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Et l’on découvre la notion de « terrorisme urbain »

Fin octobre 2005, le monde observe attentivement ce qui se passe dans les banlieues parisiennes. Les violences inouïes et récurrentes qui s’y sont déroulées, par ailleurs assimilées à des scènes de guerre civile par tous les grands médias internationaux, CNN en tête, font trembler toutes les mégapoles sur tous les continents.

Des centaines de véhicules brûlés, des dizaines de commerces ravagés, des entreprises ruinées, des batailles rangées au cocktail molotov et aux boules de pétanques lancées depuis les étages des immeubles dans le noir, des pompiers attaqués à chaque intervention, des coups de feu à balles réelles échangés avec la police, débordés de tous côtés, une bombe lacrymogène jetée dans une mosquée. Dans certains départements, une ville sur deux est concernée par les émeutes, les dommages matériels et les pillages. Les violences urbaines s’étendent chaque jour un peu plus après sept nuits d’affrontements acharnés entre émeutiers et forces de l’ordre. Le gouvernement mobilise jusqu’à 1000 gendarmes mobiles, des militaires, pour assister les CRS. Le Premier Ministre Dominique De Villepin assure que l’ordre et la justice primeront, les émeutiers crient « mort à Sarkozy ».

Pourtant le pire n’est pas derrière nous. En effet, si vous observez comme moi ce qui se passe dans les banlieues depuis quelques années, vous ne pouvez pas envisager un autre scénario catastrophe que celui qui se déroule sous nos yeux, empirique. La situation est assez simple à comprendre. Les banlieues-ghetto regorgent de dizaines de milliers d’individus jeunes, majoritairement d’origine étrangère, immigrés ou fils d’immigrés (africains, nord-africains, maghrébins, etc.) avec toutes les difficultés sous-jacentes, sous-éduqués, élevés de manière inappropriée par des parents désemparés et en total décalage avec leur environnement, « parqués » dans des espèces d’immenses blocs de béton insalubres, incommodes, au chômage ou dans des situations précaires, qui subsistent souvent grâce aux économies « parallèles » illicites, qui se sentent légitimement abandonnés, dégradés, et nargués. Comme si cela ne suffisait pas, force est de constater qu’une certaine forme d’islamisme radical se développe dans ces zones fragilisées et fertiles, la religion islamique agit comme un liant fédérateur, un socle de base qui renforce les groupes de révoltés derrière des idées fondamentalistes.

Vous avez probablement vu les images des journalistes montrant les émeutiers crier des slogans « Allah Akbar » (« Dieu est grand » en français) lors des affrontements. Un lien indéniable existe aujourd’hui entre les jeunes ultra-violents des banlieues, et l’islamisme radical. L’islam est une religion noble et respectable, la plupart des croyants islamistes sont des gens nobles et respectables. Ces derniers ne peuvent donc plus accepter qu’une minorité de jeunes ultra-violents utilisent cette religion, radicalisée.

Je ne vais pas évoquer point par point tout ce qui nous amène aujourd’hui à un tel niveau de violence entre d’un côté la République, la société civile, la civilisation moderne, la liberté, les institutions républicaines, et de l’autre des milliers de « jeunes guerriers urbains » qui n’ont absolument rien à perdre, livrés à eux-mêmes. Les associations, les personnalités politiques, les sociologues et autres démagogues ont largement pointé du doigt, tour à tour depuis bientôt 35 ans, les défauts des banlieues telles que nous les avons construites. Aujourd’hui nous avons une situation critique a gérer : une véritable armée d’une dizaine de milliers de guerriers urbains, organisés en groupuscules mobiles et mobilisés par les mêmes idées antirépublicaines, qui s’opposent désormais frontalement au gouvernement français et aux institutions républicaines.

Et voilà que nous découvrons ce que j’appelle le « terrorisme urbain », parfois je vais même plus loin en parlant de « terrorisme islamiste urbain », mais je sais que les esprits en France ne sont pas encore préparés à une telle éventualité, pourtant bien réelle. Des violences terrorisantes au cœur des quartiers ou des villes qui anéantissent indistinctement les aspects communautaires, sociologiques et économiques qui ont pu y être développés avec tant de mal, aux portes de Paris. Qui en est le déclencheur? Qu’est-ce qui provoque cela? Est-ce que Nicolas Sarkozy, Ministre de l’Intérieur, est le problème? Est-il un facteur de désordre? Est-ce que sa sémantique est le problème? Le seul homme politique qui ose utiliser le véritable mot pour décrire ce qu’est l’ennemi de l’ordre (« la racaille ») est honteusement critiqué par tous ceux qui à la fois ont toujours utilisé la langue de bois, et n’ont jamais apporté la moindre solution pratique ou de principe.

Non Nicolas Sarkozy n’est pas le problème dans cette affaire, il est probablement une solution, surtout s’il met en œuvre les moyens nécessaires pour enrayer l’hémorragie dans les banlieues, si ce n’est pas lui, un autre devra le faire de toute manière très rapidement. Pour être totalement honnête avec vous, peu importe que ce soit Nicolas Sarkozy ou un autre dirigeant politique qui soit central dans cette affaire, ce qui est important c’est que pour la première fois on utilise un terme qui me semble précis et juste : c’est bien la « racaille » qui déstabilise et décrédibilise nos banlieues, même si les banlieues ne sont évidemment pas uniquement peuplées par de la « racaille ». Je sais également que derrière ce terme « racaille » il y a des individus qui ont tous une histoire, pour moi ils sont potentiellement perdus pour la société, ils constituent, sur le plan humain, la pire chose qu’une société moderne puisse produire. J’espère que nous pourrons en réintégrer le plus grand nombre, mais je ne me fais pas d’illusions. Soyons réalistes, l’énergie à déployer pour intégrer ces gens me paraît raisonnablement impossible à mettre en œuvre sans que cela ne vienne d’eux-mêmes, dans la situation actuelle et compte tenu des paramètres de leur environnement. Bien sûr, on pourra toujours créer des associations d’aide à l’intégration, mais pour moi, la « racaille » ne s’y intéressera jamais.

Nous ne pouvons plus accepter le niveau de criminalité actuel dans les banlieues, ni laisser se développer des zones de non droit. Faut-il être diplomate, ou modéré face aux terroristes urbains? Faut-il négocier ou parlementer avec la « racaille »? Sûrement pas, la tolérance zéro est désormais le seul objectif. La fermeté doit primer. S’il y a des événements insurrectionnels aujourd’hui dans les banlieues françaises, c’est bien parce que les émeutiers prennent les propos de Nicolas Sarkozy au sérieux : le risque pour eux d’être « nettoyés au Karcher » est bien réel. Leur économie « underground » va en prendre un sacré coup.

Quelles sont les mesures à prendre rapidement? Elles devront être inhabituelles et très impressionnantes pour un pays comme la France. Arrivé à un certain point, une phase de transition à tolérance zéro sera nécessaire. Il faudra absolument contrôler vigoureusement les accès des banlieues, limiter les entrées et les sorties, instaurer le couvre-feu, il faudra parvenir à identifier, isoler et exfiltrer la « racaille », il faudra créer des « camps » de redressement hermétiques, dirigés par du personnel pénitentiaire, social et éducatif adapté, il faudra « éduquer à la dure » (ou « à l’ancienne »). Des exemples existent aux USA, la plupart donnent de bons résultats. Le nettoyage des banlieues qu’évoque Nicolas Sarkozy est donc inévitable et devra s’opérer ainsi.

Néanmoins je crois que nous n’avons jamais été aussi proche de la guerre civile, que j’apparente à une guerre de civilisations, en France. Nous avons totalement raté l’intégration des enfants d’immigrés nord-africains, ce n’est pas faute d’y avoir mis les moyens, l’écrasante majorité d’entre eux, “plus ou moins islamistes radicaux”, ne sont probablement pas intégrables à nos sociétés modernes civilisées et libres. Je ne sais pas. J’observe simplement le résultat, les faits. En même temps, je comprends tous ces jeunes désemparés et sans espoir, rejetés partout.

Les choses seront vraiment sérieuses lorsque les émeutiers ne seront plus seulement des jeunes casseurs, mais quand ils seront rejoints par des dizaines de milliers d’adultes, minés par les dettes, par le chômage, par la pression fiscale, par le manque de libertés, par l’étouffement, par je ne sais quels autres problèmes individuels qui les rassemblent, ou pire qui les opposent. Entre les banlieues et Paris il n’y a qu’un pas, je suis convaincu que les violences se déporteront dans la capitale. Si ce n’est pas pour demain, c’est pour après demain. L’armée devra y renforcer les effectifs policiers, très vite dépassés par les événements. Une guerre, jusqu’alors invisible et latente, sera cette fois impossible à cacher. Et nous devrons vivre avec. Bien sûr, j’espère me tromper, dans ce cas nous aurons alors résolu le problème des banlieues.