Archives mensuelles : janvier 2006

Le renseignement, un élément décisif contre le terrorisme, au delà de la menace nucléaire

Lors d’une conférence donnée depuis une base militaire stratégique française en janvier 2006, Jacques Chirac, Président de la République Française, et donc également Commandant Des Armées a rappelé que s’il était avéré qu’un état ou qu’un gouvernement terroriste attaquait la France, la réponse pourrait être nucléaire. Selon lui, la France n’est pas à l’abri de « surprises et autres retournements stratégiques internationaux ». La situation mondiale sur le plan des crises étant plus tendue que jamais, en cas de conflit, l’arme nucléaire française pourrait être utilisée pour la défense du pays et de ses alliés, de manière ciblée a-t-il précisé.

Le ton est donné. La menace nucléaire militaire, c’est rien de moins que le plus haut niveau défensif. Autant dire que si Jacques Chirac évoque l’arme nucléaire aussi directement et ouvertement, la menace terroriste est non seulement bien réelle, mais également à son plus haut niveau, et très proche de nous. En allant plus loin, quand on analyse les propos du Président, on s’aperçoit qu’il ne cherche plus réellement à utiliser le pouvoir historique et dissuasif du nucléaire, probablement parce qu’il sait que ce pouvoir n’en est plus vraiment un dans un monde où presque tous nos ennemis identifiés disposent potentiellement d’un armement nucléaire plus ou moins légal, mais qu’il évoque la réponse défensive, le stade opérationnel, l’usage de bombes nucléaires, de bombardements de missiles nucléaires, très concrètement.

Une fois de plus dans l’histoire, et seulement quelques années après la fin de la guerre froide, l’Humanité frôle l’irréparable.

Nous pouvons nous poser certaines questions bien légitimes : ceux qui, partout, cherchent à nous nuire, ceux qui cherchent à saboter, harceler, terroriser le système occidental libre et ses peuples libres, les gouvernements terroristes entendent-ils le message de Chirac? Comment réagiront-ils à de telles menaces? Les « populations terroristes » vont-elles cesser d’envisager de nous perturber, de nous attaquer et de nous saboter pour autant? Le terrorisme mondial va-t-il trembler en écoutant les propos d’un Président Chirac, aussi respectable soit-il. A mon sens, probablement pas, bien au contraire.

Je crois qu’il est juste, réaliste et honnête d’affirmer que le terrorisme est en passe d’atteindre son objectif.

Même si le nucléaire reste dissuasif contre des états et des gouvernements structurés et intégrés qui ont une conscience de leur responsabilité sur le plan international, la réponse nucléaire défensive à une attaque terroriste n’est pas du tout adaptée, car elle interviendra dans tous les cas à posteriori d’une offensive terroriste, forcément dramatique pour ceux qui la subiront.

Gardons toujours à l’esprit que les extrémistes qui pratiquent le terrorisme dans ses actions les plus violentes, les plus sournoises et les plus extraordinaires n’ont souvent rien à perdre, et tellement à gagner à entretenir la déstabilisation. Soyons réalistes, l’utilisation nucléaire contre le terrorisme déstabilisera durablement le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.

Je ne dis pas qu’il ne faudra jamais utiliser le nucléaire en réponse à une action terroriste majeure, je dis que quand nous l’utiliserons, il sera hélas déjà trop tard pour nombre d’entre nous. Bien entendu que dans l’idéal, il ne faudrait jamais avoir à utiliser l’arme nucléaire.

Un état doit pouvoir disposer d’une réponse militaire adaptée à une menace extérieure sérieuse, l’arme nucléaire face au terrorisme international est une réponse adaptée uniquement dans la pire des hypothèses, tout en ne résolvant rien au problème de fond.

Je pense qu’il faut regarder la menace terroriste bien en face, avec tout le sérieux qu’elle mérite. Je suis inquiet et perplexe quand j’entends des spécialistes, des militaires, des politiciens, des stratèges déclarer qu’il ne faut pas craindre les terroristes, qu’ils ne nous effraient pas, que nous ne fléchirons jamais face au terrorisme, que nous ne négocierons pas avec les terroristes, et que nous gagnerons le combat quoi qu’il arrive, dans un conflit mondial que nous n’avons pas voulu.

En théorie, de tels propos sont cohérents, mais en pratique, c’est l’inverse qui se produit.

D’une manière générale, il ne faut jamais négliger ou sous-estimer son ennemi. En matière de terrorisme, je dirais qu’il faut plus que jamais craindre son ennemi, le prendre très au sérieux, le redouter tant il est violent, sournois, capable du pire voire de l’impensable. Le terroriste n’est pas un ennemi conventionnel, prévenir le terrorisme nécessite de prendre des mesures originales et audacieuses. Ayons le courage d’admettre que nous faisons face à la pire des menaces.

Face au terrorisme dans sa forme la plus extrême, notamment celle que nous connaissons et redécouvrons quotidiennement en allumant notre poste de télévision, ou en lisant la presse, ce n’est pas être ni bien sérieux, ni suffisamment objectif que de se comporter comme des gens intouchables, terriblement sûrs d’eux et de leur capacité à se confronter au terrorisme et à se préserver dans la terreur, pour finalement se garantir la victoire coûte que coûte en s’auto-convaincant de cela.

Pendant que notre civilisation occidentale palabre sur le fait que ses peuples libres vaincront le terrorisme sans qu’on sache précisément comment, même en imposant la démocratie en payant le prix fort, les terroristes infiltrés préparent chaque jour de nouvelles actions pour déstabiliser et saboter un peu plus tout ce que nous tentons d’améliorer ou de conforter.

Nous ne savons pas précisément contre qui nous devons nous battre, nous ne connaissons pas bien nos ennemis, nous ne savons pas clairement les identifier, ni les localiser, nous ne savons pas ce qu’ils préparent, nous n’avons que de vagues renseignements imprécis et partiels, d’innombrables hypothèses.

Ce que nous pensons savoir, c’est que nos ennemis sont parmi nous, ils nous observent, nous écoutent, ils apprennent de nous, ils s’adaptent, ils évoluent en fonction de ce que nous mettons en œuvre pour notre défense, ils s’arrangeront toujours pour être là où nous ne les attendons pas, et puisqu’ils agissent en très petits groupes, dans l’ombre et en quasi autonomie, ils auront toujours une longueur d’avance.

Je suis perplexe devant ceux d’entre nous trop sûrs d’eux qui cherchent à nous rassurer, je préfère les gens très sûr d’eux, objectifs et en phase avec la réalité. La lutte contre le terrorisme telle qu’elle est menée actuellement n’a strictement rien de rassurant, et nous le savons tous.

De mon point de vue, la seule réponse combinée au problème du terrorisme, c’est le renseignement et le contrôle préventif permanent, une sorte de culture de la vigilance au sein même de la société civile.

Un continent comme l’Europe, et plus localement un pays comme la France devraient stimuler la surveillance de ses territoires en développant des réseaux de renseignements dignes de ce nom, via une agence centrale du renseignement, l’ensemble administré par le ministère de l’intérieur, en relation avec les armées.

Le reporting d’informations liées à des activités suspectes d’individus ou de groupes d’individus doit être rendu légalement possible, simplifié, amélioré et fluidifié, la « cohésion civile et citoyenne » devrait être une priorité, et devrait prendre forme notamment par la voie de la contribution volontaire individuelle spontanée, ou élaborée dans le cadre d’une relation nouvelle à créer entre les citoyens et les institutions judiciaires. Les données récoltées devraient être centralisées, évaluées et exploitées par un service central du renseignement, qui fera contrôler les informations exploitables par des agents de terrains rattachés à l’agence. L’internet pourrait jouer un rôle majeur dans la simplification des récoltes d’informations à l’échelle nationale, et comme interface entre le ministère de l’intérieur et les citoyens qui souhaiteraient collaborer et apporter leur contribution.

Les entreprises, les associations, et même les particuliers pourraient ainsi largement collaborer à la lutte antiterroriste, le plus sereinement possible, en toute intelligence. Le ministère de l’intérieur pourrait agréer toutes les personnes physiques ou morales qui souhaiteraient informer et renseigner ses services, sur la base d’une pré-enquête de bonne moralité, en envisageant même une rétribution financière. Une entreprise qui constate qu’un membre de son personnel a un comportement suspect devrait pouvoir reporter ces informations pour être évaluées et contrôlées par des professionnels de la sûreté, au même titre qu’un particulier qui estime que son voisin a des agissements ou des activités douteuses de nature à faire penser qu’il peut être lié de près ou de loin à une activité terroriste, ou à son financement.

Un site internet officiel gouvernemental pourrait lister les profils de suspects recherchés, les comportements suspects, les activités suspectes, les déplacements suspects, en toute transparence, dans l’espoir d’obtenir des remontées d’informations et de renseignements par des citoyens confrontés à l’un ou l’autre des cas de figure, par le biais de formulaires électroniques, après que l’émetteur du renseignement se soit lui même identifié dans la mesure du possible.

Vous ne partagerez peut-être pas spontanément mes idées, car vous craindrez les dérives liées à la délation, et vous prendrez peur à l’idée que quelqu’un qui vous veut du mal puisse reporter des informations fausses contre vous, une information n’est pas une preuve, ni une plainte, et les problèmes de droit commun ne seront pas traités, les fausses déclarations feront l’objet de poursuites, le droit prévoit déjà ces cas particuliers. Seuls les renseignements exploitables dans le cadre d’affaires de terrorisme seraient exploités et vérifiés.

Contre le terrorisme, plus nous serons nombreux unis et vigilants, plus nous préviendrons les risques, et moins nous serons rendus perméables aux attaques, aux sabotages et aux infiltrations. Les terroristes doivent savoir que désormais tous les citoyens qu’ils croisent au quotidien sont autant de paires d’yeux qui les observent. Si vous n’avez rien à vous reprocher, vous ne serez pas gêné dans une telle société sécurisante et sécuritaire.

Le pays qui parviendra à mettre au point une agence de renseignement efficace, accessible et transparente, mettant à profit des technologies innovantes de communication et la puissance de démultiplication de son propre peuple vigilant et contributif en matière de renseignement ouvert et de lutte contre la criminalité de haut vol, en isolant et surveillant tous les individus douteux, ce pays marquera un point décisif dans la lutte contre le terrorisme sur son territoire.

Et si le commerce électronique était un vecteur de déclin économique?

Les indicateurs sont au vert et la tendance est à l’optimisme dans le secteur du « e-business ». Les marchands en ligne se frottent les mains, leur chiffre d’affaire double tous les ans depuis 2001. Pourtant des doutes nombreux pesaient sur eux après l’effondrement cauchemardesque de la fameuse « bulle spéculative boursière des valeurs technologiques ». Les internautes, qui pour la moitié ont effectué au moins un achat en ligne en 2005, découvrent un moyen fort pratique d’acheter des marchandises ou des services, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, et à des tarifs qui semblent plus compétitifs que dans le commerce traditionnel. Les banques se réjouissent également, leurs flux électroniques augmentent, d’autant que leur traitement est moins coûteux, et les risques sont finalement moins importants que prévus compte tenu du volume, risques qui sont par ailleurs de mieux en mieux maîtrisés par l’ensemble des intervenants, vendeurs et acheteurs.

A priori, tout irait pour le mieux, dans le meilleur des mondes, et pourvu que ça continu, pense-t-on. Les gouvernements n’hésitent pas à abonder dans ce sens.

En effet, l’internet commercial a tout pour plaire, tout le monde s’y retrouve. Les consommateurs naviguent sur des sites marchands, qui sont en réalité des catalogues électroniques, à partir desquels ils peuvent commander tout ce dont ils rêvent en payant par carte bancaire, les marchands électroniques profitent de l’engouement récent pour ce nouveau mode de consommation et développent leurs affaires, et les banquiers ponctionnent leur commission non négligeable de l’ordre de 0,4 à 2% sur chaque transaction bancaire, en n’ayant presque rien à faire en contrepartie.

Mais voilà que derrière ce portrait d’une apparente et très prometteuse nouvelle ère internet en plein essor se dessinent des aspects quelque peu perturbants pour celui qui s’y intéresse d’un peu plus près.

Qui sont les marchands sur l’internet? Beaucoup de petits commerçants pas encore rentables qui développent des activités de quelques milliers d’euros par mois en ligne mais surtout un petit nombre de gros-faiseurs, qui se partagent 80% des parts de marché du commerce électronique. Des mastodontes de la vente en ligne, parfois nationaux, parfois continentaux, parfois internationaux qui font beaucoup parler d’eux dans les médias, et qui gesticulent aussi et surtout en bourse en faisant des vagues à coups de dizaines de millions de dollars ou d’euros.

Tous ces marchands sont devenus (ou étaient déjà) des spécialistes par nature de la vente par correspondance, la classique et très controversée « VPC », désormais à la mode internet. La distribution directe, en d’autres termes, qui fait depuis longtemps concurrence aux réseaux de distribution traditionnels. Ces structures, pour les plus opérationnelles d’entre-elles, et elles tendent toutes à devenir hyper-opérationnelles, bénéficient de systèmes d’informations et de processus d’automatisation poussés à l’extrême grâce au « tout numérique », depuis l’avant-vente jusqu’à l’après-vente en passant par les services commerciaux, les services clients, l’acquisition des commandes, le traitement administratif dématérialisé, etc. Leurs plateformes commerciales et logistiques ont la capacité de traiter d’immenses quantités de commandes, avec finalement relativement peu d’infrastructures, et très peu de moyens, techniques ou humains.

Certains sites marchands communiquent sur le fait qu’ils gèrent 1000, pour d’autres 5000 commandes par jour en période d’euphorie, et quelques dizaines de préparateurs de commande ou d’employés au picking suffisent. Effectivement, il ne faut pas hésiter à le souligner, le commerce électronique emploi relativement peu de monde, par rapport aux volumes traités. Combien faudrait-il d’employés dans un commerce traditionnel pour gérer 1000 achats quotidiens, et quelle infrastructure faudrait-il? Sûrement pas moins de 30 personnes comme dans une structure de vente directe qui aurait ce volume de business. L’optimisation et l’automatisation sont des éléments très présents chez les marchands électroniques, y compris au travers des ressources humaines.

L’un des facteurs stratégiques qui fait que le commerce électronique, et plus largement la vente directe par l’internet, a le vent en poupe, c’est le paramètre prix. En effet, si les consommateurs achètent sur l’internet, c’est d’abord parce qu’ils ont le sentiment d’avoir accès à des tarifs plus avantageux que dans les magasins traditionnels.

Le mécanisme est désormais connu, les consommateurs utilisent les magasins traditionnels et les réseaux traditionnels pour choisir le produit qu’ils veulent acheter, pour le voir physiquement, pour l’évaluer ou le toucher, pour obtenir les conseils de vendeurs, puis rentrent chez eux comparer les prix sur l’internet, et une fois leur choix arrêté, ils passent à la caisse, en ligne, et généralement auprès de l’un ou l’autre des poids lourds du secteur concerné.

Bien souvent, les marchands électroniques utilisent indirectement, mais de manière parfaitement consciente, leurs concurrents (ou partenaires dans le cas de relation revendeur/fabricant) au travers des réseaux de distribution traditionnels comme de simples « show-room », bien malgré eux, et bien entendu sans jamais leur faire profiter des retombées commerciales.

La stratégie de l’écrasement des prix, qui peut sembler profitable aux consommateurs, a pour conséquence de diminuer considérablement les marges brutes. Parallèlement, il faut évoquer la suppression des intermédiaires, qui est bien souvent le seul moyen pour parvenir à baisser les prix. Tout ceci conduit à l’effondrement progressif des réseaux de distribution traditionnels qui vivent des marges d’activité, et qui emploient des centaines de milliers de gens rien qu’en France.

Comprimer un prix, revient à supprimer de la marge brute, et des intermédiaires, donc de l’emploi, donc du service, et de rogner sur la qualité. Rien ne permet d’affirmer que cette façon d’envisager une économie moderne soit la panacée, bien au contraire, et nous tomberons probablement tous d’accord là dessus. Au final, même si l’individu a gagné quelques pourcents sur son prix d’achat, c’est toute l’économie globale qui en paiera les erreurs. En outre, rien ne permet de garantir la pérennité des réseaux traditionnels face à la toute puissance de la vente directe sur l’internet, qui fait de l’écrasement des prix sa stratégie de conquête.

De plus en plus, les marchands électroniques sont des semi-grossistes, des grossistes, voire même des fabricants, qui étouffent ou annihilent les réseaux de distribution traditionnels, en leur faisant une concurrence déloyale éhontée. En effet, pouvons-nous trouver normal que des grossistes vendent en direct (ou indirectement par le biais d’enseignes leur appartenant) par l’internet à des clients finaux à des prix inférieurs à ceux qu’ils offrent à leurs revendeurs? Pouvons-nous trouver normal que des fabricants d’ordinateurs vendent leurs équipements à des clients finaux à des prix inférieurs à ceux que leurs propres distributeurs peuvent pratiquer? Pouvons-nous trouver normal que des voyagistes vendent des billets électroniques en direct à des prix plus compétitifs que les mêmes vendus par des agences de voyage?

Les innombrables revendeurs ou distributeurs qui sont autant d’innombrables P.M.E. ou T.P.E., qui se fournissent généralement à des tarifs plus élevés, ou quand ils ont de la chance aux mêmes conditions que les prix de vente des mastodontes de la distribution directe ne peuvent plus vivre de leur marge d’activité, puisque les repères des consommateurs sont les prix pratiqués par ceux qui tiennent le marché sur l’internet.

Par conséquent, les distributeurs indirects, les commerçants traditionnels, les petits commerçants en ligne auront tendance naturellement à « maigrir » économiquement, puis progressivement disparaître naturellement en laissant leur place aux acteurs majeurs de la vente directe sur l’internet, qui ont une soif de développement exponentiel, et les moyens de leurs ambitions.

La compression des prix de vente directe, la centralisation des activités de commerce et la suppression des intermédiaires supprime de l’emploi qualitatif, du service de proximité, c’est indéniable. N’attendons pas de l’internet commercial qu’il nous apporte du bien être à moyen terme, mais plutôt un formatage de notre manière de consommer, encadré strictement par un mode opératoire bien déterminé, qui va déchanter dans bien des domaines, pas tous, certes, mais dans de nombreux domaines où l’internet sera inévitable.

Je le dis souvent, même si par ailleurs j’ai été un des pionniers dans la vente en ligne dès 1996, et que je continue à y consacrer une grande partie de mon énergie, pour moi les sites marchands ne sont rien d’autre que des distributeurs automatiques de marchandises ou de services à domicile, à travers l’écran de son ordinateur, et il ne faut pas attendre grand chose de plus de la plupart de ceux qui occupent tout l’écran, sauf à de rares exceptions.

L’autre inquiétude grandissante concerne l’émergence et la progression de ce qu’on appelle le « C to C », le « consumer to consumer », le commerce entre particuliers, qui échappe totalement aux réseaux professionnels, totalement défiscalisé, puisque les particuliers vendent entre particuliers, sans encadrement juridique, et hors contrôle gouvernemental. Qui peut dire si ce « troc » fera ou non du mal aux entreprises commerciales? Moi je pense humblement pouvoir affirmer qu’il en fera, d’ailleurs vous penserez sûrement pareil en y réfléchissant bien.

Pour ne pas sombrer dans le pessimisme, je pense qu’il faudrait prendre certaines mesures urgentes, comme empêcher les fabricants de vendre sur l’internet en direct sans intermédiaires à des conditions de prix déloyales par rapport aux réseaux traditionnels, et interdire aux grossistes de vendre aux clients finaux sans leurs intermédiaires historiques, qui sont les distributeurs et autres revendeurs par vocation.

Plutôt que de se lancer dans la vente directe, que les fabricants et grossistes travaillent plutôt sur des systèmes qui permettraient aux revendeurs et aux distributeurs de passer leurs commandes par l’internet, en leur garantissant une marge d’activité cohérente, qu’ils aident à renforcer leurs réseaux de distribution, et que les commerçants nombreux, petits ou grands soient les véritables interlocuteurs au service des consommateurs. Que les marges brutes des intermédiaires soient préservées et protégées. Rappelons-nous que chaque intermédiaire est une structure commerciale qui génère de l’emploi, et donc du pouvoir d’achat, qui fait tourner l’économie.

Avec l’internet commercial tel qu’il se dessine, nous assistons à ce que j’appelle la « convergence économique globale » (que d’autres appelleront également la « mondialisation »), de moins en moins d’interlocuteurs, qui vendent de plus en plus de marchandise et de moins en moins cher, avec de moins en moins de marge, de plus en plus de manière automatisée, avec de moins en moins de services, avec de moins en moins d’infrastructures, de manière de plus en plus centralisée, et avec de moins en moins de personnels humains, pour générer de plus en plus de gains mais profitant à de moins en moins de personnes.