Archives mensuelles : novembre 2005

Grippe aviaire : que va-t-il se passer?

L’Organisation Mondiale de la Santé est très claire et se fait insistante : une pandémie humaine de grippe aviaire est hautement probable, la question est désormais plus de savoir quand elle aura lieu que de savoir si elle aura bien lieu. L’O.M.S. exhorte tous les pays à prendre toutes les dispositions nécessaires et les mesures de précaution, en urgence.

L’enjeu est majeur, puisqu’en cas d’épidémie humaine, les estimations les plus basses en pertes humaines font état de dizaines de millions de morts, alors que les spécialistes raisonnent plutôt en centaines de millions.

La dernière épidémie aviaire (également appelée « grippe espagnole ») avait fait 20 millions de morts à la fin de la première guerre mondiale. Le virus de l’époque était moins « nocif » et moins violent que le H5N1 actuel, la population humaine était moins importante, moins dense et beaucoup moins mobile, et le contexte était nettement moins favorable qu’aujourd’hui à une pandémie majeure.

La grippe aviaire A (H5N1) est une maladie virale plutôt bien connue, très ancienne, qui ne concerne en principe que les volailles. En janvier 2004, l’O.M.S. indique avoir détecté la présence du virus grippal aviaire H5N1 chez trois patients décédés d’une affection respiratoire aiguë en décembre 2003 et début janvier 2004 au Viet Nam. Tous les gènes séquencés étaient d’origine aviaire, ce qui suppose que le virus responsable du décès des trois cas confirmés n’avait pas encore acquis de gènes du virus grippal humain, mais que sa forme aviaire était transmissible à l’homme. Le virus H5N1 est hautement pathogène, ce qui signifie qu’il se transmet sans difficultés, lorsqu’il est présent dans l’air, ou lorsque l’on est en contact avec des entités contaminées.

Entre fin 2003 et novembre 2005, l’O.M.S. compte officiellement 66 décès, tous dûs au virus grippal aviaire H5N1.

Toute la question d’une pandémie de grippe aviaire repose sur l’hypothèse hautement probable d’une mutation du virus grippal H5N1 dans une forme humaine, offrant alors des possibilités de contamination interhumaine, en plus de ses capacités interanimales.

Une contamination animale mondiale est malheureusement très réaliste du fait des mouvements migratoires (les oiseaux migrateurs sont les parfaits vecteurs transcontinentaux et transnationaux de grippe aviaire).

En clair et pour faire simple, le virus grippal aviaire A (H5N1) est hautement pathogène, il se propage sous cette forme aux animaux prioritairement (volailles, porcs, etc. ce qui nécessite malheureusement des décontaminations massives lorsque des foyers sont détectés), mais depuis peu se transmet également aux hommes provoquant pour le moment de rares décès. Si comme le pressentent les spécialistes, le virus grippal aviaire H5N1 persiste à muter en devenant un virus grippal combinant des gènes aviaires et humains, nous serons alors dans le scénario le plus critique, puisque les animaux et les humains seront concernés et les décès par affections respiratoires aiguës se compteront nécessairement par millions au mieux, du fait des contaminations interhumaines. Faut-il ajouter ici que les scientifiques n’ont presque plus aucun doute sur le fait que ce virus soit en mesure de muter dans sa forme la plus critique, c’est à dire humaine, en quelques mois.

Nous ne savons pas très bien combien de temps il faudra pour trouver et produire un vaccin efficace dans le cas d’une éventuelle contamination humaine, probablement plusieurs mois. On parle beaucoup du Tamiflu, un antiviral connu comme très efficace dans le cas des grippes humaines « classiques ». Le monde entier se jette sur ce médicament, à tel point que le laboratoire Roche, seul agréé par le propriétaire de la molécule (la société Gilead aux USA), ne parvient pas à répondre à la demande sur le plan quantitatif.

En octobre 2005, on apprend que le virus aviaire H5N1 résisterait au Tamiflu, puis début novembre 2005, on nous explique qu’un laboratoire américain (le Adventist Medical Center de Portland, en Oregon par la voix du Dr Joseph Howton) a mis en évidence que le Tamiflu, combiné à un autre médicament (le Probénécide, connu sous les marques Benuryl et Benemid) doublerait l’efficacité d’une dose de l’antiviral, ce qui serait utile en cas de rupture de stock de Tamiflu.

On pourrait encore palabrer des heures sur le H5N1, on pourrait retracer son histoire, se demander comment tout cela a pu arriver, et pourquoi subitement toute la planète est concernée. Je vais même jusqu’à évoquer des pistes crédibles, mais impossible à vérifier, bien au delà des pistes naturelles. Le virus H5N1 était-il développé par les militaires? Des terroristes sont-ils à l’origine de l’épidémie de grippe aviaire qui trouve naissance en Asie? Comme l’évoquait un rapport de l’institut Pasteur sur l’utilisation des armes biologiques, l’impact terroriste n’est pas nécessairement lié au nombre de victimes. Un tout petit nombre de cas signalés et confirmés, amplifié par la rumeur, peut déclencher une grande inquiétude et un climat anxiogène dans la population humaine. Et que dire de l’implication inattendue du très controversé Donald Rumsfled, qui se trouve être un des dirigeants de la société Gilead, propriétaire de la molécule du Tamiflu, présenté comme l’unique remède à l’épidémie de grippe aviaire? Nous pourrions polémiquer des jours entiers, nous ne parviendrions probablement pas à éclairer tous les points obscurs de ce dossier si complexe. Restons simplement concentrés sur les faits avérés et les probabilités de faits à venir.

De mon point de vue, et compte tenu de l’analyse objective que j’ai pu faire de la situation connue, une épidémie de grippe aviaire H5N1 qui aura muté dans une forme interhumaine me semble inévitable à une échéance rapprochée. On ne doit donc pas reprocher aux gouvernements d’utiliser le principe de précaution pour prévenir le risque, toute mesure jugée utile doit être prise. Néanmoins, ce qui est autant curieux qu’inquiétant, c’est que les stocks de vaccins sont principalement destinés aux pays riches et puissants en Europe, ainsi qu’aux USA, au Canada, au Japon, en Israël, etc. Les populations de ces pays sont potentiellement mieux sécurisées.

Qui se préoccupe de la Russie, de l’Amérique du Sud, de l’Asie du Sud et encore du continent africain? J’ai appris qu’en Chine, la molécule du Tamiflu était reproduite illégalement, plus ou moins à l’identique qualitativement, une contrefaçon en quelque sorte, pour subvenir à l’immense besoin du pays. La société Gilead et le laboratoire Roche n’apprécieraient pas.

Une fois la contamination interhumaine avérée, les conséquences seront absolument catastrophiques, puisqu’il y aura probablement effectivement des millions de décès avant qu’un vaccin opérationnel puisse être déployé dans toutes les populations. Tous les pays seront potentiellement touchés, y compris et surtout sur les continents européen, asiatique et américain, même si c’est là qu’on pourra le mieux faire face.

Les difficultés auxquelles nous seront exposés seront inextricables. L’économie globale sera anéantie, ou au moins profondément altérée. Les marchandises et les hommes ne circuleront plus. L’accès à la nourriture sera rendu très compliqué et très réglementé.

Les conséquences économiques d’une pandémie humaine sont impossibles à évaluer tant elles paraîtront surréalistes et hors de portée, même aux meilleurs économistes.

L’activité économique des pays atteindra des niveaux dramatiquement bas du fait de l’angoisse des gens, ne serait-ce que pour se rendre à leur travail, quand leur entreprise ne sera pas purement et simplement fermée. Le système financier ne pourra pas résister longtemps à un phénomène d’une ampleur aussi gigantesque, un phénomène qui peut s’installer pendant plusieurs mois, peut-être même 2 ou 3 ans avant d’être à peu près stabilisé sur le plan médical.

L’impact social sera intéressant à observer. On pourrait penser qu’une pandémie séparerait les peuples durablement en les laissant à l’écart les uns des autres, sans contact, mais les technologies de communication, avec l’internet en tête, pourraient bien atténuer la distance, au moins virtuellement. Les gens continueront à communiquer et resteront probablement liés, du fait de leur dépendance aux technologies. Ces technologies qui pourraient bien constituer un socle de base à un nouveau départ, même si un retour « aux sources » est aussi très probable.

Mon but n’est pas de dramatiser davantage une situation qui est déjà très tendue et très discutée partout, ni de chercher à faire peur. En matière de prospective, je tente de rester objectif et réaliste en tenant compte d’une très grande quantité de paramètres et d’informations décryptées, j’aimerai pouvoir écrire ici que « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », et que nous vivons dans le meilleur des mondes. Je ne peux pas écrire cela, simplement parce que ce n’est pas la vérité. Ce ne serait pas vrai non plus d’écrire qu’une pandémie de grippe aviaire aurait un impact limité sur les populations, et que cela ne troublerait pas profondément notre quotidien, et notre manière de vivre.

Nous pourrions diminuer le risque d’une pandémie de grippe d’origine aviaire en limitant immédiatement nos déplacements locaux et internationaux et en portant des masques filtrants lors de nos déplacements habituels, en privilégiant une nourriture à base d’aliments sécurisés, en évitant le contact animal et surtout en limitant nos échanges avec l’Asie pour un temps.

Nous ne devons surtout pas sombrer dans une psychose terrifiante, mais il faut que nous soyons tous vigilants et prêts.

Pour finir, et si vous êtes assez large d’esprit, vous pourriez alors vous permettre de lire ce qui suit.

En effet, une nouvelle question terrible et troublante me vient à l’esprit. Une dépopulation massive, rapide et sélective de la planète, n’est-ce pas ce qui pourrait sauvegarder à coup sûr l’espèce humaine? Je préfère me forcer à croire que l’épidémie qui s’annonce est naturelle, elle trouvera alors une solution naturelle.

Et l’on découvre la notion de « terrorisme urbain »

Fin octobre 2005, le monde observe attentivement ce qui se passe dans les banlieues parisiennes. Les violences inouïes et récurrentes qui s’y sont déroulées, par ailleurs assimilées à des scènes de guerre civile par tous les grands médias internationaux, CNN en tête, font trembler toutes les mégapoles sur tous les continents.

Des centaines de véhicules brûlés, des dizaines de commerces ravagés, des entreprises ruinées, des batailles rangées au cocktail molotov et aux boules de pétanques lancées depuis les étages des immeubles dans le noir, des pompiers attaqués à chaque intervention, des coups de feu à balles réelles échangés avec la police, débordés de tous côtés, une bombe lacrymogène jetée dans une mosquée. Dans certains départements, une ville sur deux est concernée par les émeutes, les dommages matériels et les pillages. Les violences urbaines s’étendent chaque jour un peu plus après sept nuits d’affrontements acharnés entre émeutiers et forces de l’ordre. Le gouvernement mobilise jusqu’à 1000 gendarmes mobiles, des militaires, pour assister les CRS. Le Premier Ministre Dominique De Villepin assure que l’ordre et la justice primeront, les émeutiers crient « mort à Sarkozy ».

Pourtant le pire n’est pas derrière nous. En effet, si vous observez comme moi ce qui se passe dans les banlieues depuis quelques années, vous ne pouvez pas envisager un autre scénario catastrophe que celui qui se déroule sous nos yeux, empirique. La situation est assez simple à comprendre. Les banlieues-ghetto regorgent de dizaines de milliers d’individus jeunes, majoritairement d’origine étrangère, immigrés ou fils d’immigrés (africains, nord-africains, maghrébins, etc.) avec toutes les difficultés sous-jacentes, sous-éduqués, élevés de manière inappropriée par des parents désemparés et en total décalage avec leur environnement, « parqués » dans des espèces d’immenses blocs de béton insalubres, incommodes, au chômage ou dans des situations précaires, qui subsistent souvent grâce aux économies « parallèles » illicites, qui se sentent légitimement abandonnés, dégradés, et nargués. Comme si cela ne suffisait pas, force est de constater qu’une certaine forme d’islamisme radical se développe dans ces zones fragilisées et fertiles, la religion islamique agit comme un liant fédérateur, un socle de base qui renforce les groupes de révoltés derrière des idées fondamentalistes.

Vous avez probablement vu les images des journalistes montrant les émeutiers crier des slogans « Allah Akbar » (« Dieu est grand » en français) lors des affrontements. Un lien indéniable existe aujourd’hui entre les jeunes ultra-violents des banlieues, et l’islamisme radical. L’islam est une religion noble et respectable, la plupart des croyants islamistes sont des gens nobles et respectables. Ces derniers ne peuvent donc plus accepter qu’une minorité de jeunes ultra-violents utilisent cette religion, radicalisée.

Je ne vais pas évoquer point par point tout ce qui nous amène aujourd’hui à un tel niveau de violence entre d’un côté la République, la société civile, la civilisation moderne, la liberté, les institutions républicaines, et de l’autre des milliers de « jeunes guerriers urbains » qui n’ont absolument rien à perdre, livrés à eux-mêmes. Les associations, les personnalités politiques, les sociologues et autres démagogues ont largement pointé du doigt, tour à tour depuis bientôt 35 ans, les défauts des banlieues telles que nous les avons construites. Aujourd’hui nous avons une situation critique a gérer : une véritable armée d’une dizaine de milliers de guerriers urbains, organisés en groupuscules mobiles et mobilisés par les mêmes idées antirépublicaines, qui s’opposent désormais frontalement au gouvernement français et aux institutions républicaines.

Et voilà que nous découvrons ce que j’appelle le « terrorisme urbain », parfois je vais même plus loin en parlant de « terrorisme islamiste urbain », mais je sais que les esprits en France ne sont pas encore préparés à une telle éventualité, pourtant bien réelle. Des violences terrorisantes au cœur des quartiers ou des villes qui anéantissent indistinctement les aspects communautaires, sociologiques et économiques qui ont pu y être développés avec tant de mal, aux portes de Paris. Qui en est le déclencheur? Qu’est-ce qui provoque cela? Est-ce que Nicolas Sarkozy, Ministre de l’Intérieur, est le problème? Est-il un facteur de désordre? Est-ce que sa sémantique est le problème? Le seul homme politique qui ose utiliser le véritable mot pour décrire ce qu’est l’ennemi de l’ordre (« la racaille ») est honteusement critiqué par tous ceux qui à la fois ont toujours utilisé la langue de bois, et n’ont jamais apporté la moindre solution pratique ou de principe.

Non Nicolas Sarkozy n’est pas le problème dans cette affaire, il est probablement une solution, surtout s’il met en œuvre les moyens nécessaires pour enrayer l’hémorragie dans les banlieues, si ce n’est pas lui, un autre devra le faire de toute manière très rapidement. Pour être totalement honnête avec vous, peu importe que ce soit Nicolas Sarkozy ou un autre dirigeant politique qui soit central dans cette affaire, ce qui est important c’est que pour la première fois on utilise un terme qui me semble précis et juste : c’est bien la « racaille » qui déstabilise et décrédibilise nos banlieues, même si les banlieues ne sont évidemment pas uniquement peuplées par de la « racaille ». Je sais également que derrière ce terme « racaille » il y a des individus qui ont tous une histoire, pour moi ils sont potentiellement perdus pour la société, ils constituent, sur le plan humain, la pire chose qu’une société moderne puisse produire. J’espère que nous pourrons en réintégrer le plus grand nombre, mais je ne me fais pas d’illusions. Soyons réalistes, l’énergie à déployer pour intégrer ces gens me paraît raisonnablement impossible à mettre en œuvre sans que cela ne vienne d’eux-mêmes, dans la situation actuelle et compte tenu des paramètres de leur environnement. Bien sûr, on pourra toujours créer des associations d’aide à l’intégration, mais pour moi, la « racaille » ne s’y intéressera jamais.

Nous ne pouvons plus accepter le niveau de criminalité actuel dans les banlieues, ni laisser se développer des zones de non droit. Faut-il être diplomate, ou modéré face aux terroristes urbains? Faut-il négocier ou parlementer avec la « racaille »? Sûrement pas, la tolérance zéro est désormais le seul objectif. La fermeté doit primer. S’il y a des événements insurrectionnels aujourd’hui dans les banlieues françaises, c’est bien parce que les émeutiers prennent les propos de Nicolas Sarkozy au sérieux : le risque pour eux d’être « nettoyés au Karcher » est bien réel. Leur économie « underground » va en prendre un sacré coup.

Quelles sont les mesures à prendre rapidement? Elles devront être inhabituelles et très impressionnantes pour un pays comme la France. Arrivé à un certain point, une phase de transition à tolérance zéro sera nécessaire. Il faudra absolument contrôler vigoureusement les accès des banlieues, limiter les entrées et les sorties, instaurer le couvre-feu, il faudra parvenir à identifier, isoler et exfiltrer la « racaille », il faudra créer des « camps » de redressement hermétiques, dirigés par du personnel pénitentiaire, social et éducatif adapté, il faudra « éduquer à la dure » (ou « à l’ancienne »). Des exemples existent aux USA, la plupart donnent de bons résultats. Le nettoyage des banlieues qu’évoque Nicolas Sarkozy est donc inévitable et devra s’opérer ainsi.

Néanmoins je crois que nous n’avons jamais été aussi proche de la guerre civile, que j’apparente à une guerre de civilisations, en France. Nous avons totalement raté l’intégration des enfants d’immigrés nord-africains, ce n’est pas faute d’y avoir mis les moyens, l’écrasante majorité d’entre eux, “plus ou moins islamistes radicaux”, ne sont probablement pas intégrables à nos sociétés modernes civilisées et libres. Je ne sais pas. J’observe simplement le résultat, les faits. En même temps, je comprends tous ces jeunes désemparés et sans espoir, rejetés partout.

Les choses seront vraiment sérieuses lorsque les émeutiers ne seront plus seulement des jeunes casseurs, mais quand ils seront rejoints par des dizaines de milliers d’adultes, minés par les dettes, par le chômage, par la pression fiscale, par le manque de libertés, par l’étouffement, par je ne sais quels autres problèmes individuels qui les rassemblent, ou pire qui les opposent. Entre les banlieues et Paris il n’y a qu’un pas, je suis convaincu que les violences se déporteront dans la capitale. Si ce n’est pas pour demain, c’est pour après demain. L’armée devra y renforcer les effectifs policiers, très vite dépassés par les événements. Une guerre, jusqu’alors invisible et latente, sera cette fois impossible à cacher. Et nous devrons vivre avec. Bien sûr, j’espère me tromper, dans ce cas nous aurons alors résolu le problème des banlieues.