer ces nouveaux paramètres, et aux politiques d’exécuter nos choix.

Après l’ère industrielle, rien.

L’ère industrielle est entrée dans sa phase critique. Le processus de diminution progressive est déjà bien entamé en 2005, et dans quelques années l’ère industrielle va s’arrêter, entendons par là que les installations industrielles de toutes natures ne pourront plus perdurer.

La menace qui pèse sur les approvisionnements énergétiques condamne irrémédiablement les infrastructures industrielles existantes et les activités industrielles qui en découlent. Personne ne peut ignorer que les ressources énergétiques primaires arrivent à épuisement, c’est une question de quelques années, tout au plus, et en même temps, ces mêmes ressources vont voir leur prix de revient augmenter dramatiquement, conséquence de leur raréfaction face à une demande qui s’accroît chaque jour. Nous vivons dans un monde où tout découle intimement de ce qui se produit de manière industrielle. Du fait de l’organisation industrielle mondiale, un minuscule changement d’un paramètre primaire (comme le prix du pétrole par exemple) a des conséquences incalculables sur une quantité de choses.

Le dernier souffle industriel viendra d’Asie, et plus particulièrement de la Chine, pendant ce temps là, les deux autres puissances, l’Amérique et l’Europe éprouveront d’insupportables difficultés à contenir leurs industries, les emplois de leurs industries, sans parler bien sûr des innombrables activités indirectement liées à leurs industries. N’évoquons même pas la situation de l’Afrique qui sombre. Après cela, plus rien.

L’ère industrielle est apparue subitement, au début du XIXème siècle, dans une sorte d’émulation de technologies naissantes, de nouvelles possibilités économiques induites qui semblaient alors plutôt simples à mettre en œuvre à l’échelle humaine, telle une euphorie enthousiaste, mais qui n’a profité en réalité qu’à deux ou trois grandes puissances. Depuis toujours, ceux qui font l’industrie savent qu’elle ne sera pas éternelle.

Aujourd’hui, cette « bulle spéculative enthousiaste » est déjà largement dégonflée d’un point de vue de sa dynamique et de ses perspectives, certes les activités économiques industrielles semblent encore présentes, mais sont déjà largement délocalisées vers des zones géographiques économiquement plus avantageuses, au détriment de quantité de choses. Une fois les ressources locales consommées, il n’y aura ensuite plus d’endroit où déporter la charge industrielle. Le continent africain ne pourra pas être utilisé comme l’aura été le continent asiatique du fait de son manque d’infrastructure, de son manque de préparation.

La progression de la déconfiture de l’ère industrielle ira crescendo, dans un mouvement planétaire gigantesque et spectaculaire, hors de contrôle. Ce sont une quantité de paramètres qui se croiseront, se percuteront, et se répercuteront les uns aux autres. Peu d’économistes peuvent avoir une idée précise de ce à quoi il faut s’attendre, d’ailleurs un économiste seul enfermé dans ses analyses économiques ne peut pas prendre la pleine mesure de l’événement mécanique qui se produit dans sa terrible complexité. Des notions bien plus élargies que simplement économiques doivent être prises en compte face à l’immensité du problème, elles incluent des aspects politiques, géopolitiques, sociologiques, humanitaires, sécuritaires, énergétiques, environnementaux et même plus curieusement religieux ou nouvellement climatiques.

Le monde d’aujourd’hui renferme plus de 6 milliards d’être humains, dont les problèmes individuels augmenteront selon un schéma mécanique facile à comprendre, qui est bien entendu fonction de la problématique globale qui les impactera dans leur vie.

La plupart des organisations gouvernementales ignorent ces faits dans leur gestion, ces mêmes organisations qui dirigent le monde et les peuples vont faire face au plus inextricable problème jamais connu sur Terre par l’espèce humaine. Nous devrons probablement connaître des situations aussi horribles que des épisodes chaotiques meurtriers, guerriers, terroristes mêmes dans lesquels culmineront famines, épidémies et autres événements dramatiques, y compris bien sûr et surtout dans des pays civilisés.

Bien avant l’épuisement des énergies essentielles, il sera déjà trop tard. Pour ma part, dans un réalisme contenu, j’exprime déjà souvent le fait que nous ayons déjà franchi le seuil de non retournement, point au delà duquel quoi que nous pourrions mettre en œuvre, il est déjà trop tard. Bien qu’à priori il n’y ait pas de cause à effet qui sonne l’évidence, le 11 septembre 2001 pourrait bien être ce point de non retournement tel que je le décris.

Dès maintenant, et beaucoup plus dans un avenir proche, la vie de chacun d’entre nous va changer en profondeur, très rapidement.

Ceux qui affirment que la situation ne se dégrade pas ne prennent pas en compte une large quantité de paramètres, leur esprit d’analyse ne leur permet pas de prendre une pleine mesure de la gravité du problème.

Nous vivons dans des pays où tout est présent en abondance, nos besoins primitifs sont largement comblés, ils consistent à pouvoir se nourrir, et vivre à température ambiante contrôlée. Les industries remplissent largement leur rôle qui consiste à nourrir les peuples et à leur assurer les conditions de vie élémentaires viables. Lorsque les énergies primaires viendront à manquer et/ou que leur coût ne permettra plus leur rentabilité, les industries, telles des dominos, tomberont en cascade à une vitesse jamais envisagée, que j’estime à une dizaine d’années tout au plus. Les conditions de vie seront alors catastrophiquement compromises. Chaque individu sera alors concerné directement.

Rien qu’en Europe, comment faire déplacer quotidiennement des dizaines de millions de personnes qui doivent se rendre à leur travail à un niveau de coût acceptable, comment leur assurer un travail rentable, comment nourrir ces gens en leur portant leur nourriture jusqu’à chez eux comme c’est presque le cas aujourd’hui, comment occuper ces gens, comment faire des choses aussi simples que les chauffer en hiver, et les refroidir en été? Ce ne sont que quelques exemples pour évoquer les problèmes qui vont se poser à nous très vite et qui demanderont une réponse adaptée presque immédiate également.

Des centaines de millions d’individus qui ont faim, qui ont froid, qui n’ont pas les ressources nécessaires pour subvenir à leurs besoins, ne serait-ce que financières, ou pire qui ont l’argent mais qui ne peuvent pas s’en servir ne pourront pas être contenus au calme simplement par des bonnes paroles. Des conflits seront inévitables et prendront des formes jamais envisagées.

Les gouvernements ne mesurent pas la fragilité de leurs états. Aucun pays aujourd’hui peut se prévaloir d’un grand confort face aux crises à venir, tous les pays sont désormais devenus très sensibles à des changements économiques tels que ceux qui s’imposent à nous et qui donnent pourtant des signaux alarmants.

L’ère industrielle ne nous a pas préparé à ce qui arrive, bien au contraire, elle nous a tous endormi. Avant l’ère industrielle, les groupes d’humains disposaient de leurs propres moyens de suffisance, ils étaient artisans ou paysans, ils étaient présents partout, et ce modèle a été supprimé purement et simplement au profit d’un modèle global centralisateur.

L’humanité n’a jamais connu pareille situation, l’ère industrielle a troublé profondément le processus humain, et il n’est pas certain cette fois que nous pourrons rétablir la situation, en effet, il existe des situations faces auxquelles nous ne pouvons rien.

Quand je dis cela, je veux dire que nous ne pourrons pas sauver 6 milliards d’humains. Nous pourrions peut-être en sauvegarder 2 milliards sur une période de quelques décennies, en espérant qu’ils pourront remettre sur pied un modèle viable. Mais je me garde bien de dire que ces 2 milliards d’humains sauvés seront localisés en Europe, en Amérique du Nord et dans les zones modernes de l’Asie, non il y aura bien d’innombrables morts y compris dans les pays civilisés, découlant d’un chaos généralisé qui me semble inévitable, malgré les moyens civils et militaires qui seront déployés par les gouvernements pour se protéger.

Un événement tel que celui décrit et résumé ici mériterait que nous cessions tous de nous attacher à nos occupations inutiles habituelles et quotidiennes, pour se consacrer ensemble à une modification immédiate de nos comportements et de nos activités, mais personne ne fait rien, néanmoins de plus en plus de gens pressentent que ce qu’ils lisent ici pourrait bien ne plus être de la science fiction.

J’espère me tromper, avoir tort d’être pessimiste ou trop réaliste, sans quoi nous pourrions bien prochainement connaître les heures les plus sombres de l’histoire Humaine.

Quelle est la bonne stratégie énergétique?

Dans un certain temps, les énergies naturelles primaires qui sont le pétrole et le gaz viendront à disparaître de notre champ d’application industriel et commercial. D’ici quelques années, certains disent 30 ans, mais d’autres, beaucoup plus crédibles, prédisent 2010 ou 2012 au moment du « peak oil », nous devront assez subitement admettre de changer fondamentalement une quantité de choses qui font notre quotidien.

De mon point de vue, il est fort probable qu’au rythme où vont les choses, nous serons durablement concernés par ce phénomène à l’horizon 2015, même si effectivement ses premiers effets se feront sentir dès 2008, notamment par la baisse du pouvoir d’achat et la baisse de la rentabilité des activités économiques, tous deux compressés par la hausse du coût des matières premières.

En réalité, la discussion concernant le moment de la rupture d’approvisionnement est presque inutile et fortuite. Que ce soit dans 10, 20 ou 30 ans, nous sommes de toute manière déjà trop proche de l’échéance. Nous devons immédiatement déclencher des initiatives massives qui débouchent sur des résultats concrets en matière énergétique. L’électricité restera l’énergie inévitable. Maintenant reste à savoir comment la produire.

Selon moi, il y a un certain nombre de choses qu’un gouvernement sérieux devrait mettre en œuvre immédiatement.

Tout d’abord, il faudrait démocratiser les énergies naturelles renouvelables, solaires et éoliennes. C’est facile à dire, mais c’est aussi facile à faire. Qu’on ne vienne pas nous expliquer qu’implanter une technologie solaire ou éolienne est plus compliqué, plus coûteux et plus dangereux qu’une implantation nucléaire. Tout au plus, on pourra nous expliquer que cela rapporte moins à l’état, et moins aux industriels. Très honnêtement, ce soucis de profit ne doit pas être un paramètre à prendre en compte prioritairement face au problème qui se présente à l’horizon.

La recherche, la fabrication et la distribution d’équipements autonomes individuels de production d’électricité doivent être grandement facilités et promotionnés par les institutions gouvernementales. Rien ne nous oblige à concentrer la production d’électricité dans un seul endroit confiné, avec un risque élevé pour les populations, telles les centrales nucléaires qui se multiplient partout à la surface de la planète, augmentant ainsi le risque nucléaire.

Les implantations de parcs éoliens et autres installations à transformateurs solaires doivent être une priorité absolue dans la stratégie énergétique des pays. Les villages et les petites villes doivent se mettre en commun pour exploiter les ressources. Les grandes villes doivent bien sûr également acquérir progressivement une autonomie énergétique sur la base des énergies renouvelables.

Par ailleurs, les maisons individuelles, ainsi que les immeubles, devront pouvoir être équipés de systèmes de production et d’accumulation d’énergie électrique à partir des rayonnements solaires.

Les entreprises et les usines devront également intégrer des moyens d’autoproduction énergétique.

Les technologies existent, il suffit de développer les réseaux de distribution, et de former les installateurs. De nouveaux métiers verront le jour, liés à la maintenance de tous ces équipements.

Les économies réalisées par l’autoproduction, que ce soit à titre individuel, professionnel ou public, seront tellement importantes, que très rapidement le pouvoir d’achat va être amélioré nettement. Imaginez si votre chauffage ne vous coûte presque rien, votre climatiseur non plus, le chauffage de votre eau non plus, votre électricité domestique non plus, pareil pour toutes les dépenses énergétiques de votre entreprise, etc.

Les investissements réalisés sur les réseaux de transport d’électricité sont sauvegardés, ces réseaux pourront parfaitement servir dans un contexte où la production sera mutualisée, puisque chacun déverse le surplus d’électricité produit dans ce réseau global, au profit de la communauté.

Aujourd’hui les gouvernements européens misent sur « ITER » et son improbable réacteur à fusion nucléaire. Un projet gigantesque, extrêmement dangereux, et à un niveau de coût absolument vertigineux pour des résultats, à une échéance de 50 années impossibles à anticiper aujourd’hui. Les gens doivent bien comprendre que « ITER » est une installation pharaonique destinée à la recherche. « ITER » n’est absolument pas une sorte de super centrale nucléaire qui va produire de l’énergie à faible coût pour très longtemps et pour toute la planète, bien au contraire, avec « ITER », personne ne sait où nous allons, des scientifiques veulent simplement tenter de reproduire la production d’énergie sous une forme équivalente à ce qu’il se passe dans une étoile. Les gouvernements ont pourtant validé ce projet utopiste, qui a été par ailleurs décrié par de très grands scientifiques, certains assurent même que « ITER » n’aboutira jamais à un résultat exploitable.

Les américains travaillent sur les moteurs Stirling (du nom de son inventeur), une technologie rudimentaire qui était aux oubliettes bien que hautement réaliste. En remplacement des centrales nucléaires, imaginez des centaines d’hectares recouverts de gros capteurs solaires inoffensifs, équipés de « suiveurs » du soleil, qui ne transforment pas les rayonnements en électricité (le rendement étant trop faible) mais qui servent à concentrer la chaleur ainsi récupérée vers un endroit stratégique de ce petit moteur placé au centre de ces capteurs paraboliques. Une partie du gaz qu’il contient est ainsi continuellement chauffé, il se dilate et fait tourner une dynamo à grande vitesse, c’est cette dynamo qui produit de l’électricité avec un rendement fantastique à un niveau de coût ridiculement bas, sans aucune pollution.

Des dizaines de milliards d’euros pour « ITER » et son résultat incertain, rien pour les moteurs Stirling, quasiment rien pour les parcs éoliens immédiatement rentables, quasiment rien pour les capteurs solaires également immédiatement rentables, voilà où nous en sommes.

En fait, seules les décisions politiques pourraient faire avancer les choses, et nous savons désormais comme il est improbable que les choses avancent quand il est question de politique. C’est le serpent qui se mord la queue.

De deux choses l’une, soit la situation énergétique se décomplexe, les indicateurs passent du rouge vif à l’orange, le pouvoir politique prend les bonnes initiatives et d’ici quelques années les ressources énergétiques naturelles sont utilisées dans notre quotidien, soit la situation énergétique empire, les indicateurs persistent dans le rouge vif, et les politiques continuent de palabrer.

Dans ce dernier cas il faudra trancher la question, la solution consistera à reprendre le contrôle de notre destin énergétique, il faudra admettre que les dirigeants politiques soient évincés au profit d’autres dirigeants, qui ne soient pas cette fois des personnalités politiques … mais des « sages ».